7- Trouver ses marques…
Voilà, comme promis, voici la suite ! Un immense merci à ma bêta aussi folle que moi : je cite là nami84 !
Mille mercis pour vos reviews qui me font un plaisir immense et me touchent beaucoup ! Nami bien sûr, mais aussi candice, Loony, Cleo, DNAnimus, Karine, PrincessOfUnderword, dussartkarine, Sof92... Vous me donnez envie d'écrire de nouveaux chapitres, chaque semaine ! C'est avec aussi énormément de plaisir que j'ai lu les commentaires de teddyursa, HayleyStories, Kayanawel, et Noix de Coco ! Merci ! N'hésitez pas à continuer... et à me signaler les fautes !
Bonne lecture à vous et à très vite
- Refaisons le point, si vous voulez bien… Proposa aimablement le capitaine Camor
- Faire le point dans une salle d'interrogatoire, c'est assez… surprenant… Releva Antoine
- Difficile de le faire dans un bureau, et nous avons au moins l'avantage de pouvoir enregistrer… La procédure sera claire, nous en avons besoin dans cette enquête. Mieux vaut agir par excès de précaution, capitaine Dumas… Je pense que vous partagez mon avis…
- Hum. Je trouve juste « étonnant » de discuter de cette affaire en salle d'interrogatoire… Après…
- Je vous l'accorde. Mais avoir une trace vidéo supplémentaire atteste de la parfaite transparence de l'enquête, de la neutralité des agents qui interviennent…
- …
- Bien. Vous voulez bien me préciser vos rapports avec le commandant Renoir ?
- C'est mon ancienne supérieure.
- Ancienne… ?
- J'ai quitté la BSU suite à un léger désaccord. Je suis à la PJ, sous les ordres du commandant Sylvie Leclerc depuis un peu plus d'une semaine.
- Avez-vous des contacts directs avec Madame Renoir, depuis l'intervention de la BSU rue Ponce Pilate ?
- Oui. Hier, à la demande du procureur, je l'ai interrogée à l'hôpital.
- Pas d'autre contact ?
Les entrailles d'Antoine se figèrent. Savait-il quelque chose ? Le terrain était terriblement glissant et il était conscient de jouer sa carrière dans ce « point » qui ressemblait davantage à un interrogatoire…
- Non. Ah, si, pardon. Je suis retourné chercher mes clés.
- Vos clés, répéta le capitaine de l'IGPN, interloqué
- Oui, mes clés. Elles ont dû tomber de ma poche pendant l'interrogatoire. Je m'en suis rendu compte en quitte le poste.
- Vous êtes donc retourné dans la chambre du commandant ?
- Oui. C'est le seul endroit où elles pouvaient être, fit Antoine en haussant les épaules.
- Et… ?
- Elle dormait. J'ai regardé sur le fauteuil, mon trousseau y était. Je l'ai pris et je suis reparti.
- Renoir ne vous a donc pas vu
- Si bien sûr, elle s'est réveillée quand je partais. Je lui ai juste expliqué que j'étais venu chercher mes clés, on a échangé quelques mots et je suis rentré chez moi.
- Et de quoi avez-vous parlé ? C'est étrange, Dumas, j'ai l'impression de devoir vous arracher les faits…
- C'est juste qu'il n'y a rien d'intéressant, mais si vous voulez les détails… lança le jeune homme en s'appuyant sur son dossier, faussement détendu
- Je veux bien, oui…
- Candice s'est réveillée, m'a demandé ce que je faisais, j'ai montré mes clés et expliqué que j'avais dû les perdre pendant l'interrogatoire. Elle m'a ensuite questionné sur l'enquête. Ma réponse a été simple : l'IJ bosse et les expertises sont en cours…
Antoine essayait de parler tranquillement, de rester au plus près de la réalité…
- C'est tout ?
- Non. Visiblement il y a eu des fuites et ses lieutenants lui avaient parlé de la fille du 41, qui s'est pris la balle. Elle s'inquiétait que ce soit en lien avec l'échange de coups de feux, pendant leur intervention…
- Et… Que lui avez-vous répondu ? demanda Camor
- Que c'était votre boulot. Ne suivant pas ce dossier, je n'en savais pas plus qu'elle… C'est qui est presque vrai !
- Effectivement… Et ensuite… ?
- Rien, je suis rentré chez moi.
- Bien… Je suis ravi de voir qu'on ne m'avait pas menti sur votre moralité et votre neutralité. Nous allons pouvoir discuter de l'affaire, maintenant… !
- C'est pour ça que je suis venu, à la base, lança un peu sèchement Dumas.
Le capitaine de l'IGPN coupa la vidéo. Durant plus d'une heure, les deux hommes échangèrent à bâtons rompus sur cette enquête. Ils passèrent en revue les informations détenues et celles qu'ils attendaient avec impatience, les délais d'obtention des résultats de la balistique, l'autopsie de la jeune inconnue, ainsi que les diverses autres expertises en cours… Antoine se sentait soulagé le début de conversation aurait pu tourner à son désavantage, voire même le mettre en danger, professionnellement parlant, et entraîner Candice dans son sillage… Ainsi que le reste de la brigade. Il s'était sorti de ce faux pas, mais la situation restait aussi complexe que risquée… Il avait des sentiments pour son ancienne supérieure et avait outrepassé certaines règles pour lui parler de l'enquête… Camor, inconscient de ce qui se passait dans l'esprit du jeune homme, proposa une organisation des services pour gérer les enquêtes en cours. Plus au fait que lui, Dumas modifia habilement cette gestion afin de pallier aux tensions engendrées par la situation, tenant compte, au mieux, de la connaissance de chacun sur les dossiers…
Une solide poignée de mains solda cet échange productif. Les deux hommes étant satisfaits de cette « réunion de travail » qui n'avait pourtant pas débutée sous les meilleurs auspices… Antoine retourna à la PJ, annonçant cette nouvelle organisation. Nul ne put la contester, étant donné qu'elle venait de la Police des Polices ! Ce qui arrangeait bien le capitaine, lequel avait su adroitement se placer…
Tout le reste de la journée, il travailla avec son équipe sur l'affaire Paray. La femme, morte empoisonnée, livrait les secrets de son emploi du temps… La PJ put ainsi reconstituer les dernières heures de la victime, et identifier ainsi les lieux et personnes croisées pendant la période où elle avait ingurgité le mélange mortel… Restait à convoquer tout ce beau monde, réaliser les interrogatoires, vérifier les alibis, chercher les éléments de preuves et enfin… interpeller le suspect et tenter d'obtenir des aveux pour le déferrer devant le juge ! Mais ça va attendre demain, songea Dumas en quittant la salle. Ses collègues avaient déjà déserté, ce qui l'arrangeait bien…
En quittant son étage, il croisa Ludovic Camor, le capitaine de l'Inspection Générale de la Police Nationale. Ce dernier l'invita à l'accompagner à l'IML. Aline Jégo venait de récupérer la balle du corps de la femme du 41, Rue Ponce Pilate. Devisant tranquillement, ils se rendirent au bureau de la légiste.
- Messieurs… Voici ce que vous êtes venus chercher…
Antoine nota immédiatement le ton assez froid et distant d'Aline. Se méfiait-elle de l'IGPN, comme de toute source d'autorité, ou bien était-elle inquiète pour son amie… ? A moins qu'elle ne lui en veuille d'avoir quitté la BSU et d'enquêter désormais sur son ancienne équipe…
- Merci Aline…
- Madame Jégo, que pouvez-vous nous dire de ce projectile ?
- Il a été très déformé par les impacts successifs. J'ai trouvé de fines particules de verre fondu, venant probablement des fenêtres traversées. Les prélèvements sont dans ces flacons scellés… J'imagine que nous allons en faire une analyse comparée, ici et dans un laboratoire de votre choix ?
- Effectivement Madame…
- J'ai déjà eu affaire à vos méthodes… dans une autre vie, lâcha la légiste, avant de continuer : J'ai nettoyé au mieux cette balle. La solution avec les… dépôts… est répartie entre ces deux autres flacons étiquetés.
Dumas était étonné par cette démarche… Il dû regarder avec trop d'instance les récipients en plastique car Aline reprit la parole
- Oui, Antoine. Il va falloir analyser ce liquide pour déterminer d'éventuels transferts passifs… On retrouvera des fragments d'os, du sang et des tissus musculaires et cardiaque venant de cette jeune femme… Mais on peut y trouver d'autres traces…
- Comme quoi, demanda le capitaine de la PJ
- Il pourrait y avoir plein de choses… L'arme d'un camé peut laisser des résidus d'héroïne, certains policiers utilisent des poudres spécifiques…
- Et les équipes d'experts en balistique vont travailler sur cette balle…
- En effet, Capitaine. Mais ils vont avoir de quoi s'amuser avant cela… Elle a été joliment abîmée. Elle a littéralement explosé la 5ème vertèbre thoracique, mais ça l'a déformée… Les rainures ont pris un coup, et je pense que l'analyse va prendre plus de temps que prévu…
- Je vois ça, murmura Camor. Et le verre qui s'est déposé ne va pas nous faciliter la tâche… Les experts auront des reflets gênants pour l'exploitation… Enfin, ce sont des professionnels et ils sauront gérer ces difficultés ! Mais je partage votre avis, Madame Jégo. L'expertise balistique sera plus longue que prévue…
- Comment cela, interrogea Antoine qui se sentait un peu perdu
- Disons, Dumas, que j'espérais les première réponses pour demain soir… Avant le week-end. Mais entre leur dossier actuel, qu'ils doivent conclure et le travail sur ce projectile, je ne pense pas qu'ils puissent commencer les tirs comparatifs avant lundi… Pas de résultat définitif avant le milieu de semaine prochaine. Il va falloir prioriser l'analyse des armes… Ou la situation va devenir très compliquée… Je vais les contacter ce soir. D'autres éléments ?
- Les fragments de verre prélevés dans la rue, en bas de chaque immeuble et aux embrasures des fenêtres… Ce sont ces 4 enveloppes scellées. Je vais procéder devant vous à la répartition en flacons.
Antoine regarda la responsable de l'IML enfiler des gants stériles, trancher les scellés à l'aide d'un scalpel puis verser le contenu de chaque enveloppe dans deux flacons… Elle identifia soigneusement chaque contenant. Après cela, elle plaça dans une boite amenée par Camors un échantillon de chacun des prélèvements. Elle y ajouta aussi la balle mortelle, dans un nouveau récipient. L'autre moitié des flacons vint dans une caissette qu'elle rangea dans un coffre-fort, sous l'œil attentif de l'agent de l'IGPN.
- Messieurs, je ne vous retiens pas… Je vais moi-même enfin quitter mon poste ! Bonne soirée.
La légiste ôta sa blouse, prit son sac et poussa presque les deux hommes vers la porte… Antoine dû se retenir de rire devant l'air presque outré du capitaine des bœufs-carottes… Il comprenait sa collègue… Mais avant de rentrer chez lui, il avait une petite chose à voir… Qui ne regardait que lui…
…
Devant le portail, il hésitait… Devait-il entrer, ou valait-il mieux qu'il parte ? Il croisa le regard de Jules, à travers une fenêtre. L'adolescent sortit pour le rejoindre, l'œil sombre.
- Tu as besoin de quelque chose ?
- Bonsoir Jules. Je voulais juste avoir des nouvelles de ta mère…
- …
- Je sais que tu m'en veux… J'ai certainement eu tort de quitter la BSU, mais ça… c'est une histoire entre Candice et moi. Pour le reste… Oui, j'ai été obligé de l'interroger. Mais, contrairement à ce que tu crois, c'est le meilleur moyen de la protéger.
- Bien sûr… Et ça te donne bonne conscience ?!
- Si c'était pas moi, ça aurait été Leclerc, ma commandant… Et elle aurait sabré ta mère. Accepter était la seule manière de limiter la casse.
- Je pensais que tu veillerais sur elle… Je te faisais confiance.
- Je veille sur elle. Je la protège… Ce n'est ni aussi simple ni aussi facile que je le voudrais… Et puis ta mère…
- Elle a un sale caractère, oui je sais… mais maintenant qui veille sur elle pendant ses enquêtes ?! Tu vois, elle a eu de la chance cette fois. J'ai pas envie de perdre ma mère.
- Jules, je ne l'abandonne pas. De toute façon, j'avais besoin de prendre le large. Par contre… s'il te plait, ne parle pas de ma venue. Je ne suis pas censé avoir de relation avec ta famille, étant donné les enquêtes en cours. Si on te questionne…
- Je ne t'ai pas vu. Tu voulais des nouvelles, c'est ça ?
- Oui…
- Ca va. Elle est crevée… Quand je suis rentré ce soir, elle dormait déjà… Elle émerge juste le temps de manger et retourne se coucher.
- Les médocs ?
- Oui… elle en prend pas mal pour ne pas avoir mal au crâne.
- Ok… Tu lui diras que je la tiens au courant pour l'enquête…
- Ca marche…
- Merci… Bonne soirée, lança le capitaine en faisant volte-face pour regagner sa moto
- Antoine, attends !
- ?
- Tu vas vraiment rester à la PJ ? C'est si bien que ça ?
- Euh…
- Je sais qu'ça m'regarde pas, mais… commença l'adolescent
- Pas de souci Jules. Pour être franc, ça me plait moins que je ne l'espérais.
- Tu vas revenir… ?
- Je ne sais pas, répondit Dumas avec sincérité.
- Tu sais… elle est malheureuse…
Antoine resta muet devant cet aveu… L'ado hésita l'espace de quelques secondes puis reprit :
- Avec ses médocs, elle… parle… Elle regrette ton départ. Elle… elle dit qu'elle s'en veut… Je ne comprends pas… C'est toi qui est parti non ?
- Oui…
- Alors pourquoi elle culpabilise ?
- Elle ne m'a pas fait confiance…
- Elle te fait toujours confiance, corrigea Jules
- Pas cette fois-là.
- Mais pourquoi ?
- Je lui avais menti avant… Elle ne savait plus si elle pouvait encore me croire…
- Pourquoi tu lui as menti, demanda le garçon en s'accoudant au portail, étonné
- Longue histoire… Il faut qu'on en discute, avec ta mère… Je dois rentrer, bonne soirée Jules.
- Merci Antoine, toi aussi…
En démarrant la moto, il lâcha un ultime « veille sur elle » avant de filer droit vers chez lui, dans un long et puissant vrombissement.
…
La journée du vendredi passa à toute vitesse. Antoine se rendit dans les divers lieux où Jeanne Paray aurait pu ingurgiter le mélange létal. Dans un bar, on lui décrivit deux hommes avec lesquels elle s'était entretenue. Quant à la libraire voisine, chez qui la victime avait acheté un roman en vogue, elle reconnut une personne qui accompagnait la jeune femme… L'équipe de la PJ convoqua les proches de la malheureuse, priorisant ceux avec qui elle avait passé ses dernières heures. Les interrogatoires s'enchaînèrent, justes entrecoupés des vérifications d'usage.
18h. Dumas se sentait littéralement vidé… Un café à la main, un observait la rue d'un œil vide. Même les quais semblaient mornes… Comme si seule la présence de Candice avait le pouvoir d'illuminer le quotidien… Il avala une gorgée de liquide amer, regardant distraitement son bureau, distant d'à peine deux mètres. Il lui semblait presque voir son ancienne supérieure, nonchalamment assise sur la table, pointer une feuille en le raillant… Bien sûr, pour elle la solution aurait sauté aux yeux. Antoine était persuadé qu'ayant ces documents entre les mains, elle aurait éclaté de rire avant de lui donner le nom du coupable… Et lui expliquer la raison « tellement évidente » de ce meurtre…
A nouveau il observa les quais. Ils y avaient passé quelques midis, à manger, bavarder, ou simplement observer la mer… Satisfaits de leur complicité, leur proximité tant physique que morale… Antoine se figea.
- Proximité physique et morale…
- Tu dis, releva Leclerc en traversant le bureau
- Je crois que j'ai la solution…
- Qui est ?
- Laisse-moi un instant…
Il déplaça quelques papiers, avant de saisir celui que la « Candice imaginée » avait désignée, peu auparavant. La liste des locataires de l'immeuble. Le voisin du dessus était l'homme qui avait accompagné Jeanne à la librairie. Il avait décrit une jeune femme sympathique, agréable, avec laquelle il avait grand plaisir à converser ou se balader… Or la meilleure amie de la victime leur avait déclaré que la victime avait un amoureux transi, éconduit peu de temps plus tôt… Un homme qui avait, soit disant difficilement accepté de rester « ami » avec mademoiselle Paray… laquelle semblait flirter avec un barman du quartier…
- Simple crime de jalousie…
- Quoi ?
- C'est le voisin du dessus. Il était amoureux, elle l'a repoussé. Leur amitié n'a pas tenu quand elle a commencé à accepter les avances du barman… Regarde… Le bracelet en capsules de champagne était dans sa main, souffla Antoine en tendant une photo de la scène de crime
- J'appelle le juge, on doit perquisitionner chez ce monsieur…
- Romain Dumanloit.
Mais le juge était absent… Il avait quitté le bureau pour partir en week-end. Antoine usa d'une vieille ruse et téléphona au suspect principal. Il lui expliqua qu'une lettre scellée, à son attention, se trouvait dans les affaires de la victime. Rendez-vous fut pris pour le lundi matin, dans les bureaux de la PJ de Sète…
Après avoir salué ses collègues, le capitaine quitta le poste. Il devait préparer ses affaires pour le week-end espagnol préparé par sa compagne… Le départ était programmé au lendemain matin…
