Edgeworth se réveilla le lendemain matin, la jambe enflammée, mais l'esprit clair. Il y avait tant de questions sans réponse, mais une nouvelle piste importante se dessinait à l'horizon. Si le badge de la police appartenait à notre assassin, la conclusion paraissait évidente et tout un poste de police aurait à être contrôlé.
Le procureur boita vers la cuisine, alors qu'Angels s'affairait à préparer le déjeuner
« Alors Miles bien dormi? demanda-t-elle.
- Mh… pas mal merci. Une nuit qui n'a malheureusement pas réussi à tout éclaircir. Je trouve encore suspect que…
- Écoute, Miles. Nous allons être plongés dans cette immonde histoire pendant plusieurs semaines encore. On peut bien se permettre pendant 2 minutes de ne pas en parler, non? implora Angels.
- Tu as peut-être raison… »
Edgeworth s'assit à table et observa Érika mettre du pain dans le grille-pain électrique.
« Alors Érika. À ce que je vois, tu es une amatrice du pain contenant 7 céréales et qui constitue une excellente source de fibres? énonça Edgeworth en lisant l'étiquette.
- On ne t'a jamais dit que tu étais le roi des conversations, Miles?
- Oui, très souvent d'ailleurs. C'est aimable de le remarquer. »
Le procureur retrouva rapidement son sérieux.
« Blague à part, je me demandais simplement si le badge que nous avons retrouvé hier était unique à votre poste de police.
- Il n'y a pas l'ombre d'un doute là-dessus. Chaque station policière possède son propre badge. Cela remonte à une très vieille époque où les policiers des différentes stations entretenaient de grandes rivalités et, par souci d'indépendance et de distinction, chaque poste de police a émis un badge propre à ses troupes. Nous n'avons donc que ma station à vérifier, répondit Angels.
- Que ta station… elle compte quand même plus de 2000 policiers. On ne va pas les questionner un à un pour vérifier l'état de leur badge?
- Il y a plus simple : chaque policier possède un supérieur direct responsable du département. Il suffit de contacter chacun de ces supérieurs et le travail sera fait rapidement. Le policier auquel il manque un badge aura bien des choses à nous raconter, j'ai l'impression. J'aurais même deux mots à lui dire concernant l'état de mes fenêtres! »
Edgeworth émit un « Tsk tsk tsk » sonore en secouant négativement son index.
« Ne sautons pas rapidement aux conclusions. Pour ce que l'on sait, ce badge pourrait très bien avoir été abandonné dans le but d'accuser un policier. Ou bien, ce pourrait être un des policiers qui l'aurait oublié chez toi par hasard lorsqu'il serait venu te rendre visite.
- Je ne crois pas, Miles… pour la simple et bonne raison qu'il n'y a jamais un policier qui traîne par ici.
- Par contre, des procureurs, c'est autre chose », coupa une voix féminine sarcastique.
Edgeworth se retourna et vit Vicky descendre les escaliers reliant le rez-de-chaussée au deuxième étage, là où se situait sa chambre. La jeune femme pétillante ignora le regard courroucé de sa sœur et enchaîna :
« Enfin… des procureurs, plutôt un en particulier si vous voyez ce que je veux dire, Mr. Edgeworth.
- Oui bien sûr, Vicky, nous avions tous compris, répondit Edgeworth avec un sourire complice.
- Cessez vos conciliabules, vous deux », lança Angels, furieuse.
Après cet avertissement, sa voix se fit tout de suite plus compatissante
« Tout va bien Vicky? poursuivit-elle. Tu as réussi à dormir?
- Je n'ai plus 12 ans, Érika, répondit Vicky d'une voix neutre. Je sais très bien dans quel monde affreux nous vivons. Il y a eu un incident hier soir, mais qui n'a pas eu beaucoup de conséquence. Il n'y a pas de quoi perdre le sommeil.
- Hum… » pensa Edgeworth en tapant du pied droit afin de signaler que sa jambe ne trouvait pas que les conséquences avaient été limitées.
Vicky ne porta pas attention au regard ironique du procureur.
« Sinon, que comptez-vous faire de votre journée? Toujours vous lancer à la poursuite de votre criminel si j'ai bien compris, poursuivit la sœur cadette.
- C'est bien cela, Vicky. Pour coincer ce meurtrier, on ne doit lui laisser aucun temps de répit. La chasse reprend dès que possible, indiqua Edgeworth.
- Tiens donc, pourtant vous avez bien dû prendre un moment de répit hier soir », demanda Vicky malicieusement.
Érika Angels déposa sa tasse de café et fixa sa sœur avec des yeux ronds.
« Ne prends pas cet air étonné, Érika. À moins que tu ne sois prête à m'avouer que ton travail supplémentaire incluait Mr. Edgeworth et le fait de le ramener à la maison, je crois que je ne vais pas insister, persifla Vicky.
- Et si j'étais simplement venu travailler avec ta sœur hier soir, où est le problème?
proposa Edgeworth qui semblait bien s'amuser de la scène.
- Et vous la raccompagnez après son travail? Quel gentleman et surtout quel dévouement! C'est bien la première fois que ça arrive. »
Le procureur ne répondit pas et Érika Angels ne se défendit pas davantage. Sentant qu'elle tenait un filon, la jeune femme à la tignasse rebelle poursuivit narquoisement.
« Et si vous me racontiez simplement ce que vous avez fait, plutôt que je ne m'imagine le pire des scénarios », énonça Vicky d'un ton mielleux.
Angels prit son manteau ressemblant furieusement à un sarreau de laboratoire, agrippa Edgeworth par le collet et tous deux se dirigèrent vers la sortie.
« J'ai mieux à faire que de te raconter ma vie, Vicky! On a un criminel à attraper et tout un poste de police à fouiller, ragea Angels sur le pas de la porte.
- D'accord. Alors de ce que je sais, vous avez terminé votre travail tôt, vous êtes allés dans un bar-salon pour bien vous mettre dans l'ambiance et finalement, vous vous êtes finis en beauté dans une chambre d'hôtel. C'est bien comme scénario non? » demanda Vicky en s'installant à la table.
Angels ferma brusquement la porte de la maison, le teint rougi. Elle se dirigea vers sa voiture d'un pas rapide, ne désirant pas engager la conversation avec Edgeworth.
« Je te rejoins au poste de police. Du moins si je ne renverse pas une demi-douzaine de piétons avant. Et je te jure que si tu oses me reparler de cette histoire, je t'étrangle », le prévint Angels à mi-voix en pénétrant dans sa voiture.
Elle referma sa portière et démarra en trombe en laissant Edgeworth ahuri sur le trottoir.
« Comme c'est curieux, je ne me souviens pas du tout d'avoir fait quoi que ce soit dans cette histoire et pourtant je suis celui qui reçoit tous les coups », se dit Edgeworth en marchant douloureusement vers sa voiture.
Après quelques minutes de conduite bien ordinaires, Edgeworth entra dans le commissariat encore plus animé qu'à l'habitude. Le jeune procureur fut accueilli par un Édouard Adams fulminant.
« Ah vous voilà, vous! Angels vient de me raconter un truc complètement fou! Ainsi, vous voulez complètement contrôler tous mes subordonnés? aboya Adams, les yeux lançant des poignards.
- Hé bien oui... comme vous le savez, Mask*Demasque a attaqué la sœur d'Érika hier soir et on a retrouvé un badge de votre commissariat sur les lieux. Il est bien normal qu'on contrôle tout le monde ici pour coincer celui qui a eu l'indécence de signer son forfait.
- Et la réputation de mon commissariat? Comme si l'un de mes policiers pouvait être Mask*Demasque! Vous n'êtes pas bien?!
- Alors selon vous, les policiers pourris et véreux, ça n'existe pas? Il est possible qu'il y ait un criminel endurci dans vos rangs et tout ce que vous avez en tête c'est la réputation de ce commissariat? Vous avez des priorités pour le moins curieuses, commissaire! »
Le coup porta. Adams se crispa, mais répondit beaucoup plus conciliant :
« Hrrmmm! Essayez au moins d'être discrets tous les deux. Angels est présentement en train de prévenir chaque chef d'équipe pour la vérification du badge. Faites au moins en sorte que cette histoire ne sorte pas d'ici.
- Comptez sur nous, Commissaire. Dès que nous trouvons un individu qui n'est pas en possession de son badge, nous vous prévenons pour un contrôle sur le policier en question.
- Mouais et si vous ne trouvez rien, ce n'est pas la peine de me déranger, j'ai mieux à faire. Je suis convaincu que personne ici n'a à voir avec tout ça », laissa tomber Adams en tournant les talons.
Edgeworth se tapota la tempe en voyant Adams s'éloigner. Il se mordit la lèvre inférieure avant d'interpeller le bourru quinquagénaire. Il venait de remarquer que ce dernier n'arborait pas de badge sur son imperméable comme à son habitude.
« Un instant, commissaire. . . se décida finalement Edgeworth.
- Mais qu'est-ce qu'il y a encore? Vous n'allez donc jamais me laisser tranquille? cracha Adams avec un agacement évident.
- Oui, mais si ce n'est pas abuser, pourrais-je voir VOTRE badge, puisque je ne crois pas que vous ayez de supérieurs pour vous contrôler. »
Adams fixa le jeune homme quelques secondes avec un regard mauvais. Il se rapprocha agressivement.
« Dites-moi, Messire Procureur, seriez-vous en train d'insinuer ce que je pense que vous insinuiez? demanda Adams les poings serrés.
- Pas du tout. Je ne fais que relever le fait que tous vos policiers de base seront contrôlés, mais leurs officiers et hauts gradés dont vous êtes n'auront pas leur badge vérifié. Ce n'est qu'une simple disposition que je prends », précisa Edgeworth, prudent.
Adams, piqué au vif, s'approcha d'un pas menaçant vers Edgeworth prêt à frapper.
« Écoutez-moi bien, misérable procureur! Je n'aime pas vos propos ni votre attitude, mais puisque vous y tenez, je vais contrôler chacun de mes officiers directs personnellement pour qu'ils me mettent leur badge sur mon bureau! Et puisque vous y tenez. . . »
Adams enfonça sa main droite dans la poche de son imperméable noir et en ressortit son badge qu'il brandit à quelques centimètres du visage d'Edgeworth.
« Le voilà mon badge! Vous voulez le voir de plus près peut-être pour voir s'il est réellement authentique? » pesta ironiquement Adams, le visage cramoisi.
Edgeworth ne recula pas d'un centimètre et continua de toiser le commissaire.
« Gardez votre calme, Commissaire, je ne suis pas en train de procéder à une inquisition, je ne fais que mon travail et on ne doit négliger AUCUNE piste. Jusqu'à preuve du contraire, aucun policier quel que soit son grade n'est innocenté. Maintenant que je vois que votre badge est entre vos mains, vous pouvez cesser de bouillir et d'envahir mon espace personnel vital », fit remarquer Edgeworth presque nez à nez avec Adams.
Adams remit son badge dans sa poche et fit une grimace d'excuse tout en reculant de quelques pas.
« Ouais, vous avez raison. Attendez que je trouve le responsable de ce foutoir et il aura affaire à moi. Comme si nous n'en avions pas assez sur les bras avec le recensement des contraventions annuelles. . . »
Edgeworth épousseta l'épaule droite de son veston, replaça son jabot qui avait été légèrement froissé par le contact peu délicat avec Adams et se dirigea vers le secteur des détectives. Il avait une idée bien précise de ce qu'il allait demander à son souffre-douleur de service.
Le procureur pénétra dans la salle de repos et vit le détective Gumshoe, vêtu de son traditionnel imperméable délavé, qui secouait nerveusement une cafetière.
« Allez! J'ai besoin de mon café le matin, machine du diable! Et Mr. Adams aussi! Faut pas me laisser tomber! supplia-t-il.
- Détective! clama Edgeworth. Lâchez cette cafetière, il y a plus important! »
Gumshoe se retourna brusquement et se mit au garde à vous.
« Oui monsieur! Qu'est-ce qu'il y a pour votre service? tonna Gumshoe en bombant le torse.
- J'ai une mission capitale pour vous. Je veux que vous effectuiez une recherche au service informatique de recensement de données et que vous me trouviez tous les procès en communs qu'ont eu les deux victimes de Mask*Demasque : Marcel Demère et Vaklav Hycule. L'un était greffier de justice et l'autre procureur de l'état, il ne serait pas anormal qu'ils aient tous les deux travaillé sur le même dossier et qui sait? Il y a peut-être une piste à suivre, énonça Edgeworth machinalement.
- Heu oui. . . mais il y a un problème monsieur. Le système informatique est en pleine maintenance et pour plusieurs semaines encore. J'ai entendu dire qu'ils allaient informatiser tous les dossiers du plus jeune au plus ancien. Je ne pourrais donc pas y avoir accès, répondit Gumshoe avec un regard d'excuse.
- He bien, je ne vois pas le problème, vous allez me trouver ces dossiers en vous passant du système informatique, proposa Edgeworth.
- Vous voulez dire. . . les trouver à la main dans les archives?
- Évidemment! Qu'est-ce que vous avez de mieux à faire de toute façon? Allez, fouillez-moi ces archives! Hycule n'était procureur que depuis 2 ans, ce n'est pas la mer à boire! Filez, détective! » intima Edgeworth en pointant la porte.
Gumshoe marcha hors de la salle à pas lourds et l'air piteux devant la tâche colossale qui se dressait devant lui. Edgeworth en profita pour se diriger vers le bureau du Commissaire Adams. Le procureur cogna trois fois à la porte de chêne.
« Mouais? Entrez! » aboya Adams de l'autre côté de la porte.
Edgeworth saisit la poignée et entra. En le voyant, Adams grimaça.
« Encore là, vous? Justement, je viens tout juste de parler au Procureur en chef du district, dit Adams en se grattant l'épaule sans délicatesse.
- Et puis, quelles nouvelles? demanda Edgeworth.
- Il vient de vous flanquer procureur officiel pour toute l'affaire de Mask*Demasque… comme si ce n'était pas déjà le cas », grommela Adams.
Edgeworth sourit légèrement. C'était effectivement un détail bien superflu, mais qui lui procurait désormais toute la légitimité auprès des policiers.
« C'est bien dommage, commissaire, mais je vais malheureusement être bien souvent dans les parages jusqu'à temps que l'enquête soit bouclée, ironisa Edgeworth en s'assoyant dans le fauteuil situé en face du commissaire.
- Mouais j'ai l'habitude et puis vous ou un autre... je commence au moins à connaître vos manières, fit remarquer Adams en déposant un petit tas de papiers devant Edgeworth.
- De quoi s'agit-il? demanda ce dernier en feuilletant diverses pages.
- Le classique : le contrôle des alibis de tous les suspects. Autrement dit, si vous savez compter jusqu'à deux, tout est parfait. . . puisqu'on n'a vérifié que les alibis des femmes des victimes.
- Mme Demère n'a pas d'alibi le soir du meurtre de son mari, mais elle en a un pour la mort du procureur Hycule, avec de nombreux témoins pour le corroborer. Pour Mlle Hyllia Santent, elle a un alibi pour la mort de Mr. Demère, mais bien évidemment aucun pour la mort de son propre mari, énonça Edgeworth en scrutant les notes de bas de page.
- On se rapproche furieusement de la thèse des deux femmes alliées pour assassiner leur mari respectif, vous ne trouvez pas? suggéra Adams.
- Mh oui bien sûr, mais cela, c'est si la série de meurtres se termine, commissaire.
- Parce que vous ne la croyez pas terminée, vous?
- On ne sait jamais, commissaire. On ne sait jamais... » conclut Edgeworth d'un ton énigmatique.
Il délaissa la page qu'il feuilletait et passa à une autre.
« Je vois ici que ni l'une ni l'autre de ces femmes n'a d'alibi pour l'agression d'hier soir, continua Edgeworth en pointant du doigt la dernière page du rapport.
- Non effectivement, la solitude et le deuil selon leurs dires. Pour ce que ça a comme valeur à nos yeux, tonna Adams avec un geste mesquin de la main droite. On ne devrait plus tarder à les enjoindre de se livrer au commissariat si vous voulez mon avis.
- Encore faut-il avoir des preuves pour les accuser, commissaire. On ne condamne pas les gens uniquement parce qu'ils ont un mobile.
- J'ai mon équipe la plus spécialisée là-dessus, Edgeworth. En un rien de temps, ils vont nous fournir toutes les preuves nécessaires que ce sont ces deux bougresses qui ont fait le coup! Quand on y pense bien, quoi de plus simple pour la femme du greffier de l'assassiner au cinéma? Et pour le procureur, la dame tue son fiancé, casse la fenêtre et invente un scénario. Parfois, les solutions les plus simples sont les meilleures.
- Vous oubliez bien vite le badge qu'on a retrouvé chez Érika. Je suis certain que c'est l'un des détails les plus vitaux de l'affaire, protesta Edgeworth, déterminé.
- Toujours prêt à vouloir accuser la police, hein! Je réponds de mes hommes comme de moi-même, aboya Adams en frappant son bureau du poing gauche.
- Du calme, commissaire, attendons la suite des choses. Érika va venir nous déposer la liste des effectifs selon le rapport des officiers et nous verrons plus clair.
- Et ces mêmes officiers ont reçu l'ordre de venir me montrer leur badge en personne. Je respecte ma parole.
- Fort bien, commissaire. Attendons que le recensement soit fait alors. Vous avez d'autres affaires préoccupantes sur les bras? »
Les heures se succédèrent au cours desquelles les conversations entre Edgeworth et Adams furent interrompues par une trentaine d'officiers supérieurs de police venus montrer leur badge au commissaire, sans grande joie. Vers midi, il fallut se rendre à l'évidence que le badge n'appartenait à aucun des hauts gradés.
« Ce n'est pas vraiment une surprise, fit remarquer Adams avec un air de défi évident. Mes officiers ont pleinement ma confiance.
- Voyons voir si tout le reste de ce commissariat la mérite également, commissaire. Érika devrait nous revenir bientôt avec le recensement », coupa Edgeworth.
À peine une demi-heure plus tard, c'est une Angels découragée qui fit irruption dans le bureau avec une énorme liasse de papier.
« Désolé Miles, mais ce n'est pas aujourd'hui qu'on coincera qui que ce soit. Les officiers ont tout contrôlé et tous les policiers avaient leur badge aujourd'hui, résuma Angels, l'air dépité.
- Hmmm et aucun absent? demanda Edgeworth en vérifiant les nombreux noms sur la liste sans trop y croire.
- Non aucun malheureusement . . . nous sommes donc en possession d'un badge fantôme, soupira Angels en déposant l'insigne en question sur le bureau d'Adams.
- Et bien vous voyez! clama Adams d'un ton triomphal. Les criminels ne se trouvent pas dans mon commissariat, je vous l'avais bien dit! On a dû déposer ce badge pour faire accuser un de mes hommes, voilà tout.
- Je commencerai à croire que vous avez raison, commissaire, néanmoins. . . » commença Edgeworth.
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase, la porte s'ouvrit à la volée et Bastien Turner fit irruption.
« En voilà des manières! » beugla Adams.
Le vieux policier ne porta pas attention aux reproches. Il se retourna, complètement exténué, vers Érika Angels.
« Mlle Angels! Mr. Edgeworth! Il y a eu un nouveau meurtre par Mask*Demasque! Toute l'escouade est en alerte! clama Turner surexcité.
- Comment? Branle-bas de combat, tout le monde! » hurla Adams dans l'interphone situé sur son bureau.
Les haut-parleurs du commissariat transmirent fidèlement les ordres en amplifiant l'amplitude par dix. Edgeworth ne put s'empêcher de rire intérieurement en entendant divers policiers hors du bureau se plaindre de douleurs auditives.
« Préparez-vous Turner! Nous sommes de la partie aussi. Tu nous accompagnes aussi, Miles? demanda Angels.
- Évidemment, Érika, mais si tu permets. . . débuta Edgeworth en plissant les yeux.
- Nous n'avons pas le temps, Miles! clama la Docteure en enfilant son manteau. Nous devons nous rendre sur les lieux du meurtre le plus vite possible. »
Edgeworth continua de se tapoter la tempe et soudain il eu un reflet inquiétant dans les yeux et c'est alors que le déclic se produisit.
« Turner! tonna Edgeworth en pointant le vieil homme qui sursauta.
- Quoi? Qu'y a-t-il monsieur? » demanda Turner apeuré en lissant sa moustache broussailleuse.
Edgeworth se rapprocha lentement vers Turner avec un regard malicieux. Il tendit la main vers l'assistant-légiste.
« Vous pouvez me montrer votre badge s'il vous plaît? » demanda Edgeworth d'un ton cruel.
Turner écarquilla les yeux et s'exécuta. Il fouilla dans ses poches de pantalon ainsi que dans ses poches de veste, mais il demeura bredouille.
« Désolé, j'ai dû l'égarer à quelque part. Pourtant je le porte toujours sur moi », indiqua Turner avec un sourire d'excuse.
Son sourire se figea lorsqu'il vit que 3 paires d'yeux le fixaient intensément comme une bête curieuse. Le vieil homme décontenancé et inquiet recula de quelques pas ne sachant trop ce qu'il avait fait de mal.
