Chapitre 6

Bonjour à toutes, si tant est qu'il en reste une seule ! Je suis de retour, pour cette fic, du moins. Il y a quelques semaines, je suis revenue sur le site où j'ai relu toutes vos review. Elles m'ont redonné envie de poursuivre la fic, et de la finir. Aussi je viens vous voir aujourd'hui avec le chapitre 6, mais aussi avec tout le reste de l'histoire d'ors et déjà écrite. Je posterai régulièrement, c'est promis.

Bonne lecture,

Morgane

PDV Quil

-Claire ?

Elle ne sembla pas m'entendre. Je m'approchai doucement et posai ma main sur son épaule. A travers le fin tissu de sa chemise de nuit, sa peau était froide. Mon cœur se serra.

-Claire, mon Ange ? Viens en bas, Collin est venu te voir. Claire ?

Elle ne me regarda pas, garda le silence. Elle ne semblait ni vraiment mal, ni profondément bien.

Juste indifférente.

Comme si brusquement sa douleur la coupait du reste du monde et qu'elle n'entendait plus dans sa tête que les cris d'agonie de ses parents. Comme si le lien qui nous avait toujours unis s'était brusquement terni et qu'en elle ma voix ne chantait plus.

-Claire…

Je reculai d'un pas. Pris de frayeur. Un mois que ses parents étaient morts. Un mois qu'elle restait en permanence près de la fenêtre de la maison d'Emily, un mois que je voyais ses cheveux perdre peu à peu leur brillance, ses lèvres leur éclats, ses yeux la Vie.

Un mois que je n'avais pas réussi à respirer correctement. Chaque nouvelle inspiration lui était difficile, enfoncée qu'elle était dans la tragédie de la mort. Ma respiration hachée faisait simplement écho à la sienne.

Claire était en train de se laisser mourir, alors je mourrais avec elle.

oOo

L'automne était là.

J'étais adossé au chêne qui ornait la cour de la maison des Uley et je contemplais sa fenêtre en silence lorsque Nessie apparut près de moi, aussi gracieuse et leste que silencieuse. Aucune feuille brunie par le temps maussade ne craquait sous ses pas.

Elle tourna elle aussi son regard vers la fenêtre de Claire, puis soupira.

-Quil…

J'émis un grognement affectueux et interrogateur.

-Quil. On fait quoi, maintenant ?

Je détournai un instant le regard, observais l'adolescente splendide devant moi, son air soucieux et triste, et la serrai contre moi.

-On attend, Renesmée. Juste ça. On attend, et on espère.

oOo

L'automne s'écoula. Claire retourna au collège, toujours silencieuse. Elle habitait désormais sous le toit d'Emy et Sam et je regrettais que ce fût ici qu'elle soit placée. Chez moi, j'aurais pu veiller sur elle continuellement.

Mais être entourée de sa famille ne pouvait lui être que bénéfique.

Enfin, c'était ce que je me plaisais à penser.

J'étais totalement perdu, et effrayé de la voir se perdre, et de sentir mon emprise sur elle se déliter jour après jour. Je sentais qu'elle ne voyait plus vraiment le monde qui l'entourait. Je pouvais presque physiquement voir l'image de ses parents danser dans son regard. Les visites répétées de Collin, de Nessie, de Lyana et de Devon, ses amis du collège, ne changeaient pas grand-chose.

Claire n'était plus vraiment Claire. Je voyais son aura perdre autour d'elle sa lumineuse présence.

J'étais terrifiée. Son état dépassait presque l'horreur de la mort. Elle partait peu à peu, sans qu'on puisse la retenir. Mais elle était là ! Vivante ! Et je ne parvenais pas à la ramener vers moi…

oOo

Je fus réveillé par une absence de bruit. Dehors la neige tombait. Novembre était là.

Claire.

Comme tous les matins, ce fût cette pensée qui me décida à sortir de la chaleur de mon lit. Je m'emparai vivement d'un jean et d'un pull, me changeai rapidement puis sautai de mon balcon pour atterrir dans le jardin avant de m'élancer en direction des Uley. En entrant dans leur cuisine, je saluai toute la famille attablée pour le petit déjeuner. Jonas et Raphaël avaient à présent l'habitude de me voir débarquer quotidiennement chez eux. Je refusai gentiment les pancakes proposés par Sam et montai dans la chambre de Claire.

Elle ne dormait pas. Allongée sur son lit, elle tourna légèrement la tête vers moi, me fit un bref sourire et retomba dans son apathie.

Je soupirai. Et soudain m'apparut un fait incontestable. Des mois avaient passé depuis l'incendie et jamais encore, à part lors de la tragique soirée, je ne l'avais vue pleurer.

Aucune larme. Aucun bruit. Jamais.

Elle était amorphe, sans réaction.

La colère, la peur, la souffrance me submergèrent alors.

-Claire ! aboyai-je froidement.

Elle me lança un regard, articula un « Quoi ? » silencieux, et reporta son regard sur la fenêtre.

Je m'avançai droit sur elle et la pris dans mes bras. Elle avait encore maigrie, je pouvais sentir ses os entre mes bras. Elle n'eut aucun mouvement de défense, rien. Elle attendait simplement.

J'attrapai son menton de ma main droite et le tournai rapidement vers moi.

-Claire, tu joues à quoi, là ?

Elle ne répondit rien, ce qui ne fut pas pour m'étonner.

-Depuis des mois tu ne dis plus rien, ne fais plus rien, ne vois plus personne ! Tu souffres Claire, je sais, et si je pouvais ne serait-ce que prendre la moitié de ton fardeau, je le ferai, je te jure ! Mais là, Claire, tu es en train de te perdre, je suis en train de te perdre !

Elle leva vers moi un regard interrogateur.

-Ca va, Quil, c'est bon… tout va bien, dit-elle d'une voix basse.

A nouveau, la rage froide me noya.

-NON c'est pas bon ! Non ! Tu comprends pas, Claire, tu MEURS un peu plus chaque minute ! Tu te LAISSES mourir, Claire !

J'attrapai une couverture, l'enroulai rapidement dedans, puis instinctivement, pressai sa tête contre mon torse.

-Quil, lâche-moi s'il te plait.

Je perçus un brin de détermination dans son ton, ce qui me réconforta un peu : en elle, tout n'était pas mort.

-Non. Pas avant que tu comprennes.

Je descendis précipitamment les escaliers, lançai un regard rassurant à Emy qui s'était à moitié levée de sa chaise en me voyant avec Claire dans les bras.

-On revient, marmonnai-je en ouvrant la porte.

Claire se recroquevilla encore plus contre moi en sentant la morsure du froid. Je bénissais les Dieux, pour une fois, de m'avoir fait Loup, car je lui tenais chaud. Et là où je l'emmenais, elle en aurait besoin.

Je me mis à courir. Elle ne sembla pas s'apercevoir que ma vitesse était supérieure à celle d'un humain, qui plus est d'un humain avec une adolescente de presque 13 ans dans les bras. Nous restâmes en silence pendant la demi-heure que dura le voyage. Puis, au détour d'un virage, au travers des feuillages et des branches nues apparut le Lac.

Je me souviens parfaitement de ma réaction la première fois où je l'avais aperçu, le jour de mes 11 ans. Ma mère m'avait amené ici pour un pique-nique familial. Nous étions partis tôt, et j'avais vu le soleil inonder la vallée. Le spectacle avait été merveilleux, et j'avais songé à quel point la vie était extraordinaire.

Aujourd'hui, il n'y avait pas de soleil, juste la neige qui tombait encore doucement sur le paysage.

La beauté du paysage en était différente, mais je sentis Claire s'agiter dans mes bras, et risquer un œil hors de mon étreinte pour regarder les alentours. J'entendis sa respiration s'arrêter puis repartir brusquement. Son cœur battait très vite.

Les sapins ployaient élégamment sous la poudreuse qui tombait en silence, et à présent que je m'étais arrêté, l'écho de mes pas ne se faisait plus entendre. Un timide rayon de soleil perçait à travers le ciel gris, illuminant le lac gelé et y faisant apparaitre une myriade de points scintillants.

Du tas de couverture que je tenais dans mes bras, une voix fluette se fit entendre :

-C'est magnifique…

Je sentis un sourire étirer mes lèvres malgré moi. Je demeurais en silence, mon Ange dans les bras, mon Ange qui commençait de nouveau à s'ouvrir au monde.

-Quil ?

La voix était tremblante à présent.

-Oui, ma puce ?

-C'est vraiment… magnifique !

-Je trouve aussi, dis-je en riant.

J'entendis son rire s'élever à son tour, d'abord silencieux puis, comme un cri longtemps réprimé, il explosa, jaillit hors d'elle et se joignit au mien.

Le rire nous resta longtemps, il fusait comme une renaissance ardemment désirée.

Claire m'avait manqué ! Tellement manqué !

Je pris une profonde inspiration, la première depuis des mois. Je me sentais bien. Peu à peu, le rire de Claire s'éteignit et je sentis les couvertures trembler, de plus en plus violement.

-Claire ?

-Pourquoi, Quil ? Pourquoi est-ce qu'ils m'ont laissé toute seule ?

-Oh, Claire…

Je l'entendais pleurer pour la première fois. Enfin une réaction normale… Je tâchais de me rappeler les banalités qu'on sortait dans des moments comme ceux-là.

-Tu sais, ils sont toujours avec toi, Claire, partout. D'où qu'ils soient, ils te regardent et continuent de t'aimer.

Elle rabattit la couverture vers elle et me lança un regard meurtrier.

-Qui essaies-tu de convaincre ? Moi ou toi ?

Elle ferma les yeux.

-Ils me manquent tellement… tellement !

De nouveau, elle se transforma en fontaine. Je la regardai, désemparé.

Alors, je sentis le lien qui nous unissait se tendre de plus en plus, jusqu'à ce que je prenne conscience de ce qu'il me fallait faire.

-Claire… regarde-moi, Claire… C'est vrai, tu as raison. J'ignore où sont tes parents, et pourquoi il a fallu qu'ils te quittent si tôt. Mais je sais combien ils auraient voulu que tu vives, toi. Et tu ne vis plus, Claire. Tu es une survivante, et pourtant tu t'enfonces dans la mort, jour après jour.

Elle leva ses yeux, rouges d'avoir pleuré, vers moi et attendit la suite. Je cherchai mes mots.

-Tu n'es pas seule, mon Ange. Tant que tu te souviens d'eux, ils seront avec toi, j'en suis sur.

J'attendis un moment puis poursuivis :

-Et moi je serais toujours à tes côtés, Claire. Tu ne seras jamais entièrement seule. Même contre le monde entier, je serais derrière toi, avec toi.

Ma voix se cassa, tellement j'avais l'impression d'être un monstre et de lui voler sa vie.

Elle fit alors un geste dont je n'avais pas eu souvenir depuis, me semblait-il, une éternité.

Elle lança ses bras autour de mon cou et me serra aussi fort qu'elle le pouvait.

-Je t'aime Quil.

Mon cœur tressauta de bonheur. Elle se recula doucement, les yeux légèrement baissés.

-Je te le dis parce que ce soir-là, je n'ai pas eu le temps de le leur dire, à eux.

Elle étouffa un sanglot.

-Si tu savais comme j'aimerais pouvoir le leur dire !

Je la serrais contre moi et la berçai doucement, ma bouche tout contre ses cheveux.

-Ils le savent, Claire, ils le savent…

oOo

La neige avait cessé. Le soleil aussi. Le temps était gris, nuageux, indifférent.

Aujourd'hui, Claire m'avait dit « je t'aime ». Elle avait souri. Elle avait pleuré.

Aujourd'hui, je la sentais renaitre.

Et bon Dieu que la vie était belle !