Chapitre 7

12ème District, New-York, aux environs de 9h30 …

Castle, tenant Eliott par la main, et portant Léo d'un bras, remontait le couloir des locaux de la scientifique en direction de l'ascenseur, satisfait que son ami Michaels ait accepté de jeter un œil à la carte mémoire et aux débris de la télécommande de Doyle. Rick avait essayé de le convaincre de lui permettre d'utiliser le matériel et les logiciels, mais Michaels avait été catégorique : il était hors de question, même s'il était son ami et que tout le monde le connaissait bien ici, qu'il utilisât seul ce matériel hors de prix à des fins personnelles. Et puis avec les enfants dans les pattes, c'était impossible. Castle avait dû rester un peu évasif sur l'enquête qu'il menait, voulant éviter que Michaels le prenne pour un illuminé, quoique cela n'aurait pas été la première fois. Il avait inventé une histoire à dormir debout, impliquant Beckett pour donner une caution morale à ses actes, et Michaels avait eu l'air de le trouver crédible, lui promettant qu'il s'en occuperait le plus rapidement possible et le tiendrait informé. Il travaillait comme expert pour la Police de New-York depuis une quinzaine d'années, et c'était l'un des meilleurs qui soient. Rick avait donc bon espoir qu'il parvienne à comprendre pourquoi la télécommande de Doyle avait explosé dans le réfrigérateur, et réussisse à décoder les données cryptées de la carte mémoire. Il ne lui restait plus qu'à passer aux Archives, récupérer le dossier sur Simon Doyle, avant que Kate ne les rejoigne d'ici une heure. Elle était allée retrouver M. et Mme Myers, à qui elle avait donné rendez-vous dans un petit salon de thé, afin de pouvoir leur annoncer la bonne nouvelle dans un cadre chaleureux, loin de l'agitation policière. Elle lui avait donc confié les enfants, en lui faisant promettre de surveiller Léo comme le lait sur le feu, et de ne pas les laisser faire de bêtises au commissariat. Les garçons étaient ici comme chez eux ou presque, si bien que leur venue passait rarement inaperçue.

- Est-ce qu'on peut aller dire bonjour à Lanie ? demanda Eliott, apercevant la porte menant à la morgue.

- Elle doit être occupée. Regarde, quand la porte est fermée, et la lumière rouge allumée, c'est qu'il y a une autopsie en cours, lui expliqua Rick.

- Elle découpe quelqu'un ? poursuivit Eliott, intrigué et toujours très intéressé par tout ce qui se passait au 12ème District.

- Hum … sûrement !

- C'est dégoûtant …, grimaça le petit garçon.

- Là ! Lanie ! s'exclama Léo, pointant du doigt la porte de la morgue.

- Oui. Elle est là …, sourit Castle. Ou c'est peut-être Perlmutter …

- Peur ! répondit Léo, faisant une petite mine effrayée.

Rick sourit, amusé par la mimique de Léo qui se blottissait un peu plus contre son cou, comme s'il était réellement apeuré. Léo avait déjà croisé plusieurs fois Perlmutter au commissariat, il n'y avait rien à faire : il avait peur de lui. Peut-être à cause de la barbe. Ou de son ton grinçant. Dans tous les cas, Perlmutter le terrorisait. Et Castle était bien d'accord : le légiste pouvait avoir l'air effrayant, et surtout mal aimable. Normal que Léo soit effrayé par cet homme qui ne l'avait jamais porté, lui, dans son cœur.

- Il ne fait pas peur le docteur Perlmutter, rétorqua Eliott, en riant de la grimace de son petit frère. Il est rigolo comme un clown !

- Rigolo, rigolo, c'est vite dit …, marmonna Rick.

- Non ! Peur ! insista Léo, cachant son petit visage dans le cou de son Papa.

- Ne t'en fais pas, mon Léo … On ne va pas croiser Perlmutter, le rassura Rick, en déposant un baiser dans ses cheveux.

- Dis Papa, pourquoi il s'habille de toutes les couleurs, Perlmutter ? Grand-mère dit qu'il ne faut pas mélanger les couleurs. C'est une faute de goût, expliqua Eliott, songeant aux tenues multicolores du légiste.

- Et bien Perlmutter est le roi du mauvais goût, bonhomme ! rigola Rick, amusé par la façon dont son fils mémorisait toutes les remarques des uns et des autres.

- Heureusement que les morts ne le voient pas quand il les découpe. Ils rigoleraient bien ! s'exclama Eliott, taquin.

- Ils seraient morts … de rire ! s'amusa Rick, alors qu'Eliott comprenant la blague, riait de bon cœur. Mais toutes ces couleurs, c'est juste son nouveau look hippie.

- C'est quoi « hippie » ?

- Pipi ! s'exclama Léo, qui captait ce qu'il pouvait de la conversation.

- Non, pas pipi, Léo. Hippie ! le corrigea Eliott, riant, amusé par son petit frère.

- Pipi Mutter ! répéta Léo, coquin.

- Les hippies sont des gens très cools, expliqua Castle, qui portent souvent les cheveux longs, la barbe bien fournie et des vêtements colorés … Beaucoup de jeunes étaient habillés comme ça quand Papa était petit, dans les années 70.

- Mais il est vieux Perlmutter ! rétorqua Eliott.

- Justement ! Il croit que ça le rajeunit ! Porter une cravate jaune avec une veste rouge et sa vieille barbe toute poilue, il trouve que ça fait cool … Tu sais Perlmutter est bizarre de toute façon.

Comme ils arrivaient à hauteur de l'ascenseur, Eliott lâcha la main de son père pour appuyer sur le bouton, chose qu'il adorait faire.

- Est-ce qu'ils ont mal les gens quand on les découpe ? demanda Eliott, avec curiosité et inquiétude.

- Non, bonhomme. Les gens qui sont morts n'ont pas mal. Ils ne sentent rien.

- Pas bobo ? demanda à son tour Léo.

- Non, pas bobo.

- Ils sont tristes d'être morts ? poursuivit le petit garçon.

- Non.

- Ils savent qu'ils sont morts ?

- Non …, sourit gentiment Rick, attendri par les questions soucieuses de son fils.

- C'est nul d'être mort, constata Eliott, pensif. Tu seras mort bientôt Papa ?

- Non ! s'exclama aussitôt Castle, comme s'il était horrifié par cette idée.

- Et Maman ? demanda Eliott, en dévisageant son père, craintif.

- Maman, non plus ! On ne va pas mourir avant d'être des petits vieillards tout ridés et vraiment très âgés, expliqua Rick, comme une évidence.

- Vieux comment ? demanda-t-il, perplexe.

- Encore plus vieux que grand-mère et grand-père …, et que le vieux monsieur Li de la supérette.

- Il n'a plus de dents monsieur Li …, lui fit remarquer Eliott. Et plus de cheveux.

- Tu vois. Papa et Maman ont encore toutes leurs dents et tout plein de cheveux … Alors on ne sera pas morts avant très, très longtemps, le rassura-t-il.

- Oui … Mais je ne veux pas que vous soyez morts et que Lanie vous découpe en mille morceaux moi !

- Ne t'en fais pas, trésor, sourit Castle, alors que les portes de l'ascenseur s'ouvraient enfin. Personne ne nous découpera, et on a encore une très longue vie devant nous. Ok ?

- Ok.

- Allez, hop, en avant ! lança-t-il, incitant Eliott à entrer, d'un petit geste sur son épaule.

- Léo bouton ! revendiqua aussitôt Léo, tendant le bras pour appuyer sur les boutons lumineux.

- Là … vas-y …., appuie ici, lui répondit gentiment Castle, lui montrant comment faire.

- Bravo Léo ! s'exclama-t-il fièrement, tandis que les portes se refermaient sur les sourires amusés de Castle et Eliott.

Quelques secondes plus tard, l'ascenseur les déposait à l'étage où Castle avait l'intention de confier Léo aux bons soins d'Esposito et Ryan, le temps qu'il aille avec Eliott, explorer les Archives. Il ne connaissait que trop bien le désordre qui régnait au sous-sol, et rechercher le dossier de Doyle, tout en surveillant Léo allait s'avérer mission impossible. Il ne pouvait pas prendre le risque d'une nouvelle catastrophe, où Kate allait faire la tête pour de bon, le maudire à tout jamais, et le priver de câlin par la même occasion pour quelques temps. Il ne savait d'ailleurs toujours pas quelle « punition de grande personne » l'attendait, et se demandait si vraiment elle prévoyait de le punir, ou bien si elle avait juste dit cela pour amuser Eliott.

Saluant les officiers qu'ils croisaient, Castle et les garçons s'avancèrent dans le couloir, et aperçurent Esposito et Ryan, assis à leur bureau, avec cette mine un peu défaite, celle qu'ils arboraient quand ils croulaient sous la paperasse un samedi matin.

- Oh ! Trois Castle pour le prix d'un ! s'exclama Esposito, retrouvant le sourire en les voyant arriver.

- Javi ! lui lança Eliott, abandonnant son père et Léo, pour se précipiter en courant et sauter à son cou.

- Ça va champion ? demanda Esposito, l'attrapant pour l'assoir sur ses genoux, et déposer un baiser sur sa tempe.

- Oui !

- Et moi alors ? grogna Ryan, tandis que Castle et Léo les rejoignaient à leur tour.

- J'arrive ! sourit Eliott avec enthousiasme, bondissant pour rejoindre Kevin et l'embrasser, sous le regard amusé de Rick.

Cela faisait plus de deux semaines que les enfants n'avaient pas vu Ryan et Esposito, et comme à chaque fois, les retrouvailles étaient un moment tendre et joyeux. Eliott était en admiration devant ses tontons policiers, qu'il trouvait très drôles, et ces derniers chérissaient les fils de leurs amis.

- Léo aussi ! lança le petit garçon, tentant de s'extirper des bras de son père pour rejoindre Esposito.

- Viens par-là, petit gars ! s'amusa Javier., se levant pour l'attraper et le faire tournoyer en l'air.

Léo rit aux éclats, jusqu'à ce que délicatement Esposito le tende à Ryan, qui, à son tour, l'embrassa chaleureusement.

- Qu'est-ce que vous faites ici ? demanda Esposito, à l'intention de Rick. Où est Beckett ?

- Elle avait rendez-vous avec les parents de Jana Myers, expliqua Castle.

- Ah oui c'est vrai …

- Attendez les garçons, j'ai quelque chose pour vous, leur annonça Ryan, alors que les deux petits debout près de son bureau l'observaient, intrigués.

Il ouvrit son tiroir, et en sortit deux petites voitures de police.

- Et voilà ! Chacun la sienne ! s'exclama-t-il, leur tendant à chacun une voiture.

- Oh ! Il y a même le gyrophare et la sirène ! s'exclama joyeusement Eliott, qui avait aussitôt compris le fonctionnement du petit véhicule.

- Qu'est-ce qu'on dit à Kevin, les garçons ?

- Merci ! sourit Eliott, s'agenouillant aussitôt sur le sol pour jouer avec sa voiture.

- Et toi Léo ?

- Vroum … Vroum ! s'exclama Léo, faisant rouler la voiture sur les dossiers de Ryan.

Tous les trois rirent face à la bouille du petit garçon.

- Bon, merci pour lui, Ryan … Beckett va être ravie. Deux voitures toutes sirènes hurlantes à la maison …, elle en rêvait !

- Oh, mais de rien …, c'est pour te remercier du robot Dark Vador que tu as offert à Nicholas … « Je suis ton père », à longueur de journée, tu vois, ça finit par taper sur le système !

Castle lui répondit par un sourire amusé, imaginant aisément que son merveilleux cadeau puisse, à la longue, devenir agaçant pour les parents.

- Alors Beckett t'a dit pour Doyle ? poursuivit Esposito, tandis que les garçons jouaient avec leurs voitures.

- Et comment ! Pourquoi croyez-vous que je sois là ? répondit Castle, tout sourire.

- Euh … pourquoi tu es là ? demanda Ryan, l'air incrédule, cherchant à comprendre.

- Doyle, les gars ? leur fit Rick. Ça ne vous parle pas ? Le voyageur du futur ?

- Euh … si … mais ce sont des foutaises, Castle. Et ton voyageur du futur avait retrouvé ses esprits quand on l'a vu cette nuit …. Il ne vient plus du futur. Enfin, il n'est jamais venu du futur.

- Il cache bien son jeu c'est tout, répondit Castle. Il n'est pas revenu par hasard. Je vais récupérer son dossier et étudier tout ce qu'on avait collecté sur lui il y a quelques années.

- Tu perds ton temps … Doyle est clean, répondit Ryan. Il ne peut pas venir du futur, Castle.

- Ce gars se pointe comme ça comme témoin sorti de nulle part et ça ne vous met pas la puce à l'oreille ? leur lança-t-il, perplexe face au fait qu'ils puissent ne pas se poser la moindre question.

- Ça arrive … On a vérifié ses dires. Il n'y a aucun doute.

- Evidemment. Parce qu'il est revenu du futur pour être témoin de l'agression et de l'enlèvement de Jana Myers, et permettre de résoudre cette affaire. Certainement parce que cette affaire doit être bien plus importante qu'on ne l'imaginait, et que sa résolution a des conséquences à très long terme et …

- Bon sang …, l'interrompit Esposito en soupirant. Beckett doit s'arracher les cheveux …

- Un peu, avoua Castle, avec un sourire fier de lui. Mais elle m'a autorisé à mener l'enquête.

- Tu rigoles ? s'étonna Ryan, surpris que Kate puisse laisser Rick divaguer ainsi dans ses théories farfelues.

- Eh non ! sourit Rick.

- Beckett ne peut rien lui refuser …, ajouta Esposito.

- Ce n'est pas faux, confirma Castle. Bon, mais ce n'est pas tout, vous vous souvenez de la télécommande de Doyle ?

- Son gadget soi-disant pour géolocaliser ? demanda Ryan.

- Oui. Eh bien il l'a oubliée l'autre fois quand il est reparti pour le futur. Je l'avais gardée précieusement, et figurez vous que ce matin, elle a explosé dans le réfrigérateur.

- Dans le réfrigérateur ? s'étonna Esposito, jetant un œil mi perplexe mi moqueur à Ryan, comme pour partager sa sidération face aux délires de leur ami.

- Oh c'est une longue histoire, sourit Castle. J'ai essayé de la trifouiller, et elle a émis un bruit strident qui a énervé Beckett, en plus de Léo que j'ai laissé se barbouiller au feutre. Il en avait partout … Une vraie œuvre d'art sur pattes … Enfin du coup, je l'ai mise dans le réfrigérateur.

- Euh … Léo ou la télécommande ? demanda, taquin, Esposito.

- La télécommande ! Et là, elle a explosé, en mille morceaux, comme ça …

- Hum … un cas de combustion instantanée en mode froid, répondit Ryan. Comment ça s'appelle ? Congélation instantanée ?

- Ouais …, rigola Esposito. Et alors ? C'est quoi le rapport avec Doyle ?

- Vous trouvez ça normal, vous ? Un objet qui explose sans raison ?

- Des téléphones prennent feu ou explosent sans raison régulièrement …, lui rappela Ryan. Demande à Apple …

- Mais là, la coïncidence est étrange …, leur fit remarquer Castle.

Esposito et Ryan le dévisagèrent, avec un air totalement abasourdi par ses explications.

- Vous pouvez faire vos têtes d'incrédules, marmonna Rick. Vous verrez quand j'aurai raison.

- Si tu survis à ton enquête, rigola Esposito. Beckett ne va pas supporter tes élucubrations longtemps, mec … Tu te rends compte que tu as l'air encore plus dérangé que Doyle la première fois qu'on l'a vu ?

- En même temps, c'est vrai que c'est bizarre …, lui fit remarquer Kevin.

- Ah ! Tu vois ! Merci, Ryan, s'exclama Rick, tout content.

- Toi, Castle Junior, toujours prêt à croire à n'importe quoi …, bougonna Esposito.

- Ben quoi ? J'ai juste dit qu'il y avait un truc bizarre quand même.

- Bon, en tout cas, j'ai besoin de vous …, continua Castle. Pour deux choses.

- On a une tonne de paperasse, et à midi, c'est le week-end, mon pote, lui fit tout de suite remarquer Javier.

- C'est juste pour garder Léo quelques minutes pendant qu'Eliott et moi on descend aux archives.

- Ça, ça va …, répondit Ryan, regardant Léo, qui, allongé sur le sol, faisait rouler sa voiture et clignoter le gyrophare. On va le chouchouter ce petit gars.

- Et la deuxième chose ? demanda Esposito, un peu inquiet.

- Eh bien, si le Doyle que vous avez interrogé cette nuit est revenu du futur, alors le Doyle du présent doit forcément exister quelque part, puisqu'il va devenir le Doyle du futur. Vous suivez ? leur fit Castle, très sérieusement.

- Tu veux dire qu'actuellement il y aurait deux Doyle à New-York ? demanda Ryan, essayant de comprendre.

- Oui. Enfin à New-York, ou ailleurs. Celui du futur, et celui du présent. Et il ne faut pas qu'ils se rencontrent, parce que le choc temporel serait terrible, et les conséquences pourraient être dramatiques. Mais on ne sait pas où vit le Doyle du présent … On n'avait rien trouvé la première fois …

- Bon sang … C'est pire ce que je croyais …, soupira Esposito, totalement désemparé.

- Je ne te le fais pas dire, constata Rick, totalement captivé par son propre raisonnement.

- Je parle de ton état de démence, Castle ! lui lança Javier, d'un ton un peu accusateur.

- Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ? demanda Ryan.

- Des recherches sur le Doyle du présent …

- Tu l'as dit toi-même, on n'avait rien trouvé d'autre que le passage de ce John Doe à l'asile. Il n'existe pas d'autre Simon Doyle.

- Il peut s'appeler n'importe comment. Il a dû nous dire qu'il s'appeler Simon Doyle pour nous faire plaisir. Ce n'est sûrement pas sa véritable identité, expliqua Castle.

- Et comment tu veux qu'on le trouve ? demanda Ryan, alors qu'Esposito, s'était rassis à son bureau, dépité par les théories de Castle.

- Vous êtes enquêteurs ! Enquêtez ! s'exclama Rick, avec un grand sourire.

- Castle, on n'a rien pour chercher !

- On a sa photo …, répondit-il.

- Qui ne nous a menés qu'à l'hôpital psychiatrique où John Doe avait été interné. Et ça confirmerait justement que Doyle ne vient pas du futur. Il n'y a qu'un Doyle, le marginal qui a séjourné en hôpital psy, et qui a été témoin de l'enlèvement de Jana Myers.

- Ryan … pourquoi essaies-tu de raisonner ? Il n'y a rien de logique et de sensé dans ce qu'il raconte ! lui lança Esposito. Désolé, Castle, mais tu délires gravement …

- Moi qui croyais pouvoir compter sur vous, répondit Rick, avec une moue de petit garçon dépité.

- Ça marche peut-être avec Beckett cet air-là, mais pas avec nous, grommela Javier.

- Peut-être qu'on pourrait essayer de chercher un peu quand même …, suggéra Ryan, croisant le regard excédé de son coéquipier.

- Ryan, bon sang … Tu es vraiment trop faible ! Pourquoi tu ne cherches pas tout seul, d'abord, Castle ?

- Parce que j'ai promis à Beckett de ne pas y passer des heures …

- Et nous ça ne te dérange pas qu'on y passe des heures ?

- Vous êtes doués, alors vous allez trouver rapidement quelque chose, sourit Castle, de son air charmeur.

- Ok. On va s'en occuper, finit par accepter Ryan sous le regard réprobateur d'Esposito.

- Merci ! Vous êtes les meilleurs ! s'exclama Rick, tout heureux.

- Mais on ne va sûrement rien trouver, l'avertit Kevin.

- On verra … Bon, allez, on va aux Archives maintenant. Pas de temps à perdre. Léo, Javi et Kevin vont te garder un petit peu. Papa revient très vite.

Léo, assis sur ses petites fesses rebondies, leva des yeux souriants vers lui, comme s'il acquiesçait et se remit à jouer avec sa voiture.

- Faites attention, il est très en forme ce matin …. pour les bêtises ! les avertit Rick.

- Ça va, Castle, il a un an … on devrait arriver à gérer, sourit Esposito.

- Oh, mais c'est mon fils, vous savez … et le génie pour les bêtises n'a pas d'âge …, répondit fièrement Rick.

- Ça promet …, sourit Kevin.

- Eliott, tu viens avec moi ? Ou tu veux rester ici ?

- Je viens ! Je vais enquêter avec toi ! s'exclama le petit garçon, bondissant sur ses jambes.

- Pas de bêtises en bas, Castle …

- Ne vous inquiétez pas …, sourit-il. Allez, viens, Eliott …

Esposito et Ryan les regardèrent s'éloigner, plus que perplexes face à la nouvelle obsession de Castle.

Vingt minutes plus tard …

Rick et Eliott déambulaient parmi les rayonnages que leur avait indiqués Jerry, le responsable des Archives du 12ème District depuis toujours ou presque. L'affaire qui avait impliqué Doyle remontait à plus de cinq ans, et comme toutes les enquêtes closes, elle avait été remisée dans les profondeurs des sous-sols. Castle était habitué à traîner par ici, et plus d'une fois il était venu y chercher des informations. Jerry l'avait laissé entrer sans souci, et tout content de rencontrer Eliott, il lui avait même prêté sa casquette d'officier, que le petit garçon arborait fièrement.

- Il y a beaucoup de boîtes, constata Eliott, regardant les rayonnages qui s'étiraient tout autour de lui sur plusieurs mètres de hauteur.

- Oui. Tout ça, c'est le résultat du travail de la Police.

- Maman a arrêté tous les méchants des boîtes avec toi ?

- Non, pas tous. Il y en a beaucoup trop ! répondit Castle en riant. Il y a des boîtes ici qui remontent à quand Maman et Papa n'étaient même pas nés.

- Il y a quoi dans la boîte de Marty ? demanda-t-il, curieux, tout en suivant son Papa dans l'allée centrale.

- C'est Simon Doyle, bonhomme, pas Marty, rectifia une fois de plus Rick. Dans la boîte, on va trouver des informations qui pourraient nous aider à comprendre qui il est, d'où il vient vraiment, et comment il voyage.

- Il va à l'hôtel quand il voyage ?

- Apparemment, oui. Son hôtel est à Brooklyn, expliqua Castle.

- Alors, on doit aller le voir dans son hôtel.

- Hum … J'aimerais bien. Mais le responsable a dit qu'il n'était pas là en ce moment.

- On pourrait jouer aux espions ! Et surveiller en se cachant en attendant qu'il revienne ! Je pourrais prendre mes jumelles comme ça ! répondit Eliott, tout enthousiaste.

- Excellente idée ! Tu feras un super policier, toi, fiston ! Le seul souci, c'est que Maman ne sera jamais d'accord pour qu'on espionne l'hôtel de Doyle.

- Pourquoi ? s'étonna Eliott.

- Parce que ce n'est pas marrant de rester toute la journée à attendre pour espionner quelqu'un. Et puis c'est dangereux. Et ce n'est pas pour les petits garçons de quatre ans.

- Quatre ans et demi ! précisa Eliott.

- Oui, quatre ans et demi …, sourit Castle. Maman aurait raison, tu sais. On ne peut pas attendre à l'hôtel indéfiniment, parce qu'en plus, Doyle est peut-être déjà reparti pour le futur.

- C'est nul, alors … Je veux le voir, moi ! grogna Eliott, en repositionnant sa casquette, trop grande pour sa tête.

- Moi-aussi, je veux le voir. On va faire tout notre possible, ok ?

- Ok.

- Si on arrive à convaincre Maman, j'irai poser quelques questions au gérant de l'hôtel à Brooklyn, et jeter un œil à la chambre de Doyle, continua Rick, en observant les rayonnages métalliques en quête de celui qui l'intéressait.

- Tu vas chercher des indices ?

- Tout à fait. Alors, voyons voir … Ce doit être par là …, constata Castle, tandis que tous deux se faufilaient dans un étroit rayonnage.

Ils s'arrêtèrent face aux étagères métalliques s'élevant sur près de trois mètres, et contenant des dizaines et des dizaines de boîtes en carton, toutes plus poussiéreuses les unes que les autres.

- 5307 … 5318 … 5325 …, lut-il, sur les boîtes, les yeux levés vers le haut du rayon. Ah, voilà, elle est tout en haut … 5377.

- C'est trop haut, Papa, lui fit remarquer Eliott, reculant légèrement pour pouvoir voir le sommet des étagères.

- Je vais prendre l'échelle. C'est prévu pour, expliqua Rick, en s'éloignant pour aller récupérer l'échelle appuyée contre le mur.

Eliott, intrigué par les lieux, observait sagement son père, qui, portant l'échelle à bout de bras revint vers lui pour la positionner sur les rayonnages.

- Ne bouge pas. Je monte récupérer la boîte, lui fit Rick, en commençant à grimper.

- Je pourrai monter aussi après Papa ? Comme les pompiers !

- Oui, si tu veux, mais pas tout en haut … Tu pourrais tomber, répondit Castle, depuis le haut de l'échelle.

Il attrapait la boîte en carton, quand au même moment, il entendit une voix l'appelant.

- Monsieur Castle ? Où êtes-vous ? soufflait la voix masculine, comme si elle tentait de ne pas faire trop de bruit.

- Jerry ? C'est vous ? répondit fortement Rick, pour se faire entendre, ne reconnaissant pas la voix de l'officier en charge des Archives.

- C'est qui Papa ? demanda Eliott, un peu inquiet, en regardant partout autour de lui.

- Je ne sais pas …, répondit-il, aux aguets.

- Monsieur Castle ? insista la voix, se rapprochant.

Rick tendait l'oreille cherchant à savoir qui le cherchait, et s'apprêtait à redescendre, les deux mains prises par le carton, quand un homme surgit au bout du rayonnage. Le reste alla très vite : Rick reconnut Doyle au moment même où Eliott hurlait d'effroi et de surprise en voyant apparaître subitement cet inconnu. Reculant et trébuchant, il se prit les pieds dans l'échelle, ce qui eut pour effet de faire perdre l'équilibre à Castle. Ce dernier tomba lourdement sur le sol, entraînant avec lui l'étagère métallique et toutes les boîtes qu'elle contenait dans un fracas de métal, de cartons et de poussière, qui résonna dans toute la pièce, sous les yeux ahuris de Simon Doyle.

- Papa ! Papa ! s'écria Eliott, paniqué et terrifié, en voyant que son père gisait sur le sol, le corps en partie recouvert par l'étagère métallique, l'échelle et des morceaux de cartons et de papiers, sortis des boîtes.

- Bon sang, Monsieur Castle ! Je dois vous parler ! Vous ne pouvez pas faire attention ! s'exclama Doyle, regardant la scène d'un air totalement dépité.

- Papa, tu es mort ? demanda le petit garçon, en pleurs, en venant s'agenouiller près du visage de son père, qui avait perdu connaissance sous le choc.

- Eliott Castle ? lui fit Simon Doyle.

Le petit garçon leva les yeux vers lui, les joues baignées de larmes, et acquiesça d'un hochement de tête, se demandant qui était ce monsieur.

- Dis à ton Papa que j'ai des informations importantes à lui délivrer. La vie de ta Maman et de toute votre famille en dépend. Je ne peux pas rester … Je reviendrai, expliqua Doyle.

Eliott ne dit rien, ne comprenant pas ce qui se passait, et baissa les yeux vers son père pour le voir se réveiller, enfin.

- Papa ! Tu n'es pas mort ! s'exclama-t-il, retrouvant instantanément son sourire.

- Mais non, mon trésor …, marmonna Rick, reprenant lentement conscience et réalisant ce qui venait d'arriver.

- Castle ? Tout va bien ? lança au loin la voix de Jerry, qui avait entendu le bruit, et venait voir ce se passait.

- Tu saignes sur ton front, Papa, pleurnicha Eliott, venant s'accrocher au cou de son père.

- Ce n'est rien, bonhomme …, le rassura Rick, l'étreignant de son bras libre, et caressant doucement sa petite tête. C'est juste un petit bobo. Ne pleure pas. Tout va bien.

Il tenta de faire le point rapidement sur ce qui venait d'arriver. Il avait vu Doyle. Mais celui-ci avait disparu maintenant. Il n'avait pourtant pas rêvé. Eliott avait eu peur, et il était tombé. Il ne pouvait pas vraiment bouger, les jambes recouvertes par l'étagère métallique, mais il n'avait pas mal, à part un peu à la tête et au front. Rien de grave a priori. Mais que voulait Doyle ? Comment était-il arrivé jusqu'ici ?

- Mon Dieu ! Castle ! s'écria Jerry, en arrivant dans le rayonnage. Que s'est-il passé ?

- Où est-il ? demanda aussitôt Rick.

- Qui ? demanda Jerry, incrédule.

- Doyle ! s'exclama Castle, comme une évidence.

- Qui est Doyle ?

- Il était là il y a deux minutes. C'est à cause de lui tout ça …

- Il n'y a personne ici. Personne n'est entré après vous et le petit Eliott, expliqua Jerry.

- Bon sang …, grommela Rick, incrédule, alors qu'Eliott, qui s'était relevé, séchait ses larmes, réalisant que son Papa allait bien.

- Viens par-là, petit bonhomme, lui fit Jerry, en lui tendant la main. On va appeler de l'aide pour sortir ton Papa de là-dessous. Je ne pourrai pas lever cette étagère tout seul.

- Beckett va me tuer pour de bon …, soupira Castle, se débarrassant d'un carton poussiéreux sur son torse.

- Ne bougez pas. Vous pourriez être sévèrement blessé, lui fit remarquer Jerry, en se saisissant de son talkie-walkie.

- Mais non …, grogna Rick, en regardant l'étagère qui reposait sur ses jambes. Je n'ai pas mal … à part à la tête.

- Tu saignes beaucoup, Papa …

- Ce n'est rien, mon grand, sourit Castle, pour le rassurer. Tu as vu le monsieur ?

- Oui … Il m'a fait peur.

- C'était Simon Doyle.

- C'était Marty ? Le vrai Marty ? demanda Eliott, son visage s'illuminant d'un large sourire émerveillé.

- Oui, sourit Rick, tout content.

Il avait maintenant la confirmation que Doyle n'était pas revenu par hasard. Pourquoi serait-il venu aux Archives pour le trouver sinon ? Il y avait bien quelque chose de mystérieux dans toute cette histoire. Mais à l'instant présent, il songeait surtout à Kate qui allait arriver au poste d'une minute à l'autre, et allait découvrir ce qui était arrivé. Sans nul doute, tout le commissariat n'allait parler que de cela et rire des événements. Il allait devoir sortir le grand jeu pour faire passer ce nouvel incident auprès de sa chère femme.