Appelez moi, Votre Majesté !
Disclaimer: Tous les persos de Final Fantasy 12 sont de Square Enix sauf certains qui sont de moi.
Tous les chevaliers dont j'ai inventé les noms sont ceux présents dans la cinématique d'introduction, parlant à Raminas pendant qu'ils mettent au point une stratégie.
La période d'adolescence d'Ashe s'étend de ses 13 ans jusqu'à ses 16ans. Les choses sérieuses commencent, vous l'aurez deviné.
Bonne lecture !
TITRE 2 : L'ADOLESCENCE D'ASHELIA B'NARGIN DALMASCA
Chapitre 1 : La ruse de la jeune princesse.
Quelle effervescence au marché de Mussul en cette période d'hiver ! Les Rabanastiens reprenaient espoir depuis l'échec de l'invasion de Rozarria dont l'armée avait été retenue à l'extérieur des frontières. Les inquiétudes cédaient alors la place à une joie décuplée.
Une silhouette mince de taille moyenne zigzaguait dans la foule d'un pas précipité, emmitouflée dans une cape bien chaude avec une capuche rabattue sur son visage.
Elle entendait avec intérêt les habitants s'extasier sur les exploits des capitaines, considérés comme des héros nationaux, bien que Basch fon Rosenburg, d'origine modeste, était préféré par le peuple défavorisé et le noble Capitaine Vossler York Azelas, par les habitants du quartier résidentiel, où vivaient les nobles. On murmurait qu'ils méritaient bien leur récente nomination à l'Ordre Ancien des Chevaliers de Dalmasca.
La silhouette rasait les murs et s'arrêtait à chaque soldat aperçu. Le temps que les hommes soient alertés, elle avait déjà disparu, se mêlant à la foule du marché, s'offrant même l'audace de voler une pomme au passage et la croquer avec appétit.
Elle s'émerveilla devant les étals de fruits et légumes de toutes sortes, preuves de la fin de la pénurie de guerre, les magasins d'armes, d'accessoires, ceux de magies et de techniques du quartier commerçant.
De ses yeux bleus pétillants, elle contempla longuement le soleil diffusant faiblement sa chaleur et ferma les yeux. Sa longue inspiration souleva sa poitrine naissante. Que l'air de la liberté était grisant ! Plus enivrant encore que les effluves d'alcools émanant des banquets.
Briser les convenances, défier les centaines de soldats censés garder le palais royal, l'exploit de la Princesse Ashelia relevait de la folie.
Mais, ses préoccupations et ses joies insouciantes de l'enfance n'étaient plus, elle se sentait adulte et surtout…femme. Dorénavant, elle pouvait donner des enfants à l'homme dont elle partagerait la vie. Elle n'en avait pas parlé à Binala, pourtant sa confidente et elle ne savait pas pourquoi. Cette métamorphose bouleversait son corps et sa tête, elle se refusait dorénavant de voleter tel un papillon de fleur en fleur au gré de ses envies s'égarant dans mille chemins sans en suivre un seul. Elle se sentait prête à embrasser son destin, aussi cruel qu'il puisse être.
Elle continuait son exploration de Rabanastre et entra dans la Basse-Ville. Les lieux étaient si sombres et sales qu'elle en frémit d'horreur, se révoltant qu'un pareil endroit puisse exister dans la ville. Elle s'enfonça d'un pas hésitant dans les dédales dont la puanteur était insoutenable. Elle croisa le regard de plusieurs vagabonds d'une saleté répugnante qui la regardaient avec insistance, habillés d'haillons et trainant en bande. Prenant son courage à deux mains, elle détourna la tête devant leur regard insistant et accéléra sa marche. Elle n'osa pas regarder un vieil homme barbu couchant à même le sol avec une bouteille de rhum à la main qui émettait des râlements. La terreur s'emparant d'Ashelia, elle décida de sortir au plus vite de ce quartier répugnant, abri des pauvres, des orphelins et des innombrables rats qui s'aventuraient en dehors des égouts de Garamsythe.
Brusquement, une main se posa sur son épaule et la bloqua.
-Tiens donc, qui est donc ce nouvel invité ? demanda une voix masculine en train de muer. Ashelia se retourna vers l'intrus et réussit à bafouiller quelques mots, toute tremblante.
-Je vais vous laisser, je suis juste venue rendre une petite visite…
-Oh, qui est le veinard qui a la chance de recevoir la visite d'une si noble demoiselle ? releva, taquin, l'adolescent brun à la mine sale qui lui faisait face.
-Que dites-vous ? Je ne suis pas noble…
L'adolescent saisit le poignet d'Ashelia et le souleva devant elle, révélant un bracelet en or avec des gravures.
-Pas noble, hein ?...Et c'est quoi ça ? ...répliqua-t-il avec un petit sourire.
Ashelia essaya de résister mais l'adolescent était trop fort pour elle. Elle hurlait de désespoir, le bracelet étant la seule chose qui lui restait de sa mère.
-AREEETTTTEEE BALZACC !! Hurla une voix d'enfant.
Balzac relâcha Ashelia qui tomba dans une flaque de boue visqueuse. Agacé, il se retourna vers le jeune garçon blond qui l'avait interrompu.
-De quoi tu te mêles, toi ? Retourne avec ta petite copine Penelo et disparaît de ma vue !
Le jeune garçon blond essaya de dévisager de loin le visage effrayé d'Ashelia mais il faisait trop sombre. Il serra des dents et déguerpit à toute allure.
Avec un sourire en coin, Balzac entendit au loin une petite voix féminine. Vaan, dépêche toi, reviensss viteee !!
L'agresseur revint vers Ashelia qui venait de se relever.
-On en était où, ma jolie ?
-Même si je dois sacrifier ma propre existence, jamais je ne vous céderais ce bracelet ! répliqua Ashelia, d'un air de défi, en serrant sa main sur son bijou pour le protéger.
-C'est ce qu'on va voir ! approcha Balzac, menaçant.
Cependant, une grande ombre recouvrait lentement la princesse et Balzac. La pointe d'une gigantesque épée toucha de derrière la tête de l'agresseur.
-Un geste et tu es mort! Maintenant, retourne-toi doucement!
Les bras en l'air, Balzac, paniqué, recula lentement et lorsqu'il se retourna pour faire face à son adversaire, un coup de poing l'assomma.
Le sauveur s'agenouilla auprès d'Ashelia.
-Votre Majesté, vous allez bien ?
Relevant sa tête avec frayeur, Ashelia aperçut le visage inquiet flou, vaguement familier d'un soldat qui rangeait son épée derrière son dos et qui la prenait par les épaules.
-Capitaine Voss…souffla, soulagée, Ashelia.
Tout se mit à tournoyer autour de la princesse puis ce fut le trou noir…
--
Lorsqu'elle se réveilla, Ashelia contempla avec déception le plafond de sa chambre décoré de fresques historiques. Encore étourdie, elle se releva lentement, s'assit au bord de son lit et passa sa main dans ses cheveux blonds cendrés effilés, reposant sur ses épaules. Elle remarqua les traces de boue sur ses mains et sa robe blanche en coton. Elle entendit quelqu'un approcher, mais, elle ne se retourna pas, demeurant face à la lumière qui filtrait du balcon, sachant qui c'était.
-Ashe…Est-ce que tu te rends compte…
-Je sais, Binala, arrête de me faire la leçon, je ne suis plus une enfant, dorénavant.
-Je m'inquiète pour toi, comme une mè…
-Mais tu ne l'es pas ! la coupa sèchement Ashelia. Tu dois rester à ta place, n'oublie jamais à qui tu parles !
Binala fut profondément blessée par les propos distants d'Ashelia. Elle avait tellement changé, s'étant endurcie au fil des années et ne partageait pratiquement plus rien avec elle.
-B…Bien sûr…Je vais appeler d'autres servantes pour te préparer. Sa majesté, le Roi Raminas, te demande.
Et elle se retira en se courbant.
Toujours de dos, Ashelia baissa sa tête, déboussolée et honteuse. Pourquoi était elle devenue si méprisante, dépourvue de cœur, envers Binala ? Pourquoi la rabaisser, alors que ce n'était pas sa manière de penser ? Elle ne trouvait pas les réponses, son instinct la poussait à se comporter d'une manière aussi détestable. Elle frappa son drap du poing, se rendant compte qu'elle aimait et détestait Binala en même temps, qu'elle passait toutes ses colères sur elle et qu'elle en souffrait.
On frappa à la porte et trois servantes se courbèrent devant la Princesse en flairant le sol. Lorsqu'elle leur permit de se relever, elles s'activèrent à la toilette de leur maitresse dans la salle de bain adjacente dont les murs étaient illustrés de scènes de bains.
Après que sa robe souillée lui fut ôtée, on la fit allongée sur une stèle chauffée de mosaïques turquoises. Elle sentit avec délice l'eau chaude parfumée à la lavande couler le long de son corps mince et parfait. Elle frémit lorsqu'on l'aspergea d'essences de rose sur tous ses membres, goûtant le plaisir d'être de nouveau belle et propre. Séchée avec délicatesse, on la vêtit d'une robe plissée brodée bleue ciel avec des voiles transparentes couvrants ses épaules, assortie à la couleur de ses magnifiques yeux. Une servante torsada quelques mèches et les releva en un chignon fixé par des barrettes composées de pierres semi précieuses, révélant sensuellement le cou gracieux de la princesse. On posa délicatement une ligne de fard bleu pour souligner la courbe parfaite de ses sourcils. Enfin, une autre servante glissa des sandales dorées aux pieds fins d'Ashelia.
Ashelia sortit de sa chambre et suivit Binala qui l'attendait. Elles ne s'échangèrent aucun mot sur le chemin, accentuant leur malaise.
La princesse entra seule dans le salon privé, dans lequel nul autre que la famille royale ne pouvait entrer. Elle aperçut son père, affaissé sur son bureau. Elle lui rendit hommage en s'agenouillant par terre, son visage, les bras et les paumes de ses mains sur le sol.
Le Roi Raminas souffla en fixant Ashelia, le visage las marqué par l'âge. Il avait déposé sa massive couronne d'or incrustée de diamants devenue difficile à supporter au fil des 30 années de règne à la tête de Dalmasca. Les incessantes guerres offensives des royaumes voisins, dont Dalmasca était victime, aggravaient l'état de santé du souverain. Cependant, le Roi Raminas aimait profondément son peuple, il ne survivait que pour Dalmasca et il était prêt à puiser dans ses dernières forces pour son royaume. La dernière guerre de Rozarria se révéla l'épreuve ultime et il l'avait surmontée. Les dieux s'amusaient ils de le tourmenter quand on lui apprit qu'Ashelia avait disparu ? Il commençait à suffoquer, prêt à rendre l'âme si l'Ordre Ancien des chevaliers au complet ne s'était mobilisé pour le maintenir en vie. Il avait refusé de rendre son dernier souffle quand le Capitaine Azelas lui avait fait la promesse de retrouver la princesse vivante. Et voilà la fugitive devant elle, toujours plaquée contre le sol.
-Je vous présente mes excuses pour mon comportement indigne d'une Princesse, Père. Mais, il me devait de quitter le palais.
- Indigne d'une Princesse, digne d'une ENFANT CAPRICIEUSE! finit par crier Raminas, lui arrachant une quinte de toux.
-Je ne suis plus une enfant ! Depuis hier, je suis devenue une femme, répliqua Ashelia avec émotion.
-S'agit-il d'une raison valable pour plonger son père dans une angoisse qui aurait pu l'envoyer au Ciel ? Que voulais-tu prouver en t'échappant de la sorte ?
- Je voulais être moi-même, tout simplement, répondit Ashelia, sibylline. Je n'ai trouvé que ce stratagème pour enfin obtenir une entrevue avec Vous, Père.
-Ma tâche est écrasante, Ashelia. J'ai réussi à vous protéger, toi et ta sœur, de l'horreur de la guerre. Il me fallait effacer ses traces et relancer l'économie du royaume. Je ne dors pratiquement plus, je suis si las…
- Laissez-moi vous aider à porter ce fardeau, Père…
Raminas souffla longuement, puis, invita sa fille à se relever et à le rejoindre, sa colère ayant suivi son angoisse ne diminuait pas pour autant.
- Evincée par l'ordre des naissances de la succession au trône par Camelia, ma sœur, héritière légitime et gardienne du sang royal, je tiens néanmoins à poursuivre votre œuvre et me dévouer toute entière à Dalmasca.
-Qu'est-il donc arrivé pour que tu puisses tenir des propos aussi graves, impropres à une jeune fille de 13 ans ?
- C'est pourtant à cet âge que vous avez régné avec la régence de Grand Mère…
- IMPERTINENTE ! Comment oses-tu comparer ma situation à la tienne ? T'estimes-tu prête à endosser une telle responsabilité, toi, toute juste sortie de la tendresse de l'enfance ? S'emporta Raminas, pointant sa fille de son index.
Ashelia esquissa une fausse lueur de crainte dans son regard bleu et releva le menton.
-Mon escapade m'a ouvert les yeux, Père ! Le peuple qui, autrefois, vous adorait, scande le nom de vos capitaines, plutôt que le vôtre. On murmurait même votre éventuel décès qu'on essaierait de dissimuler pour éviter de sombrer dans une révolte. On murmure encore que ce sont vos capitaines qui tiennent les rênes du pouvoir…
-Serais-tu en train de me donner des leçons, petite insolente ?
Ashelia s'agenouilla aussitôt par terre.
-Comment pourrais-je oser vous manquer de respect ? Par mes dires, je veux juste vous prouver mon dévouement à Dalmasca, à vous, mon père, puisque vous ETES Dalmasca !
Raminas s'adoucit, rassuré des intentions de sa fille et fasciné par cette nouvelle flamme qui brulait en elle.
-Tu as décidément beaucoup appris, Ashelia. Tu as acquis la sagesse, le respect et l'usage habile de ta langue. Qu'as-tu donc appris d'autre?
-Que la Basse Ville doit être sujette à des travaux pour éviter une révolte des plus pauvres de notre peuple, rapporta la princesse.
-La situation est elle si catastrophique ?
Ashelia frémit au souvenir de sa mésaventure dans ce quartier épouvantable.
-Inadmissible serait le terme approprié, rétorqua Ashelia avec un haussement de sourcils.
-Je reconnais que les derniers événements m'ont amené à négliger les classes les plus pauvres. Je ne dois pas leur tendre l'arme qui pourrait nous renverser. J'y veillerais. Je te remercie de ta clairvoyance, Ashelia. Tu abrites le même feu que ta mère, Maiena ! Elle était celle qui me conseillait toujours avec justesse. Je suis sûr qu'elle t'insuffle son énergie du haut des cieux…Paix à son âme…la complimenta Raminas, l'aidant à se relever et caressant ses cheveux.
-Père, pourrais je vous demander une faveur ?
Raminas fronça les sourcils, se demandant s'il pourrait la satisfaire.
-Auparavant, il vous plaisait de sortir avec le char royal pour aller à l'encontre du peuple. Vous pourrez rompre ces rumeurs annonçant prématurément votre décès, mais, sans l'Ordre Ancien des chevaliers, cette fois ci. J'aimerais également…parcourir la grande rue à vos cotés.
Raminas resta sans voix devant l'audace de sa fille.
-Ashelia, est tu consciente que je n'ai parcouru cette voie qu'avec la Reine, ta mère ? Je n'ai pas non plus invité Camelia, pourtant héritière du trône. C'est impossible…
--
Le lendemain, le Char royal immense, tiré par seize pur-sang d'un blanc immaculé avec des plumes multicolores sur la tête, attendait devant la porte du Palais royal. La foule de Rabanastre en liesse se pressait aux grilles fermées du palais et se rassemblait tout le long du chemin qu'allait emprunter le cortège, du quartier des nobles jusqu'à la Place des Trois Portes à l'entrée de la ville où le Roi Raminas proclamera un discours.
Camelia B'nargin Dalmasca se posait sur la balustrade du balcon de sa chambre, offrant une vue splendide sur la voie royale, pour suivre le cortège. A maintenant seize ans, elle était devenue une femme au charme sombre, au teint blanc, aux formes épanouies, aux yeux aussi verts que ceux d'un chat et à la chevelure noire et longue, tressée. Personne n'aurait pu décrypter cette étrange femme provoquant le malaise lorsqu'elle croisait un regard. Elle ne laissait paraître aucune émotion, mais, une étrange lueur traversa parfois ses yeux, rappelant celle de la folie.
Les commérages à la cour allaient bon train quant au sort de Camelia, le Roi Raminas n'étant pas pressé de projeter le mariage de sa fille ainée. Des pronostics sur les prétendants s'élevaient des discussions, des noms comme Vayne Carudas Solidor, le troisième et seul fils de l'empereur d'Archadia Gramis Gana Solidor, Brodler Kyroos Nabradia, le fils ainé du Roi de Nabradia ou encore Al-Cid Margrace, fils de l'empereur de Rozarria...
Camelia semblait au dessus de tous ces commérages et attendait passivement le sort qu'on lui réserverait. Elle appuyait lascivement sa tête sur ses bras posés sur la balustrade et observait l'agitation grandissante.
Une partie de l'armée se plaça derrière le char royal. Un contingent de mille soldats s'alignait parfaitement sous les ordres du Capitaine Teddas Loyus Moniom. Membre de l'Ordre ancien des chevaliers depuis trois ans, cet homme d'une trentaine d'années au visage pâle, aux yeux bleus perçants et aux longs cheveux blond platine serrés dans une queue de cheval, laissant deux mèches reposées sur son front, arborait une armure argentée avec col ne dévoilant que son torse puissant.Sur sa longue cape rouge sang, flottant dans le sens du vent, étaient brodés le symbole doré de l'Ordre, une étoile inscrite dans un cercle, transpercée de quatre épées.
Après avoir hurlé d'une voix tonitruante les dernières instructions pour la sécurité du souverain, le capitaine se retira et rejoignit ses semblables qui attendaient dans le hall du palais, huit chevaliers d'horizons, de races et d'armures différentes, mais à qui il avait été confié la même mission, symbolisée par leurs capes identiques prouvant leur appartenance à l'organisation secrète : protéger la maison dalmascienne au péril de leur vie.
-Je ne comprends pas la décision de sa Majesté. Nous l'avons toujours accompagné dans ses déplacements, s'indigna en chuchotant le Capitaine Moniom.
-Il s'est passé quelque chose. Quelqu'un de son entourage s'efforce de nous affaiblir, constata avec justesse le Capitaine Jurjn, Viera à l'armure dorée.
- Qand bien même cela soit vrai, nous ne devons pas contester les décisions de sa Majesté, trancha le Capitaine Garf, Vaanga à l'armure de bronze.
-Le Capitaine Garf a raison, confirma Vossler en secouant la tête, nous ne devons jamais contester les décisions du Roi, aussi injustes et étranges qu'elles puissent paraître. N'est ce pas, Basch ?
Celui-ci baissa la tête en signe d'approbation et croisa les bras.
-Nous en discuterons lors du banquet, de toute façon, vaquons à nos tâches, conclut le Capitaine Bourkis Gramon Valelas, un géant à l'armure noire lui conférant une allure imposante.
Ils se dispersèrent, seuls restèrent Basch et Vossler qui se regardèrent d'un air inquiet.
C'est alors qu'ils virent Binala et Ashelia sortir, la princesse se dirigeant d'un pas assuré, à l'allure altière et digne vers les marches du palais. Basch interrogea son ami du regard en désignant la princesse du menton, Vossler acquiesça sans mot dire et ils s'éloignèrent.
Le soleil éclatant de cette journée était de bon augure pour Ashelia. Au sommet des marches du palais, son cœur rempli d'orgueil, elle sentait tous les regards se poser sur elle et entendait la foule s'extasier au fur et à mesure qu'elle descendait les marches.
Pour l'occasion, elle avait particulièrement soigné sa toilette, sa robe dorée brillait et renvoyait les rayons du soleil, maquillée à la perfection et coiffée d'un chignon sophistiqué, lui faisait paraître dix ans de plus. Un diadème de cristal lui conférait la dignité, le port et l'allure d'une reine.
Camelia s'étrangla en l'apercevant d'en haut. Elle n'en croyait pas ses yeux devant l'audace de sa sœur cadette et lui promit de lui faire payer et de la remettre à sa place.
La joie d'Ashelia fut de courte durée. Quand son père, le Roi Raminas, se fit annoncé au son des trompettes et apparut à son tour, tous les regards convergèrent vers lui. Des fleurs étaient jetées sur son passage et le Roi saluait la foule qui lui rendait hommage. Il atteignit le char avec une dignité naturelle qui ne laissait rien paraître de sa fatigue et prit la main d'Ashelia pour la faire grimper à ses côtés.
Les murmures et messes basses des courtisans à la vue du père et de sa fille étaient recouverts par l'agitation du peuple qui se pressait de plus en plus contre les grilles qui finirent par s'ouvrir pour le départ de la parade, obligeant la garde royale à contenir les curieux qui s'approchaient trop.
Au fur et à mesure de leur parcours, la foule scandait le nom de Raminas, ivre de joie dans cette atmosphère de liesse amplifiée par l'orchestre. Ashelia était remplie de fierté, admirative du prestige de son père, gagné par tant d'effort durant ses trente longues années de règne et ravie qu'il recouvrât une seconde jeunesse grâce à elle.
-Je suis si heureux en cet instant, Ashelia ! s'enthousiasma le Roi. Toi aussi, en tant que Reine, tu ressentiras ces sensations.
Elle, une reine ? L'allusion lui procura un frisson d'excitation. Certes, elle le deviendrait sûrement par mariage, mais, elle caressait un dessein secret, guidée par son amour pour Dalmasca.
Les cris de joies du peuple grandissaient au fur et à mesure qu'ils approchaient de la place. Raminas et Ashelia descendirent alors de leur char. Le Roi de Dalmasca avait préparé un discours pour présenter ses divers projets d'aménagement de la capitale. Le projet de rénovation de la Basse-Ville fut accueilli par des acclamations du peuple, augmentant la popularité du souverain.
De retour au palais, Ashelia n'en revenait toujours pas d'avoir partagé ce moment avec le Roi. Personne ne pouvait nier qu'il lui accordait ses faveurs, désormais.
Toute à sa rêverie, elle ne vit pas Camelia qui lui bloqua le passage et lui attrapa le poignet.
-Petite intrigante ! Qu'essaies-tu de comploter derrière mon dos, espèce de petite garce ! siffla Camelia entre ses dents tel un serpent crachant son venin.
- Cela fait maintenant deux ans que l'on ne se parle plus, ma sœur chérie. Que me vaut l'honneur de ton brusque intérêt à mon égard? Répliqua Ashe, ne se démontant pas.
-Ne tourne pas autour du pot, je sais que tu essaies de t'attirer les faveurs de notre père et de m'évincer du trône ! Si tu crois que je vais me laisser faire. Ecarte toi de mon chemin ou je te garanti que tu le regretteras ! assura Camelia, en serrant plus fortement le poignet d'Ashelia qui refusait de laisser paraitre sa douleur.
-Seul notre Père décidera qui sera apte à lui succéder pour le bien de Dalmasca, soeurette, mais, je doute que ce sera toi !
-Ashe ?? intervint Binala qui venait de retrouver la princesse.
Camelia la relâcha et feignit de dépoussiérer l'épaule de sa sœur cadette avec un faux sourire. En lisant sur ses lèvres, Ashelia pouvait deviner qu'elle rajoutait « ce n'est pas fini ». Camelia, le regard diabolique, recula de plusieurs pas, ne quittant pas Ashelia des yeux, avant de se retourner et s'éloigner.
Suite à la confrontation, Ashelia et Binala se dirigèrent vers la chambre de la Princesse. Ashelia se planta devant la fenêtre, inspira et expira un grand coup en fermant les yeux, les mains sur les hanches. Soudain, elle émit un rire pitoyable.
-Que c'est pathétique…Depuis que je suis née, ma vie n'a été que souffrance…je dois être maudite…
-Mais, je suis là, Ashe, tu as toujours pu compter sur moi ! Cela ne changera pas ! la rassura Binala en se rapprochant de sa maîtresse.
Ashelia se retourna lentement vers sa servante, croisant les bras, l'interrogeant du regard, un sourire en coin.
-Es tu sure de ce que tu avances ?
-Mais, bien sûr, comment peux tu en douter ? s'inquiéta-t-elle.
Ashelia décroisa ses bras, joignant ses mains derrière son dos, elle s'approcha de Binala et tourna lentement autour d'elle, en la fixant avec attention comme pour déceler la moindre de ses émotions.
-Tu sais que c'est Vossler qui m'a retrouvée et m'as sauvée dans la Basse Ville, n'est ce pas ? Figure toi que j'ai appris qu'il a été désigné responsable de ma garde rapprochée, commença Ashelia, il s'ensuit qu'il passera pas mal de temps en notre compagnie, je me trompe ?
-N…Non, balbutia nerveusement Binala, ne devinant pas où Ashelia voulait en venir.
-Je te demande de te rapprocher de lui, ce qui ne sera pas difficile, compte tenu de ses sentiments à ton égard, et ce, pour recueillir le plus d'informations possibles sur les agissements de l'Ordre Ancien des Chevaliers de Dalmasca.
-JE DOIS, QUOI ? s'indigna Binala. Mais, Vossler n'a pas de s…
-Tsst.Tsst.Tsst ! Plus de mensonges, Binala, la stoppa Ashelia, un doigt sur ses lèvres. Je ne suis plus une enfant, je connais tous tes petits secrets et j'entends m'en servir pour notre cause. L'exercice aurait été plus plaisant pour toi si c'était Basch qui m'avait retrouvée, n'est ce pas ? releva-t-elle avec cynisme et dégoût.
Binala ne put s'empêcher de rougir, mettant à nu ses sentiments qu'elle essayait tant bien que mal de cacher.
-Crois-moi, Binala, il faut souvent renoncer à l'amour quand on est issu d'un certain rang social et c'est valable pour toi comme pour moi. Ne t'inquiète pas, Je veillerais également à ce que Vossler ne soit pas trop distrait par tes charmes. Les chevaliers se doivent de rester éloignés des choses de l'amour pour mener à bien leur mission, constata Ashelia, stoïque.
-Si je comprends bien, tu me demandes d'exploiter les sentiments de Vossler, de les bafouer, le tromper, pour… enquêter ?
-Quand l'intérêt de Dalmasca l'exige, répliqua Ashelia, il faut se sacrifier, Binala. Tu es la seule personne digne de confiance qui peut m'aider. Je vais les déposséder lentement de leurs pouvoirs qui grandissent au fil des batailles remportées, pour éviter d'éventuels coups d'Etat au moindre conflit d'intérêt et préserver la stabilité du pouvoir. Ceux qui ne seront pas des sujets loyaux manifesteront leur désapprobation et il conviendra alors de les évincer de l'Ordre, tout simplement.
-Ashe..Mais, comment peux-tu en parler avec autant d'aisance ?...
- Je n'ai pas le choix, le sang royal qui coule dans mes veines décide de ma destinée depuis ma naissance ! J'ai senti que la santé de Père s'aggravait de jour en jour, pendant ces trois années, j'ai observé, lut des tonnes de documents et écouter avec attention les cours. A l'évidence, je ne comptais pas sur Camelia pour le remplacer seule en cas de décès brutal et je ne veux pas qu'elle laisse un étranger à la maison Dalmasca prendre les décisions à sa place. Père vient d'écouter mon premier conseil et il ne regrette en rien de l'avoir fait. Je veux l'épauler et servir les terres de mes ancêtres. Etre reine pour ma soeur ne se résume qu'au prestige de la fonction et non les responsabilités qui en découlent. Son destin n'est pas de servir Dalmasca, elle ne porte pas le même amour que je porte moi pour mon royaume. Je ne te demande pas de partager la couche de Vossler, Binala, mais, seulement de partager une certaine complicité avec lui et de gagner sa confiance. Il était ton meilleur ami, non ?
Binala cacha sa bouche de la main, étouffant une exclamation de surprise, estomaquée d'entendre des propos aussi matures de la bouche d'une jeune fille de 13 ans.
-Tu peux compter sur moi, se résigna-t-elle à contre cœur, en déglutissant. C'était donc toi derrière la parade, je n'arrive pas à le croire…Demain, tu devras te préparer pour un banquet que l'on donne en l'honneur d'un prince que sa Majesté a jugé utile d'inviter, ajouta-elle.
-Ah, qui est ce ? demanda Ashelia, intéressée.
-Le Prince Rassler Heios Nabradia, deuxième fils du Roi de Nabradia, âgé de 14 ans. Son frère ainé, le Prince Brodler Kyroos Nabradia est l'héritier du trône de Nabradia.
-Le deuxième fils ? Voilà qui est intéressant, sourit malicieusement Ashelia…
A suivre…
ça promet des scènes croustillantes tout ça!
J'assume le côté très mature et un brin manipulateur d'Ashe pour ces raisons: - A cette époque ( qui me rappelle un peu le moyen age avec toutes ces guerres. Je considère qu'Ashe a du traversé 2 guerres pour l'instant), la dureté de la vie fait qu'à 13 ans, tu te dois d'être aussi mature, pire si tu es amené à diriger un royaume (sauf si tu es comme Camelia, une fille qui aime le pouvoir mais qui attend que ça lui tombe dans la main, par un simple mariage par exemple). Dans le jeu, Larsa n'a que 12 ans aussi et devient de moins en moins naif.
-Je trouve que ça colle quand on la retrouve dans le jeu à 19 ans. Elle a perdu la guerre, son père et son mari sont tués, elle est trahie, elle se suicide? Non, elle a la force de lever une résistance et se bat pour retrouver son trône, pour Dalmasca. C'est une battante et je veux la voir traverser des épreuves durant son adolescence qui expliqueraient son tempérament et ses réactions dans le jeu, ses rapports avec ceux qui la côtoyaient déjà à la Cour.
- Mais, je n'oublie pas l'adolescente qui se cache derrière cette jeune fille clairvoyante et qui la pousse à agir impulsivement de telle manière plutôt qu'une autre. Il y aura des éléments qui permettent de deviner ce qu'elle peut cacher au plus profond d'elle même.
J'espère que vous y voyez plus clair. Et encore merci pour vos commentaires !
