Le retour du roi soleil et d'Eunide à Versailles...
C'est un peu un chapitre de transition. A Versailles d'autres événements attendent le retour d'Eunide, mais d'ici là...
Comme toujours, j'ai puisé, ici et là des informations historiques m'offrant la possibilité de faire connaitre, à mon tour, des tas de petites choses. Il y a tant à découvrir sur la vie à cette époque...
Bonne lecture à vous.
Acte III
Scène I
Prenons acte…
Louis XIV, ouvrit prudemment la portière de notre carrosse, et mit pied à terre, avant de repousser le battant. A travers la vitre, j'aperçue François de Sailly, l'un des gardes du corps, approcherSa Majesté . Vêtu d'un habit bleu sur une veste, un haut de chausse et des bas rouges, le tout galonné d'argent, cet uniforme avait valu à ce corps d'armée le surnom de « Maison bleue du roi ».
Seuls autorisés à porter cette couleur, ces valeureux soldats se voyaient accorder un grand privilège. Après tout, ne se targuaient-ils point de vivre dans l'ombre de leur souverain et le protéger au péril de leurs vies ?
Généralement constituée de la plus fine noblesse du pays, cette garde avait les préférences royales et bénéficiait de postes d'honneur que beaucoup enviaient. Autrefois un lointain cousin du côté de ma mère avait été désireux de faire ses armes dans ce corps d'élite, mais la sélection, beaucoup trop rude, l'obligea, à son grand désarroi, à y renoncer. Il en conçut depuis une grande rancœur. Afin de contrer cet échec cuisant, il investit, à sa majorité, la totalité de son héritage dans une maison de commerce maritime, au grand désarroi de son père beaucoup plus terrien que son fils aîné. Cependant, c'était un visionnaire et son affaire finit par être florissante.
Je chassai de mon esprit tous ces souvenirs, et m'intéressait, à nouveau, à ce qui se passait au-dehors. Malgré mes efforts pour tenter d'intercepter ce qui se disait au-dehors, je n'entendis rien, aussi pris-je la décision d'entrebâiller la portière. L'officier François de Sailly s'approcha en toute hâte. Le ton de sa voix se voulut poli, mais je perçus une once d'inquiétude dans sa voix :
François de Sailly : Mademoiselle, accordez-moi, je vous prie, le privilège de rabattre votre portière. Votre personne est sous notre protection. Il ne fait pas bon se montrer en cet endroit perdu dans la campagne.
Eunide : Mais…
Le roi fit quelques pas dans la direction de son officier :
Louis : Veuillez obéir Mademoiselle !
Gênée, j'ouvris de grands yeux. Que l'on me reprenne ainsi, telle une enfant, m'indisposa au plus haut point, je dû le reconnaitre, cependant, j'obéis en réintégrant l'habitacle du véhicule. Après quelques instants à patienter, le roi remonta dans le carrosse. Il prit place en silence. Je ne su quelle attitude adopter tant je pensai l'avoir chagriné par ma curiosité. Je finis par choisir l'humilité :
Eunide : Majesté, je suis confuse…
Son regard me transperçait littéralement…un véritable envoûtement !
Eunide : Pardonnez-moi…je souhaitais seulement m'emplir de quelques connaissances.
Un semblant de sourire éclaira son visage adoucit :
Louis : Damoiselle Eunide…bel aveu d'impuissance devant le mystère de la réalité ! Votre curiosité nous sied, tout comme votre désir de vous emplir de savoir… En des moments plus intimes, nous saurons nous en faire souvenance, cependant, pour la satisfaire quelque peu, voici de quoi il s'agit : l'une des roues de notre carrosse nous fait défaut. Par acquis de conscience nous allons devoir faire halte dans l'une des fermes alentours. Monsieur de
Sailly lequel se trouve être d'un excellent conseil, a porté à notre connaissance un endroit où nous serions susceptibles d'y passer la nuit. Les gens de la région y pourvoiront. Cela a-t-il répondu à vos interrogations, Damoiselle ?
Piquée au vif, je me redressai ostensiblement, afin de me mettre au-devant de mes belles manières puisque ce monarque impudent en jouait à l'excès :
Eunide : Je n'en demandai pas tant Sire, cependant, je reconnais me sentir apaisée et sereine, me sachant entre les mains secourables de…Monsieur de Sailly. Ce gentilhomme ne saurait laisser une demoiselle dans l'inconfort du non savoir !
A son tour, je le vis tiquer et ses lèvres eurent le plus grand mal à ne pas se rehausser en un sourire coquin :
Louis : L'inconfort du non savoir ? Voici une formule qui contente Sa Majesté et le conforte dans son désir de se sentir divertit en toute occasion.
L'emploi de la troisième personne était un signe d'ironie, voire de moquerie chez le souverain lorsqu'il se trouvait en ma présence, aussi fis-je comme si de rien n'était et continuait ma propre plaidoirie :
Eunide : J'en suis fort aise, Majesté. Il est vrai que vous savoir contenté fait grandement partie des délicates intentions de l'ensemble des courtisans, lesquels se pressent de vous savoir repus à l'aide de leurs belles manières et de leurs jolis mots. Hélas, je n'ai pas encore une pratique entière de leur connaissance en matière de fourberie, et vous prie d'excuser mon inexpérience.
Son regard s'agrandit à l'énonciation du mot fourberie, je le vis se redresser. Désormais, il avait perdu son sourire charmeur et arborait une inquiétante prestance. Je me confondis, sur le champ, en excuses pour mon impolitesse. Dans mon emportement, je venais de franchir une délicate frontière :
Eunide : Que Votre Majesté veuille bien pardonner mon insolence. Je ne suis pas encore rompue aux exercices périlleux de la bienséance en vogue à Versailles. Sans doute mon regard aura-t-il été voilé par quelques ressentis taillés dans le vif des émotions qu'elles ont provoqué.
Heureusement pour moi, je constatai, avec grand plaisir, ses traits s'adoucir et son irrésistible sourire fit une apparition remarquée. Ce fut comme si le soleil était entré à l'intérieur de l'habitacle du carrosse :
Louis : Je n'ai jamais rencontré personne qui s'ajustât mieux que vous, aux difficiles contraintes de la Cour. Vous seriez bien en frais de donner des leçons à beaucoup et je dois avouer que votre langage, dépourvu de fioritures inutiles, comble mon esprit curieux.
Il s'empara de ma main, baisa le dos de celle-ci avant que ses lèvres ne s'entrouvre et emprisonne le bout de mon index. A la manière délictueuse employée à suçoter cette phalange, je ne pus résister à laisser s'enfuir un soupir en attente sur le bout de mes lèvres frémissantes. Mon regard s'assombrit, ma respiration s'accéléra…
Un gémissement provoqua une vibration de mes cordes vocales, parant mon désir d'un son inconvenant. Je me sentie presque frustrée, lorsque ses lèvres libérèrent le bout de mon doigt. Il s'évertuait à me mettre au supplice ce qui fit à nouveau éclore ce sourire empreint de perversité, auquel je ne pouvais résister.
Et ce fut tout naturellement qu'il entreprit de remonter le tissu de mes jupons aussi lentement que possible. Il souhaitait s'assurer de l'élévation de mon trouble et malgré toute ma volonté, il n'allait pas en décroissant. Tout en continuant sa manœuvre, il persista à entretenir la conversation…enfin, du moins son monologue :
Louis : Votre sens de la rhétorique à mis à mal Madame de Montespan laquelle, reconnaissons-le, parut fort surprise par votre coup d'éclat.
Ses yeux brillaient de façon si intense…
Mes jupons demeuraient à hauteur d'une demi-jambe, mais ses doigts habiles se frayèrent un tout autre chemin et persistèrent dans leur ascension jusqu'à mes bas de soie. Là, il rencontra un vêtement qui, d'après la surprise affichée sur ses traits, n'aurait jamais dû s'y trouver. Ses yeux s'arrondirent de stupeur et ses mains quittèrent le refuge de mes jupons :
Louis : Qu'est-ce que cela ?
Eunide : Ceci est un dessous. L'un de ceux qu'une demoiselle de belle naissance se doit de porter en toute circonstance !
Les derniers mots furent considérablement appuyés. Cela, ne sembla, pas le moins du monde vouloir interrompre sa manœuvre. Bien au contraire, son sourire s'accentua :
Louis : En toutes circonstances ? Vraiment ? Que de belles manières sous cette chevelure soyeuse ! Allons ! Soulevez-vous je vous prie.
Eunide : Me soulever ? Auriez-vous l'audace de retrousser mes jupons comme ce serait le cas pour une vulgaire souillon ?
Son regard devint insistant :
Louis : Il plaît au roi d'admirer le paysage de son choix.
Eunide : Quelle est donc cette intrigue, Sire ? Quel ennemi suis-je en position de combattre ? Devrais-je, pour cela, m'engager furieusement à protéger éperdument un honneur que vous fûtes ravi de me soustraire en toute…amitié ? Ce terme vous convient-il ?
Louis : Votre vocabulaire oscille entre l'hyperbole et la litote. Nous apprécions vos connaissances en terme de langage soutenu, cela démontre, chez vous un esprit vif.
Eunide : Vous n'avez pas répondu à votre humble servante…
Louis : Humble servante ? En ce cas, Petit Cœur, veuillez faire preuve d'obéissance à la demande de votre souverain !
Je le fixai dans les yeux avec hardiesse, j'en étais bien consciente, mais je ne pu faire autrement.
Lui, s'amusa de cette joute silencieuse et finit par hausser un sourcil y joignant un petit signe de tête en direction de mes jupons :
Louis : Nous attendons Eunide !
Eunide : Et si le roi devait attendre d'avantage ?
D'un mouvement brusque, il quitta la banquette sur laquelle il était assis pour se mettre à genoux, prenant bien soin de poser ses mains de part et d'autre de mes jambes. Prisonnière de son vouloir, je n'eu comme autre choix, que celui d'obtempérer.
Je montai mon bassin de quelques centimètres. Ses mains s'infiltrèrent sous ma robe, puis remontèrent jusqu'à mon vêtement. Il prit un soin particulier à effectuer son geste avec lenteur…
Je tentai de contenir son regard, mais ses mains produisirent chez moi une myriade de frissons.
Là, avec une lenteur tout à fait calculée, il trouva le cordon de satin qui faisait une boucle au creux de mes reins et entreprit de le délier.
Une fois libéré de son emprise, il fit glisser mon dessous le long de mes jambes sans pour autant mettre à mal ma pudeur. Les jupons n'étaient pas montés plus haut que la moitié de mes mollets, puis il souleva un pied après l'autre afin de dégager le vêtement et le garda prisonnier dans ses mains.
Pourquoi faisait-il cela ? C'était inconvenant !
Sans me quitter des yeux, il porta ma lingerie sous son nez et l'huma en baissant ses paupières. Je fus tellement contrariée que je tapai mon pied sur le plancher du carrosse. Le bruit lui fit ouvrir les yeux et un rire cristallin s'échappa d'entre ses lèvres :
Louis : Nous aimons tant votre colère Petit Cœur !
Avant même que je ne lui réponde, il baissa la vitre de la portière et jeta le dernier rempart de ma pudeur dans les airs. Immédiatement je pensai aux cavaliers entourant le carrosse. Qu'allaient donc s'imaginer ses soldats ? J'en voulu à ce monarque audacieux, certes, joueur, à n'en point douter, mais dont les facéties me mettaient dans une situation très inconfortable :
Louis : A l'avenir, nous vous enjoignons à libérer votre entrejambe d'une prison de tissu. Ce bijou qu'il vous plaît tant de dissimuler, se doit de demeurer, en toutes circonstances à la disposition de Sa majesté.
Pour clore cette discussion, son regard se porta, à nouveau sur la campagne environnante. Je ne décolérai pas, malgré la moiteur que son geste avait provoquée sur mon intimité. Cet homme et néanmoins monarque persistait à me déstabiliser…à jouer avec moi comme un chat l'aurait fait avec une souris. Prisonnière du protocole, je n'eu pour tout choix, que le silence. C'était trop peu, à mon goût, mais quelque part, ces chaînes invisibles me liant à lui, ne blessaient pas mes chairs, bien au contraire. Cette complexité développait, chez moi, une forme de dépendance et de perversité frôlant l'inconscience. En maniant l'art subtil de la séduction, Louis, m'apprenait à peser mes gestes, mes mots et dompter mes nombreuses pulsions.
Bon gré, mal gré, nous finîmes par arriver devant ce qui ressemblait à un corps de ferme. Je m'approchai de la vitre du carrosse…
Le chemin, par lequel nous arrivâmes, était recouverts de grossiers pavés, sans doute pour contrer les inconvénients des intempéries. A l'entrée, deux bâtiments en maçonnerie de pierres sèches* se faisaient face, probablement les écuries à vache. Je sentis, et cela confirma mes doutes, la forte odeur caractéristique des déjections animales.
Nous pénétrâmes à l'intérieur de la cour. Sur la droite se trouvait le retour de l'écurie à vaches ainsi que l'habitation principale. Sur la gauche, un appentis contenait les outils indispensables au bon fonctionnement d'une ferme, ainsi qu'une grange contenant la récolte de l'année. Juste à côté, je distinguai le four à pain et son grenier attenant probablement remplie de blé. L'hiver était assez sec, en cette année, par conséquent les céréales n'étaient pas encore gâtées.
L'ensemble de la construction se terminait par une petite maisonnette avec une cheminée laquelle fumait. Sans doute du personnel aux ordres du propriétaire.
Voici qui était curieux…l'absence d'activités…
Pour avoir, depuis toute jeune, parcouru en compagnie de mon père, la campagne aux alentours de notre château et visité les fermes de notre domaine, l'agitation dans ce genre d'endroit était intense. Que ce soit les animaux de basse-cour sous la responsabilité des jeunes enfants de ces familles, les divers travaux ou même l'activité des femmes, la vie semblait bruyante et bourdonnante.
Ici, il n'en était rien. Aucune personne ne se trouvait dans la cour. Nous étions en période hivernale, certes, mais je devinai d'étranges faits derrière tout ceci. Suspicieuse, je repris ma place en silence sur ma banquette, m'adossai contre le dossier et attendis sans prononcer la moindre parole. Il n'était pas de bon ton qu'une jeune fille de bonne famille fasse preuve de curiosité, aussi me pliais-je de mauvaise grâce à mes principes d'éducation.
Accompagné d'un mouvement chaotique, le carrosse s'arrêta avec brusquerie. Je fus projeté vers l'avant. Le roi tendit ses bras vers moi, m'enveloppant d'un cocon de douceur. Je sentis ses cheveux effleurer mes joues…mon regard se planta dans le sien :
Louis : Vous m'encendez à échoir dans mes bras plus que de raison, Petit Cœur…
J'ouvris de grands yeux :
Eunide : Mais…
Louis : Vous êtes à la recherche d'une ardeur nouvelle. Elle siège aux abords de votre personnalité…intime. Il nous plaira de vous offrir, à votre corps défendant, les attentions qu'un tel désir met en demeure d'exiger.
Ses lèvres frôlèrent mon oreille :
Louis : Vous y pourvoirez, sans fausse pudeur, avec la fougue qui vous caractérise.
Furieuse, je répliquai en tremblant :
Eunide : Mon seul souci, Majesté, sera de museler un sentiment qu'il ne serait pas convenable d'étaler sans vergogne devant le plus digne représentant de la France. Je n'oublie pas où se trouve ma place.
Louis : Ni moi la mienne !
Son sourire coquin s'effaça. Il ouvrit la portière alors que je peinai encore à calmer mon agacement !
A la vue de mes joues rosies, Monsieur de Sailly, posa, sur moi, un regard curieux :
Monsieur de Sailly : N'ayez crainte, Mademoiselle, cet endroit a été réquisitionné pour Sa Majesté et son invitée. Aucune indiscrétion ne saurait vous indisposer.
Je balbutiai quelques remerciements, toute étonnée par l'étrangeté de la situation et entrai dans le bâtiment principal. Une rangée de serviteurs se faisait face de part et d'autres. Le chef de famille, et son épouse, du moins l'imaginais-je ainsi, vinrent à ma rencontre en effectuant moult courbettes :
Fermier : Mademoiselle, veuillez bien vous trouver ici comme chez vous. Mes gaillards, mes belles-filles et ma moitié on est tous à vot'service Damoiselle…pour sûr ! Demandez, et vous s'rez obéi. Ma fille Anaëlle, ici présente, s'occupera ben d'vous !
Une petite jeune fille toute timide s'avança gauchement vers moi en tentant d'effectuer, au mieux, une révérence. Je fus touchée par tant d'innocence. Elle paraissait si jeune…peut-être deux ou trois ans de moins que moi, tout juste, et pourtant on eut dit une enfant :
Eunide : Bonjour jeune fille.
Anaëlle : Ma…Mademoiselle.
Elle baissa la tête ne sachant quel comportement adopter :
Fermier : Ben alors ma fille !
J'intervins rapidement :
Eunide : Laissez ! Demoiselle, veuillez m'accompagner dans mes appartements je vous prie.
La jeune fille ne se le fit pas dire deux fois, intimidée par le ton employé par son père. Elle entreprit de me montrer le chemin, en désignant, de sa main l'escalier. Louis n'avait pas bougé d'un cil et avait semblé apprécier ma prise de pouvoir sur le fermier. Je connaissais l'importance de faire preuve d'autorité devant le personnel agricole. Mon père me l'avait appris très jeune. La fille du châtelain se devait de représenter le pouvoir et l'autorité de son père, tout comme celui de notre rang social. Il en était ainsi depuis toujours, du moins, selon la doctrine enseignée par mes précepteurs.
J'abandonnai le roi à la crainte du fermier et de sa famille. Ce n'était pas tous les jours que l'on accueillait le représentant de la France dans son humble demeure !
Déjà occupé à ordonner ses directives, Louis prit, tout de même la peine de m'adresser un signe de tête, ce que remarquèrent une partie des membres de cette famille. Je poussai un soupir.
Les moulins de ces campagnes ne manqueraient pas, ces prochains jours, d'être alimentés par les commérages que ces gens se feraient un plaisir de divulguer et ce malgré les injonctions de Monsieur de Sailly veillant à ma réputation.
Tout ce qui ne touchait pas à la sécurité du territoire, se colportait dans les provinces au grès du vent, et le vent soufflait fort par nos campagnes !
Le moindre fait et geste du roi prêtait à des conversations sans fin auprès de la noblesse provinciale, surtout s'il s'agissait de ses exploits amoureux. Je pris soudain conscience que j'allai, pour la postérité, entrer dans le cercle des conversations intimes de ces Dames, comme de la paysannerie féminine. Un comble ! Moi qui souhaitais demeurer dans l'ombre…
Anaëlle et moi, gravîmes un escalier de bois brut menant à l'étage. Tout avait été nettoyé à la perfection, cela se devinait. J'avais grandis dans la campagne, je connaissais l'état des fermes alentours à notre château. Pour y avoir passé une grande partie de ma jeunesse, je crois me souvenir, que le ménage, bien qu'étant effectué comme il se devait, n'était pas en droit de rivaliser avec l'assiduité de nos domestiques. Dans ce cadre, il me fut permis de retrouver la perfection, ce qui me troubla. Il y avait tant à faire dans une ferme que l'on savait prioriser ses tâches.
Pas une toile d'araignée, pas une poussière…
Ils avaient dû se donner beaucoup de peine pour rendre acceptable cet endroit pour le roi et…son invitée ?
Je soupirai…son invitée ! Sa maîtresse serait désormais mon nouveau statut, que dis-je un titre…royal !
La jeune fille ouvrit une porte et me désigna une chambre où trônait un lit de bois auquel on avait ajouté une courtepointe de dentelle ainsi qu'un ciel de lit d'où s'échappait, avec grâce, un voile dissimulant l'oreiller de plume.
Un baquet de bois se trouvait dans un coin. A l'opposé, un meuble à tiroir était surmonté d'un vase à l'intérieur d'une vasque. Des carrés de tissu pour l'usage de la toilette, formaient une pile parfaitement ordonnée.
Une cheminée, où brûlait un feu conséquent, diffusait une agréable chaleur, ce qui n'était pas pour me déplaire. Au-dehors, la nuit s'apprêtait à tomber, et les températures allaient probablement chuter.
Alors que mon inspection avait rendu la jeune fille silencieuse et probablement inquiète quant à l'énoncé de mon verdict, je continuais à détailler toutes les petites attentions que l'on avait souhaité rassembler dans le seul but de me satisfaire.
Sur une assiette en étain, était disposée une jolie pyramide de pommes rouges sur lesquelles se reflétait la lueur des flammes. A ses côtés, un pichet du même métal contenait un vin doux parfumé à la cannelle, avait spécifié Anaëlle légèrement anxieuse. Je ne pouvais d'avantage me taire. Cette jeune fille devait s'attendre à des récriminations au vu de ses légers tremblements, aussi dus-je la calmer en la félicitant chaleureusement. Mon ton se voulut bien plus conciliant qu'en présence de son père :
Eunide : Anaëlle, c'est un fort joli prénom au demeurant, j'apprécie énormément tous les efforts entrepris par cette seule volonté de me plaire. Je n'aurais jamais rien exigé d'aussi parfait. Le petit accident sur le carrosse de Sa Majesté aura, au moins eu le mérite de nous faire profiter d'un charmant accueil. Vos attentions, quoique envisagées à la hâte, méritent mon approbation.
Un peu surprise, je la vis froncer les sourcils comme si une hésitation la taraudait :
Eunide : Oui Anaëlle ? Que cherchez-vous à me dire ?
Anaëlle : Que Mademoiselle excuse ma franchise, mais votre venue était attendue depuis hier soir.
Je demeurai sans voix…mais alors…
Avait-on volontairement saboté une roue de notre véhicule, dans le seul but de me faire croire à un incident regrettable ?
Mon sang ne fit qu'un tour et, comme à chaque fois que j'étais contrariée, mon pied frappa le sol avec force. La jeune fille ouvrit de grands yeux très étonnée par cette réaction un brin infantile, j'en eus conscience. Je repris très vite ma contenance, mais il était trop tard.
A découvrir mon impatience, elle comprit la raison de mon exaspération. Malgré tout, je lui adressai un sourire. Ne jamais faire étalage de ses émotions…
Malgré les nombreux enseignements des dames de compagnie de ma mère, certaines leçons du savoir-vivre ne parvenaient pas à être intégrées par mon esprit rebelle.
Soudain, son trouble s'accentua et elle sembla se pétrifier sur place. Il était inutile de me poser la question. Cet immobilisme inattendu, ne pouvait être expliqué que par un seul fait, mais d'importance, la présence royale de ce cher Louis !
Je fermai les yeux, et prit une profonde inspiration en me retournant. J'avais raison ! Je le vis apparaître dans l'encadrement de la porte. Comme toujours, il rayonnait tel un soleil à son zénith.
A la lueur flamboyante dansant au fond de mes yeux, du moins me l'imaginais-je ainsi, il m'adressa l'un de ses fameux sourires coquin qui faisait de cet homme le plus grand séducteur qu'il m'avait été offert de connaitre. Anaëlle se mit à rougir comme s'il avait baissé son haut de chausse et lorsqu'il fit entendre sa voix de velours, la jeune fille faillit tomber en pâmoison :
Louis : Mon choix est-il concordant à votre souhait Mademoiselle De Villelotte ?
Devant mon silence, Louis intima l'ordre à Anaëlle de quitter la pièce avant que son discours ne s'agrémente de quelques touches de familiarités :
Louis : Le décor n'aura certainement pas la splendeur de Versailles, ni la sophistication du château familial de vos parents, mais à bien des choses simples, il est bon parfois de s'abandonner. L'ostentatoire me parait si ennuyeux ces derniers temps.
Je décidai de ne pas lui faire savoir ma connaissance concernant les véritables raisons de notre venue en ce lieu :
Eunide : Ce n'est pas l'impression qu'il m'a été donné de percevoir à mon arrivée à la Cour. Il faudrait n'avoir point de raison pour ne pas confesser que toutes les bonnes choses ne sont pas toujours celles parées de leurs plus beaux atouts ! J'ai été élevée à la campagne, je vous prie d'en conserver la souvenance…
Louis : Comment serais-je en droit d'omettre une telle vérité ?
Eunide : Ce qui signifie, Majesté ?
Louis : Ce qui explique votre extraordinaire perception du visible comme de ce qui l'est moins, Petit Cœur. Parfait, je vous laisse prendre votre bain, Mademoiselle. Apprêtez-vous de manière à ce que je vous admirasse. Cela ne devrait poser aucune inquiétude tant vos savoirs, dans le domaine de la beauté, vous est acquis.
Je dû me mordre la langue pour ne point répondre à cette injonction…que dis-je, un ordre, au sens littéral du terme. Conscient de ma colère, cet homme qu'il m'était interdit de moucher tel que je l'aurais fait sur le champ pour un autre, prit un malin plaisir à demeurer face à moi, empli d'un pouvoir sacré dans son sens le plus noble.
Une pensée naquit en moi avec la détermination qui était mienne.
Où se plaçait l'amour dans ce contexte ? Existait-il seulement ?
Comment ne pas reconnaitre que l'on emprunte un mauvais chemin si une main secourable ne se tend pas vers vous ?
Il me fallait agir. Je le conçu ainsi…
Je ne sais s'il eut conscience de ce qui m'habita à cet instant, mais je remarquai son sourire en suspens et une interrogation furtive éclaira d'avantage son regard bleu azur, avant qu'il ne s'approche de moi. Son regard se planta dans mes prunelles …Rien n'aurait pu me faire plus plaisir si je n'avais ressentis, au même instant, une intrusion déloyale de la part de ce monarque dans un esprit déjà à sa merci.
Il prit délicatement ma main, se courba, et m'offrit un délicat baisemain, avant de tourner les talons et sortir.
Je pu enfin respirer à mon aise. Au dîner, je lui ferai part de mes connaissances quant à cette aventure douteuse, suite à un accident douteux et ses manières fortes douteuses à mon goût. L'on pouvait occuper la fonction de roi et se montrer plus goujat qu'un garçon de ferme !
Anaëlle revint avec des sceaux d'eau chaude et remplit le baquet dans lequel je me plongeai avec délice. Je ne la renvoyais point et amorçai une conversation des plus versatiles, afin de la sortir un peu de son quotidien. Elle écouta bien sagement, en frottant mon dos avec un carré de tissu, les histoires extravagantes de la vie à la Cour. A la façon qu'elle eut de suspendre son geste, je compris que le rêve venait de s'inviter à son esprit.
Un peu plus tard, je choisis la robe que j'allai porter. Sur une chemise bordée de dentelle sur laquelle se superposa un corset dont je laissai le laçage défait, se compléta d'un bas de jupe de taffetas bleu nuit. Je m'apprêtai à lacer moi-même mon dessous, dans le seul but de resserrer mon décolleté ovale, lorsque j'interrompis mon geste…le roi faisait son entrée, et toujours de façon magistrale. Il adorait cela !
Anaëlle s'éclipsa rapidement. Il avança d'un pas, et ce pas fit toute la différence.
Ses paupières se baissèrent alors qu'il huma mon parfum :
Louis : Brume enivrante…
Son regard se concentra sur ma poitrine. Mon corset peinait à la contenir au vu de mes prochaines menstruations.
A son sourire gourmand, se substitua une moue appréciative :
Louis : Qu'une larme se perde entre ces magnifiques coussins de pudeur, et mon âme vous est acquise, Ma Dame !
Ses mots me troublèrent plus que de raison :
Eunide : Est-ce un souhait ? Une espérance ?
Pour toute réponse, ses mains se glissèrent entre ma chemise et le laçage largement défait, avant de se positionner en coupe sous chacun de mes seins enflés et douloureux :
Louis : Notre inclination à l'égard de ces deux merveilles vous fait honneur, Petit Cœur…là…voilà, nous en prendrons soin comme de la prunelle de nos yeux…ces maux, lesquels glorifient votre condition de femme, sont, je présume, la cause de cette extrême sensibilité.
Comment cet homme pouvait-il être au fait de nos mystères féminins, quand la plupart d'entre eux s'en moquait éperdument ?
Nous comprendre, lui conférait un atout non négligeable :
Eunide : Vous présumez fort bien, Majesté, tout comme il m'a été rarement permis de contempler personne qui portât plus d'attention à l'ajustement de mon corset. Vos mains font…merveille.
J'eu le plus grand mal à terminer ma phrase. Ses caresses troublèrent ma contenance. Il s'en délecta, stoppa son mouvement, avant d'entreprendre un laçage convenablement souple, m'offrant une respiration plus aisée. Lorsque ce fut fait, il se pencha, admira son travail et déposa un baiser sur mon sein gauche avant de se redresser et de me présenter son bras.
Louis : Mademoiselle…
La salle à manger avait été débarrassé de tous ses meubles. Seule une table chargée d'un bouquet hivernal, composé de branchages secs apportait une touche de raffinement peu habituel en un tel lieu.
La nappe de lin, blanche, tombait en pli gracieux jusqu'au sol et deux chaises à haut dossier recouverte de tapisseries d'Aubusson sur leurs assises, dénotaient également. A bien y réfléchir, je compris que ces meubles de choix avaient dû être empruntés chez un quelconque Seigneur de campagne. A mi-chemin entre Dinan et Paris, j'ignorai près de quelle ville nous nous trouvions exactement, si bien que je n'aurais su mettre un nom sur les heureux propriétaires de ces meubles de très bonne facture. Pourtant, je connaissais à peu près toute la noblesse de la Bretagne, mais là, c'eût été faire preuve d'un pouvoir divinatoire.
Comme je m'y attendais, personne ne se trouvait dans la pièce. Que ce soit l'entourage proche du roi ou tout simplement les propriétaires de ces lieux, Louis s'était rendu maître de ce petit périmètre pour un temps.
Avec délicatesse, il prit soin de tirer ma chaise et m'invita à m'y assoir, ce que je fis sans attendre.
Une fois installé, il frappa dans ses mains et instantanément, je vis Anaëlle et deux des enfants du fermier, des adolescents en livrées*, entrer en hésitant. Entre leurs mains, des plats de porcelaine étaient garnis de viandes en sauces, poulardes rôties et un plat de légumes. Tout attentionnés à ne pas renverser le contenu des assiettes, chacun avançait à petit pas.
Anaëlle tenait celle où avait été disposée avec goût une myriade de petits légumes cuits avec une sauce. Elle lança un regard à son frère. Le pauvre garçon semblait véritablement empoté. Je faillis sourire…
Le cours du repas fut charmant. Emplit d'attention à mon encontre, j'aurais pu me penser plus Majesté que Sa propre Majesté. Un petit aperçu de ce que devait vivre, au quotidien, la famille royale. Devait-elle seulement faire une seule chose de leurs deux mains ? Avait-elle appris à cultiver l'Art de la fainéantise ? Je ne pouvais concevoir, ne serait-ce que l'espace d'un instant, vivre dans l'oisiveté la plus parfaite.
Pour une soirée, cela pouvait encore passer, mais au quotidien…comme cela devait être lassant !
Je pris mon temps pour admirer ce monarque briller par son érudition, m'offrir moult anecdotes toutes plus enrichissantes les unes que les autres, avant de prononcer mon petit discours assassin :
Eunide : Je vous ai une grande obligation pour m'avoir offert le privilège de votre seule compagnie. Votre Majesté a-t-elle apprécié son repas ? Gageons que je viens de reprendre l'avantage sur Madame de Montespan, laquelle devra se montrer bonne joueuse et accepter mon éclatant triomphe.
Le roi demeura stoïque, avant de hausser un sourcil :
Eunide : Quand devais-je, logiquement, succomber à vos faveurs ? Avant ou après les desserts ?
Je plissai les yeux sous l'effet de la colère. Malgré sa fonction royale, il n'en était pas moins un homme. Un homme en proie à un odieux stratagème afin de se jouer de ma candide personne.
Sans se presser le moins du monde, il prit sa serviette, s'essuya délicatement le coin de ses lèvres, leva son verre de vin rouge à hauteur de sa bouche et en avala une longue gorgée, puis il posa son verre et s'exprima :
Louis : Le roi vous a-t-il autorisé à prendre la parole ?
Eunide : Non, mais…
Louis : Vivre à la campagne aurait-il fait disparaitre de votre esprit l'emploi des bons usages en présence d'un souverain ?
Eunide : En aucune façon, Majesté, bien au contraire. Je pense…
Louis : Vous pensez !
Son ton se durcit. J'étais allée trop loin. Tant pis ! Je persistai :
Eunide : Cela vient fréquemment aux femmes, Sire. Cela s'appelle, un exercice de style. Votre Magnificence daignerait-elle m'en priver, qu'il me faudrait, je le crains, me plier à sa volonté, mais non sans combattre.
Louis : Non sans combattre ?
Eunide : Les jeunes filles bretonnes sont réputées pour leurs caractères insolites. Se soumettre, leur est insupportable, cependant l'obéissance ne leur fait point défaut, pourvu qu'on leur accorde le respect auquel elles aspirent.
Intrigué par cet échange aussi vif que malicieux, le roi tritura sa moustache de ses doigts, se livrant à un duel de pensées. Cependant, son sourire habituel avait déserté son magnifique visage :
Eunide : Je dois reconnaitre combien Votre Majesté s'est mise en frais auprès de sa loyale servante, mais enfin, une bouillotte aurait pu, tout aussi bien, faire son office. Il n'était, par conséquent, nul besoin de théâtraliser un hypothétique accident dans le seul but de me mettre dans votre lit Sire. Me laisser entrevoir une telle possibilité fut indigne de votre part.
Dès la dernière syllabe prononcée, le roi se leva d'un bond, renversant sa chaise, avant de se poster devant moi. Je dois bien confesser, que la peur me fit perdre mes moyens. Je venais de le blesser dans son orgueil de mâle, c'était une évidence. Je m'attendais même à être mise aux fers, tant je l'aurais mérité, au lieu de quoi, il demeura silencieux accentuant ma gêne.
Le regard baissé, je n'osais plus lever le menton.
Enfin, sa voix se fit entendre. Le ton se voulut délibérément cassant :
Louis : Venir vous chercher jusque chez vos parents nous a fait perdre un temps précieux. Le roi ne saurait gaspiller son précieux temps auprès d'une enfant capricieuse. Nous vous raccompagnons à vos appartements, Damoiselle Villelote de Levallois !
Le bout de mes doigts tremblants effleura sa main.
Mille et une pensées traversèrent mon esprit. Qu'avais-je fait là ? Maudit tempérament fougueux ! Je m'en voulus, pour avoir placé ma fierté au-dessus de la bienséance.
Parvenus devant la porte de ma chambre, Louis s'inclina avec grâce. J'en profitai pour en faire autant, avant de prendre une goulée d'air. J'avais besoin de courage, c'était un fait et mon capital venait de fondre comme neige au soleil.
Peine perdue, il me devança :
Louis : Nombreuses sont les personnes désireuses de s'entretenir avec le roi, mais peu d'entre elles y parviennent. Parmi les courtisans et les sujets que le roi reçoit, deux catégories distinctes se différencient, d'une part les particuliers lesquels viennent soumettre leurs doléances que le monarque prend un grand plaisir à satisfaire, et d'autre part, les représentants de royaumes où là, le monarque se doit de flamboyer tel le soleil, emblème choisit par ses soins. Ses maîtresses trouvent une place conséquente à son écoute, et il y avait, jusqu'à ces derniers jours, une jeune femme, différente, qui soufflait un vent de fraîcheur sur ce protocole rigide et parfois ennuyeux. Jusqu'à aujourd'hui, le roi lui accordait une attention toute particulière, nimbée d'une douceur à laquelle cette personne faisait écho…jusqu'à aujourd'hui seulement. Le roi vous souhaite une excellente nuit. Ah…j'oubliais…ceci vous appartient, me semble-t-il. Voilez votre pudibonderie, Mademoiselle , le roi vous y autorise.
Il tourna les talons et me laissa plantée devant ma porte, mon dessous entre mes mains, le regard perdu… le cœur en souffrance.
Jamais je ne m'étais sentie en difficulté. Pour la première fois de ma vie, moi qui avais appris, en toute circonstance de par l'enseignement de mon père, à faire face à toutes sortes de situations, je me trouvai, soudain, démunie.
J'entrai dans la chambre, dépitée, mal à l'aise, en proie aux regrets.
Furieuse contre moi-même, je frappai du pied le parquet et entrepris de me déshabiller. Le lit me paru glacé, malgré le chauffe-lit que l'on avait placé peu de temps auparavant.
Recroquevillée sur le matelas, je ne parvins pas à trouver le sommeil. Mon mal-être m'obligea à me relever, et revêtir mon manteau de nuit. Dès lors, je me mis à tourner en rond près de la cheminée, cherchant le moyen de rattraper mon impolitesse auprès du monarque. De temps à autre, je m'approchai de la porte séparant nos deux chambres. Le savoir si près me donna le courage nécessaire pour tourner la poignée. Le verrou n'avait pas été tiré. Lorsque je poussai la porte, je ne fus guère surprise de la clarté à l'intérieur de la pièce.
L'on ne fermait jamais les volets de la chambre du roi. Lynette m'en avait fait la confidence. Contrairement à moi, elle ne connaissait pas la raison de cet étrange fait. Les nombreux cauchemars de Sa Majesté en était la cause principale, mais jamais, fut-ce au péril de ma vie, je n'aurais fait part de ce secret à qui que ce soit.
Comme cela s'était produit dans les appartements alloués au roi lors de son bref séjour dans notre château familial, j'avançai à pas de loup vers le lit dont la courtepointe avait été baissée jusqu'au pied. Sous le plumon, je devinai la forme de son corps…
Avec toute la légèreté qui était mienne, je grimpai sur le matelas. Une curieuse sensation s'empara de tout mon être. Je sentis que l'on m'observait :
Louis : Ferez-vous toujours intrusion dans mes sommeils tourmentés Mon Ange ?
Je sursautai, en portant la main sur mon cœur, avant de reprendre contenance. Dissimulé dans la pénombre, Louis s'était joué de moi. Du bout des doigts j'attrapai les couvertures et les rabattit d'un coup sec…plusieurs oreillers avaient été placés de façon à simuler la forme d'un corps allongé. Ainsi, le roi s'attendait à ma visite. J'aurais dû m'y attendre :
Eunide : Mon souhait est de vous épargner une souffrance contre laquelle vous vous battez dans l'ombre de la nuit.
Louis : C'est une bien noble pensée pour une personne aussi vindicative.
De l'ombre, où il se tenait, il avança vers la lumière…
Torse nu, ses muscles saillants se dessinaient à la perfection sous la peau satinée de sa poitrine. Je commençai à perdre mes moyens. Avant de me rendre encore plus ridicule, je descendis du lit et me dirigeai vers lui. Je m'abîmai dans une révérence ostentatoire me refusant à me relever comme l'aurait exigé la bienséance. Au contraire, le fait de demeurer inclinée prouvait ma volonté d'expier ma faute.
Ce roi, ce monarque, mais surtout cet homme, occupait les trois quarts de mes pensées, avait pris ses quartiers dans mon cœur…comment aurais-je pu continuer à lui en vouloir ?
Un silence pesant s'installa entre ces quatre murs. Telle une prison, l'espace semblait se rétrécir petit à petit. Conscient de mon embarras, il abrégea ma pénitence d'un geste de tendresse. Sa main se posa sur le sommet de ma tête pour ne plus en bouger. Je considérais ceci comme la fin des hostilités et ne pu m'empêcher de sourire. Mes pensées s'allégèrent et je tentai même un trait d'humour :
Eunide : Ai-je la bénédiction papale ?
Son rire m'offrit l'absolution.
Je levai vers lui un visage radieux :
Eunide : Vous allégez ma peine Sire. Je m'en voulais tellement…
Louis : La jeunesse exige son lot de maladresses.
Eunide : Elle n'aurait jamais dû s'exprimer à votre encontre.
Louis : Faisons fi de tout ceci.
Je m'apprêtai à me relever, mais je décidai, au final de m'assoir sur mon séant près de l'âtre. Louis m'adressa un étrange sourire. Teinté de mystère, il me captiva sur l'instant. Son regard ne me quittait pas, si bien qu'il finit par provoquer d'intenses interrogations de ma part.
J'observai cet homme dans la fleur de l'âge, dont le corps n'était qu'un appel à la luxure…
Inconsciemment je passai ma langue sur ma lèvre supérieure. Immédiatement je regrettai ce geste dont l'indécence me sauta aux yeux, et je rougis violemment :
Louis : Eunide, vous êtes un paradoxe.
Eunide : Comme Votre Majesté !
A son tour, il s'assit derrière moi, ses jambes de part et d'autres des miennes, il m'enserra la taille de ses bras. D'instinct, ma tête se renversa sur son épaule :
Eunide : Oh, Majesté, si vous saviez…
Sa langue dessinait des arabesques humides le long de mon cou provoquant sur ma peau de délicieux frissons. Comme il était aisé de se laisser aller contre ce torse puissant. Au son de sa voix, mes paupières se baissèrent, la pièce se mit à tourner :
Louis : Parlez-moi,
Dis-moi tout ce que j'attends,
A l'orée de mon cœur,
Paravent de mes peurs.
Quand le chant des oiseaux s'éveille,
Je te veux près de moi,
Je veille et m'émerveille de ton timbre de voix,
Qui, ne t'en déplaise, provoque tant d'émoi.
L'émotion était à son comble. Ma poésie fit écho à la sienne :
Eunide : Parlez-moi,
Moi qui, silencieuse, n'attend que cela,
Emmurée, désarmée, vous portez votre armure comme un habit de conquérant,
Les flammes d'un soleil vif,
S'y reflètent,
Je veille et m'émerveille de votre chaleur,
Qui, ne vous en déplaise, provoque tant de bonheurs.
D'un élan passionné, je me tournai et lui fit face. J'osai enfin, caresser ce visage à la fine ossature. Ces pommettes discrètes, ce nez aquilin…ma main plongea dans ses cheveux, ma respiration s'accéléra. Les émotions chaotiques se bousculaient en moi, brisant ce mur de pudeur qui était mien depuis trop longtemps :
Eunide : Sire…
Louis : Oui Petit Cœur ?
Eunide : Un désir fou m'envahit que je ne puis me contraindre à dompter. Qu'espériez-vous de moi tout à l'heure ?
Louis : Aucun acte qu'il vous serait malaisé d'accomplir Mademoiselle.
Eunide : J'en suis consciente, Majesté, mais…
Louis : Parlez-moi, Petit Cœur. Oubliez le monarque, seul Louis vous fait face.
Eunide : Je veux…
Louis : Que voulez-vous ?
Eunide : Apprendre, Sire. Les manières de faire… ces choses-là…me sont étrangères.
Louis : Ces choses-là…cela fait beaucoup pour une jeune fille.
Eunide : N'en suis-je pas digne ? Mon innocence serait-elle un obstacle ? Soyez un maître pour moi, en retour, je vous promets une obéissance totale, que dis-je, une dévotion !
Il sembla réfléchir quelques instants, ou fit tout comme, avant de me répondre :
Louis : Je vous veux appliquée, Damoiselle, aux ordres de Votre Seigneur selon son bon vouloir. Pour une jeune femme têtue…
Eunide : …et colérique…
Louis : …quelquefois indisciplinée…
Eunide : …native de Bretagne, pour résumer votre affaire…
Louis : …cela représentera un engagement.
Eunide : Je me montrerai digne de vos enseignements. Ordonnez, je vous obéirez…dans la mesure de mes capacités…
Louis : …et de votre goût pour les…joutes ? Vous aimerez ce que vous apprendrez, Mon Ange. Nous allons commencer à l'instant.
Il se redressa tel un félin, trop heureux de jouer avec sa proie avant de la dévorer. J'en fis de même. Mon cœur battait à tout rompre. Ôter le poids de la vertu que toute jeune fille à pour obligation de porter….quel soulagement.
Sans me quitter du regard, le roi s'approcha de son lit et s'empara de l'édredon posé sur la courtepointe. Il le fit choir sur les lattes de bois du sol. Sous l'effet du mouvement, il se gonfla avant de s'abaisser accompagné d'un léger chuintement :
Louis : Comment procédez-vous lorsqu'il vous faut rendre grâce à notre Seigneur ?
Eunide : Je ne comprends pas…
Louis : Par quel geste démontrez-vous votre dévotion, Petit Cœur ?
Eunide : Et bien…la génuflexion me semble adéquate.
Louis : Vous êtes une bonne chrétienne Mon Ange. Allons…
Je compris enfin où il voulait en venir, aussi effectuais-je, en un mouvement aussi ample que délibérément ralenti, une mise à genoux devant ce que je considérais, sans vouloir me montrer blasphématrice, comme mon nouveau Seigneur !
Il se saisit de mes mains et les baisa, ce que je considérais comme une mise en confiance, puis…il s'éloigna.
Le feu se mourrait avec ses dernières cendres, aussi prit-il une bûche afin de le ranimer, puis il profita de la bienveillante chaleur de l'âtre pour ôter son haut de chausse. Je demeurai pétrifiée. Son sexe durcit par le désir se dressait telle une citadelle à conquérir.
Je me mis à trembler, mais ne baissai point les yeux, devant cette image délicieusement scandaleuse. Mon cœur battait à tout rompre…
La voix rauque du monarque s'éleva, impérieuse et suppliante à la fois :
Louis : Tout l'Art d'amener un homme au sommet de son plaisir, réside dans le fait de vous rendre maîtresse de ce qu'il vous plaît tant de contempler en ce moment Mon Bel Ange. Ne le craignez point, sachez l'apprivoiser par de douces caresses. Ce qui vous a permis, jusqu'ici, de faire preuve de votre talent d'oratrice va offrir l'occasion à notre épée de s'apprêter pour le combat, avant qu'elle ne s'élève vers de biens belles hauteurs.Damoiselle, vous avez le destin de La France à l'orée de vos lèvres !
J'eu un bref moment de panique…je devais me lancer, tergiverser ne servirait à rien. J'inspirai profondément, et sans le quitter des yeux, je pris en bouche le membre royal. Je m'accordai toute la déférence requise en un tel moment. Le ridicule n'étant pas sur la liste des dangers potentiels pour un être humain, je décidai de la contrer et fixait toujours le souverain dans les yeux.
Après tout, si cette peste de Montespan y était parvenue, chose qui paraissait fort plausible, pourquoi pas moi ? Oui, je me devais de faire mieux que cette gourgandine et je m'appliquai du mieux que je pu. L'homme qu'il était avant tout, sembla apprécier, du moins le pensais-je, à l'écoute de cet agréable grognement qu'il tentait de retenir sans y parvenir. Mon instinct ne me faisait point défaut, ce qui tendit à prouver que j'étais sur la bonne voie.
Aidée de ma main droite, je pris possession de son organe avec une certaine fermeté. C'était étrange comme sensation. A la fois impressionnant et à la fois euphorisant. Et puis … c'était si doux ! Aussi agréable à effleurer que de la soie. Je baissai mes paupières et soupirai d'aise. J'aimai faire plaisir à ce monarque…j'aimai faire plaisir à cet homme…
Louis : Nous aimons votre initiative Petit Cœur. Affirmez votre prise, domptez votre esclave.
Une fois ma prise affermit, qu'étais-je censée faire ? Poursuivre, oui, mais de quelle façon ?
Comme si mes pensées s'étaient énoncées à voix haute, je sentis la main du roi se refermer sur la mienne et m'encourager à la faire coulisser sur toute la longueur de cette magnificence érigée.
Telle une œuvre d'art, j'en admirai tous les détails. La veine qui enflait au fur et à mesure des attentions prodiguées par mes soins, la fermeté s'affirmant d'avantages, au point de m'en étonner. Je dû même cesser mes caresses buccales afin de reprendre mon souffle.
J'aperçu alors, une perle de rosée translucide au bout de sa virilité.
J'en fus la première surprise. Qu'étais-ce donc cela ?
Curieuse, je cueillis cette goutte du bout de mon index et la portait à hauteur de mes yeux. Je ne pus résister à la tentation de la déposer sur le lit de ma langue.
C'était salé. Cela me fit sourire, et je me souvins des vagues de l'océan qui parfois, par traîtrise, s'invitaient dans nos bouches d'enfants, lors de nos bains de jeunesse sur les belles plages de mes souvenirs.
Louis, amusé, effleura de sa main, mes cheveux et cela m'encouragea à me rapprocher de ce pouvoir tendu vers moi et d'en goutter, avec délectation, encore une fois, le suc qui, à présent, s'écoulait en un mince filet translucide.
Louis : Nous sommes si sensibles à votre gratitude ! Vous ne fûtes jamais si près de sa reddition… voyez comme il pleure…
La respiration du monarque s'intensifia. Je venais de découvrir la source de satisfaction de la gent masculine en matière de plaisir, c'était une évidence. Euphorique, je décidai de pourlécher ce trésor, telle une sucrerie affriolante, ma langue n'en finissait plus de s'enrouler, titiller, caresser Mon bout de roi ! Enfin ! Je me l'appropriai. En cette nuit, Il devint mien. J'en conçus une impressionnante fierté, laquelle me fit redoubler d'effort pour lui plaire, et mon regard se planta dans le sien. J'y joignis une interrogation latente…cela lui convenait-il ? M'y prenais-je de la plus belle des manières ? Eprouvait-il ce qu'il était en droit d'attendre de la part de ce savoir qu'il me plaisait tant d'apprivoiser ?
A l'intensité de ses prunelles bleues azur, j'admis, avec joie, mes nouvelles compétences en la matière. Heureuse de contenter mon amant, même si je le savais pourtant dévoué à d'autres que moi, j'entrepris de dépasser ma retenue et j'accentuai mes caresses, flattant l'intérieur de ses cuisses, y dessinant d'éphémères arabesques, ce qui provoqua, chez lui, des frissons. L'ardeur que j'employai à provoquer son plaisir n'était que la résultante d'un amour bien trop ardent pour ma seule personne. Je devais, par mes gestes, le lui faire comprendre. La nature extraordinaire de mes propres émotions, ne pouvait se dissimuler d'avantage.
Je fus si bouleversée, qu'une larme perla sur mes cils. Tout chez cet homme enflammait mon désir, je le ressentis jusqu'à mon entrecuisse, couverte de cette effrontée moiteur. J'entrai dans un tourbillon d'émotions sans fin…
Mes gémissements accentuèrent la portée de mes caresses, octroyant à ma langue, un pouvoir démesuré dont je ne me serais jamais cru capable. Le rythme s'accéléra, ce qui ne sembla point déplaire au roi. Son bassin ondula, calquant ses mouvements sur celui de ma bouche. Nous étions en parfaite symbiose. Le feu de la cheminée, toute proche, intensifiait la chaleur de nos corps.
Soudain, ses gestes devinrent impatients, empreints d'une sauvage animalité.
Ses mains se posèrent de chaque côté de mon visage bloquant mes caresses. Mes lèvres quittèrent à regret, ses chairs palpitantes, et son pouce essuya mes commissures. Il se baissa à ma hauteur et je vis disparaitre l'objet de mon plaisir. Mon grognement fut assez significatif pour provoquer sur ses magnifiques traits, un sourire espiègle :
Louis : Mon Petit Cœur…il vous est acquis. Permettez-moi, d'en reprendre l'usage…cela ne sera que pour vous plaire…
Il m'invita à me redresser et fit glisser le long de mon corps le vêtement qui me recouvrait encore. La sensibilité de mes seins, provoqua un gémissement de ma part, lorsque le tissu les effleura. A peine susurré, il fut comblé par de doux baisers offert avec la douceur convenue.
Un son semblable à un miaulement de chat s'échappa de ma gorge. Je ne pu le contenir d'avantage. Mon désir devint indomptable et celui du roi chancela avec le mien.
Nous nous ruâmes l'un vers l'autre, en proie à une frénésie de mouvements incontrôlés. Ma respiration, devenue hiératique, m'offrit à peine de quoi m'insuffler un semblant de vie. Nos lèvres se soudèrent et tandis qu'il me soulevait de terre, j'enroulai mes jambes autour des siennes, tels des serpents afin de m'en rendre maîtresse.
Il me fit basculer sur l'édredon posé à même le sol, tout près de l'âtre de la cheminée.
A sa merci, offerte, languissante, impatiente, mes gémissements le pressaient d'une envie devenue impérieuse.
Il écarta mes cuisses d'un geste où se mêlait l'impatience à la fougue. Je lui obéis sur le champ, l'encourageant de mes soupirs désordonnés. Sa langue se fraya un chemin entre mes replis luisants. Malgré sa volonté de me savoir prête, son impatience le fit se hâter.
La force avec laquelle il m'investit m'arracha un sursaut de surprise à laquelle se joignit une intense sensation, tandis qu'il enchaînait ses coups de boutoirs désordonnés. Je perdis pied, m'affolant de mes propres sensations.
Je ne parvins plus à contenir mes gémissements appuyés et je pris en bouche le pouce qu'il m'offrit en guise d'artifice.
Contrairement à la première fois où il me déflora, je pris, de plein fouet, l'entière mesure de ce que le mot plaisir signifiait. Le feu de mon amour brûlait mon épiderme, bien plus que celui se consumant dans l'âtre.
Je crus défaillir tant il m'emprisonnait, me rendait folle…
Ma tête bougeait de gauche à droite, éparpillant ma longue chevelure blonde. Mes mains, empoignaient, attiraient, griffaient mon amant royal le souhaitant au plus près de mon corps, mes jambes étaient prises de tremblements…
C'était si intense…
Bouleversée, je sentis la même boule de feu que la dernière fois, enfler, enfler de plus en plus…Mon Dieu, allait-elle me consumer ?
J'atteignis enfin, le point de non retour, ce sommet si chèrement atteint. Cela me coupa la respiration. Allais-je rendre l'âme ? Les armes furent déjà ce que je consentis à octroyer à ce monarque aussi vigoureux qu'attentifs dans ses gestes. Il cessa brusquement ses mouvements, me laissant pantelante, au bord de l'asphyxie. L'on ^pouvait lire, dans mes yeux, la supplication de la délivrance.
Cela ne dura que l'espace d'un instant, mais ce fut si douloureux qu'une larme coula sur ma joue. Jamais l'on ne m'aurait préparé à une telle sensation, ce fut pourquoi, au moment où je basculai dans l'abîme, mes dents se plantèrent sur l'épaule royale marquant ce corps qui par cette virilité turgescente signait ma reddition. Mon corps s'arqua, mes jambes se tendirent au point de provoquer une crampe à l'un de mes orteils et mon cri fut cueillit, à sa source, par Sa Majesté, très à l'écoute de son propre plaisir, pour unir un grognement sourd aux sons que je lui offris.
Je le sentis se raidir au moment où sa semence s'offrit à mes chairs tourmentées. Ses mouvements finirent par s'apaiser, alors que les miens persistaient à profiter, encore un temps, de ses coups de boutoirs amoindris. J'eus beau presser son corps de mes mains traîtresses, il m'immobilisa avec un soupçon de force et tenta de calmer la tempête que ses assauts avaient déclenchée :
Louis : Petit Ange…Petit Ange…
Je n'étais plus en mesure de l'entendre…
Je n'étais plus en mesure de penser…
Je n'étais plus moi-même.
Seuls ses baisers finirent par assouvir les derniers soubresauts de mes tourments.
Mes bras l'emprisonnèrent contre moi. Je ne désirai qu'une seule et unique chose…me fondre en lui, me sentir au plus près de ce corps divin dont je ne parvenais plus à me détacher.
Il fit preuve de beaucoup de patience et m'autorisa à demeurer à ses côtés. Sa main mit quelques instants à attraper la courtepointe de son lit pour m'en couvrir. J'allai entrouvrir mes lèvres et laisser échapper un flot de paroles brûlantes, lorsque son index se posa sur mes lèvres, m'ordonnant le silence. Son visage se rapprocha du mien…je plongeai dans l'abîme de ses yeux, ces miroirs de l'âme aux reflets parfaits, et ses lèvres se posèrent sur son doigt.
Ce geste scella la fin de notre joute amoureuse.
Comblée, je baissai mes paupières et m'endormit en gémissant comme une petite fille heureuse de se repaître d'un amour maternel.
Je m'endormis au son des crépitements des bûches, lesquelles finissaient de se consumer non loin de nous….
Ce fut la voix de mon amant qui m'éveilla. Elle avait perdu sa douceur. Je clignai des yeux, légèrement surprise. Pourquoi n'était-il pas à mes côtés ?
Je finis par tourner la tête et le vis, assis près d'une table, où se trouvait son petit-déjeuner.
A ma vue, il me sourit, m'invita à me lever et à réintégrer ma chambre.
Etonnée, je demeurai un moment immobile. Ce changement de comportement me laissa un arrière-goût amer dans le fond de ma gorge. Néanmoins, je ne souhaitai pas le montrer, aussi me couvris-je de mon vêtement avant de m'incliner devant lui et quitter ses appartements.
J'attendis que la porte se referme avant de m'effondrer silencieusement sur mon lit.
Contenir mes sanglots fut un exercice difficile, mais je finis par y parvenir, enfin.
J'effaçai les traces de mes pleurs avec un peu d'eau que je fis couler du broc et m'habillai à la hâte.
A peine eu-je le temps d'avaler un fruit, qu'il nous fallut partir.
Le chemin du retour se fit dans un silence impressionnant. Bon gré, mal gré, je tentai de dissimuler ma déception…
De son côté, le monarque fit tout son possible pour éviter mon regard. Quelque chose le tracassait c'était l'évidence même. Je revécu les derniers évènements de la soirée, cherchant une possible erreur commise de ma part, mais je ne trouvais rien. Tout m'avait semblé si parfait…
Tout m'avait semblé…mais visiblement, cela n'avait pas été le cas pour le roi de France !
Notre retour se fit dans une totale discrétion. Aux abords de Paris, l'on me fit monter dans un carrosse de moindre prétention. Le roi se devait d'apparaitre devant ses courtisans sans sa courtisane je suppose. Moi qui abhorrais ce genre de femme, voici que j'en étais devenue une ! J'éprouvai alors une honte indicible et tirai le rideau de la vitre afin de me dissimuler du moindre regard.
La nouvelle maîtresse du roi réintégrait la Cour, où elle demeurerait, probablement à la disposition de Sa Glorieuse Majesté…
Et bien j'en décidais tout autrement et me promis de refuser la moindre de ses avances à partir du moment où mon pied se posa sur le sol Versaillais.
Ce monarque allait bien voir de quel bois je me chaufferai !
Ce que je n'avais pas prévu, c'est un pion inattendu sur le bel échiquier royal où Louis XIV se plaisait d'évoluer.
Et ce pion portait le nom de Mademoiselle Marie-Angélique de Fontanges….
* Maçonnerie de pierres sèches : pose de moellons, de plaquettes, de blocs, de dalles, bruts ou ébauchés, sans recourir à un quelconque mortier à liant, pour monter un mur.
*Livrée : Uniforme de domestique.
* Encender : Allumer.
