Voilà la suite ! A noter que vous ne vous en êtes apparemment pas rendus compte, mais j'avais malencontreusement décalé le nombre de morts dans les « Encore en vie »… En fait, j'en étais à 19 vivants sur ordi et 17 sur mon schéma… Heureusement que j'ai fait ce schéma, n'est-ce pas ? xD Bref, j'ai remplacé les erreurs dans les chapitres précédents, parce que ça se voyait moyennement jusqu'à maintenant, mais quand le nombre de participants se réduit ça finit par se voir, les erreurs… Bonne lecture !

Chapitre #6 – Remember the thrill that drives you mad

[13h28]

Larry attendait, assis sur une pierre. Personne n'était venu le voir. Il était assez triste, en fin de compte, car ses amis lui manquaient. Nick, Edgey, j'aimerais vraiment vous voir avant de… De quoi ? Avant de mourir, évidemment… Il n'osait pas y penser. Son regard tomba sur son Taser, et il soupira. Comment allait-il gagner avec ça ? Il n'avait même pas osé l'utiliser sur quoi que ce soit pour le tester. Peut-être que dans une situation désespérée…

Larry s'apprêtait à attendre quelques heures supplémentaires en sortant sa bouteille d'eau pour se désaltérer, quand le haut-parleur retentit.

« Mes mignons, je sais qu'il n'est pas encore quatorze heures, mais je me dois de faire une annonce. L'accès au château fort est maintenant formellement INTERDIT. Toute personne qui se trouvera au château fort à partir de quatorze heures verra son collier exploser. Et croyez-moi, rien ne pourra vous cacher. Et je désirerais vous dire autre chose : le rythme a tendance à ralentir, veuillez par conséquent vous remettre dans le jeu ! Merci de votre attention. »

Le cœur de Larry se mit à battre à toute vitesse. Victor Boulay avait fait exprès de prendre cette décision pour qu'il sorte de sa cachette. Cela signifiait que personne sur l'île n'avait l'intention de venir de son côté, et que les organisateurs voulaient qu'il y ait un peu d'action. Il devait changer d'endroit… Le plus tôt serait le mieux. Larry n'était pas effrayé, car il sentait qu'il n'avait pas le choix. Et se mettre en danger sans que ce ne soit de sa faute le faisait se sentir moins bête. Il but une gorgée d'eau minérale, prit une bouchée de sandwich au jambon pour se donner du courage, puis il se leva et sortit du château. L'île qui se profilait sans fin à l'horizon lui parut plus qu'hostile… Il avait eu le luxe de se sentir en sécurité pendant quelques heures, et maintenant il se retrouvait dans la position du participant le plus traqué de l'île. Car tout le monde allait comprendre que quelqu'un s'était caché dans le château fort ! Et pourquoi quelqu'un aurait-il fait ça ? Parce qu'il avait une arme inutile. Voilà pourquoi il était dans une mauvaise passe.

Il déglutit difficilement et avança de quelques centaines de mètres. Il reconnut la bouche d'égouts d'où il était sorti et vit quelque chose qu'il n'avait absolument pas remarqué en venant au château fort : un cadavre. Il s'approcha, mais ne reconnut pas le mort. Habillé d'orange, comme lui, il était pâle et du sang perlait de ses lèvres. Larry fronça les sourcils et pensa à un empoisonnement, puis il secoua la tête pour ne plus y penser et continua de se diriger vers le Nord. Sa progression était très lente, et ce ne fut que vers 13h50 qu'il arriva devant une sorte d'hôpital. Il n'aimait pas beaucoup les hôpitaux, ayant passé de longs moments allongé dans un lit à cause de sa malchance qui le conduisait toujours à se blesser. Le soleil commençait à lui blesser les yeux, et il se tourna vers les arbres à sa gauche dans l'espoir d'y trouver un peu d'ombre. Après tout, il n'était plus au château fort : personne ne lui interdisait de trouver une nouvelle cachette pour le moment ! Il s'approcha des arbres et reconnut un homme assis entre deux pierres.

On dirait… Ce procureur, ce meurtrier… c'est Godot ! Il ne voit pas grand-chose, je devrais pouvoir partir discrètement…

Larry contourna l'hôpital par l'autre côté et s'assit dans un coin, entre deux buissons. Il n'aimait pas beaucoup cet endroit un peu exposé, mais au moins il était à peu près tranquille…

[Encore en vie : 20]

[13h51]

Mia Fey comprenait au fur et à mesure l'étendue de la dangerosité de ce jeu. Elle avait croisé le cadavre de Bill Ballaud, descendu d'une balle, puis en contournant un lieu où se trouvait la fameuse Franziska Von Karma, elle trouva deux autres cadavres : celui d'une innocente petite dompteuse de lions aux cheveux d'or, et une jeune femme aux cheveux bruns à moitié recouverts d'une perruque blanche qui avait reçu une flèche en pleine gorge. Un homme armé d'une grosse massue pleurait, agenouillé à ses côtés. Mia n'avait pas aimé croiser tous ces cadavres, d'autant plus que leurs assassins ne seraient jamais punis. Son esprit droit lui criait de demander des comptes aux organisateurs de cette tuerie, mais elle ne savait pas à qui s'en prendre. Et puis ce corps n'était pas le sien, elle ne devait pas l'oublier. Il ne fallait pas qu'elle agisse sans réfléchir, sinon ce serait la petite Pearl qui mourrait à sa place…

Puis elle arriva devant l'hôpital. Il n'y avait personne devant l'entrée, et elle regarda autour d'elle. Mieux valait poser la question.

« Miles Edgeworth ? » appela-t-elle d'une voix assurée mais pas trop forte.

Aucune réponse. S'il était dans ce bâtiment, il ne l'entendait pas… Donc il n'était pas dans le périmètre extérieur de l'hôpital. Elle s'apprêtait à entrer, lorsqu'elle entendit une voix.

« Mia ? »

Elle se retourna. L'homme qui s'approcha d'elle n'était plus que l'ombre de lui-même. Son gilet était taché de sang, ainsi que son sabre de pirate. Elle ne voyait pas ses yeux, mais la moue de ses lèvres lui indiqua qu'il était ému. Il s'approcha d'elle et lui caressa la joue d'une main.

« Mia… » répéta-t-il.

« Diego ? » murmura Mia en tentant de ne pas avoir l'air trop surprise.

Elle ne s'était pas attendue à le croiser. Pas ici.

« Qui t'a invoquée ? demanda Godot avec un sourire. Maya, Pearl, Iris ? »

« Pearl. Elle voulait aider Maya qui se demandait comment agir. »

« Et elle a bien raison. Qui de plus avisé que toi ? »

Mia resta silencieuse quelques secondes, puis elle prit un air sérieux et dit :

« Je ne comprends pas l'intérêt de ce jeu. Qui voudrait regarder des gens tuer des enfants ? Pearl n'a même pas dix ans ! »

« Et je suis presque aveugle… J'ai vu des gens si innocents mourir, avant ton invocation… »

« Tous ces gens dont me parlait Phoenix lorsqu'il m'invoquait pour quérir mon aide… J'en ai vu certains morts sur le chemin qui mène ici… »

« Peut-être qu'ils n'ont pas eu de chance. » souffla Godot.

« Je ne sais pas si la chance joue un vrai rôle là-dedans… »

« Si : les armes au hasard, la répartition des participants sur la carte, … les invocations. »

Le silence retomba, et Mia ne put s'empêcher de prendre Godot dans ses bras et de le serrer très fort contre elle.

« Diego… Je voudrais sauver tout le monde… » sanglota-t-elle.

Godot sentit un frisson parcourir sa colonne vertébrale : il n'avait jamais vu Mia dans un tel état. Il resserra son étreinte et soupira. Son soupir était à la fois désespéré et heureux, car il n'avait jamais eu l'occasion de serrer l'amour de sa vie dans ses bras. Il fallait absolument qu'il en profite, sinon il aurait toute la mort pour le regretter.

« Mia, je vais tout faire pour qu'une Fey gagne ce jeu. Je promets de te protéger du mieux que je le pourrai. »

« Je… c'est très gentil, mais j'étais venue ici pour proposer à Miles Edgeworth de trouver un plan d'évasion. »

« Ne parle pas de ça, sinon ton collier va exploser… Est-ce que tu penses vraiment qu'il y a un moyen de fuir cette île ? »

« Il doit forcément y en avoir un. » affirma Mia.

« Et comment sais-tu que ce procureur est ici ? Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il y a un sacré fou à l'intérieur : il a tiré dans le cou d'une jeune femme, et elle est repartie d'ici à moitié agonisante. »

« Elle est morte, l'informa Mia. Je dois quand même essayer, sinon je le regretterai, j'ai une sorte d'intuition… »

« Ton intuition ne te trompe jamais. » confirma Godot avec un sourire.

Elle le regarda. Son masque l'empêchait de voir ses yeux, et elle lui demanda :

« Pourquoi ne peux-tu pas retirer ça ? »

« J'ai horriblement mal à la tête et aux yeux, sans cet appareil. »

« Tes cheveux sont magnifiques, je trouve. Ils te vont mieux que les bruns. »

« C'est vrai ? demanda Godot en souriant de toutes ses dents. Toi, tu as toujours été merveilleusement belle. Je ne fais que survivre, depuis que je me suis réveillé dans cet hôpital… J'avais de l'espoir, j'étais heureux d'être en vie… Mais quand on m'a annoncé ta mort… »

Il marqua une pause, et Mia sentit son étreinte se resserrer un peu plus.

« Je… J'étais encore allongé dans ce lit… Et puis je me suis senti tomber dans un abîme. Rien n'a plus eu d'importance, jusqu'à maintenant. Redevenir procureur… Même ça, ça n'avait plus aucun intérêt. Ce Phoenix Wright m'a donné quelques instants de piment, comme un café extrêmement corsé, mais je n'ai jamais pu trouver le bout du tunnel. Cependant… »

Il desserra son étreinte et la regarda dans les yeux.

« J'ai retrouvé la lumière, Mia. La mort me paraît un châtiment, maintenant que je t'ai revue. Mais je suis heureux d'en avoir peur, car cela signifie que j'ai quelque chose à perdre. »

Mia ravala ses sanglots et se jeta sur Godot pour l'embrasser. Celui-ci lâcha son sabre et la prit dans ses bras pour répondre à son baiser le plus fort possible. Il n'avait pas ressenti une joie pareille depuis de longues années. Sa vie n'avait été qu'un cauchemar sans fin, et maintenant il embrassait Mia, la personne qui comptait le plus pour lui. Il avait bien fait de ne pas mettre fin à ses jours en sortant de cet hôpital, il y a quelques années… Lorsqu'ils se séparèrent, haletants, Godot murmura :

« Est-ce que tu voudrais que je disparaisse ? »

« Comment ? »

« Que je me cache où personne ne me trouvera ? Tu n'auras pas à me tuer pour faire gagner la petite Pearl… Et je ne tuerai personne en échange. Est-ce que cela te convient ? »

« J'ai tellement peur de ne jamais te revoir… »

« Peut-être y a-t-il un monde des esprits où nous pourrons nous retrouver… »

Mia fit une moue dubitative.

« Je passerai l'éternité à te chercher, Mia. Je crois que j'aurai tout le temps qu'il faudra… »

Mia fondit en larmes et le prit à nouveau dans ses bras. Elle ne pouvait plus se séparer de lui, et lorsqu'elle le regarda partir au loin, elle s'essuya les yeux et entra dans l'hôpital.

[Encore en vie : 20]

[13h53]

Miles Edgeworth était arrivé à l'hôpital depuis une dizaine de minutes. Gumshoe et Ema Skye discutaient passionnément de preuves, de science et d'enquêtes, et le procureur regretta que son détective attitré ne fasse pas preuve plus souvent d'une telle intelligence. Miles s'assit sur une chaise, écouta la conversation quelques minutes puis il fit taire les deux amis.

« Silence ! J'entends le haut-parleur. »

« Coucou les amis ! Je suis terriblement triste, vous savez ? Il n'y a eu aucun mort. Aucun. Secouez-vous, parce que vous savez ce qui vous attend si vous ne faites plus rien… »

Ema Skye prit la parole.

« Je suis assez contente qu'il n'y ait pas eu de morts… »

« Oui, du moment que certaines personnes ne meurent pas. » ajouta Miles, songeur.

« Certaines personnes ? » répéta Ema, incrédule, en regardant le procureur.

« Comment ? fit-il en haussant les sourcils. Oh, non, je… Rien. »

Ema lui lança un regard interrogateur puis reprit sa conversation avec Gumshoe. Miles baissa la tête, pensif. Pourquoi est-ce que je m'occupe des autres ? Le but est de survivre, même si je ne pourrai pas tuer le Détective et Mademoiselle Skye de mes propres mains. Ils me font confiance, et je préfère encore attendre jusqu'à ce que nous explosions tous plutôt que de les assassiner. Je ne suis pas un tueur. Il repensa à Shih-Na, dont le nom avait été annoncé par le haut-parleur plusieurs longues heures après le coup fatal qu'il lui avait infligé. Légitime défense. Il ferma les yeux et grimaça. Légitime démence…

« Monsieur Edgeworth ? murmura Gumshoe. Vous faites une tête bizarre. »

« C'est Phoenix Wright qui lui manque. » commenta Ema en souriant.

« Quoi ? s'exclama Miles en se levant de sa chaise. Je ne… Non ! Non. »

Il commençait à en avoir assez.

« Vous n'allez pas faire comme Maya Fey ! » s'écria le procureur, outré.

« Elle n'a pas tort, vous avez vraiment l'air amoureux de lui. N'aimez-vous pas enquêter sur les lieux d'un crime et vous demander si vous arriverez à trouver des indices plus vite que lui ? Vous montrez tellement plus d'impatience quand c'est lui l'avocat de la défense… Et puis, à quoi cela vous servirait-il de trouver les indices plus vite ? Du moment que quelqu'un les trouve, au final… Vous voulez l'impression, voilà ce que j'en pense. »

« Je fais mon travail ! » répliqua Miles en respirant très fort pour ne pas rougir de colère.

« Vous voulez qu'il vous voie. Vous êtes jaloux de Maya, qui le suit partout. Si seulement il n'était pas avocat adverse mais détective… Voilà ce que vous pensez. Mais peut-être avez-vous des doutes sur votre propre métier… »

« Jamais ! la coupa Miles en fronçant les sourcils. Je hais cette conversation, taisez-vous, Mademoiselle Skye. »

Il alla vers la porte. Ema s'apprêtait à dire quelque chose, quand Miles aperçut quelqu'un à l'autre bout du couloir. La scientifique se leva, mais Miles l'interrompit.

« Laissez, je vais voir. » lui intima-t-il.

Il s'approcha de la personne qu'il reconnut immédiatement : Mia Fey. Qui était censée être morte, mais il avait vu ce genre de choses lors d'une affaire assez occulte… Il alla vers l'avocate et observa sa coupe de cheveux inhabituelle.

« Vous avez pris le contrôle de Pearl ? » demanda-t-il.

« En effet, bien observé. Je ne vous ferai pas plus longtemps perdre votre temps… J'ai répondu à l'appel à l'aide de Maya, et j'ai décidé de vous aider à trouver un moyen de sortir d'ici. »

« Il n'y a aucun moyen de fuir, répliqua Miles en secouant la tête. Nos colliers explosent si nous sortons du périmètre de l'île. Et avant que vous ne posiez la question, on ne peut pas les dévisser car il n'y a pas de vis. Je crains qu'on ait soudé ces colliers une fois accrochés autour de notre cou. Il n'y a aucune ouverture visible… Si vous voulez vous rendre utile, prenez possession d'une personne extérieure à l'île et faites-lui envoyer des renforts pour arrêter les fous qui organisent ce jeu. »

« Maya, Pearl, Iris… Toutes les personnes pouvant recevoir mon esprit sont sur cette île. Il n'y a donc rien que je puisse faire pour vous aider ? »

« Absolument rien. Cela me blesse de devoir le dire, mais nous allons tous mourir ici sauf une seule personne. »

Mia déglutit et baissa les yeux.

« Ne peut-on pas faire quoi que ce soit ? »

« Pour mourir moins vite, nous pourrions attendre ici, entre amis, sans fuir ni souffrir. »

« C'est en effet une bonne idée. Je fais mon possible pour ne pas effrayer Pearl… Pourrez-vous lui faire croire que… »

« Oui, le match de catch, je sais. Nous ne lui dirons rien, je ferai ce que je peux pour qu'elle n'ait pas peur. »

« Alors je peux partir tranquille. Je dois retourner au phare, à présent. Où est Phoenix ? »

Miles serra les lèvres et croisa les bras.

« Il n'est pas ici. »

« Ah ? Où est-il, dans ce cas ? »

« Je n'en sais rien. » répondit Miles en fermant les yeux.

Il se frotta les yeux, et Mia murmura :

« Vous êtes fatigué, Miles. Reposez-vous un peu. »

« Je ne peux pas, je dois protéger les autres. »

Au mot protéger, Mia demanda :

« Et au fait, Diego m'a parlé d'une jeune femme mortellement blessée par une flèche… »

Son regard se porta sur l'arbalète accrochée à la ceinture de Miles, et elle fronça les sourcils.

« Elle nous a tiré dessus. » expliqua Miles.

« Dans ce cas, vous deviez protéger les autres. Je comprends. Je n'aime pas du tout ce jeu… »

« Vous n'êtes pas la seule. Et… vous êtes déjà morte. »

Miles comprit instantanément qu'il avait parlé trop vite, ce qui était inhabituel chez lui. Mia était rouge de colère, comme lors d'un procès endiablé.

« Je me moque parfaitement du prix de ma vie, Miles Edgeworth ! Pensez-vous que je puisse rester calme en voyant ma sœur et ma cousine en danger de mort ? Et deux personnes de ma famille sont mortes ici ! Je voudrais sauver Diego ! Je voudrais sauver Phoenix, je voudrais éventuellement vous sauver, mais vous me décevez. Vous me décevez vraiment, Miles. Je vais vous amener Pearl et Maya, mais j'ai honte de devoir m'en remettre à un homme comme vous. Phoenix avait tort de parler de vous avec autant de joie. Il n'attendait que ça, le pauvre… Je vais être face à Miles Edgeworth, c'est vraiment formidable ! Il était ridicule, à vous aduler comme ça. Toujours à parler de vous, on avait l'impression qu'il ne vous considérait pas comme son adversaire… Mais c'est Miles, c'est mon ami d'enfance ! Il n'arrivait pas à comprendre cinq secondes que vous n'aviez que faire de lui et de l'amour qu'il vous porte, et… »

« L'amour ? » répéta Miles, n'osant pas croire ce qu'il venait d'entendre.

« Oui, l'amour, l'amitié, je n'en sais rien, ce n'étaient pas mes affaires… Mais en quoi ça vous intéresse ? »

Mia s'était instantanément calmée, et le rouge de ses joues s'estompa lentement. Comme si la couleur était drainée par des canaux invisibles, ce fut Miles qui prit la couleur de la tomate bien mûre.

« Tout le monde me parle de Phoenix, depuis quelques heures. D'après eux, je serais, euh… secrètement amoureux de lui… Et maintenant, vous me dites exactement l'inverse… »

« Est-ce que cela vous ferait plaisir ? »

« Comment ? »

« Seriez-vous heureux qu'il ait des sentiments pour vous ? »

« Mais je… je crains que… »

« Bon Dieu, Miles, par la barbe du juge, est-ce que vous êtes amoureux de Phoenix ? »

Miles écarquilla les yeux et fit demi-tour. Il lança à Ema :

« Je pars à la recherche de quelqu'un, restez ici, deux jeunes filles devraient venir – les Fey. »

Il repassa devant Mia et n'osa pas lui adresser la parole.

« Vous prenez la bonne décision, commenta Mia en lui souriant. Vous devriez profiter des heures qui vous restent pour assumer vos sentiments. »

« Ce n'est pas ce que vous croyez. » répliqua Miles en haussant les épaules.

Il ne voulait plus en parler à qui que ce soit. La seule chose qu'il désirait était d'y réfléchir, seul, sans personne autour pour se moquer de lui. Il regarda Mia repartir vers le Nord et soupira. Où pouvait-il aller chercher Phoenix ? Il préférait se dire qu'il faisait ça pour Maya Fey, mais un doute lui serrait le cœur. Il détestait ce genre de sensations inutiles. Il sortit sa carte et raya mentalement les lieux où Phoenix ne se trouvait pas. Pas l'hôpital, pas le phare, pas la zone entre ces deux lieux parce que j'y suis passé, pas la fête foraine, je pense… Le château-fort est une zone interdite, la forêt… Je ne sais pas. Il regarda la montagne, et y vit une petite église. C'est tout près d'ici… on va commencer par là.

[Encore en vie : 20]

[L'auteur précise que si les personnages ont des intuitions formidables, c'est pour qu'ils ne se cherchent pas les uns les autres pendant 5 chapitres minimum, vous comprendrez mon embarras si c'était le cas. xD]

[14h24]

Franziska était certes en vie, mais la douleur à son nez venait de se réveiller. Elle détestait souffrir inutilement, et c'était ce qu'elle appelait une douleur inutile. Maximillion Galactica, si tu te trouves en travers de ma route… Mais la personne qu'elle vit en travers de sa route n'était pas cette saleté de saltimbanque.

« Miles Edgeworth ! » s'exclama-t-elle en brandissant son revolver.

« Baisse ça, Franziska, je ne te veux pas de mal… »

« Moi non plus, Miles Edgeworth. »

Encore cette fichue manie d'appeler les gens par leur nom complet…

« Tu es blessée ? » demanda-t-il en se penchant vers elle.

« Juste une égratignure. » répliqua-t-elle en détournant la tête.

« On t'a cassé le nez et coupé tous tes cheveux d'un seul côté, il y a des plaies et des brûlures sur tes mains… Qui t'a fait ça ? »

« Alex Marshall pour les plaies et brûlures, Maximillion Galactica pour le nez… Et… »

Miles vit qu'elle n'arrivait pas à finir sa phrase, et il la pressa :

« Qui t'a coupé les cheveux ? »

« C'est… »

Franziska n'avait jamais autant eu l'air de la petite fille qu'il avait si longtemps connue. Ses yeux brillaient, et son regard était fuyant. Puis Miles se souvint du tout début du jeu, dans la salle de classe, et ce qui pouvait tant effrayer Franziska lui revint à l'esprit.

« C'est Manfred Von Karma ? »

Franziska hocha la tête, et Miles vit ses lèvres trembler.

« Où est-il caché ? »

« Dans l'école… » sanglota Franziska en cachant ses yeux avec ses mains.

Miles ne pouvait pas dire qu'il était habitué à la voir dans cet état : il l'avait vu pleurer deux fois. Une fois sur une photo où elle avait 2 mois et demi, et une autre à la fin d'une enquête particulièrement corsée. Qui avait scellé ses retrouvailles avec… Non, ce n'était pas le moment d'y penser.

« Il avait une arme ? Laquelle ? »

Il posait des questions car il ne savait pas comment la consoler.

« Azote liquide… »

« Je suis soulagé que seuls tes cheveux aient été atteints… L'azote liquide t'aurait déchiré la peau, et tu pourrais même avoir un bras en moins ! »

« Snif… »

Franziska secoua la tête et reprit son chemin sans un mot.

« Franziska ! Il y a un hôpital là-bas… Tu devrais y aller, nous y serons en sécurité. »

« Je voyage seule. » répliqua-t-elle sans s'arrêter.

Après quelques pas, elle stoppa sa marche et fit demi-tour.

« Hm ? » fit Miles en la voyant courir dans sa direction.

« Ouiiiiiiin ! Petit frèèèère ! » cria-t-elle en le prenant dans ses bras.

Elle resta là à pleurer pendant de longues minutes, et Miles était vraiment gêné de la voir dans un tel état.

« Franziska… Tu devrais garder ton calme. »

« A quoi ça sert puisqu'il va me tuer ? Il me déteste ! Il m'a dit qu'il avait hoooonte de moiiii… »

Elle fondit en larmes et Miles regarda ses épaules prises de tremblements. Il détestait la voir aussi mal.

« Ne t'inquiète pas, il ne gagnera pas. Il n'a plus d'arme, grâce à toi. Oui, c'est grâce à toi qu'il n'a plus rien pour se défendre ! »

« Il trouvera un moyen ! Il trouve toujours un moyen de faire du mal… »

« Alors reste devant l'école et attends qu'il ose sortir. Là, tu pourras l'abattre. »

Il craignait d'y être allé un peu fort : il s'agissait quand même de son propre père…

« C'est… c'est vrai. » acquiesça Franziska en brisant son étreinte avec Miles.

Elle sécha ses larmes et déclara :

« Merci de ton aide, Miles Edgeworth. »

« Tu me remercies ? C'est si rare. » dit-il en ne pouvant retenir un sourire attendri.

« Tu n'as pas l'air d'un garde anglais coincé ? C'est si rare. » répliqua Franziska d'un air triomphant.

Miles secoua la tête, rassuré que Franziska ait retrouvé son mordant. Puis la question habituelle lui revint à l'esprit.

« J'aurais besoin de ton aide. »

« Ah ? Je suis surprise, à la vérité. Parle. »

« Je… Bon, plusieurs personnes sont venues me voir pour me dire que visiblement je serais… amoureux de Phoenix Wright. »

A sa grande surprise, Franziska n'eut même pas l'air étonnée ni en colère.

« Je n'aurais même pas osé te dire une chose pareille. »

« Comment ça ? » demanda Miles, sans comprendre.

« Imaginons que tu es face à un avocat de la défense débutant. L'une des pièces à conviction est la photo du cadavre de la victime. Il a clairement été tué par une balle en pleine tête, mais l'idiot d'en face affirme dans sa plaidoirie que la victime est morte d'un coup de couteau dans l'abdomen. Que fais-tu ? »

« Eh bien… Je ne dis rien, car c'est désespérant de ne pas voir l'évidence même. »

« Voilà, tu as compris ce que je veux dire. »

Miles haussa les sourcils, perdu. Puis il se repassa la conversation en sens inverse et écarquilla les yeux.

« Oh ! Pas toi, Franziska ! Tu penses aussi que je… que Phoenix Wright est… »

« Il n'y a que toi pour ne pas t'en rendre compte, Miles Edgeworth. Je n'ai pas besoin de préciser que cette perspective me révulse au plus haut point, cependant. Je dois garder l'école, va donc le trouver. »

« Comment sais-tu que… »

« Ton air bête est du même acabit que la balle dans la tête de la victime. »

Il comprit que Franziska avait vu immédiatement qu'il était à la recherche de Phoenix. Complètement perdu, il se passa une main dans les cheveux et regarda autour de lui. Il n'y avait plus personne, Franziska étant repartie devant l'école, et il se sentait bien seul. C'était la première fois depuis le début du jeu qu'il ne savait pas si en allant à un endroit précis il trouverait ce qu'il cherchait. Il avait su que Maya et Pearl seraient au phare, avait espéré y trouver Phoenix, mais en allant vers l'église de montagne il ne savait pas ce qu'il y trouverait. Peut-être personne. Peut-être une quantité phénoménale de cadavres. Prenant le chemin de l'église, marchant toujours dans l'herbe, il se demanda si Phoenix avait tué des participants. Lui-même avait bien été responsable de la mort de Shih-Na, même s'il ne s'agissait que de légitime défense. Peut-être que Phoenix avait lui aussi été obligé d'abattre quelqu'un… D'après la liste des morts… Non, il aurait pu s'agir de n'importe qui. Méchants avant de venir ici ou pas, les gens changeaient dans un Battle Royale. Une pensée horrible le fit s'arrêter de marcher. Et si Phoenix était devenu fou ? Et s'il avait tué une grande proportion des morts actuels sans aucun état d'âme ?

Miles était arrivé au pied de la montagne. Il leva les yeux et essaya de ne pas se poser la pire des questions…

Et si je devais le tuer ?

Il se remit à marcher, ses jambes uniquement contrôlées par le désir de laisser derrière lui de telles pensées. Il ne pouvait pas y réfléchir. Il ne devait pas y réfléchir. Il poursuivit sa route sur des rochers, menaçant de glisser d'un instant à l'autre, se demandant s'il ne valait pas mieux tomber dans le vide une bonne fois pour toutes plutôt que de courir après un homme qu'il préférait ne pas voir pour plusieurs raisons. La réaction de Franziska commençait à faire son chemin dans son esprit, et il en était plus que gêné. Elle pensait donc sérieusement qu'ils étaient faits l'un pour l'autre… Mais plus les heures passaient et plus Miles était persuadé qu'il n'avait pas de sentiments pour Phoenix. Exténué, il fit une pause et s'assit sur un gros rocher. Il ouvrit son sac et en sortit son badge d'avocat, qu'il avait préféré ranger ici plutôt que dans sa poche. Pensif, il se souvint malgré lui de l'affaire du pont. Larry l'avait appelé en larmes pour lui dire de venir s'occuper de l'affaire à la place de Phoenix, qui était tombé du pont en voulant sauver Maya Fey… Il ressentit un mélange d'émotions contradictoires à cette pensée : la honte d'avoir accepté aussi vite de remplacer Phoenix, l'inquiétude qu'il avait ressentie en apprenant qu'il était tombé d'un pont en flammes, et…

Non… Je ne suis pas comme ça.

Mais ce sentiment brûlait dans sa poitrine. La jalousie.

Plus il revoyait Maya durant le procès. Phoenix qui demandait des nouvelles d'elle sans arrêt, à l'hôpital… Délivrez Maya de cette grotte, pitié, délivrez-la… Il en était vert de rage. Qu'avait-elle de plus que lui ? Pourquoi n'avait-il pas supplié tout le monde lorsqu'il avait laissé ce message : « Le procureur Edgeworth décide de mourir » ? Pourquoi n'avait-il jamais essayé de le contacter ? Pourquoi sa vie avait-elle continué comme avant ? Miles enfouit son visage dans ses mains en soupirant. Il détestait se poser ce genre de questions, des questions qui l'avaient hanté pendant des années, sans qu'il n'ose en parler à qui que ce soit… Qu'est-ce qui était si évident dans ses faits et gestes pour que tout le monde le croie amoureux de Phoenix ? Etait-il comment absent quand il était près de lui ? Non, pas vraiment, il n'avait pas d'absences au tribunal… Le juge ne le rappelait jamais à l'ordre, il ne rêvassait pas. Il ne comprenait pas ce qu'on avait pu voir dans ses yeux pour comprendre aussi vite ses sentiments.

Parce qu'il avait fini par accepter ce qu'il ressentait. Assis sur son rocher, Miles Edgeworth était bien heureux d'être seul tandis que son cœur battait à tout rompre, que personne ne le voie pendant qu'il pensait à Phoenix et à combien il voulait le voir. Maintenant. Il se leva et essuya ses yeux humides. Il n'aimait pas se sentir aussi faible émotionnellement, mais assumer ce qu'il avait toujours refoulé le mettait dans un état calme et serein. Il ne se sentait plus aussi traqué que d'habitude, ce qui était paradoxal. Et qu'importe le regard des autres quand il n'y a personne ? Il reprit sa route vers l'église qu'il distinguait au loin et sourit intérieurement. Quelles que soient les épreuves qui viendraient, il sentait qu'elles seraient plus supportables avec Phoenix à ses côtés.

[Encore en vie : 20]

[14h48]

Vérité n'aimait pas se promener avec ce lourd fusil. D'ailleurs, elle n'avait tellement pas envie de s'en servir qu'elle se demandait s'il ne vaudrait pas mieux qu'elle le laisse entre deux arbres. Elle errait dans la forêt depuis des heures, sans savoir où aller. La liste des morts ne l'inquiétait pas encore, car hormis Lamiroir elle ne connaissait presque personne. Apollo était toujours en vie, et c'était tout ce qui comptait. Tout ce qu'elle pouvait lui souhaiter, c'était de ne pas trop mal finir dans ce jeu… Mais elle allait faire ce qu'elle pouvait pour ne pas disparaître trop ridiculement. Même pour ne pas disparaître tout court. Dès qu'elle entendait un bruit, elle se cachait et attendait, l'oreille affutée. Mais rien ne venait jamais, alors qu'elle était persuadée d'avoir discerné quelqu'un entre les feuilles. Quelqu'un qui marchait au-dessus d'elle, dans les branches. Elle avait un désavantage certain.

Elle grignotait son sandwich lentement, regardant sans cesse autour d'elle et plus particulièrement au-dessus de sa tête, quand elle entendit :

« Va-t'en… s'il-te-plaît, va-t'en ! »

Vérité leva les yeux et aperçut une jeune fille mince aux cheveux noirs très longs et armée d'un pistolet. Elle avait les yeux rougis et ne paraissait pas pouvoir contrôler ses sanglots.

« Pourquoi ? » demanda Vérité en serrant un peu plus fort son fusil entre ses mains.

« Va-t'en ! répéta la jeune fille. Je ne… je ne veux pas encore… »

Malgré ses paroles, elle pointa sur elle son pistolet, et Vérité recula d'un pas en écarquillant les yeux.

« Ils ont amené cette femme, marmonna-t-elle, elle est venue, elle voulait me tuer… Elle a péri… Péri… A cause de moi, je l'ai fait, je l'ai tuée, c'est de ma faute… Je DOIS tuer ceux qui viennent me faire du mal… ! »

Elle se laissa tomber de son arbre et fit face à Vérité, le doigt sur la gâchette. Son regard était fou, Vérité le sentait, et elle savait que sa seule échappatoire était la fuite. Elle tourna les talons, sa cape de magicienne voletant derrière elle, et décampa à toutes jambes vers l'Ouest. L'autre ne s'y était peut-être pas attendue, mais elle était bien plus rapide et agile qu'elle.

« Arrête-toi ! hurla-t-elle. Arrête-toi tout de suite ! »

Mais Vérité ne voulait pas s'arrêter. Elle continuait de courir, sentant que l'autre la rattrapait, puis s'aperçut qu'elle était arrivée au bout de la forêt et que, devant elle, il n'y avait que la mer. La mer et ses rochers. Elle se tourna dans la direction de la jeune fille qui venait d'arriver et de freiner pour éviter de tomber, et lui cria :

« Laisse-moi tranquille ! Qui es-tu, en plus ? »

« Kay Faraday, répliqua l'autre en la visant avec son pistolet. Je ne peux pas laisser les autres m'attaquer. M'approcher. Tu vas mourir. »

« Il y a des hommes très méchants ici, tu sais ? Je ne suis pas ton ennemie… »

« Comment pourrais-je le savoir ? aboya Kay. Tais-toi et accepte ton destin. Je suis le Yatagarasu ! »

« Est-ce que le Yatagarasu est un tueur ? »

Kay resta comme gelée sur place, puis baissa son arme.

« Non, le Yatagarasu ne cherche que la vérité. »

« Ça c'est marrant, parce que c'est mon prénom. »

« Hein ? »

« Pas grave. »

Vérité était soulagée de voir la fureur destructrice s'être envolée des yeux de Kay Faraday. Elle n'aimait pas beaucoup se sentir menacée, et l'arme baissée de Kay la rassurait un peu. Mais pas non plus tant que ça… Le regard maintenant acéré de la voleuse ne lui disait rien qui vaille.

« Si on se séparait sans se battre ? » proposa Vérité, inquiète mais persuadée de la réponse négative à venir.

« Je suis bien d'accord, dit, à sa grande surprise, Kay. Lâche ton fusil. »

« Ben non, on va juste partir, et… »

« Lâche ton fusil. »

Vérité s'exécuta, sentant à moitié qu'elle faisait une bêtise et à moitié que c'était sa seule option. Kay lui sourit, mais son sourire était étrangement vide de toute joie. Elle aurait pourtant dû être soulagée de la voir poser son arme… Et elle commença à avoir très peur. Une panique étouffante bloqua sa respiration, et elle se trouva incapable de bouger d'un centimètre. Kay la fixait froidement, son semblant de sourire n'éclairant qu'à moitié son visage, et elle fit quelques pas vers elle.

« Je n'aime pas du tout les gens qui obéissent aussi facilement. » murmura-t-elle.

Vérité comprit qu'elle était toujours dans le même état traumatisé, et qu'elle n'aurait jamais dû penser ne serait-ce qu'une seconde que Kay accepterait de coopérer. Jamais, jamais, jamais. Elle était complètement folle et choquée, prenant tout le monde pour un ennemi potentiel. Mais Vérité ne devait pas baisser les bras, surtout pas avec un revolver pointé sur elle.

« Je voulais simplement coopérer. Faisons équipe pour survivre. »

Sans penser au fait qu'il n'y aura qu'un seul vainqueur.

« Il n'y aura qu'un seul vainqueur ! » cria Kay, et Vérité baissa les yeux avant de se reprendre.

« Oui, mais en attendant… On pourrait se protéger mutuellement et se séparer, et puis ensuite chacune pour soi… »

« Je ne te fais pas confiance. »

« Ce serait plutôt à moi de dire ça. » répliqua Vérité en se jetant sur son fusil et en le pointant sur Kay.

Elle prit une grande inspiration et assena :

« Maintenant, Kay Faraday, tu vas lâcher ton arme. »

« Jamais ! » fit-elle, les dents serrées.

« Je n'hésiterai pas à tirer ! »

« Pfff, t'as quel âge, 13 ans ? »

« 15, et tu n'es pas beaucoup plus vieille que moi, alors tais-toi ! Lâche ton arme ! »

De quoi j'ai l'air, un fusil à la main ? Que dirait Apollo ?

« J'ai un ami à retrouver, dit Vérité. Si tu me tues ici, tu le regretteras. Il viendra te descendre, tu peux en être persuadée. »

« Je tuerai tous les autres. Tous. »

« Tu ne connais personne, dans ce jeu ? Personne que tu n'appréciais avant d'arriver ici ? »

Kay baissa les yeux et tomba à genoux.

« Miiiles… Miiiiiles… J'ai tellement honte… » se mit-elle à gémir.

« Euh, Miles qui ? » fit Vérité, médusée.

« Je suis une disgrâce… Je ne mérite pas d'être son assistante… Je suis pathétique… »

Kay pointa son revolver sur sa tempe. Elle était en larmes.

« Oh non, murmura Vérité en écarquillant les yeux, oh non non non non non non NON NON NON ! »

*PAN !*

[Encore en vie : 19]

[14h53]

Klavier détestait la situation désespérée dans laquelle il était. Sa corde ne lui avait été d'aucune utilité, même en l'accrochant aux barreaux et en tirant dessus de toutes ses forces. Elle ne lui permettait même pas d'en finir. Le procureur avait depuis longtemps perdu son calme, et il donnait des coups de pieds répétés dans les barreaux, espérant les écarter à force de taper dessus, lorsque deux personnes vinrent vers lui. Si discrètement qu'il ne les avait même pas entendus arriver.

« Oh ! C'est Gavin ! » s'exclama une voix qu'il connaissait assez pour reconnaître son ton hésitant.

« Apollo Justice, dit-il en se redressant. Trouve-moi les clés de cette cellule, veux-tu ? »

« Je n'ai rien…, s'excusa Apollo en se plantant devant lui. Qui t'a enfermé ici ? »

C'était tout Apollo, ça. Il avait tout de suite remarqué que ce n'était pas un piège, et que le loquet de la cellule était en position fermée depuis l'extérieur. Mais il ne pouvait pas deviner qui en était responsable : il avait eu tant de mal à accepter que son ex-mentor ait assassiné quelqu'un… Klavier sourit le plus commercialement possible, comme il savait le faire, et lui dit la vérité :

« C'est Kristoph Gavin. Mon très cher frère, comme tu le sais. Je crois qu'il possède un GPS qui lui sert à localiser tous les participants… Vous feriez mieux de décamper, toi et la jolie blonde derrière, car il ne va pas tarder. Il surveille sans doute la prison sur son écran, si jamais il est occupé vous avez vos chances ! Alors partez, vite ! »

« Mais… On ne peut pas te laisser ici… »

« Vous n'avez pas le choix, alors dépêchez-vous ! »

« Il va te tuer ! » explosa Apollo en attrapant deux barreaux dans ses mains et en les secouant.

Klavier avança d'un pas et prit le poignet droit d'Apollo dans sa main.

« Je le sais, crois-moi. »

Il n'en revenait pas de faire preuve d'autant de sérieux. Mais il ne pouvait pas rêver sa vie en permanence, car même s'il attendait sa mort dans un état second, il n'avait pas le droit de mettre en danger Apollo et son amie blonde.

« Vous devez partir. Courez, sinon vous finirez comme moi… Il est lourdement armé, dépêchez-vous ! »

« Je ne veux pas te laisser ici ! » répliqua Apollo en secouant la tête.

« Alors coupe-moi la tête et fais passer mon corps à travers les barreaux si ça te chante ! s'exclama Klavier. Je ne veux pas que vous restiez ici à vous faire tuer, allez-vous-en ! »

La blonde prit Apollo par la main et lui dit :

« Il a raison, il vaudrait mieux partir… »

« Mais… » sanglota Apollo en resserrant sa main libre sur un barreau.

Klavier s'aperçut qu'il tenait encore le poignet de l'avocat de la défense et le lâcha doucement. C'était tout de même la base pour qu'il parte… Dès qu'il eut lâché sa main, la blonde se mit à courir en traînant Apollo de toutes ses forces. Klavier sentait qu'il avait fait une bonne action, mais ses pensées furent interrompues quelques minutes plus tard par l'arrivée de Kristoph.

« Alors comme ça, on reçoit de la visite, tel un condamné dans le couloir de la mort ? »

« Je croyais qu'ils n'avaient pas droit aux visites, justement. » répliqua Klavier avec un petit sourire.

« Je serai bien content de te faire taire dans quelques minutes, Klavier. »

Le procureur pencha la tête sur le côté et murmura :

« Ce n'est pas très poétique, tu sais ? Pas très rock'n'roll. »

« Mais je me fous complètement que ce soit rock'n'roll ou pas ! cria Kristoph en empoignant Klavier par le col de sa chemise. Est-ce que tu te rends compte que tu es la honte de la famille ? A passer ton temps à gratter sur un instrument et à signer des autographes ? »

« Arrête de t'inventer une légitimité, Kristoph. Tu crois franchement que Papa serait fier que son fils soit un assassin en prison ? Parce que tu serais passé de l'autre côté la corde autour du cou, cher frère ne l'oublie jamais ! »

« TAIS-TOI ! s'exclama Kristoph en le repoussant pour qu'il tombe. Je voudrais te torturer en te faisant souffrir au maximum jusqu'à ce que tu me supplies de t'achever ! »

« Quelle bonne idée. »

« La ferme ! J'ai toujours été passablement agacé de te voir pavaner au tribunal, et puis tous ces idiots qui voulaient absolument qu'on se retrouve l'un contre l'autre à la cour… N'étaient-ils pas capables de voir que je m'en fichais complètement ? Je n'aime pas te voir, Klavier, tu me fais honte et tu n'hésites jamais à empirer la situation. »

« Content de te faire cet effet, Kristoph, mais ne devais-tu pas me tuer ? »

Peut-être que paraître jovial déstabiliserait Kristoph… Peut-être.

« Espèce d'abruti de frère… » assena Kristoph.

Il l'attrapa par une manche de sa chemise et le traîna vers lui jusqu'à ce qu'il soit violemment collé contre les barreaux de la cellule. Il lui appuya son pistolet contre la tempe et marmonna :

« Tu vas finir par te taire… »

« Ouvre cette cellule, si t'es un homme. » répliqua Klavier.

« Quoi ? »

« Tu voudrais me tuer alors que je suis sans défense ? Quelle honte. C'est toi, la disgrâce de la famille. Ouvre cette cellule, qu'on puisse discuter entre hommes. »

« Je me fiche bien de l'honneur, Klavier, tu devrais le savoir. » fit Kristoph entre ses dents.

« Tu n'es qu'un lâche. Et tu mourras en lâche, parce que tu ne gagneras pas ce jeu. Tu n'es pas assez prudent. »

« Pas assez prudent ? Pfff. Entendre ça de la part d'un… »

*FOUIIITCH !*

« Aïe ! » s'exclama Kristoph en se retournant.

Il venait de recevoir une flèche dans le dos, et paraissait souffrir terriblement. Klavier ne put s'empêcher de sourire en voyant Apollo Justice et son amie blonde détaler comme des lapins vers la fête foraine. A l'aide d'un arc, elle avait atteint Kristoph, puis sans demander son reste elle s'était de nouveau enfuie avec Apollo. Sachant que Kristoph n'avait pas regardé son GPS de toute la conversation, il n'avait rien vu venir. Un plan en béton, Apollo.

« Ne crois pas que je vais en rester là ! hoqueta Kristoph en attrapant Klavier par le col. Je vais déjà en finir avec toi ! »

Klavier savait que sa dernière heure était venue, mais il mourut en souriant. Cours, Apollo, et ne laisse pas ce lâche te rattraper.

*PAN !*

[Encore en vie : 18]

[15h00]

Mia était en train de traverser à la nage le lac menant au phare. Elle n'avait l'intention de laisser le champ libre à Pearl uniquement qu'après avoir décrit la situation de Miles et de ses compagnons dans l'hôpital à Maya. Elle s'arrêta en entendant le haut-parleur résonner autour d'elle.

« C'est votre Boulay préféré, les enfants ! Le rythme a un peu repris, c'est bien ! Nous avons donc chez les filles : Kay Faraday, et chez les garçons : Klavier Gavin et Godot ! Merci de votre attention, et que le jeu continue ! »

Mia écarquilla les yeux. Pourquoi Diego était-il mort ? L'eau lui parut soudain glacée. Il avait dit qu'il se cacherait « dans un endroit où personne ne le trouverait »… Puis l'évidence lui vint à l'esprit. Diego s'était suicidé. Ainsi, il ne tuerait personne, et personne ne le tuerait… Elle ne savait pas si elle devait pleurer ou pas, car elle s'y était un peu attendue. Bon, je vais tout raconter à Maya et disparaître à nouveau, c'est ce que j'ai de mieux à faire…

[Encore en vie : 17]

[15h17]

Shih-Long Lang s'était trouvé nez-à-nez avec Franziska Von Karma devant l'école. Tout simplement. Il s'était approché d'elle sans agressivité, car elle était dans un sale état. Elle avait perdu pas mal de cheveux, qui continuaient de tomber par morceaux comme des flocons bleus, et son visage était sacrément tuméfié. Sans parler de son nez qui cicatrisait vraiment très mal.

« Qu'est-il arrivé à la célèbre Von Karma ? » ironisa-t-il en mettant sa massue dans son dos pour montrer qu'il ne l'utiliserait pas.

« J'empêche mon… père de sortir de cette école. Il n'est pas armé, mais il est capable de toutes les vilenies pour se procurer de quoi tuer tous les autres. »

« C'est l'objectif de ce jeu, ma chère. Lang Zi dit : « La quantité de moyens ne fait pas la victoire. ». »

« Je me fiche de ce que dit Lang Zi, encore un fou enchaînant des folies… »

« Vous n'avez pas peur de mourir, devant votre école ? »

« Franziska Von Karma n'a jamais peur de mourir. Je ne suis pas au meilleur de mes forces, mais je dois rester ici. »

« C'est tout à votre honneur. Je respecte le sens du devoir plus que tout au monde. »

Franziska le fixa d'un œil froid.

« Vous avez l'air secoué. » commenta-t-elle.

« Je ne souhaite pas en parler. »

« Vous avez perdu quelqu'un de cher ici, pas vrai ? » devina-t-elle.

Shih-Long Lang ne répondit pas et reprit son chemin.

« Je vous souhaite de réussir à protéger les autres par votre surveillance de l'entrée de l'école, Mademoiselle. Bonne chance. »

Franziska ne s'était pas attendue à voir l'Agent Lang aussi aimable et compréhensif, et de plus il ne l'avait pas tuée. Même pas essayé. Franziska se mit à gratter le sang coagulé qui recouvrait une partie de son menton et de ses lèvres, décidée à monter la garde jusqu'au bout.

[Encore en vie : 17]

[15h35]

L'église de montagne était en vue. Miles n'était pas habitué à faire du sport aussi longtemps, et il commençait à avoir des crampes aux jambes à force de parcourir l'île dans tous les sens en courant et d'enjamber des rochers. Mais il ne voulait pas souffler, car même si Phoenix n'était pas là, il devait en avoir le cœur net. Il posa sa main sur son arbalète déjà armée et contourna l'église pour en trouver l'entrée. Il n'aimait pas le silence qui régnait sur le plateau montagneux, car cela signifiait qu'il n'y avait pas de groupes installés ici à vocation pacifique. Lorsqu'il parvint devant la grande double porte d'entrée, il reconnut instantanément la personne assise sur les marches, un revolver à la main.

« Wright ! » s'exclama-t-il en se plantant devant lui et en se penchant.

Phoenix leva les yeux vers lui, avec un regard si vide et effrayé que Miles eut envie de le gifler. Qu'est-ce que c'était que cet abattement ? Il n'avait jamais eu le droit de faire une tête pareille au tribunal, alors pourquoi la lui proposer à lui, son rival de choix ? Miles se sentait rarement concerné par les émois des gens car il s'en fichait comme de l'an 40, mais la souffrance visible de Phoenix Wright le mettait hors de lui.

Phoenix se leva et recula de quelques pas, une expression indescriptible sur le visage, et se mit à parler en secouant dangereusement sa main tenant le revolver.

« Je… Je suis un… Je crois que je suis un monstre, il ne faut pas venir… »

« Un monstre ? Wright, lâche cette arme, et tu ne seras pas susceptible d'en devenir un. »

« Hm… D'accord… »

Phoenix posa son revolver sur le sol, et Miles comprit qu'il avait perdu tout sens de la réalité. Il ne faisait preuve d'aucune prudence en se désarmant ainsi… Miles s'avança vers lui, et il vit l'avocat reculer d'un pas supplémentaire.

« Wright, je ne te veux aucun mal. »

« … suis un monstre… »

« Je suis persuadé que non. Qu'est-ce qui s'est passé ? Raconte-moi. »

Le procureur attrapa Phoenix par le poignet et le regarda dans les yeux.

« Tu peux avoir confiance en moi. »

« Ah… ah ah… c'est la meilleure… Edgeworth, le procureur qui falsifie des preuves… »

« Explique-moi. » répliqua Miles, ignorant les remarques sarcastiques de l'avocat.

« Elle a voulu me tuer… Elle a tué la vieille chouette et elle s'est tournée vers moi… Mais elle ne voulait pas m'écouter, je lui ai… Je lui ai tiré dessus… »

« Eh bien, c'est un cas de légitime défense. » fit Miles en haussant les sourcils.

« Elle avait juste… un fil de pêche. »

Miles baissa les yeux. Il comprenait pourquoi Phoenix se sentait si coupable : elle n'était pas vraiment armée…

« Qui était-ce ? » demanda-t-il.

« Iris… Enfin Dahlia… Elle est juste derrière moi… »

Miles lâcha le poignet de Phoenix et alla voir les deux cadavres. L'une des victimes était sans conteste Flavie Eïchouette, et l'autre Iris Plantule.

« Wright, sais-tu que j'ai une formation de… euh… que j'ai des notions en autopsie rapide sur les scènes de crime ? »

« Hm… et alors ? » répliqua Phoenix en regardant ailleurs.

« Ce que je vois, c'est que la blessure par balle d'Iris est due à une contraction de ton doigt sur la gâchette. Cette contraction a eu lieu à cause d'un parasite présent dans les églises mal entretenues. Il a dû s'insinuer dans ton système nerveux et causer la mort d'Iris. Tu vois ? Ce n'est pas de ta faute. Tu n'as pas tiré volontairement. »

Il avait raconté absolument n'importe quoi, mais peut-être que Phoenix le croirait… D'ailleurs, son visage venait de s'éclairer.

« Et c'est pour ça que tu m'as dit de poser mon revolver ? »

« Oui, car le parasite est encore dans ton corps, j'imagine. On ne sait jamais. »

« Tu es un vrai génie, Miles. »

Ah ah. Depuis quand suis-je capable de faire de la psychologie ?

« Ne t'inquiète pas, Wright, nous avons tous été obligés de tuer au moins une personne dans ce jeu. Tout le monde s'est fait menacer à un moment ou un autre, même Ema Skye. »

« Et Maya ? » demanda Phoenix en s'asseyant sur un banc de l'église et faisant face à Miles.

« Je l'ai vue et elle est en vie avec Pearl Fey, mais je crois qu'elle s'est rendue directement au phare donc qu'elle n'a pas eu le temps de rencontrer qui que ce soit. »

Inutile de préciser que Phoenix aurait dû se trouver là-bas aussi, s'il avait ouvert les yeux avant le jeu. Miles vint s'asseoir à côté de son rival maintenant rassuré et posa une main sur son épaule.

« Ne t'inquiète pas pour la suite, je t'emmènerai dans l'hôpital où nous avons basé notre groupe de résistance. Nous avons l'intention de trouver un moyen de tous sortir d'ici. »

« C'est possible ? » murmura Phoenix.

« Euh, sûrement, oui. »

« Alors si je peux partir avec toi, je t'aiderai jusqu'au bout. »

Miles rougit violemment, mais ce n'était rien face à sa réaction suivante, lorsque Phoenix posa sa tête sur son épaule et ferma les yeux. Miles écarquilla les yeux en sentant le contact entre sa joue et le front de l'avocat. Il n'aurait jamais pu imaginer qu'il trouverait cette situation si agréable. Complètement paralysé, il ne pouvait plus bouger, mais il n'en avait pas l'envie. Phoenix avait l'air si calme et rassuré qu'il ne pouvait décemment pas lui demander de se pousser un peu. Miles ferma les yeux à son tour et ressentit une quiétude qu'il n'avait jamais connue. A aucun instant de sa vie il n'avait trouvé le repos, le repos absolu, celui de s'abandonner complètement en se moquant du sourire béat idiot qu'on peut avoir d'affiché sur le visage. Le silence qui envahissait l'église était le plus agréable qu'il ait vécu, car chaque seconde sans mots était une seconde où il repensait à la mort de son père et à la douleur qui lui serrait la poitrine sans qu'il ne sache pourquoi. Mais maintenant qu'il était près de Phoenix, cette douleur s'était envolée. Rien n'est plus invivable que d'être sans lui… Je le savais, au tribunal, mais je pensais que c'était parce que j'aime travailler à la cour, me plonger dans mes dossiers… Mais je voulais juste l'impressionner, tout le monde avait raison. Tout le monde sauf moi, le seul à ne pas savoir.

« Euh… Wright ? » hésita-t-il.

« Hm ? » fit-il sas ouvrir les yeux.

« Est-ce que tu fais ça parce que tu es soulagé d'avoir compris que tu n'étais pas un monstre, ou parce que… Enfin, je ne vais pas t'expliquer… »

« Je t'aime, et je t'ai toujours aimé, Miles. »

Le procureur se figea.

« Euh… vraiment ? C'est… c'est incroyable… »

« Ça n'a pas l'air de te choquer plus que ça. Tu es heureux que je te dise ça ? »

« Eh bien, je dois avouer que oui. Mais comment se fait-il que tu ne me l'aies jamais dit ? Pourquoi maintenant ? »

« Parce que maintenant, je me fiche complètement des conséquences. Est-ce que quelqu'un va se moquer de nous, ici ? Non. Et est-ce que tu vas me rejeter alors qu'il n'y a personne ? Je ne crois pas non plus. »

« Tu pensais que j'allais te rejeter ? » demanda Miles, ébahi.

« Evidemment, ose dire que tu ne l'aurais pas fait. Non, Wright, je dois me concentrer sur mon travail… Oh mais vous êtes dérangé, ai-je l'air d'un homosexuel ? Ai-je l'air de pactiser avec l'ennemi ? Vous poussez la folie un peu trop loin, Wright. Allez-vous-en, sinon j'appelle le détective Gumshoe ! »

Miles fronça les sourcils puis se détendit. Oui, il aurait totalement réagi comme ça, malheureusement.

« J'étais un imbécile. Tout le monde savait que je pensais à toi un peu trop souvent. Franziska, les Fey… »

« Toutes les filles qui se servent de leurs yeux, pas vrai ? » dit Phoenix en riant doucement.

Miles le serra contre lui et passa une main dans les cheveux de l'avocat de la défense.

« Eh bien, murmura Phoenix, je ne pensais pas que Miles Edgeworth me ferait l'honneur de me câliner aussi gentiment. Est-ce que tu as rencontré quelqu'un qui t'a décoincé ? Une révélation divine ? »

« J'essaie de ne pas réfléchir, et c'est assez difficile… Mais maintenant que j'ai commencé, je ne vais pas m'arrêter. »

Il le serra encore plus fort contre lui et lui caressa doucement la joue.

« Hm, c'est ta manière de ne pas t'arrêter ? » dit Phoenix en faisant la moue.

« C'est déjà bien de ma part… non ? »

« De ta part, peut-être, mais pas de la mienne, en tout cas. »

Phoenix se redressa et s'assit sur les genoux du procureur.

« Voilà, là, c'est déjà mieux. »

« Ah bon ? Je ne peux même pas te parler, je ne vois que tes cheveux. » répliqua Miles en penchant la tête sur le côté.

« Alors je vais me tourner vers toi, si c'est ça le problème. »

Phoenix se retrouva face à lui, enserrant les hanches du procureur entre ses jambes, et passa ses bras autour de son cou. Son visage était à quelques centimètres du sien. Les sillons rouges sur ses joues prouvaient qu'il avait beaucoup pleuré.

« Est-ce que tu me vois bien, là, c'est bon ? » ironisa Phoenix en souriant.

« C'est… euh… c'est très très bien… » balbutia Miles.

« Tant mieux, alors. »

Il lui offrit un sourire resplendissant, mais Miles se sentait très embarrassé.

« Des gens pourraient nous voir… »

« Non. Arrête un peu de te soucier du regard des autres ! C'est pour ça que tu as toujours été coincé. Détends-toi, pour une fois… »

« Je ne sais pas si… » bafouilla-t-il en jetant des regards effrayés vers la porte d'entrée de l'église.

« Regarde-moi, ordonna Phoenix en posant ses deux mains sur les joues du procureur. Tout-à-l'heure, tu me prenais dans tes bras. Est-ce que tu es en train de… reprendre le contrôle ? »

« Je n'en sais rien, j'ai… j'ai vraiment peur, voilà ce que je ressens. Comme si je devais planifier tout ce qui va se passer, mais que je ne parvenais pas à me projeter dans le futur. »

« Il ne va rien se passer, dans le futur. Nous n'avons plus de futur. Nous allons mourir dans moins de deux jours, alors ne t'inquiète pas pour l'avenir, l'avenir c'est toi et moi, ici et maintenant. »

« Je suis flatté, mais, comment dire, je n'ai pas envie de rester ici à attendre la mort ! Il doit y avoir un moyen de s'enfuir, et… »

« Je m'en fiche, pour l'instant. Je m'en fiche. »

Miles comprit que Phoenix avait retrouvé sa contenance et son calme, et il en était soulagé. Finalement, la situation était habituelle : c'était le procureur le coincé, comme toujours. Il avait apprécié cet instant de détente où il avait été capable de prendre l'avocat dans ses bras, mais maintenant son cœur se serrait et il n'osait plus rien faire. Toujours ces gens dans sa tête, à le fixer alors qu'ils n'existaient pas. Il détestait sa faiblesse.

Mais Phoenix s'en fichait, comme il venait de le dire.

« Miles, je t'aime, je te l'ai déjà dit, et je voudrais que pour nos derniers instants tu te sentes bien. Comme tout-à-l'heure. »

« Je… »

Miles sentit une vague de chaleur l'étreindre, et il se détendit presque instantanément. Il se prit même à sourire.

« Oh, murmura Phoenix. Je vois. Quand je te dis que je t'aime, tu es tellement rassuré que tu perds le contrôle… C'est génial ! »

« En effet. » souffla Miles en posant ses mains sur les hanches de Phoenix.

Phoenix se pencha et s'arrêta à quelques millimètres des lèvres du procureur.

« Est-ce que…, murmura-t-il, ça te dérange ? »

« P…p…p… pas d… du tout. » bégaya Miles en écarquillant les yeux.

Phoenix eut un petit rire silencieux puis parcourut les quelques millimètres restants. Miles fut tellement surpris du contact qu'il recula précipitamment, rompant le baiser.

« Mais…, dit Phoenix en fronçant les sourcils, je croyais que… »

« Non, non, ce n'est rien, je crois que… C'était cette sensation, tellement bizarre et inédite… Est-ce que tu peux recommencer ? »

« Eh bien, oui, pas de problème ! » répondit Phoenix en souriant.

Il l'embrassa à nouveau et Miles le serra très fort contre lui. Il se moquait bien d'être vu par quiconque, à présent. Sentir Phoenix si près de lui était un rêve, un fantasme auquel il n'avait jamais osé penser, et maintenant l'avocat l'embrassait passionnément. Lorsqu'il commença à lui caresser les cheveux, Miles mit fin au baiser et se mit à doucement l'embrasser dans le cou.

« Miles…, soupira Phoenix sur un ton qui fit rougir le procureur. Je… merci. Jusqu'à maintenant j'avais peur que tu ne me rejettes… »

« … manquerait plus que ça… » marmonna Miles en continuant de l'embrasser.

Les mains de l'avocat de la défense se glissèrent sous la chemise du procureur, et Miles se mit à respirer plus fort que prévu. Quand soudain…

« Les enfants, c'est Victor Boulay ! »

« Ah, attends, attends… » murmura Miles en arrêtant d'embrasser Phoenix pour écouter.

« Dites donc, vous êtes assez en forme, tout de même ! Je ne pensais pas voir deux meurtres en une heure avec le petit nombre de participants encore en vie… Bref. Filles : Ema Skye. Garçons : Dick Gumshoe. Continuez comme ça ! »

Miles s'était figé.

« Wright, il faut aller à l'hôpital… Tout de suite. »

[Encore en vie : 15]

[16h17]

Kristoph Gavin n'était pas peu fier de son coup. Deux points immobiles dans un bâtiment et un point mobile faisant des allers retours ? Deux incapables dotés d'un protecteur ayant la bougeotte… Et qui plus est parti vers une église ! Il en avait profité. Une entrée fracassante. Et puis des cris sans arrêt, évidemment, c'était prévisible. Une jolie sépulture fleurie pour Lana Skye, et Ema Skye morte dans la même salle, quelle ironie. Elle avait donc décoré sa propre tombe à l'avance… Et puis ce détective, presque sérieux avec sa mine à infrarouge. Presque. Il l'avait menacé de la mettre en marche, mais savait-il seulement s'en servir ?

Sûrement.

En tout cas, elle avait bel et bien explosé, et Kristoph avait perdu ses deux jambes et un bras.

« Klavier… C'était ça, ta malédiction ? Je ne suis pas mort en lâche… Je ne suis même pas mort… Même pas mort… »

Si peu.

[Encore en vie : 14]