Note de l'auteure: À la suite de la réclamation d'une amie très chère, je publie exceptionnellement deux chapitres d'un coup. Les suivants étant plus longs, ça ne sera plus nécessaire. Et il faut bien maintenir le suspense!

Chapitre 6

Le silence qui suivit l'annonce de la disparition de Mozzie fut rompu par la porte de la salle d'interrogatoire. La commissaire Lescaut était sur le seuil, flanquée de l'inspecteur Motta. Tous deux regardaient la scène d'un air ébahi. D'un côté, leur suspect, débarrassé de ses menottes. De l'autre, l'agente d'Interpol, installée à côté d'un inconnu au costume bon marché chiffonné comme après un long voyage. Tous les trois tournèrent la tête vers les intrus, l'air surpris.

Diana fut la première à réagir. Elle se leva et fit les présentations.

- Commissaire, inspecteur, je vous présente l'agent spécial Peter Burke du FBI. Il est arrivé ce matin pour nous aider dans notre enquête.

Elle omit de préciser que l'agent en question n'était pas là en mission officielle. Au contact de Neal, elle avait appris il y a très longtemps que le mensonge par omission n'en était pas un. Enfin, pas vraiment.

- Peter, je te présente Madame la Commissaire Julie Lescaut, et l'inspecteur Vincent Motta.

- Pourquoi le suspect n'est-il pas menotté? demanda tout à trac la commissaire.

- As if cuffs could hold him, murmura Peter.

- You're not helping, siffla Neal.

Diana leur jeta un regard noir et reprit la parole.

- Nous avons des raisons de penser que Monsieur Caffrey est victime d'un concours de circonstances. Même si les apparences sont contre lui, des indices tendent à prouver qu'il est innocent. Il a accepté de nous aider à résoudre cette affaire.

- Hier, vous étiez prête à le jeter en prison sans autre forme de procès, et maintenant vous me dites que c'est un coup monté? Vous avez aussi affirmé que cet homme avait simulé sa mort. Vous me prenez pour une idiote?

Même avec son français approximatif, Peter comprit que la situation risquait de se compliquer. Il décida sur un coup de tête d'intervenir.

- Excusez-moi, mais il y a une explication toute simple.

Peter s'était exprimé en anglais, avec toute l'autorité dont il était capable. Diana et Neal se tournèrent vers lui, curieux de connaître cette mystérieuse explication tout en ne laissant rien paraître de leur ignorance.

- Monsieur Caffrey a participé à l'arrestation du gang des Pink Panthers à New York il y a quelques années, continua-t-il. Il a travaillé avec eux sous couverture, ce qui nous a permis de les attraper la main dans le sac. Malheureusement, le gang a eu vent de sa participation à l'opération du FBI. Sa vie était en danger. Il a donc été inclus au programme de protection des témoins. Nous l'avons aidé à simuler sa mort puis nous lui avons créé une nouvelle identité pour refaire sa vie en Europe. Pour sa propre sécurité, il faut absolument que son nom n'apparaisse nulle part. Dans tous vos rapports, il faut absolument vous contenter du nom de Victor Moreau.

Peter s'interrompit, en priant intérieurement pour que son bluff ait fonctionné. La commissaire le regardait d'un air dubitatif. Son collègue, presque bilingue, s'empressa de traduire. Même si elle ne semblait pas convaincue, Julie Lescaut accepta l'explication.

- Très bien. Nous allons vous laisser travailler. N'hésitez pas à nous contacter si vous avez besoin de quoi que ce soit.

Quand la porte se referma sur les deux Français, Neal se retourna vers Peter, une expression de stupeur sur le visage, accompagnée d'un sourire resplendissant.

- Tu viens de mentir à des représentants de la loi. Et tout ça sans sourciller. Je suis fier de toi, Peter.

- J'espère que je n'aurai pas à le regretter. Si la police française vérifie mon histoire, on risque bien de partager une cellule.

Neal sembla hésiter une seconde. Il finit par reprendre la parole.

- Pourquoi me fais-tu confiance après tout ce qui s'est passé?

- La dernière fois que tu m'as juré être innocent, je ne t'ai pas cru. Je n'ai pas envie de te voir à nouveau sauter par la fenêtre du bureau d'un juge.

Cette réponse toucha Neal plus qu'il ne pouvait le laisser voir. Pour cacher son trouble, il proposa de quitter le commissariat.

- Mon humble demeure parisienne sera plus à même de nous servir de bureau, suggéra-t-il.

Ses deux amis acceptèrent la proposition.

Humble était bien le dernier qualificatif que quiconque aurait utilisé pour décrire la demeure en question...