Disclaimer : Je ne tire aucun bénéfice de l'écriture de cette fiction, si ce n'est un immense plaisir. Shingeki no Kyojin appartient à ce cher Hajime Isayama, et le scénario de cette fiction sort de ma tête. Il est donc un peu poussiéreux.

Salut la compagnie ! Oh là là, trop de choses à dire, alors commençons : comment-allez-vous ? Oui mon dieu je sais, je suis en retard de plusieurs heures (ou du moins « moins en avance » que d'habitude) mais je dois vous avouer que je viens de passer quelques jours avec une espèce d'angine-éclair très fatigante et j'ai dû me droguer aux anti-inflammatoires pour guérir assez vite dans le but de terminer ce chapitre. Ce qui fait ça a été une vraie TORTURE à écrire. Mais vous savez quoi ? Ce n'est pas grave. Parce que je vous aime, je vous ADORE ! J'ai reçu huit reviews pour le dernier chapitre. Je n'en aurais jamais espéré autant, c'est une preuve de soutien immense et je suis infiniment touchée. Je pourrais déblatérer des heures pour vous dire à quel point j'ai été aux anges en les lisant ! Alors je vous remercie vraiment du fond du cœur, vous ne pouvez pas imaginer ce que ça représente pour moi. C'est la preuve que je ne suis pas trop mauvaise dans l'art qui me passionne le plus au monde : l'écriture. Maintenant, je prie pour ça dure ! C'est pour cette raison que je vais faire un premier essai de questionnaire en fin de chapitre, histoire d'inspirer les gens. Bien évidemment, je suis comme toujours reconnaissante envers tous les lecteurs, les loquaces comme les silencieux. Sur ce, bonne lecture et on se retrouve plus bas.

Chapitre 6 : Harry Potter et le cabanon de jardin

Malgré le temps particulièrement mauvais en ce jour de week-end, Eren poussa la porte du café auquel l'avait mené l'adresse inscrite sur le morceau de papier. Le jeune homme s'était finalement décidé à s'y rendre, après d'innombrables hésitations et après avoir même fait demi-tour plusieurs fois. Mais à présent qu'il avait mis les pieds dedans, plus de retraite envisageable.

Il s'agissait en réalité plutôt d'un salon de thé, aux couleurs sobres et à l'ambiance feutrée. Tandis qu'il s'asseyait à une table isolée et scrutait le décor, il commença à se demander s'il n'avait pas eu une très mauvaise idée en venant ici. Comment allait réagir Levi en le voyant ? Franchissait-il les limites en venant envahir son espace de travail ? L'idée-même que Levi eut besoin de travailler lui paraissait étrange. Après tout, étudier à Trost était sensé signifier être issu d'une riche famille, non ? Maintenant qu'il y repensait, le peu qu'il avait entrevu de l'appartement dans lequel vivait son camarade lui avait paru, sans pour autant être insalubre, plutôt modeste.

Tandis que le jeune allemand construisait diverses hypothèses pièce par pièce, un grand serveur d'à peu près son âge, aux cheveux blonds cendrés et aux yeux bleus s'approcha de lui pour prendre sa commande.

« - Bonjour, le salua-t-il en souriant. Je m'appelle Farlan et je vais m'occuper de vous. Que désirez-vous ? »

Eren commanda un milkshake et se réfugia derrière l'un des magazines à disposition. De temps à autre, un client passait devant lui pour aller aux toilettes, mais le dénommé Farlan semblait être le seul employé présent en salle et il n'y avait pas la moindre trace de Levi. Lorsque sa boisson lui fut servie, il la sirota le plus lentement possible en continuant de scruter les alentours, en vain. Résigné, il se leva pour aller régler sa consommation.

Farlan lui annonça le montant et le jeune homme posa sa sacoche sur le comptoir. Alors, les yeux du serveur se posèrent sur le badge à l'effigie de l'institut de Trost que le garçon avait accroché dessus.

« - Oh, mais tu étudies à l'Institut de Trost ? s'exclama-t-il d'un air enjoué.

- O-oui… ?

- Mais tu dois sûrement connaître Levi, dans ce cas !

- En effet, répondit Eren en sautant sur l'occasion pour obtenir des informations. Je suis un ami à lui, et j'étais venu le voir.

Il pria pour Levi soit bel et bien absent, conscient que ses mensonges éhontés lui attireraient des ennuis.

- Ce n'est pas de chance, répondit le serveur. Levi est absent aujourd'hui. Il a eu un jour de congé pour aller voir sa mère, tu sais… au cimetière. Comme chaque année.

- Je vois, fit solennellement Eren, qui ne voyait rien du tout.

- Il devrait passer en fin de journée, tu peux l'attendre si tu veux.

- Ce n'est pas la peine, assura le garçon, je suis assez pressé.

- Alors je lui dirai que tu es passé, comment t'appelles-tu ?

- Non c'est bon, je le lui dirai moi-même, merci Farlan ! bredouilla maladroitement Eren en enfilant précipitamment sa veste. Haha, mais oui, Farlan, ça me revient maintenant, Levi m'a beaucoup parlé de toi ! J'ai été ravi de faire ta connaissance, salut ! »

Le serveur regarda avec stupeur le jeune allemand saisir sa sacoche et quitter la salle en courant presque.

Sur le chemin qui le ramenait chez lui, Eren marcha à vive allure, tandis que le peu d'informations qu'il avait obtenu tourbillonnait dans sa tête. Il avait eu l'intention de profiter de l'absence de méfiance du serveur pour le faire parler, jusqu'à ce que ce dernier mentionnât cette histoire de cimetière. Il regrettait profondément de ne pas avoir écouté Mikasa, et avait la sale impression d'avoir, en quelque sorte, violé l'intimité de Levi. Il ne savait pas réellement pour quelle raison il était venu dans ce café, mais ça n'avait pas été pour s'immiscer à ce point dans la vie privée de son homologue, ni lui manquer de respect. Il aurait seulement aimé apercevoir une autre facette de Levi que les yeux froids et indifférents qui le jaugeaient en permanence dans les couloirs du lycée. Et maintenant, il allait devoir composer avec des informations qu'il aurait préféré ne pas connaitre.

Le soir-même, au fameux salon de thé, tandis que Farlan terminait de compter la caisse et de remettre de l'ordre dans la boutique, Levi pénétra brusquement dans la salle, trempé jusqu'aux os. Dehors, il pleuvait des cordes.

Le grand blond le salua d'un signe de tête.

« - Ça a été ?

- Mmh. Merci pour les fleurs.

- C'est normal.

- Rien de particulier aujourd'hui ?

- Il n'y a pas eu grand monde, répondit Farlan, soulagé de changer de sujet. Juste les habitués. Ah oui, et aussi ce mec carrément louche qui a voulu se faire passer pour ton ami.

Son interlocuteur, qui était occupé à consulter le planning, se redressa subitement.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Je me demande comment tu t'es débrouillé pour te retrouver avec un stalker ! se moqua le serveur. Qu'est-ce que tu as encore fait ?

Levi le dévisagea un instant avec incrédulité.

- C'était un caucasien, pas un gars d'ici. Européen, je dirais, le même âge que nous et l'air sacrément paumé.

Le petit brun tiqua aussitôt.

- Il n'avait pas les yeux verts, par hasard ? s'enquit-il en soupirant.

- Ses yeux, parlons-en ! Encore plus beaux que ceux d'Isabel !

- Oui, c'est vrai, souffla le brun, rêveur.

- Tu le connais ?

- Ouais, un morveux de Trost. Il t'a posé des questions ?

- Il n'en a pas eu le temps, je crois que je l'ai effrayé. Il ment très mal, en tout cas. Que vas-tu faire ?

- Rien du tout. S'il revient, joue le jeu. A force de s'amuser avec le feu, il finira bien par se brûler. Et je l'attendrai au tournant.

- Pourquoi est-il venu ?

- Je ne sais pas, je m'en fiche.

- Peut-être que tu lui plais.

- J'y vais, j'ai des trucs à faire.

- Ben voyons. Au fait, Levi ! appela-t-il tandis que ce dernier ouvrait la porte d'entrée. J'espère que tu ne m'en voudras pas, mais je vais devoir déduire un milkshake à la fraise de ta paye. Ton « ami », dans son empressement à ne surtout pas te croiser, est parti sans payer. »

XXX

Mikasa déposa une tasse de thé sur la table de nuit de son frère et s'assit sur le bord du matelas. Le jeune homme était allongé sur son lit, amorphe, et serrait dans ses bras une peluche représentant un Pikachu. Ses yeux fixaient le plafond, et une larme solitaire coulait sur sa joue.

« - Je suis en train de me transformer en chochotte à cause de ce type, marmonna-t-il.

La jeune fille se coucha sur le côté et enfouit son visage contre le ventre d'Eren. Elle avait le cœur serré de le voir dans cet état, mais cette fois-ci, elle ne pouvait pas rejeter la faute sur quelqu'un d'autre que lui.

- Je ne sais pas quoi faire pour que tu te sentes mieux.

- Ce n'est rien, répondit-il en caressant distraitement ses cheveux. Ce n'est pas comme si tu ne m'avais pas prévenu, hein ?

Un silence coupable accueillit sa réflexion. Puis, au bout de quelques minutes, Mikasa se redressa.

- J'ai une idée.

Elle saisit son téléphone portable.

- Tu as le numéro de Jean ?

- Non, mais Armin l'aura sûrement.

- La mère de Jean est bien fleuriste, n'est-ce pas ?

- Ouais, pourquoi ?

- On va lui demander un service. Et s'il veut pouvoir continuer à fricoter avec Armin en toute insouciance, il a plutôt intérêt à accepter. »

XXX

« - Qui vient nous emmerder à cette heure-ci ? » grogna Kenny, affalé sur le canapé, une bière à la main, lorsque la sonnette retentit.

Levi alla ouvrir, lui aussi intrigué. Dehors, le déluge ne se calmait pas et la nuit tombait lentement.

Il n'y avait personne sous le porche, mais quand le jeune homme baissa les yeux, il avisa un bouquet de fleurs posé sur le paillasson et se pencha pour le récupérer. De belles fleurs de Lys blanches.

Lorsque Kenny jeta un regard en coin à Levi qui pénétrait dans le salon, une gerbe de fleurs dans les bras, il distingua sur le visage de son neveu une expression de surprise émue qu'il n'avait plus vue depuis bien trop d'années.

XXX

Le mauvais temps persista jusqu'au milieu de la semaine suivante, aspirant comme un trou noir la motivation des élèves de l'institut à aller en cours. En ajoutant à cela l'effervescence provoquée par l'imminente soirée d'Halloween et les vacances scolaires qui approchaient à grands pas, l'atmosphère qui résultait de cette accumulation de réjouissances rendait la totalité des étudiants incontrôlables.

Eren aurait bien volontiers participé à l'euphorie générale s'il n'avait pas été aussi fatigué par son emploi du temps. Bien qu'aucune nouvelle ne leur eût été transmise concernant le concours, les professeurs augmentaient régulièrement la quantité de devoirs attribués et le niveau des cours, si bien que le jeune homme éprouvait parfois de légères difficultés à suivre la cadence. Il se voyait donc obligé, de temps à autre, de rester quelques heures supplémentaires à la bibliothèque pour s'arracher les cheveux sur ses livres. Et contre toute attente, cela s'avérait efficace. Bien que loin d'avoir les facilités de Levi, Armin ou même Christa, il ne se laissait pas distancer et n'avait accumulé aucun réel retard sur les autres. Sans compter que le programme acharné commençait à porter ses fruits. Pas plus tard que la veille, alors que ses parents regardaient un jeu télévisé dans le salon, il était parvenu à obtenir une grande majorité de réponses justes aux questions posées au candidat, surprenant l'ensemble de sa famille.

Il se devait cependant d'attribuer une partie de son mérite à Petra. En effet, après un soir où elle l'avait surpris au bord du désespoir, seul dans la bibliothèque, tandis qu'elle venait rapporter des ouvrages, la jeune fille avait rapidement pris l'habitude de le retrouver là-bas très fréquemment pour l'encourager, l'aider à faire ses devoirs et lui réexpliquer ce qu'il ne comprenait pas. En échange, il prenait un moment pour discuter avec elle en allemand, et permettre à la rouquine de s'améliorer – encore eut-il fallu qu'elle en eut besoin, car elle s'exprimait presque aussi bien que lui.

Cette studieuse routine les avait amenés à beaucoup se rapprocher. Ils s'asseyaient régulièrement ensemble en cours et elle lui avait même proposé d'aller prendre en café avec elle, une fois. Eren appréciait sincèrement la compagnie de Petra, qui se montrait toujours agréable et le faisait beaucoup rire. Ce qu'il n'aurait jamais avoué à personne, c'est qu'au travers des petites anecdotes qu'elle lui racontait au sujet de ses amis, il avait l'impression d'être plus proche de Levi. Il adorait quand la jolie rousse lui relatait les innombrables bêtises qu'ils avaient faites ensemble, alors qu'ils étaient enfants et voisins. Il adorait quand elle lui racontait comment Levi n'avait jamais eu peur de se bagarrer avec les garçons qui s'étaient moqués de ses tâches de rousseurs à l'école, comment Levi avait passé des nuits blanches à l'hôpital la fois où une violente grippe l'avait conduite en soins intensifs pendant plusieurs semaines, comment Levi avait un jour passé des heures sous la pluie pour l'aider à retrouver son chat. Il adorait quand elle lui racontait tout simplement qui était Levi.

Et parfois, quand elle se sentait particulièrement en confiance avec lui, elle lui parlait de sa relation avec Auruo et de toute l'exaspération qu'il lui inspirait. Alors, Eren comprenait peu à peu que les sentiments que l'antipathique personnage avait pour Petra étaient réciproques et que la jeune fille n'attendait qu'un geste de sa part.

Malgré la relation de confiance qui se tissait lentement entre eux, le jeune homme s'était bien gardé de lui parler de sa mésaventure au fameux café. Il n'avait pas tenu compte de ses conseils et savait d'avance que cela la décevrait. Il craignait également que la jeune fille n'en glissât un mot au principal concerné, ce qu'Eren souhaitait éviter par-dessus tout. Car au-delà de la fureur qui s'emparerait sûrement de lui, Levi devinerait sans aucune peine l'identité de l'expéditeur du bouquet de fleurs que Mikasa et lui étaient venus déposer en catimini devant la porte de son appartement. C'était la suggestion que lui avait fait sa sœur, se procurer une composition florale chez les Kirschtein et l'offrir à leur camarade à son insu. Une délicate attention, bien plus respectueuse et efficace que tous les discours du monde, selon la jeune fille. La mère de Jean avait eu l'extrême amabilité de les recevoir malgré l'heure tardive, ce soir-là, et de répondre à leur requête. Une femme de caractère, un peu directe à première vue (elle avait décrété que Mikasa n'avait que la peau sur les os après l'avoir inspectée durant quelques embarrassantes secondes), mais néanmoins très avenante.

Eren soupira, avachi sur l'un des bancs du parc, tentant de capter les quelques rayons de soleil qui faisaient timidement leur retour. Apporter une preuve de sa compassion – même anonymement – à Levi lui avait permis d'avoir le cœur moins lourd, mais il n'arrivait pas pour autant à penser à autre chose. Il avait décidé de prendre ses distances avec l'autre garçon pendant quelques temps, histoire d'étouffer la culpabilité qui le prenait à la gorge lorsqu'il était avec lui. Ce qui ne serait pas tâche facile au vu des nombreuses heures de cours qu'ils partageaient.

Levi et Eren étaient plus proches que jamais : leur relation ressemblait à n'importe quelle entente cordiale entre camarades. Ils se saluaient, parlaient poliment, travaillaient ensemble sans rechigner lorsqu'il le fallait, et le jeune Alpha lui avait même adressé plusieurs fois la parole sans que ce fut par obligation.

Et paradoxalement, jamais le jeune allemand n'avait eu l'impression que la barrière qui les séparait était aussi épaisse. C'était une barrière difficile à identifier : elle changeait souvent d'épaisseur, était impossible à estimer. Parfois, Eren avait l'impression qu'elle était prête à s'effondrer et parfois, il se heurtait durement à elle. Mais elle demeurait quasiment indestructible. Car cette barrière était forgée de matériaux coriaces, les matériaux qui déstabilisent une relation : elle était constituée des mauvaises bases sur lesquelles ils étaient partis tous les deux, des paroles dures que Levi n'hésitait pas à prononcer lorsqu'il était de mauvaise humeur, des indéchiffrables regards en coin qu'il lui lançait en pensant qu'Eren ne le voyait pas faire, de l'indifférence froide dans laquelle il se murait lorsque son homologue tentait de gagner sa complicité. Autant de signes pour montrer à Eren que, bien que fut passée l'époque où il le détestait, il ne ferait jamais partie des gens qu'il aimait, et que posséder son amitié lui importait peu.

Voilà à quoi était réduit Eren, d'ordinaire si confiant et insouciant. A secrètement mendier quelques attentions, quelques gestes, quelques regards d'un individu qui le traitait comme un vulgaire figurant.

Le jeune homme fut sorti de ses sombres pensées par le poids soudain de quelqu'un qui s'asseyait à côté de lui. Ouvrant un œil, il avisa le nouveau venu.

« - Salut, Marco. Quoi de neuf ?

- Je reviens du dojo, j'ai assisté à un entrainement de Mikasa. Elle est vraiment impressionnante.

- Ne le lui dis surtout pas, ou elle s'en servira sur moi la prochaine fois que je l'énerverai.

Marco émit un petit rire tandis qu'Eren se redressait. En silence, ils observèrent un moment les élèves qui passaient devant eux.

- Tu as l'air préoccupé, Eren.

- Ne t'en fais pas, mentit sereinement celui-ci, je cherche simplement un déguisement pour la récolte de fonds d'Halloween. Je ne plaisante pas avec ces choses-là ! Tu as une idée, toi ?

- Jean et moi avons quelque chose en tête, mais c'est une surprise. Justement, le voilà !

Ils aperçurent Jean qui pénétrait dans l'enceinte du lycée et se dirigeait vers eux. Au même moment, Armin sortit du bâtiment en compagnie d'Annie. Dès qu'il le repéra, le joueur de baseball dévia de sa trajectoire d'origine pour aller à la rencontre du petit blond. Après avoir salué la jeune fille, Armin prit congé d'elle et suivit Jean qui pour venir les retrouver. Et ce fut à ce moment-là qu'Eren le vit. Le regard.

Annie regardait les deux garçons s'éloigner en donnant l'impression que l'on venait de lui arracher tout ce qu'elle avait de plus précieux. De ses yeux clairs figés par une haine froide, elle fixait le dos de Jean, avec tant d'intensité qu'Eren se demanda comment le garçon faisait pour ne pas le sentir et se retourner.

- Oh la vache, souffla le jeune allemand, tu as vu ça ?

- Oui, répondit Marco sur le même ton, les yeux écarquillés.

- Cette fille fait vraiment peur, il va falloir dire à Armin de s'en méfier.

- Si tu veux mon avis, ce n'est pas pour Armin qu'il faut s'inquiéter, dans cette histoire. »

Les deux garçons hochèrent la tête d'un air entendu. Eren avait de nouveau un mauvais pressentiment. Il ne faisait aucun doute qu'Annie était amoureuse d'Armin et que par conséquent, elle détestait Jean à cause son comportement ambigu vis-à-vis du blond, mais cela dépassait le ressentiment rationnel. Même Levi n'avait jamais eu de tels gestes à l'encontre d'Eren, à l'époque où ils ne supportaient pas de se côtoyer. Aux yeux du jeune homme, cet étrange triangle amoureux n'était rien d'autre qu'une bombe à retardement qu'il allait falloir surveiller attentivement.

Le reste de la journée se déroula sans plus d'évènements notables, à l'instar des jours qui suivirent. Le soir que tout le monde attendait avec autant d'excitation finit par arriver. Les journées s'étaient rapidement raccourcies et lorsqu'Eren, Mikasa et Armin reprirent le chemin du lycée, après le diner et les préparatifs, il faisait déjà nuit noire. On les avait briefés l'après-midi même : une attitude irréprochable serait attendue de leur part, car ils auraient sous leur responsabilité des enfants. Obligation de respecter le programme à la lettre. Pas d'alcool, pas de cigarettes, naturellement. Rester joignable à tout moment. On leur avait assuré qu'ils n'auraient pas à surveiller d'enfants de moins de treize ans sans la présence de leurs parents.

Ils ne tardèrent pas à arriver devant l'enceinte de l'institut, dont le portail était exceptionnellement resté ouvert en ce trente-et-un octobre. L'entrée était encadrée de traditionnelles lanternes creusées dans des citrouilles. A l'intérieur du parc, une multitude de petits stands avaient été aménagés, au milieu desquels déambulaient des petits groupes de pré-adolescents, mais également des familles accompagnées d'une progéniture plus jeune. Jusque-là sceptique, Eren fut obligé de reconnaitre que les élèves chargés de la décoration et de l'organisation n'avaient pas ménagé leurs efforts.

« - C'est une soirée réputée, leur avait expliqué Jean. Ça fait plusieurs années que Trost l'organise et les parents y voient un moyen de permettre à leurs enfants de fêter Halloween en sécurité sans avoir à se taper eux-mêmes une soirée de « Des bonbons ou un sort ! ». Cela s'est toujours bien passé et les retours ameutent plus de monde d'un an à l'autre, c'est pour ça que les fonds récoltés suffisent amplement au financement du voyage.

- Tu veux dire que les parents payent pour envoyer leur gosse à cette soirée ? avait répondu Eren, surpris.

- Bien sûr, quel intérêt sinon ? Ajoute ça à un tour de maison hantée et une formule crêpe-soda, ça devient vite rentable. Les familles comprennent, elles viennent généralement du quartier alors la plupart des parents ont étudié à Trost durant leur jeunesse. »

Les trois amis commencèrent à déambuler au milieu des stands. Certains proposaient des jeux aux airs de fête foraine, d'autres vendaient de la nourriture et des boissons. Il y avait également quelques échoppes de déguisements et costumes pour les ultimes retardataires. La maison hantée (qui ressemblait plus à une sorte de bidonville de Tim Burton, selon Eren qui salua toutefois de nouveau l'implication visible dans le travail) attirait visiblement la majorité de l'attention et une file d'attente se formait déjà. Ils s'en approchèrent en espérant trouver l'un des délégués, ces derniers ayant été désignés managers de la soirée.

Armin s'approcha du stand qui faisait office de caisse, le visage blanchi et nageant un peu dans son drap blanc. Son déguisement de fantôme lui donnait l'air plus jeune que jamais. De l'autre côté du comptoir se tenait une imitation particulièrement bien faite de Sadako du film d'horreur Ring, si bien qu'Eren se demanda si la personne sous le maquillage n'allait pas devoir se changer : on leur avait également demandé de ne pas avoir l'air « trop » effrayants. Qui que fut l'étudiante sous les longs cheveux noirs et le teint blême, elle dévisagea Armin et émit soudain une sorte de bruit de gorge à mi-chemin entre le grognement et le claquement, faisant bondir le jeune homme en arrière.

« - Tu te trompes de film, Hanji. Ce bruit, c'est le fantôme de The Grudge qui le fait.

- Petra, tu as dévoilé mon identité secrète !

La jeune rousse venait d'apparaitre derrière son amie, souriant avec malice. Elle était aussi méconnaissable que la brune, les cheveux colorés en blanc, tout comme l'ensemble de sa tenue qui se composait d'une robe d'un autre âge. Seuls ses yeux lourdement maquillés de noir contrastaient avec le reste. Devant l'air confus des nouveaux venus, elle émit un petit rire.

- Je me suis inspirée d'une légende urbaine, expliqua-t-elle en tournoyant sur elle-même. La Dame Blanche, vous n'en avez jamais entendu parler ? Il en existe plusieurs versions, mais grossièrement, il s'agit d'une auto-stoppeuse fantôme qui revient hanter l'endroit où elle est morte. Pour prévenir les gens du danger ou pour les mener à la mort eux aussi, selon la version.

Elle s'immobilisa et les détailla à son tour. Elle poussa une exclamation d'admiration devant Mikasa, dont les longs bandages de momie soulignaient la silhouette parfaite, et qui lui renvoya son éternel regard ennuyé. Puis elle se tourna vers Eren et poussa un gloussement d'excitation.

- Oh Eren, c'est adorable ! Tous les enfants vont vouloir venir avec toi, pour la chasse ! Tu t'es drôlement bien débrouillé ! »

Eren rougit, flatté par le compliment, tandis que la rouquine s'extasiait sur le moindre détail de son déguisement. Lunettes rondes, écharpe, robe noire et cicatrice dessinée sur le front, il incarnait à merveille le personnage d'Harry Potter. Une idée qu'il avait eue au dernier moment en visionnant une rediffusion de l'un des films. Il avait alors harcelé Mikasa pour qu'elle l'aide à coudre un accoutrement fidèle à l'œuvre, ce qu'elle avait fait avec une joie dissimulée derrière quelques vagues protestations.

Quelques minutes plus tard, ils furent rejoints par Connie et Sasha, déguisés en Monsieur Jack et sa femme Sally, des personnages populaires auprès des enfants. Ils avaient eux aussi pris la chose très au sérieux, et Eren ne les reconnut que parce que Sasha avait une pomme d'amour dans la main. Puis ce fut au tour de Jean et Marco d'arriver. Leurs costumes furent sans nul doute les plus difficiles à identifier. D'un côté, Marco s'était vêtu comme un parfait gentleman du XIXème siècle et se tenait droit, tout sourire, tandis que de l'autre, Jean avait l'apparence d'un monstre vaguement humain, les cheveux hérissés et le teint verdâtre.

Mikasa fut finalement la première à deviner :

« - Vous êtes le Docteur Jekyll et Mister Hyde, non ?

- Bravo Mikasa ! » s'exclama Marco, qui incarnait évidement le Docteur Jekyll.

En regardant plus attentivement Jean, Eren comprit que ce qu'il avait pris pour une mauvaise imitation de Hulk était en réalité un Mister Hyde assez fidèle.

Le temps passa tandis qu'ils discutaient tous dans une ambiance détendue, puis les jeunes ayant l'âge requis commencèrent à se réunir devant le portail du lycée. Tandis que Mikasa avait été appelée pour aider à réapprovisionner les stocks, Ymir et Christa avaient rejoint le groupe, respectivement déguisées en sorcière et en chat noir.

« - Bien, déclara Petra. Ça va bientôt commencer. Les accompagnateurs, suivez-moi, s'il vous plait.

Elle les conduisit jusqu'aux enfants, et ensemble, ils s'évertuèrent à les séparer en groupes d'une quinzaine d'individus. Une fois que ce fut chose faite, elle distribua à ses compagnons des plans des itinéraires à parcourir dans le quartier.

- Chaque groupe aura un itinéraire différent pour ne pas trop harceler les gens chez eux. Vous allez être mis par deux et suivre le trajet en surveillant les enfants. Normalement, nous devrions être plus nombreux et avoir une formation spéciale pour avoir le droit de faire ça, mais nous n'avons pas signé de contrat nous y obligeant. C'est une convention particulière qui régit cette activité, car les parents savent pertinemment que si n'étions pas là, les enfants déambuleraient tout de même dans les rues, et tous seuls par-dessus le marché. Cependant, ce n'est pas une excuse pour être laxiste. S'il arrive quelque chose à l'un d'eux, nous aurons des problèmes. Alors je compte sur vous pour être raisonnables. Maintenant, je vais énoncer les binômes : Jean avec Marco, Sasha avec Armin, Christa avec Reiner.

Le jeune allemand comprit facilement pourquoi les équipes avaient été formées d'avance : Petra avait volontairement mis à chaque fois un individu dissipé ou timide avec un plus sage ou plus assuré. Puis il se rendit compte que son nom n'avait pas été prononcé.

- Petra ? Et moi ?

Elle se tourna vers lui, confuse, puis poussa un soupir exaspéré et sortit son téléphone pour passer un appel. Après quelques phrases courtes pour la plupart exclamatives, elle raccrocha et laissa échapper un « merde » entre ses dents serrées, ce qui choqua profondément Eren.

- Je suis désolée, Eren, fit-elle sincèrement. Tu devais faire équipe avec Levi, mais Berthold a eu un empêchement et il a dû le remplacer au dernier moment à la maison hantée.

Elle se rapprocha de lui, ennuyée.

- Est-ce que tu te sens capable de surveiller tout seul quinze sales mioches ? lui demanda-t-elle en aparté. Normalement, tu n'as pas le droit d'être seul, mais je n'ai vraiment personne à mettre avec toi. Je serais bien venue, mais je ne peux pas laisser Hanji seule à la caisse, souffla-t-elle d'un air entendu.

- Ne t'en fais pas, la rassura joyeusement Eren, ce ne sont que des enfants, et ça ne devrait pas durer trop longtemps !

Plus loin, les groupes s'étaient compactés autour de leurs accompagnateurs. Tandis que Jean et Marco s'éloignaient déjà sur le trajet qu'ils devaient suivre, Sasha et Armin s'évertuaient à mettre un minimum d'ordre dans leurs rangs. Reiner, lui, tentait tant bien que mal d'arracher Christa des bras d'Ymir qui lui jetait des regards assassins.

Les enfants de son propre groupe ne tardèrent pas à s'intéresser au jeune allemand. Tandis qu'ils s'époumonaient à coup de « Trop cool, on est avec Harry Potter ! » et de « Quand est-ce qu'on y va ? », Eren salua Petra de la main.

- A tout à l'heure ! s'exclama-t-il. Ça va aller, je ne vois pas ce qui pourrait mal se passer ! »

XXX

Quarante minutes plus tard, Eren se retenait difficilement de casser ses fausses lunettes et de les avaler tout rond pour mettre un terme à ses souffrances. Pourquoi ne l'avait-on pas prévenu que les enfants étaient les créatures les plus diaboliques et impitoyables que le Terre eut jamais portées ? Avait-il réellement été aussi infernal, petit ? Si oui, comment ses parents avaient-ils trouvé la force de ne pas l'abandonner ? Et par tous les dieux comment la majorité des adultes, après avoir élevé un enfant, pouvaient-ils éprouver l'envie d'en avoir un deuxième ?

Une fois la première maison sollicitée (pour ne pas dire cambriolée), les enfants s'étaient progressivement déchainés. N'obéissant qu'avec réticence aux ordres d'Eren, ils ne communiquaient qu'en criant à pleine voix, courraient partout dans la rue au lieu de marcher droit comme l'aurait fait n'importe quel être humain normalement constitué et jetaient du papier toilette enduit de savon liquide sur les voitures appartenant aux gens qui ne leur donnaient rien. Sans compter qu'entre chaque habitation, les petites terreurs se vantaient de leur butin auprès de leurs camarades, ce qui engendrait immanquablement convoitise, disputes et interminables courses-poursuites, si bien que le jeune homme commença à se demander s'ils termineraient le parcours avant le lever du jour.

Heureusement pour lui, Petra avait gracieusement noté des commentaires sur le plan, au-dessus de chaque maison, du genre « celui-ci ne distribue que des biscuits de régime », ou « ceux-là n'aiment pas du tout les enfants, passez votre chemin », ce qui lui permettait d'anticiper les épreuves.

Ils finirent par atteindre une grande maison, à un angle de rue, qu'Eren connaissait bien, car elle avait été autrefois la propriété d'un collègue de son père, qui travaillait dans le commerce mais qui avait fait faillite. La demeure était aujourd'hui abandonnée et source d'histoires abracadabrantes que se racontaient les adolescents pour se faire peur. Il se souvenait avoir été lui-même effrayé de passer devant, plusieurs années auparavant, lorsqu'il avait l'âge de chasser les bonbons le soir d'Halloween. Mais ce soir-là, elle était pour lui synonyme de salut, puisqu'elle lui indiquait qu'ils avaient parcouru les deux tiers de leur itinéraire.

Tandis qu'ils passaient devant pour continuer leur chemin, Eren entendit des messes basses dans son dos.

« - C'est la maison que mon frère m'a dit que c'était hanté ! Elle est presque comme Amityville !

- Et si on y allait ?

- T'es fou ! Elle est hantée pour de vrai ! Un jour, mon pote rentrait tard du collège et il m'a dit qu'il avait vu une ombre le regarder derrière une fenêtre !

Le jeune allemand leva les yeux au ciel devant les piètres tentatives des petites pestes d'effrayer les plus jeunes du groupe, et certainement aussi de s'effrayer eux-mêmes. C'est vraiment ça que se racontent les gosses pour se foutre la trouille, de nos jours ? songea-t-il. Bien que le manoir ne fût plus habité, il restait entretenu par l'agence immobilière chargée de le vendre. La silhouette soi-disant aperçue n'avait pu être que celle d'un électricien ou d'un technicien de surface.

- Harry Potter, on veut aller voir la maison hantée !

Vite, un truc pour les dissuader.

Il se retourna lentement, l'air grave.

- Ce n'est pas une bonne idée, murmura-t-il. Un de mes amis à voulu y aller, une fois. Il est entré dans la maison tout seul parce que personne ne voulait le suivre. Et vous savez quoi ?

Il laissa passer quelques secondes de silence, soignant son effet dramatique.

- On ne l'a jamais retrouvé !

- C'est des conneries, cracha l'un des garçons les plus âgés et turbulents du groupe, avec l'agressivité caractéristique des adolescents prêts à contredire la Terre entière.

Eren soupira, poussé à bout.

- Bon, ça suffit. Je n'ai pas le droit de vous laisser aller là-bas, et il reste bien assez de maisons à aller déranger. La prochaine, c'est un gars qui donne toujours des langues de chats à la pêche, c'est le meilleur bonbon du monde, non ? Alors dépêchez-vous avant qu'il n'y en ait plus. »

Surpris par son élan d'autorité, ils le suivirent à contrecœur, et le jeune homme décida d'ignorer le « trop relou, le mec » qu'il entendit dans son dos.

La demeure suivante se montra en effet particulièrement généreuse et il se plut à penser que les langues de chat avaient apprivoisé les garnements. Dix minutes plus tard, alors qu'ils approchaient de leur prochaine cible, il réalisa que son groupe était un peu trop calme, et se souvint de l'un des proverbes fétiches de sa mère. « La parole est d'argent, mais le silence est d'or. Sauf si tu as des enfants. Si tu as des enfants, le silence est suspect ». Se retournant vivement, il toisa ses protégés qui lui renvoyèrent un regard beaucoup trop innocent. En les comptant rapidement, il s'aperçut qu'il en manquait trois.

« - Où sont les énergumènes ? demanda Eren d'un ton dur pour dissimuler sa panique naissante, mais il connaissait déjà la réponse.

- Ils sont allés faire pipi derrière un buisson, annonça nonchalamment un garçon à l'air un peu benêt.

- Tous les trois en même temps ?! s'exclama Eren, Vous vous fichez de moi ?

Ils sont retournés dans cette foutue baraque, c'est sûr.

Le jeune homme leur enjoignit de les suivre jusqu'à une demeure, et frappa à la porte. Lorsqu'elle s'ouvrit sur le visage souriant d'une femme, il ne lui laissa même pas le temps de les saluer.

- Madame, l'apostropha-t-il, pouvez-vous surveiller ces enfants quelques minutes s'il vous plait ? J'ai quelque chose d'urgent à faire !

Sans attendre de réponse, il tourna les talons.

- Le premier qui bouge passera la nuit tout seul dans la maison hantée, c'est clair ? » menaça-t-il le reste du groupe qui le regardait avec des yeux ronds, avant de détaler en courant.

Il atteignit rapidement la maison abandonnée et grimpa énergiquement au portail, supposant que c'était ce que les trois gamins avaient fait, puis atterrit dans une cour. Il promena un regard circulaire sur les lieux. Il n'y avait visiblement aucun endroit où se cacher. Eren s'approcha de la porte d'entrée et tenta de l'ouvrir, sans succès. Contournant la maison, il tomba sur un jardin plutôt grand.

A travers la pénombre, il distingua une piscine et se figea d'effroi à l'idée que les enfants aient pu se noyer.

« - Les enfants ! hurla-t-il à pleins poumons. Je sais que vous êtes là, sortez ! C'est très dangereux ici, venez immédiatement !

Le silence lui répondit.

- Je vais appeler vos parents ! menaça-t-il.

Il n'obtint pas plus de réaction, mais crut apercevoir une ombre bouger au fond du jardin. Soupirant de soulagement, il s'y dirigea et trouva un cabanon de jardin à la porte entrouverte. Y pénétrant sans hésiter, il y trouva une multitude d'outils de jardinage et d'entretien, et de recoins où se cacher.

- Allez, sortez de là, gronda-t-il. Vous aggravez votre cas.

Un léger gloussement lui parvint de l'extérieur, et il comprit trop tard. Avant qu'il n'ait le temps de ressortir, la porte se referma brutalement et le plongea dans le noir.

- Hé, non, ouvrez tout de suite ! » s'époumona-t-il en tambourinant à la porte, ce qui eut pour seul effet de faire chuter une grande quantité de poussière sur lui.

Il vociféra des menaces en l'air pendant quelques minutes, puis, comprenant qu'il ne serait pas libéré, donna un coup de pied rageur dans une étagère en métal. Haletant, il s'assit par terre et se prit la tête entre les mains. Au bout de quelques secondes, il se résigna à sortir son portable et à appeler Petra, le cœur battant à l'idée des ennuis qui l'attendaient.

XXX

Levi laissa échapper un imperceptible gloussement en entendant les enfants crier de peur autant que d'excitation, et sortir de la maison hantée à toute allure.

Erd arriva dans son dos, un café à la main.

« - Si ce sont les cris de terreur des enfants qui te font rire, je te suggère de consulter, le taquina-t-il en lui tendant la boisson. Tu t'en sors ?

Levi baissa les yeux sur le tableau de contrôle aux multiples commandes qui déclenchaient les sons et effets lumineux de la maison hantée. Il avait dû remplacer Berthold d'urgence après que celui-ci leur eut fait faux bond.

- J'ai saisi le fonctionnement. Mais j'ai l'impression que même en appuyant au hasard sur n'importe quel bouton, ça leur foutra quand même la trouille.

- C'est le principal, répondit son ami.

Petra fit soudain irruption sous la tente, pendue à son téléphone.

- Calme-toi, j'envoie quelqu'un, répétait-elle, en réussissant l'exploit d'avoir une voix apaisante tout en ayant elle-même l'air affolé.

Elle couvrit le micro du téléphone avec sa main.

- Eren a eu un problème, déclara-t-elle à l'attention de Levi.

- Oh, comme c'est surprenant. Je n'arrive pas à y croire, ironisa-t-il.

- Il a l'air terrorisé, le pauvre. Les enfants de son groupe l'ont enfermé dans une remise à outils, quelque part dans le jardin de l'une des maisons. Ce n'est pas drôle, enfin ! s'égosilla-t-elle lorsqu'ils éclatèrent de rire. Levi, vas le chercher, s'il te plait. Apparemment, les gosses sont ingérables, et toi tu fais peur aux enfants. C'est le manoir, au bout de la rue où habite Hanji.

- Je me demande comment il s'est débrouillé, commenta Erd.

- C'est Jaeger, grogna le brun. Il n'y a rien à comprendre. D'accord, d'accord, j'y vais », concéda-t-il tandis que Petra le poussait des deux mains vers la sortie.

Il sortit de l'enceinte du lycée et prit le chemin indiqué, en courant plus qu'en marchant. Il ne l'aurait avoué pour rien au monde, mais il s'inquiétait légèrement. Il avait rapidement compris qu'Eren était une menace pour sa propre vie, à toujours se jeter la tête la première au-devant des ennuis et des situations délicates. Il faut au moins ça pour tenir tête aux Alpha ou monter sans protection à un mur d'escalade, songea Levi avec une douce émotion qu'il refusa d'identifier comme de la tendresse, mais qui, à son grand effroi, y ressemblait beaucoup.

Il soupira avec agacement en tournant à l'angle d'une rue. Pourquoi avait-il fallu que ce crétin trouve encore le moyen d'attirer son attention ? Eren avait déjà bien trop monopolisé ses pensées, ces derniers jours.

Leur dernière altercation notable remontait à un cours d'art, durant lequel le professeur leur avait fait visionner l'un des longs-métrages les plus méconnus et les moins bien évalués des studios d'animation Walt Disney. Bienvenue chez les Robinsons, s'il se souvenait bien. Pratiquement deux heures d'ennui sur fond de scénario plat avec un humour puéril et des graphismes préhistoriques. Lorsque l'enseignante leur avait demandé quelle était, selon eux, la raison de l'échec commercial de ce film, il n'avait pas pu se taire.

« - Parce que le scénario ressemble à un patchwork d'éléments piqués dans d'autres films et que les personnages sont tellement insipides que même Saint-Jaeger n'a pas pu s'y attacher, avait-il lancé avec sarcasme.

Eren s'était tourné vers lui, vexé et embarrassé des rires autour d'eux qui n'étaient pourtant pas réellement moqueurs.

- C'est faux ! s'était-il exclamé à l'attention générale. C'est vrai que ce film n'est pas le joyau de la filmographie Disney et que je me suis un peu endormi au milieu, déclara-t-il, le rouge aux joues. Mais tout n'est pas à jeter. Ce long métrage est passé inaperçu parce qu'il véhiculait un message auquel tous les enfants ne sont pas sensibles : ce n'est pas parce que l'on est orphelin ou seul que l'on est condamné à le rester. La famille, ce n'est pas forcément celle au sein de laquelle on nait. Ça peut être celle que l'on se construit avec la personne que l'on a choisie. Et je trouve ce genre de message bien plus important que « le prince viendra toujours sauver la princesse ».

Il avait planté son regard dans celui de Levi.

- Tout le monde dit qu'on ne choisit pas sa famille, mais c'est débile, non ? On choisit bien la personne avec qui l'on veut vivre, et la façon dont on veut élever ses enfants.

Levi ne se souvenait que trop bien du lourd silence qui avait suivi la surprenante déclaration.

- En tout cas toi, avec ce genre de philosophie parfumée à la fraise, tu ferais une parfaite princesse Disney », avait-il répliqué pour garder la face et déclencher de nouveau l'amusement général.

Il n'avait cependant plus ouvert la bouche jusqu'à la fin de la séance, et avait ruminé de son côté, essayant de pas trop penser à quel point Eren avait eu raison. Il avait aussi terriblement conscience que ce genre de réflexion n'était pas à la portée de n'importe qui. Il était cruellement bien placé pour le savoir. Seule une personne avec le cœur au bon endroit pouvait dire de telles choses, et Eren l'avait fait.

Levi secoua brusquement sa tête. Il venait d'arriver devant le manoir en question, et escalada la grille.

XXX

Eren sentit un léger chatouillement sur sa main gauche et poussa une exclamation dégoûtée en chassant ce qu'il devina être une araignée. Il y avait à présent dix minutes qu'il avait appelé Petra à son secours et la jeune fille s'était montrée adorable, mais il n'osait pas imaginer ce qu'elle devait penser de lui.

Il préféra ne pas se focaliser sur les enfants qu'il avait abandonnés à une inconnue ou sur la cuisante humiliation qui l'attendait à son retour au lycée, et préféra reporter son attention sur autre chose. Comme par exemple, les faibles bruits de pas qu'il lui sembla soudain entendre à l'extérieur de la cabane. Il se leva précipitamment et frappa à la porte.

« - Il y a quelqu'un ? Je suis là ! Petra ?

Il entendit un bruit grinçant de l'autre côté de la porte, et recula, aux anges, pour qu'elle puisse s'ouvrir. Son sourire s'effaça lorsqu'apparut dans l'encadrement une silhouette au visage masqué, vêtue d'un tablier d'abattoir tâché de sang et tenant fermement un pied de biche. Vulnérabilisé par la pénombre et ses nerfs à vifs, Eren poussa un cri de peur un peu trop aigu pour sa dignité et eut un vif mouvement de recul qui le fit trébucher sur un râteau et tomber assis par terre.

- C'est moi, espèce de crétin.

Levi – parce que c'était lui – tendit la main pour l'aider à se relever. Eren l'ignora et se releva d'un bond pour se jeter au cou du brun et le serrer dans ses bras, encore secoué par toutes ces émotions. Levi en lâcha son pied de biche.

- Vingt points en moins pour Gryffondor, plaisanta-t-il pour se donner contenance.

Le jeune allemand sembla se rendre compte de ce qu'il faisait et le relâcha brusquement. Il s'éloigna, ne sachant pas ce qui le troublait le plus : le fait qu'il venait d'enlacer Levi ou le fait que celui-ci n'avait même pas cherché à le repousser.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?! s'écria-t-il en pointant le visage de son homologue du doigt.

Une sorte de demi-masque affublé de mandibules en métal dissimulait la bouche de Levi. Celui-ci s'esclaffa avant de retirer l'accessoire, qui, sans étouffer sa voix, la rendait moins intelligible.

- Eh bien, c'est mon déguisement. Tu n'as jamais vu Hannibal Lecter ?

Eren le toisa de la tête au pied. Ce qu'il avait pris pour un tablier de boucher était en réalité une espèce de toge semblable à celle dont on habillait les patients des hôpitaux.

- Une camisole de force ? Tu as enfin compris que ta place est à l'asile, félicitations !

- Dixit celui qui s'est fait séquestrer par des enfants.

- C'est de ta faute ! s'écria Eren tandis qu'ils ressortaient du jardin. Ça ne serait pas arrivé si tu avais été avec moi !

Levi, qui venait de franchir le portail, se retourna, intrigué, et scruta son compagnon à travers la grille. Il enroula ses mains aux barreaux et se pencha vers lui.

- Oh, je t'ai manqué, Jaeger ?

- Tais-toi, je dis juste qu'on aurait dû être deux.

- Allez, sors de là. On va aller chercher les enfants que tu as lâchement abandonnés. »

XXX

La mésaventure ne fut pas aussi lourde de conséquences qu'Eren ne l'avait craint. Lorsqu'ils retournèrent chercher le groupe, les enfants étaient tranquillement installés dans le salon de la maison en question et jouaient à tour de rôle avec une console appartenant sûrement à l'enfant qui vivait là. Ils suivirent sans rechigner leurs deux accompagnateurs après que ces derniers eussent fini de s'excuser platement auprès de la maîtresse de maison.

Eren et Levi les reconduisirent ensuite dans l'enceinte du lycée, où ils tombèrent nez-à-nez avec les trois terreurs qui avaient enfermé Eren, en train de raconter une version abracadabrante des faits à une Petra largement sceptique. Ils nièrent en bloc avoir piégé leur accompagnateur dans un cabanon et celui-ci ne chercha pas à leur faire cracher le morceau, trop content de se débarrasser d'eux.

Il chercha ses amis du regard, et aperçut Mikasa en pleine conversation avec Marco. Christa, elle, riait avec entrain, accrochée au bras de Reiner, sous le regard meurtri d'Ymir, assise un peu plus loin. Le cœur d'Eren se serra pour elle, mais son attention fut vite détournée lorsqu'il repéra Jean et Armin assis devant un stand. Il se dirigea vers eux sans hésiter, et intercepta la fin de l'histoire que Jean était en train de raconter au blond.

« - …Et alors, la petite fille cachée sous la couette entendit une voix qui se rapprochait de plus en plus, et qui lui disait : « Je suis dans le salon, Chloé, je suis dans les escaliers, Chloé, je suis dans le couloir, Chloé, je suis dans ta chambre, Chloé, je suis à côté DE TOI ! » cria-t-il brusquement, faisant sursauter violemment Armin qui éclata de rire en cachant son visage contre le biceps du grand brun.

Eren, qui allait les interpeller, se ravisa devant cette scène. Il comprit qu'il serait de trop s'il allait leur tenir compagnie. Penaud, il regarda autour de lui, ne sachant pas vraiment vers qui se tourner, jusqu'à ce que Levi vienne le trouver en agitant un trousseau de clés devant lui.

- Ce sont les clés du gymnase, expliqua-t-il. Allons-nous doucher avant que les parents ne reviennent, tu n'es vraiment pas présentable. »

Leur escapade de la soirée les avait en effet laissés couverts de toiles d'araignées et de poussière.

Ils rejoignirent rapidement les vestiaires et se déshabillèrent en silence, dos à dos. Au bout d'un moment, la curiosité fut trop forte et Eren jeta un regard distrait par-dessus son épaule. Levi était torse nu et pianotait rapidement sur son téléphone, l'air concentré, si bien qu'il ne le remarqua pas. Et heureusement, car les joues d'Eren rivalisaient désormais avec un panneau de signalisation. Tu es ridicule, se sermonna-t-il vigoureusement. C'est un dos, comment un dos peut te perturber comme ça ? Mais il n'y avait rien à faire, le jeune allemand était déstabilisé. Déstabilisé par la nuque rasée qui était penchée sur le téléphone, déstabilisé par les deux creux que formaient les muscles de Levi dans le bas de son dos, juste au-dessus des fesses.

Le pauvre garçon sentit alors une chaleur familière dans son bas-ventre et, terrifié, partit s'enfermer dans l'une des douches.

Lorsqu'ils eurent terminé de se nettoyer sommairement, ils sortirent du bâtiment pour rejoindre les stands. Mais sur le chemin, Levi lui saisit soudain le bras et lui fit signe d'être silencieux. Quelques mètres plus loin, Marco et Jean étaient assis sur un banc, et ce dernier semblait en proie à une crise existentielle.

« - Ecoute, ce n'est pas compliqué.

- Bien sûr que c'est compliqué, Marco ! Je n'ai jamais rien eu à faire d'aussi compliqué !

- Si ça te parait compliqué, Jean, ça veut dire que tu n'es pas sûr de toi et que tu devrais atten-

- Non, ça n'a rien à voir avec, ça ! Ce que je ressens est parfaitement clair dans ma tête. Je… je l'aime, c'est une certitude, je le sais. Le problème, c'est que c'est bien la seule chose dont je sois sûr. Je ne sais pas ce que lui ressens, je ne sais pas comment va réagir ma mère, et nos amis ? Et si ça les choquait ? Et ses amis à lui ? Je ne me le pardonnerais pas, et-

- Je pense qu'Armin est assez intelligent pour avoir conscience de tout ça. Le seul moyen d'être fixé, c'est d'être honnête avec lui.

- Je pourrais perdre son amitié. C'est un risque que je refuse de prendre.

Une brindille craqua et les deux garçons se retournèrent.

- Oh non, se lamenta Jean en avisant Eren. Pas toi, pas maintenant !

- Vous avez tout entendu, n'est-ce pas ? demanda Marco.

Levi et Eren échangèrent un regard.

- Oui, répondit le jeune allemand de but en blanc.

- Et qu'est-ce que tu en dis ?

- J'en dis que si jamais tu fais souffrir Armin, je t'arracherai les testicules et je te les ferai porter en guise de boucles d'oreilles. Et ça, ce n'est rien à côté de ce que te fera Mikasa.

A côté de lui, Levi lui jeta un coup d'œil presque intimidé.

- Cependant, reprit Eren à l'attention de Jean, je ne m'opposerai pas à ce que tu tentes quelque chose. Tu as l'air sincère, alors finis de pleurnicher sur les genoux de Marco, vas t'acheter du courage et parle à Armin. Il ressent la même chose que toi, de toute façon, ça crève les yeux.

Sur ce, le jeune homme tourna les talons et s'éloigna, suivi par un Levi étrangement silencieux, qui n'avait de toute façon plus rien à faire là.

- C'est tellement ironique d'entendre ça de la bouche d'un mec qui ne se rend même pas compte de ses propres sentiments ! » cracha Jean sous le regard compatissant de son ami.

XXX

Et voilà ! Alors, qu'en avez-vous pensé ? Il se passe pas mal de choses dans ce chapitre, n'est-ce pas ? Comment avez-vous trouvé les personnages ? Est-ce comme cela que vous aviez imaginé que se déroulerait la soirée d'Halloween ? Et concernant les déguisements ? Connaissez-vous la plupart des films que j'ai cités ? Qu'avez-vous pensé de Farlan ? D'Annie ?

Il y a un couple qui passe inaperçu dans cette fic, je n'ai eu que très récemment l'idée de les mettre ensemble mais je me dis que ça sonnerait plutôt bien, allez-vous deviner de qui il s'agit ? Je ne répondrai pas aux éventuelles questions mais j'aimerais entendre ce que vous avez à proposer.

Une dernière chose, sachez que j'ai volontairement massacré la langue française quand ce sont les jeunes qui parlent, héhé.

Je vous remercie encore sincèrement, je vous embrasse et je vous dis à la semaine prochaine pour un chapitre qui sera, si tout va bien, un tournant « majeur » de la fic. Une grande évolution, en tout cas.