Et voici donc le chapitre 7 qui, je l'espère, vous plaira autant que les autres. ^_^
Bonne lecture !
Le cycle de l'éternité - partie 7
Culpabilité
Bientôt, tout serait fini. C'était cette pensée qui animait Malik alors qu'il grimpait à l'échelle qui le mènerait au sommet du minaret. De la haut, il contemplerait un dernier lever de soleil avant de sombrer à jamais des les ténèbres.
C'était sa compensation pour tout le mal qu'il avait fait, ou peut être une échappatoire face à toute cette culpabilité qui le rongeait ? Peu d'importance; les choses étaient faites et ne pouvaient être défaites. En approchant du sommet, un dicton chrétien lui revint, parfaitement adapté selon lui à la situation.
Allez, la messe est dite...
La nuit était déjà bien avancée et Altaïr, à bon de souffle, terrifié par l'idée de perdre son ami, courrait de long en large dans la Ville Sainte. Sa jambe le faisait effroyablement souffrir. Il avait réussi dans un premier temps à rattraper le Daï dans la rue, mais celui-ci c'était débarrassé de son poursuivant en donnant un coup de genou à l'emplacement de la plaie. Il avait ensuite profité de la vive douleur qui immobilisait son camarade pour s'échapper à nouveau. Et l'Assassin n'avait rien fait pour soulager la souffrance qui irradiait tout son membre, ne s'arrêtant pas de courir, de sauter, de rouler de toit en toit...
Il avait un profond sentiment de malaise, le sentiment terrible que s'il ne retrouvait pas le Daï, il ne le reverrait probablement jamais. Il se sentait vraiment mal et ne comprenait pas vraiment la réaction de son ami. Son baiser l'avait-il troublé ? Où haïssait-il tous simplement Altaïr pour de bon. Si tel état le cas, alors... l'Assassin continuerait malgré tout de chercher le pardon.
Lançant un regard épuisé à l'astre sélène qui, dans sa lente descente vers l'horizon, illuminait le ciel. Il pria le disque lunaire pour qu'il retrouve Malik, sans quoi, sa vie n'avait plus aucun sens.
Assia avait rejoint Jérusalem, trop affolée pour ressentir la fatigue de sa folle cavalcade. La nuit était bien entamée, à vrai dire, le monde avait déjà dû basculer dans le jour suivant. Bien sûr, elle ne pouvait rentrer dans la ville de nuit, toutes les issus étant verrouillées et gardées à cette heures avancées. Elle mit pied à terre près de l'enceinte de la cité, libéra son destrier et longea les hauts murs jusqu'à un passage secret, connu des Assassins. Elle enfonça une pierre dans le rempart et une trappe s'ouvrit dans le mur.
Une fois dans la Ville Sainte, elle se faufila au travers des nombreuses venelles désertes, évitant soigneusement les patrouilles de gardes, et rejoignit le bureau des Assassin. Elle fut fort surprise, terrifiée même, en voyant la porte sur la rue grande ouverte. Prise de panique, elle se glissa à l'intérieur. Elle fouilla toute la maisonnée à la recherche des deux hommes, mais il n'y avait plus signe de vie dans la bâtisse. Le seul indice qui lui permettait de dire qu'ils étaient là avant, les trace de lutte dans la cour intérieure. Un coussin éventré, les couvertures éparpillée en tout sens... le vêtement d'Altaïr maculé de sang !
Ô dieux ! Que s'était-il passé en son absence ? Où étaient-ils donc passés tous deux. Etaient-ils blessés, mourant, ou pire ? Elle préférait ne pas songer à cette dernière possibilité. Serrant entre ses mains la chemise souillée de l'Assassin, la jeune femme tenta de calmer l'angoisse qui croissait au creux de sa poitrine et l'étouffait peu à peu. Fermant les yeux un instant, elle tâcha de reprendre contenance, mais les révélations de son oncle tournaient en boucle dans son esprit et elle paniquait d'avantage encore.
Respirant profondément, elle se décida à repartir à la recherche des deux "âmes-sœurs". Tant qu'elle ne verrait pas leurs corps sans vie, elle n'abandonnerait pas ses recherches, quitte à retourner tout Jérusalem.
La plate forme au sommet de la tour de prière offrait vraiment une vue magnifique sur la Ville-Sainte. De là haut, Malik contemplait la cité, inanimée en cette heure de la nuit. Le ciel nocturne était parfaitement dégagé et la pâle lueur de la lune nimbait les ténèbres de son aura d'argent. Là-bas, au-delà des remparts de la cité, il apercevait la colline où Jésus avait été crucifié un millénaire plus tôt. Il prêchait l'amour et la paix... aujourd'hui, son message était devenu une excuse à la violence et la haine ethnique. Les Croisés avaient meurtris sa parole et réarrangée à leur guise.
On ne comprend que ce que l'on veut bien, songea le Daï en s'asseyant contre la porte, les yeux rivés sur les étoiles. Il se sentait étrange, et profondément malheureux. La créature avait lâché prise et semblait partie définitivement. Il ne ressentait plus ses piques s'enfoncer dans son cœur et pervertir ses pensées, mais il était résigné. Seul la mort lui assurerait la délivrance... et le pardon.
Ô Kadar, petit-frère, pardonne-moi !
Une fois de plus, les larmes lui montèrent aux yeux en pensant à son défunt frère. Depuis sa mort, il ne s'était jamais pardonné. Pardonné quoi ? D'avoir été soulagé de sa mort !
Bien sûr, cela n'avait duré qu'une seconde, à peine, mais le mal était fait, et cette pensée le torturait depuis. Il avait tenté de rejeter cette culpabilité sur Altaïr, lui rabâchant sans cesse que la mort de Kadar était entièrement de sa faute, mais la vérité, la terrible vérité, était toute autre. C'était lui, Malik Al-Sayf, et personne d'autre, qui avait condamné son cadet à la mort.
Il s'était sentit tellement gêné le jour où son frère avait appris sa coupable attraction pour Altaïr. De manière assez gênante, qui plus est. Sans doutes son jeune frère fut traumatisé par cette découverte, mais il lui avait juré de gardé le secret. Pourtant, Malik s'était dit, juste un instant, si court, si imperceptible, que ce serait plus pratique que son frère ne puisse plus parler. Bien sûr, il pensait à une perte de voix et n'envisageait absolument pas la terrible fin que le destin concoctait en secret.
Plus tard, le Daï avait eu vraiment peur en voyant son frère se rapprocher de l'Assassin. Avait-il la secrète ambition de les rapprocher, ou de dénoncé à l'autre l'attirance de son ainé ? Le silence était-il trop lourd à porter pour lui seul ? Toujours est-il que Malik l'avait pris à part juste avant cette terrible dernière mission et l'avait questionné de manière assez coléreuse. Il l'avait secoué par les épaules en plantant sur lui un regard noir, mais le jeune novice lui avait affirmé ne jamais en avoir parlé à quiconque. En partie soulagé, Malik s'était calmé, puis la mission avait débuté...
Il y avait eut l'orgueil d'Altaïr dans la balance néfaste, mais aussi la bêtise du Daï et la jeunesse de son frère. C'est là que Malik avait pêché... En voyant son frère projeter à terre, condamné à une mort éminente, il s'était sentit soulagé, si soulagé à l'idée que son secret périrait avec l'adolescent.
Bien sûr, son soulagement ne fut qu'éphémère lorsque Kadar fixa sur lui un regard terrifié et articula quelques mots
J'ai menti...il sait !
Puis la lame s'était enfoncée dans sa nuque et il n'y eut plus de Kadar.
En repensant à ce terrible instant, les larmes montèrent aux yeux du Daï et sa vision se troubla. Blottissant sa tête dans ses genoux, il se mit à sangloter, seul dans la nuit au sommet de son minaret. Jamais il ne pourrait se pardonner, jamais !
Altaïr poursuivait ses recherches. Où pouvait bien être passé Malik ? Il avait beau fouiller méticuleusement les endroits où il savait que son ami avait l'habitude de se rendre. Soudainement, en tournant à l'angle d'une ruelle, il rentra dans quelqu'un et manqua de trébucher. L'autre personne, qui devait sans doute courir aussi, tomba en arrière en émettant un juron. A la voix, il s'agissait d'une femme et lorsque l'Assassin se pencha pour l'aider à ce relever, il la reconnue. Assia ! Surpris de sa présence, il resta immobile, penché au-dessus d'elle, ahuri.
- Seigneur Altaïr ! s'exclama la jeune femme en se rendant compte de l'identité de celui qui l'avait bousculée.
Dans un élan de soulagement, elle se jeta à son cou pour le prendre dans ses bras, afin de se prouver que l'Assassin était bien là. L'homme en fut surpris, mais la laissa faire.
- Les dieux soient loués, vous vivez toujours !
Altaïr ne compris pas vraiment le sens de la phrase. Il l'aida à se relever et elle relâcha son étreinte. Elle regarda alentours, et son visage se crispa à nouveau. Inquiète, elle demanda :
- Où se trouve mon maître ? Où est Malik ?
Voyant que l'Assassin détournait le regard, son cœur s'emballa à nouveau. Le saisissant par les épaules, elle le secoua vivement.
- Seigneur Altaïr que s'est-il passé ici ?
- Et bien...
Reprenant leur recherche en courant, l'homme raconta tous les évènements de la journée passée à la servante qui l'écouta attentivement.
Assia ne savait vraiment pas ce qu'il fallait faire, elle n'avait pas vraiment envie de raconter cette histoire d'âmes-sœurs. Si elle le faisait, elle avouait ouvertement sa défaite pour la conquête du cœur de Malik. Comment aurait-elle pu faire le poids contre un fragment de sa propre âme ?
En revanche, elle expliqua comment son oncle avait manipulé l'esprit de son maître, dans le but de les voir mourir tous les deux.
- Mais pourquoi aurait-il souhaité notre perte ? s'exclama l'Assassin, ébranlé par cet aveu.
- Je l'ignore, seigneur Altaïr, il ne m'a pas révélé le but de son initiative. Je ne parviens pas non plus à comprendre les raisons qui l'ont poussé à agir ainsi.
Au contraire, elle comprenait parfaitement. Al-Mualim avait toujours été un idéaliste, persuadé qu'il agissait dans l'intérêt du plus grand nombre. Bien sûr, si ses révélations étaient véridiques, son action était en effet louable, mais comme il l'avait dit lui même, le prix à payer en échange était bien trop grand ! Altaïr brisa le silence de ses réflexions.
- Cela ne change rien... le mal est fait et il nous faut retrouver Malik avant que...
- Avant que quoi ? s'exclama la jeune femme, terrifiée par cette phrase en suspend.
Altaïr hésita, mais il devait lui dire.
- Avant qu'il ne commette une irréversible erreur.
- Pourquoi voudrait-il se suicidé ? s'indigna-t-elle.
- Je n'en sais rien ! s'énerva l'Assassin.
Assia eut un mouvement de recule face à la colère de l'autre. Elle s'arrêta au bord d'un toit et fixa l'homme. A son tour, il s'arrêta et se tourna vers elle.
- Pourquoi t'arrêtes-tu ? Nous n'avons pas de temps à perdre !
Dans un étrange mélange de résignation, de tristesse et de colère, la jeune femme s'approcha à pas rapide d'Altaïr et s'arrêta juste devant lui, le fixant dans les yeux. La lune leurs donnaient un éclat d'argent, un éclat terrifié. Il avait peur, si peur, Assia le voyait. Lentement, elle parla d'une voix calme.
- Seigneur Ibn-La'ahad, vous ne m'avez pas révélé comment l'emprise de la Pomme sur mon maître a été rompue ?
Son regard se détourna inconsciemment et il eut l'air gêné. Elle avait sa réponse, mais elle voulait l'entendre le dire à haute voix. Un long silence passa, un silence durant lequel elle ne cessa de le fixer droit dans les yeux. Enfin, il articula, mal à l'aise :
- Je l'ai... embrassé.
Sa voix n'avait été qu'un murmure entre ses lèvres, mais au moins, il était honnête en l'avouant. Assia soupira longuement, ne sachant pas vraiment quoi répondre à cet aveu. Après un instant de battement, elle replongea son regard dans celui, gêné, de l'Assassin et lui demanda d'un ton sérieux et grave :
- Et ce que vous aimez Malik ?
Altaïr eut un mouvement de recul face à cette question. Il était bouleversé et ne savait pas quoi répondre. Il jetait des regards inquiets de tous les côtés, se demandant s'il avait bien entendu. Est-ce que la jeune femme lui avait vraiment posé cette question ? Est-ce qu'il devait vraiment y répondre ? D'ailleurs, quel était la vérité ? Bien sûr, il avait toujours été attiré par Malik, mais d'une façon bien différente de ce qu'il avait toujours ressentit pour les femmes. Quand il voyait leur peau nue, son organisme réagissait tout à fait normalement, mais avec lui... C'était tout autre chose avec le Daï, quand il le prenait dans ses bras, son cœur s'affolait et une sensation de bienêtre l'envahissait. Il suffisait que son ami se trouve près de lui pour qu'il se sente apaisé. Alors, ce sentiment était-il de l'amour, ou une simple perversion de son esprit.
En se torturant l'esprit pour trouver une réponse, il se remémora cette pulsion qui l'avait poussé vers les lèvres de l'autre homme. Et cette sensation de pur bonheur qu'il avait ressentie lors de ce contacte physique. Oui, il n'y avait pas de doute possible sur la nature de se sentiment. Surtout si l'on en croyait les contes occidentaux, ceux qui racontaient que seul un baiser de véritable amour pouvait rompre un maléfice. Et visiblement, le sort qui possédait Malik était rompu, non ? Alors, pourquoi lutter contre cette chose qui le perturbait depuis tant d'années.
Ce soir, enfin il avait l'occasion d'avouer la vérité et de se sentir soulager du poids du mensonge. Deux hommes ensemble, un crime ? Voilà bien une croyance surfaite. L'amour n'était-il pas le plus louable des sentiments ? Il magnifiait toute chose, alors, en quoi était-il coupable ? Lentement, Altaïr ouvrit la bouche et parla dans un souffle.
- Oui... je l'aime.
La servante soupira longuement. Elle le savait, elle s'en doutait. Elle aurait préféré que les deux hommes ne se rendent jamais compte de l'amour qu'il avait l'un pour l'autre, mais elle ne pouvait rien y faire. Même en luttant, jamais elle n'arriverait à remplacer Altaïr dans le cœur de son Maître, elle le savait.
- Je vois... dit-elle.
Elle avait envie de pleurer, de s'effondrer sur place. Ò dieux que son cœur la faisait souffrir, mais elle se consolait en se disant que Malik serait heureux, et c'était tout ce qui comptait pour elle.
- Alors, foncez le lui dire.
Une larme roula le long de sa joue, suivie rapidement d'une autre, puis d'une troisième, puis d'un flot.
L'Assassin se sentit mal. Il se doutait que la jeune femme tenait au Daï, mais il ne pensait pas à ce point. Mal à l'aise, il posa une main sur l'épaule d'Assia et lui demanda en la regardant dans les yeux :
- Toi aussi ?
Elle renifla et répondit en s'essuyant les yeux avec la manche de sa robe :
- Rendez le heureux, je vous le confie.
Prit d'une grande émotion de tristesse, l'homme la prit dans ses bras dans un geste qui se voulait consolant. Après quelques instants il relâcha son étreinte et dit :
- Il nous faut le retrouver.
Elle acquiesça et ils reprirent leur recherche.
Du sommet du minaret, Malik regardait l'astre sélène descendre rapidement vers l'horizon. Le jour allait se lever d'ici une heure peine, et il rendrait comme dernière hommage à son frère de contempler l'aube qu'il aimait temps observer.
Puis il le rejoindrait.
Bientôt...
A suivre ...
Ca vous a plu ?
Malik va-t-il mourir ? Et Altaïr ? Qu'adviendra-t-il de leur amour ? tout ça dans "le cycle de l'éternité partie 8 - Aube" ! Bientôt en ligne °v°
