Merci à Phoenix penna pour ses reviews :) !

Le prompt est en gras dans le texte.


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Au douzième coup de minuit

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Chapitre 7


« Le roi lui tendant les bras, l'embrassa avec mille témoignages d'un amour paternel : « Et d'où venez-vous, mon cher fils ? » La Biche au Bois, Marie-Catherine d'Aulnoy.


« Je l'ai tué. »

La tente avait été là, à sa place accoutumée et Roci avait senti un soulagement incommensurable en voyant le tissu défraîchi et les signes cabalistiques ternis.

Il était entré, et s'était assis sur la chaise trop petite, au milieu des bâtonnets d'encens fumants, et il avait cherché sur lui une cigarette, se fichant bien de rajouter à l'atmosphère si lourde du pavillon l'odeur du tabac.

« Et vous vouliez le tuer ? Ne fumez pas s'il vous plaît, je ne tolère pas la cigarette.

— Non, je voulais le sauver. » Le blond remit le paquet dans sa poche, sans en avoir allumé une.

« Curieuse méthode, » continua Madame Carla.

Ses yeux vifs dans sa face de crapaud regorgeaient d'un mépris satisfait. Il y avait de la joie mauvaise dans ce regard.

« Vous me détestez, n'est-ce pas ? dit soudain Rocinante, frappé pour la première fois par cette animosité qu'il avait pourtant perçu dès la première fois, sans vraiment y attacher d'importance.

— Moi ? Je ne vous ai jamais vu.

— Non, c'est vrai. Et pourtant, vous me détestez tout de même. Je me demande si vous n'avez pas fait exprès de m'envoyer dans une quête infinie à travers le temps, où je ne peux rien attraper que des lambeaux de cauchemar et des illusions perdues.

— Je ne ferais certainement pas ça. Je suis une professionnelle, vous savez.

— C'est pour le retour d'un D. »

Un vague étonnement passa sur le visage de Madame Carla. « Un D que vous avez tué ?

— Oui.

— Ça ne me surprend pas. Votre race est maudite.

— Que savez-vous de ma race ?

— Qu'elle est forte et arrogante, qu'elle est voleuse de mémoire et pilleuse de secrets. Vous, les Dragons Célestes.

— Je n'en suis plus un depuis si longtemps que j'avais oublié qu'un jour je l'ai été.

— C'est dans votre sang.

— Peut-être, admit Rocinante avec un rire las. Mais j'ai besoin de vous, encore une fois.

— Je ne serais pas toujours là, vous savez.

— Je sais. Vous m'avez déjà prévenu. Mais je crois que cette fois, ce sera la dernière. J'ai compris. Je crois que j'ai tout compris.

— Pour le retour d'un D, alors. »

Il tendit la main et Madame Carla s'en empara. Elle pinça la paume puis la frappa. Lorsque l'onde de choc arriva, Rocinante était prêt à tomber dans l'infini.

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« Rocinante. »

Il fit un bond hors du lit, et s'écrasa misérablement par terre après s'être empêtré dans les draps.

Un rire familier et réconfortant accueillit ce réveil en grande pompe.

« C'est méchant, » gémit-il depuis le tapis, et bientôt une main ferme et sûre se tendait pour l'aider à se relever.

C'était Sengoku, et Rocinante sentit son cœur se serrer. Cela faisait une éternité qu'il n'avait pas vu l'homme, et il sentit l'impulsion de le serrer dans ses bras. Mais son père d'adoption, qu'il avait peu habitué aux effusions, n'aurait sans doute pas compris.

« Je suis surpris de vous voir ici… » Il jeta un coup d'œil à l'uniforme. « … Amiral. »

— Et bien, tu pars pour une mission périlleuse ce soir, et je voulais… Rocinante, que dirais-tu de déjeuner avec moi ?

— Ce sera un plaisir, monsieur. »

Sengoku eut un sourire, qui plissa au coin des yeux les petites rides que les soucis avaient dessinées au cours des années. « Ne m'appelle pas monsieur. Pas aujourd'hui, si tu veux bien. »

Rocinante s'habilla rapidement, indifférent à la présence de son père d'adoption. Un coup d'œil à la glace le laissa un instant étonné : il avait ses tatouages 'de clown' comme il les appelait. Cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas vu avec.

« Tu ne t'habitues pas à la vue, hein ? demanda Sengoku. Je dois t'avouer que moi non plus. Ça te fait un visage si étrange. »

Le blond ne pouvait pas expliquer la familiarité perturbante de ces dessins qui l'avaient accompagné pendant tant de temps, avant de disparaître dans les hasards des boucles temporelle. Il n'essaya donc même pas.

En tout cas, entre la mission d'infiltration et les tatouages, il était fixé sur la période. Il était sur le point d'entrer en tant qu'espion dans la Donquixote Family.

Depuis qu'il s'était fait ces tatouages, afin de ne pas ébruiter son signalement, il logeait en dehors de la base. De plus, ne pouvant se permettre d'être vu en public avec Sengoku le Bouddha, il se doutait que le déjeuner se composerait de plats de restaurant que l'homme aurait apporté avec lui et qu'ils mangeraient dans la petite cuisine. Ce n'était pas pour déplaire à Rocinante. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas vu l'amiral qu'il avait le désir un peu puéril de le monopoliser.

Comme il s'y attendait, ou peut-être comme il s'en souvenait, il y avait sur la table de la minuscule cuisine tout un empilement de boîtes d'un traiteur de South Blue, sa cuisine favorite.

Il en fut curieusement remué.

« Je vais faire du thé, » déclara-t-il pour s'occuper les mains, et peut-être pour trouver quelque chose à dire. Dans sa mémoire, il scannait ses souvenirs à la recherche de ce déjeuner en particulier.

L'eau dans la bouilloire électrique commençait doucement à s'agiter, et le blond fouilla les placards à la recherche de la théière.

Il la dégotta finalement derrière un empilement de biscuits secs et entreprit de préparer le thé.

Sengoku s'était installé à la table et avait déballé les plats, embaumant la pièce des odeurs épicées et sucrées qui dénotaient clairement la gastronomie du sud.

Rocinante apporta sur la table deux tasses qu'il remplit d'un liquide vert et opaque, dont l'arôme un brin amer contrasterait merveilleusement bien avec les plats. Il s'assit en face de son père d'adoption, contemplant avec un réel plaisir cet homme qu'il n'avait pas vu depuis si longtemps.

Dans le silence du thé, il sentait le lien d'affection tranquille et serein qui l'unissait à cet homme qui lui avait tant donné. Il n'était pas pressé de rompre ce compagnonnage silencieux et confortable.

Surtout qu'il ne savait pas, en toute honnêteté, quoi dire.

« Tu peux encore renoncer, tu sais, déclara soudain Sengoku en lui tendant du bœuf à la cannelle.

— Tu penses que c'est une mauvaise idée.

— Je pense que c'est une idée dangereuse.

— Il faut surveiller mon frère. » Même si pour être tout à fait franc, avec les connaissances qu'il avait retirées de ses précédentes expériences, la surveillance était un peu moins nécessaire.

« Rocinante, je veux que tu me promettes de revenir si Doflamingo a le moindre soupçon.

— S'il a le moindre soupçon, je serai mort. »

L'homme baissa les yeux, et poussa un soupir navré.

« Allez, oublions ça et parle-moi plutôt de la dernière connerie de Garp.

— Roci…

— Quoi, tu ne vas pas me dire qu'il a été sage pour une fois ? »

Un sourire navré se dessina sur les lèvres de l'amiral : « Non, en effet, je ne vais pas te dire ça. »

La conversation roula pendant le reste du repas sur les frasques du vice-amiral, et plus d'une fois, le blond faillit s'étouffer de rire.

Ils se séparèrent dans l'entrée.

« Bonne chance, » déclara cérémonieusement Sengoku, en posant la main sur son épaule.

Roci déglutit. Ça avait été une visite trop courte pour trop de temps passé sans se voir. L'impulsion qu'il avait eu plus tôt d'enlacer l'autre homme ne lui sembla soudain plus si déplacée, et il entoura ses épaules de ses bras. Un instant perdu quant à la manière de réagir, l'amiral se reprit et lui rendit son étreinte.

« Reviens en vie.

— Je ferai tout ce que je peux. »

Sur ces mots, ils se séparèrent, et il resta au jeune homme une curieuse boule dans la gorge. Il ne voulut pas s'appesantir sur ce que sa désertion pour sauver Law et s'emparer de l'Ope Ope no Mi signifierait pour Sengoku. Il préféra se concentrer sur l'aspect pratique et immédiat du futur qui l'attendait. Par chance ses paquets étaient faits. Quant à l'ordre de mission, il s'en souvenait assez bien : il devait partir de nuit à bord d'un navire banalisé qui le déposerait dans North Blue. De là, il avait pour tâche de mettre la main sur son frère, ce qui ne devrait pas être excessivement compliqué, Donquixote Doflamingo commençant à se tailler une certaine réputation dans la plus septentrionale des mers.

Ce serait d'ailleurs encore moins difficile que prévu, car il savait parfaitement où se situait pour l'instant la base des opérations de Doffy. Le plus compliqué serait encore d'arriver vivant jusqu'au maître des lieux.

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Atteindre Doffy avait été un jeu d'enfant. Et son frère l'avait reçu à bras ouverts, ne manifestant une forme de déception que lorsqu'il lui avait fait comprendre qu'il était désormais muet.

Apparemment, pour son frère ainé, c'était une espèce de tare, mais il était tout de même disposé à accueillir comme il se devait ce parent perdu et enfin retrouvé.

Il avait, comme ça, le sens de la famille.

Cette fois-ci, Roci ne manifesta aucune pitié pour les enfants, et lorsque Law réapparut, il ne l'épargna pas plus que les autres. Pourtant, il n'avait qu'une envie, le prendre dans ses bras et ne jamais le laisser partir, mais ce n'était pas la solution. Cela viendrait en son temps.

Le jour où Law le poignarda, il ne fut pas surpris, même si cela fit un mal de chien. Heureusement que le petit, dans sa colère, n'avait pas su viser. Pourtant, cela faisait toujours moins mal que cette rage et cette haine, cela faisait toujours moins mal que ce regard qui ressemblait tant à celui de Doffy.

Puis vint le moment où l'enfant révéla son nom complet à Buffalo et Baby 5. Ce jour-là, comme il semblait que cela avait été des vies avant, il l'enleva.

Les hôpitaux de North Blue brûlèrent. Rocinante souffrait d'infliger à Law pour la seconde fois des visites qu'il savait inutiles, mais c'était ainsi qu'il avait réussi à s'attacher le gamin la première fois et de par ce fait, à l'éloigner de l'influence pernicieuse de son frère aîné.

Était-ce pour le D qu'il faisait encore tout ça ? Non, ça n'avait plus aucune importance si même ça en avait eu un jour, autrement que pour Madame Carla. Lui restait à ses côtés parce qu'il l'aimait et parce qu'il voulait le sauver.

Le jour merveilleux où Law lui rendit le nom de Cora, ce nom qu'il avait porté si longtemps en lui-même et qu'il avait renié dans un coup de feu tiré dans la tempe d'une version de l'enfant qui n'existerait jamais, il eut un mal fou à se retenir de pleurer.

Avait-il gagné le droit de redevenir Cora ?

Peu après, il eut des nouvelles de l'Ope Ope no Mi, par l'entremise de son frère. À cette heure-ci, celui devait savoir qu'il était un traître. En se basant sur ses souvenirs, Roci avait tenté de prédire les mouvements de la Family pour que Tsuru puisse continuer sa poursuite, mais c'était une méthode hasardeuse. Lui tendait-il un piège ? Sans doute.

Le blond fournit à Sengoku quelques indications sur l'emplacement probable de son frère et de ses séides. Quand Law aurait mangé le fruit qui lui rendrait la santé, il allait falloir le protéger de Doffy, par tous les moyens. Et si ce moyen était la Marine, qu'il en soit ainsi, malgré la claire aversion de l'enfant pour cette organisation.

Rocinante, depuis qu'il avait participé au massacre de Flevance, comprenait parfaitement ses sentiments.

Quitterait-il la Marine quand son frère serait sous les verrous ? Sûrement. Il partirait avec Law explorer le monde et guérir toutes les maladies, ou quelque chose du genre. Ce que voudrait l'enfant, en fait. Et ils ne passeraient jamais par Drum, jamais par l'île de North Blue où une tente violette dans une fête foraine abritait une femme aux étranges pouvoirs.

Leur fin heureuse arrivait, enfin.

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Je suis juste morte. J'espère que vous arrivez encore à suivre la cohérence dans cette histoire, parce que moi je ne suis pas trop sûre de le faire x)