Merci à fofollenc pour son sympathique commentaire ! C'est ce qui m'a donné la force d'écrire ce chapitre pour lequel j'ai eu plus de mal que pour les précédents. Aujourd'hui, pas de petit paragraphe sur un personnage en particulier par contre. Disons que je dois mettre au propre des tas d'idées en ce qui concerne nos héros, histoire que je sois sûre de ne pas écrire un truc qui ne sera plus d'actualité deux chapitres plus loin !
Au sujet du couple qui a été proposé, je l'apprécie également donc je pense que ces deux-là termineront ensemble.
Bonne lecture!
Cette sensation d'engourdissement était étrange, presque effrayante. Comme si son corps avait été gelé par Yuriy et que plus aucune partie de son organisme ne voulait bouger. Même soulever ses paupières demandait un effort trop conséquent. Pourtant, autour de lui, le monde était en mouvement. Des voix résonnaient de toute part. Quelqu'un avait posé une compresse fraîche sur son front. Qui ? Réfléchir demandait de garder conscience. Mais cela était peine perdue. Alors, sans se rendre compte qu'on était en train de le secouer, Mystel retomba dans un sommeil qui n'avait rien de réparateur. Cela n'empêcha pas Mao de continuer à agiter le corps meurtri, jusqu'à ce que les deux autres jeunes gens l'arrêtent et l'éloignent de son ami. Cela ne servait à rien. Elle risquait simplement de lui faire mal. Une litanie de paroles de réconfort s'échappait des lèvres de celui qui possédait un regard de la couleur de l'or. Finalement, la jeune fille se laissa éloigner, sans accepter de quitter la pièce. Le second canapé de l'endroit lui allait très bien. Hors de question qu'elle l'abandonne. Pas encore.
-Qui êtes-vous ?
Le ton était empli de colère et d'incompréhension. Qui étaient ces types, venant de nulle part, qui avait fait échouer toute cette opération ? De quel droit avaient-ils fait ça ? A cause de leur futile intervention, les documents étaient perdus, Mystel refusait de se réveiller et ses deux autres compagnons étaient peut-être… Pourtant, la Chinoise refusait les larmes qui ne souhaitaient que naître dans ses yeux. Elle n'était pas une pleurnicheuse. Oh que non. Un soldat, voilà quel était son rôle. Et, jusqu'au bout, elle continuerait dans cette optique. C'est pour cela qu'elle répéta sa question, sur un ton plus brusque. Comptaient-ils juste l'ignorer ? A présent, des regrets commençaient à apparaître dans son esprit. Lorsque le blond l'avait aidé à sortir du bâtiment, le prendre en otage aurait été plus malin. La donne aurait été la même de chaque côté. Au lieu de ça, elle leur devait quelque chose. Et, en plus, elle était seule contre deux. Le blond quitta alors la pièce pour aller reprendre ses recherches.
-Tes ennemis, je suppose.
Sa tête se redressa un peu trop violemment et quelque chose dans son cou craqua, lui arrachant un frisson. Aucune douleur mais le bruit des os s'entrechoquant ne lui avait jamais inspiré que du dégoût depuis la première fois où elle avait entendu ce son horrible alors que Brooklyn assassinait quelqu'un. En tout cas, celui qui semblait trop calme pour être sincère se moquait d'elle. Et la demoiselle n'appréciait guère les insolents qui croyaient posséder tous les droits. Pourtant, lorsque leurs regards se croisèrent, elle ne décela aucune malice dans les prunelles de son vis-à-vis, juste de l'inquiétude.
Ils étaient dans la même galère.
Le sujet ici n'était pas Mao contre deux méchants qui devait en même temps s'occuper de Mystel mais Mao contre deux types aussi perdus que sa personne et qui comptaient l'aider à surveiller son ami. Parce que, au regard de l'autre garçon, elle pigea immédiatement que personne n'allait mourir ce soir. Il ne pourrait jamais se le pardonner. Et elle non plus, au final.
-Je présume que nous devons faire une trêve forcée ?
-Cela serait plus sage, en effet.
Époussetant ses vêtements couverts de poussière, l'adolescente se redressa avant de tendre la main à son allié temporaire. Ce dernier lui rendit son geste et elle fut satisfaite de voir qu'il ne tremblait pas et ne cherchait point à lui écraser les doigts. Ce type était sincère.
-Je suis Mao.
-Et moi Rei.
Leurs prénoms n'importaient guère, ils le savaient l'un et l'autre. Des centaines de Mao et de Rei existaient en ce monde. Et puis, leur geste avait scellé un pacte qu'aucun n'oserait détruire. A l'instant où leurs routes se sépareraient, ils oublieraient tout l'un de l'autre.
Que doit-on faire face à un cadavre qui grogne ? Rah, où était ce crétin de Japonais fan de films de zombies quand on avait besoin de sa personne ? Tout ce que Kai arrivait à se souvenir c'était qu'il fallait viser la tête. Attrapant son briquet, il éclaira la chose autant que possible, histoire de voir où se trouvait la dite-tête. Dans le but de pouvoir viser plus facilement. Chaque mouvement envoyait une décharge de douleur dans son pied droit et, de temps en temps, il voyait des étoiles tandis que sa vision se troublait. Ce qui n'était guère rassurant. Un nouveau grognement de la créature trop froide pour être en vie lui arracha un presque sursaut. Presque parce qu'il parvint à s'empêcher de réagir comme une fillette apeurée. Ce n'était pas bon pour sa réputation de se laisser trop aller. Mais bon sang, qu'est-ce qu'il avait mal ! Et la situation lui semblait de plus en plus dérangeante.
Est-ce que c'était du Russe ? Non, sincèrement, ça allait trop loin. Depuis quand les zombies parlaient-ils sa langue maternelle ? Et puis, lorsque la flamme de son briquet se refléta dans deux orbes cyans, il réalisa que l'individu allongé au milieu des débris était vivant. Ce qui était tout simplement impossible. Kai l'avait touché, plus tôt. Il était glacé. Comme un cadavre dans une chambre froide.
Le cadavre ne semblait pas exactement du même avis puisqu'il parvint à s'asseoir avant de se masser l'arrière du crâne tout en continuant de marmonner dans sa langue maternelle. Pour Kai, qui parlait en majorité en anglais, la langue que monsieur Dickenson avait forcé ses quatre protégés à apprendre pour pouvoir communiquer plus facilement les uns avec les autres, c'était une situation franchement étrange.
-как делa?
Autant essayer après tout. Et puis, demander comment ça allait ne risquait sans doute pas de faire trop de dégâts. Le sursaut de l'autre garçon lui arracha même un semblant de fierté. Quelque chose du genre 'Moi, au moins, je sais rester digne'. Mais ce sentiment s'effaça bien vite lorsqu'il chancela à cause d'une vague de douleur. Bon, ce n'était vraiment pas gagné. En attendant, l'autre n'avait toujours pas répondu et semblait plus que sonné. D'ailleurs, Kai vit pourquoi lorsque le type retira sa main derrière sa tête. Ses doigts étaient couverts de sang. Il avait sans doute reçu un sacré choc.
-Мне холодно…
Bon, l'autre disait qu'il avait froid. Ce qui semblait plutôt normal. Après tout, sa température corporelle était plus que basse et… Oh. Le combat lui revint soudainement en tête. Ce garçon maniait la glace. Voilà pourquoi sa peau était gelée ! Kai, lui-même, avait une température corporelle en permanence à quarante degrés, donc il pouvait comprendre. Par contre, le froid que l'autre ressentait venait sans doute de sa blessure plus qu'autre chose. Agacé par sa propre souffrance, celui qui possédait deux nationalités se laissa tomber sur le sol, près de son ennemi. En temps normal, il l'aurait attaqué sans la moindre hésitation. Mais là, c'était hors de question. Aucun des deux n'était assez en forme. Sans compter que, Kai commençait à s'en rendre compte, ils se trouvaient sans doute dans une poche d'air au milieu les décombres.
-Меня это достало !
Un rire, plutôt mordant, échappa au carmin lorsqu'il entendit la voix dire cela. La phrase était terriblement vulgaire et signifiait que la situation 'faisait chier'. Pour l'instant, Yuriy ne se souciait pas que l'autre s'exprime dans la même langue que lui. Pas plus qu'il ne réalisait que sa blessure était plutôt grave et qu'il était incapable de faire attention à ce qui l'entourait. Pire encore, malgré le fait que ses yeux étaient grands ouverts, il ne distinguait absolument pas la flamme du briquet. Cela, celui qui avait du sang japonais le remarqua par hasard, tandis qu'en cherchant une position plus confortable, il fit passer son objet fétiche un peu trop près du regard de l'autre. Qui ne cligna même pas ses prunelles.
Kai Hiwatari n'était pas une baby-sitter, encore moins lorsque lui-même souffrait le martyr. Sans compter que ce type prenait une partie de son oxygène. Pourtant l'idée de se retrouver avec un cadavre sur les bras ne le réjouissait guère. Il demanda à l'autre comment il se sentait, de nouveau mais aucune réponse ne lui parvient. Si le cerveau avait été touché durant la chute ou qu'un hématome se formait… Bon, s'il s'en sortait, il jurait de ne plus jamais lire les livres de médecine du père de Takao.
-Hey. Si tu pouvais éviter de mourir, ça m'arrangerait.
Repasser à l'anglais lui sembla être un moyen fiable pour attirer l'attention de l'autre. Ceci accompagné d'un léger coup dans l'épaule. Et ce fut le cas. Le carmin sembla faire un peu plus attention à ce qui l'entourait, dans la limite du possible en tout cas.
Une courte pause.
Puis, sans qu'il ne puisse comprendre ce qui arrivait, Kai se retrouva avec une main glacée serrée sur sa gorge. Et assez fort. Son briquet lui échappa et ils se retrouvèrent dans le noir complet. Pourtant, tandis qu'il essayait de combattre l'autre, ce dernier se recula brusquement, ramenant son bras contre lui comme s'il s'était brûlé. Feu contre glace. Le plus jeune avait l'avantage. Mais bon, c'était bien fait pour lui. L'on attaque pas les gens ainsi. Même lorsque l'on réalise soudainement que ce sont des ennemis. Kai s'écarta cependant un brin tout en massant sa pauvre gorge, avant de chercher à tâtons son briquet.
-J'essayais juste de t'aider, tch.
-Où sommes-nous ?
La réponse était brusque et agressive. Un peu trop. Au final, Hiwatari préférait lorsque l'autre n'était qu'un légume incapable de s'exprimer correctement.
-Le bâtiment s'est écroulé. On est coincés dans une poche d'air. Tu t'es cogné la tête et, à ce que j'ai constaté, tu ne vois plus rien.
Le mi-Japonais mi-Russe avait marmonné, tout en rallumant le briquet qu'il venait de retrouver. Un long silence lui répondit. Puis, le timbré avec qui il était décida de se lever. Ça, c'était incompréhensible, et terriblement masochiste. A quoi bon se faire encore plus mal ? Surtout avec un choc à la tête… Pourtant, les doigts de celui qui ne voyait rien glissèrent sur les débris qui les entouraient, à la recherche d'une quelconque sortie. Pendant un long moment, son cadet se contenta de l'observer puis, comprenant que l'autre avait l'intention de dégager le passage en bougeant les décombres, il coinça son briquet entre deux pierres, tout en utilisant son don pour que la flamme ne disparaisse pas.
-Pose ta main plus à gauche, il y a une pierre qui semble plus simple à dégager.
Autant s'entraider après tout. Yuriy, ne voyait rien de mal à s'en sortir. Surtout que, pour l'instant, agir seul lui était impossible. Entre un garçon qui était en équilibre sur un pied appuyé contre des débris et un autre qui devait se faire guider pour agir, la situation ne semblait pas des plus optimistes.
Peut-être, cela n'était qu'une supposition bien sûr, mais peut-être que sa maîtrise du vent pourrait les aider à se sortir de là. Jusqu'à présent, Takao avait déjà tenter de mettre Brooklyn, qui s'était présenté de façon spontanée après cinq minutes, sur ses épaules pour voir si ce dernier était capable d'atteindre le trou béant qui donnait sur les restes du toit, mais sans succès. Malheureusement, le Japonais avait tendance à être brusque de nature et c'est pour cela qu'il n'utilisait jamais son don sur des êtres humains. Mais, ce n'était pas comme si une quelconque autre solution était disponible.
Et, en même temps, Takao n'avait pas franchement confiance. Le gamin ne semblait pas spécialement méchant mais ce n'était peut-être pas le genre à l'aider à monter une fois qu'il serait à l'air libre. Déjà, en le prenant sur ses épaules plus tôt, le plus âgé était mal à l'aise. Sans doute parce que le môme, qui était, quelques heures plus, un tueur psychopathe qui avait dégommé un peu trop de personne au goût du membre du projet Imperio, ne lui faisait pas une si bonne impression que ça.
-Ta-ka-o !
Oh, l'enfant tirait sur sa manche pour avoir son attention depuis quelques instants. Affichant de nouveau un sourire aussi confiant que possible, il se mit à la hauteur du gamin.
-Oui, Brook' ?
-En utilisant cette pierre comme appui, tu devrais pouvoir sauter et atteindre le rebord là-haut et ainsi sortir.
-Hein ?
Les yeux bleus du plus grand clignèrent pendant de longues secondes avant qu'il n'observe le décor qui les entourait pour constater que son cadet avait entièrement raison. Il n'y avait absolument pas penser. Décidément, son ennemi miniature était plein de surprise. Pourtant, il y avait quelque chose d'impossible dans ce plan.
-Et te laisser là ? Hors de question !
Il avait toujours été ainsi. Protecteur des plus jeunes et totalement inconscient. Souvent, ses camarades disaient qu'il s'agissait là de ses plus grandes qualités. C'est ce qui le rendait capable de réaliser tout ce qu'il désirait. Un sourire, plutôt doux, naquit sur le visage du roux.
-Tu es bizarre, Takao !
Ils éclatèrent alors de rire, tous les deux. Cependant, c'était plus pour écarter le stress qu'autre chose. Même s'ils ne se sentaient pas encore trop en danger. Eux, au moins, n'étaient pas coincés dans un endroit qui manquait d'air.
