Merci à tous les lecteurs et bisous à tous ceux qui prennent le temps de m'écrire. J'espère que ce chapitre vous plaira autant que les précédents.
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Chapitre 6.
- Ne m'attends pas ! Lui avait lancé Dean en sortant de la chambre tout sourire.
Sam n'attendait que ça. Son aîné venait de partir pour son rencard et maintenant il était seul afin de s'organiser. Il avait déjà établi une liste du matériel dont il aurait besoin. Il transféra le sel et quelques autres objets du sac de son frangin au sien. Il avait tout prévu, imaginé des centaines de scénarios possibles. Il était paré à toute éventualité. Avec Tristan, ils avaient recherché les informations nécessaires au bon déroulement de « l'opération ». Tout avait été vérifié et revérifié. Rien ne serait laissé au hasard. Si Dean l'avait vu se préparer, il aurait été fier de lui … ou peut-être pas, étant donné les circonstances. Non, tout bien considéré, il était même franchement préférable que ça ne revienne jamais à ses oreilles. En s'emparant du journal de leur père, son appréhension doubla de volume. A côté du paquetage de son grand frère, il y avait sa chemise fétiche, celle qu'il utilisait pour « draguer les nanas récalcitrantes », comme il disait. Il ne sut expliquer pourquoi mais il décida de l'enfiler. Pas étonnant qu'on le prenne pour un gamin. Il avait gardé sa taille d'enfant et il était même le plus petit de sa classe. La chemise était bien évidemment trop grande au niveau des épaules et il fut obligé de retrousser les manches. Mais ça lui plaisait de la porter. Il attrapa son sac et sa parka. Il soupira. Il était prêt.
Au fond de lui il savait que ce qu'il s'apprêtait à faire relevait de l'inconscience. Mais une petite voix malsaine, qui avait la fâcheuse habitude de prendre celle de Dereck, lui rappelait constamment qu'il devait faire ses preuves. Son père n'avait d'estime que pour son fils aîné qui suivait ses traces. A la rigueur ce n'est pas ce qui le dérangeait le plus. Ce qu'il voulait vraiment, c'est que Dean s'aperçoive enfin qu'il était comme lui : un mec débrouillard, toujours prêt à aider les autres et avec un instinct infaillible. Même ses propres amis le trouvaient cool. Il en avait marre d'être le petit, dans les deux sens du terme. Pour sa taille il ne pouvait pas y faire grand-chose mais en ce qui concernait le fait qu'il était le plus jeune, et considéré en tant que tel, ça pouvait s'arranger. Ce n'est pas parce que leur père répétait sans cesse à son aîné qu'il fallait protéger son petit frère que ça voulait dire qu'il en avait besoin.
Tristan avait raison sur un point, avec un Winchester à leurs côtés, ils prenaient moins de risques. Le plus jeune allait donc les protéger comme Dean l'aurait fait.
Il avait marché rapidement. La nuit tombait mais il pouvait apercevoir au loin ses deux copains. Ils avaient repéré un groupe de filles qui rigolaient près d'eux. Sam ne comprenait pas pourquoi ils passaient leur temps à se pavaner devant des nanas dont le seul vocabulaire se résumait à : « Hihihihi ! ». C'était pathétique. Et son frère faisait partie du lot. Impossible de déchiffrer son intérêt pour ces greluches sans cervelle. Cependant, il ne posait plus la question car la réponse était invariablement : « Tu verras quand tu seras grand, Sammy ! ». N'importe quoi !
En s'approchant, son regard se figea sur l'une des filles. Il la trouvait différente. Elle paraissait plus intelligente que toutes les pimbêches qu'il était obligé de côtoyer au lycée. Et ses yeux noirs contrastaient avec sa chevelure dorée. Elle était vraiment … attirante. Toutefois, il ne s'y attarda pas plus que ça, voyant que ses deux acolytes l'observaient.
- Vous êtes prêts ? Leur demanda-t-il, mal assuré.
- Tu parles qu'on est prêts ! Crâna Dereck. Mais faut qu'on y aille à pattes. Y a une des donzelles qui est rentrée dans la bagnole du Beauf hier soir. Il a pété un câble quand il a vu la portière niquée ce matin. Il a emmené son bébé se faire soigner chez le garagiste et apparemment, y en a bien pour une semaine.
- Et il t'a rien dit ? Demanda Sam, effaré.
- Tu rigoles. Ils ne se sont même pas aperçus qu'on leur avait piqué. Quand j'suis rentré, ils s'éclataient dans leur pieu. J'suis même pas sûr qu'ils aient vu que j'étais sorti.
L'amertume émanait de l'adolescent bien qu'il n'ait certainement pas eu l'intention de le montrer. Devant le malaise de son ami, Tristan changea de sujet.
- De toutes façons, on peut y aller à pieds. C'est à peine à trois quart d'heure de marche. Et puisque t'as de l'énergie à revendre, c'est toi qui porte le guéridon, dit-il en désignant la table ronde à Dereck.
Ce n'est qu'à ce moment-là que Sam s'aperçut de la présence de l'objet, caché derrière ses amis. Le groupe de filles passa à côté d'eux. La petite blonde lui sourit tout en lui lançant un regard enjôleur.
- Ouaaah ! Mec, tu lui as tapé dans l'œil ! Lui fit remarquer le plus vieux avec une moue franchement moqueuse.
- Pfff !
En y réfléchissant bien, c'est vrai que c'était assez agréable. Et la chemise de son frangin ne lui allait pas si mal, en fin de compte.
***
Comme la maison de la vieille Sanders, celle-ci était désertée depuis quelques mois et avait conservé son mobilier. C'est en tous cas ce qu'avaient révélé leurs recherches. Elle était située en ville, encastrée au milieu d'autres bâtisses pratiquement identiques. Sa façade, plutôt étroite, exhibait deux étages et certainement un grenier sous le toit très pentu. Son aspect général n'était pas si défraîchi et on aurait pu croire qu'elle était encore habitée. Sam vérifia l'adresse. Il était préférable de ne pas entrer par effraction dans le mauvais domicile. Toujours pas convaincu, il chuchota à Tristan :
- T'es sûr de toi ? C'est bien ici ?
L'intéressé afficha une attitude offusquée.
- Tu me prends pour qui ? Bien sûr que c'est ici.
Le jeune Winchester souffla, mal à l'aise. Décidément, cette « activité extrascolaire » lui paraissait de plus en plus périlleuse. Un simple coup d'œil aux alentours lui permit d'évaluer les risques éventuels liés à la population avoisinante. Des jardinets impeccables, des voitures pas toujours récentes mais parfaitement entretenues, des dizaines de petits objets d'ornement tels que vélos et brouettes qui devaient accueillir des fleurs en été, flamants roses et autres nains de jardins qui trônaient à des places bien précises. En conclusion, Sam établit qu'il devait s'agir d'une population assez âgée ou tout du moins composée de retraités qui trouvaient le temps d'agencer, de nettoyer, de jardiner avec une extrême minutie. Des personnes par conséquent pas toujours alertes mais qui, de manière générale, ne dorment que d'une oreille et sont toujours informées de tout.
Pour ne rien gâcher, les décorations de Noël avaient commencé à apparaître ça et là et venaient enrichir les différentes petites cours déjà bien chargées. La lumière dégagée par les guirlandes électriques éclairait pratiquement mieux la rue que les lampadaires. Ils allaient devoir être encore plus prudents.
Sur une des boîtes aux lettres de la ruelle, un nom avait attiré l'attention de Sam : Mc Allister. Il n'arrivait pas à déterminer d'où il le connaissait et n'avait pas le temps de se le remémorer car ses deux potes pénétraient déjà dans le jardinet.
Les trois adolescents tentèrent, dans un premier temps, d'ouvrir les fenêtres mais elles étaient closes et pratiquement soudées à l'encadrement à cause de leur vétusté et de l'humidité ambiante. Dereck avait donc entrepris de fracturer la porte d'entrée. Devant son incapacité flagrante, le plus jeune s'y colla et réussit en un tour de main sous le regard épaté de ses deux amis.
Ils effectuèrent une inspection rapide des lieux, s'assurant de l'absence d'éventuels occupants. Puis, les deux plus vieux installèrent leur matériel dans un petit salon dont l'unique fenêtre donnait sur la courette, à l'arrière de la maison. Sam espérait que les voisins ne verraient pas les faisceaux de lumière de leurs torches. Il ne manquerait plus qu'ils appellent les flics en pensant qu'il s'agit d'un cambriolage.
Il laissa les deux autres à leur tâche pour deux raisons. La première, c'était que les Winchester avaient plutôt pour habitude de renvoyer les esprits dans l'Au-delà. En revanche, ils ne les appelaient en aucun cas pour qu'ils viennent les envahir. D'ailleurs, il s'aperçut qu'il était paré pour les chasser mais qu'il ne savait même pas comment s'y prendre pour les invoquer. La deuxième raison n'était pas simple à expliquer. Disons qu'il se sentait moins coupable : il ne serait pas réellement à l'origine de ce qu'il considérait de plus en plus comme une énorme bêtise. Il prenait conscience qu'il s'était fait naïvement manipulé mais il était trop tard pour reculer. Il observait donc ses deux complices, légèrement en retrait. Il savait que sa présence leur était indispensable en cas de complications. Il se concentra comme son frère le lui avait appris et se tint prêt à intervenir. Comme il s'y attendait, les ennuis ne tardèrent pas.
