Chapitre 7
Sous ton armure
"Il donna un coup d'accélération et prit la direction de son hôtel, pressé de partager le même lit qu'Ichigo."
Pschhhhhhhhhit. La cannette de soda que s'était servi Kisuke laissa son gaz s'échapper furtivement. L'entraîneur des Ondins s'était levé tôt ce matin-là. Beaucoup de paperasse l'attendait puisqu'il devait inscrire son équipe à la compétition qui approchait à grands pas. Ah… Le trophée Neptune… Après quelques instants de flou dus au manque de sommeil, l'homme aux cheveux blonds but une première gorgée et saisit son stylo. Même si remplir des tas de fichiers n'était pas une de ses activités favorites, il avait décidé de s'atteler à la tâche aussi tôt que possible. Après tout, cette année promettait son lot d'action et de péripéties, avec tous ces adversaires prêts à se livrer bataille pour remporter la victoire. Alors autant bien commencer en n'oubliant pas d'inscrire ses propres poulains, pensa Kisuke en rédigeant caractère après caractère dans un silence complet.
Tandis qu'il griffonnait leurs noms, le coach se surprit à sourire. Ichigo, Ikkaku, Shuuhei, Renji, Yumichika… Tous constituaient son meilleur espoir. Ils étaient déterminés à faire de leur mieux pour ne pas le décevoir, et ça, ça le touchait. En effet, Kisuke n'avait pas de famille proche donc il se préoccupait de ces jeunes avec une attention toute particulière. Et ils le lui rendaient bien : chaque nouveau progrès le gonflait de fierté.
Après avoir terminé la dernière fiche d'inscription, Urahara s'arrêta et leva la tête. Là-haut, les nuages s'étiraient au loin dans un mélange savant de bleu, orange et rose. Le soleil, encore timide à cette heure, faisait néanmoins son apparition, soutirant à l'entraîneur un sourire paisible. Il se rappela soudain une conversation qu'il avait eue bien des années auparavant avec celui qui représentait alors tout ce qu'il aimait :
« - Bien sûr que je serai entraîneur ! Et le meilleur, même !
- Mais tu nages si bien… Tu pourrais essayer une carrière pro de ton côté pour leur montrer à tous que tu vaux plus que ce qu'ils croient.
- Je me fiche pas mal de ce qu'ils pensent, Kisuke. Ce ne sont que des profs, ils n'ont pas l'ambition d'aller plus loin. Moi j'en assez de faire partie de la masse, je veux être au-dessus de tout ça.
- Et… Même au-dessus de moi ?
- Mmh… Peut-être! Surtout quand tu souris comme ça, ça me donne des idées…
- Ah, t'es insatiable, tu le sais ça?
- C'est toi qui es trop posé. Enfin… Bientôt, on sera tous les deux diplômés de ce foutu bahut et on pourra commencer les choses sérieuses. Dans quelques années, j'aurai une équipe de nageurs à mes ordres et toi tu paraderas en maillot dans la sélection nationale !
- Redescends un peu, tu veux ? Pas la peine de viser si haut : quoi que tu fasses, tu auras toujours mon admiration. Un fan, c'est déjà pas si mal !
- Pfff, tu parles d'un rêve. T'es pas drôle.
- Et toi t'es cinglé. Allez, viens, on va être en retard… Sōsuke. »
Ichigo se réveilla aux alentours de 9 heures dans un lit qui n'était pas le sien. Mais ça, il ne le remarqua pas immédiatement. Non, la première chose qui le frappa lorsqu'il ouvrit les yeux fut ce mal de tête terrible qui lui martelait littéralement les tempes. Quel enfer… Plus jamais il ne toucherait à une goutte de vodka, se jura le jeune homme en grognant.
Ce n'est qu'une fois redressé dans le lit qu'il sentit que quelque chose n'allait pas. Bizarrement, sa chambre lui paraissait différente. Qui avait déplacé les meubles ? Et pourquoi son bureau avait-il disparu ? Ichigo tenta d'ignorer un instant le grondement sourd dans son crâne pour se concentrer sur ce qui l'entourait et l'espace d'une seconde, il crut être encore endormi. Soudain, il réalisa avec horreur que la pièce dans laquelle il se trouvait lui était complètement étrangère et qu'il ne parvenait pas à se souvenir de qui lui était arrivé la veille. C'était comme si un voile de brume l'empêchait d'y voir clair. Paniqué, le jeune homme avala bruyamment sa salive et chercha des yeux le moindre élément qui lui permettrait de comprendre où il était.
« Voyons… murmura-t-il du coin des lèvres. Du calme… Tu es seul. Dans une chambre. Tu as dormi ici, dans ce lit, et… Qu'est-ce que… ?! »
Oh non ! Où étaient ses vêtements ? D'un geste brusque, le rouquin leva la couette qui le recouvrait avant de constater avec effroi qu'il était en sous-vêtements. Une pensée épouvantable lui traversa l'esprit, lui arrachant une grimace. Et si jamais il avait…
Ichigo porta sa main à la bouche, prit d'une violente nausée. Il aperçut une petite porte à côté du lit et se dépêcha de se hisser hors des draps pour courir vers ce qu'il espérait être des toilettes. Mais une fois la main sur la poignée, ce fut au tour du tournis de se jouer de lui. Il s'était levé trop vite : sa vision se brouilla. Heureusement, le rouquin réussit à mettre tout son poids contre la porte qui s'ouvrit aussitôt. Ouf, c'était bien une salle de bain. Après avoir recouvré la vue, le jeune homme entra dans l'espace confiné devant lui. Sous ses pieds, le carrelage froid lui donna des frissons, lui rappelant bien qu'il était presque nu.
Ichigo avança jusqu'au miroir accroché au mur et jeta un coup d'œil rapide à son reflet. Puis il soupira. Ses cheveux cuivrés étaient plus ternes que jamais, les cernes sous ses yeux lui donnaient un regard de drogué et son teint était semblable à celui d'un mort. Bon sang, c''est à peine s'il se reconnaissait. On pouvait mettre sa photo à côté de la définition de « gueule de bois » dans le dictionnaire.
Mais pas le temps pour l'humour. Quand il sentit la nausée le reprendre, Ichigo s'agenouilla en vitesse devant la cuvette des WC et rendit tout ce qu'il avait pu manger la veille.
Ecœurant.
Les minutes passèrent lentement, lui donnant ainsi le temps de réfléchir. Comment avait-il atterri ici ? Et quel était cet endroit ? La réponse lui parvint entre deux renvois tandis que le son d'une porte que l'on claque retentit derrière lui. Les jambes encore tremblantes, Ichigo alla se rincer la bouche au lavabo puis se rendit à nouveau dans la chambre, où une surprise de taille l'attendait : Assis sur le bord du lit, l'air dégagé, Grimmjow lui adressait son sourire le plus éclatant. L'homme au regard tatoué semblait ravi de le voir, sans se douter que ce sentiment n'était pas partagé. L'Ondin commença à comprendre que quelque chose s'était passé la nuit dernière et sa mâchoire manqua de se décrocher quand le bleuté lui décocha un (bien trop) jovial :
« - Bien dormi ?
- Q… Qu'est-ce que tu fais là ?!
- Je suis chez moi, répondit l'Espadon sur un ton évident.
Ichigo, qui avait vaguement conscience du nom de l'hôtel où étaient descendue l'équipe d'Aizen, ne put réprimer un frisson avant de balbutier :
- J'ai passé la nuit ici ? Je me rappelle pas, je…
- Oh, vraiment ? C'est dommage, j'aurais bien voulu que tu me raconte la fête !
- Quelle fê…
Tout à coup, Ichigo vit des bribes de souvenirs lui revenir en mémoire. De simples images, comme des gens qui dansent. Des platines. Du rouge, du jaune sur les murs. Des verres. Beaucoup de verres. C'était donc ça, le mal de tête. Il s'était pris la plus grosse cuite de son histoire, et vu que d'habitude il ne buvait qu'à l'occasion, il avait du mal tenir tant d'alcool. Mais pourquoi avait-il dormi avec Grimmjow ?
Avaient-ils seulement dormi ?
- Pourquoi je suis en caleçon ? demanda le rouquin d'une voix mal assurée.
L'Espadon se leva enfin, dominant son interlocuteur de quelques centimètres.
- Tes fringues étaient dégueu, j'ai demandé à ce qu'on les lave. Et si tu veux mon avis, une douche te ferait pas de mal non plus. »
Là, Ichigo du reconnaître que le bleuté avait un point. Son corps dégageait une odeur d'alcool si forte qu'on aurait pu croire qu'il avait mariné dedans. Gêné, le rouquin croisa les bras.
- On… On a rien fait, hein?
- Pourquoi ? T'aurais voulu ? ricana Grimmjow dans un demi sourire.
- Non, bien sûr que non ! répondit Ichigo en rougissant. Je comprends déjà pas comment j'ai fait pour être là ce matin...
Grimmjow planta son regard de glace dans celui du rouquin avant de lui raconter leur expédition de la veille. Sans entrer dans les détails, il lui rappela son état d'ébriété plus qu'avancé et le mini show auquel il avait assisté. Puis, voyant l'incrédulité dans les yeux d'Ichigo, il mentionna l'appel qu'il avait reçu lui disant –non, lui ordonnant- de venir le chercher. Une fois son récit terminé, le bleuté observa l'air horrifié du jeune homme.
- C'est pas possible, j'avais pas bu à ce point !
- Conneries. Tu tenais plus debout, ou juste assez pour te trémousser…
- OK, est-ce qu'on peut arrêter de parler de cette danse ?
- Certainement pas, c'était l'une des choses les plus sexy que j'ai vu de ma vie, et pourtant j'en ai connu, des mecs, mais ça...
- Arrête…
- Tout le monde dans cette pièce te voulait, je te jure… C'était…
- Ça va, c'est bon ! Je sais pas pourquoi j'ai fait ça, mais j'aimerais autant que ça reste entre nous, d'accord ?
- D'accord, marmonna Grimmjow. Ça, et le reste.
- Quel reste ?
- La galoche.
- Tu m'as embrassé ?!
- Oh, minute, c'est toi qui t'es jeté sur moi ! T'avais le feu au cul, je te rappelle.
- Menteur, j'aurais jamais fait ça.
- Pourtant tu l'as fait.
- Non, je veux dire que je te déteste assez pour savoir que t'embrasser est la dernière chose que j'aurais envie de faire, mentit Ichigo.
- Tu me déteste peut-être mais t'as mis la langue, susurra l'Espadon en s'approchant dangereusement du rouquin.
Choqué, Ichigo tenta de répondre, mais aucun mot assez fort ne lui vint à l'esprit et sa bouche s'ouvrit sans que le moindre son n'en sorte. Les sourcils froncés, il recula pour garder une distance de sécurité entre lui et Grimmjow. Il n'avait aucun souvenir de ce soi-disant baiser, mais s'il s'avérait que le bleuté disait la vérité, tous les efforts qu'il avait accomplis jusqu'ici n'auraient servis à rien. Bouder quelqu'un pour l'embrasser le jour suivant, c'était illogique.
Ichigo prit peur. Il détestait vraiment l'homme en face de lui, mais c'était comme s'il était condamné à le revoir encore et encore. Chaque fois qu'il était près de lui, il sentait qu'il devait résister. La métaphore d'Ikkaku lui revenait souvent à l'esprit. Mais dans son cas, Ichigo était comme diabétique et ce gâteau, aussi appétissant soit-il, était à bannir absolument. Malheureusement, dans un moment de faiblesse comme hier soir, il avait goûté à Grimmjow, se trahissant lamentablement.
L'Espadon s'était-il aperçu de tout cela ? Ichigo n'avait qu'un moyen de s'en assurer, mais il refusait de s'exposer ainsi. Demander simplement 'Ça se voit beaucoup que je craque pour toi ?' lui sembla une bien mauvaise idée. Aussi prit-il la décision de ne rien dire. Avec un peu de chance, Grimmjow le laisserait tranquille.
Mais bien sûr, rien ne se déroula comme Ichigo l'entendait : L'homme aux cheveux azur avançait toujours vers lui quand on frappa à la porte de la chambre. Les deux hommes sursautèrent à l'unisson. L'espace d'une seconde, Grimmjow parut déçu, puis ravala son mécontentement avant de s'éloigner d'Ichigo. Ce dernier souffla un peu et partit dans un coin de la pièce, craignant de voir débarquer un autre membre des Espadons, ou pire : Aizen lui-même. Sa tenue légère l'embarrassait déjà assez pour ne pas avoir en plus à se justifier d'être là, en 'camp ennemi'. Mais heureusement pour lui, ce n'était que le room service venu rendre ses affaires lavées, parfumées et repassées. Les épaules d'Ichigo s'affaissèrent de soulagement quand il comprit qu'il pourrait bientôt se rhabiller. Au moment de partir, Grimmjow laissa un gros pourboire au groom avant de le mettre à la porte, visiblement impatient d'être débarrassé de toute compagnie non désirée.
Dès qu'il entendit la porte se refermer, Ichigo sortit de sa cachette et se hâta de rejoindre le centre de la pièce, aussitôt observé par Grimmjow. Dans un geste un peu gauche, il effleura le tas de vêtements à la nouvelle senteur patchouli et jasmin de la lessive de l'hôtel. "Impossible d'enfiler ça tel quel", pensa l'Ondin en faisant la moue. Il n'avait aucune conscience de l'heure, mais une douche s'imposait. Son regard voyagea du lit au nageur en face de lui, puis il bredouilla une phrase presque inaudible, incertain de ce qu'il devait faire pour pouvoir s'éclipser sous la douche sans vexer Grimmjow. Mais ce dernier lui coupa l'herbe sous le pied et lança un bref " Vas-y. Mais dépêche-toi." Surpris mais soulagé, Ichigo tourna les talons illico et repartit vers la salle de bain. Il n'allait pas se le faire dire deux fois. Et ce n'est qu'après avoir passé dix bonnes minutes sous des trombes d'eau brûlante qu'il décida qu'il était enfin propre et prêt à sortir.
De l'autre côté du mur, Grimmjow patientait aussi calmement qu'il le pouvait, même s'il n'était pas d'un naturel tranquille. Avachi sur le lit, il regardait le plafond tout en réfléchissant. Il trouvait ça comique d'avoir l'objet de son désir à sa merci, chez lui, presque à sa portée sans pour autant qu'Ichigo soit disposé à se laisser faire. Est-ce qu'ils allaient enfin pouvoir avoir une vraie conversation? Ça, pour sûr : pas question de le laisser partir tant qu'il ne se serait pas expliqué ! La veille, l'attitude provocatrice du rouquin lui avait plu, même si ce n'était que le fruit d'un abus d'alcool.
Le sourire aux lèvres, Grimmjow repensa à sa nuit. Heureusement qu'il n'avait pas tout dit au gamin, sinon ce dernier aurait décampé direct. Et puis comment décrire ce qui était arrivé ? Comment parler de cette nuit ? La vérité, c'est qu'Ichigo et lui avaient bel et bien partagé son lit - après tout, c'était quand même SA chambre, il n'allait pas dormir sur le sofa-. Mais l'état du jeune homme n'avait laissé aucune chance à la moindre tentative de quelconques rapports : il s'était tout simplement endormi dès son premier contact avec le matelas, trop saoul pour combattre la fatigue plus longtemps. Pourtant, Grimmjow n'avait pas regretté un instant d'avoir choisi de dormir à ses côtés. L'occasion était trop belle, il fallait qu'ils soient l'un contre l'autre. La chaleur de leurs deux corps l'avait enchanté, et le sommeil d'Ichigo avait quelque chose de doux. Mais alors que Grimmjow finissait par trouver lui aussi le sommeil, des mouvements répétés de l'autre côté du lit l'avaient arraché aux bras de Morphée. Irrité, le bleuté allait jurer à haute voix avant de s'apercevoir qu'Ichigo était en sueur. C'est bien connu, l'alcool donne chaud, mais dans le cas présent, ce n'était visiblement pas la cause de son état. Grimmjow avait froncé les sourcils en comprenant que l'Ondin rêvait. Et apparemment, c'était un sacré bon rêve, puisque le jeune homme souriait légèrement. Le bleuté s'était mis à observer le mouvement rapide de ses yeux derrières ces paupières closes puis avait entreprit de lui retirer son T-shirt afin qu'il ait moins chaud. L'instant d'après, il avait fixé avec appétit le torse nu d'Ichigo tout en repensant à sa petite danse quelques heures plus tôt. Ce souvenir l'émoustillait. Aussi décidait-t-il de caresser doucement l'épaule du rouquin, uniquement pour se rendre compte qu'elle était brûlante ! Grimmjow s'était demandé si finalement le gamin n'avait pas un peu de fièvre et lorsqu'il avait voulu se rapprocher pour toucher son front, Ichigo s'était retourné tout entier vers lui. Il était toujours profondément endormi, mais le voilà qui grommelait ! Curieux, l'Espadon avait tendu l'oreille :
« Mmn… Grimm… Ngh… jow… »
Les yeux grands ouverts, Grimmjow avait presque failli rire. Il avait pourtant bien entendu… Ichigo rêvait de lui ? Est-ce que cela arrivait souvent ou était-ce la première fois ? Amusé, le bleuté avait été tenté de réveiller le jeune homme, mais son élan s'était vu interrompu par un nouveau mouvement du rouquin. Grimmjow avait eut du mal à y croire, mais là c'était clair : ce rêve était captivant ! En effet, les moindres gestes de l'Espadon s'étaient suspendus tandis qu'Ichigo plaçait sa jambe contre la cuisse du nageur, l'entourant presque dans sa totalité. S'en suivirent des coups de bassin légers mais perceptibles (surtout du point de vue de Grimmjow qui s'était délecté de ce moment, partagé entre la stupeur et le plaisir de voir l'Ondin dans une telle posture). Ichigo avait pris cette position ambiguë pendant environ cinq minutes avant de replonger dans un sommeil de plomb. Ce fut bref, mais son voisin de lit avait adoré. Il lui avait d'ailleurs fallut plus d'une heure pour enfin se calmer, excité par ce qui venait de se passer près de -et contre- lui.
Toujours allongé, Grimmjow sourit de plus belle en se remémorant cet instant. Manifestement, Ichigo n'avait aucun souvenir de tout ça, et à vrai dire, il préférait le garder pour lui. Autant ne pas tout gâcher et raconter ces détails au risque d'effrayer le rouquin. « Et puis s'il rêve de moi, c'est flatteur, pensa l'Espadon en plaçant son bras derrière sa tête, au moins je sais ce dont il a vraiment envie. Le petit cochon... Gamin ou pas, ça reste un mec. Le cul, ça se refuse pas. »
« - Pourquoi tu te marres ?
Grimmjow sursauta et tourna la tête. Ichigo se tenait dans l'encadrement de la porte de la salle de bain, les cheveux encore humides et ébouriffés, un air méfiant sur le visage. Il était tout simplement magnifique, tout à fait au goût de Grimmjow, mais ce dernier se contenta de pivoter doucement vers l'extrémité du lit pour mieux contempler le jeune homme aux yeux chocolat. De toute évidence, Ichigo n'avait aucune idée de l'effet qu'il produisait, mais cela importait peu. Il était là et ils allaient parler. Grimmjow resta à le fixer encore quelques secondes avant de se redresser.
- Tu me dois une fière chandelle, ma fr… Ichigo.
- Comment ça ? Je te dois rien du tout !
- Je suis venu te chercher à pas d'heure dans une fête minable, c'était sympa de ma part. J'aurais aussi pu refuser d'y aller, et t'aurais fini par te faire violer dans un coin, vu comme tu aguichais tout le monde.
- Pour la dernière fois, je n'aguichais personne, j'étais bourré ! lança Ichigo en levant les yeux au ciel. Je te l'ai dis, je t'ai appelé parce que t'était le dernier numéro dans…
- Raconte pas de conneries, tu veux ? Tu mens super mal. Tu m'as appelé parce que c'est ce que tu voulais…
- C'est faux !
- Et puis, franchement, qu'est-ce que tu foutais là-bas ? J'y ai vu aucun de tes équipiers.
- J'étais...
- Qui va seul à une soirée et boit comme un trou ?
- Comment tu peux me faire la morale alors que toi et tes potes vous vous êtes bien marrés en m'utilisant ?! rugit Ichigo en traversant la pièce. C'est vrai que c'est plus drôle que n'importe quelle soirée !»
Grimmjow serra un instant les lèvres, manquant de peu de dévoiler ce qu'il avait vécu pendant le sommeil d'Ichigo. Il se leva et rattrapa l'Ondin en quelques pas pour essayer de le calmer. Sans réel succès. Mais sa patience avait des limites, et cette conversation commençait à lui taper sur les nerfs. Il fallait régler ça plus vite. Excédé, il saisit Ichigo par la taille et le coinça violemment contre le mur le plus proche. Le rouquin tenta alors de se défendre et son poing fendit l'air au-dessus de la tête de Grimmjow, qui se baissa à temps. Les deux hommes se débattirent pendant un court instant avant qu'Ichigo réalise que malgré tous ses efforts, Grimmjow demeurait le plus puissant. Il n'avait pas d'autre choix que de l'écouter, à présent.
« - J'avais invité personne, d'accord ? Nnoitra m'a suivi, je savais pas qu'il nous espionnait. J'ai essayé de t'en parler mais t'es vraiment obstiné !
Ichigo croisa le regard glacé du bleuté, hésitant à le croire.
- Pourquoi je lui aurais demandé de venir, hein? C'est peut-être un voyeur, mais je partage pas. Jamais.
- Il...
- Écoute, le coupa-t-il, quémander fait pas partie de mes habitudes mais... tu me plais. T'as du cran, et j'ai pas envie d'arrêter de te voir, tu comprends ça ?
Grimmjow se tut quelques secondes pour reprendre son souffle, réalisant qu'il était nerveux sans savoir pourquoi. Normalement, aucun mec ne lui aurait parlé sur le ton qu'avait pris Ichigo, et personne ne l'aurait contredit de la sorte. Mais avec ce garçon, c'était différent. Il venait tout juste de lui avouer qu'il tenait à lui, d'une certaine façon, et ça, Ichigo l'avait bien compris. Il avait compris que Grimmjow lui demandait pardon. À sa manière.
- Si tu veux, continua-t-il, on peut reprendre les leçons, je suis sûr que ça te manque à toi aussi. Mais il va falloir me faire confiance. »
Ichigo était surpris à en avoir le souffle coupé. Leurs leçons manquaient à Grimmjow ? Il devenait de plus en plus évident que l'Espadon avait l'habitude d'être le dominant de ses relations. Mais alors que le jeune homme avait déjà des sentiments pour lui, le bleuté était plus réservé. Il appréciait sa compagnie, tout au plus. Est-ce que ça en valait la peine ? Peut-être. Du moins il l'espérait.
Le bleuté relâcha doucement son emprise sur la taille d'Ichigo et recula. Ils se toisèrent l'un l'autre sans rien dire, puis l'Ondin baissa les yeux. Il voulait croire en Grimmjow, bien sûr. Sans faire de promesses à la volée, il admit que l'idée de recommencer les leçons lui plaisait. Depuis leur différent, il n'avait pas pu faire autrement que de reconnaître qu'il voulait effectivement revoir l'Espadon. Il n'y avait pas de raison particulière à cela, si ce n'est une envie impulsive qu'il ne pouvait plus ignorer. Il voulait Grimmjow près de lui à nouveau. La gorge nouée, il articula un faible:
« - Bon. Admettons que je te croie…
- Il y a intérêt, je t'ai dit la vérité.
- Les autres… Ton équipe n'est pas au courant, alors ?
- Bah, seulement Nnoi, mais il dira rien, s'il tient à la vie. Et toi ?
- Juste Renji. Le gars aux longs cheveux rouges, expliqua Ichigo devant l'air interrogatif de Grimmjow.
- Le tatoué ? Pourquoi ?
- C'est mon meilleur ami, il sait garder les secrets.
- J'espère, parce que si d'autres l'apprennent, on peut se faire virer tous les deux. »
Ichigo sentit un frisson mordant lui parcourir le dos. Mince, il n'avait pas du tout pensé à ça. Devenir ami avec un adversaire était déjà mal vu, alors être intime avec un des Espadons… C'était tout simplement inapproprié et très risqué. Même s'il doutait qu'Urahara l'exclue de la compétition pour ce seul motif, Ichigo angoissait à l'idée que tout le monde sache pour lui et Grimmjow. Enfin… Pour les leçons. De son côté, le bleuté avait tout intérêt à ce que cette histoire reste secrète car lui, il en était sûr : Aizen ne ferait pas que l'éjecter de l'équipe s'il venait à apprendre qu'il avait donné des cours à un 'ennemi'. Il ferait en sorte que le nageur ne participe plus à aucune compétition, quitte à salir sa réputation pourtant excellente d'athlète performant.
Ichigo s'était écarté progressivement du mur pour se rapprocher du lit sur lequel il avait finit par s'asseoir. Grimmjow ne l'avait pas quitté des yeux. Le jeune rouquin leva la tête vers lui, dévoilant ses joues un peu roses :
« - Excuse-moi.
- Hein ?
- De ne pas t'avoir laissé de chance. J'ai eu peur… Et pas seulement de toi. C'est nouveau tout ça, pour moi. J'ai pas envie de tout rater, mais on dirait que c'est ce que je fais.
Grimmjow vint s'asseoir à ses côtés. Il fixa une énième fois les yeux cacao qui perçaient derrière ces mèches cuivrées.
- Commence pas à philosopher, va. Tu te débrouilles plutôt pas mal, pour l'instant. Avec ces choses-là, vaut mieux pas trop réfléchir.
- 'Écoute ton cœur', hein ? ironisa Ichigo en souriant enfin.
- Tch. Sale gosse… » répliqua Grimmjow sur le même ton moqueur.
Les deux nageurs se détendirent enfin. Ichigo voulait entendre le rire du bleuté encore et encore. C'était un rire espiègle et vrai, pas un de ceux qu'avaient eu les autres Espadons en le voyant la veille habillé en serveur. Quant à Grimmjow, il aimait cette proximité avec le rouquin et profita de ce qu'ils riaient pour presser sa cuisse contre la sienne. Ichigo s'en aperçut mais n'objecta rien. Il se contenta de regarder leurs deux genoux se toucher tout en se demandant comment se passerait leur prochaine leçon. Et il se surprit à avoir hâte. C'était vraiment dingue.
Soudain, un éclair traversa l'esprit d'Ichigo. On était quoi, jeudi ? Oh non, le restau!
« - Quelle heure il est ?! demanda-t-il paniqué à Grimmjow qui cessa de rigoler aussi sec.
- Quoi ?
- L'heure !
L'Espadon prit un air grave et jeta un coup d'œil à son poignet.
- Presque onze heures, mais pourquoi tu…
- Merde, je suis à la bourre, je me faire trucider ! Désolé, je… il faut que j'y aille !
- Là, maintenant ?! »
Ichigo se leva et lança une œillade à Grimmjow. S'il ne le connaissait pas aussi bien, il aurait dit que le bleuté avait une mine triste. En vérité, Grimmjow était déçu : il avait prévu de passer le reste de la matinée avec lui (au lit). Il en mourrait d'envie, mais bon. Le bleuté se résigna et jura intérieurement de rattraper ce 'retard' plus tard. Il imita Ichigo et se leva à son tour. Dans la minute qui suivit, l'Ondin, gêné de quitter Grimmjow de la sorte, se confondit encore en excuses et Grimmjow le fit taire par un baiser.
Inattendu, bref, mais tendre.
Et étonnamment, c'était exactement ce dont Ichigo avait besoin pour bien commencer cette journée.
Ichigo s'engouffra dans l'ascenseur, un sourire plaqué sur le visage. La cabine était vide, ce qui lui laissa le loisir d'observer son reflet sur la paroi éclatante. Il se trouva un air niais, mais impossible d'ôter ce sourire de sa figure. Ichigo venait de quitter Grimmjow à contrecœur, mais leur dernière étreinte l'avait ravi. Le bleuté avait proposé de l'accompagner en voiture mais il avait refusé. Après tout, Benihime n'était qu'à quelques minutes à pieds de l'hôtel et Grimmjow avait sûrement beaucoup de choses à faire…
Ichigo avait commencé à chantonner la musique qui passait dans l'ascenseur quand ce dernier s'arrêta deux étages plus bas dans un tintement. Les portes s'ouvrirent alors sur la seule personne que le rouquin aurait désiré ne plus jamais revoir.
Nnoitra.
Aussitôt, le sourire radieux qu'arborait Ichigo s'effaça. Lorsque le nageur pénétra dans la cabine d'ascenseur, l'Ondin se rappela de la taille impressionnante de cet homme. Bon sang, il touchait presque le plafond ! Soudain, Nnoitra posa son seul œil valide sur Ichigo et grogna. Lentement, il montra des dents semblables à des touches de piano –tout était immense chez lui, ou quoi ?- et dit :
« - Oh… Mais on se connaît ! C'est toi le petit serveur de Grimm ! Alors comment vont tes potes ? Prêts à mordre la poussière ?
- Ça va, merci. On met le champagne au frais pour notre victoire. »
Nnoitra perdit son sourire et ses lèvres se crispèrent dans un rictus de rage. Avant qu'Ichigo ait pu faire quoi que ce soit, un poing gigantesque s'était logé entre ses côtes. Une douleur terrible déchira immédiatement son estomac et Ichigo sentit la nausée le submerger à nouveau. L'homme au bandeau profita de ce que le rouquin était tombé à terre pour se pencher sur lui.
« Ça c'est pour mon œil, petit con ! Et te fais pas d'illusions, on va vous briser... Vous avez aucune chance ! »
Sur ces mots, Nnoitra attendit patiemment que l'ascenseur arrive au rez-de-chaussée, avec Ichigo qui gisait sur le sol, la respiration coupée par l'élancement dans son ventre. Les portes s'ouvrirent et il quitta la cabine sans se retourner, trop content d'avoir pu enfin passer ses nerfs sur quelque chose. Ichigo ne put se relever sans l'aide de deux autres clients de l'hôtel qui passaient par là. Il était clair qu'il avait été passé à tabac, mais le jeune homme ne voulait aucune aide. Craignant que Grimmjow ne descende et le voie ainsi, il reprit ses esprits sur un banc à la sortie de l'hôtel.
Son tournis venait à peine de cesser quand il aperçut une scène des plus étranges: Derrière la vitre du restaurant de l'hôtel, Ichigo crut reconnaître Aizen attablé dans un coin, en grande conversation avec quelqu'un qui ressemblait fortement à... Urahara?!
Croyant que sa vue lui jouait des tours, Ichigo se frotta les yeux. Mais il ne rêvait pas. Aizen était de trois quarts et on ne distinguait pas bien son visage mais il était clair que les deux entraîneurs prenaient le thé ensemble, tapis dans le coin le plus reculé du restaurant. Seules quelques plantes les séparaient du reste des tables, mais personne d'autre ne mangeait à cette heure. Il était bien trop tôt pour un déjeuner et trop tard pour un brunch. Qu'est-ce que ça voulait dire?
Ichigo savait pertinemment qu'Aizen logeait ici, mais alors pourquoi avoir invité son principal rival? S'il se rappelait bien, Urahara avait qualifié le coach des Espadons de 'vieille connaissance', pourtant rien ne laissait supposer qu'ils étaient encore en bons termes. Le jeune rouquin secoua la tête, toujours en proie à la nausée. La douleur dans son ventre s'amenuisait alors qu'il reprenait enfin une respiration normale. Evidemment, ce n'était pas des affaires d'Ichigo de se mêler de la vie des autres, mais la curiosité l'emporta rapidement sur la gêne. Il plissa les yeux pour Aizen lever la main vers Urahara et lui caresser la joue.
À cet instant précis, la surprise fit Ichigo se redresser, ranimant la douleur sur ses côtes. Il grimaça puis plaqua une main sur son flanc.
C'était quoi ça ?
Sûrement pas le geste banal de deux anciens potes de lycée ! Ichigo lança un nouveau regard vers l'hôtel. Urahara venait de balayer gentiment la main d'Aizen hors de son visage. Les lèvres des deux hommes bougèrent beaucoup et Ichigo regretta de ne rien pouvoir entendre de leur conversation. Son regard parcourut l'ensemble de la rue avant de revenir sur les deux hommes derrière la vitre. Urahara regardait sa montre avant de se lever pour enfin quitter son interlocuteur. Ce geste tira Ichigo de ses pensées: lui aussi devait partir, il était attendu au Benihime depuis plus d'une demie heure! Il se leva à son tour et marcha aussi rapidement que lui permettait son corps blessé. Un dernier regard en arrière lui dévoila le visage déconfit d'Urahara qui venait de remarquer sa présence.
Une main sur sa canne et l'autre contre la porte de l'hôtel, l'entraîneur fixa ce point orange s'éloigner et se fondre dans la foule.
Après une journée parsemée de douleur et d'ennui, Ichigo quitta son tablier et le rangea dans le placard adéquat. Il s'était attendu à ce que Yoruichi lui passe un savon mémorable à cause de son retard, mais rien de tel n'était arrivé. La propriétaire de Benihime venait en effet de recevoir l'évaluation de son restaurant sous la forme d'un article dans la revue gastronomique locale. La jeune femme s'était empressée de faire lire à tous les employés le compte-rendu édifiant de Byakuya Kuchiki :
« Benihime : Un établissement à la hauteur de sa réputation de marque. Quelques changements notables sur la carte s'ajoutent à des prix abordables, le tout dans une ambiance soignée pour un résultat très satisfaisant, malgré un service aléatoire. »
Tandis que tous s'étaient félicités d'un si bon écho, Ichigo avait un peu caché sa joie. Lui n'avait retenu que « service aléatoire ». Tch. Il aurait bien voulu l'y voir, le critique ! Pas évident d'être au taquet pour chaque table quand on est le seul serveur du restau ! Et Yoruichi qui refusait d'employer plus de monde… Enfin. Avec cet article, la clientèle allait maintenant doubler, et elle serait forcément obligée d'engager un serveur de plus !
Ichigo salua ses collègues avant de partir et passa dans le hall pour féliciter sa patronne une fois de plus. À sa grande surprise, elle mentionna l'idée de prendre un autre serveur dès la semaine suivante, sous condition que le petit nouveau soit coaché par ses prédécesseurs (sous-entendu : Orihime et lui). Ichigo ne put qu'acquiescer à cette demande. L'important, c'était qu'il n'ait plus à travailler autant pour tous. Avec quelqu'un d'autre en salle, il aurait beaucoup plus de temps libre, et donc plus d'occasions de se rendre à la piscine…
C'est en pensant à cette perspective très plaisante que le rouquin quitta le restaurant ce soir-là. Il se voyait déjà dans l'eau, en compagnie d'un certain bleuté au regard ravageur. Un mince sourire s'installa sur ses lèvres et l'esprit ailleurs, il manqua presque de remarquer la présence d'un homme en chemise vert olive à quelques mètres de lui.
« - Ichigo ?
Le jeune homme sursauta à l'appel de son nom. Adossé à un mur devant lui, Kisuke Urahara lui lançait une œillade polie en souriant comme à son habitude. Mais ce soir-là, il y avait de l'appréhension dans son regard. Ichigo s'arrêta à son niveau, embarrassé par les évènements qui amenaient son entraîneur ici. Tous deux se saluèrent comme si de rien n'était, puis Urahara demanda au rouquin s'il rentrait chez lui, ce à quoi Ichigo répondit par l'affirmative.
- D'accord. Ça te dérange si on fait un bout de chemin ensemble ? J'ai à te parler.
- Pas de souci, rétorqua un Ichigo plus mal à l'aise que jamais.
Les deux hommes se mirent en route dans le silence le plus total. Pendant un moment, on n'entendit plus que le bruit de leurs propres pas et celui de la canne du coach. Puis Urahara soupira :
- Bon, Ichigo… Je sais que tu m'as vu ce matin. À l'hôtel. Et ne me dis pas que tu n'y étais pas, je reconnaitrais ta tignasse orangée n'importe où.
Ichigo n'osait pas rencontrer le regard de son entraîneur. Il ne répondit rien et continua de fixer le sol devant lui. En fait, il avait repensé à Aizen et Urahara toute l'après-midi sans savoir quoi faire. Il avait bien compris que quelque chose de spécial liait les deux hommes, mais c'était clair qu'il avait été témoin de quelque chose qu'il n'aurait pas du voir. Sinon, l'homme à la canne ne serait pas là avec lui en ce moment. Urahara reprit :
- Écoute, ce que tu as vu ce matin, c'était…
- Vous n'avez pas à vous justifiez, je ne… commença le rouquin.
L'entraîneur ralentit et posa sa main sur l'avant bras de son élève.
- Non, il faut que tu comprennes. Je préfère que tu saches. »
Ichigo s'arrêta complètement et dévisagea l'homme qui se tenait en face de lui. Il n'avait plus cet air jovial qui le caractérisait d'habitude. Son regard était grave, témoignant de l'importance de ce qu'il avait à dire. L'Ondin plongea ses mains dans les poches de son jean et hocha la tête, prêt à entendre l'histoire d'Urahara. Ce dernier sut qu'il avait alors toute l'attention du jeune homme et se remit à marcher, plus lentement cette fois. Il prit une grande respiration et commença son récit.
« Avec Aizen, on se connait depuis longtemps. Depuis le lycée, très exactement. Là-bas, on a rapidement tissé des liens très forts…
Ichigo écoutait attentivement, buvait les paroles de son coach comme s'il lui livrait une grande vérité. Ce qui était plus ou moins le cas : Au fur et à mesure qu'ils avançaient, Urahara lui révéla ce qu'il connaissait du passé d'Aizen.
Ce dernier venait d'un quartier modeste (pour ne pas dire pauvre) d'une ville voisine et avait grandi chez son père. Sa mère les ayant laissés quand il avait trois ans, les deux hommes ne s'étaient jamais vraiment compris et ils avaient appris à vivre sans trop se parler. Le père du jeune Sōsuke était tombé dans la dépression peu après le départ de sa femme : un gosse sur les bras et de maigres allocations familiales ne l'avaient pas aidé à se reconstruire au fil du temps. Son seul refuge fut l'alcool. Jusqu'à l'adolescence de son fils, il restait à une bouteille par jour, mais la situation s'était dégradée dès qu'Aizen été entré au collège. Au fil du temps, le jeune homme avait appris à tout faire pour passer le moins de temps possible chez lui car il savait ce qui l'attendait à la maison : son père, saoul comme à son habitude, se tiendrait encore une fois en embuscade pour lui crier dessus, et il en avait assez. Quand Sōsuke avait quitté le domicile familial pour partir en pension, il n'avait pas une fois regardé en arrière et prit le premier train sans le moindre regret. Les études représentaient alors une porte de sortie hors du taudis qui l'avait vu naître, et ça, c'était tout ce qu'il voulait. S'échapper.
Mais une fois au lycée, Aizen s'était rendu compte que les autres ados étaient différents de lui. Ils avaient tout ce qu'ils voulaient, des vêtements à la mode, des téléphones dernière génération, des affaires de classes haut de gamme… Et pourtant ils n'étaient pas heureux. Ils osaient se plaindre. Lui qui n'avait jamais connu autre chose que la misère et la honte, ce comportement le mettait hors de lui. Toutefois, il y avait un élève qui sortait du lot. C'était le seul à se taire quand tous les autres se moquaient de lui. Un jour, ce garçon avait marché vers Sōsuke et lui avait demandé de venir s'asseoir à côté de lui. Simplement. Comme s'ils avaient toujours été les meilleurs amis du monde. Ce qu'ils n'avaient pas tardé pas à devenir.
Kis' et Sos'.
Les deux gars bizarres du fond de la classe. Ce souvenir fit s'étirer les lèvres d'Urahara. Ça remontait à tellement longtemps, et pourtant ça avait l'air si frais dans sa mémoire. Le moindre détail de leurs conversations l'amusait encore aujourd'hui. Surtout maintenant qu'il avait été confronté de nouveau à cet homme, ancien ami devenu par définition un ennemi.
Malgré tout ce qui s'était passé dans sa vie, Urahara ne regrettait rien. D'accord, il avait perdu presque toute la mobilité de sa jambe droite, mais sans cela il ne se serait jamais tourné vers l'enseignement. C'était la meilleure chose à faire. Nager était sa passion, « toute sa vie », comme il disait au lycée. Mais après sa chute, il avait appris à relativiser. Sa vie ne s'arrêtait pas, la Terre continuait de tourner, les saisons défilaient. Et puis finalement, être coach sportif s'était avéré être un bien meilleur métier qu'il ne le pensait. Entraîner des jeunes, les conseiller, les « booster » pour les pousser à se donner à fond et les voir réussir… Tout ça vous faisait chaud au cœur. Et il y avait toujours l'eau. Le bassin. Le dallage froid de la piscine. Son univers n'était pas trop chamboulé. À la longue, il avait su prendre ça à la légère. Quand on lui demandait pour sa jambe, il répondait simplement :
« Cool, la canne, hein ? J'ai droit aux places handicapées mais maintenant je me méfie des plongeoirs glissants. Ce sont les plus fourbes de tous. »
Après tant de précisions sur lui-même et sur sa vie, Urahara fit une pause. Il tourna la tête vers Ichigo en espérant que le jeune homme n'avait pas perdu le fil. Il savait qu'il avait tendance à toujours trop parler, mais bon. Autant que tout soit dit. De son côté, Ichigo se demandait comment réagir face à toutes ces confidences sur la vie intime de son entraîneur. Hésitant, il interrogea Urahara :
- Mais alors… Qu'est-ce qui s'est passé ? Je veux dire… Vous avez eu votre accident et vous êtes devenu entraîneur comme Aizen. Mais… Pourquoi il est parti ?
- Oh, c'est moi qui l'ai quitté. Avec le temps, les récompenses, et son trop-plein d'ambition, il était devenu très différent du garçon que j'avais rencontré au lycée. Et son succès d'aujourd'hui prouve que j'ai eu raison. Tu lui as toi-même parlé, tu as vu comment il se comporte auprès des autres : À présent, nous sommes la masse, le peuple, trop petits pour comprendre sa grandeur et son 'génie'. Il traite tout le monde comme si les gens lui appartenaient. C'est vrai, c'est un si grand honneur pour le commun des mortels de rencontrer l'illustre entraîneur de ce qui pourrait bientôt devenir l'équipe nationale de natation!
- Mais qu'est-ce qu'il veut, au final ?
- Ce qu'il veut ? ricana Urahara. Sa revanche sur la vie, pardi ! Son enfance fut misérable, alors le reste de son existence se doit d'être la plus parfaite possible. Du moins, c'est sa logique. Il m'a fallu du temps pour comprendre tout cela. Au début, je le croyais simplement mégalo... Mais c'est beaucoup plus que ça. Il veut voir le monde à ses pieds pour prouver que parti de rien, il est devenu quelqu'un.
- Il est dingue… murmura Ichigo.
- Complètement. Mais tant qu'il ne fait rien d'illégal, il n'est pas considéré comme dangereux. Ses méthodes d'apprentissage frisent l'esclavage sportif, mais les résultats sont là. Les sponsors se l'arrachent. Plus il gagne de compétitions, plus il est connu. Et plus il est connu, plus il se rapproche du poste d'entraîneur national. Le Japon n'aura jamais connu meilleur plan de carrière. Enfin. Maintenant qu'il sait que notre équipe est en liste pour le trophée Neptune, il bouillonne. Ce matin, quand tu nous as vus, il essayait de me convaincre de me retirer de la compétition, mais j'ai refusé. »
Le regard perdu dans le ciel, Urahara continua sur un ton plus bas.
« - Aussi charmant soit-il, je ne tiens pas à ce qu'il croie qu'il m'a à sa botte. Je ne suis pas le seul à me méfier de lui, mais il n'y a que moi qui sache à quel point son ambition lui est montée à la tête. Alors voilà. Sache qu'il n'y a rien de frauduleux entre nous, et même si c'est dur à croire aujourd'hui, nous sommes bons amis.
- Mais vous disiez qu'il est dangereux…
- Il l'est. Mais on ne change pas le passé. Nous sommes restés ensemble pendant un temps considérable. Je le connais, il me connait. Mais il fait l'erreur de croire que je suis 'faible'. S'il ne me fera jamais du mal physiquement, il essayera par tous les moyens de nous faire renoncer à concourir. Il va falloir qu'on fasse attention. Tous.
Ichigo cessa de marcher, les sourcils froncés.
- Pourquoi vous me dites tout ça ?
- C'est simple. Je te raconte ce que je sais parce que des personnes mal intentionnées pourraient penser qu'avec Sōsuke, nous trafiquons le concours en nous arrangeant tous les deux. Ce qui est faux, naturellement. Mais tout le monde n'est pas capable de croire sur parole quelqu'un qui vise un trophée.
- Ce matin, j'ai trouvé ça bizarre de vous voir avec lui, avoua Ichigo. Mais… j'aurais pas insinué quoi que ce soit si vous ne m'aviez rien dit.
Urahara eut un regard pour son poulain et sourit.
- Tu es quelqu'un de bien, Ichigo. Je sais que tu ne ferais rien qui puisse nuire à ton équipe et à tes amis. C'est pourquoi il est important que tout ce que je t'ai dit ce soir reste entre nous. Les gens ne doivent pas savoir pour Sōsuke et moi. Cela mettrait nos deux équipes sous une pression énorme, en plus de la suspicion des juges. Tu comprends ?
- Oui, bien sûr.
- Bon. Tant mieux. J'espère que tout est plus clair pour toi, maintenant.
- Ça l'est.
- Formidable. Je vais te laisser, alors. Passe une bonne soirée, Ichigo.
- Vous aussi. Et merci de m'avoir mis au courant pour… pour tout.
Urahara, qui avait déjà commencé à s'éloigner, fit un signe de la main au rouquin en s'engageant dans une rue un peu plus loin :
- Je te fais confiance ! »
L'homme à la canne disparut ensuite de la vue d'Ichigo, le laissant seul avec ses pensées.
Confiance ? Ce mot pourtant ordinaire résonna dans sa tête comme un écho, suivi de près par la phrase d'Urahara : « tu ne ferais rien qui puisse nuire à ton équipe ». Bien sûr, le coach des Ondins avait raison. Toutefois la première chose à laquelle Ichigo avait pensé quand il avait entendu ces paroles n'était ni Aizen ni même sa propre équipe… mais le trait bleu sous les yeux de Grimmjow.
VOI-LAAAA! Chapitre 7: Fait!
Un grand merci à tous ceux et celles qui se sont inquiétés pour ma santé. Je suis complètement rétablie maintenant et vos messages m'ont touchée ! Vous êtes géniaux *embrasse son écran les larmes aux yeux* ! À part ça, pardon pour toutes ces semaines sans parution de chapitre. Je n'ai pas d'excuses, je ne suis pas partie en vacances (je dois être la personne la moins bronzée de France, ayez pitié de moi). Un bon million de projets m'attendaient, bloquant mon inspiration. Je sais que c'est long d'attendre un chapitre qui n'arrive pas (je suis lectrice moi aussi) alors je comprendrais si mon rythme lent agace. On m'a d'ailleurs posé la question plusieurs fois : À contre-courant aura à mon avis entre 10 et 15 chapitres, sachant que pas mal de péripéties sont à venir. Mais pas de panique, le chapitre 8 est déjà en cours d'écriture, alors "Be prepared", comme disait l'autre !
L'instant courrier:
Shishi-sama, Lylyn972, Framboise-sama: Merci merci merci x) Vous aimez, mon but ultime est donc atteint ! haha
Lynn : Oui, ça va mieux. Les lecteurs savent être patients, Dieu merci ! ^^' Et je suis pas tendre avec Ichigo, mais j'aime pimenter le récit. Et ça lui va tellement bien !
Priscilla : Ça c'est clair, ma santé m'a joué des tours (la garce !) mais je suis toujours aussi contente de voir que ma fic te plait :3
LPM (Lémurien-Porte-Manteaux ? Le Parti des Pommes Mûres ? lol désolée, j'aime jouer avec les initiales énigmatiques) : Voilà, un nouveau chapitre tout chaud ! J'espère qu'il te plaira également ! Merci de ton soutient ^w^
Shini- : Que d'éloges, wow ! Je suis… bah euh… honorée xD Ravie de voir que tu aimes ce que j'écris. Mon humour n'est vraiment pas mon point fort pourtant, je fais de mon mieux dans chaque chapitre alors c'est génial si ça fonctionne ! Et si mon histoire dégage « une fraîcheur déroutante », comment qualifier les autres fics françaises sur ce site? (je suis pas Gavalda ou Nothomb, nom de Zeus ! J'arrive pas à croire que j'ai des fans) ^^'
Une dernière parenthèse avant de vous laisser : j'espère que vous avez profité de vos vacances (chanceux) et que vous avez pu suivre les J.O… Non, je dis ça parce que j'ai bavé à en remplir trois seaux en regardant les épreuves de natation messieurs. *Tous ces mââââles en maillot de bain…ME GUSTA!* Et je ne pense pas avoir été la seule muahaha...
Allez, à bientôt pour la suite!
