Bonjour à tous ;D la reprise s'est bien passé?

Chapitre 7: Où le Vampire est assimilé à un parrain de la mafia sans le savoir

Will fit un pas hésitant sous les combles, puis un autre, refermant la trappe derrière elle. L'endroit était sombre, noir comme dans un four, sinistre même.
Bénie soit la nyctalopie, en un sens. Elle n'avait pas besoin de tourner l'interrupteur.
Sur le plancher, des caisses et objets en tout genre s'ammoncelaient hasardeusement jusqu'à atteindre les larges poutres du toit. L'essentiel était recouvert de draps, donnant à ce qui devait être de simples statues et antiquités de moindre valeur des aspects fantasmagoriques, qui aurait pu effrayer quelqu'un de plus impressionnable que Will. Mais son odorat ne la trompait jamais, malgré la poussière flottant dans l'air qui envahit ses narines sensibles, la faisant éternuer. Elle savait qu'elle était seule dans la pièce. Nul assassin, nulle créature maléfique ne se cachait derrière ces formes spectrales enveloppées de blanc. Visiblement, personne ne montait jamais jusqu'ici.
Personne de vivant, en tout cas.
- Boromir? appela-t-elle prudemment.
- Bella?
Elle se retourna brusquement, son coeur battant à grands coups dans sa poitrine. Nul doute que si elle avait eu un peu moins de self-contrôle, elle aurait sauté au plafond. Èvidemment. L'imbécile n'avait pas pu s'empêcher de vouloir faire son petit effet et venait d'apparaître de nulle part juste derrière elle.
- Qu'est-ce que tu fais là? s'enquit-il, visiblement très satisfait de sa performance, un sourire hilare plaqué sur le visage. En fait, il rayonnait littéralement de plaisir. Mais c'était sûrement dû au fait que les spectres étaient phosphorescents et donc bien plus visibles dans le noir.

Will prit une grande inspiration. Très mauvaise idée. La poussière ambiante lui descendit dans les poumons, et elle fut prise d'une quinte de toux déchirante.
Boromir ne fit rien pour l'aider, se contentant de la regarder d'un air compatissant, bras croisés derrière le dos. Elle ne lui en voulait pas. Ce n'était pas comme s'il pouvait réellement faire quelque chose de toute façon.
- Il faut qu'on parle, chuinta-t-elle avec difficulté lorsqu'elle eut réussi à reprendre un peu de souffle.
Il se frotta l'arrière de la tête d'un air absent.
- C'est grave à ce point?
- J'ai dîné hier soir avec mon voisin d'en face, déclara-t-elle dans une tentative boîteuse d'amener le sujet avec diplomatie.
Le fantôme leva un sourcil.
- Cool pour toi, commenta-t-il.
- Il s'appelle Bard, insista la jeune femme. Bard Bowman.
Boromir se figea. Une ombre passa sur son visage et il secoua la tête.
Will fit un pas vers lui.
- Écoute, commença-t-elle, je...
Il lui tourna le dos. Carrément. Sa lumière se ternit un peu.
Will se mordit la lèvre. Elle avait une envie terrible de le prendre dans ses bras pour le réconforter, sauf que c'était impossible. Elle n'étreindrait que du vide.
- Tu sais, si tu ne veux pas en parler, ça me va, murmura-t-elle.
Les épaules du spectre tremblaient.
- Non, c'est bon, dit-il d'une voix sourde.

Il se retourna lentement pour lui faire face, pivotant avec une grâce étonnante sur ses pieds sans réel contact avec le sol.
Il ne portait pas d'uniforme de flic, réalisa-t-elle pour la première fois, mais il y avait quelque chose de militaire dans ses manières et sa façon de se déplacer. Elle aurait dû le déduire.
- Comment va-t-il? demanda-t-il. Bard?
- Bien, je crois, répondit-elle avec soulagement.
- Et..., hésita le spectre. Ses gosses?
- Sigrid est en fac de médecine, Bain est au lycée militaire de Minas Tirith et Tilda est dans la même classe que mon neveu.
- Bien, dit-il simplement.
Son sourire était douloureusement forcé.
- Faramir? questionna-t-il avec espoir.
Faramir? Qui était Faramir?
- Mon frère, précisa-t-il devant son air perplexe.
Ah.
Celui-là.
- Parti s'installer à Minas Tirith.
- Il a jamais aimé Erebor, de toute façon, soupira le fantôme. Trop bruyant. C'est un intellectuel, mon frangin.
On sentait percer la fierté sous l'amertume.
- Tu veux que je prenne contact avec lui? proposa Will. Je veux dire...c'est ton frère. Il a le droit de savoir.
Si Grandmère, Grandpère, Drogon ou Prim revenaient sous forme d'ectoplasme, Will apprécierait d'en être informée, même si elle ne savait pas comment elle réagirait à la nouvelle.

Boromir laissa échapper un sifflement agacé.
- Et ça changerait quoi?
Il avait raison. Pas grand chose, à la vérité. Il était mort et le resterait. Et visiblement, il était lié au musée plus fermement que s'il y avait été enchaîné. Il ne pourrait pas en partir même si son frère venait pour l'emmener.
Boromir secoua la tête.
- Bella, je sais que ça part d'une bonne intention, conclut-il sur un ton définitif, mais ça fait quand même dix ans...
- Et alors?
- Alors? s'énerva le spectre, il a refait sa vie, et je n'en fait plus partie depuis longtemps, alors je ne pense pas que ce soit une bonne idée de venir le relancer.
Will acquiesça. Triste constat.
- Tu aurait quand même pu dire que tu t'étais fait descendre dans la rue de derrière, grinça-t-elle. J'y clope tous les jours, moi.
Boromir haussa les épaules.
- Je me suis pris trois décharges de fusil à pompe, dit-il avec détachement. C'est pas quelque chose dont j'ai spécialement envie de me rappeler.
Son visage se ferma.
- Si ça peut te rassurer, je ne me suis pas fait flinguer derrière le musée. Il m'a tiré dessus ailleurs et ensuite, il m'a transporté en camionnette, et laissé crever au milieu des poubelles.
Will sentit la nausée lui monter à la gorge. La Louve se mit à gronder sourdement.
La voix de Boromir se fit lointaine.
- Je te jure que jusqu'au bout j'ai cru que quelqu'un allait me trouver, et que si je fermais les yeux, j'allais me réveiller à l'hôpital et m'en sortir.
Il frissonna.
- Mais personne n'est venu. J'ai fermé les yeux, et l'instant d'après, je me suis retrouvé à fixer bêtement la statue de Mahal au deuxième étage. Tu sais, celle qui a l'air constipée.
Son visage se tordit en une grimace songeuse, et il y eut un éclair de douleur fugitif dans ses prunelles grises.
- Je dois dire que c'était assez flippant, dit-il sur un ton qui se voulait humoristique mais qui ne l'était pas, parce que ses yeux exprimaient exactement le contraire que ce qu'il espérait provoquer.
Et qu'y avait-il de plus désolant qu'un fantôme aux yeux tristes?

Will avait envie de prendre quelque chose dans ses mains et de le broyer. Lentement. Ce n'était pas juste.
- Il court toujours, dit-elle. Ton assassin.
La Louve se mit à grogner de colère rien qu'à l'idée.
- M'étonne pas, marmonna Boromir.
Le spectre se mit à faire les cent pas dans la pièce.
- Bon sang! s'exclama-t-il, et de rage, il donna un coup de poing dans une des caisses.
Inutile, puique son bras passa au travers sans même l'ébranler ou émettre un seul son.
- Je le tenais! Je le tenais, merde! s'emporta-t-il. Et je me suis fait avoir comme un bleu!
Nul doute que s'il avait encore appartenu au monde des vivants, il serait devenu vert de rage. Mais il ne pouvait qu'accentuer la luminescence glauque qui émanait de lui, et qui donnait l'impression de sourdre comme du poison.
- Enfin, soupira-t-il en se recomposant une contenance. Il doit être à l'autre bout de la Terre du Milieu à l'heure qu'il est.
Will grinça des dents. Celui qui avait massacré la Meute était probablement aussi à l'autre bout de la Terre du Milieu.
Et elle était aussi impuissante que Boromir quand il s'agissait de prendre une revanche pourtant bien méritée. Du moins, pas temps que Frodon ne pouvait se débrouiller sans elle.
- Donc, pour résumer, tu as abandonné, dit-elle.
Boromir fit un grand geste théâtral.
- Et en admettant que je sois un jour capable de quitter le musée, que veux-tu que je fasse d'autre? s'exclama-t-il. À part le hanter jusqu'à la fin de ses jours?
Will se mordit les lèvres.
- Je pourrais parler à Bard, hésita-t-elle. La police n'a aucune piste, aucun nom. Ils ne savent même pas pourquoi tu es mort, Boromir!
- Et tu pense sincèrement qu'ils te croiront? rétorqua-t-il d'un air ébahi. Tout ce que tu vas gagner, Bella, c'est une enquête sur toi, et je te dis ça en tant que flic.
Ah. Vu sous cet angle-là...
- Et puis, rajouta-t-il avec hargne, c'est pas comme si tu pouvais comprendre...

La Louve gronda sourdement et la corde que Will avait senti se tendre dans sa poitrine depuis qu'elle avait pénétré sous les combles, comme tournée lentement pas une manivelle, se rompit brusquement.
- Écoute moi bien, connard, siffla-t-elle sur un ton venimeux. Ma famille entière a été massacrée par un tueur qui court toujours, je pourrais jamais rentrer chez moi et je me retrouve dans cette ville pourrie à m'occuper d'un gosse traumatisé et à mentir en permanence à toutes les personnes que je croise. Tu crois que je sais pas ce que ça fait?
Boromir recula, une expression choquée sur la figure.
- Bella...
- Je m'appelle pas Bella! hurla-t-elle soudain, sa voix résonnant sous les combles.
Des larmes se mirent à rouler sur ses joues sans qu'elles puissent les stopper, et elle les mit sur le compte de la poussière.
- Tu avais dit que les parents de ton neveu étaient morts dans un accident de voiture, dit doucement le spectre.
Elle secoua la tête, essuyant rageusement ses joues trempées.
- J'ai menti. J'ai fait que mentir depuis que je suis arrivée ici, gémit-elle. J'en ai marre, Boromir.
Il tendit une main vers elle, sans doute pour la poser sur son épaules, avant de se rétracter.
- Programme de protection de témoins? demanda-t-il, compréhensif, connaissant à demi-la réponse.
Il était flic, après tout.
- Oui, murmura-t-elle.
- Et donc...comment tu t'appelle? En vrai?
Elle inspira à fond.
- Willow Baggins. Mes amis m'appelaient Will.
Le spectre sourit.
- Will, répéta-t-il. J'aime bien.
- Freddie s'appelle Frodon, et il est mon cousin, pas mon neveu.
Ça faisait du bien, mine de rien, de se soulager. Comme un gros poids qui se dissolvait lentement.
- Oh, Mahal, grogna-t-elle. J'aurais jamais dû te raconter tout ça.
Boromir haussa les épaules.
- Tu sais, l'avantage d'être mort, c'est qu'on ne risque plus grand chose.
Ouais. Sauf de la part des médiums et des Nécromants, et aussi de devenir un Poltergeist. Ça arrivait, parfois.
- Pas un mot à qui que ce soit, insista-t-elle.
Il leva les mains au ciel.
- Je serais muet comme une tombe.
Il fit une pause qui sembla le plonger dans des abîmes de réflexion.
- C'est pourri, comme métaphore, non?
Will rit. Ça aussi, ça faisait du bien.
- Un peu, ouais, confirma-t-elle.

Elle essuya ses paupières de la manche et pointa un index vengeur en direction du spectre, l'enfonça dans son torse inconsistant de plusieurs centimètres.
- Toi, par contre, tu devrais parler à Tauriel, l'enjoignit-elle. Elle s'inquiète.
Si ç'avait été possible, elle aurait cru le voir rougir. Il haussa les épaules et sembla soudain très interessé par le plancher.
- Elle a assez de problèmes comme ça avec son Coven, je vais pas lui en rajouter.
Le Coven de Tauriel était un sujet de tension. Ça, Will l'avait bien compris. À tel point qu'elle n'osait pas demander d'explications, tant bien à l'intéressée qu'à Boromir qui n'en savait aucoup plus. Les Sorciers et Sorcières étaient plus puissants en groupes, et nombres de leurs rituels nécessitaient plusieurs participants. D'où les Covens, qui en général étaient des familles très soudées. Ce devait être assez grave, pour qu'elle s'en isole.
La Louve aussi comprenait. Sans la Meute, rien n'allait plus.
Des exilés.
En fait, ils l'étaient tous, dans ce musée. Plus ou moins.

Le portable de Will sonna brusquement, résonnant sous les combles poussiéreux de manière assez incongrue. Boromir la fixa, incrédule.
- Do you wanna build a snowman? T'es sérieuse, là? pouffa-t-il.
- Ta gueule, marmonna-t-elle. J'aime ce film.
Elle déverrouilla l'écran.
Tauriel.
- Allô?
- Bella? grésilla la voix à l'autre bout de l'appareil. T'es où? Ça fait une demie-heure que je t'attends!
- Au dessus de toi, sous les combles, répondit-elle. Avec Boromir.
Il y eut un moment de silence.
- Tauriel? s'inquiéta-t-elle.
- Okay, je veux pas savoir ce que vous trafiquez tous les deux, mais vous feriez mieux de rappliquer, parce qu'on a un problème.
La Sorcière sonnait vaguement hystérique. Furieuse en tout cas. D'humeur à la changer en crapeau si elle ne se dépêchait pas. Will ne savait pas si c'était possible, parce que le folklore dépassait souvent la réalité dans le cas de la sorcellerie, mais elle n'avait pas spécialement envie de vérifier.
- Je descends, soupira-t-elle avant de raccrocher.
- C'est grave? s'enquit le spectre.
Will haussa les épaules.
- J'attends de voir, répondit-elle. Tu viens?
Pour toute réponse, Boromir commença à s'enfoncer à travers le plancher, un sourire machiavélique fendant son visage d'une oreille à l'autre.
- Je serais en bas avant toi, de toute façon, se moqua-t-il.
Le sale traître!

Will soupira et souleva le battant de la trappe pour passer par l'échelle.
- Hey, Bel...Will, l'interpella le fantôme, enfoncé jusqu'à mi-corps, et dont les jambes devaient pendre dans le vide à l'étage inférieur.
La jeune femme haussa un sourcil interrogateur. Boromir leva les pouces en l'air comme un adolescent.
- Ça va s'arranger, promit-il. Ça s'arrange toujours. Et t'inquiètes pas trop pour moi. Il est trop tard de toute façon.
Il disparut d'un seul coup, comme si on l'avait aspiré par les pieds.
- Merci, murmura Bilbo à l'adresse de la pièce vide.
Les larmes lui montèrent à nouveau aux yeux, et ses ongles s'enfoncèrent dans sa paume blessée à travers le pansement, lui faisant un mal de chien.
À l'arrière de son esprit, la Louve protesta. Mais sans trop d'enthousiasme. Ce n'était pas juste. Quelqu'un comme Boromir méritait de vivre. Pas d'errer, c'était le cas de le dire, comme une âme en peine.
Mais il avait raison. Il n'y avait rien, absolument rien qu'elle ne puisse faire pour lui.
Il était trop tard.
Elle détestait cela.
L'impuissance.

Redescendre dans le musée lui prit bien deux minutes, qu'elle mit à profit pour tenter de se redonner une contenance à l'aide de son reflet dans les plaques métalliques qui ornaient l'ascenseur. Sans grand succès. Elle avait les yeux rouges, et ses lunettes ne faisaient qu'atténuer un peu l'effet.
- Tu as pleuré, fut la première constatation de Tauriel lorsqu'elle la rejoignit.
La Sorcière jeta un regard vers Boromir qui se tenait là, mains derrière le dos et air vaguement coupable, comme embarrassé de lui-même.
- Qu'est-ce qu'il a encore fait?
- Qui? Boromir? protesta automatiquement Will. C'est la poussière.
Elle se moucha vigoureusement.
- Je suis allergique, expliqua-t-elle. Et vu que j'ai l'odorat plus sensible que la moyenne...
Un mensonge de plus. Bah. À la longue, ça finissait par ne plus faire de différence.
Tauriel n'était pas dupe, cela se voyait à l'arc dubitatif de ses sourcils, mais elle ne releva pas.
- Qu'est-ce qui se passe? s'enquit Will, jugeant plus prudent de changer le sujet.

Le visage de la rousse s'assombrit dangereusement, et nul doute que si Will avait eu ne serait-ce qu'un peu moins de courage, elle aurait pris ses jambes à son cou pour aller se terrer dans une chambre forte, rien qu'en voyant cette expression.
Parfois, les légendes se vérifiaient. Parfois, les Sorcières étaient vraiment terrifiantes.
- Ce connard de Durinson a fait fermer le chantier de fouilles, siffla-t-elle.
La Louve et le Spectre ne réagirent ni l'un ni l'autre de manière très spirituelle.
- Quoi? croassèrent-ils ne concert.
Il faut dire que la nouvelle était assez... inattendue, désagréable, la cerise sur le gateau en quelque sorte, et bien plus encore. Les synonymes avaient du bon.
- Monsieur Fundinson a reçu un mail. Le chantier est interdit d'accès jusqu'à nouvel ordre.
- Éboulement? s'enquit Boromir, sourcils froncés.
- Il n'a donné aucune raison, soupira Tauriel. J'ai vu le mail, et c'était assez laconique, comme message.
Sa voix se déforma, prenant des intonations curieusement robotiques.
- Chantier fermé. STOP. Démerdez-vous. STOP. Passez une bonne journée. STOP.
La Sorcière siffla de désaprobation.
Will se sentait désappointée, pour ne pas dire déçue. Elle avait prévu de se rendre en personne sur les lieux. De gratter le sol avec ferveur en l'espoir de trouver un quelconque vestige d'un passé glorieux, d'explorer les vastes halls et grandes arches qui devaient immanquablement se trouver sous la pierre de la Montagne.
- C'est définitif? s'enquit-elle.
- Aucune idée, se lamenta Tauriel. Mais c'est un coup bas!

Il fallu dix minutes, un café, et un paquet de cookies synthétiques pour la calmer. Enfin, façon de parler. La Sorcière irradiait littéralement les ondes négatives, à tel point que même la Louve coucha ses oreilles mentales en arrière et montra ses crocs.
- C'est qui, ce Durinson? demanda Will après quelques instants de réflexion.
Jamais entendu parler de ce type. Et elle avait comme l'impression que c'était une lacune qui pourrait lui coûter cher.
Boromir et Tauriel la regardèrent avec des yeux ronds, comme si c'était le savoir basique le plus élémentaire du monde.
- C'est le proprio, grimaça le spectre.
Tauriel prit une gorgée de café.
- Thorin Durinson, expliqua-t-elle lentement, est l'homme d'affaire le plus riche d'Erebor. Il possède la plupart des compagnies minières et banquières.
- Et l'immobilier, aussi, ajouta Boromir. N'oublie pas l'immobilier.
- Ouais, confirma Tauriel. La moitié de la ville lui appartient, si ce n'est pas plus. Y compris le terrain de fouilles.
Will leva un sourcil.
- C'est possible, un type pareil?
La Sorcière soupira.
- Il est riche comme Crésus et aussi sympathique qu'un coffre fort.
- C'est un excentrique, persifla Boromir, le regard dans le vague. Avec les moyens de se le permettre.
- Il ne sort jamais de chez lui, dit la rousse, se resservant de café, sauf pour quelques galas et soirées, ce qui fait qu'on ne sait pas trop à quoi il ressemble.
- Certainement à un vieux décrépi.
- Tape son nom sur Internet et tu ne trouveras rien, poursuivit Tauriel, imperturbable, ignorant l'intervention du fantôme. Pas une seule photo. Il a deux neveux qui sortent un peu plus souvent, mais on ne sait quasiment rien sur eux non plus.
Will se sentait mitigé quand à la manière de considérer le flot d'informations qui lui parvenait d'un seul coup.
- Ça ressembla à la description d'un parrain de la mafia, observa-t-elle.

Tauriel eut un sourire finaud.
- Possible. En tout cas, ceux qui ont essayé de le faire tomber s'en sont mordu les doigts. Ce mec est indétrônable.
- Et il est le principal mécène de ce musée, ne l'oublie pas, dit Boromir en lorgnant les cookies avec un désespoir qui faisait mal au coeur, à tel point que Will s'empara du paquet et le glissa sous la table.
- Comme Gandalf?
Tauriel secoua la tête.
- Gandalf est un acteur financier mineur comparé à lui. Si Durinson nous coupait les vivres, il faudrait fermer boutique. On ne peut pas blâmer Fundinson de vouloir rester dans ses bonnes grâces, conclut-elle.
- Mais on a besoin de ces fouilles! protesta Will.
- Va le lui dire en face, soupira la Sorcière.
Will se leva et enfourna un cookie, avant de lui donner le paquet à moitié vide.
- Peut-être bien que c'est ce que je vais faire, siffla-t-elle, déterminée. Il faut que je vois Fundinson.
- Hey, intervint Boromir. Je sens venir la connerie à des lieues à la ronde.
- Qu'est-ce que tu vas faire? renchérit Tauriel.
- Ce que je vais faire? cracha Will, furieuse. Ce que je vais faire? Je vais prendre rendez-vous avec ce type et lui dire ma façon de penser!
Ce n'était pas un nanti arrogant et antipathique qui allait lui dicter sa manière d'agir. La Louve acquiesça en grondant sourdement.
Boromir laissa tomber sa tête sur la table. Eut-il été solide, le choc de son front contre le bois aurait produit un écho assez douloureux, mais il n'y eut aucun son, seulement le soupir désabusé de Tauriel.
- Et bien, grogna le spectre. On est mal barrés.

rencontre Thorin/Will dans deux chapitres :)