Voilà le nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira ! Je tiens à préciser que ce chapitre n'est pas le dernier !

Bonne lecture à tous \O/


De l'autre côté

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Il est là, face à lui. Newt tend sa main vers le miroir et son reflet en fait de même. Le jeune homme a peur. Il fait sombre, il est seul. Il tremble. Il ne porte qu'un simple tee-shirt et un pantalon. Il a froid. Ses yeux fixent ses yeux. Il s'enfonce dans ce gouffre sans fond qui est lui, il le sait. Il est ce qu'il voit dans le miroir. Il est ce garçon misérable. Ses cheveux lâches tombent sur ses yeux ternes. Il se fait pitié.

Sa mâchoire se crispe, son reflet sourit et sa main retombe. Ce n'est plus lui qu'il voit. L'homme qui lui fait face lui ressemble, ils ont la même apparence. Mais l'un est malade et l'autre va bien.

Newt ne comprend pas ce qui lui fait face. Le monstre a les pupilles qui brillent, il se moque clairement de lui. Et quand le diable ouvre la bouche, c'est sa voix qui sort. Alors il est vraiment lui ? Il est vraiment ce démon qui l'effraie ? A-t-il vraiment peur de lui-même ? Mais sa bouche est fermée quand celle de l'autre est ouverte. Ce n'est pas lui qui parle.

L'autre chantonne, sifflote, ricane, tend la main pour inviter l'autre à le rejoindre.

- Descends, nage avec moi à travers les gouffres qui te séparent de la Mort. Elle t'attire, elle t'attend. Tu le sais, tu le sens. Tu le veux, tu l'as dit. Tu ne vas pas le regretter alors que tu es si proche de la fin quand même ? Viens avec moi, descends avec moi, tombe avec moi. Faisons en sorte que ça en vaille la peine.

Newt frissonne. Il n'est pas encore prêt, c'est beaucoup trop tôt.

- Non… Je ne peux pas. Ma famille, mes amis, ils m'attendent. Je ne peux pas partir maintenant…

L'horreur sourit toujours plus.

- Un millier de nuits sont passées depuis qu'ils ne t'attendent plus. Le changement n'a pas eu lieu du jour au lendemain, invisible en premier lieu, ils ont fini par t'oublier. Il est important de tenir le coup. Donne-moi tes conseils : comment on vit après la mort de son fils ? A demandé ta mère. Et maintenant elle va bien, elle donne elle-même ses conseils à d'autres. Tu vois, tu n'es pas indispensable, petit Homme.

La colère envahit le pauvre condamné.

- Ils ne m'oublieront pas !

- Et comment peux-tu le savoir ? Se moque l'autre. Tu es avec eux ? Tu es encore vivant pour constater les dégâts inexistants de ta disparition ? Moi j'y suis et je te dis. Ils vont bien, comme ils ont toujours été bien, que tu sois là ou pas n'y change rien, tu n'existes plus. Mais n'es-tu pas content qu'ils puissent t'oublier ? Es-tu égoïste au point de vouloir qu'ils te pleurent ?

- Ils peuvent continuer à vivre sans m'oublier…

- Pourquoi se souviendraient-ils de toi, poussin ?

Newt ne sait pas. Il n'y a aucune raison pour que les vivants se souviennent de lui. Il secoue la tête, marche le plus loin possible de l'ironique démon. Mais il a beau se tourner dans tous les sens, il est encerclé par du verre, des miroirs. Il ne peut pas s'enfuir. Il reste là.

Le reflet le suit, où qu'il aille, se glissant même derrière ses paupières quand il ferme les yeux, murmurant au creux de son oreille.

- Tu ne peux pas m'effacer Newt. Je suis toi et tu es moi. Tu ne peux pas m'échapper, tu suis mes pas.

Newt se plie, les mains coincées contre ses tempes. Il prie pour que l'autre le laisse. Mais il est toujours là, pas une minute de répit, lui soufflant mensonges et bassesses, l'attirant sur un chemin définitif. La Mort s'ouvre à lui, n'attend que de l'engloutir.

- Descends avec moi. L'enfer incinère nos entraves. N'essaie plus de t'enfuir : tu es ici chez toi, chaton.

Le poing de Newt part à son insu, il n'a pas le temps de réagir que sa main s'enfonce dans le verre, le brisant sous la force du coup. Mais celui qu'il veut effacer n'a pas disparu. Ils saignent. Le sourire hideux apparaît sous des lambeaux de chair et des litres de sang. Les yeux de Newt croisent ceux du Diable entre deux fissures. Ses ténèbres brillent de mille feux. Et il chantonne toujours. Il ne se tait jamais.

- Tu t'élèves, je tombe. Je me dresse, tu rampes. Tu te tords, je tourne. Qui est le premier à brûler ? Je m'assieds et reste, tu n'obéis pas. Où vas-tu atterrir dans mon paradis infernal ? Le salut t'appelle. Tu laisses tomber, je suis fatigué. Le bras de fer que nous disputons pour savoir qui de nous deux aura le dernier mot est vain. Je n'abandonne pas l'idée de te faire comprendre que tu seras mieux avec moi, dans mon monde. Mais tu ne veux pas m'écouter. Tu es si borné, ma poule.

- Ne m'appelle pas comme ça ! s'énerve Newt.

Ça ne fait qu'agrandir le sourire de l'autre.

- Viens, biquette. On sera plus heureux ensemble. Tu ne t'en rappelles pas mais tu m'as attendu toute ta vie. Et je suis là maintenant chérichou. Juste devant toi ! Tu n'as plus qu'à prendre ma main et tu seras libre. Ce n'est pas ce que tu as toujours voulu ? Moi je crois bien que si.

- Pourquoi aurais-je voulu de toi ?

- Parce qu'avec moi tu iras bien, bibiche. Parce que dans mes bras tu ne penses plus à rien, tu n'as plus de questions, tu n'as que des réponses. Parce que contre mes lèvres, tu pourras aimer, personne ne t'en empêchera. Et tu verras à quel point la vie est belle quand tout est simple. Tu verras.

- Je ne veux pas qu'elle soit simple. Si je ne me pose pas de questions, je n'ai que faire d'avoir des réponses ! Si j'ai tout avant de le vouloir alors à quoi bon rêver ! La vie que tu me proposes est fade, démon, et elle ne me fait pas du tout envie.

- Regarde-toi implorer, t'accrochant à la Terre. Amour, Guerre, Douleur, Vie, tout se ressemble pour moi. Alors descends avec moi, nageons là où le vent nous portera. Faisons en sorte que tu en vailles la peine.

Newt tremble. Il voudrait contredire le mal qui danse devant ses yeux. Mais il a eu tellement peur de ne rien avoir à dire qu'il a avalé les mots dès qu'ils sont tombés sous sa langue. Et maintenant, seul le silence sort de sa bouche.

Il s'assoit calmement. Il ne veux pas montrer ce qu'il ressent. Mais l'autre est lui et ils partagent les mêmes sentiments. Il peut sentir que le démon sait ce qu'il a au fond de lui, et il peut sentir son mépris.

Il a si froid. Ses bras s'enroulent autour de sa pauvre carcasse qui dépérit, essayant d'apporter une maigre chaleur, un rien pour le garder en vie juste un peu plus longtemps.

Il pense à Thomas, à tous ses amis, qui l'ont certainement oublié, il finit par le croire. Il pense à sa sœur et à sa mère, aux horreurs qu'il leur à dites, qu'il regrette maintenant qu'il est de nouveau conscient. Il s'en veut, il les aime tous. Un amour sans limites, qu'il a toujours été incapable d'exprimer. Il aurait dû leur dire.

Il lève la tête, hurlant sa douleur et sa peine, donnant une voix à son âme inerte, il crache sa haine, sa peur. Il griffe le creux de ses bras. Il se défigure, chacun de ses sentiments fissurant son visage d'une nouvelle larme. Il ne veut pas partir.

Il est seul et ça le pèse. Il n'y a personne pour le rassurer, le réconforter. Pas de bras pour l'encercler, de main pour carresser ses cheveux, d'oreille pour l'écouter, de bouche pour lui parler. Il n'y a que lui et son reflet qui se moque de lui.

- La Mort t'attend, crevette. Par où dois-je commencer ? Tu pleures à nouveau le son muet de la solitude qui veut te suivre jusqu'en enfer. Mais je suis là moi. Tu es le fantôme du garçon que tu voulais être le plus. Pleurant lentement dans une pièce vide, quelle pitié ! Puisse la solitude prendre ta place. Je peux te chanter une berceuse calme si ça peut t'aider. Mais je ne peux pas te laisser t'en aller et laisser la solitude entrer pour prendre à nouveau mon cœur. Tu n'oserais quand même pas me laisser seul, chéri ? Je t'ai attendu si longtemps. Et maintenant que tu es là, je ne peux pas te laisser partir.

Le ton ironique le glace. Il déteste se sentir aussi fragile. Il déteste ce monstre qui lui ressemble en apparence mais qui au fond n'a rien de lui. Il n'en peut plus de voir son reflet lui dire des horreurs. Mais il se tait. Il n'a plus rien à lui dire.

Il ne sait plus quoi penser. Il a lui-même voulu mourir. Il était trop malade, il faisait trop de mal aux autres, il ne pouvait pas rester. Mais maintenant, tout ce qu'il veut c'est rentrer chez lui, retrouver les bras de Thomas, les sourires de sa sœur et l'amour de sa mère. Là, tout ce qu'il veut c'est survivre et s'en remettre. Il veut retrouver sa vie, qui l'a fait souffrir plus que tout mais à laquelle il tient. Il s'en rend compte maintenant.

Il veut aimer Thomas, même si sa conscience lui dit qu'il n'en a pas le droit. Il veut oublier le passé et tomber amoureux, se laisser aller dans le plus doux des désespoirs. Il veut donner une chance à son bourreau d'un temps de le rendre heureux. Il veut croire que même lui a droit au bonheur.

Mais le monstre continue à tourner autour de lui et il n'a plus l'air méchant, presque accueillant. Son sourire n'est plus malsain, il tend encore la main, attendant que Newt la prenne et le rejoigne. Lui aussi a peur d'être seul. Parce que même s'ils ne se ressemblent pas, il est Newt. Et il a les mêmes peurs que lui.

Il essaie encore de l'attirer, il tente encore sa chance. Peut-être que Newt prendra la bonne décision, peut-être…

- Tu es trop effrayé pour me rejoindre. Pour la douleur d'une nuit de plus sans amour tu pries pour te réveiller. Tu n'auras rien en retournant dans ton monde. Tout ce que tu espère est ici. Si tu décides de rester en vie, tu le regretteras, tu le sais au fond de toi, c'est pour ça que tu es encore là. Et si tu pars, la solitude restera avec moi, à me tenir compagnie jusqu'à ce que je m'endorme. Je suis ton ami, mon canard, tu ne peux pas me laisser. Tu veux venir avec moi, tu me fais confiance. Suis-moi.

Il a cette force de persuasion qui attire Newt. Il a le pouvoir de lui faire faire ce qu'il veut. Newt n'a plus la force d'y résister. Il se lève, leurs mains ne sont plus qu'à quelques centimètres l'une de l'autre. Newt lui fait confiance maintenant, il n'en a plus peur, il est décidé à se laisser aller, à laisser son démon l'emporter à jamais.

- Pièces cassées d'une histoire à peine respirée. Où il y a eu de l'amour jadis, maintenant il n'y a plus que moi. Tu es la coquille d'un garçon que tu connaissais bien.

Simple constation finale de ce qu'à été sa vie. La terreur revient, plus forte encore, mais il est trop tard, il ne peut plus se sauver tout seul, il va mourir.

Une main se pose sur l'épaule de Newt et une voix qu'il connaît bien s'élève et brise celle du démon qui essaye de l'attirer dans son enfer.

- Tu ne peux pas faire ça. Tu ne peux pas t'en aller.

Il se retourne et les miroirs disparaissent, la présence dans sa tête s'effaçant instantanément, la main qui tenait fermement son poignet a laissé sa marque mais s'est envolée dans un souffle de poussière. Thomas le regarde, ne sourit pas. Ses yeux le supplient de rester. Le cœur de Newt se brise. Il ne veut pas partir. Il veut prendre son amour dans ses bras et pleurer, juste se laisser aller. Il voudrait arrêter de penser, se sentir simplement bien.

Thomas lui tend la main et Newt l'attrappe, enlisant leurs doigts ensemble. Ils se font confiance. Ils s'aiment.

Newt s'enfonce contre la poitrine de Thomas. Il est bien, là, dans ses bras. Il se sent en sécurité et il aimerait ne plus jamais en sortir.

- Ça va aller, tout ira bien. Tu vas t'en sortir.

- Comment tu peux le savoir ?

- Parce que je l'ai vu. Je me rappelle des larmes qui coulaient sur ton visage quand tu as promis de ne jamais m'abandonner. Tu étais sincère, Newt. Je suis là parce que tu l'as voulu, tu as demandé à ce que je te sauve, tu ne veux pas mourir, c'est comme si tu étais déjà guéri. Quand toutes ces ombres ont presque réussi à éteindre ta lumière, je me rappelle que tu m'as demandé de ne pas te laisser là tout seul. Tu aurais pu être mort et enterré depuis longtemps mais regarde, tu es encore debout.

Newt pleure contre l'épaule de Thomas. Il voudrait tellement lui dire merci, le supplier de ne jamais le laisser. Mais aucun son n'arrive à passer la barrière de ses lèvres. Il ne peut pas rester, il ne peut pas leur faire ça à eux. Et ses mots sonnent traîtreusement à leurs oreilles à tous les deux.

- J'ai voulu mourir Tommy. Et je le veux encore. Je suis encore malade. Je ne veux pas vous faire du mal, je ne le supporterais pas. Vous êtes trop important. Mais je ne peux pas laisser le diable m'emporter, j'en ai trop peur. Je veux que ce soit toi qui me sauve. Je t'en supplie, fais-le.

- Je ne peux pas le faire Newt. Écoute-moi. Tu vas te réveiller et tu iras bien. Tu prendras tes médicaments et tu guériras, parce que c'est ce que l'avenir à prévu, d'accord ? Écoute, tu n'as qu'à fermer les yeux, le soleil se couche, ça va bien aller. Plus personne ne peut te faire de mal. À l'aube, toi et moi serons sains et saufs.

- Tu ne comprends pas, il faut que tu le fasse ! Je ne tiendrai plus longtemps avant de vous attaquer. Je n'aurai pas conscience de ce que je ferai, je serais même capable de vous tuer !

Les deux corps tremblent l'un contre l'autre. Ils savent tous les deux que Newt a raison, qu'il est dangereux. Mais Thomas ne veut pas y croire. Il sait qu'il est trop tard, que le blond est condamné. Il ne se réveillera pas de cette nuit. Pourtant Thomas tente encore de créer de l'espoir. Il pense encore pouvoir faire quelque chose mais si tout est déjà fini…

- Ne dit pas ça. Je suis là, je te sauverai. Ne t'avise pas de regarder derrière toi, mon amour, tout est en train de brûler. La guerre à l'extérieur continue de faire rage. Mais ici tout va bien, on est tous les deux et on va s'en sortir, parce qu'on y croit. Accroche-toi à mes mots, même quand le son de ma voix ne sera plus là. Ça va aller.

Newt frémit sous les paroles qui caressent son oreille. Il voudrait y croire mais il est réaliste, il faut qu'il agisse maintenant. Il sent un pistolet dans la poche du jeans de Thomas. Il l'attrappe et s'écarte, l'arme métallique et froide ancrée dans son poing. Il la pose contre sa tempe et regarde son amour qui a fermé les yeux. Il se rapproche de lui, se recolle contre son cœur. Il attire la main droite de Thomas sur la sienne posé sur le manche du pistolet.

- Pourquoi tu ne me regarde pas Tommy ? Murmure-t-il

- Je ne veux pas que ce soit le dernier souvenir que j'ai de toi… Je ne veux pas me voir te menacer.

- Ouvre les yeux, tout ira bien, tu l'as toi-même dit.

Thomas relève ses paupières et étouffe un sanglot. Il se voit tenir l'arme contre le front de Newt. Il se voit prêt à tirer. Il ne veut pas de ça, il n'en est pas capable. Newt le supplie.

- S'il te plaît, Tommy. Je t'en supplie.

Et Thomas sait qu'il ne peut rien lui refuser. Et que même ça il va le faire. Même s'il doit lui-même en mourir après. Même s'il se condamne à en rêver toutes les nuits, à s'en souvenir toute sa vie. Alors il va le faire.

Sa main tremble, tenir le pistolet lui demande un effort surhumain. Il approche Newt plus près de lui, le serre toujours plus fort. Sa bouche se colle contre son oreille. Il parvient à discerner les battements effrénés du cœur du blond qui bat contre leurs peaux erratiques. Il colle son nez à ses cheveux, respire son odeur à travers ses poumons. Il profite de le voir vivant une dernière fois.

- Je pourrais te soulever. Je pourrais te montrer ce que tu veux voir. Et t'emmener où tu veux être.

Ses mots sont incertains et lents, il essaie juste de gagner du temps. Ça fait si longtemps qu'ils n'ont pas été seuls, juste tous les deux. À chaque fois, le démon en Newt venait gâcher leurs plus tranquilles moments. Il entend le blond lui murmurer qu'il l'aime et il désteste ça parce que ça sonne comme un adieu plus qu'une déclaration d'amour. Pourquoi a-t-il enfin tout ce qu'il a toujours souhaité au moment où il va le perdre ?

- Tu pourrais être ma chance, même si le ciel s'effondre. Je pourrais remplir ta coupe. Tu sais que ma rivière ne s'évaporera pas. Ce monde qui nous a fait du mal nous l'apprécierons toujours.

Son doigt se pose sur la gachette. Il ferme les yeux à nouveau, refusant d'assister à cette scène, refusant d'y croire. Il a toujours cru que Newt était invincible, un ange que rien ne peut atteindre. Il sera le premier à s'éteindre. Il le sent pleurer. Il ne veut pas mourir, il a peur. Mais il est fort et veut se sacrifier pour protéger les autres. Il a toujours été comme ça, à ne jamais penser à lui en premier.

Thomas penche la tête et attrape la bouche de Newt de ses lèvres avides. Leur baiser est salé par les larmes qui ont trop coulé, désespéré par la promesse de la perte d'un être cher. C'est un adieu et un souhait : ils se retrouveront. Même si ça doit être dans une autre vie, ça arrivera. Ils s'aiment enfin sans frontières. Mais ils ne sont plus rien et leur amour disparaitra en même temps que Newt.

- Tu pourrais être ma chance, même sous un ouragan de sourcils froncés, de personnes fâchées. Je pourrais te montrer l'amour, le vrai, dans un raz-de-marée de mystères. Tu seras toujours debout à côté de moi. Ne me quitte pas…

Il a besoin de ce simple être humain. Il a besoin de lui comme il n'a jamais eu besoin de personne. Newt est incapable de parler, écoutant juste les phrases pitoyables qu'essaie de sortir Thomas pour le rassurer.

- Tu ne seras pas seul Newt. Même si tu ne me vois pas je serai dans un coin de ta tête et un jour je te retrouverai. Moi je ne t'oublierai jamais, j'en suis bien incapable.

Thomas sait que c'est l'une des plus grandes peurs de Newt, d'être seul à jamais, seul encombré de ses pensées, à se noyer en elles. Alors il promet et il espère le rassurer.

- Tu pourrais être ma chance, même si nous sommes six pieds sous terre. Même si le ciel s'effondre. Même si plus personne ne veut de nous.

Newt pose sa main gelée sur celle de Thomas qui tient l'arme froide. Il veut lui faire comprendre qu'il doit le faire maintenant sinon il ne le fera jamais.

Thomas comprend.

- « Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m'ennuie donc un peu. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regarde ! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé ! Le blé, qui est doré, me fera me souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé… »

Le petit Prince, le livre préféré de Newt, qu'il a lu, relu et dévoré à l'infini. Ce livre qui lui a toujours fait monter les larmes aux yeux.

Thomas soupire. Son petit prince à lui va aussi disparaître.

Il resserre sa prise sur le corps contre le sien.

Il embrasse doucement le front découvert et caresse les doux cheveux blonds.

Il murmure un simple au revoir.

Sa main se resserre sur la crosse du pistolet.

Son doigt presse la détente.

Un coup de feu retentit.

Il sent le corps s'abattre contre le sien, pesé sur son pauvre esprit fatigué. Il garde les paupières closes. Du sang dévale jusque sur sa joue, se mélant à ses larmes.

- Tu n'as qu'à fermer les yeux. Le soleil se couche. Ça va bien aller. Plus personne ne peut te faire de mal. À l'aube, toi et moi serons sains et saufs.