Godchild – Chapitre 6

Un entraînement troublant

J'ouvris les yeux, un peu désorientée, sur le plafond blanc. Mon rêve n'avait rien eu d'exceptionnel, cette nuit encore. Cela faisait pourtant une semaine... Mais bon, la belle femme m'avait prévenue. Pas de contact avant un long moment. Pfff... Facile à dire. Je voulais savoir !

Kakashi était resté quelques jours à l'hôpital, puis avait insisté pour sortir, malgré l'état de faiblesse dans lequel il était. Je crois que si je n'avais pas été là pour veiller sur lui, Tsunade ne l'aurait pas laissé sortir. Héhé, il m'en devait une, maintenant !

Nous n'avions pas fait grand chose, depuis son retour. Kakashi n'était pas encore en état de reprendre des missions, et j'avais insisté pour qu'il reste tranquillement à l'appartement jusqu'à son rétablissement complet. Il s'était contenté de hausser les épaules, mais je me doutais qu'il ne m'avait pas prise au sérieux. Pourtant, il était resté.

Je ne savais pas quoi penser de cet homme.

Baillant avec entrain, je me brossai consciencieusement les cheveux, et les nouai en bandeau sur mes yeux. C'était devenu une habitude, et en plus ça me permettait de m'entrainer à exercer mes autres sens. Et surtout, ça faisait toujours sourire Kakashi.

Oh, bien sûr, je ne pouvais pas le voir sourire... Mais j'arrivais à l'entendre dans sa voix. J'aimais bien quand il souriait, car sa voix et ses intonations étaient un peu plus légères, et plus... Agréables à entendre.

Je m'habillai rapidement à tâtons, de mon uniforme de ninja de Konoha tout neuf, et me dirigeai tranquillement vers le salon en chantonnant.

- « Tu as une jolie voix. »

- « AAAHH ! »

Puisque j'étais aveuglée quasiment en permanence, j'essayais toujours de détecter la présence de Kakashi de mon mieux. Hélas, il s'était pris au jeu, et passait son temps à me surprendre. Cet homme était encore plus indétectable qu'une ombre, quand il le voulait !

- « Bonjour à toi aussi ! », fit-il, manifestement d'humeur joyeuse.

Les mains plaquées sur ma poitrine, je calmai avec difficulté les battements désordonnés de mon pauvre cœur avant de le suivre dans le salon.

- « Si on allait s'entraîner ensemble aujourd'hui ? », proposai-je, désireuse de me venger de la crise cardiaque qu'il avait failli me donner. « Tu as l'air en pleine forme, maintenant. »

- « Pourquoi pas ? »

Et hop ! Un petit déjeuner rapide, un tour de clé dans la serrure, et nous voilà partis. Une fois sortie de l'appartement, je pouvais enfin dénouer mon bandeau de cheveux, et laisser ma longue natte claquer contre mon dos, avec, comme toujours, mon kunai favori attaché au bout.

Maintenant que mes yeux étaient de nouveau libérés, je pouvais à nouveau voir le visage de Kakashi, et il me fit un sourire amusé, reconnaissable au plissement de son oeil visible et de son masque. Nous bondîmes jusqu'à un terrain d'entraînement disponible.


- « Bien. On va faire un petit jeu. », expliqua-t-il après avoir vérifié qu'il n'y avait personne dans les environs. « Nous nous battons, et le premier qui réussit à dérober son bandeau frontal à l'autre gagne la partie. »

- « Ça a l'air rigolo. Tous les coups sont permis ? »

Je ne pouvais pas distinguer d'émotion sur son visage, mais j'entendis un sourire légèrement machiavélique dans sa voix.

- « Bien sûr, alors... C'est parti ! »


Je m'adossai contre le tronc large d'un arbre, luttant pour reprendre mon souffle. Nom d'un chien, Kakashi était un adversaire redoutable ! Depuis plus d'un heure, nous combattions sans relâche. Mon niveau en taijutsu n'était pas aussi bon que le sien, et je n'arrivais pas à me résoudre à employer le ninjutsu.

Je sentis un souffle d'air, et un bruissement de feuille, si léger qu'on les croirait simplement agitées par le vent. Mais j'avais les nerfs à fleur de peau, et des sens décuplés par une légère concentration de chakra au niveau de mes yeux et mes oreilles. Dans un mouvement rapide, je lançai trois kunai vers la source du bruit.

Kakashi apparut, Sharingan déployé. Il avait attrapé mes trois kunais au vol, et m'en lança une volée. Sans me démonter, je les évitai et me jetai sur lui, l'attaquant de toutes mes forces.

Il bloqua mes attaques avec une facilité incroyablement vexante.

- « On va finir par s'ennuyer... », fit-il, « Tu devrais utiliser le ninjutsu. »

- « Pas question ! Mes techniques ont un copyright ! »

Mais je n'avais plus vraiment le choix. Profitant du fait que ma remarque l'avait fait rire (et avait donc très très très légèrement fait baisser son attention), je fis quelques sceaux et inspirait profondément, avant d'expirer une puissante flamme, qui l'embrasa complètement.

Le clone disparut avec un « pof » reconnaissable. Zut !

Bon, il était temps de m'y mettre sérieusement. Tant pis pour le copyright. Je repérai Kakashi un peu plus loin, et m'élançai dans sa direction, tentant une attaque frontale. Juste avant d'atterrir en face de lui, cependant, j'invoquai une autre de mes techniques, et des flammes entourèrent mon corps à la manière d'une armure. Ah ! Goûte un peu à mon taijutsu enflammé, Kakashi !

Mon enveloppe de flamme agissait un peu comme l'aura de chakra de Naruto quand Kyuubi prenait le dessus sur lui. C'est d'ailleurs lui qui m'avait donné l'idée de cette technique. Je m'enveloppais d'une couche de chakra, que je transformai en flamme. Le seul inconvénient : il faisait diablement chaud, à l'intérieur !

Kakashi para mes mouvements, avec plus de précaution qu'auparavant, car mes flammes le brûlaient. De plus, quand mon poing était bloqué, je projetais les flammes en avant pour atteindre ma cible. Ses vêtements roussirent, mais il avait de bons réflexes, et évita les brûlures graves.

Lorsque j'aurais perfectionné cette technique, elle sera imparable.

Malheureusement, j'aurais dû remarquer qu'il y avait un point d'eau à proximité, avant de me changer un torche humaine... Kakashi fit quelques sceaux, et une immense colonne d'eau s'écrasa sur moi, éteignant mes flammes avec un pschiiit assez cocasse.

À moitié écrasée par le poids de l'eau, je me retrouvais à genoux, trempée et hilare. Intrigué, Kakashi se rapprocha, et s'agenouilla à mon niveau, faisant mine de toucher mon bandeau frontal. Erreur fatale.

D'un mouvement brusque du cou, j'inclinai la tête et ma tresse alourdie par l'eau suivit le mouvement. Il ne s'y était pas attendu, et il évita le coup une demi-seconde trop tard : le kunai attaché au bout de la ma natte rouge entailla son bras. Ah ? C'était le vrai Kakashi cette fois-ci ?

- « Ahahaha ! », jubilai-je. « Que dis-tu de ma super attaque capillaire ? »

Il regarda la blessure de son bras, qui laissait écouler un filet régulier de sang, et laissa échapper un petit soupir amusé. Héhé, j'avais réussi à le surprendre !

Quelques sceaux plus tard, je détendis brusquement mes jambes, me propulsant sur lui à l'aide de puissantes flammes bleue au niveau de mes talons. D'un geste extrêmement rapide, je lui arrachai son bandeau. Dans le même temps, il m'arracha le mien.

Emportée par mon élan, je m'écrasai sur lui, le faisant basculer en arrière.

Les quelques secondes qui suivirent fut très étranges. J'étais allongée sur la poitrine de Kakashi, mon visage au niveau de son cou. Encore un fois, son odeur enivrante emplit mes narines, et je me trouvai incapable de formuler la moindre pensée cohérente.

La pression de ses mains sur mes épaules, m'invitant à me relever, me ramena brusquement à la réalité. Je me dégageai rapidement, et m'agenouillai face à lui, le rouge aux joues. Il se redressa en position assise, face à moi, et ses yeux plongèrent dans les miens avec une intensité qui accentua la rougeur de mes joues.

Je baissai les yeux sur son bandeau frontal, qui était resté dans ma main droite. Le métal était usé, et rayé par endroit, mais gardait sa brillance. Avec douceur, je caressait la petite gravure en forme de feuille qui ornait tous les bandeaux frontaux de Konoha. Les bords de celle-ci étaient adoucis, comme s'ils s'étaient érodés.

- « Ex æquo », remarqua Kakashi en agitant nonchalamment mon propre bandeau.

Avec douceur, je m'approchai de lui, et nouai le bandeau que je venais de lui dérober autour de son front, le plaçant en biais pour recouvrir son Sharingan. Étonnamment, il ne se déroba pas et me laissa faire. Je réprimai un frisson quand mes doigts rencontrèrent ses cheveux. Ils étaient fins, et d'une douceur surprenante.

Kakashi fit de même, et plaça mon bandeau autour de mon front. Je ne le quittai pas des yeux, subjuguée. Puis il noua le nœud, mettant fin à ce moment étrange. Ses mains restèrent de chaque côté de mon visage pendant un millième de seconde de plus que nécessaire, multipliant les battements de mon cœur par environ cent vingt-cinq, puis il les enleva et se releva.

Je me levai aussi, et attrapai son bras blessé pour l'examiner de plus près.

- « C'est une blessure superficielle », protesta-t-il avec son calme hors du commun, mais je m'obstinai, car je venais d'avoir une idée.

Mon sang avait eu un effet spectaculaire sur Gaara ainsi que sur le poison de Sasori. Est-ce qu'il pouvait aussi guérir les blessures ? Je pris un kunai dans ma poche, et m'entaillai la main. Je laissai tomber quelques gouttes écarlates sur la coupure, sous le regard attentif de Kakashi : il était sans doute aussi curieux que moi, maintenant qu'il avait compris mes intentions.

Mon sang se mêla au sien, et se répandit sur la blessure. Qui se referma aussitôt. En l'espace de quelques seconde, ce fut comme s'il n'avait jamais été blessé.

- « Wouah ! » m'exclamai-je. « C'est vraiment cool ! »

Mon entrain le fit sourire, et il sortit un bandage de l'une des multiple poches de sa veste.

- « N'en abuse pas : ton sang soigne les autres, mais on dirait qu'il n'a aucun effet sur toi. Ta blessure guérit à un rythme normal. »

Tout en parlant, il banda soigneusement ma main blessée. Lorsqu'il eut fini, je levai ma main bandée devant mes yeux, constatant que le bandage avait été noué avec dextérité : il n'était ni trop serré, ni trop lâche. L'œuvre d'un habitué des premiers soins.

- « Existe-t-il une chose dans laquelle tu n'excelles pas ? », soupirai-je sur un ton faussement désespéré.

À ma grande surprise, son œil se rembrunit légèrement, juste avant qu'il ne reprenne son masque nonchalant.

- « Oui. »

Ce fut sa seule réponse, et je n'insistai pas. Après tout, tout le monde possède son propre jardin secret... Et celui de Kakashi Hatake était sans doute grand de plusieurs milliers d'hectares... Dans un effort pour détourner la conversation, je tirais un peu sur sa veste.

- « Et si nous allions manger chez Ichiraku ? Tu m'invite, Kakashi ? »

Il soupira de manière quasi imperceptible, et son œil se plissa. Je pris ça pour un oui.


J'aimais bien le restaurant d'Ichiraku. Naruto m'en avait tant vanté les mérites durant son entraînement ! Dès que nous avions eu un moment de libre, il s'était empressé de m'y emmener, et je dois dire que même si je ne partageais pas sa passion inconditionnelle des ramen, cet endroit me plaisait pour sa convivialité.

Évidemment, Naruto était déjà sur place, accompagné de Sakura, et de Tenzou Yamato. Dès que Naruto nous vit arriver, il nous adressa de grands signes de main.

- « Kakashi-sensei ! Onee-chan ! Venez vite !! »

Nous prîmes place sur deux tabouret à côté des leurs, et j'en profitai pour lier un peu connaissance avec Tenzou. C'était un homme charmant, un peu plus jeune que Kakashi. Il me confia que celui-ci avait été son sempai lorsqu'il était ANBU. Il avait l'air de beaucoup l'admirer.

De son côté, Naruto se plaignait bruyamment de Sai, leur nouveau co-équipier. Croisant les bras avec obstination, il décréta qu'il ne pourrait jamais remplacer Sasuke. Ses yeux azur étaient plissés, et teintés de colère mêlée de souffrance.

Je me levai, et me glissai derrière lui, avant de refermer mes bras autour de ses épaules. Naruto se raidit, puis se laissa aller à mon étreinte.

- « Non, il ne remplacera jamais Sasuke », murmurai-je à son oreille. « Mais tu devrais lui laisser une petite chance, tu ne crois pas ? »

Il fit la moue, peu convaincu, et posa sur Sakura un regard suppliant, cherchant un peu de soutien, mais celle-ci était trop occupée à être surprise par mon geste d'affection. Quoi, c'était si bizarre que ça, quelqu'un qui appréciait Naruto ?

- « Il n'a aucune émotion, et il est désagréable. » continua de ronchonner l'adolescent, déçu par le manque de réaction de sa coéquipière.

- « Peut-être parce-qu'il n'a jamais eu personne à qui montrer des émotions », suggérai-je. « Ne t'inquiète pas, tout finit toujours par s'arranger, d'une manière ou d'une autre. »

- « Qu'est-ce que t'en sais ? » répliqua-t-il avec aigreur. « Tu as passé ta vie dans une vallée perdue, qu'est-ce que tu peux savoir de ce genre de chose ? »

Blessée, je me raidis. Il marquait un point.

- « Naruto ! », s'exclama Sakura. « C'était cruel de ta part ! »

- « Tu ne devrais pas parler ainsi à ta sœur », fit Yamato, avec une expression soudain très inquiétante sur le visage.

Se rendant compte qu'il était allé trop loin, Naruto se mordit les lèvres, et s'excusa, ce qui me fit fondre. Je n'avais jamais pu lui résister, quand ses deux magnifiques yeux bleus se mettaient à briller ainsi.

- « Je ne t'en veux pas, car c'est vrai que je n'y connais pas grand chose. », répondis-je avec douceur. « Mais je connais une vérité universelle : tous les bons moments ont une fin, c'est vrai, mais les mauvais moments en ont une aussi. C'est la vie. Alors aies un peu de patience, et essaye de faire un petit effort. Tout ira mieux, je te le promet. »

Il se détendit complètement, acceptant mon argument. Je lui ébouriffai les cheveux avec tendresse, et mis fin à notre étreinte en déposant une bise sur sa joue. Gêné, il rougit et se dandina sur son siège, ce qui me fit sourire.

- « J'ai été vraiment surpris d'apprendre que Jiraiya-sama avait une fille », dit Tenzou, essayant d'orienter la conversation vers un sujet moins délicat que celui de Sai. « Pourquoi ne vous a-t-il jamais amenée ici auparavant ? »

Je repris ma place sur mon tabouret, et lui adressai un sourire mystérieux par-dessus l'épaule de Sakura.

- « Il n'a jamais voulu me le dire. Et il est encore plus têtu qu'une mule. »

Je m'absorbai dans la contemplation de mon bol de ramen, et soupirai presque imperceptiblement. Les images de mon rêve, remontant maintenant à plus de deux semaines, me revinrent à l'esprit.

La partie a commencé.

Quand aurais-je l'occasion de savoir en quoi consistait cette partie, ce jeu cruel dans lequel je n'étais, paraît-il, qu'un pion ? Je regardai ma main bandée, et la serrai délicatement, grimaçant à cause de la douleur, puis je jetai un coup d'œil au bras de Kakashi.

Un sang puissant... J'avais le sentiment que tout était lié, comme si tous ces détails formaient les pièce d'un grand puzzle.

Hélas, j'étais bien incapable de distinguer le puzzle en question.