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CHAPITRE 7

La soirée de Slughorn

Hermione n'eut pas l'occasion de récolter plus d'informations à propos des excursions des Serpentards dans la Salle sur Demande. Quand Bulby et Ezequiel tentèrent de les y suivre à nouveau, ils découvrirent avec surprise que leurs suspects avaient changé de structure. Malgré leur bonne connaissance de la salle, ils ne parvinrent pas à entrer. Est-ce que Jedusor les avait repérés ? En tout cas, le désarroi d'Hermione n'eut rien à voir avec celui de Fania. Furieuse de ne plus pouvoir lire dans sa salle préférée, elle décida d'investir la bibliothèque d'Hermione et des manuels de médicomagie, de philosophie et de psychologie moldue vinrent bientôt côtoyer les livres de divination.

Une semaine passa et Hermione eut à nouveau cours avec les élèves de sixième année. Jedusor revint, cette fois avec l'un de ses camarades, un garçon trapu qu'elle avait déjà vu dans la Grande Salle et à la bibliothèque. Hermione l'identifia comme étant Richard Lestrange. Il n'avait de commun avec Minerva McGonagall que ses longs cheveux bruns et ses lunettes strictes. Sa mâchoire carrée contrastait avec le visage rond et de doux de sa cousine, son regard calculateur et son sourire faux faisaient de lui l'archétype de l'adolescent dont on doit se méfier. Un équivalent de Tom Jedusor, la belle plastique en moins.

Ou pas. Ou peut-être pas tant que ça... Peut-être pas autant qu'elle l'avait pensé jadis.

Le temps passait, les mois filaient et Hermione renversait ses raisonnements un par un. Tom Jedusor n'était pas encore Lord Voldemort. Elle comprenait que Dumbledore ait essayé de l'aider jusqu'au bout. Dumbledore était le seul qui avait continué à essayer de le convaincre de changer, même lorsqu'il avait déjà basculé dans les forces du mal. La plupart des professeurs considéraient Tom Jedusor comme un élève réservé, mais brillant. Hermione aurait pu en faire partie si elle avait ignoré qui il deviendrait.

D'une certaine façon, elle le trouvait brillant, mais il était également effroyablement stupide. Sa haine bridait son intelligence, l'étouffait dans un cocon de noirceur. Jedusor avait le potentiel pour devenir quelqu'un de brillant… mais il s'accrochait désespérément à ses idées de vengeance. Il tuait son propre talent dans l'œuf. Peut-être que cette catastrophe pouvait encore être évitée. Peut-être que Tom Jedusor pouvait encore changer d'orientation. Mais qui l'y aiderait ? Hermione était la seule à savoir quel chemin il prenait. Et que pouvait-elle faire ? Que pouvait-elle tenter que Dumbledore n'ait pas déjà essayé ?

Si Harry et Ron avaient été présents, ils lui auraient encore reproché de s'attacher à des causes perdues. Ils auraient sans doute fait le parallèle avec Kreattur, auquel Hermione avait offert un cadeau de Noël malgré ses insultes répétées. Ils auraient sans doute fait le parallèle avec Drago Malefoy, auquel elle avait pardonné des années de torture pour une simple hésitation sur un champ de bataille. Ils auraient sans doute parlé de sa « gentillesse mal placée » comme disait Ron. Pour Hermione, la « gentillesse mal placée » n'existait pas. Il n'y avait que la gentillesse. Et la bienveillance. Au fil des années, elle comprenait de mieux en mieux les choix de Dumbledore.

- Sortez vos livres, dit-elle machinalement. Nous allons continuer l'interprétation des rêves. Je veux que chacun échange son journal de rêves avec son binôme. Vous analysez, vous discutez, et je fais un tour de classe.

Des murmures s'élèvent dans la classe, se transformant petit à petit en brouhaha plus prononcé. Il fallait dire qu'à présent, avec l'inscription de Jedusor et Lestrange, absolument toutes les tables étaient occupées. Hermione était fière. Elle n'aurait jamais imaginé qu'en quelques mois, elle récolterait autant d'élèves, pourrait se plaindre d'enseigner dans une salle bondée et devrait même changer d'emploi du temps. Elle n'aurait jamais imaginé, par ailleurs, qu'elle serait fière de détourner des élèves sérieux de l'étude des Runes ou de l'Arithmancie pour les attirer en divination !

Tous semblaient concentrés sur leurs analyses quand elle se leva pour faire son tour de classe. Peu pressée de passer du côté des binômes Avery-Rosier et Jedusor-Lestrange, elle se dirigea d'abord vers la cheminée où les filles de Serdaigle et Serpentard avaient élu domicile et discutaient toutes ensemble. Elles ignoraient visiblement la définition du mot « binôme ».

- Il n'y avait rien d'autre dans ton rêve ?

- La commode, cherche la commode dans le lexique !

- Il n'y a pas de symbole pour « commode »...

- Mais il y a un symbole pour « armoire », je le sais, je l'ai vu !

- Ce n'est pas la même chose !

Hermione lissa sa robe et s'avança entre les tables.

- Où en êtes-vous ?

- On décrypte le rêve de Gallina, répondirent en choeur Lucy Lockhart et Jane Garrison.

- Mais il est difficile, ajouta Walburga de sa voix calme.

- De quoi s'agit-il exactement ?

Elles se tournèrent vers Gallina, qui sembla hésiter avant de répondre.

- J'ai fait un cauchemar dans lequel ma mère me menaçait avec une épée, dit-elle. Mais elle ne voulait pas me tuer, elle voulait simplement me couper les cheveux. Je courai dans une chambre et plaçai la commode contre la porte pour l'empêcher d'entrer. Ensuite la fenêtre s'ouvrait et les glands tombaient à l'intérieur de la chambre, sur le parquet.

- Ah, je vois... Je pense qu'on peut accorder à la commode le même symbole que l'armoire.

- L'armoire est un présage de maternité, s'exclama aussitôt l'une des Serdaigles.

- On a déjà regardé pour le reste, ajouta Lucy Lockhart. L'épée, c'est un combat à armes égales, les cheveux, ce sont les idées et le gland symbolise une somme d'argent inattendue. Maintenant, on ne comprend pas le sens global du rêve.

Hermione fronça les sourcils.

- Cela ne me semble pourtant pas très compliqué. Quelqu'un veut essayer ?

Gallina secoua imperceptiblement la tête et donna un coup de coude à Walburga.

- Je crois que Gallina va… se disputer avec sa mère ? proposa Walburga. Peut-être qu'elle voudra se marier et avoir un enfant, sa mère ne sera pas d'accord… Elle voudra lui retirer cette idée et lui proposera un marché honnête, d'où l'épée. La dispute sera résolue quand Gallina recevra beaucoup d'argent.

- C'est une très bonne interprétation, répondit Hermione. Dix points pour Serpentard.

Walburga sourit avec orgueil, Lucy Lockhart et Jane Garrison se mirent à glousser. Hermione décida de s'intéresser à un autre groupe. Elle zigzaguait entre les tables quand la voix de Lestrange s'éleva au-dessus des autres.

- L'ours est symbole féminin, en fait, disait-il.

Il décryptait sans doute le rêve de Jedusor. Hermione tendit l'oreille.

- C'est « une femme brune et mystérieuse », poursuivit-il. Donc, tu auras une relation amoureuse interdite avec une femme brune et mystérieuse.

Avery murmura quelque chose en ricanant. Rosier lui répondit d'un ton sec. Hermione avait le dos tourné quand un hurlement retentit dans toute la salle. Elle se retourna en sursautant. Ses yeux tombèrent alors sur une scène effrayante.

La table du binôme Jedusor-Lestrange s'était écroulée sur le parquet clair, entraînant dans sa chute les affaires des deux élèves. Les livres gisaient ventre contre terre, les pages s'imprégnaient de l'encre qui s'échappait à grosses gouttes du verre brisé. Avery s'était écroulé sur le sol et se tenait le ventre, le visage pâle comme la mort, sa bouche tordue en grimace. Tout était désormais figé et silencieux.

Hermione respira profondément pour calmer les battements de son coeur. Simultanément, elle sentit un crépitement sur sa peau et aperçut un mouvement rapide près de son bureau. La tête d'Ezequiel émergea pendant une courte seconde d'entre deux piles de livres. Il lui fit un clin d'oeil et disparut aussi vite qu'il était apparu. L'angoisse sourde qui imprégnait Hermione s'atténua légèrement. Elle prit son courage à deux mains et s'imposa devant les garçons, provoquant quelques mouvements parmi les élèves spectateurs qui regardaient Avery d'un air inquiet.

- Marius, vous allez bien ?

- Je suis désolé, madame, répondit Avery d'une voix blanche. J'ai eu… Une douleur soudaine. Au ventre. Mais c'était parti.

- Tu es un imbécile, murmura Jedusor.

- Peut-être, répondit Avery en se relevant lentement.

Hermione regardait Jedusor. Malgré ses propos, son visage était impassible.

- Rigel, pouvez-vous emmener votre camarade à l'infirmerie ?

- Je vais m'en charger, madame, intervint Jedusor tout à coup, en se redressant. Je suis préfet.

- Tom, j'ai demandé à Rigel de s'en occuper, coupa-t-elle d'une voix sèche.

Même pas peur.

- Rigel, j'aimerai que vous emmeniez Marius à l'infirmerie. Maintenant.

Rigel Adams hocha la tête et poussa son camarade vers la porte.

Jedusor ne bougeait plus, son visage à nouveau stoïque tourné vers Hermione. Elle crut déceler une lueur d'inquiétude dans ses yeux noirs, mais c'était sans doute un effet de son imagination car l'instant d'après, il lui paraissait aussi serein qu'à l'accoutumée.

Au fond de la salle, la trappe claqua. Avery et Adams étaient partis.

- Reprenez le travail, ordonna Hermione.

Lestrange redressa la table à la force des bras et ramassa rapidement les livres souillés qui gisaient sur le parquet. Jedusor prit un autre encrier dans son sac, Rosier lissa inutilement son parchemin. Les jambes soudain tremblantes, Hermione choisit de retourner à son bureau. Avery avait littéralement crié. L'instant d'après, il n'avait plus mal mais semblait terrifié. Il avait parlé de façon très familière à Jedusor. Une partie d'elle supposait que Jedusor y était pour quelque chose, mais une autre partie répétait qu'il ne prenait pas part aux disputes stupides d'étudiants… ou peut-être que si ?

Elle se laissa tomber sur son fauteuil et entreprit de surveiller les fauteurs de troubles. Avery essayait de cacher derrière Rosier, qui jetait des coups d'oeil prudents vers Jedusor, au même titre que Lestrange. Mais Jedusor semblait tout à coup très concentré sur son devoir. Sa plume grattait le parchemin à toute vitesse et il plissait légèrement le front. Hermione admira la capacité qu'il avait d'oublier ses émotions pour travailler. Elle ne connaissait qu'une seule autre personne capable de se concentrer dans une situation critique... et cette personne, c'était elle-même.

La fin du cours sonna plus rapidement qu'elle ne l'aurait prévu. Rosier lui rendit son devoir le premier, puis ce fut au tour de Malefoy et de Lestrange. Ils quittèrent la salle un par un, sans avoir échangé un mot. Hermione n'avait pas besoin d'être voyante pour prédire que l'ambiance ne serait pas très bonne dans leur dortoir. Quelques minutes après la sonnerie, tous les élèves avaient emprunté l'échelle. Tous, à l'exception de Jedusor. Encore assis à sa place, il relisait son travail. Hermione attendait. Elle le regarda se lever, le parchemin à la main, venir jusqu'à son bureau et le lui tendre.

Hermione prit la copie d'une main peu assurée et la glissa parmi les autres devoirs à corriger. Le regard de Jedusor lui brûlait le front.

- Je suis désolé pour ne pas être resté à ma place tout à l'heure, dit-il. Je prends mon rôle de préfet très à cœur.

- Je comprends, Tom.

Hermione posa ses mains à plat sur le bureau, inspira et releva les yeux. Parfois, le visage de Jedusor était très expressif : la colère, l'incompréhension ou le mépris s'y dessinaient si clairement qu'il était inutile de tergiverser pour deviner ce qu'il ressentait. D'autres fois, ses traits se fermaient, dissimulant tout affect fragilisant, toute émotion honteuse qu'Hermione aurait su reconnaître. Elle craignait ces moments où il se dérobait. Elle préférait qu'il se livre et, de façon parfaitement involontaire, lui montre ce qu'elle devait faire.

A ce moment-là, le visage de Jedusor n'exprimait rien d'autre que l'attente. Elle soupira.

- Je vous ai entendu, dit-elle. Les propos que vous avez tenu à votre camarade étaient déplacés.

- Je suis désolé pour cela aussi, professeur, répéta-t-il. A ma décharge, Marius et moi sommes en désaccord en ce moment. Ce sont des choses qui arrivent.

Hermione mourrait d'envie de lui demander des détails. Mais elle ne voulait pas paraître trop curieuse.

- Vous êtes préfet, Tom, lui rappela-t-elle. Vous devez faire attention à vos relations avec vos camarades.

- Justement. Marius prend certaines choses à la légère et cela m'insupporte.

- De quoi s'agit-il exactement ?

- De choses et d'autres.

C'est ce qu'Hermione aurait sans doute répondu si l'un de ses professeurs lui avait demandé de justifier une dispute avec Harry ou Ron. Mais elle soupçonnait Jedusor d'avoir attaqué Marius. En pleine classe. C'était terriblement imprudent… ce qui ne lui ressemblait pas.

- Tom, vous n'êtes pas resté à votre place à deux reprises : lorsque vous vous êtes moqué de Marius alors qu'il était tombé et lorsque vous avez contesté ma demande. A votre place, j'en dirai plus au professeur qui ne vous en tient pas rigueur.

Jedusor soupira.

- Bien ! capitula-t-il. Après tout, d'autres professeurs le savent. Marius ne respecte pas… certaines règles de l'école. Il aime bien les filles et ignore royalement certains articles du règlement. Et il se moque des conséquences.

D'accord. Avery couchait avec des filles de Poudlard. Hermione se demandait bien quel genre de filles pouvait avoir envie de coucher avec lui… mais là n'était pas la question.

- Des conséquences ? reprit Hermione. Il y a des sortilèges pour éviter qu'une fille ne tombe enceinte.

- Encore faudrait-il savoir les lancer ! répliqua Jedusor. Un jour, il va mettre une fille enceinte, et après, il fera quoi ? Il l'épousera ? Ca m'étonnerait ! Ses imbéciles de parents vont lui dire de nier toute responsabilité, la fille sera renvoyée de sa famille et elle ira mourir la bouche ouverte dans un égout !

- Ou dans un orphelinat moldu, murmura Hermione.

Jedusor devint livide.

- Je n'ai pas dit cela, répondit-il brutalement. Je suis désolé, il faut que j'aille travailler.

Il prit son sac posé à terre et se redressa le plus dignement qu'il put. Hermione le sentait triste et furieux. Jedusor avait du mal à s'imaginer que sa colère envers Avery n'était pas rationnelle. De là venait son trouble. Il détestait Avery, détestait Hermione, et avait envie de partir en courant. Il voulait quitter la salle, en renversant toutes les tables sur son passage, en faisant exploser quelques vitres et rouler les boules de cristal sur le parquet clair. Hermione poussa sa chaise et se leva, mais Jedusor avait déjà tourné les talons et atteint la trappe sans déranger la moindre nappe.

- Tom ! appela-t-elle tandis que l'échelle basculait lentement vers le sol.

Il se retourna à contrecœur.

- Peut-être qu'Avery s'attacherait à son enfant, dit-elle.

- Pourquoi vous dites cela ?

- Parce que vous semblez très pessimiste. Il est plutôt rare, en réalité, que ce genre d'histoires se termine mal. La plupart du temps, la jeune mère trouve quelqu'un pour l'aider.

- Connaissez-vous vraiment le monde des Sang-Purs ? demanda-t-il avec une voix respectueuse qui dissimulait à peine l'insolence de sa question.

- Je commence à connaître celui de Poudlard ! répliqua Hermione. Si cela arrivait, moi, j'aiderais la mère.

- Bien, vous êtes gentille.

- Oui, je sais !

L'échelle était là.

- Miss Grizzly, si le comportement de Marius m'agace, répéta Jedusor, c'est surtout parce qu'il défie le règlement. Il risque de faire perdre des points à notre maison. Je suppose que vous n'allez pas agir pour l'empêcher de poursuivre ?

- Que voudriez-vous que je fasse ?

- Les relations de ce type entre étudiants dans l'enceinte de l'école sont interdites.

- Je croyais que vous ne vouliez pas qu'il fasse perdre de points à votre maison ?

Jedusor serra les lèvres.

- Mais en oubliant cela, poursuivit Hermione, non, je ne vais pas espionner votre camarade. Vous devriez ne plus penser à cela et vous concentrer sur vos cours. Marius est libre de ses choix et de ses actes. Et si une fille tombe enceinte de lui, je vous promets que je l'aiderai.

Silence.

- Bonne soirée, Miss Grizzly.

- Bonne soirée, Tom.

Il prit l'échelle et disparut à la vitesse de l'éclair. Hermione resta un moment immobile. Oui, si Avery mettait une fille de Poudlard enceinte, elle l'aiderait. Elle n'avait pas besoin d'un deuxième Voldemort sur les bras.

Le dernier jeudi avant les vacances de Pâques, Hermione recevait dans sa classe les élèves de quatrième année. Si Arnold Bondupois était venu seul pendant les premiers cours, de joyeux binômes l'entouraient désormais, bavardant gaiement... et en l'ignorant soigneusement. Hermione avait l'impression de voir Neville, mais sans Harry, Ron et elle pour le soutenir. Neville, très doué dans une matière mais médiocre dans les autres. Neville, toujours exclu. Aussi Hermione ne pouvait-elle s'empêcher d'aller souvent le voir et de lui donner des points.

A ce rythme, Poufsouffle gagnerait forcément la Coupe des Quatre Maisons.

Elle termina son dernier cours à seize heures trente et rentra directement dans ses appartements. Au moment où elle poussait la porte du vestibule, des voix lui parvinrent :

- Si tu la nettoies si souvent, tu risques de l'abîmer ! râlait Bulby.

- Mais on ne peut tout de même pas laisser autant de cheveux ! Sinon, ça ne coiffe pas ! répondait Fania.

- Il faut que la Señorita se coiffer moins, disait Ezequiel. Es la sola solución.

- C'est parce que Miss Professeur perd ses cheveux ! ajoutait Bulby.

Les voix provenaient de la salle de bain. Hermione poussa doucement la porte et tomba sur les trois elfes qui tenaient un conciliabule autour de sa brosse. Bulby leva vers elle des yeux épouvantés.

- La Miss Professeur a tout entendu, affirma-t-il.

- C'est à propos de ma brosse ?

- La Miss Professeur a entendu Bulby dire qu'elle perdait ses cheveux. Pour se faire pardonner, Bulby va s'étouffer dans la servi...

- NON ! cria Hermione.

Les elfes se figèrent.

- Bulby, j'en ai assez que tu veuilles toujours te punir pour n'importe quoi ! s'énerva-t-elle.

- Cela être la faute de los humanos de Angleterre si Boulby avoir les tendances souicidaires ! s'exclama Ezequiel.

Bulby baissa tristement les oreilles et Fania jeta à Ezequiel un regard noir. Ezequiel ne se démonta pas pour autant :

- En España, les elfes être heureux ! Y respectés ! Y pas faire de bêtises como Bulby !

- En Espagne, les sorciers font le ménage eux-mêmes car les elfes ne sont pas assez doués pour le faire ! rétorqua Fania.

- Si, pero en España, les elfes être payés pour ça !

Hermione réagit au quart de tour :

- Quoi, tu es payé ?

- Sí, Señorita.

- Mais tu es le seul elfe de Poudlard à être payé ?

- Sí.

Il paraissait soudain gêné.

- Ezequiel ne pas devoir dire, s'empressa-t-il d'ajouter. Pas pouvoir en parler.

- Oui, je comprends, oui...

Les trois elfes l'observaient en silence.

- A quoi penser la Señorita ? demanda Ezequiel au bout d'un moment.

- A ton histoire d'elfes payés. En Espagne, vous êtes tous payés ? Vraiment tous ?

- Sí, Señorita. Payés pour être gardes du corps.

- Et qui fait le ménage ?

- En las grandes familles de la nobleza española, humains être engagés pour faire le ménage en la maison.

- Des humains ?

- Sorciers qui ne pas appartenir à la nobleza.

- D'accord.

Hermione était surprise, presque choquée. Lorsqu'elle avait tenté de développer la S.A.L.E., elle n'avait pas pensé à se renseigner sur le sort qui était réservé aux elfes dans les autres pays. Peut-être avait-elle imaginé que les elfes n'existaient qu'en Ecosse, leur terre natale. Mais ce n'était pas le cas ! Les arguments offerts par Ezequiel lui donnaient envie de redorer ses badges et de les distribuer à tous les élèves de Poudlard. Si seulement elle avait su ! Harry et Ron n'auraient jamais pu se moquer d'elle.

Hermione se rabroua intérieurement. Elle était revenue cinquante ans en arrière pour effectuer un sauvetage d'urgence, pas pour faire renaître la S.A.L.E. Bien qu'elle se demandât, depuis quelques semaines, qui elle devait réellement sauver, elle savait que la S.A.L.E. ne l'aiderait en rien à accomplir sa mission. Bulby ne s'était pas plaint de sa condition. Fania, malgré son tempérament plus difficile, ne s'en était pas plaint non plus, bien au contraire. Seul Ezequiel faisait des remarques, mais il avait ce qu'il voulait : il était payé. Hermione était sûre d'elle : non, la S.A.L.E. ne pouvait pas l'aider.

Ce jour-là, la très intelligente Hermione Granger se trompait lourdement.

:::

Le samedi 17 avril 1943, des régiments d'élèves armés de bagages plus gros qu'eux s'engagèrent le long de la grande voie menant à Pré-au-Lard. Depuis les escaliers de marbre de l'entrée, Hermione regardait les premières années batailler pour monter d'énormes valises dans les hautes diligences. A onze ans, elle ne s'était jamais donné l'impression d'être aussi petite. C'était en grandissant qu'elle s'était rendue compte à quel point la vie d'un enfant était difficile. Si on le lui avait proposé de régresser, elle se serait sans doute sentie incapable de revivre sa première année.

Elle se serait également – mais pour d'autres raisons - sentie incapable de revivre la guerre et les combats qui avaient opposé l'Ordre du Phénix et Voldemort. Les combats l'avaient fragilisée. Hermione avait beaucoup appris de ses années de malheurs, de ses voyages et de ses quêtes, mais les répéter aurait été au-dessus de ses forces. Elle admirait Dumbledore, qui avait vécu longtemps, qui avait mené deux guerres et n'avait jamais faibli. La guerre ne rendait pas plus fort. C'était une idée fausse, une légende ! La guerre affaiblissait. Il fallait toujours l'éviter.

Mais si l'éviter signifiait tuer Tom Jedusor, elle n'était plus très sûre que ce soit la solution la plus juste.

L'un des élèves de première année trébucha sur la valise d'un autre, qui éclata de rire, et des cris de colère s'élevèrent de tout le groupe. Hermione se détourna avec un soupir, salua Miranda Bones qui la doublait en sens inverse – visiblement décidée à faire régner l'ordre parmi les premières années, elle était bien la seule à avoir le courage d'essayer – et retourna à son bureau. Les vacances de Pâques duraient deux semaines. A la rentrée, Hermione avait décidé d'entamer le chapitre sur les boules de cristal. L'année toucherait à sa fin dans deux mois et, pour la première fois de sa vie, elle participerait à l'organisation des examens.

Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle pourrait organiser comme examen pour la divination, mais elle finirait bien par trouver.

Dans l'immédiat, elle devait se préoccuper de la soirée de Slughorn. Dans moins d'une semaine, aux alentours de sept heures du soir, Alistair Wendelbard viendrait la chercher à son bureau. Elle avait sa tenue, elle avait son cavalier, il ne lui manquait plus qu'une dose d'enthousiasme. Et elle l'aurait sans doute trouvée, sans ce mauvais pressentiment qui s'insinuait sournoisement dans son esprit, sourd et pourtant si vivace...

:::

Le vendredi 23 avril 1943, aux alentours de sept heures du soir, Hermione s'activait donc dans ses appartements. Elle portait une tenue très en vogue dans les années 40, une robe-bustier serrée aux jambes, qu'elle avait eu un mal fou à enfiler. La jeune femme posait la touche de maquillage final quand des coups furent frappés à la porte.

- J'arrive !

Hermione reposa ses poudres et ses fards, en fit tomber la moitié dans le lavabo, poussa un grognement râleur mais décida que l'heure du rangement était dépassée et sortit de la salle de bain aussi rapidement que le lui permettait la robe. Elle enfila ses escarpins, s'arrêta devant le miroir du vestibule pour vérifier sa coiffure et se rendit à petits pas jusqu'à la porte du bureau. Des coups retentirent à nouveau. Elle tira le loquet et ouvrit la porte. Derrière le battant, vêtu lui aussi pour l'occasion, se tenait Alistair Wendelbard. Il avait attaché ses cheveux bouclés dans sa nuque et ses yeux gris-bleu pétillaient.

- Bonjour, dit-elle d'une voix essoufflée.

- Bonjour, répondit-il d'une voix douce et enjouée. Etes-vous prête ?

- Je crois.

Hermione sortit dans le couloir et referma la porte. Wendelbard lui tendit son bras. Elle y posa le sien comme il était d'usage et se laissa entraîner vers le Petit Salon des Bulbes. Les premiers pas furent silencieux. Hermione cherchait quelque chose à dire… sans succès. Son cavalier semblait en proie au même dilemme. Il était toutefois plus créatif qu'elle, et fut le premier à engager la conversation. Il lui demanda comment se déroulaient ses cours. C'était là un sujet sur lequel Hermione pouvait déblatérer des heures, et elle ne s'en priva pas.

Son monologue s'interrompit de lui-même lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir qui menait au Petit Salon des Bulbes.

Slughorn n'avait pas bâclé le travail. Toutes les consoles en merisier de Poudlard étaient alignées le long du mur de gauche, supportant des coupes, des trophées et des photographies dans lesquelles on se disputait la place d'honneur. Les tableaux simples qui décoraient la pierre brute du couloir lançaient des « Bienvenue ! » plus ou moins convaincants, de longues banderoles et drapeaux pendaient au plafond et autour des portes doubles du Petit Salon des Bulbes, desquelles un important brouhaha s'élevait. Devant cette scène, celui qui ignorait que Slughorn organisait une fête ne pouvait que le deviner. Les deux jeunes adultes se tournèrent spontanément l'un vers l'autre.

- Connaissez-vous Horace depuis longtemps ? demanda Hermione.

- J'ai étudié à Poudlard, répondit Wendelbard.

- Et vous faisiez partie de son club ?

- Oui. Horace était mon directeur de maison et le professeur dont j'étais le plus proche. C'est sans doute l'une des personnes qui m'a le plus aidé, dans ma scolarité comme dans ma vie privée. Après mon départ de Poudlard, c'est devenu un ami.

Ils arrivèrent devant les portes doubles et entrèrent dans le Petit Salon des Bulbes. C'était une vaste salle au plafond en voûte d'ogive soutenu par des piliers de marbre qui, pour l'occasion, délimitaient une piste de danse. Il était décoré à la manière du couloir et une foule de convives bavardait entre les grands buffets accolés aux murs. Là, c'était un grand homme blond à qui il manquait un œil. Là, une Gryffondor portant presque la même robe qu'Hermione. Sur la piste de danse, une grosse dame et un petit monsieur frêle discutaient avec un couple d'élèves de septième année.

Hermione avait déjà assisté à l'une des grandes soirées de Slughorn. Il y avait eu autant d'invités, autant de gourmandises, mais Hermione ne s'y était pas sentie aussi étrangère. Etait-ce la « bonne société Sang-Pur » qu'elle admirait là ? La « bonne société Sang-Pur » avant l'avènement de Lord Voldemort ? Elle zigzaguait à la suite d'Alistair entre les groupes de convives quand une serveuse brune portant un pichet de vin passa devant eux à toute vitesse. Elle manqua de trébucher contre le pied d'Hermione, qui faillit tomber à son tour mais parvint à se rattraper de justesse, soucieuse de garder sa dignité.

La serveuse releva la tête, dévoilant son visage ovale éclairé de deux grands yeux noirs, ses lèvres rouges et son nez pointu. Un nez pointu familier.n nez

- Bonnie ?

- Vous étiez à la Tête de Sanglier il y a quelques mois ! s'écria soudain la serveuse avec un grand sourire chaleureux. Mais oui, je vous reconnais ! Mais que faites-vous ici ?

- Hermione Grizzly est professeur à Poudlard, répondit Wendelbard à sa place.

Bonnie se tourna vers Wendelbard. Hermione vit ses traits se crisper légèrement, bien qu'elle gardât son sourire. Wendelbard ne paraissait susciter chez elle que de la gêne... ou était-ce de la peur ? Intriguée, elle ne pensa même pas à reprendre la parole, préférant observer le visage muet de Bonnie. Son cavalier poursuivit :

- Si vous êtes ici, je suppose que Gregory est présent.

- C'est exact.

- Bonne soirée, Bonnie.

- A vous surtout.

Elle disparut entre deux convives, se fondant dans une masse d'éclats de voix enjouées et de rires cristallins. Wendelbard repéra Slughorn au fond de la salle et entraîna Hermione à travers la piste de danse.

- Alistair, mon garçon ! s'exclama Slughorn dès qu'il les aperçut. Comment allez-vous ?

- Bien, Horace. Merci de nous avoir invités, Hermione et moi. Cette fête est magnifique.

- Oh, vous me flattez ! C'est que vous attendez quelque chose de moi ! l'accusa Slughorn en agitant un doigt joyeux. Je vous connais !

- Tout ce que j'attends de vous, c'est d'être invité à votre prochaine fête, répondit Alistair.

- Vous êtes malin... mais moins que moi !

Il saisit des coupes sur un plateau à portée et les fourra dans les mains des nouveaux venus. Hermione jeta un coup d'œil suspect au liquide blanc qui crépitait contre le cristal. Ses lectures lui avaient appris que les années 1940 avaient été des années de révolution dans le domaine de la gastronomie sorcière. Aux soirées mondaines, on servait généralement du foie de dragon et des ailes de homard avec du lait de chivredeuille coupé au champagne. Tous ces mets délicats avaient été interdits par la suite, certains pour leur rareté, d'autres pour leur dangerosité.

Le lait de chivredeuille était réputé pour ses vertus apaisantes. A l'époque dont venait Hermione, les médicomages de Sainte Mangouste le prescrivaient aux patients atteints de légers troubles du sommeil ou de stress chronique. Elle en avala une gorgée. C'était piquant et fort. Comme du fromage fondu mélangé à du soda, mais sans le goût du soda.

- Hermione, reprit Slughorn, je parlais justement de vous avec mon ami Gordon. Avant d'être journaliste pour la Gazette du Sorcier, il était étudiant à Poudlard, dans la maison Gryffondor. C'était l'un des meilleurs élèves de votre prédécesseur en classe de divination !

Le journaliste en question était de petite taille, plutôt jeune et regardait Hermione avec beaucoup d'intérêt :

- J'ai parlé avec certains de vos élèves, Miss Grizzly ! dit-il. Gallina Malefoy et Walba... Walbu... Black. Je suis enchanté de faire la connaissance d'une aussi grande voyante que vous !

- Merci, je...

- Il paraît que vous avez prédit l'union des familles Malefoy et Selwyn ? l'interrompit-il. Que vous avez aussi prédit la honte qui s'abattrait sur les Garrison ? Oh, excusez-moi, je vous ai coupée !

- Heu... non.

- Très bien ! Alors, quand avez-vous prédit ces évènements ? Comment ? Je suis très intéressé.

- Je n'ai pas vraiment prédit, j'ai eu des idées assez vagues qui...

- Oui, donc vous avez prédit !

- Heu... oui, mais ce n'est pas important !

- Bien sûr que si, ne soyez pas si modeste !

- Un peu de lait de chivredeuille, Gordon ? s'exclama Slughorn d'une voix forte.

La conversation dériva vers les études d'Alistair à Poudlard, bien que le regard du journaliste ne quittât pas Hermione. Mr Jocelin, le patron de la Tête de Sanglier, apparut quelques minutes plus tard, le visage aussi lugubre qu'à l'ordinaire. Une jeune femme rousse l'accompagnait. Elle se présenta comme étant à la fois sa fille et une ancienne camarade de classe d'Alistair. Hermione vit passer Avery, seul depuis que les Garrison n'étaient plus dans les petits papiers des Sang-Purs, Minerva, qui parlait avec un Poufsouffle de septième année et Gallina, au bras de Jedusor.

Alors que les discussions étaient plus vives que jamais, un groupe de musiciens vint s'installer sur la petite estrade qui surplombait la piste de danse. Slughorn se frotta les mains avec enthousiasme.

- Il va être l'heure de danser !

- Horace, m'en voudrez-vous si je reste ici ? demanda Hermione.

- Vous n'aimez pas danser ?

- Si, et j'ose imaginer que c'est le cas de tout le monde, aussi vais-je profiter de l'absence de la foule près des buffets pour me servir à ma guise !

- Alistair, vous voulez danser avec moi ? disait Miss Jocelin en même temps qu'Hermione. Nous formions un très beau couple au bal de fin d'année !

Alistair afficha un air perdu et Slughorn étouffa un rire. Hermione ne sut jamais si la cause en était sa remarque sur le buffet... ou les assauts séducteurs de Miss Jocelin.

- Je vais aller voir ce que fait Bonnie, grogna Mr Jocelin. Elle multiplie les heures supplémentaires, elle va se tuer à la tâche.

Il disparut sans un mot de plus. Slughorn interpella une invitée qu'il n'avait probablement pas encore saluée, Alistair saisit un petit four sur un plateau qui passait par là, Miss Jocelin se remaquilla discrètement à l'aide de sa baguette magique et le journaliste se tourna vers Hermione avec un sourire réjoui :

- Vous n'allez pas danser ?

- Je ne pense pas.

- Alors je vais rester ici pour vous tenir compagnie !

Hermione termina d'un coup son verre de lait de chivredeuille, le posa sur le bord de la table et prit Alistair par le bras, devant le regard outré de sa prétendante, pour déclarer :

- Tout compte fait, j'ai bien envie de me dégourdir les jambes. En piste !

Les musiciens engagés par Slughorn étaient sans doute très bons, mais Hermione ne pouvait s'empêcher de trouver les airs joués un peu vieillots. Quelques années auparavant, elle aurait tout donné pour découvrir les années 40 en temps réel. Elle n'aurait jamais imaginé que certains aspects de son voyage s'apparenteraient à un séjour prolongé dans le salon de ses grands-parents. Alistair la faisait tournoyer sur la piste et elle se concentrait pour ne pas tomber à cause de cette robe trop serrée qui l'agaçait de plus en plus. Un peu plus loin, Miss Jocelin la fusillait du regard en continu.

- Vous devriez l'inviter à danser, murmura Hermione à l'oreille d'Alistair.

- Pourquoi ?

- Je tiens à ma vie !

- Comment ça ?

- Peu importe. Vous devriez l'inviter, elle est toute seule.

- D'accord, mais cela ne vous dérange pas ? Je croyais que vous désiriez éviter le journaliste ?

- Horace danse avec toutes les invitées à tour de rôle. Il est temps que je prenne ma place.

Alistair retint un rire.

- Vous a-t-on déjà dit que vous aviez beaucoup d'humour ?

- Seulement mes parents. En général, on me reproche d'être sérieuse.

- L'un n'empêche pas l'autre.

La musique s'arrêta sous les applaudissements. Hermione se détacha d'Alistair et le poussa vers Miss Jocelin, avant de partir en quête. Slughorn avait déjà trouvé une nouvelle cavalière et riait très fort à une quelconque plaisanterie. Autour de lui, de nombreux couples se séparaient et partaient à la recherche d'un nouveau partenaire, mais tous étaient des Sang-Purs qui se connaissaient les uns les autres et ignoraient Hermione. Elle pensait quitter la piste de danse quand Jedusor se présenta et lui tendit la main. Hermione se détourna et tomba face à Avery, qui faisait la même chose.

Une troisième main apparut. Elle allait se jeter sur son sauveur lorsqu'elle vit qu'il s'agissait du journaliste. Son sourire était encore plus niais que celui d'Apollon Picott devant un incendie. Les pensées d'Hermione ne firent qu'un tour. Elle n'avait aucun intérêt à se faire tripoter par Avery, elle n'avait aucun intérêt à encourager le journaliste, mais Jedusor ne représentait aucun danger immédiat.

De toute façon, on la croyait amoureuse de lui. Ha ! « Les hommes prudents savent toujours se faire un mérite des actes auxquels la nécessité les a contraints » disait Machiavel en personne. En l'occurrence, Hermione était une femme et ne cherchait aucun mérite, elle utilisait juste la réalité, fusse-t-elle composée de mensonges ou d'erreurs, à son avantage. Elle tendit précipitamment sa main à Jedusor, qui ne montra aucune surprise face à ce retournement brutal de situation. Il la prit dans ses bras et l'entraina sur la piste.

- Passez-vous une bonne soirée ? demanda-t-il quand la musique reprit.

Il bougeait à peine, et Hermione devina qu'il n'était pas vraiment là pour danser. Courtois, il la touchait le moins possible : elle sentait tout juste ses mains dans son dos, ses épaules sous ses doigts. Bien que ses pas fussent timides, ils suivaient parfaitement le rythme et Hermione se demanda dans quelle mesure Jedusor avait appris à danser. N'avait-il pas grandi en orphelinat ? Elle croisa brièvement le regard d'Alistair, de l'autre côté de la piste. Miss Jocelin le serrait à l'en étouffer.

- Je passe une très bonne soirée, répondit-elle à Tom. Et vous ?

- Oui, je vous remercie.

- Où est Gallina ?

- Elle parle de politique avec des amies à elle. Elle cherche une grande cause à défendre.

C'était du sérieux.

Ils restèrent silencieux un moment. Hermione regardait Alistair et Miss Jocelin évoluer sur la piste de danse. Quand cette dernière s'en rendit compte, elle lui renvoya un sourire satisfait. Hermione jugea qu'il s'agissait là d'un comportement ridicule et décida de l'ignorer.

- Miss Grizzly, je voulais vous poser une question, reprit tout à coup Jedusor. Que pensez-vous de moi ?

La mâchoire d'Hermione faillit chuter de quelques centimètres.

- Que voulez-vous dire par là ? demanda-t-elle avec un détachement feint.

- Je crois que ma question est claire, insista Jedusor. Que pensez-vous de moi ?

- Je… Je pense que vous êtes un très bon élève, honnête et respectueux du règlement…

...bien que vous sortiez discrètement de votre dortoir pendant la nuit pour aller étudier la magie noire avec des copains.

- C'est ce que pensent tous mes professeurs. Bien. Vous me trouvez bon élève, honnête, respectueux du règlement. Quoi d'autre ?

- Tom, reprit Hermione d'une voix agacée, puis-je savoir en quoi ma réponse est susceptible de vous intéresser ?

- Je m'intéresse toujours à ce que mes professeurs pensent de moi.

Une réponse digne d'un ministre.

- Que pensez-vous d'autre ? insista-t-il. J'aimerai beaucoup le savoir.

- Je ne pense rien de spécial. Et ce n'est pas le genre de question que l'on pose à quelqu'un !

- Vous ne me dites pas tout.

- Je suis votre professeur, Tom.

- Je ne vois pas le rapport.

- Vous devenez lassant, rétorqua Hermione.

Elle essaya de se détacher mais, malgré ses tentatives évidentes, Jedusor garda les bras serrés. Hermione jeta un regard affolé aux alentours. Elle ignorait si les elfes étaient présents au milieu de cette foule très dense. Probablement pas.

- Tom, lâchez-moi immédiatement !

- C'est la première fois que quelqu'un s'intéresse autant à moi, répondit-il. Je suppose que cet intérêt a ses origines.

- Vous êtes mon élève, Tom, il est normal que je m'intéresse à vous !

- Vous vous moquez de mes résultats, miss Grizzly. En revanche, vous m'observez souvent. Je l'ai remarqué.

- Je vous regarde parce que vous me regardez !

- Vous parlez davantage avec moi qu'avec les autres élèves.

- C'est vous qui venez me parler entre les cours, Tom ! Or je ne vous ai jamais demandé de me harceler !

Jedusor se redressa, l'air outré. Hermione essaya de se dégager mais il la rattrapa de justesse et la ramena contre lui. Si certains couples de danseurs remarquèrent le manège, nul ne le fit savoir. Hermione chercha Slughorn et ne le trouva pas.

- Lâchez-moi !

- Non.

- Vous êtes très incorrect !

- Vous savez sur moi des choses que personne d'autre ne sait, dit Jedusor. Vous me suivez !

- Je ne vous suis pas ! Jusqu'à preuve du contraire, c'est vous qui vous êtes inscrit en divination !

- Arrêtez de mentir, je sais très bien que vous vous méfiez de moi !

- Et visiblement, j'ai raison, vous êtes complètement paranoïaque !

Jedusor se figea à nouveau et Hermione en profita pour s'écarter. Cette fois-ci, elle y parvint et s'empressa de mettre plusieurs pas entre Jedusor et elle. Son visage exprimait la tristesse, la colère et la frustration. Hermione respirait rapidement. Ses jambes tremblaient.

- Laissez-moi tranquille ! siffla-t-elle.

- Vous auriez dû y penser avant.

Il tourna les talons, quitta la piste et se perdit dans la masse de convives qui envahissait le coin des buffets. Hermione partit dans la direction opposée et arriva à une grande porte-fenêtre donnant sur la terrasse du salon. Le sol était en pierres claires et une végétation importante isolait la terrasse du reste du parc. Elle y serait tranquille. De l'intérieur, Jedusor ne pourrait pas la voir. Mais s'il approchait, Hermione, elle, le verrait. C'était l'avantage de l'obscurité.

Une série de petits bancs noirs s'étendait près des massifs. Hermione se laissa tomber sur le premier d'entre eux et se prit la tête entre les mains. Elle avait envie de dormir. D'oublier cet épisode. De penser à autre chose. Jedusor avait attendu la fête de Slughorn pour l'interroger sans risquer de représailles, ou avait été pris d'une soudaine impulsion ? Hermione imaginait difficilement qu'il puisse s'agir de la seconde solution, et pourtant... Jedusor semblait bel et bien s'être laissé emporter.

S'il n'y avait qu'une petite, minuscule, infime once de culpabilité dans son âme, Hermione devait l'exploiter. Mais elle devait d'abord être certaine qu'il s'agisse de culpabilité et non de manipulation. Ou elle se ferait avoir en beauté. Plongée dans ses pensées, elle n'entendit finalement pas la porte-fenêtre coulisser et ne vit qu'au dernier moment l'ombre d'une silhouette se détacher près d'elle. Relevant vivement la tête, elle tomba sur le visage triste de Minerva McGonagall.

- Vous venez prendre l'air ? lui demanda Hermione en soupirant.

- Oui, je crois que j'en ai bien besoin.

Hermione tapota le banc à côté d'elle. L'ombre du sourire éclaira momentanément le visage de Minerva. Elle s'exécuta et croisa les jambes.

- Comment s'appelle votre cavalier ? demanda Hermione.

- John Rives. Il est en septième année à Poufsouffle. Je dansais avec lui à l'instant, mais j'en ai assez qu'Adrian Rosier me regarde avec des yeux de chien battu.

Hermione se détendit. Dans les moments de crise, l'amusement avait d'indicibles vertus.

- Vous êtes venue avec Alistair Wendelbard ? poursuivit Minerva. Vous êtes une femme très courageuse. Bien peu auraient accepté.

- Comment ça ? demanda Hermione, les sourcils froncés.

L'amusement était reparti aussi sec. Minerva se mordit la lèvre.

- Oh, ce n'est rien... se rétracta-t-elle. Je croyais que...

- Minerva, je connais très mal mon cavalier, et il ne m'attire pas du tout, insista Hermione. Je ne vais pas fondre en larmes si vous m'apprenez qu'il a un enfant illégitime.

- Non, ça, ce sont les Garrison, plaisanta-t-elle. Bon...

Son sourire disparut bien vite et elle reprit :

- Beaucoup de gens savent qu'Alistair est un cousin éloigné de Gellert Grindelwald. Quand les Aurors ont commencé à soupçonner certains sorciers anglais de travailler pour Grindelwald, ils ont appelé Alistair comme témoin. Mais récemment, des partisans de Grindelwald l'ont accusé d'avoir lui aussi coopéré. Une enquête a eu lieu. On sait qu'Alistair était proche de Grindelwald quand il était enfant, mais on ne sait pas s'il est coupable ou pas. Finalement, compte tenu qu'il n'y avait aucune preuve, il a été acquitté.

Hermione devait s'accrocher pour tout comprendre.

- Alistair était proche de Grindelwald pendant son enfance… répéta-t-elle. Certains partisans de Grindelwald l'ont accusé d'être resté proche de lui à l'âge adulte, mais rien n'a pu être prouvé ? résuma-t-elle.

- Oui, répondit Minerva. J'ai du mal à imaginer qu'il soit un disciple de Grindelwald, mais les rumeurs... De telles rumeurs feraient fuir n'importe qui.

- Sauf la fille de Mr Jocelin.

Cette fois, Minerva éclata franchement de rire.

- Oh, mais elle, c'est différent ! Elle vient à toutes les soirées du professeur Slughorn en espérant le voir. Je crois qu'ils sont sortis ensemble quand ils étaient étudiants à Poudlard.

- C'est aussi ce que j'ai cru comprendre.

Le cavalier de Minerva passa derrière la vitre.

- Je vais y aller, annonça Minerva. A plus tard, madame.

- Je vais retourner à l'intérieur aussi, il fait un peu froid ici, répondit Hermione en se relevant.

Elles lissèrent leur robe de concert et s'aventurèrent à nouveau dans le Salon. Quand Minerva fut repartie avec son cavalier, Hermione chercha Jedusor du regard et, à son plus grand plaisir, ne le trouva pas. En revanche, elle aperçut son groupe de divination de sixième année qui la héla à grands renforts de cris et de gestes.

- Madame ! Madame !

Hermione se dirigea vers eux à petit pas. Elle avait l'impression d'avoir plus de place dans sa robe. Probablement une déchirure intérieure au niveau des jambes, occasionnée durant sa fugue vers le jardin.

- Bonjour, dit-elle en arrivant à hauteur des élèves.

Ils l'avaient à peine saluée que Gallina embraya :

- Nous réfléchissions à une cause révolutionnaire qui pourrait nous permettre de faire progresser le monde de la justice magique, dit-elle. Nous pensions proposer de remplacer le Baiser du Détraqueur par la simple peine de mort. Ce serait moins pénible pour les familles et moins coûteux pour l'Etat. Pensez-vous que ce projet aurait de l'avenir ?

- Non, répondit aussitôt Hermione.

Les Serpentards haussèrent les sourcils ou plissèrent le front. Ils n'attendaient pas cette réponse-là.

- Pour quelle raison ? ne put s'empêcher de demander Rosier.

- Cela fait plusieurs siècles que la Justice Magique hésite sur ce sujet, répondit Hermione. On passe à la peine de mort, on revient au Baiser du Détraqueur, on repasse à la peine de mort... Il n'y a jamais de troisième alternative. Votre idée est déjà au cœur de nombreuses controverses.

- C'est vrai, admit Meery, l'ami de Rosier.

Gallina paraissait déçue.

- Selon vous, demanda-t-elle à Hermione, qu'est-ce qui pourrait marcher ? Il me faut quelque chose d'original.

- Heu... Défendez la cause des elfes, personne ne l'a jamais fait avant vous.

Un grand rire saisit instantanément tout le groupe. Hermione avait parlé avec beaucoup de spontanéité et elle savait que ses interlocuteurs étaient des Serpentards. Mais elle ne put freiner le pic de colère qui la saisit devant ce spectacle d'hilarité générale.

- Vous avez beaucoup d'humour, madame, s'exclama Rosier.

- Mais je ne plaisantais pas !

Devant le visage sérieux d'Hermione, les rires diminuèrent, jusqu'à cesser. Le sourire de Rosier s'effaça lentement. Celui de ses camarades également. Ils paraissaient ne pas comprendre.

- Vous ne plaisantez pas ? répéta Gallina. Comment ça ?

- En Espagne, les elfes jouent le rôle de gardes du corps, répondit Hermione. Ce sont des êtres humains qui s'occupent du ménage et de la cuisine dans les grandes maisons.

- Des êtres humains ? murmura Walburga.

- Oui, des êtres humains ! insista Hermione. Les grandes familles préfèrent être servies par des êtres humains.

- Evidemment, les êtres humains sont toujours meilleurs que des elfes, approuva Walburga. Le problème, c'est qu'il faut les payer.

- Les grandes familles ont les moyens pour les payer. Elles paient aussi des gardes du corps. C'est une façon de montrer qu'elles ont de l'argent.

Là, Hermione inventait. Mais elle était prête à tout pour défendre sa position.

- C'est plus noble d'être servi par un être humain que par un elfe, poursuivit-elle. L'être humain peut recevoir les invités, s'habiller normalement... On ne peut pas attaquer les grands représentants des familles de Sang-Purs en Espagne car ils sont défendus par des elfes discrets. Et quand ils rentrent chez eux, ils sont servis par des êtres humains.

- Je crois qu'on a saisi le principe, coupa Rosier.

Avery s'était remis à ricaner, Walburga levait les yeux au ciel, les autres échangeaient des regards lourds de sens. Hermione jeta un coup d'oeil à Gallina et décela avec stupeur une lueur d'approbation dans ses yeux.

- Ce serait très original, approuva-t-elle. Et vous avez des arguments intéressants.

Les autres Serpentards la toisèrent comme si elle avait soudainement été frappée par l'éclair.

- Tu as trop bu, l'accusa Rosier.

- Mais non ! s'énerva Gallina. Il faut y réfléchir, c'est tout ! Personne n'y a pensé en Angleterre, avant le professeur Grizzly, et il faut reconnaître que de son point de vue, les familles espagnoles semblent plus modernes que les nôtres ! Quand j'étais enfant, j'aurai préféré être éduquée par une vraie gouvernante plutôt que par la vieille elfe dont mon père avait hérité !

- Mais on ne peut pas compter sur des elfes pour nous défendre, objecta Walburga. Des elfes en gardes du corps ? On ne peut pas descendre si bas !

- Fais-moi confiance, lui dit Gallina, je sais ce que je fais.

Hermione n'en croyait pas ses yeux. Une élève de la maison Serpentard s'intéressait à son projet. Certes, elle l'avait présenté de manière à convaincre des Sang-Purs, mais de là à ce que cela marche…

- MISS GRIZZLY ! cria quelqu'un à sa gauche.

Hermione eut tout juste le temps de se retourner en sursaut qu'elle tomber nez à nez avec l'objectif de Gordon le journaliste. Un flash blanc l'aveugla.

- Je vous remercie et vous souhaite une bonne soirée ! dit le journaliste. Je m'en vais mais je ne manquerai pas de faire un article sur vous !

- Non, attendez, revenez ici ! s'écria Hermione en se lançant à sa suite.

Elle essaya de lui courir après mais se prit les pieds dans sa robe. Alors qu'elle tombait, deux grandes mains se refermèrent sur ses bras et la redressèrent.

- C'est trop tard, chuchota la voix d'Alistair Wendelbard à son oreille. Il voulait se venger.

- Mais pourquoi ?

- Je l'ai entendu dire à Slughorn que vous aviez été méchante avec lui.

- Ce n'est pas vrai ! Je ne voulais pas danser, c'est tout !

- Ne vous inquiétez pas, le contenu de l'article de sera pas injurieux. Bien au contraire. Il a compris que vous n'aimiez pas parler de votre métier et ne va sans doute faire que ça. S'il décidait de vous rabaisser dans la presse, il aurait Horace sur le dos et, par l'intermédiaire d'Horace, la moitié des membres du Ministère. Et c'est sans compter les grandes familles de Sang-Purs dont les enfants étudient auprès de vous. Non, Gordon ne prendra pas ce risque.

Hermione soupira mais ne se détendit pas. Elle était inexplicablement inquiète à l'idée que cette photo soit publiée. Inexplicablement, car elle était certaine que cela n'avait pas de rapport avec son voyage dans le passé ou avec de quelconques insultes. Le mauvais pressentiment qui l'avait habitée toute la soirée était lié à cet évènement. Pas à Jedusor. Hermione se retourna vers Alistair qui lui sourit gentiment. Par-dessus son épaule, elle aperçut Jedusor. Il la regardait en fronçant les sourcils et faisait tourner sa bague avec une certaine nervosité.

- Je vais rentrer dans mes appartements, je suis épuisée, dit-elle. Pourriez-vous m'accompagner ?

- Oui, bien sûr.

:::

Dix minutes plus tard, Alistair laissait Hermione passer seule la porte de ses appartements et repartait non pas vers le salon mais vers la grille, lui aussi désireux d'aller se coucher. Hermione verrouilla son bureau en bâillant et prit la direction de la salle de bain. Lorsqu'elle ouvrit la porte du vestibule, des voix lui parvinrent :

- C'est un sanglier décapité.

- Beuark, ça être répougnant !

- Il faudrait frotter pour le faire disparaître.

- Arrêtez de critiquer ! Si Miss Professeur veut ce savon, on laisse ce savon !

- Yo me demander où la Señorita l'avoir eu !

Hermione poussa le battant. Les trois elfes étaient dans la baignoire, armés de chiffons et coiffés de bonnets de ménage. Ils se disputaient à propos du savon qu'elle avait ramené de la Tête de Sanglier et semblaient en net désaccord. Dès qu'ils virent Hermione, ils redressèrent la tête.

- Bonsoir ! lancèrent-ils en choeur.

- Bonsoir. Que faites-vous ici ?

- La Señorita doit savoir ! s'exclama Ezequiel en sortant de la baignoire. Tous, tous les Serpentards avoir quitté le dortoir après couvre-feu !

- Mais c'est normal Ezequiel, ils sont à la soirée de Slughorn ! répondit Hermione en éclatant de rire.

- Bulby et Fania ont essayé de lui dire, Miss Professeur, répondit Bulby. Mais Ezequiel ne semble pas comprendre le mot « soirée ».

- Oh, d'accord.

Elle allait leur demander de trouver un dictionnaire Anglais-Espagnol quand un bruit léger résonna dans le bureau. Hermione n'était pas la seule à l'avoir entendu. Tous aux aguets ! Les elfes sautèrent hors de la baignoire. Hermione les suivit dans le vestibule, puis dans le bureau. Le bruit retentit à nouveau : il s'agissait de coups discrets frappés à la porte. Elle fit signe aux elfes de se cacher, tira le loquet et ouvrit.

Tom Jedusor se tenait dans le couloir, droit comme la justice. Hermione se figea.

- Tom ? Que venez-vous faire ici ?

- J'aimerai vous parler. Je peux entrer ?

- Je m'apprêtai à me coucher.

- Je n'en aurai pas pour longtemps. Je tenais à m'excuser…

Hermione n'avait pas donné son accord qu'il avançait vers elle et la contraignait à s'écarter. Ce n'était pas très poli. Jedusor le savait. En revanche, ce qu'il ne savait pas, c'est que trois elfes veillaient à la sécurité du professeur Grizzly. A peine eut-il passé la porte qu'un triple cri de guerre éclata dans la salle.

- A L'ATTAQUE !

Tout à coup, ce fut comme si des ombres surgissaient de tous les recoins. Trois masses vociférantes sautèrent sur Jedusor. La première s'enroula autour de sa tête, la seconde lui emprisonna les bras et la dernière lui attrapa les pieds. L'ennemi tomba à terre en se débattant, englouti et submergé. Sa baguette était toujours dans sa poche, hors de portée de ses mains maîtrisées par l'adversaire que ses coups de pieds n'atteignaient pas.

- On l'a eu ! On l'a eu !

- Ezequiel, tiens-lui les jambes !

- ¡Toma esto en tu cara!

- Il faut qu'on lui coupe les jambes !

- Je lui arracher los ojos d'abord !

Jedusor cria et essaya de chasser Ezequiel de son visage, mais l'elfe tint bon. Hermione sortit de son hébètement et réagit enfin :

- Arrêtez !

Les elfes disparurent en un clin d'œil. Jedusor se redressa, livide et le souffle court. Il saisit sa baguette, et chercha ses assaillants du regard, sans succès. L'ennemi ne reviendrait pas.

- Que… Qu'est-ce que… balbutia-t-il d'un air traumatisé.

- Vous ne devez pas entrer dans mon bureau de cette façon, annonça Hermione d'une voix douce. Je vous conseille d'aller à l'infirmerie. Nous parlerons une autre fois.

Cette fois-ci, Jedusor ne la contredit pas. Il rendit les armes, se releva tant bien que mal et sortit de ses appartements à une vitesse plus soutenue que nécessaire. Hermione referma la porte sur ses talons. Elle avait la paix pour les cent ans à venir.

Ou pas.