Je voudrais remercier Nauss, qui me laisse toujours ses reviews, malgré le fait que je ne publie pas régulièrement!
Ce chapitre fut difficile à écrire, comme le chapitre 3 d'ailleurs.. J'espère qu'il vous plaira tout autant!
ENJOY!
Lorsque tout nous semble insurmontable, lorsque tout semble perdu et qu'on se laisse aller dans cette spirale infernale qu'est la dépression. On pense ne jamais pouvoir s'en sortir. On chute, on tombe, on coule dans ces abysses sans fin. Plus rien ne nous donne envie, plus rien ne semble attrayant à nos yeux, on se laisse aller. On s'enferme dans cette boucle par craintes, par peurs. Quelqu'un qui ne sait rien de tout ça, pourrait penser que c'est fait exprès. Que l'on cherche à attirer l'attention. Si cette personne pouvait s'imaginer à quel point l'envie de s'en sortir est présente parfois, elle est persistante et on reprend espoir, mais à la moindre petite réflexion, on trébuche et on chute à nouveau. Si cela se répète trop souvent, alors on fini par abandonner.
La convalescence du détective de Baker Street fut longue et rude. Il lui a fallu beaucoup de temps afin de reprendre du poil de la bête. Si son accoutumance aux drogues l'avaient totalement transformé, retrouver un équilibre alimentaire lui redonna sa carrure si spécifique. Néanmoins, les jours passèrent sans que Sherlock ne voit la moindre amélioration. Mycroft avait pu lui trouver un centre de désintoxication privé, lui permettant une certaine discrétion. Il avait été vu avec les médecins qu'il n'y résiderait pas, et qu'il pouvait rentrer chez lui après chaque séance.
L'atmosphère dans l'appartement était pesante. John ne faisait pas le moindre effort, tandis que Sherlock prenait enfin soin de sa personne. Il méditait de plus en plus souvent, son violon animait mélancoliquement le foyer, il s'était même mis à écrire quelque peu. Il lui arrivait parfois de se rendre dans Regent's Park pour prendre l'air et observer la nature. Tout n'était pas totalement revenu à la normal, il allait lui falloir du temps, beaucoup de temps. Il s'était fait une raison, aussi déchirante soit-elle. Rosie avait disparu, kidnappé et il ne pouvait rien y faire. Il n'abandonnait pas, il ne baissait pas les bras, mais il comprit à cet instant que le plus important était de se remettre sur pieds avant de pouvoir continuer son enquête.
Son médecin avait réussi à lui faire ouvrir les yeux sur la nature de sa descente aux enfers des derniers mois. Le détective n'avait jamais été aussi bavard qu'à ses séances d'ailleurs. Il pouvait enfin mettre des mots sur ses maux et laisser exploser sa tristesse. Il ne se sentait pas jugé, il ne se sentait pas seul, il avait quelqu'un pour l'écouter, pour l'épauler et l'aider. Tout s'était fait naturellement, aussi étrange que cela puisse paraître. Il arriva à une de ses séances, le visage déconfit, impuissant, perdu. Le Dr. Evans s'en était inquiété immédiatement puisque de gros progrès avait été réalisé au bout de six mois déjà.
« Pouvez-vous me raconter votre journée d'hier, Sherlock ?
- Figurez-vous Docteur, que quelqu'un a réussi à indiquer à la presse où je me trouvais pour nos sessions. Il se trouve qu'à l'heure actuelle où nous parlons, des dizaines de paparazzi m'attendent devant chez moi. Bien entendu, j'eus pris l'habitude d'être suivi dans la rue, d'être photographié, là n'est pas le problème. Mais dès lors que l'on s'en prend à…
- Au Docteur Watson, le coupa-t-il.
- A lui… Cela m'atteint et j'ignore précisément encore pourquoi.
- Nous allons entreprendre un nouveau travail ensemble, cela vous convient-il ?
- Mais nous en étions sur ma dépression et ma dépendance à la drogue, je ne comprends pas pourquoi changer de sujet aussi brusquement ?
- Il semblerait que vous ayez toujours oublié un détail important de votre vie jusqu'à présent. Vous ne m'avez jamais parlé du Docteur Watson sur nos six mois d'entretiens. Il m'apparaît plutôt évident que vous en parliez aujourd'hui, puisque vous vous rendez enfin compte que votre mal vient sans doute également du sien. Je ne crois pas me tromper en disant que vous étiez assez proches ?
- Si l'on peut dire, oui.
- Pourquoi cette hésitation ?
- Nous n'avons jamais réellement été.. un couple à proprement parlé. Nous échangions des regards, nous vivions tel un couple, mais rien ne s'est jamais passé entre nous.
- En aviez-vous envie ? Vous êtes-vous écoutés ?
- Docteur Evans, je ne suis pas sûr que cela…
- Je vais vous dire, Monsieur Sherlock Holmes. Si vous pensez que son deuil fut un frein à sa relation avec vous, souvenez-vous de ces moments passés ensemble suite au décès de sa femme. Pensez à toutes ces journées passées en présence de sa fille, que vous avez visiblement accueilli sans broncher. Pourquoi vous refusez-vous d'être heureux avec cet homme qui partage votre vie depuis près de dix ans ?
- Je dois très certainement m'en vouloir, hésita-t-il.
- Expliquez-moi.
- Je ne suis pas facile à supporter. J'ai un esprit supérieur à la moyenne, dirais-je pour rester poli. Je ne pense pas comme la plupart des gens. On m'a souvent considéré comme un monstre, à juste titre sans doute. Mon amitié avec John relevait d'un simple geste…
- Un geste de bonté ? Mike Stamford m'a raconté votre rencontre. Vous souvenez-vous de votre première approche avec le Dr. Watson ?
- Il m'a tendu son téléphone pour me permettre d'envoyer un message, je n'aime pas les appels.
- Quelle a été votre réponse ?
- Je lui ai offert un chez-lui… Dit-il un sourire triste aux coins des lèvres.
- Vous n'êtes donc pas un monstre. Dans votre vie, vous avez sans doute fait des choix difficiles, pouvant blesser votre ami, mais je pari ma carrière sur ceci : vous ne l'avez jamais fait dans le but de blesser qui que ce soit, me trompe-je ?
- Comment pourrais-je… sa voix se brisa, vouloir blesser John…
- Monsieur Holmes, personne ne devrait vous en vouloir, personne y compris vous. Ce n'est pas votre faute si vous avez du disparaître pendant deux ans. Ce n'est pas votre faute si la femme du Dr. Watson s'est sacrifiée pour vous, ce n'est pas votre faute si Rosie a disparu.
- Dîtes-lui cela alors…
- La première personne à qui vous en voulez, c'est vous. Cessez de culpabiliser et laissez-lui du temps. Du temps, c'est tout ce qui pourra apaiser vos blessures respectives. Il viendra un jour où le Dr. Watson reviendra vers vous. Soyez-en sûr. »
Sherlock avait appris à apprécier la compagnie de son médecin, puisqu'il lui parlait avec sincérité. Il ne le prenait pas pour un fou, bien au contraire. Il écoutait chacun de ses monologues, chaque mot qu'il prononçait. Mycroft avait trouvé le bon pour le faire sortir de sa spirale infernale. Petit à petit, Sherlock retrouvait le sourire, goût aux simples petites choses de la vie. Il était content de terminer un morceau de violon, content de pouvoir marcher un peu.
Malgré tout cela, il ne pouvait empêcher son coeur de se serrer en voyant l'état de John. Il n'allait pas mieux. Il n'allait pas bien. Et il ne pouvait rien y faire.
Le détective rentra ce soir là, après sa séance qui lui avait quelque peu ouvert les yeux. Sans doute allait-il pouvoir avancer un peu plus. Son pas était plus léger que d'habitude. Sa démarche plus assurée. Sa cadence néanmoins plus soutenue. Il retrouvait son allure d'antan, et cela lui procurait un bien fou ! Mais sa douce humeur allait virer au cauchemar lorsque arrivé dans le salon de leur appartement, il entendit l'eau de la baignoire couler inlassablement. L'eau semblait ruisseler sur le carrelage. Une odeur de vapeur chaude embaumait tout le couloir, jusqu'à sa position.
« JOHN ! »
Ni une ni deux, le détective était déjà sur la pas de la porte de la salle de bain, ses chaussures baignant dans l'eau bouillante. Sa main trembla à l'ouverture de la porte, qui laissa passer un rasoir flottant sur l'eau ruisselante. Son coeur s'emballa, ses membres s'engourdirent, son cerveau vrilla. L'eau n'était plus transparente, elle avait pris une teinte rose, presque rouge, elle débordait continuellement, recouvrant son corps blanc, seul son teint livide était hors de cette eau.
Sherlock sorti son corps de la baignoire, le porta dans ses bras, l'amenant à sa chambre.
Bordel John !
Il vérifia ses poignets, couverts de plaies plus profondes les unes que les autres.
Ce que tu peux être con !
Il déchira sa chemise en bandelettes, les serrant autour de ses poignets le plus fortement possible.
Ne me lâche pas !
Il vérifia son pouls, extrêmement faible, sa respiration faible également.
John ! John ! John !
Il lui donna de légères claques sur le visage.
Reviens, aller, reviens ! Ne me laisse pas seul…
Il appela enfin les secours, continuant de veiller sur lui. Son coeur battait la chamade, son front perlait de sueur.
« Ils vont arriver, ne t'en fais pas, on va prendre soin de toi, ils vont arriver. Ne me lâche pas John, je t'en supplie, ne m'abandonne pas. Pas maintenant, jamais… »
Sa voix se brisait, ses nerfs lâchaient et des larmes apparurent sur son visage, qui vinrent s'échouer sur le visage marqué de John. Il était penché sur lui dans l'espoir qu'il soit le premier qu'il puisse voir à son retour.
« John, je t'aime, je t'en prie.. reviens-moi… »
Tandis que les secours arrivaient, Sherlock remarqua le visage de celui qu'il aimait depuis toutes ces années, s'adoucir, reprendre quelques couleurs même. Il s'apaisa, et son rictus si caractéristique au niveau du nez suffit au détective pour tendre l'oreille.
« Moi aussi... »
