L'école reprend, bouhouhou ... Mais je ne faiblirai pas ! Enfin, j'essaierai quoi ... Concernant le chapitre : patience fans des Maraudeurs, ils reviendront bientôt !
Et bonne année tout le monde !
Delphlys : La mère de James, c'est un truc qui m'est venue en écrivant le chapitre. Elle était pas sensée être là à la base mais je crois que je l'apprécie tellement qu'il va falloir qu'elle revienne ! Le procès, je t'avoue que j'ai hésité : pas de procès ? un procès ? Charles et Gabriella ? Charles tout seul ? Gabriella seulement ? Et puis au final, l'idée me plaisait alors je l'ai gardée ! Et l'avantage de la première personne, c'est que Gabriella n'est pas au courant si oui ou non Charles est passé devant Croupton (bien que dans ma tête, il y est sûrement passé). Pour la fin, je t'avoue que j'ai eu du mal. Certes dans ma tête, ce n'est pas la fête non plus mais tu as raison, j'aurais dû plus nuancer. Ce chapitre est nettement plus nuancé pour le coup, à toi de me dire ce que tu en penses ! :)
Les Richardson, dans la cuisine, avec un Rapeltout
(Rumor Has It)
Sitôt descendue de la carriole à l'entrée du parc de Poudlard, je m'étais dirigée vers l'école, me séparant de Charles tandis que des elfes s'occupaient de nos valises. Il faisait beau et le parc était couvert d'une épaisse couche de neige comme tous les hivers. C'était une des choses que j'appréciais le plus à Poudlard, l'hiver était beau. Un courant d'air me fit rentrer la tête entre les épaules et j'enfonçai mon visage dans mon écharpe. J'accélérai le pas jusqu'à la tour de Serdaigle.
« Je couvre ce qui est vrai et je cache la vérité. Pourtant, parfois, je te donne du courage. Qui suis-je? »
Trop occupée que j'étais à espérer que la salle commune soit vide, je ne percutai l'énigme que lorsque le heurtoir la répéta. Je sautillai sur place, les mains enfoncées dans les poches de mon manteau tout en réfléchissant. Je donnerai n'importe quoi pour une couverture chauffante. Je fis alors tourner mes méninges jusqu'à ce que l'image d'un bal masqué ne me vienne à l'esprit, Merlin seul sait pourquoi.
« Un masque ! » m'écriai-je presque avec satisfaction.
Il y eu un cliquetis et la porte se déverrouilla. Je la poussai et me précipitai à l'intérieur. J'ignorai si le heurtoir pouvait être au courant de mes états d'âme mais je trouvais ses questions un peu trop personnelles parfois. Quoi qu'il en soit, il n'avait pas tort. J'allais devoir me couvrir d'un masque pour les prochaines semaines.
Bien sûr, mes amis auraient pu profiter du grand soleil et de la neige pour aller jouer dehors comme tous les autres. Mais voilà, mes amis n'étaient pas « tous les autres ». Aussi, ils préféraient faire le tour de la salle commune en m'attendant. C'était raté pour mon arrivée ni vue ni connue. Je sentais d'ailleurs le cataclysme arriver et j'eus une grimace en les voyant tous tourner la tête vers moi. Merlin, faites que mes souffrances soient brèves.
« Toi ! rugit Cassy en me pointant du doigt et en s'avançant à grandes enjambées. As-tu une seule, infime, minuscule idée de combien on s'est inquiétés pour toi ? Non, bien sûr, madame la duchesse est trop demandée ! Trop occupée pour envoyer ne serait-ce qu'un simple hibou à ses amis et leur expliquer ce qui se passe. T'étais pas dans le Poudlard Express, silence radio de toute la semaine, t'imagines combien c'était affreux pour nous ? J'ai été demandé à tout le monde si ils avaient de tes nouvelles, j'ai supplié Flitwick tous les jours, j'ai cherché le bureau de Dumbledore toute la semaine ! »
Les gestes théâtraux de Cassy ne faisaient qu'aggraver la situation et je me sentis incroyablement fautive sur le coup. Un peu comme un première année qui vient de se faire attraper pendant qu'il sabotait la potion de son voisin pour avoir une meilleure note. Je me mordis la lèvre et déglutis. Ils avaient tous l'air si bouleversés et le visage au bord des larmes de Cassy devant le mien ne m'aidait pas à diminuer mon sentiment de culpabilité.
« Désolé mais je vous promets que j'ai de sacrées circonstances atténuantes. » minaudai-je d'une toute petite voix en espérant que ça les calmerait.
Je ne savais pas si je pourrai tout leur révéler mais Hazel m'avait bien conseillée d'essayer d'en parler aux personnes de confiance. C'étaient mes amis, je leur faisais confiance mais je n'étais pas encline de nature à parler de mes soucis. Mais je lui avais promis et je m'étais promise d'essayer.
Les épaules de Cassy s'affaissèrent tandis qu'elle soupira, résolue. Immédiatement, la tension retomba comme un soufflé et la situation en devint plus cocasse.
« Ne refais plus jamais ça ! Tu m'entends ? Sinon, on n'est plus amies ! »
Derrière elle, les autres étouffaient leurs rires et je devais avouer que c'était un miracle que je ne lui ai pas encore ri à la figure. Je la regardais, amusée, alors qu'elle soufflait comme si elle venait de faire un marathon. Puis je lui servis la moue la plus adorable et désolée que j'avais en magasin et lui ouvris mes bras.
« Câlin ? » proposai-je.
Elle me regarda un instant de la tête au pied et je crus qu'elle allait vraiment m'en mettre une. Heureusement, les colères de Cassy étaient plus impressionnantes que dévastatrices et elle ne tarda pas à venir me serrer dans ses bras.
« T'as de la chance que je t'aime toi ! »
Nous rîmes tous et il s'ensuivit une séance de câlins collectifs qui me fit chaud au cœur. Même si je n'étais pas complètement prête à parler de l'accident, je savais que je pouvais compter sur eux et ça me suffisait amplement.
« On ne peut pas profiter un peu de cette journée avant que je vous explique ? C'est long et vraiment pas drôle. Et j'ai besoin de rassembler le peu de courage que j'ai avant de faire le grand pas. » blaguai-je avec un sourire bien que je ne me sentais pas au mieux.
Evidemment, ils n'avaient pas tardé à essayer de savoir ce qu'il s'était passé. Nous nous étions installés dehors, sur un des murets qui entouraient la cour centrale. A leurs regards, je sus qu'il se doutait que c'était quelque chose de grave et qu'ils n'avaient aucune intention de me tirer les vers du nez par la force.
« Ok, mais rassure-nous et dis-nous que ça n'a rien à voir avec un espèce de mariage bizarre avec un de tes cousins. »
Je ris, à moitié sincère, à moitié gênée et levai les yeux au ciel.
« Crois-moi, j'aurais préféré ça ! avouai-je, un sanglot étranglé dans la gorge.
- Parce que les Serpentards avaient l'air de savoir un truc alors on s'est posés des questions. »
Je me raidis. Forcément, des Sangs-Purs avaient été présents à l'enterrement, ils avaient dû en alerter leurs enfants. Fort heureusement, ils n'avaient pas l'air d'avoir répandu la rumeur dans l'école. Après tout, ça ne leur serait d'aucune utilité. Je me raclai la gorge et décidai de changer de sujet.
« Vous avez copié beaucoup pendant la semaine ? »
Immédiatement, Cassy râla et Theo se frappa la cuisse d'un air « Je l'aurais parié ! » qui fit lever les yeux de Gwen au ciel avec amusement.
« Tu crois pas qu'on a autre chose à se raconter que les derniers cours qu'on a grattés ? me reprocha la brune.
- Merci Merlin que tu sois de retour, je commençais à me sentir comme le seul studieux du groupe ! » rigola Nathan.
Je ris tandis que Cassy lui donna une claque sur le bras qui nous fit tous glousser.
« Arrête de l'encourager dans cette voie ! »
Le reste de l'après-midi se passa tranquillement. Aucun de mes amis ne parla de ce qui s'était passé durant leurs vacances et je les en remerciai secrètement. Nous passâmes la soirée près du feu de la salle commune où j'essayai plus ou moins de rattraper mon retard sur les cours du lendemain.
Le seul problème que je rencontrai concernant le rattrapage de mes cours était l'étude des runes. Aucun de mes amis ne suivait ce cours. Bien sûr, si je demandai à Lily, elle accepterait mais j'aurais l'impression de prendre avantage de sa gentillesse. Aussi, je décidai qu'il faudrait que je pense à demander au professeur Babbling de me passer les cours.
Le lendemain, en raison de mes amis qui avaient gentiment voulu me laisser dormir plus longtemps –en réalité, je les soupçonnais d'avoir ajouté quelque chose dans mon jus de citrouille hier soir -, nous arrivâmes dans la Grande Salle un peu plus tard que d'habitude pour le petit déjeuner. La plupart des étudiants étaient déjà là, contrairement aux professeurs. Cassy était partie dans l'extraordinaire récit de comment elle avait réussi à perdre deux kilos malgré le banquet de Noël de cette année.
Cependant, dès que nous entrâmes dans la Grande Salle, la plupart des discussions s'arrêtèrent et de nombreux étudiants tournèrent la tête vers nous, nous regardant d'une manière pas très accueillante. J'en vis certains se chuchoter des choses à l'oreille en nous désignant sans discrétion et Gwen se retourna plusieurs fois pour voir si c'était bien de nous qu'ils parlaient. Étrangement, c'était la table des Serpentards la plus calme et j'en surpris même un ou deux me faire un petit sourire avant de baisser la tête vers leurs œufs brouillés.
« Est-ce que quelqu'un a commis un meurtre récemment ? » demanda Nathan d'un ton léger pour détendre l'atmosphère.
Nous nous étions mis en route vers notre table, décidant d'occulter les regards bizarres qu'on nous lançait.
« C'est probablement à cause des quatre kilos que Cassy a pris après en avoir perdu deux, s'esclaffa Theo avant de se prendre un coup de coude dans les côtes de la part de l'intéressée.
- La ferme, Theo ! »
J'aurais bien ri avec les autres si, en passant, mon regard n'avait pas été attiré par ma propre photo et celle de Charles. En couverture de la Gazette du Sorcier. Je fronçai les sourcils et me penchai au-dessus du deuxième année –une espèce de tête à claques du nom de Lockhart si je me souviens bien- pour lui prendre le journal.
« Hé ! » protesta-t-il mais il ne sembla pas vouloir en rajouter quand il vit mon visage.
Mes amis étaient revenus sur leur pas pour pouvoir lire par-dessus mon épaule. Au-dessus d'une photo de Charles et moi sortant de la salle d'audience au Ministère, on pouvait lire en grosses lettres : « RICHARDSON : VICTIMES OU MEURTRIERS ? »
Le titre était tellement stupide que je tournai la page pour accéder à l'article. Immédiatement, je regardais le nom du journaliste. Rita Skeeter. Evidemment. Qui d'autre pour passer entre les mailles du filet ? Qui pour ne pas tenir compte des arrangements faits par mon frère et publier un article, probablement à l'insu de tous ? Ça ne faisait que quelques mois qu'elle travaillait pour la Gazette mais déjà, plusieurs de ses articles avaient fait polémiques. Je fronçai les sourcils et décidai de lire les grandes lignes de l'article :
« Revenons sur les faits : alors que la plupart d'entre nous étaient encore enivrés par les fêtes de Noël, une attaque au manoir Richardson coûta la vie de deux de ses membres : Gregory Richardson, le père de famille et Marius Richardson, son fils aîné. Qui sont les agresseurs ? Que voulaient-ils ? Aucune idée.
Mais rappelons que cinq ans plus tôt, une attaque de ce genre (alors orchestrée par des anti-Sang-Purs) avait emporté deux des enfants Richardson : Suzanne, scolarisée à l'école Poudlard et le cadet Elliot. Coïncidence ? Peut-être. Peut-être pas. Vous ne vous rappelez pas d'une telle atrocité ? C'est normal, la famille s'était bien gardée, comme aujourd'hui, de le crier sur tous les toits.
Et c'est là que le doute s'est immiscé dans mon esprit, allant jusqu'à me faire rédiger cet article à l'insu de tous. Parce que oui, le silence des journaux a été acheté pour ne pas ébruiter l'affaire. Pourquoi ? Ont-ils quelque chose à se reprocher ? C'est ce que nous pouvons penser quand, quelques semaines plus tôt, lors du mariage de Lucius Malfoy et Narcissa Black, une dispute virulente entre les deux aînés a emmené Charles Richardson à souhaiter la mort de son frère, Marius, avant que la famille ne quitte en toute discrétion les festivités. Et quelle surprise quand on voit que son souhait a été exaucé !
Enfin, des recherches personnelles m'ont appris que depuis des siècles, la famille Richardson a toujours occupé des places privilégiées au sein du Ministère (est-il utile de préciser que Gregory et Marius occupaient respectivement des places au département de contrôle et de régulation des créatures magiques et au Magenmagot alors que Charles détient toujours son poste au sein du département de la coopération magique internationale ?) et que les quelques affaires pour lesquels ils ont dû comparaître ont rapidement été bouclées. Nul doute que leurs places leur sont profitables sur bien des points. Et pourquoi pas pour dissimuler un meurtre ?
Je ne crie pas au meurtrier mais compte-tenu des épreuves surmontées par cette famille, je ne serais pas surprise d'y découvrir quelques problèmes mentaux chez l'un ou l'autre de ses membres. Simple attaque d'anti-Sang-Purs ? Ou de sbires de celui qui se fait appeler le Seigneur des Ténèbres ? Règlement de compte entre membres d'une même famille ? Cambriolage qui a mal tourné ? Seuls les résultats d'une enquête plus approfondie nous en diront plus.
Votre journaliste dévouée à la vérité, Rita Skeeter. »
« C'est horrible, souffla Gwen et je me demandai si elle parlait de l'assassinat de ma famille ou de l'article.
- Elle n'a pas le droit de publier une telle merde ! s'offusqua Cassy. J'espère qu'elle sera renvoyée, c'est tout ce qu'elle mérite ! »
A vrai dire, je me fichais comme de mon premier chaudron de ce qu'allait devenir Rita Skeeter et sa maudite plume à papote. Elle pouvait bien finir critique de mode dans le Sorcière-Hebdo que ça ne changerait rien à ma vie. Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de relire l'article. Plusieurs choses me chiffonnaient. Comment avait-elle pu entendre la dispute entre Marius et Charles lors du mariage ? La maison était vide. Totalement. Aussi bien quand j'y suis entrée seule que quand nous en sommes tous sortis. J'aurais forcément remarqué une femme si je l'avais croisée dans le couloir.
Je relevai la tête au moment où, par la porte au fond de la salle derrière la table des professeurs, surgissaient Charles et Dumbledore. Immédiatement, avant même qu'ils ne soient assis, McGonagall attira leur attention et leur tendit le journal avec un visage anxieux. Je les vis parcourir l'article rapidement des yeux, devenant de plus en plus perplexes au fil de la lecture. Charles leva la tête et me chercha des yeux. Il ne mit pas longtemps à m'apercevoir puisque nous étions encore debout dans l'allée. J'eus du mal à déchiffrer son humeur à cause de la distance mais ses lèvres remuèrent et je compris un vague « Ne t'inquiète pas. ». J'acquiesçai d'un petit mouvement de tête avant de redonner sa Gazette à Lockhart. Alors que je m'asseyais pour déjeuner avec mes amis, Dumbledore tapota l'épaule de Charles, lui fit un signe et ils sortirent en silence, suivis de McGonagall.
Immédiatement, les commérages reprirent et je me sentis mal à l'aise, consciente de tous les regards tournés vers moi. L'anxiété me tordait tellement l'estomac que je me forçai à avaler deux tartines pour faire bonne figure devant mes amis et ne pas les inquiéter.
Fort heureusement, les deux premières heures de Sortilèges avec les Serpentards me détendirent un peu. C'était de loin ceux qui me regardaient le moins de travers, presque avec compassion. J'avais réussi à rattraper tout l'écrit que j'avais manqué et Flitwick m'avait aidée à rattraper une partie de la pratique qui n'était pas bien compliquée pendant la première heure de sorte qu'à la fin du cours, il faudrait juste que je revois le sortilège un peu de mon côté d'ici le lendemain.
Nos amis partant ensuite en étude des Moldus, j'allai m'enfermer à la bibliothèque avec Theo jusqu'à midi pour continuer à copier. Au moins, la présence de Pince empêchait tout commérage sur ma personne et je m'appliquai à me concentrer dans mon travail et sur les idioties de Theo et de Franklin qui nous avait rejoints pour faire abstraction des regards qu'on me lançait.
A midi, je traînai l'air de rien à ranger mes affaires jusqu'à ce que la bibliothèque soit presque vide de tout élève. Je m'accordai alors un soupire, me sentant moins oppressée et je suivis Theo et Frank jusqu'à la Grande Salle. Apparemment, la famille de Franklin avait détesté les dragées surprises de Bertie Crochu aux goûts douteux que leur avait gardées le Poufsouffle. Je ris en les imaginant croquer à pleines dents dans une dragée au vomi ou aux crottes de nez.
Franklin nous laissa pour rejoindre ses amis à la table des Poufsouffles et je me dirigeai vers ma table avec Theo. Malgré que peu d'élèves soient déjà là, j'avais l'impression d'être l'attraction de l'année. C'était éreintant, physiquement et mentalement. J'espérais secrètement que les commérages et les regards s'arrêteraient après plusieurs jours ou qu'ils trouveraient quelque chose de mieux. Même si j'imaginais mal qu'est-ce qui pourrait être encore plus croustillant comme ragot que les malheureuses péripéties de ma famille.
Après avoir mangé, je me dirigeai vers le cours d'étude des Runes. Mes amis avaient insisté pour m'accompagner mais je leur avais répliqué avec un petit rire nerveux que ça allait et que je ne risquais pas de me faire enlever sur le chemin. Je savais qu'ils étaient soucieux et je m'efforçais de calmer leurs inquiétudes du mieux que je pouvais. Et ce n'était pas une mince affaire quand la moitié de l'école se retournait sur votre passage. J'arrivai en cours en même temps que Lily et elle me gratifia d'un sourire chaleureux que je lui rendis plus ou moins :
« Salut Gabriella, ça va ?
- Ça va, merci. » répondis-je doucement avant qu'elle ne parte à côté de Severus.
J'allai m'installer à ma place habituelle et sortis mes affaires. Lupin arriva et il fit le tour, non pas par le devant de la classe comme à son habitude, mais par le fond. Je soupirai. Au moins, cette histoire les tenait à l'écart. Enfin, c'est ce que je croyais jusqu'à ce que j'entende la chaise derrière moi racler le sol. Je fronçai les sourcils et me retournai pour constater que Lupin s'installait comme si de rien n'était.
« Qu'est-ce que tu fais ? Tu comptes mettre une Bombabouse dans mon sac ? » lui demandai-je, méfiante.
J'attrapai mon sac avec mes pieds et le ramenai sous mon bureau. Lupin m'observa, un peu perplexe. Si je continuai comme ça, on allait vraiment me catégoriser comme folle à lier.
« Non, lâcha-t-il dans un petit rire, visiblement amusé. Je me suis rendu compte cette semaine que j'y voyais mieux d'ici. »
Son petit sourire et le fait qu'il utilise précisément la semaine de mon absence pour son excuse bidon montraient clairement qu'il mentait. Il mentait, je le savais, il le savait et c'était louche. Je plissai les yeux, essayant de savoir ce qu'il manigançait dans un coin de sa tête.
« Je n'arrive pas à croire ce qu'il lui est arrivé …
- C'est affreux, hein ?
- Ouais … Tu crois qu'ils ont vraiment cherché à s'entre-tuer ?
- Je ne sais pas, mais ça fout la trouille ...
- Je suis assise derrière elle en DCFM ...
- Demande à changer de place. »
Lupin, interloqué, tourna la tête vers les deux Poufsouffles qui discutaient sans trop de discrétion, quelques tables plus loin. Immédiatement, elles arrêtèrent. Mal à l'aise, je baissai les yeux et refis face à mon parchemin tandis que Babbling faisait son entrée. Le cours passa à une lenteur monstre. D'abord parce qu'elle nous laissa en autonomie pour traduire des textes. Or, la traduction reposait sur des choses qu'ils avaient travaillées pendant mon absence et que je n'avais pas rattrapées. Ensuite parce que cette histoire et les commérages tournaient sans cesse en boucle dans ma tête.
J'accueillis avec joie la fin de l'heure et rangeai mes affaires en quatrième vitesse, écoutant à peine Babbling qui nous disait de bien penser à apporter notre manuel des hiéroglyphes et logogrammes magiques. Je haussai les épaules. De toute façon, j'avais toujours mon matériel. Je partis en trombe jusqu'à la tour de Serdaigle, ne faisant pas attention si oui ou non les Gryffondors attendaient Lupin. Je n'étais définitivement pas d'humeur à avoir une confrontation avec eux maintenant. Sitôt que j'eus rejoint les garçons dans la salle commune, nous grimpâmes dans leur dortoir pour plus de tranquillité.
« Elles sont où les filles ? demandai-je alors que je finissais ma Patacitrouille et que j'en commençais une autre.
- Parties chercher des livres. » m'apprit Theo, vautré sur son lit et la bouche pleine de chocolats que sa famille lui avait envoyés pour Noël.
Justement, quelques minutes plus tard, j'entendis la douce voix coléreuse de Cassy résonner dans le couloir et nous tournâmes tous la tête en direction de la porte.
« Je te jure, si ces mômes recommencent à nous insulter de tous les noms et à nous balancer de la neige à la figure, je vais faire un meurtre ! Et crois-moi qu'ils auront de bonnes raisons de commérer cette fois ! »
Gwen était en train de lui dire de se calmer quand elles firent irruption dans la pièce. Il y eut un silence où tout le monde se regarda. Elles s'étaient figées, les yeux ronds comme des Souaffles.
« Oh Gaby, tu es déjà là ? lâcha Cassy avec une voix totalement fausse.
- Je ne devrais pas ? répliquai-je en fronçant les sourcils.
- Ah non, non, non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! démentit-elle un peu trop vite pour que ce soit vrai.
- Il s'est passé quoi ? » demanda Nathan en se redressant pour s'asseoir.
Les deux filles échangèrent un regard de détresse pendant une fraction de seconde avant que Gwen ne prenne la parole :
« Cassy s'est faite attaquer à coup de boules de neige par des troisième année. La rançon du succès, tu sais …
- Exactement ! rebondit l'autre avec enthousiasme. Apparemment, ils auraient mal pris le fait que j'ai repoussé un peu trop méchamment les avances d'un de leur ami. »
S'ensuivit un espèce de petit rire nerveux et des regards échangés qui pouvaient être interprétés comme « Tu crois qu'ils vont y croire ? ». Et non, justement, personne n'y croyait.
« Vous êtes sûres que ce n'est pas plutôt parce que vous traînez avec une meurtrière potentielle ? »
Je haussai un sourcil. Je n'avais pas envie d'être sarcastique mais cette première journée m'avait épuisée. La réaction ne se fit pas attendre de la part de mes amis : Gwen tapa du pied, Theo râla et maugréa quelque chose que je ne compris pas et je reçus un chocolat derrière la tête de la part de Nathan. Mieux valait d'ailleurs pour lui qu'il ne l'ait pas mis à la bouche en premier.
« Gabriella Richardson, je t'interdis de penser à de telles absurdités, clair ? »
Je levai les yeux de mon cours de Métamorphose et détaillai Cassy, son air sévère de maman venant de réprimander son gosse sur le visage. Je m'adoucis et cédai.
« Ok, soufflai-je.
- Bon, je préfère. »
Nous nous détendîmes tous et passâmes le reste de l'heure à manger des chocolats et à raconter n'importe quoi. En soit, mes amis et les moments que je passais avec eux n'avaient pas changé. C'était juste l'ambiance extérieure qui était oppressante. Je me dis que j'allais m'habituer et nous partîmes en direction des serres.
En chemin, nous aperçûmes le capitaine de notre équipe de Quidditch, Tyler Keighley, en train de bécoter sa copine de Gryffondor près des serres, une certaine Florence si ma mémoire est bonne. Theo ne put s'empêcher de les siffler et Cassy de les asticoter un peu :
« Faîtes attention, Jorkins vous observe !
- Tu rigoles, j'espère ! C'est le seul endroit où elle ne nous a pas encore trouvés ! » rigola Tyler.
Nous rîmes et ils partirent main dans la main pour leur cours tandis que nous entrions dans les serres. La pratique d'aujourd'hui allait m'aider à décompresser. Surtout en faisant équipe avec Nathan et Franklin.
Chaque groupe avait une plante différente qu'il fallait rempoter selon les instructions du manuel. En soit, l'ambiance était plutôt détendue autour de nos tables et il n'était pas rare de voir de l'engrais voler.
« Peut-être que si je vous rappelais que l'engrais utilisé est fait de fumier de dragon, cela vous empêcherait de vous le lancer au visage à tout bout de champ ? »
Chourave haussa un sourcil et détailla notre groupe ainsi que celui formé par Cassy, Theo et Gwen. Je réprimai mon éclat de rire. Depuis quand elle était là ?
« J'en doute, professeur, puisqu'il nous suffit d'un sort pour tout nettoyer. Alors autant se salir et travailler bien. » répliqua Franklin avec un petit sourire mutin, les mains dans le terreau.
Il cherchait la détention pour répondre ainsi ou quoi ? Chourave le détailla d'un œil suspicieux, presque de haut avant de se mettre à éclater de rire. J'écarquillai les yeux et jetai un coup d'œil à mes amis, tout aussi incrédules que moi.
« Excellente vision des choses monsieur Baumann, 5 points pour Poufsouffle ! »
Quoi ? Depuis quand défier l'autorité des profs faisait gagner des points ?
« Vous avez compris ? N'ayez pas peur de mettre les mains dans la terre si vous voulez une bonne note ! s'exclama Chourave au reste de la classe.
- Espèce de chouchou. » grommelai-je.
Franklin eut un petit sourire et j'en fus d'autant plus estomaquée. Il jouait de ça ? Non, impossible ! Notre petit Frank ne pouvait pas être aussi manipulateur. Ou alors, il essayait de rattraper des points qu'il avait récemment perdus. Ouais, cette perspective me plaisait plus.
« Dites-moi Franklin, chuchota Chourave en se penchant vers lui, vous ne vous destinez toujours pas à une carrière de botaniste ?
- Non, professeur, sourit Franklin en s'occupant de sa plante, je veux travailler avec les créatures magiques.
- Quel gâchis ! » râla Chourave avant de mettre les voiles vers un élève qui se battait avec sa plante.
Je roulai des yeux et gloussai. C'est en faisant vagabonder mes yeux dans la serre pour évaluer l'avancement des autres groupes que je surpris les deux Poufsouffles de toute à l'heure en train de nous regarder. Je fronçai les sourcils avant de faire plusieurs fois l'aller-retour entre elles et mon groupe. En réalité, c'était plutôt Franklin qu'elles détaillaient des pieds à la tête. Malgré le brouhaha ambiant, je tendis l'oreille pour les écouter.
« Est-ce qu'elle n'en profite pas un peu ? Il est facile à manipuler, non ? » me sembla-t-il entendre.
J'ouvris la bouche et fronçai les sourcils, totalement outrée. Comment osaient-elles ? Rageusement, je noyais ma plante sous une brassée de terreau. Immédiatement, elle se mit à brailler mais je ne lui accordai aucune attention, trop abasourdie que j'étais par le comportement de ces deux filles.
« Eh, doucement ! T'essayes de la tuer ou quoi ? » rigola Franklin avant de mettre les mains dans mon pot et d'arranger ma tentative de meurtre.
Je le laissai faire et regardai ses mains s'activer pour rendre mon travail présentable, au cas où Chourave passerait par là. Les paroles de ces filles tournaient en boucle dans ma tête. Certes, Franklin était assez grand pour prendre ses propres décisions mais il était tellement gentil et naïf que je m'en voudrais s'il restait avec moi par pitié.
Je repensai aux garçons qui avaient lancé des boules de neige sur Cassy et Gwen un peu plus tôt. Ce n'était peut-être pas bien méchant mais qui sait ? Le pire était peut-être à venir. Mes amis de Serdaigle étaient peut-être assez têtus et coriaces pour ne pas se laisser faire si on venait les embêter mais j'avais du mal à imaginer Franklin au milieu d'un conflit. Certes il savait se servir de sa baguette. Mais encore fallait-il qu'il l'ait sur lui ...
Je méditai le pour et le contre tout en regardant ma plante se trémousser dans son pot, attendant que je passe à l'étape suivante. Hors de question de lever les yeux parce que Nathan, en face de moi, verrait que quelque chose me tracassait. Il me demanderait ce qui ne va pas. Je dirais que tout va bien et il me servirait son regard spécial « Tu ne peux pas me mentir, il faut qu'on parle. ». Je soupirai.
« Tu sais Franklin, tu devrais peut-être être vu plus en compagnie de tes amis. » proposai-je, l'air de rien en reprenant les instructions du manuel où je les avais laissées.
Franklin leva la tête de son pot pour me détailler avec incompréhension. Puis il m'adressa un sourire franc qui me fit du bien et me fit presque me sentir honteuse de ma proposition.
« Mais je suis avec mes amis. » assura-t-il.
Franklin avait peut-être cette tête enfantine et ce sourire innocent en regardant son pot de terre mais j'étais sûre qu'il avait compris la teneur de notre discussion. Je souris, réellement touchée de son attention.
« Merci. » murmurai-je en baissant les yeux vers mon plan de travail.
A mes côtés, j'imaginais sans mal Nathan sourire à son tour en remuant sa terre avant que Franklin ne l'arrête pour lui montrer comment faire pour être plus efficace. Au final, à l'issu des deux heures, notre groupe récolta un O grâce à la fabuleuse prédilection de Franklin pour la Botanique. Cassy donna un peu plus de mal à ses compagnons et même l'attrait de Gwen pour la matière ne suffit pas à limiter les dégâts. Profitant plusieurs fois du dos tourné de Chourave, Franklin vola à leur secours afin de rendre leur travail un peu plus correct. Ils s'en tirèrent avec un E malgré la moue dubitative de Chourave.
« Bon, pour le prochain cours, je veux que chaque groupe me fasse un résumé sur tout ce que vous devez savoir sur la plante que vous avez eu aujourd'hui. Je les corrigerai et constituerai des fiches de révisions pour vos BUSEs. Vous pouvez y aller dès que vous m'aurez nettoyé tout ça. »
Les trois quarts de la classe gémirent et se plaignirent avant de se mettre à ranger. Les Arts et Musiques Magiques passèrent tranquillement et à la sortie du cours, nous partîmes retrouver les autres à la bibliothèque pour finaliser nos devoirs du lendemain. Quand l'heure du dîner arriva, j'annonçai à mes amis que je montai me doucher.
« Tu ne viens pas manger ? Tu veux qu'on te ramène quelque chose ? se soucia Gwen.
- Non c'est bon, merci. Je suis juste fatiguée. » les assurai-je avec un petit sourire.
Nathan et Gwen firent la moue mais ils n'insistèrent pas et j'étais sûre que de toute façon, ils allaient me ramener quelque chose à manger. Cassy me regarda longuement, essayant sans doute de savoir ce qui se tramait dans un coin de mon cerveau et je levai les yeux au ciel. Finalement, Theo la traîna à la suite des autres et je me retrouvai seule.
Sitôt dans le dortoir, je laissai tomber mon sac en plein milieu de la chambre, me déchaussai et partis dans la salle de bain. La baignoire m'attendait bien sagement et j'y fis couler de l'eau pendant que je me débarrassai de mes affaires. J'accueillis le bain moussant avec joie et délectation et pris le temps de faire un résumé de ma journée. Je n'avais pas vu Charles de la journée, hormis de loin au petit-déjeuner et il me semblait bizarre de penser qu'avant-hier, j'étais encore à l'hôpital.
Cette première journée de cours m'avait parue interminable et j'étais épuisée moralement. Aussi, je ne tardai pas à fermer les yeux et me mettre à somnoler.
« … iella ! … briella ! GABRIELLA ! »
J'ouvris subitement les yeux et sursautai devant la frénésie des coups portés à la porte. Le temps de me remettre les idées en place et de me reconnecter à la situation, Cassy faisait une entrée fracassante dans la salle de bain.
« Gabriella est-ce que ça v- Oh, désolé. »
- Mais qu'est-ce que vous faites ?! m'exclamai-je, consternée par tant de violence, tout en me redressant dans mon bain.
- On croyait que tu te suicidais ou une connerie dans le genre ... » m'avoua Cassy d'un air coupable.
Attendez …
« Quoi ?!
- Bah oui, tu sais, avec tout ce qui t'arrive. Et ça fait trente minutes que t'es là-dedans et qu'on entendait plus de bruit. Et tu ne répondais pas quand on t'appelait. Et- »
Cassiopeia soupira et ses épaules s'affaissèrent.
« Maintenant, c'est moi qui ai besoin d'un bain pour me relaxer ... » gémit-elle.
Sur ces mots, elle commença à se déshabiller d'un air résigné. Je fronçai les sourcils devant leur manège. C'était à n'y rien comprendre. Je les laissai seules le temps d'un repas et c'était le bordel.
« Bon ben, je vous suis. » se résigna Gwen en fermant la porte de la salle de bain et en se déshabillant à son tour.
Elles vinrent me rejoindre dans les deux autres baignoires et je les regardai avec suspicion.
« Sérieusement, un suicide ? ne pus-je m'empêcher de faire remarquer en haussant les sourcils.
- Oui, bon, grommela Cassy. On s'est peut-être un peu emportées… Mais ça aurait très bien pu ! »
Je ris alors qu'elle venait de me menacer en plaçant son doigt devant mon visage.
« Ne vous inquiétez pas, je ne compte pas en arriver là. D'ailleurs, je viens juste de prendre une décision.
- Quel genre de décision ? s'intéressa Gwen en se penchant pour me voir.
- Genre, tu vas enfin te décider à aller embrasser le poursuiveur de tes rêves ? » rigola Cassy.
Je lui lançai un regard qui voulait dire qu'elle devait la boucler, bien que je rigolais à côté.
« Ou genre, tu vas asservir les Maraudeurs et devenir la reine de l'école ? s'amusa Gwen.
- Arrêtez, c'est plus important que ça ! me plaignis-je. J'ai décidé qu'étant donné que la vie est trop courte et que donner trop d'importances aux rumeurs c'est fatiguant, dès demain, Gabriella Richardson, dite la meurtrière, fera abstraction des commérages. Et que ceux qui ne sont pas contents aillent se faire voir ! » débitai-je avec satisfaction.
Mes amies acclamèrent ma résolution avec joie. Nous rîmes un bon moment, la mousse volant d'une baignoire à l'autre avant que Cassy ne demande une pose. Nous sortîmes de l'eau afin de nous habiller. Après avoir nettoyé tout ce désordre d'un coup de baguette, nous nous enfonçâmes sous les couvertures.
Je sentais que demain allait décidément être une journée intéressante.
