Et tandis que la traductrice déprime toujours joyeusement dans son coin en sirotant du Schweppes Agrum'... tout en se disant qu'au moins, les chocolats de Pâques n'étaient pas empoisonnés...
SOUVENIRS FUTURS
Chapitre Sept
Questions
Alphonse ouvrit les yeux, se redressa, et regarda autour de lui. Il s'était endormi pelotonné contre cet homme qui leur avait raconté des histoires rigolotes. Il le regarda et s'aperçut que son grand frère était blotti contre l'homme de l'autre côté.
Frottant ses yeux ensommeillés, le petit garçon aux cheveux blond roux songea brièvement à réveiller son frère. Après tout, il n'aimait pas être le seul à être debout, mais il décida finalement que non, car son frère avait tendance à être un peu ronchon au réveil, et le bruit réveillerait sûrement l'homme aux cheveux noirs.
Lorsqu'Alphonse se glissa hors du lit, l'homme en uniforme bleu bougea légèrement et Edward se pelotonna inconsciemment un peu plus dans ses bras.
Se glissant hors de la chambre qu'ils partageaient lui et son frère, Alphonse marcha sans bruit dans le couloir jusqu'à la chambre de sa mère, où il jeta un coup d'œil. Elle dormait encore. L'enfant entra sur la pointe des pieds et avança jusqu'au lit. Il avait vraiment envie de lui faire un câlin, elle était si triste hier soir. Après quelques minutes de débat intérieur, il rejeta l'idée. Il la laisserait dormir pour l'instant. Sortant silencieusement de la chambre, Alphonse descendit les escaliers à pas feutrés.
Alors qu'il passait devant le bureau, le petit garçon s'arrêta et regarda dans la pièce. L'autre homme et le garçon qui ressemblait à son frère étaient endormis allongés sur le sol.
Il se dit qu'ils devaient avoir très froid puisqu'ils étaient vraiment serrés l'un contre l'autre. Après un instant de réflexion, le petit garçon alla chercher une couverture dans un placard et entra sans bruit dans la pièce.
L'enfant regarda les deux formes endormies un moment, puis, avec précaution, il étendit la couverture sur eux du mieux qu'il put. Il recula d'un pas et regarda son œuvre d'un air sceptique. Ils n'étaient pas très bien couverts, mais il ne voulait pas les réveiller, alors il laissa tout comme c'était.
Alphonse sortit de la pièce sur la pointe des pieds et alla voir dans la cuisine. Il avait faim, mais apparemment, il allait devoir attendre que sa mère se réveille et qu'elle vienne faire le petit-déjeuner.
Poussant un profond soupir, le petit garçon sortit dehors.
Tout le monde dormait encore...
Quel ennui...
Mais bon, il était vraiment tôt.
Après avoir fermé la porte, Alphonse se retourna et descendit la marche, mais à peine fit-il quelques pas qu'il trébucha sur quelque chose. Il poussa un cri de douleur tandis que ses mains et ses genoux heurtaient durement le ciment.
Il se retourna sur son derrière, et gémit doucement en contemplant ses mains et ses genoux écorchés. Alphonse s'efforça très fort de ne pas pleurer – son frère lui disait tout le temps qu'il n'était qu'un pleurnichard – mais il ne put s'en empêcher.
Alphonse renifla bruyamment alors que de grosses larmes roulaient sur ses joues, puis il remonta ses genoux contre sa poitrine et commença à sangloter sans bruit.
Il voulait sa maman.
Il voulait que quelqu'un lui fasse un câlin, embrasse ses mains et genoux pour guérir ses écorchures, et fasse que tout aille mieux.
Un instant plus tard, le petit garçon entendit la porte s'ouvrir et se refermer doucement. Il resserra ses bras autour de ses genoux et essaya d'étouffer ses pleurs pour faire encore moins de bruit, mais cela ne fit que les accentuer.
« Hey... Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda une voix ressemblant à celle de son frère, bien que plus grave.
Alphonse leva les yeux et rencontra deux yeux d'or le regardant avec inquiétude. La voix de l'enfant fut prise d'un léger hoquet alors qu'il répondait : « J'ai trébuché sur ce livre... »
L'adolescent fronça les sourcils, puis souleva le garçon en larmes dans ses bras puis s'assit sur le ciment.
« Excuse-moi Al... souffla doucement l'adolescent. Je l'ai oublié et je l'ai laissé ici la nuit dernière. Tu me pardonnes ? » Alphonse acquiesça et se laissa faire tandis que le garçon plus âgé le serrait fort dans ses bras.
Lorsque les pleurs d'Alphonse eurent fini par se tarir, il leva les yeux vers l'adolescent et dit : « Je t'ai réveillé ? » Après avoir posé la question, Alphonse était certain qu'il allait se remettre à pleurer. Lui qui s'était tant appliqué à ne pas les réveiller...
« Non. J'étais déjà réveillé.
- C'est vrai ? demanda-t-il, heureux d'apprendre qu'il n'était pas celui qui les avait dérangés.
- Oui. C'était très gentil de ta part de nous apporter une couverture... Tu es toujours vraiment trop gentil... » Les yeux du jeune garçon se perdirent dans le lointain pendant un moment, puis revinrent sur Alphonse avec un air triste. L'adolescent fit courir un doigt sur la joue du petit garçon et dit doucement : « Cela fait trop longtemps, tu sais ? J'ai oublié... Je ne l'avais pas réalisé, mais j'ai oublié... Voilà comment tu es censé être, Al, voilà comment tu es censé être... »
Le garçon aux cheveux blond roux resta un peu confus devant les réflexions de l'autre garçon. Il leva une main et toucha le menton de l'adolescent blond. « Tu ressembles vraiment à grand-frère, même s'il dit que non... »
L'adolescent sourit et demanda : « Et pourquoi, à ton avis ? »
Le petit garçon laissa retomber sa main et réfléchit fort. « Les deux soldats se ressemblent aussi. »
L'autre garçon hocha la tête, mais ne dit rien.
Poussant un soupir, l'enfant réfléchit à tout ce qu'il savait. Il savait que l'homme qui leur avait raconté des histoires à son frère et à lui – le major – était arrivé à la maison avant l'autre homme et l'adolescent blond. C'était ce qu'avait dit sa maman. Il savait aussi que son frère avait fait l'imbécile avec un cercle d'alchimie alors qu'il ne devait pas, comme d'habitude... Puis quelque chose avait mal tourné et le major était parti là où était Ed et puis... et puis les deux nouvelles personnes étaient arrivées...
Il y avait beaucoup de choses là-dedans qu'Alphonse ne comprenait pas, et quand une conclusion finit par lui venir à l'esprit, il essaya de l'écarter parce qu'elle n'avait aucun sens, mais comme aucune autre idée ne lui venait, il dit : « Vous vous ressemblez parce que... parce que vous êtes pareils... c'est ça ? »
L'adolescent blond acquiesça avec un large sourire. « C'est que tu es futé, tu sais ? »
Alphonse rougit de fierté, puis dit : « Mais je ne comprends pas... est-ce que tu es pareil que grand-frère, ou est-ce que tu es grand-frère... mais plus âgé... ?
- Je suis lui. Juste plus âgé. Je... le colonel et moi venons du futur. De huit ans dans le futur. »
Alphonse y réfléchit un moment avant de tendre la main à nouveau pour toucher le visage de l'autre garçon. « Tu es mon frère... Tu es Edward ? »
Le double de son frère acquiesça et rappela : « N'oublie pas que j'ai dit que mon nom était Ed, hein ? »
Le garçon aux cheveux blond roux hocha la tête avec un large sourire, ses écorchures totalement oubliées. « Je peux t'appeler 'grand-frère' alors ? »
La version plus âgée de son frère sourit et répondit : « Si tu veux, mais ce serait plus pratique si tu m'appelais juste 'Ed'. Pour que ça ne prête pas à confusion. »
Alphonse considéra la question, et finit par hocher la tête.
Puis le sourire d'Ed s'évanouit et il dit : « Al... Je suis désolé. »
Le front du garçon se plissa avec confusion. « Pour quoi ? »
L'adolescent poussa un profond soupir. « Je le suis, c'est tout. Pour... eh bien... pour tout. Si je... enfin, si mon moi plus jeune essaye un jour de te faire faire quelque chose de vraiment stupide... ne... ne le fais pas. D'accord ?
- Mais grand-frè... Ed, tu... grand-frère essaye toujours de me faire faire des trucs stupides. »
Le blond secoua la tête. « Je veux dire quelque chose de vraiment stupide. Quelque chose en rapport avec l'alchimie. Quelque chose... d'interdit. »
Alphonse regarda son grand frère et acquiesça, même s'il n'était pas sûr de comprendre de quoi l'adolescent voulait parler.
Au même moment, l'estomac du petit garçon gargouilla bruyamment. Ed eut un large sourire et demanda : « Tu as faim ? »
Alphonse hocha la tête avec enthousiasme, mais s'arrêta presque immédiatement lorsqu'il se rappela... « Maman dort encore », dit-il avec regret.
« Ah... c'est vrai..., marmonna l'adolescent blond, puis il sourit à l'enfant. Eh bien, et si moi, je faisais le petit-déjeuner ? Maman a bien droit à une petite pause, tu ne crois pas ? »
Alphonse hocha la tête avec un peu d'hésitation. « Oui, mais...
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Ben... Je sais pas trop... tu sais vraiment cuisiner ? » demanda le garçon aux cheveux de sable d'un air sceptique.
Ed sourit. « Bien sûr que je sais cuisiner. Enfin, ce n'est pas aussi bon que la cuisine de maman, mais ce n'est pas mauvais non plus. » Alphonse regarda son grand frère d'un air dubitatif. Il n'y croyait pas vraiment. « Oh, je t'en prie, Al. Cuisiner, ce n'est pas aussi compliqué. C'est comme l'alchimie, sauf que c'est de la nourriture. En plus, avec tous les voya... »
Alphonse eut l'air confus et fronça les sourcils alors que l'adolescent s'interrompait, son visage devenant sérieux. Ed regarda dans le vide pendant quelques instants, puis revint sur Al avec un petit sourire, et dit doucement : « Oui... Je sais cuisiner. Rentrons, et tu pourras m'aider, d'accord ? »
Ils se levèrent, Ed prenant la main d'Alphonse, et alors qu'ils se dirigeaient vers la porte, l'ado ramassa le livre en vitesse avant d'emmener le garçon à l'intérieur.
Le bruit de cris et de rires lui parvenant du rez-de-chaussée sortit Trisha du monde des rêves pour la plonger dans celui de la réalité.
La réalité ?
Elle n'en était pas si sûre.
Après tout, était-ce réel que d'avoir son fils aîné – qui se trouvait avoir tout juste sept ans – âgé de quinze ans dans sa maison ?
Etait-ce vraiment réel qu'un homme de l'armée se trouve par hasard chez elle alors que son fils s'amuse avec le mauvais cercle d'alchimie et ramène la version future de ce même homme, qui comme par hasard se trouvait être celui qui avait enrôlé son fils dans l'armée... qui était également justement celui qui...
Qui avait...
...avec son fils...
Des larmes lui montèrent aux yeux et elle serra son oreiller contre elle.
Son petit garçon... un chien.
...un chien de l'armée...
Et amoureux de l'homme qui l'avait embarqué là-dedans.
Amoureux.
« Je l'aime, maman ! » Les mots de l'adolescent résonnèrent dans son esprit.
Lui.
Il l'aimait, lui.
Elle avait toujours pensé que lorsque ses garçons auraient grandi, ils seraient disputés pour savoir qui épouserait la fille Rockbell...
L'éventualité d'un 'lui' ne lui était jamais venue à l'esprit.
Surtout un 'lui' qui avait... quoi, combien d'années de plus ? Dix ? Quinze ? Elle ne savait même pas.
Dans sa tête, elle imagina le plus jeune des deux hommes debout à côté de son petit garçon de sept ans. La rage de la nuit dernière se mit à bouillir avec intensité sous la surface de sa douleur, et elle dut écarter cette vision et la remplacer par celle de l'autre homme et de l'adolescent que son petit garçon deviendrait.
Quinze ans.
Il avait quinze ans.
Bien entendu, il n'était pas inhabituel de voir des jeunes de son âge se marier, mais en temps normal, ils le faisaient avec des gens proches de leur âge, et du sexe opposé...
Depuis quand cela durait-il ?
L'amour ne se développait pas du jour au lendemain.
Quand était-il devenu un alchimiste d'Etat ?
Comment était-ce arrivé ?
Pourquoi avait-elle laissé cela arriver ?
« Oh, bien... Il va bien... Je l'ai vu juste avant de me retrouver ici... » lui revinrent tout d'un coup les mots qu'avaient dit Ed la nuit dernière.
S'il venait juste de voir Alphonse... et qu'Ed était dans l'armée... cela signifiait-il...
La peur la saisit soudain et elle porta une main à sa bouche.
Ed avait en effet paru assez réticent à parler de son frère cadet...
« Non... » souffla-t-elle. Non, pas lui aussi, pas mon doux Alphonse...
Trisha ne pouvait supporter l'idée que ses deux petits garçons soient à la merci de l'Etat. Que son petit Edward y soit, c'était déjà beaucoup... mais... Alphonse était si gentil, et si...
Le parfum de bacon grillé lui chatouilla les narines et elle réalisa soudain le temps qu'elle avait passé à réfléchir dans son lit. Ses garçons devaient très probablement être affamés à l'heure qu'il était, mais apparemment quelqu'un était en train de cuisiner, pour que les enfants soient nourris...
Poussant un soupir, Trisha se tira hors du lit. Elle ne pouvait pas y rester toute la journée, même si elle l'aurait bien voulu. Même si elle ne voulait pas se trouver face eux. Il y avait trop de choses qui nécessitaient qu'elle s'en occupe.
Essuyant ses larmes, Trisha ôta les vêtements dans lesquels elle s'était endormie la veille sans s'être changée, et essaya de réfléchir à ce qu'elle allait faire à présent.
Elle avait tant de questions...
