Résumé :

Amelia Abott n'avait qu'un souhait : que le lendemain n'arrive jamais. Coincée dans une salle de Poudlard, tournant un sablier enchanté, elle se retrouve projetée 20 ans en arrière. Des rencontres inattendues s'effectuent alors, des paroles et des regards s'échangent, changeant le cours de son existence à jamais...

Pairings :

Sirius Black/OC ; Remus Lupin/OC ; James Potter/Lily Evans ; OC/OC.


CHAPITRE 7 : Le diner

Amelia était installée seule à la table des Gryffondors, sourde au brouhaha incessant résonnant autour d'elle. Son sommeil avait été plus que perturbé par ses visions étranges de la veille. Elle avait revu toute la nuit le corps de Lisa Turpin à ses pieds, ses mains couvertes de sang et le visage empli de folie de sa mère. Alors, devant son bol de Cheerios, Amelia rêvait d'un monde où elle n'aurait jamais tourné ce maudit sablier. Lisa… Elle était son amie la plus chère et la seule personne connaissant ses petits secrets familiaux. Maintenant, en pensant à elle, elle ne se remémorait plus leurs bons souvenirs, mais son cadavre au milieu d'une bataille sanglante. Elle avala une cuillère de céréales en espérant que ces images qui la hantaient n'étaient pas des prémonitions. Amelia savait que le Seigneur des Ténèbres était de retour à son époque, mais elle présumait que celui-ci n'avait et n'aurait pas l'audace d'attaquer le château. Car si cela devait arriver…

Non, ce serait trop horrible…

Lorsqu'Amelia releva les yeux, elle aperçut ses trois camarades de dortoir avancer vers elle. Elle se douta alors qu'un interrogatoire l'attendait sur son comportement de la veille. Elle ne leur avait pas dit un mot depuis le cours de divination et s'était couchée sans avoir pris la peine de diner ou de leur souhaiter une bonne nuit.

« Salut. » Lily s'assit en face d'elle, suivie d'Alice et de Mary. « Ça va ? »

« Ça va. »

Au grand étonnement d'Amelia, les nombreuses questions qu'elle attendait n'arrivèrent pas. A la place, chacune adoptait son comportement habituel, comme si rien ne s'était passé. Lily tartinait son pain de beurre, Alice remplissait son assiette de choux et Mary sirotait doucement son jus de pomme.

« J'ai croisé James et les garçons dans le couloir. » Commença Lily. « Sirius m'a dit que Severus t'avait importunée récemment. »

La rousse offrait à Amelia une chance d'aborder un sujet totalement différent, chance qu'elle ne laissa pas filer.

« Je ne sais pas si 'importuner' est le terme approprié. Je dirais plus qu'il m'a agressé. »

Le visage de Lily s'assombrit un instant, puis elle demanda « Qu'est ce qu'il te voulait ? ».

« Je n'ai pas bien compris ce qu'il attendait de moi. Dans la panique j'ai juste pensé à me défendre. » Répondit calmement Amelia, ce qui parut convaincre son interlocutrice.

« Si vous voulez mon avis, ce garçon a vraiment un problème… »

« Alice… Rappèle-toi, il n'était pas comme ça avant… »

Il faut que tu arrêtes de le défendre Lily. Il n'y a plus rien de bon en lui ! A traîner avec des détraqués il a fini par en devenir un. »

Alice avala son chou à la crème sous le regard désapprobateur de Lily et l'acquiescement discret de Mary. Amelia ne savait pas quel lien partageait Lily avec Severus Rogue, mais celle-ci semblait encore convaincue de l'humanité de ce dernier. Il était vrai que malgré la véhémence de certains de ses propos et son comportement agressif, Lily n'avait jamais critiqué ouvertement le sorcier. Quand on parlait des déviances de ce dernier, elle abordait simplement un sourire empli de nostalgie et de regrets. Amelia aurait aimé en savoir davantage sur son futur professeur de potions, et peut-être enfin comprendre comment une personne pouvait devenir à ce point sadique et haineuse. Mais pour le moment, toute son attention se portait sur sa mère. Elle était à présent persuadée que les réponses à ses nombreuses questions se trouvaient ici, en 1976. Pourquoi son enfance avait été si terrible, pourquoi sa propre mère la détestait… Le sablier l'avait envoyée pour une raison, et elle savait maintenant laquelle. Amelia était prête.

Le cours de potions du lundi matin avait, encore une fois, été un désastre. Amelia s'était trompée sur le dosage des poils de chartiers mais aussi sur celui de la corne de bicorne en poudre. Sa potion était devenue en quelques secondes verdâtre et nauséabonde, avant de durcir, solide comme un bloc de pierre. A la fin du cours, le professeur Slughorn avait jugé le chaudron irrécupérable et l'avait fait disparaître d'un coup de baguette.

Courage Amelia… Ce n'est que le quatrième…

Depuis quelque temps, Lily n'essayait plus de la rassurer sur ses capacités en potions, ayant compris qu'Amelia ne s'améliorerait jamais. Ainsi, en sortant de la salle de classe, elles se contentèrent de rire de cette nouvelle catastrophe, qui cette fois n'avait envoyé personne à l'infirmerie. Toutefois, elles n'eurent pas le temps de discuter davantage, car une masse imposante stoppa leur marche et leur flot de paroles.

« Mademoiselle Abott, j'aimerais m'entretenir avec vous un instant. » Le professeur Slughorn regardait Amelia en souriant à travers sa moustache épaisse, les yeux empli d'espoir. Amelia fit signe à Lily de continuer sans elle, et la rousse rejoint avec vitesse Mary et Alice.

Slughorn se racla alors la gorge bruyamment avant d'ajouter : « Mon premier dîner a lieu ce soir, et vous n'avez toujours pas donné votre réponse quand au Club. »

Le Club… Amelia avait oublié son existence même.

« Oui… » Murmura-t-elle, tout en réfléchissant à une façon de ne pas vexer son enseignant avec son refus. Finalement, elle décida simplement d'être honnête avec lui. « Je suis désolée Professeur, mais je vais devoir refuser. Pour votre Club et votre dîner. »

Elle lui adressa un sourire contraint et s'apprêta à reprendre son chemin, mais Slughorn lui retint le bras d'une poigne étonnamment ferme. Son sourire habituel avait disparu, et il semblait déterminé a obtenir un « Oui » de la part de la sorcière.

« Je me vois obligée d'insister auprès de vous, votre présence me, enfin, nous comblerait de joie. » Après avoir prononcé ces mots, il lui tendit une enveloppe verte, contenant l'invitation.

« Monsieur je suis vraiment navrée, mais, au risque de me répéter, je ne suis pas intéressée. » Répéta Amelia.

« Je vois. Quel dommage… » Dit-il en soupirant, et Amelia eut la nette impression qu'il n'en avait pas fini. Il continua en effet, d'une voix théâtrale. « Moi qui avais fini par convaincre Mademoiselle Montgomery de se joindre à nous. Pourtant, quelle réticence ! »

Amelia était persuadée qu'il l'avait fait exprès. Il avait dû déceler son désarroi à l'entente du nom de sa mère à leur première rencontre, et s'en servait maintenant contre elle. Et malgré le fait que la sorcière ne désirait pas lui accorder le plaisir d'avoir gagné, elle ne put se résoudre à refuser une telle chance d'en apprendre davantage sur la jeune Abigail Montgomery. Elle prit l'invitation des mains d'un Slughorn ravi et la rangea dans sa cape en soupirant.

« A ce soir, Professeur. »

« C'est un honneur de vous savoir parmi nous Mademoiselle Abott. »

Le soir même, assise entre Lily et Dirk Cresswell, Amelia sirotait lentement le jus de fruits qui lui avait été offert par le professeur Slughorn. Elle s'amusait déjà depuis quelques minutes à faire tournoyer la paille bleue dans sa bouche et à créer des bulles dans son verre, ce qui dissuadait la plupart des convives de lui adresser la parole. Elle qui espérait en apprendre davantage sur sa mère se retrouvait séparée d'elle, quatre élèves se dressant entre les deux sorcières tel un mur immense. La table était décorée aux couleurs de l'automne, et les bols de soupe avaient été remplacés par de petites citrouilles creusées. De grandes bougies flottaient au dessus de la table dans un mouvement lent et régulier, presque hypnotique. Quant au professeur Slughorn, il avait sorti pour l'occasion sa chemise la plus criarde et son noeud papillon le plus imposant, égalant presque sa moustache. Il flattait chacun de ses invités avec une douceur mielleuse, un sourire satisfait aux lèvres. Malgré la présence amicale de Lily, Amelia ne se sentait pas à sa place. Slughorn lui posait énormément de questions sur ses parents, et à chaque mensonge, la crainte que son secret puisse être percé lui tiraillait l'estomac.

« Et comment vont vos cousins ? Vous devez sûrement être en contact avec Reginald Abott. » Lui demanda alors Slughorn entre deux bouchées de pain.

Reginald Abott… Son parrain dans le présent. Amelia s'était toujours demandé comment deux frères pouvaient être si différents. Elle considérait son père, Maverick Abott, comme un être sans grand intérêt, lâche. Dès qu'une dispute éclatait entre elle et sa mère, il courait se cacher dans son bureau. Amelia gardait encore en tête l'image de son sourire, à la fois désolé et soulagé. Ouf ! Sa femme passait sa colère sur quelqu'un d'autre que lui. Que ce soit un domestique ou sa fille n'était pas très important. En fait, Monsieur Abott n'agissait pas, ne donnait pas son avis, ne prenait pas de bonne ou de mauvaise décision, car il dépendait entièrement de sa femme. Pour cette raison, Amelia ne l'avait jamais réellement apprécié, et avait encore du mal à le considérer comme son père. Son parrain, Reginald, était tout l'opposé de cet homme. Il détenait un charisme, une prestance imposante qui forçait au respect. Il n'avait pas peur de clamer haut et fort son avis, même si celui-ci devait s'opposer aux idées de Madame Abott. Il était d'ailleurs la seule personne à oser le faire.

« Reginald va très bien, son frère Maverick également. » Répondit Amelia, ce qui suffit à faire frétiller de joie la moustache du professeur Slughorn.

La jeune sorcière se demanda alors quelles pouvaient être les relations qu'entretenaient sa mère et son père à cette époque. S'étaient-ils déjà rencontrés ? Etaient-ils déjà ensemble ? Amelia ne parvenait pas à les imaginer jeunes et amoureux. Ni même heureux. Son regard se porta instinctivement sur sa mère, assise à quelques chaises d'elle. Elle aussi la regardait. Elle soutint son regard froid quelques secondes avant de s'intéresser de nouveau à sa boisson.

« Vous avez vu la Une de la Gazette ? » S'exclama soudain Dirk Cresswell. « Une nouvelle attaque a eu lieu. »

Une attaque ?

« Oui, j'ai lu ça ce matin… » Dit Lily d'une voix cassée. « Deux sorciers tués, le mari et la femme… »

Une douleur transperça la poitrine d'Amelia. Un mari et sa femme… Et un bébé. Elle imagina un court instant Lily et James tentant de se défendre contre le Seigneur des Ténèbres… Puis leur vie et leur mort résumées dans un article de journal. Non, on ne parlerait pas d'eux, on parlerait de la disparition de Vous-Savez-Qui et de leur fils. Lily et James deviendraient seulement dans les esprits les parents d'Harry Potter, celui qui a survécu. Mais pour Amelia, ils étaient bien plus que ça.

« A ce qui parait, c'est encore l'oeuvre du 'Seigneur des Ténèbres'. » Continua Dirk. « C'est déjà la quatrième attaque depuis janvier. C'est un fou ! » Il commença à hausser le ton, et sa voix se mit à trembler de peur. « Et qui sera le prochain ?! Ca pourrait être n'importe lequel d'entre nous ! »

Un silence morbide s'installa autour de la table, et Amelia se douta que chacun pensait à sa famille et à leur sécurité. Elle savait que les atrocités et les massacres allaient perdurer encore quelques années, mais là encore, elle ne pouvait que se taire. Le calme fut brisé par Slughorn, qui se racla la gorge bruyamment avant de prendre la parole à son tour.

« Les enfants, ne vous inquiétez pas. Le ministère, avec l'aide précieuse des Aurors, arrêtera bientôt cet assassin, j'en suis persuadé. A présent passons à un sujet plus joyeux, et plus convenable lors d'un dîner. » Son sourire paternel parvint à convaincre son auditoire restreint qui, petit à petit, reprit goût à la nourriture et à l'art de la conversation. De son côté, Amelia songea que son professeur au sourire à présent évanoui semblait être celui qui avait le plus besoin d'être rassuré. Le repas continua toutefois dans une ambiance joviale, bien loin des soucis du monde, et chacun prit soin de ne plus ré-aborder un sujet fâcheux. On ne discuta donc pas ce soir là du soulèvement des Trolls dans les montagnes, ou de l'accroissement du nombre de disciples de Vous-Savez-Qui. On parla plutôt des ASPICS et de la future fête d'Halloween.

Au cours de la soirée, Amelia surprit à plusieurs reprises sa mère en train de la fixer. Elle n'avait pas touché à la nourriture depuis le début de la soirée, et ne discutait avec personne d'autre que Slughorn, interrogeant ainsi Amelia sur les raisons de sa présence à cette table. L'Abigail de cette époque ne semblait pas aussi imbue d'elle-même ni aussi hautaine que dans le présent. Elle ne paraissait pas froide, mais désintéressée par ce et ceux qui l'entouraient. Amelia songea qu'elle ressemblait à celle qu'elle était lors de sa première année à Poudlard. Tout lui semblait lisse et terne. Mais quand Lisa Turpin lui avait dit qu'elle désirait être son amie, sa scolarité avait changé. Elle s'était ouverte aux autres et avait réussi à se forger son propre caractère, à l'opposé de celui de sa mère.

Elle releva les yeux vers celle-ci : Abigail Montgomery la regardait encore.

Vers minuit, le dîner toucha à sa fin. Chaque élève repu serra la main du professeur Slughorn en le remerciant de son accueil, ce à quoi il répondait par un « Non, merci à vous ! » beaucoup trop enthousiaste. Amelia, dont la main se faisait allègrement broyée par une poignée de fer, dut prétexter un mal de crâne terrible dans le but d'échapper au corpulent professeur. Lily, quant à elle, semblait ravie de cette soirée, et commença à discuter gaiement avec l'organisateur et une élève de Poufsouffle. Elle fit un signe discret de la main à Amelia, qui comprit que son amie ne la raccompagnerait pas aux dortoirs. Amelia se blottit dans son gilet en laine et sortit de la salle pour s'engouffrer dans le couloir humide. Les sous-sol de Poudlard étaient l'endroit le moins accueillant du château. Il y faisait constamment froid, et l'atmosphère y était quasi insoutenable. Finalement, seuls les Serpentards, par contrainte, s'étaient habitués à ces lieux obscurs.

Amelia marcha quelques mètres avant d'apercevoir sa mère, dos au mur, et tenant une enveloppe blanche à la main. Elle hésita à faire demi-tour l'espace d'un instant, mais la curiosité et l'adrénaline la poussèrent à avancer. Dans la pénombre, le visage de sa mère lui paraissait étrangement triste. Cela aurait dû la rendre heureuse... Après tout, elle la haïssait. Mais quelque chose l'empêchait de se réjouir de son malheur.

Je ne connais pas cette personne. Pensa-t-elle. Elle ne m'a encore rien fait.

Comment pouvait-elle détester une parfaite inconnue ? Amelia avala difficilement sa salive et continua d'avancer.

Non, je dois la mépriser. Sinon...

« Amelia Abott ? » La voix douce d'Abigail Montgomery résonna dans le couloir vide.

Sinon je ne suis rien.

« Je m'appelle Abigail, Abigail Montgomery. » Elle lui tendit une main assurée, qu'Amelia ne saisit pas.

« Oui, je sais... » Murmura Amelia. Les avertissements de Dumbledore lui revinrent soudain à l'esprit. Il n'avait pas eu le temps de finir sa phrase, mais Amelia avait compris que discuter avec sa future mère n'était absolument pas recommandé, voire interdit. Cependant, parler avec sa mère de façon neutre, amicale, était un luxe qu'elle n'avait jamais connu.

« Je voulais te demander quelque chose. » Continua Abigail. « Comment va Reginald ? »

« Reginald ? » Répéta Amelia bêtement. Pourquoi désirait-elle des renseignements sur son futur parrain ? Pourquoi pas sur Maverick ?

« Oui, vous êtes cousins n'est-ce-pas ? Nous nous sommes croisés cet été... » Alors, Abigail Montgomery fit quelque chose qui n'était pas dans ses habitudes : elle rougit. Elle rougit timidement comme une adolescente prise sur le fait. Elle remit de ses longs doigts ses cheveux derrière ses oreilles avant d'interroger Amelia du regard. Constatant que celle-ci ne lui répondait pas, Abigail continua. « Ce n'est pas dans mon habitude de demander un service mais… » Elle lui donna l'enveloppe cachetée. « Il faut que cette lettre lui soit donnée en mains propres. »

Amelia regarda l'objet avec curiosité et effroi. Elle n'avait jamais soupçonné une quelconque relation entre sa mère et son parrain... Que contenait cette lettre ? Les théories les plus inquiétantes se bataillèrent dans le cerveau de la sorcière ; sa mère aimait-elle son parrain ? Etait-ce réciproque ? Ou se trompait-elle totalement ?

« Merci. »

Encore sous le choc, Amelia releva les yeux vers Abigail, qui après un léger sourire disparut dans les sombres corridors.

Amelia resta un certain temps debout au milieu du couloir, l'enveloppe à la main. Elle avait souhaité des réponses à ses questions, mais cette révélation n'était pas ce à quoi elle s'était attendue. Soudain, une brise glaciale s'empara de son cou, lui faisant reprendre ses esprits.

Cette lettre...

Il fallait qu'elle la lise.

Il fallait qu'elle sache.

Elle tenta d'ouvrir l'enveloppe, le sceau de la famille Montgomery s'éclaira. L'enveloppe se mit à briller d'une lumière aveuglante, puis à chauffer. Amelia la jeta au sol, les doigts brûlés.

Scellée magiquement...

Sa lumière diminua peu à peu jusqu'à s'éteindre. Amelia se pencha pour la ramasser : elle était redevenue une enveloppe tout à fait normale.

Le lendemain, Dumbledore annonça lors du déjeuner qu'une nouvelle agression avait eu lieu dans l'enceinte de Poudlard. Jane Baker, une élève de Serdaigle avait été retrouvée inconsciente près des escaliers de la tour d'astronomie. Les rumeurs et le chaos emplirent la grande salle, tandis que le directeur tentait de faire revenir le calme. Amelia restait silencieuse à la table des Gryffondors. Malgré de nombreux essais durant la nuit, elle n'était pas parvenue à ouvrir la lettre de sa mère. Aucun sortilège ne fonctionnait sur l'objet ou le sceau, et cela la contrariait fortement. Alors, quand Lily lui proposa une petite visite à Jane Baker après les cours, Amelia y vit une échappatoire à ses problèmes. Elle accepta avec ferveur, heureuse de pouvoir enfin se changer les idées.

En se rendant à l'infirmerie au soir, elles croisèrent quelques élèves en pleurs, certainement des amis de Jane ou de Miranda Walker. L'état de la première victime restait stable, sans aucune amélioration. Madame Pomfresh faisait tout son possible pour la sortir de son coma, en vain. Amelia eut une pensée pour les élèves pétrifiés lors de sa troisième année. Les pauvres s'étaient réveillés en fin d'année grâce aux plantations de mandragores du professeur Chourave. Amelia songea alors que Poudlard, à toutes les époques, n'était pas un endroit très sûr. Arrivées devant les portes immenses de l'infirmerie, Lily et Amelia stoppèrent leur marche brutalement. Deux voix s'élevaient en effet de la salle, celles de Dumbledore et de leur professeure de Métamorphose.

« Amelia, qu'est ce que tu fais ? »

Amelia avait entrouvert discrètement une des portes en bois, et appuyait à présent son oreille droite contre celle-ci.

« Chut... » Chuchota Amelia.

Après un courte hésitation, Lily l'imita.

« Albus... » La voix inquiète de McGonagall fendit l'air. « Vous ne pensez pas qu'il serait plus prudent de renvoyer les élèves chez eux ? »

« Cela n'avancerait à rien Minerva… » Répondit Dumbledore.

« Si vous savez quelque chose… »

« Je n'en suis pas encore sûr. »

« Oh Albus... Quand cela cessera-t-il ? »

« Merlin seul le sait Minerva... » Souffla le directeur. « Je vais ordonner aux fantômes et aux portraits d'effectuer des rondes nocturnes, en espérant que cela suffise à dissuader notre agresseur. »

Mettant ainsi fin à la discussion, Dumbledore, accompagné du professeure McGonagall, délaissa le chevet de Jane Baker pour quitter l'infirmerie. Amelia et Lily se précipitèrent derrière la statue d'Hengist de Woodcroft, aussi haute que large. Les deux professeurs passèrent devant la sculpture en continuant leur conversation, inconscients de la présence des jeunes filles.

« On l'a échappé belle ! » S'exclama Lily en sortant de leur cachette.

« Tu crois que Dumbledore sait qui est le vampire ? » Lui demanda Amelia.

« Je n'en sais rien... Je sais juste qu'il est très fort pour garder les secrets. »

Le regard espiègle de Lily arracha un sourire à Amelia. La rousse s'était métamorphosée en véritable enquêtrice depuis quelques semaines, et prenait ce rôle très à coeur. Elle entra avec fracas dans l'infirmerie, prête à récolter des indices sur la nouvelle victime. Toutefois, au vue du corps alité de Jane, son entrain s'évanouit. On pouvait clairement discerner une marque de morsure dans son cou, semblable à celle de Miranda. Mais cette fois, l'agression ne semblait pas s'être arrêtée là. Son visage empli de tâches de rousseur était couvert d'hématomes, et ses bras avait été lacérés par ce qui semblait être des griffes. Jane avait certainement dû se défendre songea Amelia. La Gryffondore se pencha et replaça correctement le drap blanc sur le torse de Jane. Elle sentit Lily lui tapoter le dos avec compassion et laissa échapper un soupir. Quel élève était capable d'effectuer un acte aussi atroce ?

Les deux amies restèrent encore quelques minutes auprès les blessées avant d'être sorties de force par Madame Pomfresh, l'heure de visite étant passée. Un silence solennel les suivit dans les différents couloirs menant à leur salle commune, avant qu'Amelia ne le brise.

« Qui peut être assez tordu pour faire ça… »

« Je ne connais personne ici capable d'une telle violence. » Dit Lily, concernée. « D'ailleurs... » Commença-t-elle. « Les rumeurs circulent vite à Poudlard tu sais… Et certaines personnes… Enfin… »

« Oui ? »

Lily semblait de plus en plus gênée. « Oh… Je ne sais pas si je dois te le dire Amelia. »

« Quoi ? Dis-moi, je suis capable de tout entendre. »

« On fait taire ces imbéciles depuis la première attaque avec Alice et Mary, mais un certain nombre d'élèves pensent que l'attaquant, c'est toi. »

« Moi ? »

Lily hocha doucement la tête de haut en bas.

« Un nombre important d'élèves ? » Lui demanda Amelia, effarée par de telles accusations.

Elle hocha de nouveau la tête, l'air navré.

« Superbe… » Soupira Amelia. « Pourquoi moi ? »

« Peut être parce que cela n'était jamais arrivé avant ton arrivée ? » Suggéra Lily.

Amelia devait se rendre à l'évidence, elle aussi aurait eu des soupçons à leur place.

« Essaie juste de ne pas prendre leurs remarques trop à coeur. » Lui conseilla Lily, qui passa son bras sous le sien. « Et s'ils insistent, montre leur tes crocs ! » Ajouta-t-elle de son rire singulier.

« Très spirituel ! » S'esclaffa Amelia avant prononcer le mot de passe exigé par la Grosse Dame.

A cette heure tardive, la salle commune des Gryffondors était emplie d'élèves fatiguée de leur journée de cours. Chacun vaquait à ses occupations, toutes plus différents les unes des autres. Alice et Mary construisaient gaiement un château de cartes ensorcelé, qui s'élevait jusqu'au plafond. Peter discutait avec des Gryffondors de première année, tandis que Remus lisait aux côtés de James et Sirius, qui étaient en plein milieu d'une partie d'échecs version sorcier. James s'énervait bruyamment sur sa reine qui refusait de lui obéir, n'acceptant pas d'attaquer les pièces de Sirius, un « si charmant jeune homme » selon elle. Amelia et Lily s'assirent près du petit groupe, malgré les soupirs de contestation de cette dernière. Sa seule présence suffit à déconcentrer James, qui perdit la partie de manière spectaculaire. Ses pièces se firent anéantir une à une dans des éclats de bois, sauf la reine, que Sirius récupéra fièrement.

« Ce n'est pas du jeu. »

« Toujours aussi mauvais perdant ! » S'exclama Sirius en étalant ses longues jambes sur la table basse, faisant alors écrouler par la même occasion l'immense château de cartes, dont l'équilibre s'avéra fragile. D'un coup de baguette, Alice rangea les cartes dans leur boite en acier, tout en maudissant Sirius. Elle se calma toutefois rapidement et retrouva sa joie de vivre habituelle.

« Je sais que ça va vous paraitre très égoïste, avec toutes ces attaques… » Dit-elle en faisant tourner sa baguette entre ses doigts. « Mais j'attends avec impatience le repas d'Halloween. »

Remus quitta des yeux son roman pour se mêler à la conversation. « S'il n'est pas annulé. » Ajouta-t-il.

« Ne dis pas ça ! Tu vas nous porter malheur. »

« Il faudrait regarder dans les feuilles de thé ce qu'il en est… » Plaisanta Lily.

« Très drôle. »

Amelia se souvenait parfaitement du dernier repas d'Halloween organisé au château. Les citrouilles flottant dans les couloirs, les fantômes plus agités que jamais, et une ambiance festive présente dans chaque recoin de Poudlard. C'était la fête qu'elle préférait. Sans s'en rendre compte, un sourire s'afficha sur ses lèvres rosées. Captant son regard nostalgique, Remus posa son livre sur ses cuisses et se tourna vers elle.

« Tu vas voir Amelia, Dumbledore s'arrange toujours pour nous concocter une soirée inoubliable. » Lui confia-t-il, appuyé par Peter qui dévorait une épaisse tranche de brioche.

« Tout le monde porte un costume pour l'occasion. » Dit-il. « Même les professeurs. »

« L'année dernière, McGonagall elle-même s'était déguisée en harpie. » Se remémora Sirius, un rictus au coin des lèvres.

J'aurais tout donné pour voir ça. Pensa Amelia. A son époque, personne ne se déguisait, pas même les élèves. Elle songea alors que cette tradition avait dû se perdre au fil du temps.

« Il faudra acheter nos costumes bientôt. Je m'imagine bien en chauve-souris géante cette année. » S'enthousiasma Alice. Elle s'apprêtait à ajouter quelques mots lorsque Mary osa enfin intervenir de sa voix basse et fluette.

« J'aimerais me déguiser aussi cette année… »

« Enfin ! Après des années d'uniforme grisâtre et de moustaches de chat dessinées - contre ton gré - à l'encre, tu te décides. Tu me laisseras choisir ton costume ? »

« Je… Non… Merci Alice… »

Mais Alice n'abandonna pas si facilement et proposa à une Mary empourprée un véritable catalogue de costumes possibles et imaginables qui lui scieraient à merveille : crapaud, licorne, fée... A chaque proposition, la timide jeune fille refusait poliment.

« En tout cas chers amis, il n'y a qu'une boutique pour acheter tout ça : Gaichiffon à Pré-au-Lard. » S'exclama James, tout en faisant glisser ses pièces d'échec dans un petit sac en cuir. « D'ailleurs ce sera ta première visite du village Amelia. Je suis certain que tu vas adorer. »

Cette fois, Amelia ne put le contredire, car ses parents n'avaient jamais signé son autorisation de visite à Pré-au-Lard. Une "perte de temps" selon sa mère. Ses quelques connaissances sur le village se basaient uniquement sur les témoignages de ses amis. Ils lui ramenaient des friandises par dizaines en fin de journée, et partageaient les potins de la journée. Cette année encore, elle ne pourrait pas y mettre les pieds. Elle n'avait aucune autorisation, ni tuteur.

« Malheureusement, je ne pense pas pouvoir y aller avec vous. »

« Pourquoi ? »

« J'ai cru comprendre qu'il fallait une autorisation, ce que je n'ai pas. » Répondit-elle.

Lily se racla la gorge et posa sa main sur le genou gauche d'Amelia.

« Ne t'inquiète pas pour ça. » Lui dit-elle. « Sirius n'a pas d'autorisation depuis sa troisième année, et ça ne l'empêche en aucun cas de se balader gaiement au village avec les trois idiots. »

« Eh ! » Objecta Sirius.

« Sortilège, passage secret, cape d'invisibilité… Je ne sais pas comment tu t'y prends pour ne jamais te faire attraper… »

Sirius lui répondit par un sourire mystérieux, suivi d'un clin d'oeil qui lui arracha un soupir exaspéré.

« Ce n'est pas contre le règlement ? » Questionna Amelia.

« Disons que je suis obligée de fermer les yeux sur certaines choses… » Révéla Lily. « Ils seraient intenables sinon… »

« C'est vrai ! » Agréèrent James et Peter en choeur.

Amelia réfléchit un instant. Tout son être désirait visiter Pré-au-Lard depuis sa troisième année, mais le faire à cette époque était extrêmement risqué. Qu'en penserait Dumbledore ? Lui ferait-il encore confiance si elle se faufiler jusqu'au village sans son accord préalable ? Ses pensées furent soudain interrompues par Sirius.

« Si tu veux Amelia, tu pourras m'accompagner. » Il s'approcha d'elle et lui murmura à l'oreille : « Mais ça doit rester notre petit secret… »

Elle déglutit difficilement avant de lui répondre, rougissante.

Désolée Professeur.

« D'accord. Merci Sirius. »

« C'est un plaisir. »

Il lui offrit alors son sourire habituel, un sourire malicieux et éblouissant, qui lui faisait tourner la tête.


Chapitre 7 : Le dîner - FIN.

-Dans le chapitre suivant... Pré-au-Lard.

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