Le soleil de cette fin de matinée inondait les trottoirs ombragés, déposant l'ombre fine de sa silhouette sur le macadam usé
Le soleil de cette fin de matinée inondait les trottoirs ombragés, déposant l'ombre fine de sa silhouette sur le macadam usé. Ses doigts se resserrèrent compulsivement sur la anse de son sac de voyage en cuir noir, qu'il tenait fermement coincé sous son bras, et qui frottait douloureusement contre son épaule endolorie. D'un geste nerveux il dégagea une mèche ébène de sa vue, apercevant, au dessus du flot de voitures qui circulaient bruyamment devant son immeuble, l'enseigne d'un taxi.
Ses pupilles chocolatés, cachés derrière des verres fumés, scrutèrent alors les abords de la rue, à la recherche d'un visage familier. Mais il n'aperçut que les traits austères de parfaits inconnus, et c'est avec un dernier pincement au cœur qu'il s'engouffra dans le véhicule rutilant, annonçant d'une voix sourde au chauffeur, la direction de l'aéroport. Son I-phone se mit alors à sonner, et c'est avec un espoir teinté de ridicule, qu'il fit glisser la surface lisse de l'appareil. Son souffle se coupa.
'Vous avez reçu un e-mail. Expéditeur : Kate'. Soupir de déception.
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Quelques rayons lumineux filtraient à travers les parois en verre du couloir, répandant une douce chaleur sur son bras nu, avant de se réfléchir sur la surface vitrée de sa montre, tandis qu'il levait sa main dans l'espoir de se faire remarquer par son équipe, au milieu de la foule de voyageurs pressés. Il accrocha alors le regard de son manager, qui s'empressa de venir le rejoindre, le déchargeant de ses affaires, tout en lui tendant son billet d'avion. Ses mains tremblèrent alors qu'il sortait de la pochette transparente, un billet flambant neuf pour Chicago.
« Tout est ok, Bill ? ». Le jeune brun acquiesça d'un hochement de tête absent. Dans moins de deux heures, son avion s'élancerait dans l'air chaud du ciel berlinois, et sa gorge se serra. Un sentiment d'inquiétude prit possession de ses muscles, contractant son ventre, et laissant sa bouche sèche. Ce contrat américain était pourtant une véritable chance : deux mois passés à écumer les routes pour assurer la promotion de la nouvelle ligne Lacoste, entouré de son équipe habituelle.
Passant une main sur son front moite, il s'avança vers Kate, un goût de chewing-gum à la fraise sur les lèvres.
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Baissant imperceptiblement la tête pour atteindre sa place, Bill suivit rapidement Mark, son agent, qui le guida jusqu'à leurs sièges. Il s'y assit rapidement, et appuya sa nuque courbaturée contre le dossier en mousse inconfortable, fermant lentement les paupières. Mais les mouvements incessants des autres passagers lui parvinrent à travers son demi-sommeil, et il se retourna brusquement vers le hublot, tentant de retrouver son calme, tout en enfonçant les écouteurs blancs de son I-pod dans ses petites oreilles délicates.
A travers la petite vitre sale, il pouvait voir le ciel se couvrir, déposant l'ombre des nuages sur le goudron sombre de la piste de décollage. Dans quelques heures leurs avion atterrirait à l'Aéroport international O'Hare, et il espérait que cela se ferait sous un soleil éclatant. Il referma alors les yeux, se laissant bercer par la douce mélodie qui s'échappaient de ses écouteurs et dont le titre « 42 » défilait sur l'écran tactile. Oui, il avait besoin d'un vrai « break », loin de toute cette agitation qui régnait autour de sa personne, en Europe.
Il décida alors que cette promotion américaine n'était finalement pas une si mauvaise chose pour lui.
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Lorsqu'il émergea de son sommeil, il sentit une main sur son épaule qui s'accrochait à son T-shirt, enfonçant ses ongles manucurés dans sa peau. « Bill, dépêche-toi, redresse ton siège, nous sommes presque arrivés ! ». Il sentit alors les premiers soubresauts de l'appareil, et rabaissa ses lunettes de soleil sur son nez. Il pouvait deviner le soleil qui perçait à travers le rideau épais, et en jetant un rapide coup d'œil à l'écran qui se trouvait inséré dans le dossier du passager qui se trouvait devant lui, il pût lire «Température extérieur : 27°C ».
En effet, à l'extérieur de l'appareil, le soleil était doux, mais lui brûlait agréablement le dos, réchauffant ses muscles engourdis par le voyage. Ils marchèrent sur le tarmac, se dirigeant vers la navette qui les ramènerait vers les bâtiments de l'aéroport, laissant le vombrissements des moteurs couvrirent le claquement de leurs pas. L'air était lourd et humide, et le jeune brun quitta rapidement sa légère veste en cuir, la fourrant sans ménagement dans son grand sac à main.
Mais au moment de le refermer, il aperçut, derrière un paquet de cigarette light, la surface brillante de la coque de son I-phone. Tout en jetant un rapide coup d'œil à son équipe qui s'engouffrait déjà dans le véhicule climatisé, il se saisit alors prestement de l'appareil, le cœur battant. Un message reçu. L'appareil retomba brusquement dans les tréfonds sombres du sac, se cognant contre un vieux magazine de mode corné, qu'il avait bien dû lire une dizaine de fois, pour tromper son ennui.
Il était bien trop tard pour tenter de revenir en arrière. Les choses ne pouvaient rester en l'état, ils devaient changer. Ensemble, ou séparés.
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Le pick-up filait à vive allure sur la route 90 presque déserte en cette fin d'après midi. Une légère brise se répandait dans le véhicule, brassant l'air étouffant, asséchant les quelques gouttes de sueurs qui, déjà, se formaient le long de leurs tempes. Il était presque 19h et leur hôtel se situait dans le centre de Chicago, aux abords du lac Michigan. Le ciel bleu clair se teintait de tâches rosées, et en levant les yeux, Bill pouvait voir les mouettes tournoyaient au dessus des docks dont se dégageait une légère odeur de soufre.
Leur véhicule s'enfonça alors à travers les avenues bordées d'immeubles aux nombreux étages, se stoppant finalement devant un hôtel qui se situait dans une petite rue transversale. Un tapis rouge légèrement taché était posé à même le trottoir, et deux majordomes engoncés dans leurs uniformes, semblaient les attendre. Leurs visages était rougeaud, et le plus frêle se précipita vers le coffre dès que le chauffeur eu coupé le contact, se contentant de faire tourner la clé autour de son doigt gras et épais.
D'un geste las, Bill s'extirpa du véhicule, maudissant leur taxi cahotant, et son futur mal de tête qui se profilait à l'horizon. L'agence de location de voiture n'avait semble t'il pas enregistré leur réservation, et n'avait pût leur fournir que ce pick-up cahotant pour effectuer leur trajet à la place de la Land Rover climatisée tant attendu. Il s'engouffra dans le hall désert et mal éclairé, alors que derrière lui, Mark avait déjà sortit son cellulaire et semblait en contact avec l'équipe Lacoste.
Kate lui intima alors l'ordre de la suivre vers les ascenseurs métalliques. Tout ses muscles semblaient courbaturés, et sa tête était déjà affreusement douloureuse : il la suivit donc sans réfléchir, laissant les grooms porter leurs nombreuses valises étiquetés. Les portes se refermèrent sur eux, et il se massa rapidement les tempes, avant d'esquisser un sourire en direction de son amie. « Je suis à la combien ? ». « 621 ». Les portes se réouvrirent et il acquiesça, s'avançant à tâtons dans le couloir sombre.
Les murs semblaient dégager une doucereuse odeur d'anti-mite, et Kate fit rapidement tourner la clé en or plaqué dans la serrure, lui jetant un regard empreint d'inquiétude. Il s'affala immédiatement sur le lit king-size, laissant son T-shirt trempé humidifier ses draps en coton rêches. Les rideaux étaient tirés et une semi obscurité aux tons orangés, régnait dans la pièce. Il ferma les yeux, et entendit le robinet de la salle de bain adjacente s'ouvrir, puis se refermer, laissant quelques gouttes d'eau tomber sur l'email blanc, dans un « ploc » sonore.
Quelques instants plus tard, il sentit Kate s'asseoir au bord de son lit, avant qu'une main familière ne se glisse autour de son poignet « Billy... ». Etouffant un grognement, il souleva difficilement les paupières, sentant la pièce tourner légèrement autour de lui, alors qu'il tentait de concentrer son attention sur son visage. « Bois, cela te fera du bien ». Elle lui tendit alors un gobelet en plastique, dont l'eau pétillait sous l'effet du cachet d'aspirine. Il se souleva lentement, se saisissant du verre d'une main brûlante et tremblante.
L'eau fraîche soulagea sa gorge sèche, et il avala goulûment la boisson, appréciant l'humidité laissée sur ses lèvres gercées par la climatisation artificielle de l'avion. « Merci ». « Dors maintenant, demain matin nous avons un check up avec l'équipe Lacoste, je passerais te chercher ».
Il se blottit alors d'avantage contre son oreiller, relâchant ses muscles encore douloureux, tout en murmurant un vague « ok ». Attendrie, elle quitta la pièce, refermant délicatement la porte derrière elle.
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Les klaxons des voitures qui semblaient se situer juste au dessous de ses fenêtres, lui arracha un gémissement.
Il se retourna, enfonçant plus profondément son visage dans la taie d'oreiller, cherchant à fuir la cacophonie ambiante qui semblait marteler son esprit. Sa bouche était pâteuse et sa peau moite qui collait à ses vêtements, le faisait frissonner. Il se rallongea sur le dos, observant le plafond blanc : il était à Chicago. Il fût tenté de se rendormir, mais en apercevant sa montre, il se releva rapidement, s'appuyant contre le matelas pour reprendre ses esprits.
Poussant un léger soupir de frustration, il se dirigea alors vers la salle de bain, appuyant son épaule contre le mur carrelé. En face de lui, un large miroir lui renvoyait le reflet de ses yeux rougies et gonflées, de son teint pâle et ses bras si fins. Ses joues étaient creusées, et ses pommettes saillantes semblaient le narguer. Baissant les yeux, il se déshabilla alors lentement, inspectant le moindre pli de sa peau blanche, presque transparente sous la lumière artificielle des néons, tentant d'apprivoiser ce corps anguleux, qui lui semblait chaque jour, un peu plus étranger.
L'eau glaciale ruisselait sur son corps tremblant et courbé, lavant ses erreurs, effaçant ses doutes. Il se sentait nauséeux, et dans le silence de la pièce, il laissa ce sentiment de solitude, qu'il avait longtemps refoulé, l'envahir. Glissant contre la paroi de la douche, il ne pût retenir un sanglot, entourant son corps maigre de ses bras, comme dans une ultime tentative de se protéger des autres, et de Lui.
Lui, qui était devenu une véritable obsession, son obsession.
...
Emmitouflé dans un sweat-shirt bien trop grand pour lui, les cheveux encore humide et les yeux lourds, il descendit alors dans le hall d'entrée, à la recherche de son équipe. Il n'était que 10h. Il aperçut alors Mark dans le salon adjacent, conversant avec des personnes qui lui étaient totalement étrangères. « Eh Bill, déjà debout ? Viens par ici ! ». Il lui désigna un large fauteuil en cuir blanc, et quelques instants plus tard, un serveur lui apportait un café brûlant.
« Alors, je te présente une partie de l'équipe qui va travailler avec nous cet été ». Levant le nez de sa tasse, il observa alors plus attentivement les personnes lui faisant face. Ceux-ci lui souriaient franchement, mais semblaient étonnés par le regard froid du jeune homme. Mais Bill n'était pas d'humeur à faire des efforts, surtout avec des inconnus. « Hum, alors voilà Luke, qui est chargé de la réalisation des vidéos, et Stephen, le photographe ».
Tout deux étaient vêtus de larges chemises blanches, et se cachaient derrière d'énormes lunettes de soleil, qui ne masquaient cependant pas leurs peaux bronzées par de nombreuses heures d'UV. Stephen baissa alors ses lunettes, et le dévisagea à son tour. Il sentit leurs pupilles avides se poser sur son cou, ses mains aux ongles rongés, et sur ses jambes interminables. Il détourna rapidement la tête mais eu le temps d'apercevoir leurs regard entendus : ils le dégoûtaient.
« Ah voilà le retardataire ! Bill, je te présente Tom, l'assistant photographe ». Un jeune homme en marcel blanc, entra alors dans la pièce. Il s'installa dans l'un des derniers fauteuils libres, et baissa rapidement ses lunettes, esquissant un sourire. « Hello Bill ! ». Celui-ci hocha la tête, les yeux fixés sur ses dreadlocks attachés en chignon, parsemés de petites perles de bois. Cherchant son paquet de tabac dans la poche arrière de son bermuda rouge, Tom se baissa en avant, et Bill remarqua alors ses tongs, et le léger fil rouge qui entourait sa cheville bronzée.
Cette promotion s'annonçait pour le moins réjouissante.
