Chapitre 6 Mensonges
Peter était toujours à côté de moi sans rien dire, il savait que j'avais compris à son regard qu'il était au courant que, ce que je redoutais le plus depuis ces premières apparitions, était réel mais au fond je ne voulais pas y croire, cependant les faits étaient là, pendant ces deux dernières années on m'a menti sur sa mort, son absence à mes côtés et Peter savait et ne m'a rien dit, encore moins quand il était à l'infirmerie avec moi. Une rage folle m'envahit et je dus y mettre toutes mes forces pour canaliser ce sentiments et mon envie de tuer la première personne qui se trouverait à mes côtés, et, pour le moment, c'était Peter. Je lui en voulais tellement, à cet instant précis, que j'aurais voulu qu'il disparaisse de la surface de la terre.
- Comment ? Demandai-je d'un ton des plus haineux.
- Amanda, je ne pouvais pas, je n'avais pas le droit de te le dire tant que...
- Tant que quoi ? Tant que je ne savais pas la vérité sur mon statut ? A d'autre Peter. Il y a beaucoup de choses que je ne devrais pas savoir et que je sais à présent et dont je me fiche. Par contre, ça, je ne m'en fiche pas. Une partie de moi a été brisée ce jour là, et je me rends compte à présent que c'était factice, tout était faux, on n'a cessé de me mentir.
- Je suis désolé mais j'ai des ordres, je n'avais pas le droit.
- Des ordres ?
Je me tournai alors vers lui. Mes yeux devaient parler pour moi car je vis la tristesse qui envahit aussitôt sur son visage, je savais que maintenant que nous étions connectés, il pouvait lire mes émotions et, moi, je pouvais ressentir les siennes, du moins les plus flagrantes, comme en ce moment précis.
- Tu sais ce que j'en fais de tes ordres moi ? Il était toute ma vie ! Ces apparitions que je voyais...
- C'était lui. Il essayait de créer un contact mais une force l'empêchait de mettre ce contact en marche.
- Quelle force ?
- Amanda, il n'est pas mort mais ce n'est plus Slevin.
Je ne comprenais absolument rien.
- Comment ça, ce n'est plus Slevin ? Le questionnai-je exaspérée. Et comment peut-on survivre à ce type d'accident, il a été percuté par un chauffard, je te rappelle !
- Voilà où je voulais en venir en disant que ce n'est plus lui. Avec tout ce que je t'ai révélé hier, tu ne fais pas de lien logique parce que tu es aveuglé par ta colère !
- Eh bien monsieur le petit génie, je t'écoute !
- Tu ne vas pas aimer.
- Au point où j'en suis...
Au fond de moi, j'avais un léger petit doute sur ce qu'il allait m'apprendre mais une partie de mon être, ne voulait pas s'avouer que cela pouvait être possible et que tout était écrit depuis le début. Pourtant...
- Arrivé à la morgue, il était vraiment mort mais c'était sans compter sur cette destinée qui lui était réservée. Il a été choisi, dès sa naissance. A l'inverse de nous, les Destroyers ne doivent pas attendre leur majorité pour être choisis, c'est le Maître qui décide qui, où et quand. Lorsque Slevin a été percuté par ce chauffeur, il était réellement mort mais Oraïa n'avait pas dit son dernier mot. Il l'avait choisi le jour où il t'a vu au lac avec lui, il a senti qui tu étais avant même que nous le sachions, alors il a anticipé et s'est dit qu'un combat passionnel serait le plus avantageux pour son camp car, jamais, tu ne serais capable de tuer Slevin pour sauver le monde.
Je ne répondis pas à cette dernière phrase, trop énervée pour réaliser ce qui venait d'être dit mais assez pour comprendre que, lorsque je me retrouverais en face de lui, en effet, je serais sûrement incapable d'accomplir un tel acte. Qui pourrait tuer le Grand Amour de sa vie ?
- Il est quoi ? Lui demandai-je froidement.
- La même chose que toi mais pour le mal, c'est l'Elu des Destroyers. A la morgue, il a été échangé avec un polymorphe qui a pris sa place, de façon à ce que l'enterrement soit crédible ; Slevin lui fut ramené dans un des repères des démons, pour être ramené à la vie. C'est là qu'il t'est apparu pour la première fois au cimetière, ne croyant pas Oraïa, il a voulu constater par lui-même et après tout s'est enchaîné.
- Pourquoi tu dis qu'il n'est plus le même alors qu'il a essayé plus d'une fois de rentrer en contact avec moi.
- Amanda, même si une part de lui est encore humaine du fait que la transformation n'est pas complètement achevée, ce n'est plus lui. Son sang n'est plus totalement rouge comme le tien. Il respire, bouge, parle et pense comme un humain encore mais son cerveau lui agit en tant que fils des Destroyers. Ses tentatives de contact, c'est tout simplement pour ne pas que tu restes du côté du bien. Quand je te disais à l'infirmerie que quelque part vous seriez toujours liés, ce n'était pas pour rien. Votre amour est indestructible même s'il est brisé, il reste un lien entre vous et Oraïa compte se servir de ça pour t'affaiblir et rendre ta mission impossible.
- Il n'existe pas de moyen qui permettrait d'arrêter le processus de transformation ?
- Non, quand bien même ça existerait, nous n'aurions pas le droit de le faire. Un Destroyer ne peut être sauvé il doit être tué, c'est l'un des fondements de notre monde, tu ne peux le contourner.
- Toi, tu ne peux pas mais moi, je ne suis pas une Defenders, rien ne m'en empêche.
- Tu es l'Elue, ce qui veut dire que tu dois te conformer aux règles que nous respectons. Je sais combien cette nouvelle est dur à encaisser mais, avec le temps, tu seras plus forte et plus apte à affronter cela.
- Avec le temps ? Comment ? Je dois tuer la seule personne que je n'ai jamais cessée d'aimer sur cette planète et j'apprends que tout, depuis le début, n'est que mensonge. A qui je dois faire confiance ?
- A moi tu peux.
- Ben voyons.
- Amanda, plus d'une fois, j'ai voulu te prévenir mais on m'en a empêché car tu ne savais pas qui tu étais, je ne pouvais aller à l'encontre des ordres de mon père. Votre histoire n'était pas mensonge, seule sa mort l'est.
- C'est pire, car j'ai vécu avec un souvenir qui est faux.
- Je suis désolé.
Ma colère se dissipa petit à petit, après tout, je savais que Peter ne pouvait pas grand chose à cette histoire, il ne pouvait aller à l'encontre de son père. Ce qui me faisait peur désormais, c'était ma future rencontre avec Slevin parce que, bien sûr, il y en aurait une, le bien contre le mal apparemment, mais serais-je capable de lui tenir tête, serais-je assez forte pour ne pas sombrer du côté du mal pour être éternellement avec lui, serais-je capable de trahir mes amis, de trahir Peter ? J'avais beau essayer je n'arrivais pas à lui en vouloir, en même temps, depuis le début, il n'avait cessé d'être honnête avec moi, dès que je découvrais quelque chose, il ne se faisait pas prier pour tout m'expliquer même là, mais j'avais l'impression tout de même qu'un truc clochait. Une chose qu'il ne voulait me dire, ça le mit mal à l'aise, je le ressentis et ce tatouage qui ne cessait de s'animer commençait sérieusement à me taper sur les nerfs.
- Il y a autre chose, je le sens.
- Je ne peux pas trop t'en dévoiler pour le moment Amanda.
- Peter ?
- Elle sait désormais que l'Amour de sa vie est vivant Maître.
- Oui, je viens de voir cela. Sera-t-elle capable de résister à cette envie de le rejoindre ? C'est ce que Peter devra surveiller. Ca va être son plus grand combat, mais elle seule peut choisir de quel côté elle veut être.
- En effet Maître.
- Maya va enquêter sur Terre voir ce qu'il en est pour les Destroyers, je sens qu'une rencontre entre ses deux âmes-sœurs va bientôt avoir lieu. Oraïa a un plan, le tout est de savoir lequel.
- J'y vais de ce pas Maître.
Elle ouvrit l'une des portes du conseil et arriva dans une forêt aussi verdoyante qu'une prairie faite d'arbres aussi grands les uns des autres. Après avoir admiré furtivement le paysage, elle se mit en route.
Je n'avais pas réussi à lui faire cracher le morceau sur la chose qu'il ne pouvait pas me révéler. Ce qui est sûr c'est qu'il est très loyal envers sa mission et son père et c'est pas une chose que je pourrais lui reprocher, d'ailleurs, c'est même cette attitude qui m'a fait comprendre au cimetière que je pouvais avoir une totale confiance en lui. Il avait pris le volant car je ne cessais de trembler sous le choc de ses révélations, mais même si je réussissais à me calmer, je ne pouvais pas conduire dans cet état. Il m'avait assurée que les réponses viendraient petit à petit mais qu'il fallait que je sois patiente car ce n'était pas lui qui me les apporterait, en fait, je savais très bien qui devait me les donner et j'appréhendais ce moment plus que tout autre chose.
- Amanda, tu sais...
- Oui, ne t'inquiète pas Emilie et Michael ne sauront pas que mon ex-petit-ami censé être mort est, en réalité, vivant et qu'il va essayer de tous nous tuer.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire mais je suis content de voir que tu as compris une de nos premières règles.
- Comment vais-je pouvoir les regarder dans les yeux et leur mentir impunément ?
- Je suis désolé.
- Tu voulais me dire quoi ?
- Que je pense qu'il serait bien que tu viennes chez moi pour commencer à...
- M'entraîner ?
- Ba oui, enfin, je ne veux pas te bousculer mais tu as des dons en toi et faut les exploiter.
- Comme les barres asymétriques ?
- Par exemple.
- Allons chez toi alors.
Il tourna sur la droite pour aller en direction du manoir. Moi, je plongeai dans mes pensées en me remémorant tous ces moments passés avec Slevin, une énorme boule vint oppresser mon cœur quand la voiture freina brusquement. Alors je le vis, se tenant sur la route face à la voiture. Je regardai Peter qui me fixais avec tristesse et en même temps une lueur de doute, il ne savait pas comment j'allais réagir et je savais que ça lui faisait peur. Sa mission était de me former, de me protéger mais que pouvait-il faire à ce moment précis, sachant que je voulais des réponses. Il déverrouilla la sécurité des portes et m'ouvrit la portière
C'est maintenant ou jamais Amanda, me dis-je à moi-même pendant que mon cœur battait la chamade.
Je le regardai, désolée de ne pas être assez forte et sortis de la voiture.
Mon cœur battait la chamade de revoir celui que j'ai toujours aimé en chair et en os devant moi mais, quelque part, dans mon esprit, je gardais l'information que Peter m'avait donnée, il n'était plus l'humain que j'avais connu mais voulais-je vraiment le croire ? Se jouerait-il de moi en se faisant passer pour ce qu'il n'est plus ? Je n'eus pas besoin de me retourner en entendant les pneus de Peter crisser, je savais qu'il faisait demi-tour pour ne pas m'influencer, il m'avait promis de me laisser mon libre arbitre mais je savais déjà, rien qu'à l'animation de mon tatouage dans le bas de mon dos, qu'il n'était pas rassuré par cette rencontre mais que, malgré tout, il avait confiance en moi. Pourquoi je ressentis une sensation bizarre en repensant à son regard sombre dans la voiture avant que je ne sorte ? Il fallait que j'arrête de penser à tout et n'importe quoi et que je me concentre sur ce qui était en train de se passer. Je continuai d'avancer vers Slevin, puis je m'arrêtai me trouvant à une distance raisonnable, ne me collant pas à lui. N'oublions pas une chose, lui aussi m'a menti, je ne peux l'oublier ma colère est toujours là.
- Amanda..., souffla-t-il comme si il venait de se réveiller.
Je ne répondis pas, alors il eut un petit rictus que je ne connaissais que trop bien mais son regard ne lui appartenait pas, il était différent, comme si on lui avait greffé l'âme d'une autre personne. J'eus alors un frisson dans mon dos et mon tatouage s'anima encore plus. Que devais-je faire ? Partir en courant en direction de Peter ou affronter cet instant que je redoutais depuis ma discussion avec mon protecteur ? Voulant des réponses sur ce que Peter ne pouvait me révéler, je décidai de prendre le risque et de rester là. Soudain mon tatouage se calma et je compris pourquoi, son regard, cette fois, était le sien. Je ne risquais rien, du moins c'est ce que je voulais me laisser croire pour calmer ma peur.
Maya s'avança devant le Conseil qui vit une inquiétude sur son visage qu'elle ne pouvait dissimuler.
- Maître, l'Elue est en pleine rencontre avec...
- Slevin. Nous avons vu ça Maya. As-tu pu découvrir quelque chose ?
- Oraïa a fait de Slevin son héritier à part entière, c'est lui qui est censé affronter Amanda dans quelques mois.
- Il me semblait avoir compris cette donne. Cependant, je suis déçu d'avoir eu raison, j'aurais préféré me tromper pour une fois. Il va s'avérer être un combat très difficile pour notre jeune recrue.
- Si elle décide de rester dans notre camp, Maître.
- Oh Maya, je pense que les révélations qui vont lui être faites vont la pousser à vite décider où elle veut être. Du moins je l'espère, car l'amour chez un humain peut être tellement compliqué.
- Sans vouloir vous manquer de respect, vous oubliez un détail essentiel
- Lequel ?
- Elle a été amoureuse durant toute sa vie de cet homme, et elle l'aime sûrement encore quelque part au fond d'elle L'amour sera peut-être le plus fort ?
- Peut-être et je comprends ton angoisse, Peter éprouve la même en ce moment-même. Mais j'ai foi en notre jeune recrue et je pense que même si devenir l'ennemie de son Grand Amour ne va pas être chose facile, elle saura faire les bons choix même si, parfois, ils seront accompagnés d'un moment de faiblesse. N'oublions pas qu'elle est humaine avant tout.
- Voulez-vous que j'aille sur place, au cas où ça tournerait mal ?
- N'as-tu plus confiance en ton frère Maya ?
- J'aurais toujours confiance en Peter et ses choix mais vous ressentez tout aussi bien que moi que, depuis le premier jour où il est entré en contact avec elle, il est très attaché à elle.
- En effet, mais je pense qu'il la considère vraiment comme une amie même si elle a de son côté émis quelques réserves depuis qu'elle a connaissance de sa véritable identité. Si ça tourne mal, je t'y enverrai mais, honnêtement, c'est un bon test pour notre Elue, car, il faut être honnête, elle n'est pas au bout de ses surprises.
- Il est vrai.
- Tu peux tout de même te rendre sur Terre pour essayer de voir s'il n'y a pas d'autres métamorphes installé au lycée ou aux alentours d'Amanda, question de sécurité.
- J'y vais de ce pas.
Elle sortit de la salle du Conseil par une des portes magiques et se retrouva dans la forêt qui se trouvait juste à côté du manoir de Peter. Elle prit la direction du lycée en restant le plus discrète possible.
Je sentais le regard de Peter sur moi, je savais qu'il espérait que je ferais le bon choix en ne suivant pas Slevin mais j'étais incapable de le lui certifier car, même si une part de lui est démoniaque, c'est celui que j'aime que je n'ai jamais cessé d'aimer... Vous allez vous dire, elle va nous la faire à la Buffy/Angel mais, avouez que si vous étiez dans mon cas, vous ne sauriez plus quoi penser ? Pourtant, cette lueur que j'ai vue dans ses yeux quelques secondes plus tôt m'avait refroidi mais, en retrouvant son regard insouciant, je ne savais plus que penser, il me fallait des réponses mais faudrait-il encore que j'arrive à parler.
- Tu dois être un peu perdue...
- Non au contraire tout est clair, on s'est joué de moi ces deux dernières années.
- Ce n'est pas ce que tu crois !
- Et pourtant, je sais des choses et c'est exactement ces choses qui me permettent de penser tout ce que je pense. Tu as été renversé sous mes yeux et tu es mort, j'ai senti ton cœur s'arrêter de battre pendant que tu étais dans mes bras !, criai-je tant ma colère était insurmontable.
Mais je ne savais pas si c'était après lui que j'étais réellement en colère ou ceux qui me l'avaient pris. Je compris alors à mon tatouage que Peter entendait tout, lui et ses pouvoirs pfff. Tant pis.
- Je t'ai enterré dans ce cimetière, c'était ton corps du moins jusqu'à ce que j'apprenne aujourd'hui que ce n'était qu'un polymorphe qui avait pris ton apparence.
- Ce n'est pas moi qui ai choisi cela, je ne pouvais rien faire. D'ailleurs, j'ai essayé plus d'une fois de rentrer en contact avec toi !
- Toi ou ton Maître qui t'en a donné l'ordre ?
Il baissa les yeux ce qui répondait à ma question.
- La première fois au cimetière, on m'y a forcé mais je ne voulais pas et, quand je t'ai vue, je n'avais qu'une envie te rejoindre.
- Qu'est-ce qui t'en empêchait ?
- Amanda, tu n'as pas la moindre idée de ce qu'ils sont et de ce dont ils sont capables. Je ne décidais pas à l'époque.
- Parce que maintenant tu décides ?
- Oui enfin pas toujours. Au lycée y'a une semaine, je suis venu en cachette, ils ne le savent même pas enfin je crois. J'étais prêt à venir te voir quitte à ce que tu me détestes...
- Et pourquoi tu ne l'as pas fait.
- Je l'ai vu !
- Qui ça ?
Il désigna Peter qui se trouvait plus loin dans la voiture.
- Il n'était pas à côté de toi mais suffisamment près pour qu'il m'en empêche. Alors, j'ai attendu que tu sois seule, pas évident d'ailleurs, tu es aussi célèbre que le Président.
- C'est juste parce que j'ai failli me faire tuer devant tout le monde.
- J'en ai entendu parler. C'est là que j'ai voulu savoir comment tu allais et que je suis apparu dans ta salle de bain.
- Apparu ?
- Oui, c'est un des pouvoirs dont je dispose désormais. Mais je n'ai pas pu rester.
- Qu'est-ce que tu es ?
- Tu le sais, il le sait, nous le savons. Ne nie pas cette évidence que tu as sous les yeux, tu l'as vu à mes yeux en arrivant devant moi. Le démon vit en moi, parfois je suis assez fort pour prendre le dessus mais pas toujours.
- Pourquoi ? Demandai-je les larmes aux yeux que je me m'efforçais de contenir.
- Je suis là pour répondre à tes questions mais elles ne te plairont pas. Tu te souviens peu de temps avant cet accident, mon attitude avait quelque peu changé, j'étais devenu...
- Bizarre !
- En fait, j'ai rencontré le Maître des Destroyers la nuit de mon changement.
- Peter a dit que tu avais été choisi quand tu as eu l'accident.
- C'est ce qu'Oraïa a voulu faire croire pour devancer les Defenders. En réalité, j'ai été choisi quelques mois auparavant. Même longtemps avant. Lorsque je suis devenu bizarre, c'est parce que, cette nuit-là, il a remis un souvenir dans ma tête qu'il m'avait enlevé, voulant le garder pour le jour J de mon... activation je dirais.
- De... de quoi tu parles ? Quel souvenir ?
- C'est là que tu vas comprendre pourquoi je te parlais de la haine que tu vas ressentir.
- Slevin, parle !
Je m'attendais au pire; je voyais dans son regard la tristesse ainsi que la culpabilité qu'il éprouvait en me parlant de tout ça, il savait qu'il n'était plus le même depuis longtemps, que provoquer cette douleur dans mon cœur était sûrement la chose la plus dure qu'il avait à faire depuis longtemps.
- C'est moi qui aie tué tes parents.
Sous le choc de cette nouvelle, je tombai par terre. Je sentis Peter qui commençait à sortir de la voiture mais qui s'arrêta net en voyant Slevin se mettre en un rien de temps à mes côtés, inquiet de savoir si je respirais correctement. Je n'arrivais pas à réaliser ce que je venais d'entendre. Comment était-ce possible ? Celui en qui j'avais le plus confiance, que j'avais aimé plus que tout, venait de m'avouer sa trahison.
- Amanda...
- Ne... me touche pas ! Lui criai-je avec plein de haine dans la voix.
- Je suis désolé.
- Désolé ? C'est tout ce que tu trouves à dire Slevin, que tu es désolé ?
- Je n'avais pas le choix, j'ai été marqué, puis, j'ai oublié et quand il m'a redonné ce souvenir j'ai été anéanti. Mon humanité s'est arrêtée à ce moment-là, quand je me suis souvenu. Trop lâche pour te l'avouer j'ai voulu m'éloigner mais impossible de te résister et de résister à cet amour que j'éprouvais... que j'éprouve toujours, dit-il à voix si basse que je faillis ne pas l'entendre, peut-être que c'est ce qu'il voulait.
- Tu as tué mes parents !
- On ne peut pas aller à l'encontre de la marque d'Oraïa.
- Entre ne pas pouvoir et ne pas vouloir, il y a une grande différence.
- Ce qui est fait est fait, je ne peux revenir en arrière.
- Qui es-tu ? Demandai-je les larmes roulant sur mes joues.
- Je pourrais te retourner la question. Tu sais ce que Peter est et tu traines avec lui, pourquoi ?
- Comme si tu ne te doutais pas !
- Tu es l'Elue c'est ça ?
J'hochai la tête en guise de réponse.
- Voilà pourquoi ils veulent que ce soit moi le guerrier, ils savaient ce que tu deviendrais. Tu as été marquée ?
- Oui, j'ai le tatouage.
Il ne répondit pas perdu dans ses pensées. Je ne savais pas du tout à quoi il pensait mais je vis, à son corps qui se tendit, que ca n'avait rien de bon, une angoisse commença à s'emparer de moi et Peter dut le sentir car il était aux aboies. Je me relevai alors pour être prête à m'enfuir si cela devait mal tourner.
- Nous sommes donc ennemis !
- Oui, répondis-je d'un ton neutre.
- Rejoins-moi, viens avec moi nous serons de nouveau ensemble pour l'éternité.
- Et tuer de pauvres innocents, comme tu as tué mes parents ?
Je lus dans ses yeux de la tristesse à ce moment même mais, c'était plus fort que moi, je ne pourrais jamais lui pardonner, même si ce n'était pas son esprit directement qui avait fait cette chose-là.
- Pourquoi ta peau n'est pas dorée comme celles des autres.
- Parce que je ne suis pas comme eux, j'ai encore ma part d'humanité en moi.
- Oh !
- Cela changera quand je serais à cent pour cent un destroyer, quand je n'aurais plus aucun sentiment humain. Je dois prendre la place d'Oraïa d'ailleurs, je suis libre de mes mouvements, voila pourquoi je doute de son ignorance sur mes essais pour te voir, il ne peut rien contre moi, sinon il perdrait son héritier et son royaume n'aurait plus lieu d'être.
- Alors quitte-le, choisis le bien.
- C'est ma destinée, Amanda.
- On a toujours le choix, tout est une question de volonté !
- Si seulement tu pouvais me pardonner...
- C'est un peu trop frais, vois-tu ?
- Je t'aimerai toujours, saches-le.
Il se dirigea doucement vers moi, je sentis le tatouage s'animer mais j'étais incapable d'en tenir compte et son visage s'approcha du mien.
- Tu seras toujours mienne.
Puis il baissa la voix.
- Je sais qu'il nous entend et je veux qu'il sache que tu es à moi.
- Je ne suis à personne.
Il sourit et, cessant de plonger ses yeux dans les miens, il colla ses lèvres aux miennes. Ce contact qui m'avait tant manqué provoqua en moi une bouffé de chaleur mélangé à un frisson qui parcourut tout mon corps jusqu'au plus profond de mon âme. Puis, sans que je le voie venir, ce moment s'arrêta et, quand j'ouvris les yeux, il n'était plus là.
Je devais avoir mis cinq bonnes minutes avant, d'enfin, rejoindre Peter dans la voiture. J'avais eu beaucoup de choses à encaisser ces derniers jours mais, là, ce fut le pompon et je pense qu'il s'en est douté car il m'avait laissé le temps dont j'avais besoin. Puis, quand je suis revenue dans la voiture, il ne me dit aucun mot, me laissant dans mes pensées le temps que je puisse digérer cela. Mais pourrai-je le digérer un jour ? Comment réagir fasse à ce genre de retournement de situation, que devais-je faire ? Succomber à ma haine et venger la mort de mes parents ou succomber à ce reste d'amour qui existe encore au fond de mon cœur et le rejoindre, abandonnant mes amis, mes études, ma vie et Peter qui avait une totale confiance en moi ! Trop de questions dans ma tête et tellement peu de réponses. Ca en devenait irritant.
- Je dois faire quoi maintenant ?
- Amanda, tu es seule à pouvoir prendre une décision. Je t'ai expliqué ce qu'il en était et, concrètement, Slevin a confirmé mes dires ; désormais le choix t'appartient et sache que je le respecterai.
- Ca veut dire quoi ça ?
- Que si tu décides de le rejoindre je ne m'y opposerai pas, du moins, je le ferai au début mais, étant donné que ce sera ta décision, je la respecterai même si ce sera dure, par contre, nous deviendrons ennemis.
- Peter, depuis le début de cette histoire qui au final a commencé bien plus tôt que ca aurait dû, tu as été le seul à être honnête avec moi, à me dévouer une totale confiance, je ne sais pourquoi mais, là, tu te mets à douter de mon intégrité. Pourquoi ?
- C'est l'amour de ta vie Amanda...
- C'était, lui répondis-je en le coupant dans sa phrase.
- Il l'est toujours, c'est la colère qui parle.
- Il n'est plus celui que j'ai connu.
- Il a toujours cette part d'humanité en lui, la transformation n'est pas complète il peut encore changer.
- Mais il ne peut pas changer ce qu'il a fait.
Il me fixa cherchant à trouver une faille dans mes dires mais je ne lâchai prise, je savais que je l'aimais encore, le nier n'aurait été que mensonge, mais je savais, car je me connais mieux que quiconque, que je ne pourrai jamais lui pardonner ce qu'il a fait. Peut-être que je reviendrai vers lui pour essayer de le sauver, ça me ressemble tellement, mais je n'oublierai jamais. Cet aveu a cassé quelque chose en moi.
- Je ne veux pas qu'il devienne un de ces monstres, mais cela ne veut pas dire que j'oublierai ce qu'il a fait. J'ai compris les règles, c'est notre monde ou le leur et même si il fait partie de leur monde, je préfère sauver mon monde, même si des centaines de gens ne le méritent pas à cause du mal qu'ils créent autour d'eux, je les sauverai, du moins, je ferai tout pour, mais je ne laisserai pas tomber la part d'humanité de Slevin. Si j'ai bien compris, il est surtout là pour m'attirer dans le mauvais côté, eh bien moi, je serai là pour le faire venir de notre côté, lui aussi a le choix, même si il dit le contraire. Ce sera ma plus belle vengeance face à cet Oraïa.
- Et si tu n'y arrives pas ? J'ai... entendu tout ce qu'il te disait, désolé mais le tatouage...
- Je sais !
- Il n'a pas l'air de vouloir venir te retrouver de ce côté-ci.
- Nous verrons bien. Il a le choix, son humanité ou la mort c'est lui qui choisira, dans les deux cas, je serais assez forte, je te le promets. Et, si j'ai la moindre faiblesse, tu seras là, lui dis-je en lui souriant.
Il me rendit mon sourire et arrêta la voiture. En tournant la tête, je vis que nous étions arrivés au manoir. Avec ce qu'il venait de se passer, j'en avais presque oublié que je lui avais promis de commencer à tester mes pouvoirs, si j'en avais, vu que je me suis grillée trop tôt. Pourtant, vu l'instinct que j'ai ces derniers jours, je pense que je dois avoir la base de ces pouvoirs, rien qu'à me regarder en sport, on comprend de suite que je ne suis pas normale, peut-être que je devrais tenter les jeux olympiques... Comme je m'en doutais, nous ne nous arrêtâmes pas à la salle de séjour, nous montâmes à l'étage, puis, il s'arrêta devant cette fameuse porte que je n'avais pas voulu ouvrir lors de ma dernière visite. Il me regarda avec insistance alors je le pris de court avec amusement.
- Allez ouvre-là ta bibliothèque géante.
Son regard se figea, pris de surprise, il ne savait que répondre ce qui m'amusa d'autant plus.
- Je te l'ai dit la dernière fois, pas difficile à comprendre avec les bouquins qui trainaient sur ton bureau.
Il ouvrit alors la porte et, là, ce fut à mon tour d'être prise par surprise, c'est alors que j'entendis son petit rire victorieux et je le maudis à peine une minute. En effet, c'était une bibliothèque avec des centaines de bouquins aussi gros les uns des autres, mais pas seulement, derrière les derniers rayons se trouvait un enfoncement qui m'intrigua fortement, si bien que je n'eu pas besoin d'attendre pour aller voir ce dont il s'agissait, mes jambes m'y emmenèrent toutes seules. Et là, je fus stupéfaite, cette pièce avait une arrière salle mais pas n'importe laquelle, elle avait sur ses murs nos tatouages imprimés, un mur celui de Peter et celui d'en face se trouvait le mien, c'était impressionnant. Et ils brillaient fortement.
- Je comprends d'où venait cette lueur sous la porte.
- Ils réagissent à notre présence.
- C'est incroyable, j'ai l'impression de me retrouver dans un de ces films à effets spéciaux.
- Et pourtant, c'est bien la réalité.
- C'est une porte qui se trouve entre les deux murs ?
- Comment tu le vois ? Me demanda Peter surprit.
- Euh ba, ça fait comme une espèce de couloir où les murs se rapprochent... je ne sais pas comment te l'expliquer, je le vois c'est tout. Je ne devrais pas ?
- Si, enfin, pas tout de suite en fait, pas tant que tu n'as pas appris certaines choses magiques. Mais, finalement, tu vas peut-être une élève surdouée.
- Euh là faut peut-être pas rêver.
- Ce passage permet à un Defender de se rendre de l'autre côté, là où se trouve le Conseil et mon monde. Je dirais même si la Terre fait partie de moi, j'appartiens avant tout au monde de mon père.
- Et il se passerait quoi si un Destroyer entrait ici et réussissait à traverser ce passage ?
- Impossible, mon manoir le sentirait et se mettrait en alerte. Et aucun humain ne peut voir qu'il y a un fond à cette pièce car elle est habitée par la magie.
- Oui mais si il s'agit d'un polymorphe ?
- Pareil, ils changent leur apparence mais pas leur état chimique, ils gardent leur ADN, leur sang, leur âme, etc. donc, d'avance, ils se condamneraient...
- Il y a vraiment aucun risque qu'un humain le voit ?
- Aucun ou, alors, c'est qu'il est doté de pouvoir, ce qui est impossible sauf quand on s'appelle Amanda.
- Est-ce que, un jour, je franchirai ce couloir ?
- Non, c'est interdit par la loi des Defenders.
- Je ne rencontrerai jamais le Conseil ?
- Jamais ! Moi seul, peut franchir ce couloir et m'entretenir avec mes congénères. Mais si ils ont un problème avec ton attitude ou autre, crois-moi ils sauront te le faire savoir.
- Et ils sont très doués pour ça, dit Maya.
Je me retournais surprise en entendant la voix de cette jeune femme que je ne connaissais pas mais mon instinct ne s'était pas mis en alerte, j'en déduis alors que ce n'était pas une ennemie et je devais avoir raison car Peter s'avança vers elle et la prit dans ses bras avec un grand sourire. Je venais alors d'apprendre que mon protecteur avait une chérie et, je ne sais pas pourquoi, cela me surprit mais je ne laissais rien paraître. Après tout, il est libre de faire ce qu'il voulait.
- Amanda, je te présente Maya. Une Defender.
- Oui je m'en suis doutée, j'ai pas eu d'alerte.
- D'alerte ? Me demanda cette dernière.
- Oui, pas de frisson, pas de triturage de boyaux, etc.
- Oh, je vois. Eh bien, c'est un détail indispensable pour te permettre de dissocier tes ennemis de tes amis.
- En effet, oui. Vous êtes Defender depuis longtemps ?
- Tu peux me tutoyer. Depuis aussi longtemps que mon petit frère.
Elle sourit à Peter et je compris alors qu'elle parlait de lui. Ainsi, ils étaient apparentés. Eh bien ça doit être cool d'être de famille.
- Comment prends-tu la chose Amanda ?
- Je pense que je vais devoir m'habituer à beaucoup de choses, comme être devenue super douée en sport.
- Et ce n'est que le début, beaucoup d'apprentissages vont avoir lieu, tu le détesteras par moments mais sache qu'il le fait pour toi et pour le monde. J'ai un pouvoir spécifique vois-tu, l'intuitivité, mon ressenti sur les gens est indéfectible et, en ce moment, il me dit que tu seras la plus grande Elue de toute l'histoire et, surtout, que tu sauras faire les bons choix.
Je savais exactement de quoi elle parlait car Peter m'avait dit que, de là où il se trouve, le Conseil voit tout ou presque, ainsi ils avaient vu et entendu notre conversation sur le chemin du retour.
- Je ferais en sorte de ne jamais me tromper.
- L'erreur est humaine Amanda, n'oublie pas qu'avant tout, c'est ce que tu es. Tu te tromperas sur beaucoup de choses mais tu ne pourras jamais aller au contraire de ton instinct. Un lien spécial te lie à ton protecteur.
- Mes rêves.
- Oui, Peter a cette faculté comme beaucoup d'entre nous mais sa faculté à lui n'a pas les mêmes conséquences.
- Comment ça ?
- Tu le découvriras par toi-même. Je vais devoir y retourner. Je dois surveiller les Destroyers et ce qu'Oraïa manigance. Père m'a envoyé surveiller euh...
- Tu peux dire son prénom, Maya., lui assurai-je pour dissiper son malaise.
- Slevin, je dois le surveiller. Et je ne veux pas décevoir Père. Bonnes premières leçons Amanda.
- Merci. Je vais essayer d'être une bonne élève.
- Je n'en doute pas.
Elle serra de nouveau son frère dans ses bras et s'avança vers ce profond couloir qui fit disparaitre son corps élancé et sa longue chevelure couleur chocolat. Maya était vraiment splendide et je n'avais même pas remarqué son tatouage jusqu'à ce qu'elle nous tourne me dos pour partir ; il se trouvait au niveau de sa cheville mais il était vraiment tout petit. Cela avait-il une signification ? En tout cas, il fallait vraiment être porté sur le détail pour le voir. Sa tenue dissimulait très bien le petit dessin car son leggings de couleur marron clair s'associait très bien avec la couleur laiteuse de sa peau, par-dessus, elle portait un short couleur marron glacé pour faire ressortir la couleur du leggings et comme haut, un débardeur couleur ocre pour mettre en valeur la couleur marron de ses yeux.
- Son tatouage est plus petit, pourquoi ?
- Parce que c'est une femme.
- Oh ! Pas du tout sexiste chez vous.
Il sourit.
- Pas du tout. C'est juste que nos légendes veulent laisser croire à nos ennemis que nos femmes sont plus fragiles physiquement que les hommes Defenders. Or, c'est loin d'être le cas, pour certaines d'entres elles, elles sont extrêmement fortes.
- Et je suppose que Maya en fait partie ?
- C'est la plus forte de toute.
- Elle dégage quelque chose de spécial, qui la rend intouchable j'ai l'impression.
- Disons que ce qui nous tue pas nous rend plus fort.
Son regard s'assombrit alors je décidai de changer de sujet ne voulant pas heurter une corde sensible.
- On commence par quoi ?
- La première chose que tu dois apprendre c'est reconnaître un Destroyer. Pour cela, tu dois absolument tout connaître de leurs caractéristiques, de ce dont ils sont capables. Je vais te montrer des choses pas forcément appétissantes mais qui devront renforcer ta carapace, tu ne dois rien laisser paraître. Montrer tes émotions à ton ennemi est une faiblesse.
Je grimaçai.
- Objection ?
- Je ne suis pas d'accord. Mes émotions sont justement ma force.
- Pas là ! Tu dois te renforcer, passer au dessus de beaucoup de choses, laisser le passé derrière toi et penser aux conséquences de tes actes, à ce que tu dois faire, à ton pouvoir qui ne va cesser de se développer.
- Ca m'a l'air très compliqué. Tu es sûr que j'en suis capable ?
- Amanda, tu ne vois pas ce que je vois. Fais-moi confiance.
- Et qu'est-ce que tu vois ? Demandai-je intriguée et surtout pour le charrier ; j'avais envie de détendre l'atmosphère après toutes ces émotions.
- Fais-moi confiance, répéta-t-il avec son petit sourire charmeur.
Je le suivis en direction des livres et m'assis sur le canapé qu'il me montra. Il disparut dans un rayon pour revenir avec cinq livres différents mais aussi gros les uns des autres avec comme intitulés, différents titres : métamorphose, polymorphe, anatomie, etc qui en traitaient tous au même sujet : les Destroyers. Vu l'épaisseur des bouquins, je pouvais dire adieu à l'avance que j'avais prise sur mes cours pour ne pas être débordée. Ce qui me taraudait le plus, c'était comment j'allais faire pour ne pas semer le doute chez Emilie et Michael, ils me connaissent trop bien pour ne pas voir un changement, surtout si on évoquait Slevin et son souvenir qui en réalité n'en était plus un. Pour ce qui est des cours, étant plutôt bonne élève pour ne pas dire une des meilleures, mon avance de cet été devrait me porter chance pour les devoirs ; je ne dis pas que je vais devoir négliger les matières, juste que ça me fera moins de travail. Quand au sport, je devrai contrôler mes aptitudes pour ne pas paraître louche auprès de mes camarades. Tout cela n'est pas de tout repos, dire qu'il y en a qui souhaite être des super héros. Je me rendis compte alors que Peter m'observait intrigué pendant que je réfléchissais dans mon cerveau en ébullition.
- Quoi ?
- Rien, tu es très pensive. Pas facile de devoir coordonner tout ça n'est-ce pas ?
- Comment paraître moi-même devant les autres alors ce n'est pas le cas.
- Amanda, je veux que tu comprennes une chose. Tu as été choisie certes, mais n'oublie pas que ce que tu es, ce que tu penses, ce que tu ressens fait, avant tout, de toi un être humain et il ne faut pas que tu changes ce côté là de toi, il te suffit juste d'ajouter cet ingrédient magique d'être l'Elue de façon à ce que le mélange soit homogène et tout ira bien.
- Ca a l'air tellement simple quand c'est toi qui le dis.
- Tu es forte et intelligente, intuitive aussi, tu y arriveras, quand tu te seras habituée à tout cela tu y arriveras. Tu as bien réussi à cacher ce que tu savais de moi alors crois- moi tu sauras cacher ton nouveau statut.
- Pourquoi... Pourquoi tu as tant confiance en moi ?
- Je suis ton protecteur, je me dois de croire en toi.
- Que voulait dire Maya sur le fait que bien que certains des Defenders ont la même faculté que toi à voir les rêves, mais la tienne est différente.
- Cela renforce nos liens, notre relation sera parfois compliquée dans le sens où je serai vraiment trop protecteur peut-être. Avec tes rêves, tu ne peux rien me cacher car je ressentirai ce que tu ressentiras ou je verrai ce que tu vois, comme tout à l'heure avec Slevin.
Je baissais les yeux de honte, voilà pourquoi son regard était triste, il avait senti que je pouvais le trahir pour celui que j'ai toujours aimé depuis ma plus tendre enfance et, malgré cela, il continuait d'avoir foi en moi, je ne méritais vraiment pas cette amitié qu'il m'offrait, le temps qu'il va passer à me former, l'intérêt qu'il a de me protéger.
- Je suis désolée.
- Les sentiments ne se contrôlent pas mais les faire paraître si, voilà pourquoi tu dois être concentrée sur tes pouvoirs, si tu as peur, ça ne doit pas se voir, si tu as mal, tu dois faire avec et ne pas le montrer, si tu veux pleurer, tu dois refouler tes larmes pour rendre ta colère et ton envie de gagner le combat plus fortes que tout. Je ne dis pas que c'est facile, juste que c'est ce que tu apprendras à faire et tu le feras.
- D'accord.
- Maintenant au boulot. Lis déjà ce premier livre, je reviendrai te voir après.
- Mais je vais en avoir pour toute la nuit.
- Pas si tu t'y mets maintenant.
Il sortit de la pièce sans se retourner et je me mis au travail. Le premier livre traitait de l'anatomie de ces monstres et donc leurs points faibles. A quelques détails près, ils avaient la même anatomie que nous, sauf qu'ils n'avaient ni rein ni poumon, ils respiraient par leurs narines mais l'air s'évacuait par les pores de leur peau, vraiment bizarre, on dirait des passoires. La magie pouvait les tuer, les blessures à l'arme blanche en plein cœur aussi, si elles étaient suivies d'une formule magique mais, ce qui était le plus radical, c'était de leur briser leur cervical les transformant ainsi en un gros tas de poussière, sachant que leurs os pour les plus anciens, sont aussi durs que de la pierre. Lorsque je lus les dernières pages, il était pas loin de dix-neuf heures, je pris alors le deuxième livre qui expliquait leur métamorphose. Le terme de métamorphe est très complexe en effet, le métamorphe est, généralement, un être ayant la capacité de modifier son apparence physique. Généralement ? Est-ce que cela veut dire qu'ils peuvent aussi modifier leur façon de penser ? Hum... je ne savais que trop penser. Je lis alors la suite qui m'éclaira d'avantage. La transformation peut-être volontaire ou non, si le métamorphe a été le sujet d'une malédiction ou d'un sortilège. D'après certaines légendes, le métamorphe peut avoir des difficultés à retrouver sa forme originale après sa transformation. Les Destroyers ne sont pas les seuls à pouvoir modifier leur apparence physique, les loups garous le peuvent aussi lors de la pleine lune. Des loups garous ? Faites que je n'en rencontre jamais, pitié. La deuxième moitié du livre m'informa sur les étapes de leur transformation et comment repérer un Destroyer qui s'est métamorphosé le truc, tout banal vous me direz mais tellement logique : le regard. Un regard humain est facilement reconnaissable à un regard démoniaque, même si les yeux changent la petite flamme qui brille au fond de leur âme est toujours la même, voilà ce qui crée la différence. Le troisième livre parlait de la différence entre un métamorphe et un polymorphe, pas difficile à comprendre seule une partie des Destroyers peuvent changer d'apparence mais qu'en une seule chose, alors que ceux qui sont polymorphes ne sont pas coincés dans un seul personnage secondaire. Ce tome-là était pourtant intéressant mais je ne pus me concentrer dessus car mes yeux n'arrêtaient pas de fixer celui qu'il me restait à lire alors qu'il était presque vingt-trois heures : le combat.
C'était de loin le plus intéressant car il comprenait la base des arts de combat des Defenders qui pourtant n'utilisaient pas beaucoup le contact physique, ils préféraient de loin la magie. Je savais déjà ce que Peter m'apprendrait ensuite, tout était là comme un mode d'emploi d'un robot de cuisine même si les images n'étaient pas des plus aguichantes, elles montraient néanmoins certaines prises fatales. Un chapitre me captiva plus que les autres ; sur la photo, on voyait une femme d'une beauté renversante qui me rappelait vaguement quelqu'un mais je ne sus me souvenir de qui, en face un Destroyer qui la menaçait d'une arme. J'en déduisis alors qu'il s'agissait d'un combat et que les lignes suivantes expliqueraient le déroulement de celui-ci ainsi que le résultat. Quelques phrases étaient écrites en dessous de cette photo.
"Cette grande guerrière fut la plus grande de tous les temps, la plus majestueuse de son peuple. D'elle émanait un pouvoir phénoménale qui au combat la rendait invincible mais Oraïa fut plus fort mentalement que cette jeune guerrière. Voulant défendre sa famille, elle s'était laissée distraire et avait succombé à ses blessures. Son pouvoir se partagea entre son fil et sa fille. Fille qui sera une très grande combattante, à la hauteur de sa mère, mais qui sera aussi fragilisée par cette faiblesse qu'est d'être une femme guerrière au sein d'une guerre qui dure depuis trop longtemps."
- Tu n'étais pas censée lire celui-là !
Sa voix me fit faire un bond de dix mètres, si bien que je décollais de la banquette faisant tomber le livre par terre. Son regard était sombre et triste comme dans la camionnette.
- Désolée, il était là et je n'ai pas résisté...
- Ce qui se trouve sur mon bureau doit y rester Amanda.
Alors je compris et fut des plus confuses, je ne savais comment réagir, ni quoi dire.
- A présent, je comprends mieux d'où vient le pouvoir que dégage ta sœur et pourquoi elle est forte.
- Oui.
- Est-ce pour ça qu'elle est en retrait, que ton père lui fait faire seulement des missions de reconnaissance ?
- Tu ne sais pas de quoi tu parles !
- Je me suis confiée à toi, à ton tour.
Il me fixa pensant que je ne lui tiendrais pas tête mais il se trompa alors il baissa sa garde et s'assit sur la banquette, nos tatouages s'animèrent.
- Oraïa a tué ma mère, créant la fureur de mon père. Ce dernier fut sauvé par Maya in extremis provoquant à son tour la rage d'Oraïa.
- Car ton père mort, ça lui assurait la gestion de deux mondes opposés.
- Oui. Dès lors, mon père décida de protéger la seule femme restant dans la famille, même si, parfois, c'est dur pour Maya, ses missions de reconnaissance ne sont pas toujours des plus faciles et crois-moi elle y prend plaisir. Plus c'est dur, plus elle a confiance en elle et a la reconnaissance de notre père. Sa dernière mission fut d'infiltrer les Destroyers, mission réussie à merveille.
- Je n'en doute pas. Pourquoi je ne devais pas lire tout de suite ce livre ?
- Tu dois maîtriser les passages des autres livres avant.
Alors je récitai tout ce dont je me souvenais des autres livres sans en oublier le moindre détail, j'attendis un moment avant qu'il ne fasse ou dise quoi que ce soit. Tout à coup, son bras droit fit un mouvement si rapide que je pus à peine le voir mais d'un réflexe dont je n'avais pas conscience jusque-là, je contrai son geste protégeant alors ma nuque. Je lus dans son regard que je l'avais surpris.
- Tu possèdes vraiment des dons qui sont exceptionnels Amanda. Tes aptitudes sont en toi et ne demande qu'à en sortir. Je suppose que comme le processus a commencé plus tôt le reste suit.
- Ce qui veut dire ?
- Que j'avais raison : tu vas être une surdouée.
D'un coup, il se leva et disparut de mon champ de vision. Je me levai alors, cherchant un indice me révélant où il se trouvait mais rien ne paraissait se présenter à mes yeux, alors je courus en direction du couloir où se trouvaient nos deux tatouages qui se mirent à s'animer en ma présence puis celui de Peter aussi, immédiatement, je compris que mon idée était bonne. Sentant un courant d'air dans mon cou, je me retournai d'un coup voulant le surprendre en détournant son action mais je fus percutée par à son corps et nous tombâmes à terre et il réapparut pendant que je me trouvais dans ses bras. L'intensité de l'échange que nous avons échangé à ce moment-là par le biais de notre regard me fit frissonner intérieurement provoquant une décharge électrique tout le long de mon corps.
Aucun de nous ne bougea dans l'immédiat.
