Paris 1 mois.

La ville des amoureux déclarés était rythmée par la toux du médecin. Ses poumons le brûlaient, mais il oubliait dans les bras d'Allison. Jamais il n'avait été aussi en vie, maintenant qu'il savait la date de sa mort. Il toussait jusqu'à la nausée. Il tenait ses enfants par la main, Allison à son bras, comme un couple tellement normal. La tour Eiffel, le Louvre, le musée Grévin, Versailles, les escaliers de Montmartre n'avaient plus aucuns secrets pour ces baroudeurs.

Les enfants avaient ouverts des yeux pleins de merveilles en entrant dans Disneyland. Le pays des merveilles. Joyeux comme des lapereaux, ils en avaient oublié l'annonce de leur père. Peut-on leur en vouloir ? Freddie et Beth n'avaient que six ans. Ils faisaient passer les durs moments en chantant It's a small world à tue-tête.

A croire que rien n'avait changé.

Londres trois semaines.

La célèbre tour de Londres et ses bijoux de la Couronne, ces bâtiments anciens et ces gens en accoutrements étranges ravissaient les enfants et faisaient rire les parents. L'Angleterre était un pays tellement particulier à leurs yeux, emplit de fous qui vivaient comme ils l'entendaient. A son arrivée, House fut prié de conduire une conférence sur le lupus, qu'il conclut d'une façon simple et facile : « De toutes façon, ce n'est jamais le lupus ! ». Allison éclata d'un rire sonore, et tous les étudiants ou affiliés se retournèrent vers cette brunette secouée d'un rire sans fin. Ses souvenirs d'un boss qui claquait des mains lorsqu'ils proposaient cette option, des années auparavant. Cela était bien loin maintenant.

Heureux amoureux.

Cardiff une semaine.

Ils s'embrassèrent sur Cardiff Bay au pied du Millenium Center et de sa tour d'eau, visionnèrent une dizaine d'épisodes de Torchwood en VO, au pied de cette même tour, s'émerveillant et imaginant des aliens sortant de la tour. Etrange.

Le sang du médecin couvrait un mouchoir.

Tokyo, deux mois et demi.

Ils admiraient les japonais et leur retenue, fermaient les yeux devant ces gamines qui se prostituaient pour payer leurs goodies ou leurs vêtements, adoraient les ramens et les dorayaki qu'ils trouvaient à chaque coins de rue. La famille vivait dans une Sakura House dont la gérante ne comprit jamais le nom du docteur, puisque leur conversation ne contenait que ceci : « What's your name ? – Gregory House – No, it's Sakura House, your name ? –Grmgmbmblblb. –What ? –My name is Allison Cameron don't pay attention to him. ». Pourtant, deux jours après, ils en riaient encore, expliquant la scène à leurs enfants.

Parfois, le couple laissait les enfants à une nanny européenne pour visiter la ville, et ce pays si fou. Ils passèrent une nuit entière au karaoké de leur quartier, massacrant des chansons japonaises et américaines, buvant bières après bières, bouteilles après bouteilles.

Un soir pourtant, la respiration du grisonnant se bloqua. Urgences, ambulance. Une opération rallongea leur voyage de deux semaines. Une ponction : l'eau grimpait dans les poumons du médecin. Début de la fin ? Allison s'empêchait de se morfondre en rejetant la nourriture.

Chine six semaines.

Rien n'arrive.

- Retour aux USA.

House passe à Plainsboro, sous la demande de son meilleur ami. Ses poumons, il le sent, vont mieux. Il respire mieux, tousse moins. Et quelques radiographies plus tard, Wilson ne fait que confirmer ce résultat : House est en régression momentanée. Toute la nuit, les deux couples vaquèrent de bars en bars, saouls comme les jeunes qu'ils voyaient arriver dans leur hôpital.

Une nuit, une semaine plus tard.

House n'arrive plus à respirer, ses poumons se grippent. Il a l'impression d'être un noyé qui vient de reprendre conscience. Incapable de parler, il réveille sa femme d'un coup de bras.

Trois heures plus tard, Allison attend dans le couloir, comme ils avaient attendu lors qu'Alice a été renversée. Sauf que cette fois elle est seule, les enfants étant chez Lisa. Stone. Yeux rouges. Elle a peur, peur de ce qu'l va arriver.
Wilson sort de la salle, le visage tiré. Crispé. Il murmure doucement que le vieil homme veut la voir. Une dernière fois. Elle, et seulement elle.

« Greg…
- Pleure pas, idiote. Ca va. Ca va aller. Mais je ne veux pas souffrir, d'accord ?
- Oui. D'accord. Greg, je t'aime.
- Moi aussi, et ça, ne l'oublie jamais. Le vieux médecin aigri laisse sa place aux jeunes… Et j'interdis à Cuddy de mettre Foreman à ma place ! »

Un rire secoue sa femme. Il sourit, doucement, faiblement, et prend sa main. Il la voit prendre une seringue, et manipuler deux ou trois fioles. D'une seule main, elle fait pénétrer l'aiguille dans la veine de son mari. Une seule larme s'écrase sur le bras.

« Allison, je suis désolé, j'aurais bien aimé te faire danser une dernière fois… Tu feras danser Freddie et Beth pour moi…
- Tais-toi, s'il te plait. Sinon je vais devenir une flaque. »

Et ils s'embrassent.
Une simple et dernière fois.
Il ferme les yeux sous ce baiser, son dernier souffle lui est destiné.