Bon, je triche un peu, là : Severus partage la vedette avec un autre. Mais je voulais rapatrier cette ficlet écrite pour le défi « Crossover » de la communauté hp100mots, où la règle est de ne publier que des drabbles de... cent mots pile.
Rating : PG
Crossover : Agatha Christie
Note : la fin est vaguement inspirée d'Alfred Hitchcock.
Meurtre au lemoncello
1. L'arme du crime
Tapotant l'épaule d'une Mme McMgonagall résolue à moucher son deuil dans sa pochette en soie, Hercule Poirot s'assit dans la chaire de feu Monsieur le Directeur pour un premier constat.
La victime avait été retrouvée seule dans son bureau à minuit. Devant elle un verre qui, au dire du professeur Snèpe, avait contenu du lemoncello – une liqueur « molle-dure » (?) au citron d'origine italienne. Scotland Yard se chargerait d'analyser les résidus.
- Peut-être s'agit-il simplement d'une mort naturelle, chère Madame.
- A cent douze ans ? Voyons, M. Poirot, il était dans la fleur de l'âge !
L'enquête s'annonçait pittoresque.
2. Premiers indices
Un rapide examen du bureau montra que les tableaux avaient subi un sort de Silencio, puis un sort d'Oubliette. De même qu'ils n'avaient pu donner l'alerte, il leur fallait renoncer à identifier le coupable.
Le Ministère confirma qu'une pensine ne leur serait d'aucune utilité dès lors que le mort n'avait pas livré ses souvenirs de bonne grâce.
Poirot nota une tache poisseuse sur le bureau – sans doute le lemoncello – et un fil de coton sombre dans le poing du mort.
Hélas, la plupart des enseignants portaient des robes noires.
On a beau être magicien blanc, c'est moins salissant !
3. Les difficultés commencent
Hercule Poirot avait dû renoncer à interroger Fumseck. L'oiseau semblait avisé et sensible – il pleurait comme un veau depuis le décès de son maître et brûlait de livrer son témoignage. Hélas, il ne lui manquait que la parole.
A défaut, le détective convoqua les membres du corps enseignant. Il excluait d'emblée les élèves, couchés depuis longtemps sous la houlette de leurs préfets à l'heure du crime.
Quarante-huit heures plus tard, Poirot devait se rendre à l'évidence. Dans un monde où l'on transplane en moins d'un battement de cil, la notion d'alibi était d'une importance toute relative.
L'enquête s'annonçait... mal.
4. Suspect numéro un
- Professeur, c'est vous qui avez vu la victime en dernier ?
- Oui.
- Pour réclamer un poste de Défense et Illustration de la Force Brutale ?
- Contre les Forces du Mal. Oui.
- Qu'elle vous a refusé une énième fois ?
- Oui.
- Vous êtes un expert attitré en poisons ?
- Oui.
- Avec un casier judiciaire chargé ?
- Oui.
- Vous connaissiez le goût du défunt pour les agrumes ?
- Oui.
- Et vous avez passé l'été chez les Zabini à Florence ?
- Oui.
- M. Snèpe, que faisiez-vous le 24 septembre à minuit ?
Silence hautain.
5. Alibis ad libitum
Dix jours plus tard, Poirot se mordillait la moustache.
Le professeur Snèpe avait un alibi pour le soir du 24 septembre. Le jeune M. Pottère était venu le trouver, pâle et échevelé, pour lui jurer qu'il était resté avec Severus toute la nuit. Si Severus se taisait noblement, c'était pour préserver l'honneur de son amant et éviter à l'Ecole un scandale qui ternirait sa réputation.
Le problème, c'était que la même confidence lui avait été faite successivement par Mlle Grangère, M. Malefoy, M. Goile, M. Crabe et M. Zabini Junior.
Severus Snèpe faisait visiblement de l'effet à la jeune génération.
6. Potins chez Lupin
Ce M. Lupin était peut-être mal luné, mais il fallait lui reconnaître une vertu : il faisait un excellent chocolat. Et Hercule, en Belge qui se respecte, raffolait du chocolat.
- Albus nous semblait invulnérable, M. Poirot...
- Mlle Trélaunay ne semble pas de cet avis.
- Oh, Sybille a toujours adoré prédire la mort de son prochain. Elle doit jubiler.
- Mme McGonagall assume ses nouvelles fonctions avec brio.
- Pour dissimuler son chagrin, croyez-moi : elle était secrètement éprise d'Albus.
- Dites-moi, M. Flitouick s'était vu refuser une augmentation récemment ?
- Il a l'habitude de cet état de choses...
7. Et les méchants, dans tout ça ?
Il pouvait se permettre de papoter avec Remus, qui avait un alibi : Sirius Black était venu lui expliquer avec force détails que le lycanthrope était resté à ses côtés toute la nuit du crime.
De son côté, le Ministère tenait mordicus à suivre une piste politique. Grindelwald avait-il ourdi une revanche depuis son cachot ? Avait-on affaire à un complot néo-mangemort dirigé par la seule rescapée, Narcissa Malefoy ?
Les Aurors découvrirent que Narcissa posait désormais pour Karl Lagerfeld et que Grindelwald venait de convoler joyeusement avec le comte de Monte-Cristo.
Piste abandonnée.
Hercule Poirot, lui, croyait à un crime domestique.
8. Où Severus est à un cheveu d'aller se faire pendre
- M. Snèpe, il faut me dire où vous étiez cette nuit-là. J'ai beau me porter personnellement garant de votre innocence, votre Ministre reste dubitatif. Je l'ai même entendu mumurer « Une fois passe encore, mais deux... ».
- M. Poirot, il en va de mon honneur personnel !
- Chuchotez-moi seulement le nom de la dame...
- Quelle dame ?
- Vous n'étiez pas en rendez-vous galant ?
- M. Poirot, j'ose espérer que c'est là un trait d'humour continental.
- Allons, dites-moi la vérité !
Sans un mot, Snape porta la main à son front... et retira d'un coup sec sa chevelure noire.
9. Un beau brun de fille
- Les Snape sont chauves de père en fils, M. Poirot. Une des raison pour lesquelles j'ai sympathisé brièvement avec feu Voldemort. Enfant, mes parents étaient trop pauvres pour m'offrir une perruque digne de ce nom : j'ai dû me contenter d'un postiche à base de queues de centaures, fixé par une glu particulièrement suintante. Le 24 septembre, je suis allé en catimini chercher ces mèches chez Tissard et Brodette.
- Elles sont fines... soyeuses... et si sombres!
Severus eut un sourire cruel.
- Sans mon témoignage, Bellatrix Lestrange risquait la peine de mort. Elle a vite accepté mon marché !
10. Il faut savoir raison renier
Confronté à un univers où les capes d'invisibilité voisinaient avec les retourneuses de temps, Poirot avait vite compris qu'il lui faudrait renoncer à ses méthodes rationnelles.
C'est pourquoi il arpentait les couloirs du château, pestant contre la poussière ancestrale qui ruinait ses escarpins vernis, à la recherche de la nouvelle directrice.
- Du polynectar, M. Poirot ? Mais pourquoi ?
- ...
- Oh, George Weasley me semble être le candidat idéal, dans ce cas.
- ...
- Un peu de phosphore devrait faire l'affaire...
- ...
- Je les convoquerai tous dans la Grande Salle après dîner.
- Merci, Madame Minerva.
11. Dead men tell no tales
Réunis autour d'une table, le personnel de Poudlard observait d'un œil qui méfiant, qui curieux le grand détective. Il était clair que celui-ci s'apprêtait à leur révéler comment, pourquoi et par qui Albus Dumbledore avait été tué.
Or il s'obstinait à garder le silence.
Soudain la porte grinça doucement. Une silhouette se profila dans la pénombre. Les professeurs poussèrent un cri à la vue d'un vieil homme dont le visage et la barbe blanche miroitaient d'un éclat opalin.
- Sybille, mon enfant..., dit le revenant. Fallait-il en venir à ces extrémités pour réaliser UNE de vos prédictions ?
Cris et tremblements.
12. Le mot de la fin
- Je l'ai soupçonnée dès que j'ai vu cette tache, dit Poirot. Seul un individu atteint d'une forte myopie pouvait renverser autant de liqueur à côté du verre.
- Mais cette mascarade...
- Mlle Trélaunay est foncièrement nerveuse, j'ai tablé sur un effet de choc ! M. Weasley a parfaitement joué son...
Il fut interrompu par un nouveau grincement de la porte. Un second vieillard accourait vers la table, la barbe et les lunettes légèrement de guingois.
- Désolé, y avait une queue pas possible au site de transplanage... ben quoi, ne me regardez pas comme si j'étais un spectre !
FIN
Les premières reviews me convainquent que le drabble, dans sa concision, n'est pas toujours très clair, donc je récapitule rapidement l'enquête et sa conclusion: c'est bien Sybille qui a assassiné Albus, décidée à tout faire pour qu'une de ses prédictions funestes s'accomplisse. Sa myopie naturelle lui a fait renverser le lemoncello à côté du verre, laissant un indice pour Poirot. Celui-ci refuse de soupçonner Snape et lui arrache l'aveu de son alibi: chauve depuis la naissance, il était allé récupérer une nouvelle perruque tressée avec les cheveux noirs de Bellatrix (qu'elle lui a cédés contre un témoignage en sa faveur). Devinant la vérité, Poirot met en scène un "retour spectral" de Dumbledore en demandant à George Weasley de se polynectariser, pour arracher un aveu à une Sybille terrifiée. Tout se déroule selon son plan, sauf que... George arrive en retard, ce qui semble suggérer que le premier spectre n'était autre que le vrai Dumbledore, décidé à fourrer son grain de sel (de sucre?) jusqu'au bout!
