La renaissance de l'alliance et des ténébres

Dans un lieu inconnu, entouré de brumes noires rouges et violettes se dressait un bâtiment. Bâtiment qui ressemblait à un gigantesque temple de l'antiquité grecque. A l'entrée se tenaient deux gigantesques statues de griffons cabrés, gueule ouverte. Sans doute étaient ils destinés à effrayer les visiteurs indésirables.

Tout en cet endroit inspirait la peur et la mort : bon nombre de tentures étaient d'un rouge écarlate, le sol et les murs en marbre noir ou gris. Des torches accrochés aux murs diffusaient des flammes.
Au bout d'un hall, deux lourdes portes en bronze étaient gardées.
Deux silhouettes encapuchonnées s'avancèrent dans cette direction, les gardes s'inclinèrent avec respect devant eux et ouvrirent les portes.
Les inconnus entrèrent dans un immense jardin décoré avec goût. Ils marchèrent encore quelques minutes avant de s'asseoir sur un banc et de se laisser aller à la contemplation d'une fontaine. Un jardin digne du paradis près d'un lieu couramment appelé le Pandémonium, quelle ironie ! Mais il était bon par moments de se souvenir des beautés de la terre.

-C'est dans très peu de temps n'est ce pas ? Demanda l'un en observant un rouge gorge se poser près du banc pour picorer des miettes.

-Oui, répondit la seconde voix. Une voix profonde et caverneuse qui donnait l'impression de venir des enfers. Enfin ! Après tout ce temps passé à attendre, à guetter le moment propice et à préparer nos forces l'heure va enfin sonner !

Dans très peu de temps nous pourrons étendre nos pouvoirs d'abord sur de petits royaumes, ensuite sur un continent et la terre entière ! Tous trembleront devant notre toute puissance !
-Plus que trois jours, trois simples petits jours, ou soixante douze heures et la grande marche commencera. Si seulement le temps pouvait s'accélérer, soupira il en laissant le rouge gorge se percher sur son bras, commençant innocent à chanter.
-Il faut savoir être patient… Attendre et observer au lieu de sottement se précipiter. Tu devrais pourtant bien le savoir ?
-Oui, répondit en tentant de contenir sa colère comme il haïssait la condescendance de son allié. Si seulement il pourrait disparaître en même temps que toute cette vermine ! Mais… Quel plus beau spectacle que de voir périr impuissants humains et créatures magiques sans la moindre importance.
Le rouge gorge continuait à chanter jusqu'à ce qu'il soit écrasé et jeté sur le sol. Offert en pature à un corbeau qui croassa de contentement

-Tu aimerais bien commencer la fête avant l'heure, n'est ce pas Perceval ? Demanda Angmar. Classique d'un chevalier, cette impatience.
Devant le silence qui équivalait à un « oui », le dénommé Perceval partit d'un éclat de rire glacé sans joie.
-Ma foi je te comprends, mais aurais tu oublié quelque chose ? Nous ne pouvons pas agir librement ! A moins que tu souhaites… Disons subir des remontrances de la part des très hauts.


Un ciel écarlate, une silhouette incandescente dans le ciel qui s'avançait sur un endroit, plus précisément un château. Un oiseau gigantesque s'était perché sur la plus haute tour du château et chantait à gorge déployée mais son chant n'avait rien de rassurant. Par terre des trous surgissaient un peu partout et de ces trous germaient des fleurs. Les fleurs dégageaient une odeur pestilentielle faisant tomber tout le monde à terre. Plus personne ne tenait debout et un arbre surgi de nulle part bougeait le plus naturellement ses branches s'emparant des corps sans vie. Il les pendait à ses branches comme des trophées, quelle horreur ! Si seulement c'était possible de faire quelque chose, mais… L'oiseau fondit sur la cour en crachant une énorme boule de feu qui embrasa tout le château.
Quelques secondes plus tard, tout explosait, des ombres se dressaient…

AAAAAAHHHHH NOOON ! NON NON NON !

Ce n'était pas vraiment agréable de tomber sur le sol, encore moins quand on était empêtré dans les draps. Mais ça avait son avantage : au moins on était certain que tout ce qui s'était passé n'était qu'un affreux cauchemar ! Après être certain que plus aucune mauvaise surprise ne l'attendrait en se rendormant, Pirlouit tira sur lui les couvertures mais le sommeil ne vînt pas. Et quand il fût sur le point de s'adonner aux délices du sommeil, un Cocorico retentissant, réduisit ses efforts à néant.
-Non seulement le soleil est à peine levé, mais il faut qu'il continue à chanter ce stupide animal ?! Pourquoi personne ne veut comprendre qu'il serait plus à sa place dans une casserole que dans un poulailler ? En tout cas, pour me rendormir, c'est fichu.
Mais… Qu'est ce que c'est que cette lumière là bas ? On dirait un incendie !
C'est effectivement un incendie et qui a été provoqué volontairement et à l'aide de moyens magiques, mais qui pourrait le deviner ?
Pour le moment, les flammes ne s'attaquent pas qu'à la forêt, un éclair zèbre le ciel et deux secondes plus tard, le feu commence à se propager dans le château. Pour le moment, c'est encore possible de l'éteindre, il n'y a pas une minute à perdre.
Sans hésiter, Pirlouit ouvrit la porte, parcourût le plus vite possible le couloir, par chance un garde n'était pas trop loin.
-AU FEU ! Il faut faire la chaîne, dans la cour ! Vite vite, prévenez le reste de vos hommes !
-Oui, et dites aux occupants de descendre et de se mettre en sécurité. Voyez : le feu a atteint une des tours.
Cette histoire devient de plus en plus surprenante : comment le feu aurait il pu si vite gagner cet endroit ? Et il est impossible de tirer des flèches enflammées de l'extérieur. A moins que ce ne soit les effets d'un mauvais sort ?
Tout en essayant de se concentrer sur ce qu'il a à faire, Pirlouit essaie de ne pas penser aux angoisses qui traversent son esprit. Tout se passera bien, tout se passera bien et il n'y aura pas de victimes…

Par chance, les occupants des pièces comprennent vite l'ampleur du danger, seul problème : éviter la panique dans les escaliers et les portes bloquées.

Malgré tous les efforts mis en œuvre, le feu semble impossible à arrêter et comme si ça ne suffisait pas, un énorme oiseau survole le château en chantant.

«Exactement comme dans mon rêve ! Mais, ce n'est pas possible, ça n'existe pas des oiseaux pareils ! » Pourtant après s'être pincé, Pirlouit ne peut que constater que cet oiseau de feu est bel et bien réel.
Mais pourquoi donc va il de créneau en créneau et se perche sur les tours ? Par pure provocation ou pour essayer de détruire les lieux ?
Le plus inquiétant, c'est que rien ne semble venir à bout de cet oiseau effrayant qui fond à présent sur les écuries en quête de nourriture.
-Il faut absolument que je parvienne à vaincre ce monstre sinon nous continuerons à être en danger, pense intérieurement Johan épée à la main.
Certes, il parvient à donner un coup d'épée dans la poitrine du phénix, mais ça ne donne aucun résultat. A part le fait que la lame de l'épée a presque fondu.
A deux lieues de là, une étrange silhouette inconnue observe le spectacle avec satisfaction : d'abord le feu, ensuite la fumée et enfin l'eau !
D'abord rappeler ce cher Sobek, ensuite lancer les incantations et la poudre. Il n'aura pas volé sa récompense, ses maîtres seront contents de lui.


Bon, l'avantage c'est que le feu et le phénix ont disparu, l'autre inconvénient, c'est que cette étrange fumée verte qui a envahi le château pique affreusement la gorge et empêche de voir à deux centimètres à la ronde. A croire que quelqu'un leur a jeté un sort !

Le feu, la fumée, et une pluie dévastatrice pas plus naturelle que les catastrophes précédentes. A on déjà vu des averses qui transperçaient les pierres et les faisaient tomber ? Et en plus, elles avaient à peu près le même effet sur la peau.
Alors que tous croyaient que le cauchemar était enfin terminé, une voix grave et profonde résonna, comme si elle venait d'outre tombe.
« Alors ? Le spectacle était il à votre goût ? C'est seulement regrettable que je n'ai pu le donner que maintenant, chers amis mais j'étais demandé ailleurs. »

-Vous osez appeler ça un spectacle ? Alors vous, vous ne manquez pas de toupet ! Vous avez vu ce que vous avez fait à mon château et à mon domaine ? Demanda le roi moitié en colère moitié terrifié.

-Et d'abord, qui êtes vous ?! Pour le compte de qui agissez vous ? Même si je ne vous vois pas, je vous conseille vivement de parler ! ordonna sèchement Johan. Si ce vandale croyait s'en tirer à si bon compte, il se trompait entièrement !

« Des menaces ? Vraiment, comme tout cela est amusant, reprit la voix mystérieuse. Pour qui j'agis, ça ne regarde personne. Néanmoins, sachez que ce que vous avez vu n'était qu'un simple avant goût de ce que vous et tous les autres habitants de cette planète connaîtrez bientôt. Dans un an, jour pour jour, vous aurez disparu de ce monde. Alors, profitez bien des derniers mois qu'il vous reste à vivre. » Ce fût tout et le château reprit son allure habituelle.
Alors que les gardes et les serviteurs commencèrent à constater l'étendue des dégâts, le roi ordonna que dans moins de quinze minutes un conseil se tienne pour savoir que faire exactement.
Pirlouit se tourna vers son meilleur ami et lui adressa un sourire. A part des traces de suie sur le visage, des trainées rougeâtres sur les bras et deux chemises de nuit un peu brûlées, ils avaient eu beaucoup de chance.

Mais est ce que ça durerait encore longtemps ?


Trois jours plus tard après ce qui s'était passé, Johan et Pirlouit avaient immédiatement été demandé conseil à leur ami enchanteur. Lui au moins pourrait éclairer leur lanterne et peut être trouver quelque chose d'utile dans ses grimoires. Malheureusement, le mauvais sort semblait s'acharner sur eux.

-Que… Comment, est ce vrai ? Vous ne pouvez vraiment pas nous aider Messire Homnibus? demanda Johan avec étonnement.

-Hélas mes amis, je ne peux rien pour vous. Ce que vous m'avez conté, ces sortilèges que vous m'avez décrit me sont parfaitement inconnus. Tout ce dont je suis sur c'est que l'oiseau était un phénix. Ainsi il en existerait parmi nous moi qui croyait que les derniers avaient disparu en Egypte ancienne.

Je ne suis qu'un simple enchanteur pas un sage immortel qui possède tout le savoir. Si je pouvais vous aider, je le ferais sans hésiter, ajouta il devant la mine déconfite de leurs amis et d'Olivier. Ca faisait toujours mal la première fois de découvrir que les magiciens sont des gens comme les autres, lui aussi avait connu ça.
Non ça n'était pas possible ? Il y avait un moyen, il y a avait toujours une solution ! Il fallait seulement se donner la peine de chercher, de garder espoir.
-Attendez, vous ne connaissez pas ces sorts et ces bestioles soit ! Mais, ce symbole, là, vous devriez le connaître non ? demanda Pirlouit en sortant de sa poche un bout de tissu orné d'un triskel rouge qu'il avait récupéré en cherchant à contrecoeur des indices dans la forêt.
-Vaguement, admit l'enchanteur. On l'appelle Triskel. C'est un symbole associé à la Bretagne et à sa magie.

-Vous voulez parler du Royaume de Bretagne ? Et… Ils ont leurs propres techniques de magie ? Non ce c'est impossible.
-Et pourtant, si ça l'est Johan. Depuis bien des siècles, mêlé entre ciel mer et terre, légendes la Bretagne est à la fois un refuge pour de mystérieuses créatures telles que les korrigans mais aussi avec la Grande Bretagne une… Mais… Mais oui bien sûr ! Comment n'y ai je pas songé plutôt ?

Johan et Pirlouit étonnés n'osaient pas parler. Vu l'enthousiaste d'Homnibus, il y aurait peut être une bonne nouvelle. Ce dernier se tourna vers eux avant de reprendre la parole et de sortir sa boule de cristal d'une armoire.

-J'ai entendu parler de quelqu'un, un magicien qui habite dans la forêt magique de Brocéliande.
Si vous voulez avoir les réponses à vos questions, vous devrez partir en Brocéliande, enfoncez vous dans la forêt, cherchez le lieu « Ker Bizu ». Là vous y rencontrerez un certain Bizu. Vous ne le trouverez peut être pas, mais lui, saura vous trouver. Et surtout soyez prudents, la forêt de Brocéliande est aussi dangereuse que paisible et mystérieuse.
-Et bien c'est gai, marmonna Pirlouit. Idéal pour me redonner des cauchemars ! Comme si voir un oiseau de feu et des fleurs maléfiques ne suffisaient pas il faut que je…

-Bon sang ! Tu as bien dit : un oiseau de feu Pirlouit ? S'exclama Johan en se levant brusquement de son siège étonné par cette coïncidence.
-Oui, au début je croyais que ce n'était qu'un rêve idiot mais… Hé qu'est ce que qui vous prend?! demanda il à l'enchanteur quand il leur fit signe de les suivre dans la tour la boule de cristal à la main.
-Vois tu, certaines personnes sont capables d'entrevoir le futur. Proche ou lointain, personne ne peut le dire, toutefois, ce que tu viens de nous narrer là porte à croire que tu aies ce don.
Nous devons savoir de quoi tu as rêvé, qui sait si par la suite ces horreurs se réaliseront, acheva Homnibus en lui tendant un gobelet.
Ce n'est pas dangereux, c'est juste un décontractant, ça ne te fera aucun mal.
-De toutes façons, quoi qu'il arrive Pirlouit, je resterais à côté de toi, tu n'as rien à craindre. Si tu as peur, tu peux serrer ma main.
-Peur moi haha tu plaisantes Johan ? Mais à dire vrai, il n'y avait rien d'emballant à replonger dans ces horreurs. Pourtant, une petite voix lui dit qu'il FALLAIT le faire, que ça serait plus utile qu'il le pensait. La potion lui procura une sensation de somnolence et d'une mémoire encore plus affûtée qu'habituellement. Se concentrer sur le ciel écarlate ne lui sembla pas plus difficile que de marcher. La boule de cristal reflétait toutes les images avec une précision surprenante Homnibus et Johan ne perdaient pas une miette de ce spectacle dantesque jusqu'à ce que tout s'évapore dans un tourbillon de couleurs et que le globe redevienne translucide.
Pirlouit cligna mollement des yeux comme sortant d'une lourde torpeur.

-Tout va bien, je suis juste fatigué et j'ai faim, c'est tout.
Ouf tout allait bien, pensèrent Johan et Homnibus, jusqu'à ce qu'une fumée blanche commence à se former à nouveau dans la boule. Comment cela se pouvait il ?! Pirlouit se leva pour y jeter un coup d'œil, c'est vrai quoi, c'était lui qui avait ce rêve, il avait voix au chapitre non ?

Cette fois, les images se succédaient et ne se ressemblaient pas : un champ de bataille, un endroit avec des petites fées volantes, un pont avec dessus un dragon, des créatures grises qu'on ne parvenait pas à transpercer, un couronnement, un tourbillon de feu incandescent, des morts, une fête et une belle journée de printemps.

Etait ce une suite directe à ce qui se passerait ? Possible mais comment démêler le vrai du faux ? Comment éviter de ne pas se fier à ces visions ? Pendant le repas du soir Homnibus revînt longuement sur le fait que ce qu'avait vécu Pirlouit n'était avant tout qu'un rêve. Ca pouvait être qu'une coïncidence tout comme ce genre de fait puisse se répéter et en quels cas il devrait en parler immédiatement à quelqu'un. Influer sur le futur quand on avait le don de voyance était extrêmement risqué et en tentant de modifier les faits, tout pouvait se compliquer davantage.


Seuls dans leur chambre, Pirlouit resta assis sur son lit ressassant les derniers événements de ces jours.
-Tu sais, j'ai l'impression que nous risquons de nous embarquer dans une drôle d'aventure Johan. Bien plus longue et bien plus dangereuses que celles dans lesquelles tu ne cesses de m'entraîner !

-C'est vrai, admit Johan les bras croisés. Ce n'est pas habituel ce qui s'est passé, d'accord nous avons déjà affronté un dragon et nous avons aussi trouvé une source magique. Mais jamais nous n'avons été menacés au château même du roi. Ceux qui ont fait ça doivent être très puissants. Dieu seul sait quels sorts ils sont encore capable de jeter.
-Ce qui me fait peur c'est qu'on ne sait pas ce qui peut se passer. Si il y aura encore de la magie, des combats ou qu'on se fera attaquer. Ce qui me rassure c'est qu'au moins quoi qu'il arrive nous serons ensemble quoi qu'il arrive. Et c'est ça le plus important ! Dit Pirlouit avec un sourire quand on était plus que des amis quoi qu'il arrive le courage et l'espoir pouvaient renaître de leurs cendres.
-Oui, tu as raison, répondit Johan. Pourtant, ajouta il d'une voix moins assurée. J'aimerais bien rencontrer quelqu'un, pas de simple alliés à qui venir en aide mais quelque chose qui soit différent.

« Des amis, de vrais amis qui cherchent à savoir qui vous êtes, ce que vous avez vécu, qui est là pour vous même quand il n'y a pas de problème et qui vous proposent plein de choses à faire. Pas comme quand on vient en aide à quelqu'un et qu'une fois les remerciements terminés, tout redevient comme avant. J'aimerais tellement qu'un jour en plus de Pirlouit, je trouve quelqu'un en qui j'aie une totale confiance et amitié, que ce soit réciproque. Mais hélas, je crois que ça n'arrivera jamais. »


Dans un autre royaume, des sangliers s'en étaient pris aux villageois et les avaient attaqués, une violente tempête avait dévasté les récoltes. Par chance il restait des provisions.
Sans parler des disparitions d'enfants et de ces tensions qui commençaient à régner. Il y avait de la magie là dessous.
Quelqu'un dans l'ombre tirait les ficelles d'une machination et cet endroit était à la fois un pion sur l'échiquier, soit un hors d'œuvre destiné à satisfaire l'appétit de forces mystérieuses et maléfiques.
Ca, trois adolescents, un magicien et un seigneur l'avaient bien compris. Il faudrait agir en cherchant de l'aide.

A suivre