Chapter 6 : All Things All At Once

Après une bière ou deux (car Dean n'avait que des bières dans son frigo), je commence déjà à me décoincer. Un peu d'alcool, et me voilà aussi gay que Jack Harkness dans Torchwood. Heureusement, la conversation demeure à peu près normale.

Un quart d'heure plus tard, Dean me propose une autre bière. Je décline gentilement : « Sans façon, merci. » Dean se fout de moi, chantant sur tous les toits que je ne tiens pas l'alcool.

Et c'est vrai. Je ne tiens pas l'alcool, du tout.

« Tu sais, un jour, je te ferai tellement boire que tu en oublieras ton nom. » me promets Dean, sûr de lui. Je rigole gaiment : « Oh, vraiment ? »

Remarque, ça ne devrait pas être très dur …

Dean reprend une gorgée d'écume blonde, puis déglutis : « Oh ça, oui. Je te l'assure. »

Une fois sa boisson finie, Dean se lève brusquement : « Oh, mais je ne vous ai pas présenté, tous les deux ? »

Hein ?!

Je l'interroge du regard, inquiet : « Qui ça ? »

Dean me fit un sourire énigmatique, en haussant les sourcils de haut en bas. Sur ce, il accourt vers son bureau. Ensuite, il sort un objet encombrant d'une boîte à chaussures.

Puis, il se retourne vivement, afin que je ne puisse pas le voir. D'une démarche hésitante et chaloupée, il avance vers moi, pour enfin me tendre l'objet en question.

« Castiel, je te présente mon Nikon chéri. Et … Nikon chéri, voici Castiel. »

Je m'extasie devant la beauté de l'appareil. Étant également photographe amateur à mes heures perdues, je m'exclame, surpris : « Mais c'est un D3100 ! »

Dean avait personnalisé sa courroie avec des posca, si bien qu'elle fut splendide toute remplie de dessins divers aux couleurs vives et de logos de groupes d'hard rock.

« - Oh, je vois que j'ai à faire avec un connaisseur … » remarque Dean, stupéfait.

« - Pas tant que ça. Juste les bases, quoi. Je ne suis pas super doué. » constatais-je, modeste. Il est vrai que je ne suis pas vraiment à l'aise avec cet engin dans les mains, mais le mien s'avère utile pour les mariages ou autres événements occasionnels.

Je suis pourtant persuadé que Dean doit être un photographe d'exception.

« Il faudrait que je lui trouve un nom, depuis le temps que je l'ai ! J'aime bien nommer mes possessions … » Il se mit à songer, les yeux vides.

« Aide-moi ! » m'encourage Dean, motivé.

Je réfléchis un moment. Quant à Dean, il fait des suppositions dans le vide.

« Davidson ? Non. »

Puis, vint : « Kansas ? Non plus. »

Et enfin : « Elvis ? »

Il me lance un regard interrogatif, du genre pourquoi pas.

« Hum … Nan. » soufflais-je, blasé.

« Méheuh … » fait Dean, plaintif. « En fait, je voudrais quelque chose en rapport avec toi. Tu comprends ? »

Je reste de glace à ses mots.

Dean Winchester. Le Dean.

Voulait nommer une de ses plus chères possessions au monde, en rapport avec moi.

Je me sens rougir, une énième fois.

Et là, soudain, un éclair de génie traversa mon esprit. « Je sais ! »

Dean relève la tête, attentif et à l'écoute.

« Presley. »


A ce nom, Dean ne pus que murmurer : « Ouah. La classe, quoi. »

Voilà. Le Nikon de Dean s'appellerait désormais : Presley.

Il en semblait vraiment ravi, d'ailleurs. Toutes les occasions sont bonnes pour introduire le nom dans les conversations. Presley, par ci. Presley, par là.

Déjà trois ans que Dean et son … Presley étaient donc meilleurs amis.

Ce fut la révélation pour lui. Un cadeau de trop, à court d'idée. Et ce fut le bon.

Sa vocation lui parût évidente et tout devint plus clair. Tout aussi net que les photos que Dean prenaient. Depuis ce jour, Presley accompagna Dean partout. Et c'est Presley qui donna envie à Dean de s'inscrire dans une école d'art.

Pourquoi Paris, alors ? Eh bien, il se trouve que le français fut – étrangement - la seule matière que Dean ai pu blairer de toute sa scolarité. Rapidement, le garçon devint bilingue.

De plus, le père du garçon semble strict. Il veut que Dean reprenne le 'business familial'. Il n'avait pas précisé la nature de ce business. Mais celui-ci n'était pas de son avis. Dean se débrouilla donc pour se payer son billet d'avion et son appartement, en travaillant dur chez le mécanicien du coin, il s'était fait un peu, voire beaucoup de fric. Du moins, assez pour pouvoir se permettre des études.

Avec ça, il n'avait qu'une option : Presley = Photo = Art = Études = Paris.

Bien sûr, il fut aussi hors de question de laisser son Harley toute seule. Alors, le supplément pour emmener sa belle en avion lui coûta 'la peau du cul', comme il le dit.

Ainsi, il est normal que le garçon fasse attention à toutes ses dépenses depuis son arrivée.

En m'expliquant tout ça, Dean pris conscience qu'il s'était ouvert à moi, comme à personne avant.

« - Tu sais, je n'ai jamais eu de meilleur ami. Juste mon frangin, et encore … » me confie-t-il, nostalgique.

« - Moi non plus. Je ne suis pas vraiment … social. » constatais-je, amer.

« - Ah ! Ça, j'avais remarqué ! » ricane Dean, moqueur. « Mais bon, tu es un peu comme une énigme à déchiffrer. Il faut que j'apprenne à te connaître, car va savoir, tu es peut-être imprévisible et plein de surprises ! »

Sur ces mots, Dean se lève et enfile sa veste.

« Oh, tu ne crois pas si bien dire … » songeais-je, ailleurs.


Lorsque je demande où nous allons, Dean m'adresse un clin d'œil. Il chope Presley en vitesse, et sort.

Aussitôt, je cours pour le suivre et descends les 4 étages, sans ascenseur. « Attends-moi, Dean. » criais-je, en rigolant. Dans la cage d'escalier, j'aperçois sa tête qui dépasse : « Tu ne m'attraperas jamais ! » Il repart alors de plus belle, avec un rire exalté.

Tu vas voir, tu ne perds rien pour attendre …

Je me précipite donc, et descend quatre à quatre, à la vitesse lumière. Mes mains glissent sur la rampe, et le contact du bois me brûle presque. Rapidement, j'ai déjà dévalé deux étages en à peine 40 secondes. Et je peux percevoir Dean, à seulement quelques marches d'écart. Je me fais discret, car celui-ci me crois encore un étage au-dessus. Sans bruit, je m'approche, tandis qu'il vérifie sa marge d'avance, en regardant en l'air.

« Castiel ? » fait-il, inquiet. « T'es où ? »

Et hop ! Par derrière, je pose mes mains sur ses yeux.

« J'suis là. »

Il m'attrape les poignets doucement, et les retire de son champ de vision.

Dean se retourne lentement vers moi, puis me fixe les yeux dans les yeux. Bizarrement, je ne suis plus mal à l'aise. Bien au contraire.

« T'as fait vite, champion. » constate-t-il, stupéfait.

Je sourie fièrement. Et Dean fit de même en retour.

« Allez, amène-toi ! » m'intime-t-il, en me prenant la main.


Déjà 18h ! Que le temps passe vite, m'étonnais-je.

Dean et moi prenons le métro ensemble. Car selon lui, sa chère Harley a besoin de se reposer au chaud, dans la cour de l'immeuble.

Ici, les gens sont fermés et pas vraiment aimables. Les parisiens sont tout l'inverse de ce que je m'imaginais, il se trouve que ces français sont bien déprimés. Nous passons pour des marginaux à sourire normalement. Dans le métropolitain, faire la gueule est, apparemment, de mise.

Quant à Dean, d'un air parano, il serre Presley très fort contre lui, sa courroie bien attachée autour de sa nuque. « Avec tous ces roumains, tu comprends … » avait-il chuchoté, méfiant.

Après une huitaine de stations et un changement de ligne, nous voilà sur les quais de la Seine, à marcher tranquillement. Le clapotis de l'eau est apaisant, et j'aime à voir les bateaux-mouche, fendant le fleuve en deux, au gré du courant. Dean me confie qu'il aimerai bien, un jour, aller sur un de ces « bateaux bizarres gastronomiques », et de boire du « vrai champagne français » en passant sous les ponts de la capitale.

Puis, Dean aperçoit un banc, à quelques mètres. Il y court, comme un dératé, pour être sûr que personne d'autre ne le prenne (bien qu'il n'y ai personne aux alentours). Une fois assis, il me fait signe de me dépêcher. J'accélère le pas, et me retrouve donc à ses côtés.

Dean ne me prête nullement attention, bien trop concentré à régler le zoom de Presley.

« - Et … Hum, puis-je savoir ce que tu fais, là ? » plaisantais-je, curieux.

« - Ça s'voit pas ? Je configure mes réglages. » réplique Dean, les yeux toujours rivés sur l'appareil.

« - J'avais compris … Je veux dire, pourquoi tu as emmené ton app – Presley avec toi ? »

De ses yeux d'émeraude, il me toise avec étonnement.

« A ton avis ?! Pour bosser, bien sûr. »

Sur ce, il me rappelle qu'il faudrait qu'il fasse son 'autoportrait'. En effet, toutes techniques acceptées, carte blanche. C'est ce qu'avait dit le professeur. Alors, je suppose que la photo fait partie de ces techniques. Après tout, c'est devenu le ''8e art''.


Ses réglages terminés, Dean me fit remarquer qu'un des seuls avantages de l'été (selon lui), c'est l'éclairage. Même après 20h, le soleil n'est toujours pas couché ! Et pour ses photos, c'est ce qu'il préfère.

« Bon, alors … Il faut que je me prépare psychologiquement à rentrer dans mon rôle de top-model. »

Je pouffe de rire. Pardon ?

« - Bah oui, figures-toi que j'ai été élu (trois fois d'affilée) le plus beau et le plus mignon des petits garçons de tout le Kansas. Tu as devant toi 'Mister Cutie Pie' 2000, 2001 et 2002. » chantonne-t-il, fièrement.

« - Ça m'étonnes pas. » lançais-je, un peu trop vite.

« - Oh ! Alors, tu reconnais que j'ai un physique de rêve. N'est-ce pas ? » fit-il, en passant délicatement une main dans ses cheveux impeccables.

Je ne réponds pas et rougis, comme à mon habitude.

Cela fait sourire Dean, dont l'amour-propre et l'ego a du être immédiatement surélevé à un rang supérieur. « Je sais, je suis vraiment trop canon. » se complimente-t-il, la main sur son torse.

Ensuite, il enlève le cache de son appareil photo pour le poser sur le banc.

« Alors, voilà le deal : Toi et Presley, vous allez me prendre, de façon à ce que j'ai clairement un modèle photo pour m'auto-dessiner sur la toile. Pigé ? »

Un élan de générosité me pousse alors à lui répondre :

« - Tu n'as besoin de ça … Je peux te la faire, ta toile. »

Dean écarquille ses grands yeux de jade, et bégaye :

« - Tu - - Tu ferais ça ? Pour moi ? »

Je lui adresse un de mes sourires les plus aimables.

« Bien sûr. »

Il semble hésiter un moment : « Hum, mais ce n'est pas équitable pour toi ! »

Je commence donc à le rassurer : « Je peux me débrouiller seul … »

Mais, après un bref instant de réflexion, Dean s'exclame : « Hors de question ! »

Il me prend la main, d'une façon si douce que j'en suis tout chamboulé.

« Laisse-moi te faire profiter de mes talents de photographe-né. »

Je ne peux pas refuser, non. Tout ce que je suis capable de faire, c'est d'hocher la tête timidement tandis qu'il me promet d'un air solennel : « Je vais te le faire, ton autoportrait. »