Rappel du précendent chapitre: Enzo affirme avoir une piste. Il a trouvé enfin le vampire coupable. Eh, mais... Emeline sent a nouveau cette abscence. Mon dieu! Si Enzo se trompait? S'il tuait... Un innocent?

Euh, oui, Umbris, je commence a avoir peur de tes dons. Tu te nommerais pas, par le plus grand hasard, Alice? =) Voici un chapitre avec le délicat Edwin (que j'aime beaucoup, j'adore les méchants gens^^) et l'adora... le... Enfin, Ben, quoi. Qui est très choupinou ici, d'ailleurs...^^


Chapitre septième : Texas.

-Alors, ma petite Emeline, comment ça va depuis la dernière fois ?

-C'est dingue, j'allais mieux depuis que je ne vous avais pas vu.

Les mots sortaient seuls de ma bouche, et je fus choquée de dire ce que je pensais. Mais c'était agréable.

-Je vois… Tu as le teint pâle, dis-moi… Des cernes sous les yeux… Tu as dormi quand pour la dernière fois ? On dirait que ça fait des années !

Malgré le fait que ça ne soit qu'une boutade, je commençais à paniquer et dut lutter pour que ça ne se voit pas à mes yeux. Ce fut un échec.

-Tu as l'air effrayée, mon enfant.

-Alors, premièrement, vous n'avez jamais eu de rapports quelconques avec ma mère, je ne suis donc pas votre enfant. Ensuite, c'est juste qu'il est peu rassurant de se trouver dans une salle avec des aiguilles comme celles-ci. Mentis-je en montrant d'un signe de tête les seringues énormes.

-Mais je vais pourtant devoir t'en faire une.

-Pourquoi ? Demandai-je sèchement. Vous ne savez même pas ce que j'ai.

-Voir tes vêtements mouillés me fait deviner que tu es restée un moment sous la pluie.

-Et alors ? Voir votre tête me donne envie de vous donner des calmants et de vous envoyer à l'asile, et ce n'est pas pour ça que je le fait.

-C'est là la différence entre un adulte et un mineur. Tu ne fais pas ce que tu veux. Et tu n'as aucun doctorat ou diplôme. Tu n'as même pas le permis, si j'en juge ta date de naissance ! S'esclaffa-t-il en consultant mon dossier scolaire. Puis il devint perplexe, tout en gardant cette étincelle ironique dans le regard. Tiens, mais… Tu n'étais pas au volant d'une voiture, le jour où l'on s'est rencontré pour la première fois ?

-Non, c'était mon serpent qui conduisait, ça ne se voyait pas ?

-Un serpent ? C'est un animal dangereux… Murmura-t-il en ignorant ma réplique.

-Oui, les couleuvres sont très dangereuses. Il paraît qu'elles peuvent vous tuer d'un regard, comme les Basilics. Me moquai-je.

-Tu lis trop de livres. Voyons au moins si tu as de la fièvre ! Tiens, mets ce thermomètre dans la bouche pour que je vois ça.

Je mordis l'objet tellement fort qu'il se cassa net. Les billes de mercure roulèrent dans ma bouche, laissant un goût immonde.

Je recrachais le tout, dégoûtée. Le médecin avait l'air de s'en ficher totalement : il contemplait avec fascination le tube brisé net, puis me regarda bizarrement. J'espérai ne pas en avoir fait trop, vu que j'ignorai où se situaient les limites des mâchoires des adolescentes de quinze ans.

Je me levai et fis mine de sortir. Il leva un sourcil.

-Je peux savoir où vous allez ?

-Non.

-C'est rhétorique. Où allez-vous ?

-Hors de cette pièce.

-Je ne vous ai pas auscultée, Eme…

-Stop. L'interrompis-je. Je ne m'appelle pas Emeline. Pas pour vous. Pour vous, c'est Mademoiselle Change, et pour vous, je serai toujours en bonne santé, et donc, je n'aurais jamais besoin de vous voir. Si jamais je tombe malade, je ne vous aurais pas comme médecin, c'est clair ?

Il recula d'abord d'un pas face à mon air menaçant, puis se ressaisit.

-Je vous appellerai Mademoiselle Change, c'est noté. Mais n'oubliez pas que la ville est petite, et vu que je suis le premier médecin à vous avoir prise en charge, je n'ai aucun doute que mes confrères me laisseront m'occuper de vous. De gré comme de force. Au fait, j'ai cru apprendre le départ de votre frère ?

-Et alors ?

-Oh, rien, je trouve juste totalement irresponsable de laisser une enfant si jeune sans aucune surveillance.

-J'apprécie votre inquiétude, Docteur, mais je suis tout à fait capable de me prendre en main jusqu'à son retour. Ce n'est que temporaire.

Je tournai les talons et sortis de la pièce. Emma, inquiète, m'attendais devant la porte.

-Alors, qu'est ce que tu as ?

-Rien. Ce docteur est malade, c'est tout. Le thermomètre au mercure s'est brisé dans ma bouche et il n'a même pas bronché.

-Quoi ? T'as tout recraché j'espère ? C'est toxique voire mortel si t'ingère ça !

Je la rassurai. Elle enchaîna alors.

-Pourquoi tu n'étais pas en sport ? Le prof t'as notée présente, pourtant… Mais je l'ai entendu parler que tu étais sortie…

-La version officielle, c'est que je ne me sentais pas bien. Et l'officieuse, c'est que je ne voulais pas faire de danse.

-Mais enfin, avec toute la grâce que tu as ! Tu as même une salle de danse personnelle chez toi, alors… C'est quoi le problème ?

Je haussai les épaules. Ben passa. Je ne le regardai que du coin de l'œil. Toujours cette lueur de compassion déroutante dans son regard. Et, à ma grande surprise, il se dirigea vers nous. Emma rayonna.

-Emeline, je voulais… Il hésita. Te présenter mes excuses. Je sais que j'ai poussé mes questions un peu trop loin, beaucoup trop, même. Emma m'a expliqué que tu étais prête à me pardonner. C'est pour ça que je viens. Je suis désolé.

Il patienta, et, pour me venger, je restais muette pendant un moment. Puis je souris gentiment.

-C'est gentil, et j'apprécie vraiment que tu aies accepté de venir t'excuser. On va donc dire que c'est du passé, et on ne parle plus de ça ?

Nous nous mîmes tous trois à sourire, et la cloche indiquant la fin des heures de cours et le début du repas.

-Il paraît que tu as cogné un élève ? Demandais-je en accusant Ben de ma fourchette. Qu'est ce qu'il t'a fait ?

-D'où tu sais ça, Emeline ?

-Ta mère en a parlé lorsqu'elle est venue à la boutique de ton père. J'étais en train d'acheter une voiture avec Enzo.

-Oh. Et ce n'était pas un élève, mais un gars qui m'avait provoqué. Il se moquait de ma mère, la traitant de…

Il s'interrompit mais je pouvais aisément deviner l'insulte.

Un élève prononça mon nom et celui de Ben. Je tournais vivement la tête en sa direction, réalisant en même temps que je n'étais peut-être pas censée entendre des élèves si éloignés parmi ce brouhaha. En me re-pivotant vers mes amis, je notai que Ben avait eu le même mouvement de fixation. Je me rassurai donc, persuadée que s'il pouvait entendre, alors je ne m'étais pas trahie.

-Emeline… Ce n'est pas ta voiture, là-bas ? S'enquit-il brusquement en désignant mon automobile.

Dont un gars essayait de forcer la serrure. Je me levai brusquement.

-Je reviens.

Je me mis à courir, vitesse « humaine », et le parking fut vite rejoint. L'individu me tournait le dos.

-Tu veux que je t'aide à fracturer la porte ? Demandai-je, ironique.

-Ouais, tiens, tiens moi ça. Dit-il en me donnant un pied de biche.

Je lui tapotai l'épaule. Il se retourna. Et se prit mon poing en plein dans le nez. Il se mit à saigner énormément, et à la vue du fluide rouge, il s'évanouit. Quelle petite nature.

Ce que je ne pouvais pas forcément prévoir, c'est qu'une fourgonnette de police passait par là. L'agent avait vu le jeune homme essayer de voler ma voiture, mais vu la violence du coup que je venais de lui donner, il me pria d'entrer dans son propre véhicule. Ébahis, Ben et Emma se consultèrent du regard en me voyant entrer dans le petit camion.

-Répètes, petite. Pourquoi tu l'as cogné ?

-Il était en train d'essayer de voler une voiture. J'ai décidé de m'assurer que ce n'était pas la sienne. Vu comment il la traitait, sûrement pas. Alors je l'ai frappé. Si je plaide pour légitime défense, ça marche ?

-Oh, ne t'inquiète pas, il ne risque certainement pas de porter plainte. Et je ne te dénoncerai pas. C'est quoi ton nom, déjà ?

-Je ne vous l'ai pas encore dit.

-Et, donc…

-Emeline Change. Mais c'est l'emploi du mot déjà dans votre phrase qui laissait sous-entendre que je vous l'avais dit, qui me dérangeait énormément car je ne voudrais pas qu'on m'accuse de dire des choses que je n'ai pas dite et…

Je me tus, voyant qu'il avait d'autres chats à fouetter que les babillages incessants d'une lycéenne à peine sortie du collège.

-Vous pouvez me raccompagner au lycée ? J'ai cours, m'sieur.

-Oh, oui, bien sûr…

Ainsi fut fait. Je n'eus pas le temps de déjeuner, ce qui ne me dérangea pas vraiment mais qui outra Emma qui ne cessait de me poser des questions.

-Emma, pour la dernière fois : le policier m'a vue frapper le gars. Il l'avait vu en plein délit. Je lui ai raconté ce que j'avais vu, et il m'a déposée. Point barre. Non, je n'aurais aucun souci, c'est promis. Et s'il te plaît… Tais-toi.

L'injonction avait à peine été prononcée qu'elle se tut pour retrouver son calme habituel. Soit elle était un poisson rouge et avait déjà tout oublié, soit elle était capable d'accepter tous ses défauts et s'efforçait d'y remédier. Cette fille était une perle, la crème des crèmes.

En cours, les élèves qui m'avaient vu entrer dans le véhicule de l'agent me dévisagèrent étrangement. En cours d'anglais, mon voisin cessa même de fixer mes attributs féminins pour me regarder. Je suis d'ailleurs sûre que ce fut la première fois qu'il aperçut mon visage. Je lui jetai un regard froid si soudain qu'il sursauta et se replongea dans son cahier.

En sortant de la classe, alors que je rejoignais Emma et Ben pour sortir du cours, une fille passa, se pinça le nez et maugréa :

« Ça sent le chien mouillé, quelle horreur… »

Et elle nous fixa, ce disant. Je retins mon poing de briser un autre nez aujourd'hui, et mon amie posa ses mains sur l'épaule de Ben et la mienne.

-Ne vaut-il pas mieux réagir. Après tout, elle réalisera peut-être en chemin que c'était elle qui sentait si mauvais !

Ben et moi sourîmes, toutefois peu calmés.

-On se revoit lundi ? Vous faites quoi ce week-end ?

Tandis qu'il haussa les épaules, j'expliquai :

-Je rends visite à de la famille, dans le Texas.

Un simple regard échangé avec Emma lui fit comprendre ma raison véritable. Elle savait qu'Enzo me manquait terriblement.

Regagnant ma voiture calmement, je notais que la portière était abîmée, comme s'il avait tenté son pied-de-biche, et je sus aussitôt qu'il me faudrait retourner voir Jonathan Stalen au plus vite. Je décidai de m'y arrêter en route. Je n'étais même pas garée que j'entendais déjà Elsa discuter.

-Il faudrait qu'on retourne à la réserve aux prochaines vacances, ça ferait sûrement du bien à Ben de revoir ses amis… Il m'a parlé de Seth, la dernière fois, il paraît qu'il a vraiment grandi, et…

Le carillon tinta joliment lorsque j'ouvris la porte. Je me fichais de savoir qui était Seth, ce je voulais, c'était voir si Enzo remarquerait les dégâts.

-Bonjour, Monsieur…

-Emeline. Il prit un ton inquiet. Qu'à donc la voiture ?

-Un type a essayé de la forcer… Au pied-de-biche. Il n'y a pas trop de dégâts, mais suffisamment pour qu'Enzo me découpe en morceau s'il voit ça.

-Votre… ami à l'air attaché aux voitures.

Je ne réalisai même pas comment il venait d'appeler mon frère pour deux raisons : Enzo était bel et bien un ami, et non un frère, ce qui explique que je n'aie pas fait attention, et deuxièmement, j'étais en train de me remémorer toutes les fois où Enzo m'avait haï parce que j'avais abîmé, détruit, perdu ou encore démonté sa voiture chérie (Je suis une fille plutôt chanceuse, dans la vie, mais ma poisse avec les voitures est presque légendaire.)

-Oui, il faut dire que j'ai toujours eu des soucis avec les siennes… Vu que je ne suis pas en âge de conduire.

Il haussa un sourcil, puis les épaules, ayant compris que je conduisais trop tôt, mais il s'en fichait. Ce n'était qu'une question de mois, selon lui, donc…

-Voyons ça.

Il examina vite fait la voiture, me demanda les clés puis la conduisit dans un garage.

-Les dégâts sont superficiels, et je n'ai aucune autre réparation aujourd'hui. Tous mes mécanos vont être sur le coup. Venez la chercher… Demain, vers huit heures ?

Ravie, je fis un radieux sourire, surtout lorsqu'il me confirma qu'Enzo n'en saurait rien.

Je rentrai à pied, mon cœur inutile plus léger, mes pas plus rapides, trop peut-être, et Elsa me regarda d'un drôle d'air, scandalisée. Si on avait même plus le droit d'être heureuse à présent…

Je consultai le répondeur, à la maison, qui indiquait deux messages.

« Bonjour monsieur Change, vous vous souvenez de moi ? Oui, Lily Paddington. J'ai trouvé dans le mur de la chambre qui semblait appartenir à votre petite sœur… Et bien, je n'irai pas par quatre chemins. Le mur est déformé à un endroit, et il a la forme d'un poing avec une bague, comme celle que votre sœur portait à sa main… Est-ce normal, inquiétant ou juste… de l'art ? Rappelez-moi dès que possible, merci. Au revoir »

Comment avait elle eu notre numéro ? Ce traître de frère ne lui avait quand même pas donné ? En tout cas, imaginer la tête qu'elle et son époux ont du faire en voyant le mur ayant subi une de mes colères me redonna le sourire. J'effaçai pour écouter le suivant.

« Emeline. La voiture va bien, j'espère ? Moi, je suis sur la bonne piste. J'ai réussi à trouver un hôtel pas loin, un truc de luxe, à Dallas, où ils auraient logé une nuit. Il y a deux jours maximum. Ils se dirigent vers l'est de l'état. Je t'aime. Enzo. »

Mon cœur se serra tout d'abord à l'entente de cette voix familière. Puis un détail me gêna. Je repassai.

« Où ils auraient logé une nuit »

Ils ? Enzo traquait donc deux personnes, sinon plus ? En tout cas, son indication m'était précieuse. Il ne me restait plus que deux choses à faire : trouver la ville, puis aller vers l'est du Texas. Facile. Et avec l'aéroport dans le coin, je dénicherai sûrement un avion à… disons huit heures et demies ?

Faute d'avion, (mon réalisme reprenait le dessus contre mon espoir) je calculai l'itinéraire le plus rapide… Il me faudrait prendre un bus. J'appelai la boutique de Mr Stalen, priant pour qu'elle soit encore ouverte. Elle l'était. Et ça ne lui posait aucun problème de garder la voiture pendant le week-end. Je le remerciai, puis préparait de rapides bagages : ceux préparés étaient trop encombrants. J'optai pour un simple sac à dos, avec portefeuilles, portable, et carte de crédit récupérés dans la valise, plus du rechange des fois que je ferai une pause. Puis je consultais les horaires de bus. J'en avais un qui m'emmènerait au Texas depuis Los Angeles dans trois heures. J'appelai un service de taxi.

Je m'engouffrai dans le véhicule et donnai l'adresse où je devais me rendre. Le chauffeur fit pivoter le rétroviseur pour pouvoir contempler ma poitrine. J'ordonnai sèchement, alors qu'il pensait ne pas avoir été vu :

-Concentrez-vous plutôt sur la route, et je vous paierai le double.

Cette phrase calma ses ardeurs, il écrasa l'accélérateur au mépris des limitations de vitesse. J'arrivais vingt minutes seulement avant le bus. Je consultai ma montre, que j'avais au préalable accrochée à mon poignet : dix-huit heures, et le bus arrivait. Je serais arrivée vers… quatre heures du matin, sûrement.

Montant dans l'engin bruyant, je choisissais un siège côté fenêtre. Lorsqu'on démarra, c'était loin d'être bondé. Je fis des jeux sur mon téléphone pour passer le temps. Je regardais les tours et les immeubles faire des concours du plus haut. Lorsque la nuit tomba tout à fait, beaucoup des personnes présentes ronflaient. Moi, je regardai inlassablement les lampadaires qui défilaient rapidement à ma fenêtre. Je n'arrivais pas vraiment à me concentrer, j'étais lasse. Presque comme les fois où le vampire était près, mais de manière tellement légère que ce ne pouvait être lui. Peut-être que mon cerveau était fatigué de toutes ces émotions qui me traversaient sans qu'il puisse les partager avec mon cœur. Un contrôleur vérifia les tickets des gens éveillés. Donc, si on voulait passer gratuitement, il suffisait de dormir. Je m'amusai à compter les secondes à partir de trois heures du matin. Je m'arrêtai à sept-mille deux-cents secondes, soit cent-vingt minutes, deux heures, en somme. On était arrivé, et vu que le bus ne faisait qu'un bref arrêt, je saisis mon sac et sortis tout de suite.

La nuit ne me facilita pas la tâche, toutefois, j'avais appris avec un ami plusieurs siècles auparavant à me guider avec les étoiles. Elles ne firent heureusement pas les timides cette nuit-là, et je marchai d'un pas énergique. Cachée dans une ruelle sombre, je pris l'apparence d'un jeune homme d'une vingtaine d'année : je ne tenais pas à perdre de temps avec des types aux idées mal tournées.


Dans le prochain chapitre... Le nom de la personne traquée (quand même, il fallait bien que cette personne ait un nom!^^) ainsi que l'accompagnateur dudit vampire...