CHAPITRE 7 :
CERCLE ENCHAINE
La pointe argentine de la plume planait paisiblement au dessus de la feuille vierge. De sa surface lisse perlaient des gouttes d'une encre noire et grasse, qui s'écrasaient en de larges flaque sur la surface. La main tenant la plume ne bougeait pas. A peine tremblait-elle, accélérant le suintement ténébreux. Le regard fixait sombrement sans le voir l'épanchement incessant. Lorsque le liquide vint à manquer, d'un geste habile, la main plongea la plume dans l'encre et la plaça à nouveau au dessus du papier pour qu'elle s'y libère de cette nouvelle charge aqueuse. Le grain épais du carnet de dessins absorbait de plus en plus difficilement cet excès d'encre, qui se rependait et formait des couches infâmes, lac noir et bouillonnant où grondaient les sourds hurlements de sa rage. Une goutte plus lourde que les autres quitta le biseau immobile et alla éclater au milieu de la flache grandissante. Quelques éclats comme autant de mortels baisers furent projetés sur le visage. Un sourire énigmatique figea les lèvres, tandis que les longs cils féminins battaient les paupières au pli mélancolique...
Le peintre reposa son instrument sur la table dont le bois avait bu avidement encres et couleurs, et qui était déjà envahit de pinceaux, de plumes, de crayons et aussi d'étranges tiges aux formes inattendues. Sans quitter son rictus, il soupira en regardant la feuille devant lui, haussa les épaules et se leva pour quitter son plan de travail. S'approchant de la fenêtre de l'atelier, il pu voir le soleil se lever sur la vide et ses rayons roses et oranges infuser lentement les nuages et les toits des immeubles. La lumière s'accrochait fébrilement aux bâtiments immenses encore endormis, leur donnant des airs de sculpture mouvante, jungle urbaine qui s'éveillait et où commençaient à s'activer fauves et antilopes. Et lui, dans sa tour d'ivoire, il pouvait observer sans le comprendre le spectacle des hommes. Jamais il n'avait songé qu'il aurait pu ou dû vivre ailleurs. Jamais il ne s'était demandé s'il aimait ou non l'humain. Jamais il n'avait tenté d'analyser sa conduite par rapport à celle des autres. Il avait cette façon de vivre terriblement instinctive. Il la contenait parfois, dans quelques domaines, mais cela le blessait. En cet instant, il aurait voulu revenir à sa nature première, sans chercher à épargner ou à être comme il fallait, en cédant simplement aux élans délicieux de son affect et de son corps.
Cependant, cette tour qui l'isolait devenait son cachot, et dans cette antre séquestratrice, il ne pouvait que créer pour exister, pour vivre comme il savait seulement vivre. Il mettait en peinture son sentiment présent, pour l'exorciser. Mais, loin de l'annihiler, cette métamorphose, cette canalisation, ne faisait que le faire grossir davantage, le poussant vers des bras indésirés, vers des attitudes formatées et des mots qu'il ne pensait pas. Il devenait un mime, piégé dans une structure de plaques de verre qu'il simulait de ses mains, et qui devenaient réelles car il voulait y croire. Parce qu'il n'avait rien d'autre en quoi croire. Même son art n'avait jamais eu de sens. A quoi bon, après tout, chercher une signification ? La vie était un lent courant dans lequel il désirait se laisser flotter. Les sursauts de son cœur, seuls, le guidaient dans telle ou telle direction, actionnaient les fils dirigeant son corps de marionnette, soulevaient un bras, une jambe, un sourire...
Le modeste appartement qui lui servait d'atelier était envahit de toiles et de carnets en tout genre, éparpillés à même le sol, dans un désordre où lui seul pouvait s'y retrouver. Il traversa la pièce en quête de sa chemise, s'attardant devant un tableau au fond noir parsemé de cercles colorés. Le cercle avait toujours été sa forme de prédilection, modeste, mais s'imposant sans le moindre scrupule, précis, mais infiniment variable, stable et pourtant instable car déformable, sonore et silencieux, apaisant quoique comportant une multitude de tension. Il était un espace clos qui consistait la liaison la plus évidente et la plus pure avec le cosmos, avec ce grand tout harmonieux et éternel. Le cercle était le vente maternel, le cocon protecteur, la sphère terrestre, la prison castratrice et meurtrière. Tout en lui s'attirait et se repoussait inépuisablement, tout y était antithèse et accord idéal, tout y était paradoxal et rationnel.
Saisissant d'une main lasse la chemise légère déposée négligemment à même le sol, il en couvrit son buste à la finesse toute féminine et regarda ses propres doigts fermer un à un les petits boutons de nacre. Il oublia d'en attacher un au niveau de son nombril, et n'eut pas la patience et l'envie de clore ceux supposés dissimuler la naissance de sa poitrine. Il voulait sortir maintenant, pour se plonger dans la tendre lumière du jour naissant, pour goûter l'éveil de la rue et de ses habitants. Il pourrait déambuler le long des trottoirs où s'activeraient peu à peu des hommes en costume et des élégantes en tailleur et talons aiguilles, se dirigeant innocemment vers les allées pavillonnaires qui bordaient la cité, vers la gracieuse et froide bâtisse dont le jardin, il le savait, serait dans un état de délabrement surprenant. L'herbe serait de la paille et les arbustes verraient leurs feuilles mourir, desséchées par le soleil et la trop grande chaleur. Sasuke, depuis la fenêtre de sa chambre, ne le remarquerait même pas. Il ne comprendrait pas qu'il fallait donner de l'eau et du temps à ces plantes fragiles pour qu'elles surmontent la fournaise estivale. L'agonie du petit jardin ne l'atteindrait pas, tant sa propre peine l'obnubilerait. Alors ce serait à lui d'abreuver la verdure mourante, pour la voir retrouver ses vives couleurs qu'il aimait tant et son calme enchanteur dans lequel il désirait se perdre à l'infini.
Au pied de l'immeuble, dans la modeste avenue, des commerçants installaient le marché matinal, exposant leurs bons produits frais au nez et aux yeux de tous, dans un gai vacarme de métal et de voix rauques. Sai marcha très lentement entre les échoppes qui se montaient, respirant avec délectation les odeurs de viandes et de poissons, de fruits, de légumes et de pain chaud. Les rouges sanguins, les camaïeux de gris et les arc-en-ciel bariolés des primeurs étaient un ravissement pour ses yeux, qui n'aimaient rien tan que les couleurs de la nature et de la vie. Cette existence quotidienne était en vérité le plus riche et le plus superbe des tableau, aussi absurde qu'une œuvre de Duchamps, aussi épurée qu'une toile de Malévitch, aussi poétique et coloré qu'un Kandinsky. Bien sûr, l'art de ces génies dépassaient la réalité empirique et objective du monde, mais il y avait dans le quotidien quelque chose de transcendant, qu'il n'aurait à aucun prix souhaité figer en peinture. Son sourire s'élargit lorsqu'il songea que seuls les mots de Sasuke lui avaient paru effleurer cette beauté fugace et éphémère. Peut-être l'écrivain ne parvenait-il plus à la voir, rendu aveugle par ses tourments, obsédé par eux et par sa propre personne, négligeant la simplicité de la vie pour lui préférer la vive torture de l'intellect. Mais comment le savoir ? Sai ne connaissait pas le brun. Personne, même pas lui-même, ne connaissait Sasuke.
Il quitta ses réflexions aussi rapidement qu'il s'y était engouffré. Son regard et son esprit furent happés par le rose tendre d'un cageot de pèches qu'un homme à la panse impressionnante déchargeait de l'arrière de sa camionnette. Le gros commerçant portait un marcel gris déjà imprégné de sueur et soufflait bruyamment tout en soulevant les cartons débordants de beaux fruits mûrs. Il se figea en remarquant le peintre, la chemise passablement débraillée, un sourire impénétrable aux lèvres, qui se tenait debout au milieu du tumulte ambiant et le fixait ostensiblement. Secouant la tête d'un air résigné, le ventripotent personnage grommela un commentaire méprisant et poursuivit sa pénible tâche. Lorsqu'il ressortit une seconde fois de sa camionnette, les bras chargés de nouveaux fruits, il découvrit le jeune homme à la courte chevelure noire accroupi devant le cageot de pèches qu'il avait déposé au sol. Ce dernier entreprenait d'en caresser une de son long doigt taché d'encre. Lâchant presque ses paquets, le commerçant se rua vers lui, mais fut stopper net par une main qui s'éleva en l'air devant lui, tenant entre l'index et le majeur un billet. Le jeune individu roula des yeux, qu'il avait grands et féminins, et lui lança de sa voix enjouée : « J'en voudrais un kilo, s'il vous plaît ! ».
Presque une heure plus tard, le marché finissait de se monter. Le gros marchand de fruits attendait ses premiers clients, se grattant pensivement le crâne en se souvenant encore du jeune éphèbe qui avait choisi une à une chacune des pèches qu'il lui avait vendu, les observant minutieusement et les tâtant longuement avant de les sélectionner ou, au contraire, de les refuser. Il émit un claquement de langue sonore ; décidément, la jeunesse n'était plus ce qu'elle était...
***
Le soleil était bien installé dans le ciel bleu sans nuage et les oiseaux rivalisaient de chanson avec les grillons lorsqu'il atteint la maison à la façade paisible, son sac de pèche à la main. Le col de sa chemise était humide et sentait bon le sueur chaude, qui coulait lentement en lui chatouillant le cou. Le vêtement, définitivement fort peu boutonné, captait chaque brin de vent et en profitait pour danser autour de sa taille fine. Il aimait le contact du tissu contre sa chair échauffée par l'été et l'excitation. Il sentait les battements de son cœur s'accélérer agréablement au fur et à mesure qu'il approchait de sa destination et son souffle se saccader alors qu'il frappait doucement à la porte. La chaleur remontait lascivement son corps pour venir bouillonner dans sa tête et il pouvait sentir vibrer ses veines le long de ses membres qui tremblaient légèrement d'exaltation. Mais cette savoureuse bouffée d'effervescence s'envola lorsqu'il découvrit Sasuke qui lui ouvrait la porte. Elle laissa place à une légère surprise de voir l'écrivain déjà debout de si bon matin et à une déception boudeuse de ne pouvoir le surprendre au sortir de son sommeil, dans sa divine nudité sculpturale. En guise de bonjour, le brun lui adressa un soulèvement de sourcil accompagné d'un faible grognement, auquel le jeune artiste répondit par un énigmatique et trop ironique sourire pour cette heure matinale. Sasuke se dégagea de l'embrasure de la porte et le laissa pénétrer le hall, sans prêter particulièrement attention au sac de pèches.
Sai appréciait l'intérieur de la maison, dont le hall étroit était chaud et intime, et dont le grand salon respirait la fraîcheur et l'encens. Les murs entièrement blancs avaient cet aspect lisse et arrogant si frappant chez Sasuke, mais étaient aussi calmes et impénétrables que Gaara. Il se mit presque aussitôt après avoir franchit la porte à la recherche du roux, furetant frénétiquement dans les diverses pièces, avant de se rabattre, résigné, vers Sasuke, qui l'observait d'un œil cynique et étonnement serein. Surpris de ce visible apaisement, Sai en déduisit que quelque chose avait évoluer et que, d'une manière ou d'une autre, son ami començait à aller mieux. Il ne se risqua cependant pas à demander au brun s'il était sujet à une réelle amélioration de son état, ni, interrogation pourtant hautement brûlante, à le questionner quant à la raison de ce changement. Il craignait trop de briser cette avancée psychique, aussi fragile et précieuse que le cristal, sachant qu'il la serrerait trop fort et trop longtemps dans ses mains rompues au maniement des pinceaux.
« Gaara n'est pas là ? » fut la question qu'il choisit finalement. Il la lança au brun alors que celui-ci s'apprêtait à absorber une gorgée de café, ce qu'il dû arrêter momentanément pour répondre, contrarié, au peintre. Ce dernier, d'ailleurs, remarquait davantage les traits détendus de l'écrivain, qui semblait plus beau que jamais dans sa robe de chambre en soie sombre qui enlaçait amoureusement son corps parfait. Son regard, bien que toujours marqué de cette sombre intelligence, brillait d'un éclat vif, qui lui rappelait la lumière matinale se suspendant aux immeubles vertigineux. Il était à présent certain que Sasuke revenait à la vie. Peu important grâce à qui ou à quoi. Sai ne demandait pas à comprendre ; au contraire, il préférait demeurer dans l'ignorance. Car voir Sasuke vivre, c'était voir la splendeur à l'état pur renaître, c'était contempler l'apothéose d'un génie et espérer la résurrection des mots. Ce seul passage de son état léthargique et tourmenté à celui qu'il croyait voir se profiler à présent méritait toutes les souffrances.
« Il n'est pas rentré de la nuit, soupira l'écrivain en regardant les cercles que son souffle dessinait sur l'horizon noir de son café tiédit.
_ Où était-il ? demanda Sai sans chercher à dissimuler la pointe d'inquiétude dans sa voix.
_ Je n'en sais rien. Neji est passé il n'y a pas une heure. Il le cherchait aussi et se faisait visiblement du soucis. J'ai cru comprendre que leur histoire était terminée. Et malheureusement, ce ne fut pas une belle fin indolore...
_ Que s'est-il passé ? interrogea le peintre, qui installait les fruits dans un plat, détournant mine de rien son visage imperceptiblement empourpré.
_ Je n'en sais rien. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, je vais m'habiller », lança froidement le brun, que les malheurs de Gaara préoccupaient cependant, mais qui se refusait à le montrer.
Sai eut un regard surpris et son sourire s'élargit irritablement. Il se laissa choir négligemment sur une chaise de la cuisine et s'accouda au comptoir pour venir déposer son menton dans le creux de sa paume. Inclinant légèrement la tête, il émit un petit rire moqueur qui n'échappa pas au brun en train de vider sa tasse tout en se dirigeant vers se chambre. Opérant une gracieuse torsion du buste, il se tourna vers Sai dont les yeux rieurs pétillaient de curiosité, grogna et lui fit signe de la main de quitter les lieux, ce que le peintre fit sans plus d'empressement, avide de savoir ce que l'écrivain pouvait avoir de si urgent à faire pour songer à s'habiller si matinalement, lui qui, ces derniers temps, restait enfermer des jours entiers dans des accoutrements particulièrement légers et certainement destinés à l'intimité domestique...
***
La veille, leur baiser s'était éternisé, prolongeant inlassablement ce plaisir interdit. Sasuke avait pu ainsi découvrir que le blond, en plus d'être plus qu'agréablement bâti, embrassait avec une passion rare, qui eut rapidement raison de ses derniers sursauts rationnels. Des images naquirent dans son esprit, poétiques et érotiques, qui se muèrent rapidement en mots. Il se sentait de nouveau capable d'écrire, tandis que ses lèvres se fondaient dans la bouche douce et sucrée. Du bout de la langue, il sentit le goût amer de la bière, relevé d'une fragrance mielleuse et envoûtante. Ses mains s'étaient alors aventurées le long de sa taille solide, enserrant nerveusement le tissu de sa malheureuse chemisette. L'une, parcourue de frissons de plaisir non feints, commençait à se glisser sous le vêtement, rencontrant en un instant d'extase la peau solaire. L'épiderme s'était raidit à son contact, et les lèvres de Naruto s'étaient soudainement détachées des siennes, mettant au supplice son corps et son bas-ventre qui réclamaient sans cesse davantage de jouissance. Le laissant ainsi seul avec sa frustration, le blond s'était levé brusquement du banc, renversant au passage les bouteilles d'alcool qui jonchaient le sol, et s'était précipité à l'intérieur de la maison, fermant vainement derrière lui le verrou de la porte d'entrée. L'écrivain n'avait pas cherché à le retenir, tout occupé qu'il était à se délecter de la délicieuse vague de désir qui l'assaillait, à savourer presque sadiquement le trouble évident du jeune homme qui ressentait certainement pour la première fois une telle attirance pour un homme. Mais aussi déçu, car avec le baiser, l'inspiration elle aussi s'était brisée...
Debout face à son reflet dans le grand miroir chatoyant, le brun rajustait quelques mèches audacieuses qui venaient braver la mortelle pâleur de son front. Il y avait, dans ses oreilles, un bourdonnement exquis, et ses papilles se remémoraient à chaque souffle le doux parfum de miel, qui retrouvait dans le café l'amertume de la bière. Il mordilla légèrement sa lèvre inférieur, agacé et ravi de sa propre impatience. Lorsqu'il fut satisfait de son image dans la glace, il ouvrit la porte-fenêtre et commença son cheminement quasi-religieux jusqu'à la bâtisse voisine, certain de croiser Naruto avant que celui-ci ne parte travailler. Sur le trajet, une brise chaude vint s'engouffrer dans sa chevelure d'ébène, qui dansa joyeusement en lui flattant la nuque. Savourant cette caresse, il ne prêta aucun attention au désordre que ce tendre vent amena dans sa coiffure.
Comme par un parfait hasard, il arriva alors que le blond refermait la porte derrière lui.
Hinata avait quitté le domicile depuis longtemps, fort heureusement, avant qu'il ne soit éveillé. Il ne se sentait pas la force de seulement croiser son regard pour le moment. Il n'avait pas su trouver le sommeil et avait en réalité passé la majeure partie de la nuit dans la salon, tentant d'abord de se raisonner _ ce qu'il fit promptement, en se convaincant que l'obscurité et l'alcool aidant, il avait assimilé l'écrivain à une belle jeune femme, dont la pâleur contrastant avec le noir de la chevelure lui avait sans doute rappelé sa propre fiancée _ puis avait cédé au besoin de poursuivre sa lecture du roman de Sasuke, certain qu'il y trouverait des réponses évidentes. Niant l'obsession qu'il avait désormais pour tout ce qui se rapportait de près ou de loin au sensuel jeune homme, il avait dévoré pratiquement une centaine de pages avant de s'endormir finalement. Le corbeau noir guettait encore ses songes lorsqu'Hinata descendit bruyamment l'escalier en courant, inquiète de s'être réveillée seule dans le grand lit. Trouvant son fiancé assoupi dans le canapé, un épais volume sur le torse qui se soulevait suivant le rythme vif de sa respiration, elle eut un sourire attendris, mais le réveilla tout de même pour lui signaler son départ. Elle ne s'étonna pas outre mesure qu'il omette de l'embrasser, supposant qu'il était dans un état bien trop brumeux pour y songer, et quitta en toute innocence la maison. Naruto resta seul avec sa culpabilité plusieurs minutes avant de réussir à se lever pour s'habiller.
Il parvint à abandonner son enclos avec la ferme conviction que l'incident de le veille n'avait été qu'un malheureux concours de circonstances, doublé d'un perte de ses facultés habituelles due à la bière, dont il résolu d'abandonner la consommation excessive. Il tournait la clé dans la serrure lorsqu'il entendit le craquement sec de brins d'herbe sous une chaussure. Espérant vivement qu'il ne s'agisse pas du brun, il retourna prestement, l'aperçut, et faillit ouvrir la porte pour se réfugier de nouveau à l'intérieur. Mais il y renonça, décidé à agir avec maturité, ce qui, pour lui, consistait à faire comme si rien ne s'était passé. Malencontreusement, Sasuke avait apparemment l'intention inverse, comme à l'accoutumée.
« Bonjour, voisin ! » salua avec un entrain un peu forcée Naruto.
Sans une réponse ni même un grognement, le brun s'approcha excessivement de lui. Il recula d'un pas ou deux, refusant cependant d'avoir l'air de craindre son contact. Pourtant, Sasuke n'était pas dupe et un sourire mi-triomphale, mi-ironique vint orner son visage. Le blond, instinctivement, redouta ce rictus presque malveillant, qu'il ne pouvait s'empêcher d'admirer tant il éclairait plaisamment l'ovale subtil du visage aux nervures bleutées.
« Bien dormi ? » lança Sasuke en s'approchant davantage.
Cette fois-ci, Naruto recula franchement, jusqu'à se trouver acculé contre la façade de la maison. Ses grands yeux azurés s'écarquillèrent, terrifiés, tandis qu'il s'efforçait de se raisonner. Il ne parvenait pas à comprendre que l'écrivain voulait l'obliger à assumer son acte de la veille, car lui-même craignait qu'en existant uniquement pour lui, ce baiser perde tout son sens et l'inspiration qu'il lui avait apporté. Il ne pouvait s'en apercevoir, en vérité, puisqu'il réalisait que, en cet instant même, et ce malgré des circonstances ne présentant aucune excuse valable, il trouvait le brun follement désirable. Sa seule défense encore acceptable consistait à se dire que l'oeuvre de l'écrivain était responsable, envoutante qu'elle était, de sa fascination qui était purement destinée à son art. Saisit d'une peur panique, il fut paralyser jusqu'à ce que Sasuke se trouve si près de lui qu'il put sentir sur sa joue son souffle. L'autre, qui n'avait nulle intention de le toucher et encore moins l'embrasser, espérait qu'en se figeant ainsi, il provoquerait une réaction chez le blond, dont il se surpris à trouver touchante la peur et l'empourprement.
La réaction vint bel et bien, mais Sasuke dut admettre qu'il n'espérait pas qu'elle se manifesta ainsi, lorsqu'un poing puissant vint s'écraser contre son visage.
Il chuta en arrière et eut à peine le temps de porter sa paume à sa pomette blessée que Naruto s'enfuyait en courant...
***
Je m'étais précédemment excusée pour ce retard certain, mais je réitère : je suis on ne peut plus navrée d'avoir mis tant de temps à vous pondre ce chapitre que je qualifierais inélégamment de « chose », tant j'en suis peu satisfaite.
Gageons que les médicaments m'ont partiellement endommagé le cerveau, ce qui serait, je pense, la seule excuse valable à ce que je vous présente ici...
En espérant que vous me pardonnerez,
Respectueusement,
Had.
