Dengeki Daisy – Time after time (music box version)


Le grand jour était arrivé. C'était une journée ensoleillée avec un léger vent doux, sans le moindre nuage. Des oiseaux piaillaient gaiement tandis que les invités s'installaient sur les bancs de la somptueuse église où aurait lieu le mariage. L'ambiance était enjouée, impatiente, nul invité du côté du mari n'avait rencontré la future épouse.

N'ayant aucun parent, les seuls invités de Teru furent ses amis ainsi que l'équipe de son grand-frère Sôichirô : Andô, Masuda et Riko. Ses amis avaient été plus que surpris d'apprendre son mariage, étant donné qu'elle n'avait que dix-sept ans. Si la plupart d'entre eux avaient fini par l'accepter, ceux au courant de sa relation avec Daisy, tels que Kiyoshi, Rena et Haruka, restaient dubitatifs, surtout qu'elle était censée être amoureuse du beau gardien de l'école.

Tous avaient remarqué sa disparition. Néanmoins, à en juger le comportement de la future mariée, ils avaient compris qu'il était définitivement le dernier sujet qu'elle souhaitait aborder. Nul n'était parvenu à comprendre pourquoi elle avait choisi un inconnu qui s'était présenté comme étant Daisy ni la raison pour laquelle Kurosaki était parti.

Depuis un mois qu'elle leur avait annoncé la nouvelle, ils avaient senti qu'elle avait radicalement changé. Elle souriait mais sa joie n'était plus là, comme si Kurosaki l'avait emportée avec lui. Elle ne semblait plus du tout heureuse. Il lui arrivait fréquemment d'être distraite, Haruka avait juré l'avoir vue les larmes aux yeux durant un cours où elle n'écoutait pas.

Ses deux amies Haruka et Rena avaient tenté de lui en parler, cependant celle-ci avait rejeté la conversation. Cela les avait inquiété : comptait-elle épouser un homme qu'elle n'aimait pas, et qu'elle ne connaissait que par des mails ? Surtout qu'elle leur avait assuré que Kurosaki était Daisy. Pourquoi, alors, son fiancé était-il une autre personne ?

Kiyoshi s'était associé avec Riko afin de retrouver Kurosaki, jusqu'à présent sans succès. S'il ne donnait pas signe de vie dans l'heure qui suivait, il perdrait définitivement Teru. Riko lui avait rapidement résumé l'histoire, ils n'avaient donc pas de temps à perdre s'ils tenaient à faire en sorte que les deux idiots fussent heureux. Il fallait bien qu'ils avouassent finalement leurs sentiments, et rien ne valait mieux qu'une nouvelle rencontre.

Haruka et Rena avaient elles aussi tenté de les aider, ne souhaitant pas vraiment voir leur meilleure amie épouser un homme sorti de nulle part alors qu'elle était encore folle amoureuse d'un autre ; il était inutile pour elle de nier ses sentiments, ils savaient ce qu'elle ressentait réellement. Ils ne la laisseraient pas gâcher sa vie juste par fierté.

Les deux adolescentes avaient aidé Teru à se préparer et l'avaient laissée seule, jusqu'au moment où il lui faudrait marcher jusqu'à l'autel pour rejoindre son fiancé. Ce dernier avait fréquemment été vu en sa compagnie depuis ce dernier mois, et elles l'avaient rencontré de loin. Il n'avait absolument pas l'air d'être quelqu'un de mauvais, tout dans sa personne reflétait la perfection. Mais était-il aussi parfait que le prétendaient les apparences ?

Les trois amis avaient enquêté à son sujet pour ne trouver que des éléments positifs : issu d'une famille riche, possédant de bons diplômes, avec une situation enviable. Au niveau matériel, Teru ne manquerait de rien. Mais du côté sentimental ? Comptait-elle vraiment oublier Kurosaki avec cet homme ? Était-elle seulement capable de l'oublier ? Ils en doutaient tous.

Ce qui était sûr, c'était qu'ils n'avaient pas l'intention de la laisser gâcher sa vie. Juste avant de laisser Teru seule dans la salle où elles l'avaient aidée à se préparer, elles lui avaient témoigné leur présence si elle avait besoin de parler où d'un endroit où se réfugier. « Ne sors que si tu te sens prête à sceller ta vie », lui avaient-elles dit.

Les trois amis étudiaient la famille de ce dénommé Kazuma Shinichi : ils étaient nombreux et ne masquaient pas du tout leur richesse : bijoux, fourrures et tissus précieux les recouvraient. Ils se croyaient avec des nobles européens à l'époque où ceux-ci possédaient une place majeure dans la société et se divertissaient au théâtre par exemple. C'était tout l'opposé de Teru, une petite fille pauvre. Serait-elle seulement acceptée par ces gens ?

Le fiancé se trouvait devant l'autel, avec le prêtre. Il n'était pas encore temps pour la future mariée d'entrer, aussi patientaient-ils tous tranquillement. D'après les murmures, ces riches n'avaient pas encore rencontré la fameuse fiancée. Ils ne connaissaient même pas son âge, sans doute la différence d'âge les surprendrait-elle. C'était plutôt logique, Teru était encore mineure et ils avaient treize ans d'écart.

Il faudrait assurément que leur amie fît beaucoup d'efforts afin de se faire accepter dans ce cercle fermé. Se plairait-elle dans un tel milieu ? Savait-elle véritablement dans quoi elle s'engageait, en épousant ce fameux Daisy ? Ce serait de toute façon renoncer définitivement à Kurosaki, qui, elle en était persuadée, ne l'aimait pas comme elle l'aimait. Si elle savait à quel point elle se trompait...

L'orgue se mit à jouer, ce qui les surprit. Le moment était finalement venu. L'instant où sa vie changerait pour toujours. Si elle se présentait là, à la porte de l'église, cela signifierait qu'elle avait décidé de modifier radicalement de vie. Ses amis respecteraient ce choix, si tel était son souhait. Toutefois, ils préféreraient sincèrement la retrouver avec Kurosaki.

Tous tournèrent la tête vers l'entrée de l'église, prêts à accueillir la mariée, ravissante dans sa robe.


Teru, après avoir arrangé son voile, se dirigea vers la porte de la salle. Il lui faudrait ensuite faire quelques mètres à l'extérieur pour ensuite arriver à l'entrée de l'église, où elle épouserait Kazuma. C'était quelqu'un de bien, vraiment. Après tout, il était Daisy. Et Daisy était parfait. Elle ne pouvait pas le repousser de la sorte, après tout ce qu'il avait accompli pour elle. Surtout qu'elle n'avait personne d'autre, maintenant qu'il était parti.

Elle refusait tout de même de se lamenter sur son sort. Il lui fallait absolument aller de l'avant, elle n'avait pas envie de se morfondre pour quelqu'un qui ne l'aimait pas et s'était juste amusé avec elle durant une année entière. Il ne méritait pas sa tristesse et elle ne pouvait que prendre sur elle les conséquences de ses sentiments, comme elle l'avait dit à Riko le jour de leur rencontre.

La future mariée s'examina une dernière fois dans le miroir : était-ce vraiment elle, ou bien était-ce un miroir truqué qui déformait le physique ? Elle ne se reconnaissait absolument pas. Sans doute parce qu'elle était sur le point de commencer une nouvelle vie, qu'elle espérait serait plus heureuse. Elle était au moins assurée d'une chose : Daisy, ou plutôt Kazuma ne partirait jamais.

Teru fixa le bouquet quelques instants, humant son doux parfum, puis se dirigea vers la porte. Elle entendait l'orgue, il était temps pour elle d'accomplir son destin. Comme l'avaient dit ses amies, elle était prête à « sceller son destin ». Elle ne se retournerait pas et regarderait droit devant elle.

Au moment où elle posa sa main sur la poignée de la porte, le téléphone que Sôichirô lui avait donné et qu'elle avait laissé sur la table se mit à sonner, signe qu'elle avait reçu un mail. Qui aurait pu lui en envoyer un ? Tous ses contacts enregistrés dans son répertoire se trouvaient assis sur des bancs dans l'église. Était-ce... Lui ? Non, voyons. C'était juste impossible. C'était probablement l'un de ses amis qui lui envoyait un petit message d'encouragement avant le grand moment.

Teru ne put se convaincre de simplement sortir sans au moins regarder de qui provenait le mail. Elle qui s'était jurée de ne pas regarder en arrière... A vrai dire, l'idée que cela pût être Kurosaki la rendait totalement vulnérable. Comme elle le pensait, elle était incapable de lui en vouloir entièrement. Elle l'aimait toujours. Elle ôta sa main de la poignée, estimant qu'ils pourraient bien attendre encore quelques instants. Elle se retourna puis saisit son téléphone, en regardant le nom du destinataire.

Kurosaki le chauve.

Lui. Pourquoi lui écrivait-il, à un tel moment, après un mois de silence ? Savait-il seulement qu'elle aurait pu louper son message, s'il l'avait envoyé quelques secondes plus tard ? Se trouvait-il dans l'église, ou bien à proximité ? Devait-elle lire son message ou bien l'ignorer comme elle se l'était promis et épouser Kazuma ? Mais regretterait-elle si elle ne prenait même pas la peine de lire ce qu'il avait à dire ? Après tout, il ne l'aimait pas, rien de ce qu'il dirait ne pourrait la faire changer d'avis.

Teru était décidément bien incapable de lui résister. En avait-il seulement conscience ? Sans doute, si son unique but était de semer le trouble dans son esprit au moment où elle comptait se marier. Elle appuya sur la touche pour lire son mail, ne faisant plus du tout attention au monde extérieur. Elle n'entendait même plus l'orgue jouer, elle se trouvait dans son propre monde qui ne comprenait qu'elle et son téléphone.

Je ne suis pas Daisy.

Cependant, j'ai vécu dans son ombre. Au départ, ton frère devait te confier à moi. Lorsque j'ai appris que j'avais été remplacé par Daisy, je me suis senti trahi. Je suis aussi un hacker, alors j'ai piraté Daisy. Tous vos messages passaient obligatoirement par moi, je pouvais les modifier ou les supprimer selon mon gré. Je t'en ai même envoyé certains.

Lorsque tu as demandé de l'aide à Daisy pour arrêter Arai qui détournait les fonds de l'école, je ne lui ai pas transmis ta requête et l'ai exécutée. Je voulais t'aider, pour une fois.

Daisy est l'une de mes connaissances, quelqu'un dont je ne peux me séparer, peu importe combien je le souhaite. Rassure-toi, je ne te dirai pas le mal que je pense de lui, puisqu'il est ton héros.

Il m'a finalement détecté et me l'a fait savoir le jour de votre rencontre. Depuis, je ne reçois plus vos messages et me suis retiré.

J'estime que tu mérites ces explications. Tu peux me haïr autant que tu le souhaites, ce n'est pas grave pour moi. Je n'ai jamais pu gagner contre Daisy. Tu étais tout ce qu'il me restait, ainsi qu'une chance de m'affranchir de lui. Je ne te considérais bien sûr pas comme un trophée, je n'aurais jamais osé.

Lorsque ton frère t'a confiée à moi, j'étais heureux, vraiment. Puis, après sa mort, Daisy a annoncé qu'il avait changé d'avis. Ça a toujours été ainsi. Mais je n'ai pas le droit de me plaindre, je ne veux pas gâcher ta vie avec lui.

Je te souhaite tout le bonheur du monde, Daisy pourra assurément te l'apporter. Je n'aurais jamais pu. Ne t'en fais pas, tu ne me verras plus. Je n'aurais jamais pu te rendre heureuse. Cependant, sache que ce que je ne peux pas faire, Daisy en est capable. J'espère que tu mèneras ta vie comme tu le souhaites.

Je pourrais écrire des jours durant, te dire ce que j'ai sur le cœur, toutefois je ne me le permettrai pas.

Vis heureuse, c'est tout ce que je te souhaite.

Adieu.

Les larmes coulaient le long de ses joues, son maquillage ne tiendrait pas longtemps. Pourquoi lui envoyer ce message maintenant, alors qu'il avait eu un mois pour le faire ? Pourquoi ne lui avait-il pas tout révélé dès le début ? Elle aurait pu comprendre. Elle aurait pu comprendre... Pourquoi ne se confiait-il jamais à qui que ce fût ? Ne lui faisait-il donc pas confiance ?

Ses mots résonnaient dans sa tête. Il était le véritable Daisy. Celui à qui elle aurait dû être confiée dès le début. Elle ne savait pas pourquoi il avait été remplacé par Kazuma, néanmoins cela prouvait une chose : Kurosaki avait eu des raisons pour agir de la sorte. Au fond, il avait toujours veillé sur elle, à sa façon, encore plus dans l'ombre que Kazuma. Il avait tenté de remplir son contrat avec lui-même, malgré le changement d'avis de Sôichirô qui la surprenait. Il ne faisait pas partie de ce genre de personnes.

Teru se rendit compte au bout de plusieurs minutes que l'orgue se faisait toujours entendre. Elle ne pouvait pas se marier. Elle ne voulait pas. Kurosaki n'aurait certainement pas menti dans un tel message. Quand bien même ce serait le cas, elle avait de croire que c'était vrai ; il n'était pas sadique à ce point.

L'adolescente jeta son bouquet à terre, ôta son voile puis sortit de la salle en courant. Kurosaki n'était pas loin, elle le sentait bien. Il ne tenait qu'à elle de le retrouver. Elle avait eu raison depuis le début : au final, il gagnerait toujours son cœur. Peu importait ce dont il avait souffert, elle comptait bien l'accepter tout entier. Depuis le début, c'était lui, son héros.


Assis sur un banc, un jeune homme blond fixait d'un air vague une boîte à musique qui jouait l'un de ses morceaux préférés, Time after Time. Normalement, Kazuma aurait dû en hériter, cependant Riko la lui avait donnée. Elle savait que Teru avait choisi la chanson pour lui, et elle n'avait pas voulu la transmettre à Kazuma. Il s'était fait passer pour Daisy en envoyant un message avec la photo de cette boîte et avait modifié leurs mails dès que le sujet était abordé.

Et dire qu'il aurait dû être le seul et unique héros de Teru. Il aurait dû être le seul à prendre soin d'elle. Pourtant, Kazuma avait tout gâché. Sôichirô n'avait pas pu confirmer ses dires, néanmoins Teru s'était retrouvée avec le mail du véritable Daisy, le sien avait disparu. Si ce n'était pas une preuve... Riko avait été bien brave de se battre à ses côtés durant trois ans, mais il ne pouvait pas non plus l'entraîner éternellement dans ses problèmes. Il fallait qu'elle vive sa propre vie et cesse de se battre contre un fantôme.

S'il voulait s'affranchir de cette famille, il lui fallait disparaître pour de bon, d'où le message d'adieu à Teru. Elle était sûrement déjà devant l'autel, en train d'échanger les alliances, et elle lirait son mail trop tard. Il était vraiment trop bête. Il avait attendu un mois et il le regrettait à présent. Plus que tout, il aimerait la prendre dans ses bras à ce moment précis.

Malgré leur différence d'âge, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver des sentiments à son égard. Il savait qu'ils étaient réciproques, toutefois il n'osait pas faire le premier pas, par peur de la faire souffrir. Sa famille exerçait plus de poids sur lui qu'il ne l'aurait pensé. À force de l'écraser, il conservait cette mauvaise estime de lui-même. Il avait constamment l'impression que ses moindres faits et gestes étaient observés et rapportés. Il manquait de liberté.

Tasuku ne connaissait pas ses parents : sa mère était morte à sa naissance et nul ne connaissait l'identité de son père. De toute façon, sa famille avait dû le faire abattre, il n'en doutait pas un seul instant. Il ne connaissait de sa mère que son nom et qu'elle était à moitié anglaise, d'où le fait qu'il eût des cheveux blonds.

Il avait un jour trouvé un portrait de sa mère Naya qu'il avait immédiatement trouvée belle. Il se demandait ce qui se serait passé si elle avait survécu. Se serait-elle enfuie, au final, avec ses enfants ? Dans cette vie-là, se serait-il bien entendu avec son demi-frère ? Aurait-il seulement pensé à ce mot pour désigner son lien avec lui ?

Depuis toujours, Kazuma avait pris un malin plaisir à lui prendre tout ce qui lui était cher, à lui rappeler qu'il était totalement insignifiant et que tout aurait été mieux s'il n'avait jamais existé, si bien qu'il avait fini par le croire. Toutefois, sa rencontre avec les Kurebayashi lui avait donné l'impression d'exister, de servir à quelque chose. Pourtant, au final, tout lui filait entre les doigts.

Riko lui avait bien dit que s'il tendait les bras, Teru serait à lui. Néanmoins, il ne pouvait s'empêcher d'avoir peur, de penser qu'elle serait mieux sans lui. Elle mènerait une vie misérable à ses côtés et une luxueuse auprès de Kazuma. Elle n'était certes pas du tout du genre à choisir l'aspect matériel, étant donné qu'elle était déjà pauvre, cependant une vie avec le fils prodige serait évidemment plus agréable.

Tasuku en avait assez de se battre, puisqu'il ne ferait que perdre au final. Il n'en pouvait plus de souffrir à cause de cette famille. Il voulait juste vivre en paix, là où nul ne pourrait l'atteindre. Disparaître était donc la meilleure solution. Il ne supporterait pas de perdre à nouveau quelqu'un de cher, alors le mieux était de les mettre hors de danger. Il souhaitait au moins ne pas entraîner Riko dans sa chute, elle ne méritait pas cela.

Kurosaki jeta un distrait coup d'œil à sa montre, tout en gardant la boîte à musique dans ses mains : vu l'heure, ils devaient être en train de sortir de l'église. Teru venait sûrement de jeter son bouquet et l'une de ces vieilles tantes veuves qui s'étaient jetées dessus, en espérant se trouver un mari jeune, beau et riche. Il méprisait chaque membre de cette famille avec laquelle il n'avait aucun lien de sang, au fond. Seul Kazuma faisait partie de sa famille, malheureusement.

Naya était devenue orpheline peu après son mariage, et il ne savait pas ce qu'il en était de son père qu'il ne connaissait même pas. Personne ne l'attendait nulle part, il pouvait bien se rendre n'importe où. Il pourrait débuter une nouvelle vie, de nouvelles relations. Peut-être qu'il finirait par oublier Teru, en se persuadant qu'elle était heureuse aux côtés de Kazuma. C'était le mieux à faire.

Tasuku ferma le couvercle de la boîte, coupant ainsi la mélodie qui l'avait un tant soit peu détendu. Il était temps de partir, plus rien ne le retenait ici. Il leva lentement les yeux, pour apercevoir une jeune fille dans une somptueuse robe blanche. Voilà qu'il commençait à halluciner et à voir des anges. Il fallait vraiment qu'il se fasse soigner.

Un détail attira néanmoins son attention : cet ange ressemblait énormément à Teru. Et, à sa connaissance, elle n'était pas morte. Donc, la logique voulait qu'elle fût pas un ange. Alors, qui était-ce devant... Il écarquilla les yeux et se mit à la regarder réellement, cette fois. Que faisait-elle là ?

Teru Kurebayashi, si elle ne s'appelait maintenant pas Teru Shinichi, se tenait juste devant lui, encore dans sa robe de mariée. En regardant plus attentivement, il remarqua qu'une partie de son maquillage avait un peu coulé. C'était probablement la première fois de sa vie qu'elle se maquillait, et cela lui plutôt bien, même s'il la préférait au naturel. Un chignon retenait ses cheveux bruns, quand bien même deux mèches et sa frange encadraient son visage.

Les passants, surpris de voir quelqu'un en robe de mariée, la fixaient, ralentissant leur marche. Certains la photographiaient avec leurs téléphones, amusés d'un tel spectacle. Mais Teru s'en moquait bien. Elle fixait Kurosaki d'un regard dur. Hormis eux deux, le monde extérieur n'existait pas. Elle avança subitement vers lui, qui ne parvenait pas à bouger ou bien à prononcer le moindre mot. Une énorme gifle le ramena à la réalité.

Teru. L'avait. Giflé ? Teru ne frappait jamais personne. Il tourna la tête vers elle, pour voir qu'elle était absolument hors d'elle. Elle lui en voulait. C'était normal, après tout. Pendant un mois il n'avait donné aucun signe de vie, et il réapparaissait au moment où elle allait se marier. Elle disposait de toutes les raisons du monde de lui en vouloir. Il avait envie de la prendre dans ses bras, or son corps refusait de lui obéir. Il restait immobile, à la regarder comme un idiot.

« Je vais épouser Kazuma. Si tu veux m'en empêcher, c'est le moment. »

Elle n'avait donc pas renoncé à l'épouser ? C'était sans doute mieux pour elle de le retrouver... Il lui avait tout dit dans son message, il lui avait dit qu'il ne serait jamais capable de la rendre heureuse. Si elle le savait, alors pourquoi était-elle venue à sa rencontre ? Et, surtout, comment l'avait-elle retrouvé ? Était-ce une sorte d'instinct ?

Tasuku ne parvenait pas à articuler le moindre mot. Teru se tenait là, les bras croisés, le regard ferme. Qu'espérait-elle, au juste ? C'était évident qu'il ne la retiendrait pas, sinon il l'aurait fait depuis longtemps. Elle coula un regard sur ce qu'il tenait dans la main : la boîte à musique. Kazuma n'avait sûrement jamais dû la recevoir. Une question restait dans son esprit, malgré tout : qui était-il ?

Cela ne servait de toute façon à rien d'attendre sa réponse, il ne la donnerait jamais. Il restait là à la fixer comme un idiot. Il ne s'opposait pas à son union avec Kazuma. Elle n'avait plus rien à faire ici, mais elle avait au moins le mérite d'avoir essayé. Elle tourna les talons lorsqu'elle sentit une main agripper son poignet.

« Je t'ai pourtant dit qu'avec moi, tu n'aurais qu'une vie misérable...

- Mais tu m'as aussi dit de vivre heureuse. »

Teru tourna la tête et leurs regards se croisèrent. L'aimait-il donc, finalement ? Son regard paraissait si sincère qu'elle avait envie d'y croire. N'avait-il pas compris qu'elle préférait mille fois être à ses côtés plutôt que d'épouser Kazuma ? S'il tenait à elle, il devait juste le montrer et son choix définitif serait pris.

Kurosaki ne lâchait pas son poignet. Il n'y parvenait pas. S'il lâchait son emprise, il ne la reverrait plus jamais. Cette pensée l'effrayait plus que tout. Il ne voulait pas la perdre. Ce mois sans elle à ses côtés avait été le plus éprouvant qu'il eût jamais vécu. Il ne comptait pas revivre cela. Il avait même arrêté de fumer parce que cela lui rappelait leur dernière conversation et le regard qu'elle avait eu avant de partir.

Pour une fois, il avait envie de croire en sa propre force. Riko l'avait sans cesse poussé à se débrouiller seul et parvenir ainsi à se battre, néanmoins il avait toujours eu besoin d'elle, qui paraissait si puissante. Sans oser l'admettre, il l'admirait à sa façon, cette sorcière. Il sentait qu'avec Teru en sa compagnie, et si elle lui accordait une confiance inébranlable, il réussirait assurément à vivre loin de l'influence de cette famille, ce dont il avait toujours rêvé. On disait que l'amour donnait des ailes.

Tout ne dépendait que de lui à présent. Teru sursauta lorsqu'elle sentit deux bras l'enlacer par derrière, comme il l'avait déjà fait plusieurs fois auparavant. Cependant, cette fois-ci, c'était différent. Tous ses doutes s'étaient dissipés. Elle n'avait absolument plus envie d'épouser Kazuma. Peu importait ce que l'avenir leur réserverait, elle comptait bien rester pour toujours à ses côtés.


Et voilà la fin. Ce n'est cependant pas celle initiale, que j'avais écrite en me laissant emporter par l'ambiance de la scène. Je vous l'aurais postée en bonus, si cette histoire intéressait quelqu'un. M'enfin tant pis, je suppose... Il me reste la suite de Juste trop tard à poster avant de quitter le fandom définitivement.