Le Royaume Caché : Atalante
Chapitre 7 : Sauve
« Il y a quelque part dans nos fantasmes un monde de déplacements instantanés. Il y a aussi un monde où le travail a cédé le pas aux loisirs. Il y a un monde baigné d'un éternel été. Il y a un monde où la magie existe, où elle suit des règles qui n'ont aucun rapport avec la physique. Un monde où, si l'on compte jusqu'à vingt en fermant très fort les yeux, tout ce qui est mauvais disparaîtra. Et un monde où, si l'on compte jusqu'à vingt en fermant très fort les yeux, le monstre qui nous avait de tout temps attendu pourra enfin venir nous prendre. »
Philippe Pastor, l'enfer est à nous ! in Esprits Mutants, première génération
– Un quoi ?
La voix du général Hammond retentit dans tout le SG-C. Le jeune homme qui se tenait face à lui frémit des pieds à la tête, la nuque basse. La Reine lui avait confié une mission de la plus haute importance, et il se devait de la représenter de la façon la plus juste. Il n'était qu'un apprenti, c'était le premier emploi qu'on lui donnait, et la peur d'échouer n'avait d'égal que sa fierté d'avoir était choisi par la grande Reine Noire elle-même. Teal'c, qui, durant toute l'explication de celui qui l'avait ramené jusqu'ici, était resté coi, à l'écoute, déclara finalement d'une voix neutre :
– Un monde parallèle, général. Qui s'appelle le Royaume Caché. Mes compagnons sont resté sur place pour s'informer davantage de l'importance de ce monde, mais l'une des deux reines du royaume désire vous rencontrer afin de discuter avec vous d'accords possibles entre son peuple et le projet Stargate. Leur science est très grande, le major Carter est persuadée que de tels accords seraient extrêmement bénéfiques pour nous.
Hammond fronça les sourcils. Il n'était pas bien sûr de tout comprendre. L'envoyé du Royaume Caché, heureux d'avoir laissé à l'extra-terrestre le soin de s'expliquer avec son supérieur, se donnait à présent la contenance qu'il jugeait digne de la Reine : front haut, menton rengorgé, buste droit, les deux mains jointes derrière son dos. Sa mère aurait de quoi être fière de lui en le voyant – s'entretenir avec un général ! Un sourire se dessina sur ses lèvres.
– Vous, pourquoi riez-vous bêtement ? La Reine s'estime-t-elle à ce point supérieure pour qu'elle ne vienne pas directement s'expliquer de l'enlèvement de mes hommes ?
Le sourire disparut de la face du jeune homme. Apparemment, le général était vraiment très contrarié d'avoir été laissé sans nouvelle de son équipe durant une journée entière. Ce fut Teal'c, encore une fois, qui répondit sur un ton apaisant.
– Certains événements dans ce royaume l'ont mise dans une situation compliquée. Elle a fait de son mieux pour nous prodiguer un accueil convenable, croyez-moi. Lorsque vous la verrez, vous comprendrez vite que le Royaume Caché ne présente aucun danger pour le SG-C. Nous nous devons de garantir son secret de la même manière qu'eux garantirons le notre. Si les Goa'uld apprenaient qu'il existe un nombre infini de mondes parallèles emplis d'esclaves potentiels, et que le Royaume Caché possède la seule porte permettant de naviguer de l'un à l'autre, ce serait…
– C'est bon, le coupa Hammond avec humeur. Mais j'aimerais si possible que l'équipe entière se présente dès demain en salle de briefing, le colonel O'Neill en premier. Le SG-1 a pris assez de retard comme ça. Quant à vous, ajouta-t-il en se tournant vers l'envoyé, dites à la Reine que je l'attends dès que possible. Cette histoire de mondes parallèles m'intéresse au plus haut point. Et qu'elle évite à l'avenir de m'envoyer n'importe qui !
Rougissant jusqu'aux oreilles, le jeune homme s'entendit vaguement bredouiller un pathétique « sans problème, Votre Éminence, je lui dirais… » tandis que le général se levait lourdement de sa chaise.
– Et fermez votre bouche, vous allez perdre votre langue… lança-t-il avec amusement en sortant de la pièce. Je lui en donnerais, moi, des « Votre Éminence »… si Jack entendait ça…
Les derniers mots furent grommelés avec impatience alors que la large silhouette du général Hammond disparaissait dans le couloir. Le jeune émissaire resta un instant interdit, ne sachant que penser, mais Teal'c se chargea de le rappeler à l'ordre.
– Dites… je pense qu'il serait bon que vous me rameniez auprès de mes amis…
L'intéressé jeta d'abord un regard perplexe au grand noir qui se tenait à ses côtés, puis, semblant se souvenir de l'importante mission que lui avait confié la Reine, il s'empourpra et bégaya piteusement :
– Euh… oui, oui… bien sûr… c'est vrai…euh… suivez-moi…
– Tout ceci, c'est vraiment incroyable mon colonel ! s'enflamma le major Carter tandis qu'O'Neill acquiesçait de mauvaise grâce. Je veux dire, je brûle de savoir de quoi est fait cette « magie » dont est baigné le Royaume ! Sans doute un dérivé du Naquada à l'état gazeux, ou peut-être bien un genre d'onde que ce métal émettrait… quel est votre avis, mon colonel ?
– Hmmm ? rétorqua Jack d'un ton fatigué. Mon avis ? Mon avis serait d'aller farfouiller un peu dans le garde-manger de ce château… je meurs de faim !
Daniel hocha la tête. Les trois équipiers avaient quitté Atalante devant la porte des Neuf mages, pour qu'elle y écoute sa sentence, et à présent ils se trouvaient complètement désœuvrés, errant dans les couloirs du Château. Ils ne connaissaient même pas le chemin pour trouver de quoi manger ! Finalement, Jack interpella une drôle de créature ailée pour lui demander où ils pourraient se restaurer, ce à quoi l'être répondit qu'il leur suffisait simplement de prendre le cercle de téléportation le plus proche et de penser à la salle à manger.
– Évidemment, grommela le colonel en s'introduisant dans le cercle en question, suivi du major et de Daniel. Comment n'y avais-je pas pensé plus tôt ?
Sam s'éclaira d'un sourire amusé et les trois silhouettes s'évanouirent dans les airs.
Kat courait sans plus réellement savoir pourquoi. Beve était sauve… cette évidence même épanchait dans son âme une vague électrique qui sensibilisait le moindre de ses nerfs. Les larmes inondaient à présent son visage, couvrant ses joues des empreintes noires du mascara. Sa vie, son sang, son cœur l'attendait là-haut, bien vivante, et Kat était terrassée par la puissance de l'amour qui l'habitait. Jamais auparavant elle n'avait compris à quel point son âme était éprise de sa Reine-Sœur, à quel point elle se languissait de sentir sa peau contre la sienne, d'humer son parfum et de se plonger dans ses yeux sombres. Lilly n'était pas dupe, elle. Au fur et à mesure que cet amour avait grandi dans le cœur de Kat, Lilly s'était éloignée chaque jour un peu plus, sachant qu'elle ne pourrait rivaliser contre la Reine Blanche. Et Kat, aveuglée par des sentiments qu'elle ne comprenait pas encore, n'avait pas lu le chagrin croissant dans les yeux de sa petite amie, la première qui l'eût jamais aimée, celle qui avait redonné sens à sa vie. Lilly était partie, Kat n'avait pas su la retenir. Et aujourd'hui elle comprenait réellement les paroles amères de son amie lorsqu'elle avait rompu. « Dès le jour où tu m'as présenté Beve, j'ai su que j'avais une rivale contre qui je ne pouvais rien. – Arrêtes, Lilly, tu sais bien que Beve est hétéro…elle ne sera jamais une rivale pour toi ! – Le problème ne vient pas d'elle, Kat, il vient de toi…tu l'aimes plus que tu ne pourras jamais t'en apercevoir. – Ce n'est pas vrai…» Oh si, c'était vrai. Ce n'était même que trop vrai. Aujourd'hui Kat s'en apercevait.
– Bon. Et maintenant ? Comment fait-on pour se commander à manger ?
– A dire vrai, je n'en sais pas plus que vous, Jack, déclara Daniel en haussant les épaules.
– Peut-être que quelqu'un va venir, avança Sam en s'asseyant devant l'une des grandes tables de bois dont était couverte l'immense salle dans laquelle ils venaient d'apparaître.
Le colonel et l'archéologue l'imitèrent de bonne grâce.
– En tout cas le style de cette salle est vraiment fascinant, commenta ce dernier alors qu'il observait les arcades qui le surplombaient. On y retrouve des influences orthodoxes, mais cela ressemble plutôt à de l'architecture nordique…
O'Neill poussa un long soupir éloquent et se retourna vers Daniel, un sourire sarcastique déformant ses traits.
– En parlant d'architecture, votre petit amie est plutôt bien sculptée, non ?
L'archéologue rougit jusqu'aux oreilles et déclara sèchement :
– Ce n'est pas ma petite amie, Jack. Atalante s'est introduite dans mes rêves et elle va être punie pour ça.
Sam, le sourire au coin des lèvres, ajouta :
– Elle vous aime passionnément, Daniel. Vous devez au moins en convenir…
– Je ne conviens de rien… bon, personne ne vient, nous devrions peut-être demander de l'aide à quelqu'un ? s'entendit finalement répondre celui-ci tandis que ses deux amis retenaient leurs éclats de rire.
A suivre…
