- BELLA, ATTENTION !! BALLON !!!

D'accord, je n'étais pas très attentive mais de là à ne pas voir une énorme balle orange prendre la direction de ma tête, il ne fallait pas exagérer.

- Aaaiieeu…

Peut-être que ce n'était pas si exagéré en fait.

Jacob fut aussitôt à mes côtés.

- Damn it. Ça va ?

Je fis semblant de tanguer un peu et je pointai le ciel du doigt.

- Rôgarde le nouage, y r'semble à un loouup-gaarrrooouuu !!

Jake me fila un coup de poing dans l'épaule qui me fit réellement tanguer cette fois.

- Hey, ce n'est pas parce que tu n'as pas réussi à m'assommer avec ton ballon qu'il faut que tu remettes ça !!

- S'cuse.

Il voulut m'entrainer vers le banc de touche.

- C'est bon, je n'ai rien, on peut reprendre. Désolée, les gars, j'avais la tête ailleurs…

- Waouh, Bella est amoureuse !!

- Non, pourquoi…

- Ouh la menteuse…

- Elle est amoureuse…

- Super la mentalité de gamins de cinq ans, les gars.

- Oh allez, Bee… avoue…

Je soupirai et marmonnai.

- Si seulement cela pouvait être vrai…

Etre amoureuse, je n'avais pas la moindre idée de ce que cela voulait dire. Mais ça ne pouvait pas être aussi horrible que ce que j'avais en tête en ce moment. Sinon, jamais personne ne souhaiterait tomber amoureux. Depuis ce matin et le moment où j'avais accepté la fête donnée pour mon anniversaire, je ne cessai de penser à mon frère. Avoir revu Edward me permettait de ne pas y consacrer cent pour cent de mon temps et de mon cerveau. Mais ce n'était pas mieux.

A présent mon esprit était partagé entre des images de torture qui me mettaient le moral six pieds sous terre et des images qui me faisaient flipper à mort. Bien, je n'avais plus qu'à placer les mots cimetière et pierre tombale pour remporter la cagnotte de mille cinq cent livres. A moins que je n'accepte un nouveau défi. Ou que je me fasse enfermer. Pourquoi pas dans une pierre tombale. Au milieu d'un cimetière, of course. Et hop mille cinq cent livres. Pfff, mon humour devenait vraiment craignos. Même dans ma tête.

Qu'est-ce qui me faisait flipper dans le fait de voir et revoir tous les moments que j'avais passés avec Edward ? Rien. Tout. Ce que j'avais vécu au Caire était merveilleux et… En fait rien de ce que j'avais vécu avec Edward ne me chiffonnait. Ce qui me faisait flipper, c'était l'absence de contrôle que j'avais de tout ça. De toutes ces images qui m'envahissaient mais aussi les mots et gestes qui m'échappaient en sa présence. Enfin, pour le moment, j'avais échappé au moindre contact physique avec lui, excepté pour lui serrer la main pendant nos « présentations ».

Que n'aurais-je donné pour pouvoir me consacrer uniquement au jeu de basket dans lequel Jared, Paul et Embry allaient bientôt nous mettre une raclée… je me secouai et aidai du mieux que je pouvais Quil et Jacob. Heureusement, plus il y avait de pression, et moins je me montrais maladroite. Mais je ne pouvais empêcher mon esprit de continuer ses vagabondages.

- Au fait Bee, tu savais que les Volt Bro étaient en ville ce soir ? Il parait qu'ils repartent direct aux USA après quelques heures en ville.

- Mais où trouves-tu tes infos, Quil ?

- Secret professionnel.

Je n'en saurais pas plus mais je tenais là le moyen de comprendre un peu plus pourquoi les Volturi voulaient tant fêter mon anniversaire. Parce que plus le temps passait et plus ils insistaient, plus je pensais qu'il y avait anguille sous roche. Cela faisait un moment que cela me trottait dans la tête mais je n'avais pas revu les Volt Bro depuis la soirée au musée en juillet. Et à chaque fois que je leur téléphonais, ils s'arrangeaient pour raccrocher quand ça devenait intéressant. Je connaissais le moyen de les faire parler. Il fallait juste que j'arrive à les approcher. J'appelai mon contact à leurs bureaux avant de rentrer prendre une douche.

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Vauxhall Cross.

Le temple Londonien des agents secrets. Le MI-6 et le MI-5 y avaient leurs quartiers ainsi que la Voltera Corp. Le second siège du groupe était en Italie. Et il y avait plusieurs succursales de par le monde.

Les bâtiments n'avaient pas de secrets pour moi et je pouvais y entrer sans être ni vue, ni repérée. Du moins dans la partie réservée à l'agence familiale. Mais je n'avais aucune raison de rentrer en douce ce soir. Je saluai le gardien et lui montrai mon badge d'identification. S'appeler Volturi aidait beaucoup. Je ne fus pas fouillée et ne passai même pas le portique. Les visiteurs devaient normalement laisser chacune de leurs armes au « vestiaire ». Mais là encore, j'échappai au passage obligatoire.

J'étais déjà à l'étage des Volt et me dirigeai vers leur bureau lorsque j'entendis des gens parler. A cette heure-là, il ne devrait y avoir personne de ce côté-là du bâtiment. Les permanences de la Volt étaient un étage plus haut. A moins que… je m'approchai.

- En tout cas elle a de bonnes dents. Et elle est perfectionniste, elle aime bien les choses symétriques.

Carlisle ? Mais de qui parlait-il ? De bonnes dents ? Oh non… Edward n'avait tout de même pas dit à sa famille que…Ok, Jasper et Rosalie étaient au courant… et ça me faisait bizarre de savoir que Carlisle l'était aussi… ainsi qu'Esmée, Alice et Emmett d'après ce que j'entendais… mais les questions qu'ils posaient à Edward… Bon sang, je disais beaucoup de choses à Jacob et lui en faisait autant mais certainement pas autant.

Cela ne devait pas être de moi qu'ils parlaient.

Mon nom se fit entendre. Ah si c'était de moi…

- J'te jure, elle est mignonne. Elle a de magnifiques yeux chocolat et des fesses...

Quoi mes fesses ? Qu'est ce qu'elles avaient ? Mignonne ? Magnifiques yeux chocolat ? Rosalie ne se regardait jamais dans le miroir et elle ne devait pas m'avoir bien vue. J'étais tout ce qu'il y avait de plus banal. Pourtant le musée était plutôt bien éclairé.

J'aurais sans doute dû manifester ma présence mais je restai scotchée lorsque j'entendis la voix de velours d'Edward s'élever avec véhémence. Il était visiblement excédé par les questions de sa famille.

- Bon. Ça y est, ça suffit la Saint Edward?

- Non, je ne connais pas la pointure de ses chaussures.

Qu'est-ce que la pointure de mes chaussures avait à voir dans l'histoire ?

- Oui, c'était un bon coup. Oui, on a fait du bruit et j'y peux rien si t'as le sommeil d'un grizzli qui hiberne.

J'étais un bon coup ? Comment était-ce possible ?

- Non, je ne recoucherais pas avec elle.

Oh… Je ne pouvais pas m'empêcher d'être déçue. Pourtant c'était ce que je m'étais jurée. Enfin jurée peut-être pas, je n'avais rien sur lequel je pouvais jurer mais au moins persuadée que c'était la meilleure des solutions.

- Oui, j'ai accepté d'être son garde du corps.

Bon sang, ça voulait dire que je le verrais tous les jours… et qu'il me suivrait partout…

- Non, je ne chanterais pas I will always love you.

???

- Oui, elle a un tatouage. Non, je ne vous dirais pas quoi ni où.

Sans y penser, je caressai le cheval tatoué de ma hanche à mon aine. Je l'avais fait pour cacher une cicatrice datant de la mort de mon frère… Mais finalement, le tatouage me rappelait tout autant ce moment. Seulement, il était plus esthétique.

- Non, son père n'a pas l'air au courant de ce qui s'est passé au Caire.

Et on va faire en sorte qu'il ne l'apprenne pas…

- Je ne sais pas s'il est au courant de son tatouage.

Idem…

- Je ne sais pas si elle est douée dans ses études de langue mais oui, elle sait se servir de la sienne.

… Bug total…

Un mouvement me fit néanmoins me retourner. Un livreur de pizza. Je lui fis signe de rester silencieux et payai les pizzas.

- Est-ce que quelqu'un d'autre a une question à poser ?

- Quand est-ce qu'on mange ?

J'entrai dans la pièce.

- Les pizzas sont là.

Tout le monde se tourna vers moi. Edward leva les yeux au ciel. Bon sang que j'aimerais être dans sa tête pour savoir ce qu'il pensait. Ou peut-être pas. Il n'avait pas l'air ravi de me voir. Peut-être regrettait-il après tout.

- Bella ?

Le silence se fit dans la pièce.

- Je devrais monter sur scène pendant les concerts. Les gens arrêteraient de crier et on pourrait enfin profiter de la musique.

Ce n'était pas qu'ils n'avaient pas l'air content de me voir mais plutôt surpris. Excepté Carlisle et Esmée, aucun d'entre eux ne savait que je venais de temps à autre ici.

Emmett m'attrapa par la taille et me souleva du sol. Ça me faisait plaisir de le revoir aussi mais il aurait voulu m'étouffer qu'il ne s'y serait pas pris autrement. Je surpris l'expression d'Edward qui grimaçait.

Il n'avait définitivement pas l'air content de me voir. Bon sang, mais que lui avais-je fait pour mériter cela ? Je lui avais menti sur mon identité, mon âge et nous nous étions envoyé en l'air. A bien y repenser, je n'avais pas menti, je n'avais pas dit la vérité. Je m'appelle bien Bella et il ne m'avait pas demandé mon âge avant de m'embrasser. Néanmoins, il avait découvert que j'étais mineure – quoi que je me répète, émancipée – que j'avais dix ans de moins que lui et que j'étais la petite fille de ses employeurs. Ok, c'est une couleuvre difficile à avaler mais je n'avais rien demandé à personne. Je n'avais pas refusé mais je n'avais pas fait le premier pas.

Oh et merde alors, il n'avait qu'à assumer !

Peut-être que le problème venait de devoir revoir une ancienne aventure, Jacob réagissait comme ça quelques fois. Mais généralement, c'était parce qu'elles le collaient aux basques. Je n'avais pas eu l'impression de chercher Edward. Nous ne nous étions pas vus en deux mois. Et c'était lui qui avait accepté d'être mon garde du corps, je m'en serais bien passée. S'il ne voulait pas me voir, il n'avait qu'à refuser. Je suis sûre que la Volt lui proposerait des missions bien plus intéressantes que de jouer la baby sitter avec moi.

Rosalie et Jasper m'accueillirent à bras ouverts. Je ne connaissais pas Alice autrement que de réputation mais celle-ci n'était pas exagérée. Elle sautillait partout.

- Je suis sûre qu'on va être amies…

Mouais, une fois que tu me connaitras un peu plus, tu feras comme les autres et partiras en courant. Je ne t'en tiendrai pas rigueur, nul ne savait ce que je ferais à ta place. Mon mode monologue intérieur était parfaitement enclenché, heureusement.

Edward finit par me faire un signe de la tête. Carlisle me fit un grand sourire avant de m'accepter dans ses bras. Je me souvins de la première fois où je l'avais rencontré.

Je l'avais déjà aperçu à plusieurs soirées lorsque je n'étais qu'une enfant mais nos parents se gardaient de nous présenter aux gens. Généralement nous étions cantonnés aux étages quand ils organisaient des soirées. Ça m'allait très bien mais Démétri aimait bien les bals, les fêtes et autres cérémonies. Alors pour lui faire plaisir, je venais avec lui et on se trouvait une cachette d'où on pouvait tout voir sans être vus. Mais par conséquent, encore aujourd'hui, très peu de gens étaient au courant de l'existence de Démétri et du fait qu'il ait été mon jumeau. Carlisle ne me connaissait donc pas même de vue.

Deux ans après la mort de mon frère, après une mission un peu périlleuse qui avait failli mal terminer et qui était parvenue aux oreilles des Volturi, ces derniers m'avaient obligée à passer une heure dans le bureau de Carlisle.

J'avais fini par céder et j'avais effectivement passé une heure dans le bureau de Carlisle. A l'heure du rendez-vous, je m'étais pointée, l'avait salué, lui avait dit de ne pas s'occuper ni s'inquiéter de moi et j'étais allée m'asseoir par terre dans un coin de la pièce avec un livre. A la fin de l'heure, j'étais repartie en le remerciant et le saluant. J'étais parfaitement consciente de lui en dire autant sans parler qu'en parlant mais ça n'y changeait rien. Il savait peut-être écouter. Mais je ne savais pas parler. Il n'y avait qu'à demander à Jacob…

- Comment va le pire des psys que je n'ai jamais eu ?

Mon sourire contre disait mes paroles. Le sien me montrait qu'il avait compris le message.

- Venant de toi, c'est le plus beau des compliments. Tu sais où me trouver si tu as besoin de quoi que ce soit.

- Ouais. Avec vous autres psys, le problème n'est pas de vous trouver mais de vous éviter.

J'embrassai également Esmée que j'avais rencontrée à trois reprises en compagnie de son mari les années précédentes.

- Parce que t'en as eu beaucoup ?

Je fis un petit sourire à Emmett avant de lui répondre.

- Pas autant que des gardes du corps mais il me faut plus que les deux mains pour compter le nombre de pauvres gars et filles qui m'ont vue débarquer sur leur divan. Et généralement une séance et au plaisir de ne plus vous revoir.

- Mais qu'est-ce que tu leur fais ?

- Si je te le disais, je serais dans l'obligation de te tuer.

Mon sourire s'agrandit alors que je me tournais vers Carlisle. Nous nous étions revus à plusieurs reprises après cette première fois. Mais je n'avais pas dit grand-chose de plus. Seulement que les Volt me faisaient chanter pour que je vienne dans son bureau en m'interdisant l'accès aux documents en cours d'étude. J'aurais pu attendre qu'ils redeviennent publics mais je n'étais pas quelqu'un d'ultra patient.

Carlisle et moi avions donc trouvé des sujets de conversations qui ne soient ni la famille, ni les missions, ni ma vie privée, ni la sienne excepté à de rares occasions. J'avais fini par lui dire que j'étais la petite fille de Marcus. Mon grand-père ne lui avait absolument rien dit si ce n'est qu'il avait rendez-vous avec Bella. Et je ne parlai pas de Démétri. Ce n'était pas un manque de confiance, c'était juste que je n'avais pas envie d'en parler. De voir dans ses yeux de la pitié alors que ça se passait bien entre nous. Très efficace le psy qui ne sait rien me direz-vous. Et bien, j'aimais bien nos « séances » comme elles étaient. Parler de tout sauf du sujet qui nous intéressait. Ça ne l'empêchait pas de me poser des questions, trouvant les mots pour ne pas me brusquer, et ne s'offusquant pas que je contourne la question et relance un nouveau débat.

Néanmoins, nous avions eu une petite conversation sur les psychologues que j'avais vus. Entre celui qui m'avait déclaré folle dès la première seconde – heureusement pour moi je l'avais rencontré, grâce à lui j'allais redevenir normale, ha ha – celui qui m'avait dit de m'allonger, m'avait tourné le dos, croisé les doigts et dit je vous écoute sans s'apercevoir que je n'étais déjà plus là, celui qui me comprenait si 'bien' qu'il s'autorisait à me dire ce que je pensais et ce que je devrais penser et faire… j'avais fini par trouver un nouveau jeu.

Quand ils le cherchaient un peu, je les analysais. Parfois, je me servais de mon instinct plutôt bon et je le faisais pour de vrai mais d'autres fois j'inventais tout et n'importe quoi. La fois où j'en avais accusé un de tromper sa femme avec sa meilleure amie, j'avais été étonnée d'être tombée juste mais j'avais surtout été dégagée du bureau manu militari à peine deux minutes après y être entrée. Il faut dire que j'avais déclaré ça alors que nous ne nous étions pas encore serré la main. J'avais dit ça en plaisantant. Il avait juste l'air coupable alors qu'une femme sortait de son bureau en l'appelant par son prénom.

De manière générale, je n'étais pas désagréable, je leur faisais comprendre que cela ne m'intéressait pas de suivre une thérapie ou avec les gardes du corps, d'être surveillée. Ce n'était que lorsqu'ils insistaient un peu trop lourdement que je sortais les crocs.

Bene, ce n'était pas vraiment pour cela que j'étais là.

- Bon. Trêves de plaisanteries. Ce n'est pas que je m'ennuie mais où sont les Volt Bro ?

- Les Volt Bro ?

- Oui. J'aurais voulu les appeler les Blues Brothers mais c'était déjà pris.

- Ils ne sont pas arrivés encore.

Nous attendîmes en mangeant les pizzas. Soudain, Esmée s'écria.

- Qui a payé les pizzas ?

Oh oh… tous les yeux se fixèrent sur moi.

- Je ne parlerai qu'en présence de mon avocat. Et j'ai le regret de vous dire qu'il est en vacances pour une durée indéterminée.

Six pizzas n'allaient pas me mettre sur la paille.

Un homme fit son entrée dans la pièce. Je le reconnus comme étant un des agents chargés de la sécurité de mon grand-père et de ses comparses.

- Excusez-moi. Messieurs Volturi viennent d'arriver et vous attendent dans la salle de conférence.

Je sautai sur mes pieds. C'était puéril mais je voulus punir Edward de l'accueil glacial avec lequel il m'avait saluée. Je ne comprenais pas pourquoi cela m'affectait néanmoins je m'arrêtai face à lui alors que nous allions franchir la porte. Bon sang, ça ne devrait pas être autorisé d'être si craquant. Mes joues rougirent mais je ne me dégonflai pas. Je levai mes yeux pour accrocher son regard.

- Je ne sais pas qui voulait savoir. Je chausse du 37 / 38.

Il comprit tout de suite que j'avais tout entendu. Ok, ce n'était pas tant le punir que lui dire que j'avais accepté ce qui s'était passé entre nous. Et le fait que cela ne se renouvèlerait pas. Le voir rougir légèrement n'était pas sans me déplaire non plus. Pour une fois, je n'avais pas le monopole du rougissement.

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Les frères Volturi étaient des hommes d'affaires implacables, fermes et efficaces. Personne n'osait leur tenir tête. Du coup, quand c'était le cas, ils mettaient toujours quelques secondes voire minutes à réagir. C'est sur cet état de fait que je comptais jouer. Il ne fallait rien lâcher, suivre le même fil rouge du début à la fin pour ne pas les laisser reprendre la main et manipuler leur monde comme ils savaient si bien le faire.

Mais je n'étais pas une Volturi pour rien. Et du caractère, j'en avais à revendre. Surtout en ce moment, me défouler sur les Volturi serait un excellent exutoire. Eux ne se gênaient pas pour le faire. Ils allaient goûter à leur propre cuisine.

Juste avant d'entrer dans la salle de conférence, j'avais inspiré un grand coup, m'étais tournée vers les fantômes pour qu'ils comprennent que ce n'était qu'un coup de théâtre.

- Et c'est parti pour le show.

Et j'avais poussé les portes battantes à les faire claquer contre le mur. Je n'avais pas besoin de prendre un air menaçant, le masque de froideur qui habitait le plus souvent mon visage l'était assez.

Lorsque les Volturi s'exprimaient avec leurs équipes, c'était le plus souvent en latin, parfois en grec ancien, d'autres fois en anglais ou en italien. Cela permettait de garder les conversations secrètes, le latin n'étant pas la langue la plus parlée dans le monde actuel. J'utilisai leur langue pour leur crier, non hurler, dessus.

(Latin)

- Isabella mais…

- Qu'est-ce qui se passe ? Et ne vous avisez pas de me mentir, je sais toujours quand vous mentez.

- De quoi parles-tu, Isabella ?

- Je parle de l'espèce de soirée à la noix de coco que vous avez incité mon père à organiser, du fait que je vais me retrouver avec des fantômes collés à mes fesses et que je ne sais pas pourquoi. J'ai retourné le problème dans tous les sens et croyez-moi, il faudrait mieux que vous me disiez la vérité plutôt que de me laisser spéculer…

- Bella, tu es ce qu'il y a de plus précieux à nos yeux et samedi, tu atteins la majorité…

J'arrivais presque à croire que j'étais en colère. En fait, je l'étais un peu. Mais j'étais surtout blessée.

- Stop ! Arrêtez de me prendre pour une conne. Pas un signe pendant un an et d'un coup, hop, si on fêtait son anniversaire avec la moitié de Londres dans la baraque !! Décidé comme ça, un matin en vous levant. Vous avez dû glisser sur vos pantoufles et vous faire un sacré traumatisme crânien. Je n'ai rien demandé. Vous ne respectez pas les autres, ce qu'ils sont. Vous n'en faites qu'à votre tête. A aucun moment vous ne vous êtes posé la question de savoir ce que je voulais. Alors je veux comprendre. Je veux savoir si vous l'avez fait uniquement pour vous faire jaser, si vous l'avez fait en pensant me faire plaisir – ce qui n'est pas le cas – si vous l'avez fait pour faire plaisir à mon père, si vous aviez une grande annonce à faire, si vous aviez besoin de nouveaux investisseurs, … je me moque bien de la raison…

Je ne m'arrêtais dans ma tirade que pour prendre de grandes inspirations et repartais aussi sec.

- … Non, je ne m'en moque pas mais je veux savoir. Je veux savoir pourquoi je vais devoir jouer à la parfaite jeune fille de bonne famille pendant toute une soirée. J'ai toujours détesté être au centre de l'attention et ce, depuis toute petite. C'est vraiment mal me connaître que de… Et pourquoi les fantômes ? Ils n'ont rien de mieux à faire ? Que se passe-t-il ? Je ne partirai pas tant que vous…

Je crois que je commençais à vraiment leur faire peur. Ils se tenaient raides comme des piquets, les yeux écarquillés. Carlisle s'approcha de moi et posa sa main sur mon épaule.

- Bella…

Son geste me calma aussitôt, Carlisle avait ce pouvoir sur les gens de les faire se sentir à l'aise et de les calmer. M'éloignant de lui, je m'assis. Je n'eus à faire qu'un geste de la main pour que les Volt prennent place en quelques dixièmes de seconde. J'avais peut-être été un peu loin. Je regardai les fantômes et ils firent de même. Je réprimai un rire. Etais-je effrayante à ce point ? Peut-être jouaient-ils seulement le jeu parce que je n'imaginais pas que le petit bout de femme que j'étais pouvait leur faire peur. Si j'avais sorti une arme à la rigueur...

Je retournai mon attention vers les trois frères.

Une fois tout le monde assis, Aro prit la parole de sa voix mielleuse et envoutante.

- Il va y avoir la moitié du haut gratin anglais et nous ne voulons pas que…

Je tapai du plat de la main sur la table. Comme je l'ai dit plus tôt, je n'étais pas quelqu'un d'ultra patient. Caius finit par abandonner et avoua.

- D'accord. C'est Agamemnon.

Et voilà. Là, je comprenais bien mieux ce qui se passait.

- AGAMEMNON ??

- Armageddon ?

- L'armée des Cons ?

Je restai silencieuse mais me tendis néanmoins sur ma chaise tandis que les fantômes commençaient à s'énerver. Visiblement les Cullen portaient Agamemnon dans leur cœur autant que moi. J'aimais assez le surnom donné par Emmett, Armageddon, et encore plus celui donné par Jasper, L'armée des Cons. Alice et Esmée étaient debout. Même Carlisle s'était redressé. Je vis que le regard d'Edward s'était posé sur mes poings dont la jointure blanchissait au fur et à mesure que je les serrais.

Je relâchai aussitôt mes poings. Ma voix se fit nette et claire, sans tremblements.

- Et qu'est-ce qu'Agamemnon a à voir avec moi ?

- Nous sommes à la recherche du même objet. Et nous ne voudrions pas qu'ils se servent de toi pour nous faire plier.

- C'est pour ça que vous vous êtes dit : Attirons l'attention sur elle en organisant la fiesta de l'année. Mais ça ne suffisait pas à allumer la lanterne rouge au-dessus de ma tête : tiens si on lui octroyait les fantômes en gorilles, on ne verrait plus qu'elle. Brillante idée !! A moins que… vous n'avez pas tout dit.

J'étais moins en colère pour cela. Je ne pouvais pas puisque je faisais la même chose. Ne pas mentir, mais ne pas dire la vérité. Jusque là, les Volt m'avaient menti à chaque fois que je leur avais posé des questions.

- Ma chérie, nous voulions te protéger de tout cela.

- Balivernes. Comment voulez-vous que je me protège si je ne sais pas tout. La dernière fois que ça s'est produit, j'ai mis les pieds dans le plat et ça a failli mal finir.

C'était la principale raison pour laquelle je leur en voulais de me mentir. Me protéger, c'était… mignon. Mais à chaque fois, ça se terminait mal. Nous avions perdu du temps, de l'argent mais plus grave que tout des gens à cause de ces cachotteries. Je ne leur demandai pas de me raconter toute leur vie, juste de répondre franchement à mes questions.

- Il menace de t'enlever si nous poursuivons notre quête. Mais ce n'est pas possible, nous ne pouvons pas laisser des objets d'une telle valeur tomber entre ses mains. Dieu sait ce qu'il en fera.

Je compris enfin leur intention. J'étais un peu longue à la détente parfois.

- Vous vous êtes dit que si j'étais exposée, il ne pourrait rien faire sans créer un événement médiatique du style la fille de Lord Swan, petite fille des Volturi, enlevée… Et ça ne peut pas marcher pour le moment parce que je ne suis pas assez connue… Mais je n'ai pas besoin d'être connue, il suffira de donner ma généalogie et les journaux en feront leurs choux gras.

- Isabella, le but du jeu est avant tout de le dissuader de te toucher pas de contribuer à la vente des journaux.

Si cela n'avait pas été Agamemnon, j'aurais sans doute sorti un truc stupide du genre si je me fais enlever quand même, donnez l'exclusivité au Times, j'ai des actions. Mais Agamemnon me donnait tout sauf l'envie de rire.

- Pourquoi ne pas me faire surveiller par Mike ?

Mike Newton était sans conteste le meilleur agent chargé de sécurité qui travaillait pour l'agence. Il avait toujours été très professionnel, mais depuis la mort de mon frère alors que nous étions sous sa protection, il avait encore augmenté son degré de perfectionnisme.

- Parce que tu échappes bien trop facilement à sa vigilance.

Je ris à cette remarque on ne peut plus réaliste. En même temps, j'échappais à qui je voulais quand je voulais. A moins d'être attachée ou que l'on menace l'un des miens. Qui leur disait que je ne ferais pas de même avec ces fantômes-là ? C'était le grand-père de Jacob qui m'avait appris à disparaître et à devenir une ombre. Je pouvais me montrer bonne élève quand le sujet m'intéressait.

- Je pouvais toujours essayer.

On mit en place un programme de surveillance. Je devais retrouver Edward et Jasper le lendemain soir pour qu'ils en apprennent un peu plus sur mon mode de vie. Nous partions dans deux jours pour Chatsworth, le domaine familial, où devait avoir lieu la fête. Les Volt Bro me laissèrent dans les mains des fantômes et partirent pour les Etats-Unis. Ils ne reviendraient que le samedi soir.

Les Volt étaient partis, Emmett, Carlisle et Jasper discutaient match de je ne sais quel sport, Alice, Rosalie et Esmée discutaient shopping. Je rendais son sourire à Rosalie qui semblait plus intéressée par ce que je faisais que par la journée shopping quand je sentis une présence derrière moi. Alors que son souffle chaud faisait vibrer les mèches de cheveux qui s'y trouvaient, la voix de velours d'Edward murmura à mon oreille.

- T'as intérêt à bien ranger ta chambre.

- Pourquoi faire ? Je ne me sers que de mon lit.

Je le sentis se tendre légèrement derrière moi mais son souffle ne quitta pas le creux de mon épaule. A nouveau les mots m'avaient échappé. Je n'aurais pas pu dire que ma chambre était toujours rangée ou mieux encore qu'il n'aurait pas besoin d'y entrer ? Mais non, il fallait que je sorte cette… connerie. De plus, j'avais envie de me reculer pour coller mon corps contre le sien, qu'il enroule ses bras autour de ma taille, de sentir ses lèvres embrasser la peau sensible de mon cou…

Peut-être avais-je très mal interprété son accueil glacial. Peut-être était-ce pour lui le moyen de garder le contrôle. J'avais beaucoup de mal à lire en lui. A un moment, il était froid et distant. A un autre, il flirtait pratiquement avec moi et me faisait râler intérieurement de me laisser avoir aussi facilement.

Tu te fais des films ma pauvre Bella. Ressaisis-toi. Tu n'es rien de plus qu'une fille avec qui il a couché et dont il va assurer la protection. Il ne ressent rien pour toi. Je m'avançai légèrement pour m'éloigner de cette emprise qu'il avait sur moi.

- Dis-moi Bella.

Je retournai mon attention vers Rosalie.

- Oui Rose ?

- C'était quoi ce magnifique jeu d'actrice ?

- A ce point ? En fait, si j'y étais allée normalement, ils auraient eu tôt fait de me mettre dehors, prétextant que ce n'étaient pas mes affaires. En criant sur eux, je prends les commandes, ils n'ont pas l'habitude. Et c'est mon côté gamine pourrie-gâtée, je n'aime pas être mise à la porte. J'aime bien savoir ce qui me concerne.

Après avoir pris les dernières dispositions tout le monde se salua et s'apprêta à partir. Une fois dehors, nous nous séparâmes, chacun allant trouver sa voiture. J'étais venue à pieds mais Jacob m'avait promis de me ramener. Je m'arrêtai donc en haut des marches pour l'attendre. Edward resta avec moi.

Je regardai les bateaux de tourisme sur la Tamise mais je sentais son regard sur moi. Edward attrapa une de mes mèches rebelles et l'accrocha derrière mon oreille. Il laissa ses doigts dans mes cheveux et sa paume se posa sur ma joue. Je levai les yeux vers lui et plongeai dans ses yeux émeraude. L'intensité de son regard me montra que mon imagination ne me jouait peut-être pas tant de tours que ça. Qu'au moins, même si nous ne recommencerions pas, il ne regrettait pas plus que moi cette nuit ensemble. Je ne pus m'empêcher de sourire à cette idée.

Un coup de klaxon retentit. Je tournai la tête. Mon chauffeur était arrivé. Jacob était un peu plus loin sur sa moto, deux casques à la main. Sans y penser, je me mis sur la pointe de mes pieds et déposai un baiser sur la commissure des lèvres d'Edward. J'eus envie de bien plus mais je résistai à la tentation.

- A demain.

Je descendis les marches quatre à quatre et courus vers Jacob. Si j'étais restée quelques secondes de plus ou s'il m'avait appelée ou attrapée, je n'aurais jamais pu partir. Que dire de ce qui aurait pu se passer si Jacob n'était pas arrivé. Je me jetai dans les bras ouverts de Jacob pour le remercier de m'avoir sauvée d'une situation qui aurait pu dégénérer et l'embrassai rapidement avant de mettre mon casque. Jacob se marrait mais il démarra la moto et on partit sans qu'il ne commence à m'interroger.

Nous rejoignîmes les garçons au pub. J'avais « sauvé » Jacob d'une nuit de travail mais il ne se coucha pas beaucoup plus tôt. Une fois à la maison, je prétextai devoir préparer ma conférence du lendemain pour échapper aux questions de Jake. Penchée sur mon ordinateur, je tapai tout et n'importe quoi. Ma présentation était prête depuis pratiquement un mois…

Lorsque je me couchai ce soir-là, je m'endormis rapidement sous le regard intense de deux yeux verts.

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Je m'excuse de mon retard pour le POV Edward, ce n'est pas fini, même si on arrive au dénouement mais je n'ai pas envie de le bacler pour autant…