"-Sherlock ? Interpella John en montant les escaliers, Sherlock tu es là ?"
L'appartement semblait s'être vidé de toutes vies. Le violon était posé sur le canapé. L'archet dormait sur la table, le crâne avait curieusement pris place sur le sol, l'ordinateur mourrait dans le fauteuil, le matériel de chimie commençait à accueillir de la poussière et quelques restes de cadavres humains et animaux pourrissaient dans la poubelle au grand désarroi de John qui grimaça à la vue de cette horreur.
Le dit-détective ne montrait pour l'instant aucun signe de vie. Après mure réflexion, John décida d'enlever ses vêtements noirs et de les remplacer par ceux du jour. Et quand il descendit au salon, le détective se trouvait dans la cuisine et semblait fasciné par ce qu'il voyait dans son microscope. Malgré les pas de John qui résonnaient dans le salon. Sherlock ne réagit pas, tournant le fameux levier qui permettait de zoomer et dé-zoomer. Par terre, gisait quelques livres comme à son habitude, bien que le médecin se demandait comment en quelques minutes, son colocataire avait envahi tous l'espace...et bien évidemment, la question qui le titillait le cerveau : pourquoi n'était-il pas venu à l'enterrement de son frère.
John toussa un peu pour prévenir de sa présence. Aucune réponse. Il se rapprocha un peu plus de Sherlock qui ne ne leva toujours pas la tête. Alors que l'ancien soldat commença doucement :
"- Sherlock, écoute, je...
- Fantastique ! S'exclama-t-il soudainement, j'ai trouvé le gaz qui a tué le marin de Canterbury, ce n'était pas sa maladie qui l'a achevé mais un poison mortel pouvant être gazeux."
Il sautilla de joie et soupira de soulagement.
"- Alors John, quand penses tu ? Je suppose que tu mettras ça sur ton blog.
- Je...Je ne savais pas que tu étais sur...une affaire, bredouilla-t-il surpris.
- Ah, bon ? Il me semblait. Tu n'es pas venu, hier à Canterbury ?
- Non, je suis resté ici."
C'était typiquement du Sherlock Holmes. Celui qui ne faisait pas attention à qui il parlait et avec qui il était. Dans un autre contexte, John aurait réagit comme à l'habitude, mais là, le contexte ne pouvait pas le lui permettre.
"- Bon, et bien tant pis, se leva Sherlock, je le croyais. Comment va ton père ?"
A cette question, John sursauta.
"- Mon père ?
- Oui, ton père.
- Mais il est mort !
- Je sais, il me semble que tu es allé au cimetière et que tu es allé voir ton père qui est enterré la-bas. La boue sur tes chaussures m'indiquent que tu es allé au cimetière...Ah, au fait, John, demande à mon frère quelques renseignements sur l'affaire de Charles Ableton, je crois que c'est un ancien député."
Cela aurait pu être le coup de grâce. Bien plus qu'un coup de grâce. C'était un choc. Electrique peut-être. Jamais John n'aurait pu penser que, un jour, il aurait pu entendre une phrase de ce genre. Jamais il n'aurait pu penser que ce soit SHerlock qui irait la prononcer. Le ton avait été presque normal voire naïf. Comme si...Comme si...il ne s'était rien passé. Comme si rien n'avait changé.
Sherlock retourna à ses occupations, fouillant dans ses papiers. John restait au beau milieu du salon, incapable de parler, incapable de bouger. Que devait-il dire ?
Finalement, son ami, assis dans son habituel fauteuil, le remarqua.
"- Qu'y a-t-il ? Soupira-t-il en prenant son portable et en regardant dessus. John déglutit. Est ce que son ami avait tout oublié ?
- Sherlock, c'est à propos de ton frère...
- Quoi ? il veut encore que je l'aide, à moins qu'il pense que je me drogue parce qu'il ne me voit jamais à Baker Street ses derniers jours ? Il faudrait peut-être que je lui envoie un texto."
John avait le coeur qui battait trop fort. Tout simplement parce qu'il ne comprenait pas ce qu'il se passait. Il n'arrivait pas à saisir les pensées de Sherlock, il n'arrivait pas à comprendre ce fait inhabituel. Alors qu'il revenait du cimetière...là ou il avait rencontré la mère des Holmes.
"- Sherlock...mais ton frère...est mort, avoua-t-il doucement malgré lui. John regrettait ses mots si poignants.
Le détective ne bougea pas. Mais on pouvait percevoir ses mains tenant le cellulaire qui tremblaient.
"- Non...c'est faux...murmura-t-il d'une voix étranglée, il n'est pas...
- Sherlock, je ne sais pas ce qui t'arrive mais il faut que tu te reprennes, essaya de le rassure John en s'agenouillant près de lui.
Le grand détective semblait avoir oublié sa précense et regardait toujours son portable qui s'était mis en veille.
"- Il ne..peut..pas...mort...
- Il est...mort...il y a plus d'une semaine, souffla John d'une voix qui voulait être consolante, Sherlock, tu l'as vu mourir...écoute...je suis si désolé pour...
- NON !" Criat-il en se levant et en jetant son portable qui se brisa sur le mur d'en face.
"-Il ne peut pas être mort ! C'est pas possible ! C'était un rêve ! C'est tout ! Il va revenir ! Tu n'es qu'un menteur ! Hurla-t-il en pointant du doigt John.
Ce n'était plus le détective qu'il avait devant lui, mais un enfant. Un petit garçon perdu. A travers les cris de Sherlock, John entendit au rez de chaussée uen discussion entre Mme Hudson et un visiteur, ce qui l'inquiéta un peu, vu les conditions.
"- Sherlock, calme-toi, se reconcentra John sur son ami surement en plein délire, je sais que tu en souffres, je sais ce qu'est de perdre un être cher...mais tu ne dois pas oublier.
- Je sais que tu me mens ! Cracha-t-il en s'approchant dangereusement de lui les poings préparés.
- Sherlock...ne m'oblige pas à te faire du mal, le prévint John qui ne voulait surtout pas utiliser la force pour rappeler la conscience et la mémoire de son pauvre ami.
Cependant, le détective le frappa de plein fouet dans son abdomen. L'ancien soldat était prêt à le frapper mais les deux commencèrent une lutte, prenant les épaules de chacun. C'est alors, Greg Lestrade, soudainement, s'introduit vivement dans le salon de l'appartement et vint en aide à John. Il attrapa le détective par les épaules afin de le séparer de son colocataire. L'inspecteur avait entendu la "dispute" et s'était empressé d'aller voir le problème.
"-Lâchez moi ! Lachez moi ! Se débattit Sherlock.
"- Sherlock, mais enfin, calme toi ! S'écria Lestrade en tenant fermement.
- Peut pas être mort...Mycroft...pas...mort...hoqueta le détective en hurlant.
Greg comprit la situation très vite, il eut le coeur gros pour le consultant.
"- Sherlock, je suis si désolé, reprit John, mais ce matin nous étions allé son enterrement et tu n'es pas...venu..."
Le corps de Sherlock paraissait s'attirer vers le bas. Les jambes du détective tremblèrent violemment. Greg le lacha doucement tandis qu'il se mettait à genoux, les yeux fixaient au sol. John s'agenouilla auprès de lui. Ce dernier lui saisit les épaules, cherchant désespérément quelqu'un qui pourrait lui venir en aide. Un ami. Comment nous pouvait-il pas y croire ? Comment avait-il pu oublier cet instant où son frère donnait son dernier souffle ? Il voulait tellement, il espérait tellement que ce ne soit qu'un rêve, qu'une illusion liée à la drogue ou au canabis. Mais c'était bien réelle.
John lui chuchota des mots de réconforts. L'incitant à reprendre son calme, à reprendre ses esprits. Sherlock se sentit trembler de partout, son coeur était presque prêt à exploser. Il avait du mal à garder une respiration régulière, à lever les yeux vers ses deux amis qui le soutenaient.
Puis, il éclata en sanglot. Comme une fontaine. Comme si les larmes lui étaient resté dans les yeux depuis la mort de son frère. Il pleura comme jamais il n'avait pleuré. John se rapprocha un peu de lui pour soutenir la tête du détective et pour le consoler. Il lui chuchota encore une fois des mots pour le soulager. Sherlock versa des larmes encore et encore. Dans le silence, il laissa libérer sa tristesse et son desespoir. Les larmes n'en finissaient plus. Il était devenu un enfant qui avait besoin de réconfort, qui avait besoin d'amour.
Avec l'aide de Greg, John incita à Sherlock à s'asseoir sur le canapé dès que ses pleurs s'apaisèrent. Celui-ci n'insista pas et accepta, bien que ses larmes glissèrent toujours de ses yeux. Les deux amis du détective se regardèrent tristement et aucun n'osaient prononcer un mot.
Installé sur le canapé, Sherlock lâcha le bras de John et enroula ses bras autour de ses genoux ramenés à sa poitrine et cacha son visage. Comme si il avait besoins d'être seul pour comprendre et accepter l'émotion qui l'envahissait.
"- Sherlock...commença John qui s'assit prêt de lui, je suis si désolé..."
Le pauvre détective, après quelques secondes de silence, releva la tête.
"- Il est...mort..John..., hoqueta-t-il en larmes, il est ...mort...il ne reviendra plus...
- Oui, il ne reviendra plus, murmura le médecin la gorge nouée.
- Non, non, non, non ! s'écria Sherlock en se levant brutalement renversant la table basse.
Lestrade, plutôt habitué à cette violence brusque et surprise attrapa Sherlock qui tentait surement de s'attaquer à des meubles ou autres objets du salon.
"- Je veux pas que tu meures ! T'as pas le droit ! Tu entends ! T'as pas le droit de me laisser tout seul ! Tu m'as promis ! Cria-t-il en essayant de se défaire de l'inspecteur.
- Gardez votre calme, Sherlock, pria-t-il.
John tenta d'apaiser son ami par des paroles douces mais tous semblaient chambouler chez le détective. Sa colère, sa tristesse, son désespoir, ses remords sont réunis dans le cœur et l'esprit de Sherlock, qui en effet de ne comprends pas ces vives émotions qui le tétanisaient soudainement.
"- Ne pars pas ! Tu peux pas partir ! Reste avec moi ! Mycroft ! Pleura Sherlock en essayant de s'enfuir des prises de John et Lestrade qui le tinrent fermement.
Le détective haleta reprenant peu à peu ses esprits, puis ses yeux se fixèrent vers le bas, vide, terne. De lointains souvenirs défilèrent sous ses yeux.
