Chapitre 6 : Fascination

A mon retour, je fus soulagée de voir que ma tante n'était toujours pas rentrée, lui évitant ainsi une inquiétude inutile. Seul Jack, le jardinier, avait remarqué que le chien était rentré seul, mais comme il ignorait qu'il était à la base sorti avec moi, je n'eus personne à rassurer. Finalement, je me retrouvai seule à attendre ma tante, ce qui, bien sur, me laissa tout le loisir de repenser à mon ange. Cela avait semblé si irréel. Je repassai mes doigts sur ma main, là où ses lèvres s'y étaient posées. Je pouvais encore sentir leur douceur, et la chaleur qu'elles m'avaient procuré malgré leur froideur.

Ma grand-tante rentra finalement quelques heures plus tard. La nuit était déjà tombée et je commençais vraiment à me languir de sa présence.

-Ma chérie, pardonne moi de t'avoir abandonnée toute la journée !

Elle me prit dans ses bras, me caressant les cheveux.

-Ne vous en faites pas, j'ai eu le loisir d'aller voir l'océan. Vous aviez raison c'est très beau.

-Et encore, tu n'a pas vu le coucher de soleil ! C'est un spectacle magnifique.

Cela me fit aussitôt penser à lui. Mais il était déjà clair pour moi que ce coucher de soleil ne rivaliserait jamais avec sa beauté.

-Et vous, ma tante ? Comment s'est passée votre journée ?

Mieux valait changer de sujet avant que je ne me perde totalement dans mes pensées.

-Oh, ma chérie, crois-moi, tu ne veux pas savoir ! C'était d'un ennui mortel ! La seule chose que j'en retiens, c'est du baratin de banquier, et des chiffres, des chiffres et encore des chiffres !

Finalement, la soirée se passa comme la précédente : nous rimes à table, elle me parla d'un de ses conseillers financiers à qui elle faisait peur, mais qui était aussi le seul en qui elle avait vraiment confiance. Sa vie devait vraiment être dure. Elle était seule, à part ses employés, même si elle les considérait tous comme sa famille. Jack, le jardinier, était marié avec Marta qui s'occupait de tout l'intérieur de la maison. Ils vivaient dans une petite maison accolée à la propriété et les gardiens se relayaient, mais tous vivaient dans le petit village à coté.

Finalement, une question me brûla les lèvres et ma curiosité l'emporta.

-Dites-moi, ma tante, connaissez-vous un certain Carlisle ? Il est médecin.

Elle parut d'abord étonnée par ma question, puis se mit à réfléchir. Ma tante connaissait tout le monde dans un rayon de deux cent kilomètres, peut-être pourrait-elle m'en apprendre davantage sur lui.

-Non. Ça ne me dit strictement rien... À quoi ressemble-t-il cet homme ?

Comment pouvait-on le décrire sans lui faire défaut ? Cela me sembla totalement impossible.

-Je ne sais pas. C'est un nom que j'ai entendu comme ça...

Il valait mieux pour moi ne pas trop rentrer dans les détails. Mais cela eut quand même le don de me chiffonner. Pour que ma tante n'ait jamais entendu parler de lui, c'était qu'il venait vraiment d'emménager. Et encore, même ainsi, elle parvenait des fois à savoir qui emménageait dans la petite ville bien avant qu'il n'arrivât.

Ma tante me proposa d'aller manger chez une de ces amies, vivant à Port Angeles le lendemain soir, m'assurant que je m'entendrais beaucoup avec elle. Je décidai finalement d'aller me mettre au lit. J'espérais au fond de moi rêver de lui, et pour en être sûre, je m'endormis en ne cessant de penser à lui. Je fus récompensée car, au petit matin, un grand sourire trônait sur mon visage : j'avais rêvé de mon bel ange toute la nuit.

En début d'après-midi, alors que ma tante vaquait à ses occupations, je lui demandai la permission d'aller voir l'océan. Elle accepta sans rien me demander et dès que j'eus son accord, je m'élançai, trop impatiente de le revoir, même si une petit partie de moi était terrifiée à l'idée qu'il ne soit pas venu. Finalement, j'arrivai au bord de la falaise, et j'eus l'immense déception de découvrir l'endroit désert. Il n'y avait que le bruit de mon cœur, affolé d'avoir couru, et mêlé au bruit des vagues s'écrasant sur le récif quelques mètres plus bas. Quelle imbécile j'avais été de croire qu'il reviendrait pour moi !

Tout à coup, je sentis une pression glacée sur mon épaule, ce qui me fit pousser un cri de frayeur. Je me retournai et je le vis : mon ange. Il était là. Il était venu pour me voir, moi. Un immense soulagement s'empara de mon cœur, affolé par la frayeur qu'il m'avait faite.

-Pardon, je vous ai effrayée, je ne voulais pas.

Mais mon effroi n'était rien comparé au bonheur que je ressentais de le voir en face de moi.

-Vous êtes venu ? Pourquoi ?

-Et vous, pourquoi êtes-vous la ?

Touché. Mais je doutais fort qu'il soit là pour les mêmes raisons que moi, même si je devais bien avouer qu'a moi aussi mes propres raisons m'apparaissaient floues. Mais sa beauté était tellement fascinante que je ne pouvais me résoudre à ne plus jamais pouvoir l'admirer. Je doutais fort que, de son côté, ma beauté le fascinât. D'ailleurs, à ses côtés, j'étais à mille lieux d'être belle.

-J'ai posé la question en premier, dis-je en lui offrant un sourire moqueur, le poussant au défi de m'en révéler la raison s'il voulait connaitre la mienne.

-J'avais simplement envie de vous revoir, chère Esmée.

-Eh bien, nous voila un point commun de plus.

Il m'offrit encore un magnifique sourire. Aujourd'hui, nous ne partîmes pas en forêt, mais restâmes à contempler l'océan du haut de notre falaise, assis sur un rocher plus qu'inconfortable, ce qui ne sembla pas du tout le gêner. Nous restâmes sur ce rocher toute la journée, parlant de tout et de rien. C'était incroyable comme il était facile de lui parler, je lui confiai quasiment tout de moi, de mes gouts, de mes attentes de la vie, de l'amour. Il me posa plein de questions et je lui en posai aussi.

-Dites-moi, Esmée, vous devez avoir beaucoup de prétendants... Votre cœur est-il ailleurs en ce moment ?

Je voulais lui dire, que dorénavant il paraissait clair que mon cœur ne pouvait être que pour lui mais je n'osais pas, de peur qu'il me trouvât stupide de m'amouracher ainsi de lui si rapidement

-A vrai dire, non, j'attends mon âme sœur. Mais il y a bien un prétendant, et non beaucoup, comme vous semblez le penser.

-Un seul ? Et vous, que pensez-vous de lui ? Est-ce votre âme sœur ?

-Non.

Je pensais ne pas en dire plus car il n'y avait rien de plus à ajouter mais il me regarda comme s'il en attendait plus. Je consentis alors à lui en expliquer les raisons.

-A vrai dire, William est un garçon charmant, mais mon cœur ne bat pas pour lui. À ses côtés, je me sens comme auprès d'un ami très cher, mais rien de plus.

-Mais lui, vous aime-t-il ?

-Oui, je crois bien, et cela me met vraiment mal à l'aise. Je ne veux pas qu'il souffre à cause de moi. Surtout que mes parents et les siens n'aspirent qu'à nous voir ensemble, et que ce soit les miens ou les siens, les raisons qui les poussent à souhaiter notre union me déplaisent vraiment.

Il sembla intrigué et je lui en expliquai alors les raisons : mes parents pour s'assurer un poste à la banque, et les siens pour la fortune de ma grand-tante.

-Manifestement, cela vous en met en colère. Pourquoi ne parlez-vous pas de cela avec votre mère ?

-J'ai peur de lui faire de la peine ou de la décevoir. William est certes le parti idéal, mais il n'est pas le mien. Je l'ai bien compris, moi, mais mes parents ne le voient pas de cet œil.

-Et ce William, il semble être un homme bien... Pourquoi ne lui donnez-vous pas accès à votre cœur ?

Étais-je en train de rêver ou était-il en train de me pousser dans les bras de William ?Cela m'attrista. Il semblait, de plus, faire preuve d'un calme olympien en disant cela, comme s'il n'en éprouvait rien. En même temps, il ne pouvait en être autrement, même si je l'espérais du plus profond de mon être.

-C'est un homme bien, mais il n'est pas fait pour moi.

-L'homme qui aura la chance de vous avoir à ses cotés devra faire preuve de beaucoup de qualités pour vous mériter.

Je piquai un nouveau fard, qu'il ne remarqua pas cette fois. S'il savait à quel point j'espérais maintenant que cet homme soit lui.

Je dus rentrer tôt, ma tante m'attendait pour aller diner chez son amie de Port Angeles. Il me laissa comme la veille un doux baiser sur ma main tremblante et disparut dans l'obscurité de la forêt. Je rentrai vite me préparer pour sortir. Mais ma grand-tante m'intercepta avant que je ne monte les escaliers pour rejoindre ma chambre.

-Esmée ? Où étais-tu ?

-Je suis partie voir l'océan, c'est tellement beau. Excusez-moi, j'aurais du rester avec vous.

Mes excuses étaient sincères mais je ne pouvais pas dire que je le regrettais.

-Ce n'est rien, ma chérie, voyons ! Au contraire, tu ne vas pas rester enfermée ici toute la journée. Ne t'en fais pas pour moi, je voulais juste savoir. Mais fais attention quand même de ne pas tomber de la falaise : à cette hauteur, la chute serait fatale.

Je souris alors, repensant à mon ange qui m'avait déjà sauvée de cette chute.

-Ne vous-en faites pas, j'ai bien vu que cela était dangereux.

Et pour l'avoir vu, je l'avais vraiment vu de prés, ce danger là.

Je montai alors me préparer et nous partîmes pour Port Angeles. Elle avait connu cette femme il y avait très longtemps, lorsque son mari était encore en vie. Les deux maris étaient amis depuis bien plus longtemps encore, mais aujourd'hui, les deux femmes étaient veuves. En revanche, Mme Pierce avait eu deux filles qui elles-mêmes s'étaient mariées. Je me demandais pourquoi ma tante n'avait jamais eu d'enfants. Certes, son mari était parti tôt, mais il avait vécu quelques années après leur mariage. Je n'osais pas poser la question, je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs à ma tante.

Nous arrivâmes une heure plus tard à destination et je vis que Mme Pierce devait être aussi une femme assez fortunée car elle possédait une grande maison, dans un quartier chic. Ma tante avait eu raison, je tombai sous le charme de cette dame, pleine de joie de vivre. Elle ressemblait à ma grand-tante sur ce point, mais elle semblait encore plus délurée. Nous rimes toute la soirée. Mme Pierce avait beaucoup voyagé et me raconta plein de ses récits de voyage. Dont un tout à fait passionnant. Elle était partie visiter l'Italie il y avait quelques années, et avait rencontré là-bas, des gens charmants. Elle avait sympathisé avec eux et ensemble, ils avaient prévu plusieurs visites, dont une dans une petit ville de Toscane, Voltera.

-Quand nous sommes arrivés à Volterra, nous sommes tombés sous le charme de cette petite ville, très pittoresque. Nous devions visiter plusieurs lieux historiques. Un soir, alors que nous nous apprêtions à retourner dans notre hôtel, une femme nous aborda, certainement la plus magnifique qu'il m'ait jamais été donné de voir. Elle était grande, la peau aussi blanche que la neige, et des yeux d'un noir intense. Elle avait un visage tellement magnifique qu'encore aujourd'hui, je me rappelle d'elle comme si c'était hier.

Bizarrement, cette description me fit penser à mon ange. Ainsi, il pouvait exister quelqu'un d'aussi parfait que lui ? Non, elle devait surement exagérer.

-Elle proposait une visite exceptionnelle au cœur d'une forteresse dont l'accès était interdit vu qu'elle était privée. Elle appartenait apparemment à une famille très puissante, qui tenait à garder leur château propriété privée, mais qui proposait de temps en temps aux touristes de visiter leur château. Nous avons accepté tout de suite, c'était surement une chance en or de découvrir un endroit mythique. Mais au moment où nous devions la suivre, je me rendis compte que j'avais perdu mon sac. Je ne pouvais décemment pas profiter d'une telle visite en pensant que j'avais perdu mes affaires, alors mon mari et moi sommes repartis à l'hôtel voir si je l'avais oublié là-bas. Finalement, il y était bien, et nous avons voulu rattraper le groupe qui allait visiter le château, mais bien sur il n'y avait plus personne. Alors, nous sommes retournés à l'hôtel. Le lendemain, nous avons attendu les amis qui eux y étaient allés pour leur demander comment c'était, mais nous ne les avons plus jamais revu.

-Vous voulez dire qu'ils avaient disparu ?

-L'accueil de l'hôtel nous a dit qu'ils étaient partis très tôt le matin. Mais cela nous a paru étrange : nous venions à peine d'arriver à Volterra.

-C'est effectivement assez étrange... À votre avis, qu'ont-ils vu dans cette forteresse pour s'enfuir ainsi ?

-Je ne sais pas, mon enfant, mais une chose est sûre : dorénavant, je me méfie des gens magnifiques qui proposent des visites exceptionnelles.

Nous rimes toutes les trois. Son histoire était vraiment étrange et je me demandais bien pourquoi leur couple d'amis avait disparu de la sorte, sans les prévenir de leur départ. Elle passa tout le reste de la soirée à conter d'autres histoires.

Nous rentrâmes très tard cette nuit-là et je partis directement me coucher. J'étais totalement exténuée et impatiente d'être à demain pour revoir Carlisle. Cette penser me fit me rappeler l'histoire de Mme Pierce, ce qui me fit sourire. Penser que l'on puisse se méfier de Carlisle semblait totalement absurde. Je m'endormis ainsi, à penser à mon bel ange.