Merci pour vos reviews :)
Je reconnais que cela met un peu de temps à décoller, mais je suppose qu'il me fallait le temps de m'habituer aux personnages.
Ca fait un moment que je l'ai écrit mais ce chapitre-ci reste personnellement parmi mes préférés, j'espère qu'il vous plaira tout autant.
Bonne lecture :)
Playlist :
Titanium (ft. Sia) - David Guetta
Kiss And Also Tell - Ke-Dollar Sign-ha
Night Of Your Life - David Guetta
You Will Pull Through - Barcelona
Lost Along The Way - John Nordstrom
Falling Out Of Trees - Barcelona
« C'était le film le plus inapproprié que je n'ai jamais vu ! » s'exclama Rachel d'une voix inhabituellement aiguë.
Elle était assise à la table de la cuisine et tremblait encore de tous ses membres. Elle avait passé les trois quarts du film dans un tel état de crispation que son cou et son dos l'élançaient désagréablement à présent. La large carrure de Finn n'avait été qu'une maigre protection contre toutes les images qui avaient défilé à l'écran et même si la majorité du temps, elle avait enfoui la tête dans sa poitrine, il lui semblait bien avoir assisté à chacune des scènes d'horreur présentées dans le film comme si elle y avait été.
« Rachel, ta tolérance vis-à-vis des films d'horreur est encore plus piètre que la mienne, commenta Kurt en l'observant depuis sa chaise. Et ce n'est pas peu dire. »
A côté de lui, Blaine ne put retenir un sourire.
« Je ne vais pas pouvoir aller dans cette grotte après-demain, murmura-t-elle d'une voix blanche.
- Pourtant il va bien le falloir, dit Mercedes en finissant de laver les verres dans l'évier. Au moins tu n'es pas la seule à avoir vu ça. Je ne pense pas que Tina réussira à dormir sur se deux oreilles cette nuit. »
Finn et Puck entrèrent dans la cuisine, se tenant chacun par les épaules. Il suffit à Rachel de poser les yeux sur le sourire béat de son copain pour comprendre qu'il avait bu. Mercedes avisa la bouteille que Puck tenait dans sa main.
« Mais vous êtes vraiment pas possibles, vous deux ! s'énerva-t-elle. A peine le film est fini que vous en profitez déjà pour prendre les bouteilles ? »
Elle les menaça de son torchon.
« Si j'en vois un qui vomit, je le lui fais manger ! Et pas question que vous saccagiez quoi-que-ce-soit !
- Ne t'inquiète pas, Mercedes, on fera très attention, la rassura Finn en la gratifiant de son habituel sourire benêt.
- Puckzilla a la situation bien en main ! » lança Puck en jetant la bouteille à la poubelle.
Il tenait mieux l'alcool que Finn et il aurait été impossible de dire quelle quantité il en avait déjà ingurgité. Il paraissait tout à fait sobre.
« Eh, Mercedes ! » lança Tina en passant la tête par l'encadrement de la porte.
Rachel la dévisagea sans mot dire, essayant de voir si elle aussi avait un peu bu. Elle paraissait simplement de bonne humeur.
« Ça te dérange si on met un peu de musique ? »
Mercedes soupira d'un air vaincu.
« Allez-y, allez-y ! » l'autorisa-t-elle.
Tina disparut aussitôt.
« C'est bon Sam tu peux y aller ! » l'entendirent-ils crier.
La musique explosa dans tout le chalet et Blaine poussa une exclamation surexcitée en bondissant de sa chaise. Il attrapa Kurt par la main mais celui-ci lui opposa une vive résistance.
« Allez ! le supplia-t-il avec un sourire éclatant.
- Je ne me lancerai pas là-dedans, » répliqua l'autre avec froideur.
A côté d'eux, Finn essayait de faire de même pour Rachel.
« Allez Rach ! lui lança-t-il avec enthousiasme. Viens danser avec moi !
- Arrête, répliqua-t-elle en riant. Tu sais bien que je ne supporte pas la musique techno !
- Mais quelle importance quand tu peux danser avec moi ? »
Convaincue, elle attrapa sa main et se leva d'un bond.
« Je te promets que je ne te marcherai pas sur les pieds ! » dit-il en la faisant tournoyer sur elle-même d'une main légère.
Le rire contagieux de la jeune femme résonna dans la pièce.
Kurt finit par se laisser emporter aussi et ils se retrouvèrent tous à danser de manière tout à fait archaïque au milieu de la cuisine. Mercedes avait même accepté l'invitation cavalière de Puck et elle s'esclaffait maintenant à gorge déployée tandis que celui-ci lui offrait un peu de rhum qu'il avait sorti du buffet. Sam et Mike arrivèrent en trombe dans la pièce. Ils étaient initialement venus pour reprendre un peu d'alcool, mais en voyant qu'ils semblaient tous très bien s'amuser ici, ils se joignirent avec joie à eux, à force de grands cris surexcités.
« Mais venez donc dans le salon, bande d'éclopés ! » leur cria Tina en riant copieusement.
Après quelques minutes du chaos le plus total où ils durent se répéter les uns-aux-autres ce qu'elle avait dit car il n'y avait bien que Rachel qui avait clairement entendu, Mike et Sam se mirent à la queu-leu-leu, et furent bientôt rejoints par les autres, tant et si bien qu'ils sortirent tous de la cuisine en faisant la chenille. Quand elle les vit arriver, Tina, assise sur Artie, les acclama joyeusement en levant son verre à bout de bras.
Mercedes, qui avait été celle à réprouver le plus cette soirée improvisée, ne s'en faisait plus du tout et riait bruyamment, acceptant sans rechigner les verres que Mike lui proposait. Sur le canapé, Santana était toujours tranquillement étendue sur Brittany et elles se partageaient la tequila en observant les autres se déhancher au milieu de la pièce. Quinn était silencieusement assise à l'autre bout du canapé et se tenait à bonne distance de leur bouteille. Elle ne se faisait pas assez confiance pour même s'autoriser une gorgée. Son regard glissa irrésistiblement vers Rachel, qui effectuait une danse maladroite avec Finn à quelques mètres de là, main dans la main. A la vue de ce visage rayonnant, le cœur de la blonde rata un battement. Près de la chaîne HI-FI, Blaine et Kurt sautaient en riant, et le fils Hummel n'était pas aussi réticent que cinq minutes plus tôt. Il ne protesta même pas lorsque le garçon aux sourcils triangulaires avança une main pour lui ébouriffer franchement ses cheveux déjà un peu éparses sur sa tête.
« Hey, Baby Mama ! »
Quinn leva la tête et aperçut Puck qui lui tendait sa bouteille de rhum.
« Une petite gorgée ? » lui proposa-t-il avec un haussement de sourcils suggestif.
Elle le regarda avec indifférence.
« Non merci, dit-elle simplement.
- Allez quoi ! Ça te décoincera ! »
Elle serra les poings.
« Va te faire foutre, Puck, siffla-t-elle.
- C'est pas ce que tu disais y a trois semaines, » répliqua-t-il avec un sourire en coin.
Elle se retourna vivement pour vérifier que personne n'avait entendu. Lorsqu'elle reporta son attention sur lui, l'ombre de la Capitaine des Cheerios passa sur son visage et le regard noir qu'elle lui décocha le fit se sentir un peu nostalgique.
« Ferme-la et va proposer ta bouteille à quelqu'un d'autre. » grinça-t-elle.
Il haussa les épaules et s'éloigna.
Quinn se laissa aller contre le dossier du sofa, essayant de se détendre. Raise Your Glass vint faire place à la chanson précédente et Blaine se mit à chantonner bruyamment à l'attention de Kurt, tandis que Brittany faisait trembler le canapé en sautillant dessus.
« San, j'adore cette chanson ! Viens danser ! »
Mais Santana restait paresseusement couchée sur elle et après une autre gorgée de tequila, elle dit d'une voix indolente :
« Pas question, Britt, je suis très bien dans tes bras. Je ne bougerai pas. »
Brittany poussa un grognement de protestation.
« San ! Mes jambes n'en peuvent plus, elles ont besoin de bouger ! »
Santana posa la bouteille au pied du canapé et se redressant légèrement, attrapa Brittany par le col de sa chemise. Celle-ci voulut résister.
« Je ne veux pas être ta priso-... »
La latina la fit taire en écrasant ses lèvres contre les siennes, ce qui arracha un gémissement impuissant à la blonde. Quinn détourna vivement les yeux, gênée, car l'atmosphère échauffée qui régnait dans la pièce faisait de ce baiser un moment qui dépassait toutes les limites de l'intimité. Elle eut le temps de voir la main aux fesses que Brittany mettait à Santana et elle se leva précipitamment pour aller chercher un verre d'eau dans la cuisine. Elle passa précautionneusement entre Mercedes et Tina qui riaient à gorge déployée en tournoyant autour d'Artie, évita de justesse Mike, Sam et Puck qui se précipitaient vers la table basse pour se servir un autre verre et Ke$ha se mit à hurler quand elle arriva enfin dans la pièce carrelée. Elle blâma Sam pour ses goûts musicaux désastreux tout en se servant un peu d'eau. Le liquide la rafraîchit légèrement et elle se retourna pour poser son verre au moment où Rachel entrait en trombe dans la cuisine. Elle se figea et la dévisagea d'un air interdit. La diva avait les cheveux considérablement ébouriffés et sa robe d'été était froissée. Quinn se trouva incapable de détourner les yeux et elle sentit le feu lui monter aux joues.
« Oh désolée, Quinn, je te dérange ? » demanda précipitamment Rachel d'une voix essoufflée.
La blonde se resservit un verre d'eau et le but d'une traite, espérant soulager l'incendie qui la dévorait de l'intérieur. Elle ignora la question de Rachel.
« Tu veux un peu d'eau ? » proposa-t-elle d'une voix égale.
La petite brune hocha vigoureusement la tête en faisant le tour de la table pour s'approcher.
« Oh oui, si ça ne te gêne pas. Ça ne serait pas de refus, Finn devient ingérable quand il boit ! Je lui avais dit de se limiter pourtant ! »
Quinn se retint de sourire devant la moue boudeuse de Rachel et se concentra sur le verre d'eau qu'elle lui servait.
« Qu'est-ce qu'il a encore fait ? demanda-t-elle.
- Il m'a marché au moins sept fois dessus, je ne sens plus mes pieds ! »
Elle attrapa le verre d'eau avec reconnaissance et le vida d'un coup. Quinn l'observa avec curiosité. D'habitude la jeune femme paraissait toujours effrayée, ou au moins mal à l'aise en sa présence. Or là, elle semblait tout à fait détendu.
« Rachel ? » murmura Quinn.
La diva se tourna vivement vers elle, posant sur elle un regard interrogatif.
« Tu as bu ? »
Rachel fronça les sourcils.
« Alors là non ! déclara-t-elle fougueusement. Je ne me souviens jamais des bêtises que je fais dans ce genre de cas mais j'en ai entendu parler, et je n'ai pas envie de faire n'importe-quoi sans avoir de pouvoir là-dessus ! »
Quinn ne put s'empêcher de sourire ouvertement cette fois-ci. Rachel était simplement prise dans l'ambiance dans la fête.
« Qu'est-ce qui il y a ? » s'inquiéta-t-elle aussitôt, car lorsque Quinn souriait en sa présence, c'était généralement pour se moquer d'elle.
L'ex-HBIC se retourna pour mettre les deux verres dans l'évier.
« Ça fait de nous les deux seules personnes sobres ici, annonça-t-elle avec un haussement de sourcils.
- Quoi ? Non, Kurt n'a rien bu. Et Blaine non plus !
- Crois-moi, je les ai observés. » lui assura Quinn avec un hochement de tête.
C'était si bizarre d'avoir une conversation normale avec Rachel. Celle-ci était appuyée contre la table, à deux mètres d'elle, et Quinn pouvait sentir son cœur qui battait à tout rompre dans sa poitrine. Tout cela à cause de sa simple présence. En cet instant, elle se félicita de n'avoir bu que de l'eau, car la simple vue de la jeune femme en face d'elle, le souffle court et le visage encore rouge d'avoir dansé sans s'arrêter pendant une heure, lui donnait envie de lui sauter dessus. Zut, qu'est-ce que cette robe lui allait bien.
« Cette robe te met vraiment en valeur. » lâcha-t-elle avant de pouvoir s'en empêcher.
Elle eut aussitôt envie de se taper la tête contre le buffet derrière elle. A quoi cela lui servait-il donc d'être sobre si l'ambiance un peu excessive suffisait à lui faire dire tout ce qu'elle était sensée garder pour elle à voix haute ?
« Oh, euh, merci beaucoup Quinn. » la remercia Rachel d'un air un peu interloqué.
Elles s'observèrent un instant en silence, Quinn faisant tous les efforts possibles pour soutenir le regard de la brune afin de ne pas paraître encore plus suspecte. Si Rachel Berry s'apercevait qu'elle impressionnait Quinn Fabray, celle-ci ne saurait plus comment se comporter en sa présence.
« Rach, Raaaaach ! »
Finn entra en titubant dans la cuisine. Il était en sueur.
« F-Finn, bredouilla la diva en se retournant vivement.
- Mon Dieu, murmura Quinn en se rapprochant pour l'observer de plus près, mais il est complètement bourré... »
Rachel la regarda d'un air gêné, ne sachant visiblement pas quoi faire de son copain.
« Raaach, reviens danser ! gémit Finn en la prenant par la taille. Si tu veux je ne bougerai que les mains si c'est à cause de tes petits pieds que tu as peur de danser avec moi ! »
Rachel le regarda d'un air attendri, et avec un dernier sourire d'excuse en direction de Quinn, elle l'emmena avec elle dans le salon. Quinn resta un instant debout au milieu de la cuisine, désemparée. Finn lui volait Rachel même quand elle essayait d'avoir une discussion amicale avec elle. C'était comme cela, cela avait toujours été comme cela. Si Quinn y avait consenti, elle aurait ramassé les miettes, les quelques moments qu'elles auraient pu partager en tant qu'amies. Mais Rachel et elle n'étaient pas amies, et ce pour la simple raison que Quinn ne pouvait pas supporter d'avoir Rachel autrement que rien que pour elle. Rachel était à Finn, Finn était à Rachel. Quinn n'avait pas sa place au milieu de tout cela. Et elle en avait tellement l'habitude qu'elle se contenta de sourire tristement avant de sortir à son tour de la cuisine.
Dans le salon, l'atmosphère était encore plus chaotique que lorsqu'elle l'avait quittée. Mike, Sam et Puck étaient sans doute ceux qui tenaient le mieux l'alcool, ce qui ne les empêchaient pas d'être des plus bruyants. Tina se balançait au rythme de la musique sur les genoux d'Artie, et riait parfois aux éclats lorsque Mercedes se cognait contre les meubles. Celle-ci se retenait péniblement au bras de Puckerman, et il était difficile de savoir pourquoi, mais tous deux se tenaient les côtes, complètement hilares. Kurt et Blaine étaient étendus l'un à côté de l'autre derrière un canapé, et l'ancien Warbler montrait quelque-chose du doigt au plafond à son copain. Celui-ci hochait très sérieusement la tête, avant de se redresser pour prendre une nouvelle gorgée de son verre et de lui indiquer quelque-chose à son tour. Rachel, elle, s'employait à éviter les pieds de Finn à chacun des pas de danse qu'il effectuait, mais cela devenait de plus en plus laborieux au fur-et-à-mesure que le temps passait. Santana était à présent à califourchon sur Brittany, les bras enroulés autour de son cou, et celle-ci tapotait ses fesses au rythme de la musique tandis qu'elles continuaient de s'embrasser avec ardeur. Elles avaient vidé toute la bouteille de tequila à elles deux et elle gisait maintenant au pied du canapé. En les voyant, Quinn ne put s'empêcher de repenser à la première fête que Rachel avait organisé chez elle, où la latina s'était trouvée exactement dans la même position, mais avec Sam en-dessous.
Les bouteilles et les verres éparpillés un peu partout dans la pièce se vidaient à vue d'œil. Bientôt, Mercedes, Tina et Kurt s'affalèrent sur un canapé, épuisés et passablement éméchés. Quinn avait fini par céder à la tentation et s'était servi un verre de vodka. Elle avait coulé un dernier regard sombre en direction de Finn et Rachel, qui avait commencé à s'embrasser langoureusement depuis quelques secondes juste sous son nez, avant de lever la tête et de le vider d'une traite. Le liquide brûlant avait laissé sa gorge en feu et lui avait complètement retourné les boyaux, mais cela lui avait au moins un peu vidé la tête. Estimant que l'effet n'était pas suffisamment fort cependant, elle avait repris un deuxième verre, oubliant la promesse qu'elle s'était faite. Malgré tout, cela n'enlevait pas la douleur cuisante au fond de son estomac à chaque fois qu'elle posait les yeux sur le couple.
Elle savait qu'elle n'aurait pas dû venir.
Elle avait fini par se lever et tanguer jusqu'à la petite bibliothèque du rez-de-chaussée. Là, elle s'était enfoncée dans un confortable siège et avait enfoui la tête dans ses mains, attendant que son mal de tête passe. Les murs du chalet étaient mal isolés. La porte avait beau être fermée, Quinn pouvait encore entendre la musique et les cris. Elle ne comprenait pas comment les garçons pouvaient encore faire un boucan pareil alors qu'il était près d'une heure du matin, qu'ils avaient vidé bouteille sur bouteille et qu'ils avaient tous sans exception passé deux jours de suite dans une voiture.
Quinn ne se sentait pas à sa place.
La pendule de la bibliothèque affichait trois heures lorsque la porte du couloir s'ouvrit en grand, laissant apparaître une Rachel complètement éméchée.
« Oh Quinn, te voilà ! gloussa-t-elle. Je t'ai cherchée partout. J'ai fini par croire que tu étais retournée dans ce coin paumé qui nous sert de ville ! »
Quinn se leva vivement.
« Rachel, tu n'avais pas dit que tu ne boirais rien ? »
La diva fronça les sourcils, comme si elle essayait de se souvenir de quoi Quinn parlait.
« Oh mais je n'ai rien bu ! finit-elle par dire d'une voix un peu pâteuse. Enfin presque rien ! C'est juste que... »
Elle fut secouée d'un hoquet.
«... C'est juste que Finn était telleeeeeeeement plein que j'en ai eu marre et que je suis allée jouer avec les garçons. C'était très marrant comme jeu d'ailleurs ! »
Quinn ouvrait déjà des grands yeux horrifiés en imaginant le pire, ce qui poussa Rachel a ajouté précipitamment :
« Ah mais non pas ça ! »
Elle ne put retenir un petit rire amusé.
« On a fait un espèce de jeu... J'ai pas vraiment compris l'intérêt mais tu choisis pair ou impair, et tu lances un dé. Et si tu fais ce que tu as prédit avant, tu dois boire un verre ! »
Quinn haussa un sourcil perplexe.
« Mais ça sert à rien ça. C'est un aller direct pour être complètement bourrée ! »
Elle s'appuya contre le cadre de la porte d'un bras engourdi. La vodka lui embrumait encore un peu l'esprit.
« Oh mais j'ai fait très attention hein ! lui assura Rachel d'un geste désinvolte de la main. J'ai juste pris du vin ! »
Ses yeux louchèrent sur le corsage de Quinn d'un air pensif. Celle-ci se couvrit la poitrine d'un geste machinal de la main. Rachel avait la sale habitude d'observer toutes les poitrines qui lui passaient sous le nez quand elle était éméchée. La blonde se souvenait encore de la manière dont elle l'avait regardée à la première fête qui avait eu lieu chez elle.
« Mais maintenant que j'y repense, marmonna la petite brune, Puck m'a dit que j'étais une petite joueuse et il m'a défiée de passer aux choses sérieuses alors la fois d'après j'ai bu du whisky. Et je me souviens plus trop du reste. C'est un peu flou. »
Ses yeux bruns se recentrèrent sur le visage légèrement incrédule de Quinn.
« Enfin bref, voilà toute l'histoire ! Au moins personne ne pourra me reprocher d'avoir fait des choses bizarres ce soir, ils sont déjà tous trop ivres pour se rappeler chez qui on est ! »
Elle avisa le verre qu'elle tenait dans la main et regarda Quinn.
« Tu en veux ? proposa-t-elle en tendant si vivement le bras qu'elle manqua de le lui mettre dans le ventre.
- Oh non, j'ai déjà bu deux verres de vodka et ça a suffi à m'assommer complètement... refusa aussitôt la blonde avec un sourire poli.
- Un peu plus un peu moins, ça changera rien ! »
Quinn observa attentivement le visage joyeux de Rachel, puis le verre. Elle savait parfaitement que ce qu'elle disait était stupide. Mais Rachel lui proposait de boire. Rachel. Elle la regarda de nouveau. Puis le verre. Puis elle lorgna encore sur Rachel, parce-qu'elle était plus agréable à regarder que le verre.
« Oh et puis après tout. » céda-t-elle avec un haussement d'épaules.
Elle ne comprit pas vraiment comment ni pourquoi elle s'était autorisée ça, mais elle le vida complètement.
« Et maintenant j'ai un service à te demander ! » s'exclama la diva.
La tête de Quinn lui tournait déjà. Elle ne tenait vraiment pas bien l'alcool. Et c'était dangereux, étant donné qu'elle avait Rachel en face d'elle. Elle essaya de s'accrocher à la pensée désespérée qu'elle pouvait bien tenir une semaine sans commettre de bêtise pouvant mettre la puce à l'oreille de l'objet de toutes ses attentions, et qu'après celle-ci serait partie pour New-York. Elle en éprouva une vive envie de pleurer.
« En fait, j'ai une envie très pressante à satisfaire mais j'ai trop peur de sortir dans la nuit après avoir vu cet horrible film, et en gros Finn tient encore tout juste debout, je ne me sens pas à l'aise d'y aller avec un des garçons vu qu'ils sont tous passablement éméchés, Mercedes, Kurt et Tina se sont endormis tous les trois et je ne pense pas que je vais déranger Brittany et Santana... »
Un moment de silence s'ensuivit. Les paroles de Rachel étaient dures à assembler pour le cerveau endolori de Quinn.
« Le fil bleu ? » finit-elle par dire en éclatant de rire.
Elle l'étouffa aussitôt d'une main mortifiée en voyant le regard désemparé que Rachel lui jetait.
« Désolée, marmotta-t-elle.
- Je n'arrive pas à comprendre, dit la diva d'une voix lente.
- Eh bien tu vois, comme ils font tous dans les films d'espionnage, et à la fin la bombe va exploser et il faut soit couper le fil rouge et le fil bleu et vu que tu parlais comme s'il s'agissait d'un casse-tête très compliqué eh bien... »
Elle fut interrompue par le rire de Rachel. Celle-ci perdit un instant son équilibre et tenta de se rattraper en posant une main maladroite sur sa clavicule.
« Woups, désolée ! »
Quinn fit un bond en arrière comme sous l'effet d'une brûlure mais Rachel ne remarqua rien, tout occupée qu'elle était à tanguer. Elle se raccrocha tant bien que mal au bras du fauteuil le plus proche.
« Donc si j'ai bien compris, dit Quinn en se frottant machinalement à l'endroit où les doigts de la diva étaient venus s'agripper, je suis la seule à pouvoir t'accompagner ?
- Oui voilà c'est ça ! Je ne veux pas être seule dehors, qui sait ce qui pourrait m'arriver ? »
La blonde détourna les yeux et essaya d'ignorer l'agacement qu'elle éprouvait à l'idée d'être tout juste bonne à aider Rachel quand plus personne n'était là pour le faire. Elle venait toujours la dernière. Mais elle l'avait cherché.
« D'accord, dit-elle sèchement. Je crois que Mercedes a dit qu'il y avait des lampes-torche au grenier. »
Elle passa rapidement devant Rachel et cette dernière manqua de se prendre la porte dans le nez en essayant de la rattraper.
Quinn monta les escaliers quatre-à-quatre sans prendre la peine de vérifier que la petite brune la suivait toujours, et alluma l'interrupteur du grenier d'un geste vif de la main.
« Oh ! Un piano ! » s'exclama l'autre en se précipitant sur le grand instrument en bois trônant dans un coin.
Un nuage de poussière se souleva alors qu'elle ouvrait le couvercle. Quinn fit de son mieux pour l'ignorer et ouvrit la grande armoire qui se trouvait en face d'elle.
« Ah, voilà les lampes-torches, » marmonna-t-elle.
Elle voulut s'accroupir mais ses jambes lui firent défaut et elle se cogna contre une des étagères.
« Aïe... »
Des notes jouées de manière un peu brouillonne résonnèrent dans la pièce. Quinn reconnut aussitôt le thème de Get It Right. Elle fit lentement volte-face et posa un regard vide sur Rachel, qui lui tournait le dos, assise sur le tabouret de piano. Elle ne savait pas si c'était l'alcool ou bien simplement le souvenir d'une période où elle n'avait jamais été aussi proche de Rachel qu'en faisant mine de la détester pour lui permettre d'atteindre ses objectifs, mais les notes lui transpercèrent le crâne comme des milliers de petites aiguilles. Elle attrapa une lampe et se redressa, claquant brutalement l'armoire.
« Berry, pourquoi est-ce que tu joues ça ? »
Elle s'approcha, tentant de garder son calme. La jeune fille joua encore quelques notes avant de s'arrêter.
« Mais c'est notre chanson, Quinn ! s'exclama-t-elle en se retournant avec un grand sourire. Tu te rappelles, non ? Quand tu as fait semblant de vouloir être mon amie et tout et tout, avant de me jeter au sol pour me casser en mille morceaux ! Ça a du être tellement amusant pour toi ! »
Tout en disant cela, elle souriait largement, et cela était sans doute pire que n'importe-quel regard blessé qu'elle aurait pu lui jeter. Quinn se prit sa deuxième gifle de la journée.
« Ça n'a rien de marrant. Allez viens, on devait aller aux toilettes, tu te souviens ?
- Maaaaais, Quinn, tu ne veux pas te remémorer le bon vieux temps ?
- Berry, quand je dis ça suffit ça suffit ! » cingla-t-elle en l'attrapant par le bras pour la tirer jusqu'à l'escalier.
Rachel était trop éméchée pour songer à résister et elles descendirent l'escalier sans trop de difficultés, à par une ou deux fois où la diva faillit passer par-dessus la rambarde et manqua de déshabiller la blonde en s'accrochant à son cardigan pour se retenir.
Quinn accéléra à l'instant où elle vit la grande silhouette de Finn s'avancer vers elles d'une démarche pataude. Elle n'avait pas besoin de cela.
« Raaaaaach, Raaaaach ! Où est-ce que tu vas ? »
Quinn continua d'avancer à grandes enjambées, ses doigts enroulés avec fermeté autour du poignet de Rachel, mais celle-ci s'arrêta net pour se retourner, et cela aurait équivalu à un kidnapping si elle avait continué de la traîner ainsi derrière elle.
« Je vais aux toilettes, Finn, ne t'inquiète pas ! » lui lança-t-elle en s'avançant d'une démarche sautillante vers lui.
Quinn la lâcha avec un regard de colère en direction de Finn avant d'aller chercher de quoi boire à la cuisine. Elle posa la lampe-torche avec brusquerie sur la table et ouvrit les portes du buffet pour examiner son contenu. Elle n'en avait plus rien à ficher de rester sobre ou pas. Ce n'était pas comme si elle l'était de toute façon.
Elle attrapa une bouteille de scotch et l'ouvrit d'une main tremblante. Elle rapprocha le goulot pour humer l'arôme de la boisson. L'odeur ne lui était que trop familière. Avant d'avoir eu le temps de comprendre ce qu'elle faisait, elle vidait la bouteille dans l'évier. Une odeur âcre et enivrante emplit aussitôt la pièce.
« Quinn ? »
Elle fit brusquement volte-face, la bouteille encore à moitié pleine dans les mains. Rachel se tenait dans l'encadrement de la porte, se balançant légèrement sur ses appuis.
« Qu'est-ce que- »
Elle avisa le scotch et gratifia Quinn d'un regard stupéfait.
« Enfin, Quinn ! Tu aurais pu m'appeler quand tu l'as ouverte ! »
Avant qu'elle ait le temps de battre en retraite, Rachel lui arracha la bouteille des mains et en but deux longues gorgées.
« Bon sang, Rachel. Je croyais que tu ne voulais rien faire d'excessif ce soir.
- Ça, c'était avant que je sois bourrée ! dit-elle en rigolant.
- Rachel...
- Ah tiens, tu recommences à m'appeler par mon prénom ! C'est bien, il faut que tu arrêtes ça, on n'est plus au lycée, maintenant, on est diplômééées !
- Berry.
- Quoi, non non non arrête ça ! La prochaine fois qu'on se reverra, tu devras m'appeler par mon prénom. Tu auras l'air immature sinon.
- On ne se reverra pas.
- Bien sûr que si, il n'y a pas de raison ! On ne trouvera peut-être pas de chalet où loger, mais quand j'aurai gagné mon premier Tony, j'aurai sans doute de quoi me payer une maison de vacances !
- On ne se reverra pas. »
Rachel but une nouvelle gorgée avant de rabaisser la bouteille et de regarder Quinn avec un sourire tordu.
« Ah oui c'est vrai que tu ne me supportes pas. »
…
...
Quinn avait envie de pleurer. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Elle n'arrivait pas à décrire toutes les émotions qui la submergeaient en cet instant. Elle se sentit vaciller et resserra machinalement ses mains autour de la rambarde métallique. A côté d'elle, elle devina le regard suspicieux de Santana et se para d'un masque d'impassibilité. Mais il y avait quelque-chose qui s'était fêlée à l'intérieur d'elle-même. Elle se sentait toute nue, elle n'arrivait pas à saisir ce qui lui arrivait. C'était la première fois de sa vie qu'elle se sentait comme cela.
« Regardez-moi ça, les filles, murmura coach Sylvester à côté d'elle. Ça c'est une belle bande de losers qui n'attend que mon 44 pour se faire écraser. Je me servirai de leur sang pour les prochaines tenues des Cheerios et je ferai une perruque de leurs cheveux pour l'offrir à Schuester lors de la Journée Nationale des Professeurs d'Espagnol Qui Ont Sérieusement Besoin d'Une Nouvelle Coupe. On les écrasera tous un-par-un, et vous ne verrez pas de refus à m'aider, j'en suis sûre. »
Santana sourit d'un air satisfait. Quinn fit mine d'acquiescer mais elle avait les yeux collés à la scène en contrebas.
L'instant où Finn avait ouvert la bouche, ce sourire attendri qu'elle avait à chaque fois qu'elle le voyait était venu se dessiner sur son visage. Elle détestait l'idée qu'il rejoigne le Glee Club mais elle ne pouvait malgré tout être admirative devant sa voix. Pour un footballeur et un hétéro, il chantait vraiment bien, avait-elle pensé. Cela ferait un an qu'ils sortaient ensemble en décembre et elle avait toujours cette même affection pour le garçon. Quand elle le voyait ainsi illuminé sur scène, elle comprenait pourquoi.
Puis il y avait cette petite brune qui s'était avancée sur la scène et avait pris le lead comme si c'était aussi facile que de parler, et Quinn s'était crue à deux doigts de s'effondrer sous le nez du coach Sylvester et de Santana. La voix de l'adolescente lui avait ouvert le cœur en deux et l'avait totalement submergée. Finn n'était plus qu'un pantin maladroit à côté d'elle. Sa voix n'était qu'un bruit de fond. Les autres silhouettes n'étaient que des inconnus en tee-shirt rouge en train d'effectuer une chorégraphie tout à fait primaire. Le regard de Quinn s'était attardé sur ses yeux plein d'étoiles, son visage rayonnant, cette façon qu'elle avait de chanter chaque note comme si c'était le show de sa vie. Elle s'était sentie bizarre lorsque la chanteuse s'était brièvement retournée et qu'elle avait soudain eu une vue plongeante sur son dos et ce jean qui la moulait au plus près. Elle avait voulu détourner les yeux, voir comment s'en sortait Finn, s'il avait toujours ce sourire d'enfant sur son visage agréable, mais son regard n'avait pas suivi. Il était littéralement collé à l'adolescente.
Elle n'arrivait pas à comprendre pourquoi Rachel Berry, la fille qu'elle s'employait à tourmenter avec tant d'application depuis un an maintenant, lui faisait un tel effet.
« Alors, Q, lui glissa Santana d'un ton conspirateur. Tu as autant d'idées que moi pour les remettre à leur place ? »
Les jointures de la cheerleader devinrent blêmes tandis qu'elle raffermissait sa prise sur la rampe. La scène ne devint plus qu'une tâche floue composée de silhouettes rougeâtres en mouvement et avant qu'elle ait pu les retenir, elle sentit les larmes qui roulaient sur ses joues.
« … Q ? Me dis pas que t'es en train de chialer ? »
Elle devina le regard alerte de Sue Sylvester sur elle.
« Ce sont des larmes de rage, parvint-elle à dire entre deux sanglots refoulés. Cette espèce de naine informe le déshabille des yeux. Je ne vais pas la laisser faire, croyez-moi. »
Elle ne savait même plus de qui elle parlait, si c'était Finn, qui était son petit copain, ou s'il s'agissait de Noah Puckerman qui flirtait avec elle depuis bien longtemps déjà. Mais elle mettait autant de conviction qu'elle pouvait à exprimer la colère qui bouillonnait au fond d'elle, perdue au milieu de toutes les autres émotions qui l'agitaient.
« Ce n'est pas pour rien que tu es la capitaine des Cheerios, la félicita Sue en lui tapotant l'épaule d'un air satisfait.
- D'ici une semaine, il n'y aura plus que Schue dans ce minable club, » ajouta Santana.
Quinn acquiesça, la gorge nouée, et s'essuya les yeux d'un revers de la main. Rachel revint dans son champ de vision et elle se concentra à éprouver toute la rage qu'elle pouvait à son égard.
Elle allait redoubler d'efforts pour faire de sa vie un véritable enfer.
Ce soir-là, Quinn arriva à table pour dîner sans sa croix autour du cou et elle passa trois heures à remettre sa chambre en ordre.
...
...
Quinn la contempla avec effarement. Elle voyait cette jeune femme en face d'elle. Ses joues rouges qui indiquaient clairement qu'elle avait bu beaucoup plus que ce qu'elle n'avait prévu au début, ses yeux vitreux que la boisson rendait impossible à déchiffrer, sa bouche d'où dégoulinait un peu de scotch, ses mains fines et frêles qui serraient le goulot de la bouteille comme s'il s'agissait d'un bien particulièrement précieux, son corps petit et désirable qui se tenait à quelques mètres d'elle, là, dans cette cuisine. Elle l'aimait depuis tellement longtemps. Ces sentiments qui l'agitaient à chaque fois qu'elle la voyait, qu'elle entendait parler d'elle, qu'elle pensait à elle, n'avaient pas voulu disparaître depuis qu'ils s'étaient manifestés, trois ans plus tôt. Elle aimait tout chez elle. Elle l'aimait trop. Tout serait bientôt fini. Rachel partirait à New-York. Avec Finn. Le calvaire serait terminé. Quinn pourrait se féliciter d'avoir tenu aussi longtemps sans avoir essayé de lui faire comprendre ce qu'elle ressentait. Sans avoir laisser transparaître quoi-que-ce-soit. Elle s'était tellement bien débrouillée ! Elle ne comprenait toujours pas comment elle avait fait. Elle pouvait être fière d'elle.
Et soudain tout cela lui paraissait ridicule. Elle avait enduré tout cela pour quoi ? Pour en arriver au même point.
« Oui c'est vrai que tu ne me supportes pas. Désolée, ça doit être l'alcool qui m'est montée à la tête. »
La diva souriait de ce même sourire tordu, comme si la déception de n'avoir réussi à être amies avec Quinn avait fait place à une ironie désabusée. Oui, c'était marrant quand on y pensait. La capitaine des Cheerios Quinn Fabray. Qui se retrouvait sans rien ni personne, à essayer d'arrêter d'aimer celle qui pourtant occupait ses pensées depuis si longtemps. Et qui sortait avec son premier amour. Ou ce qu'elle avait cru être son premier amour.
Car c'était bien Rachel son premier amour.
Quinn serra les poings et refoula son envie de pleurer. Elle ne comprenait plus rien. Où était la satisfaction d'avoir tenu si longtemps lorsque Rachel ne garderait comme souvenir d'elle que celui de la fille qui l'avait tourmentée pendant tant d'années ? Elle n'aurait pas de place dans ses speechs de remerciement lorsqu'elle gagnerait ses premières récompenses. Il y en aurait pour Finn, il y aurait pour Kurt, il y en aurait même pour Mercedes ! Et elle ne serait que l'ombre d'un passé douloureux.
Les effluves qui provenaient de l'évier de la cuisine aux fenêtres fermées emplissaient à présent la pièce d'une forte odeur. Quinn avait l'impression d'avoir bel et bien bu ce scotch qu'elle avait fini par se refuser. Rachel, elle, l'avait bien consommé, et elle semblait s'être suffisamment enhardie pour contempler Quinn telle qu'elle la voyait vraiment : une moins que rien.
« Tu sais, Quinn, dit-elle d'une voix amusée rendue rauque par l'alcool. Je n'ai jamais compris pourquoi tu me faisais tout ça. Les insultes, les slushies, jour après jour et semaine après semaine. Enfin je veux dire... Ça n'a jamais eu de sens pour moi. Finn et moi, c'était destiné à arriver dès que nous nous sommes regardés pour la première fois, alors pourquoi avoir essayé de l'empêcher ? Et tant de méchanceté ? Je ne trouvais pas ça juste à l'époque. Et puis je m'y suis habituée. Est venu un moment où quand j'entendais ton nom, ou que je voyais une pompom-girl quelque-part, je pensais tranquillement à ce qui m'attendait le jour suivant parce-que tu n'étais pas là dans ce genre de moments et que je n'avais pas à ressentir la peur ou le désespoir. »
Elle fit une moue pensive en agitant la bouteille pour appuyer ses paroles.
« Et puis il y a eu cette période étrange où tu as essayé de devenir amie avec moi. J'ai trouvé ça bizarre au début, et puis je me suis dit qu'après tout les gens grandissent, évoluent, et pourquoi est-ce que tu n'en serais pas capable ? Mais il y a toujours eu Finn, toujours toujours. Tu étais jalouse, envieuse et désespérée à l'idée de le récupérer. Tu te mettais entre nous dès que tu le pouvais. C'était n'importe-quoi, je finissais même par te détester. Pourquoi tant d'obstination, Quinn ? Pourquoi tant de zèle ? Finn et moi nous allons à New-York maintenant, je suppose qu'il y a bien longtemps que tu n'as plus de sentiments pour lui. Et c'est de l'histoire ancienne entre nous deux, n'est-ce pas ? Mais malgré tout, je ne pense pas que je pourrai un jour te pardonner tout ce que tu m'as faite subir parce-que tu n'avais pas ce que moi j'avais fini par avoir. Finn était le fondement même de nos conflits, et j'étais persuadée que c'était pour ça qu'il nous était impossible d'être amies. Mais j'ai finalement compris que de ton côté, tu n'en avais pas grand-chose à faire de moi. En fait je me demande même comment pendant une seule seconde j'ai pu croire que l'on pourrait devenir amies simplement parce-qu'on était passé au-dessus de ce stupide triangle amoureux ! C'était complètement délirant ! Je ne sais pas ce qui m'a traversée l'esprit à ce moment-là, je devais vraiment être stupide ! J'espère que je me suis améliorée depuis quand même, parce-que c'était juste il y a quelques mois. »
Le ton était amusé et léger, mais derrière ces paroles anodines et cette mascarade de pardon que Rachel lui offrait, Quinn devinait qu'elle lui disait clairement qu'elle se souviendrait d'elle comme quelqu'un qui n'avait fait que s'employer à la faire souffrir. Elle le savait déjà, mais elle ne se l'était jamais entendue dire. Elle crut bien qu'elle allait s'écrouler sur le carrelage de la cuisine.
C'était le but. Ça avait toujours été le but. Elle avait eu ce qu'elle voulait. Elle avait souhaité que Rachel la haïsse au point qu'elle n'aurait plus à faire d'efforts pour rester éloignée d'elle car la diva l'éviterait autant que possible d'elle-même, et voilà où elles en étaient. Tout cet acharnement avait finalement payé.
Quinn aurait dû avoir ce sentiment de satisfaction comme elle se l'était imaginée tant de fois. Ce sentiment d'avoir surmonté quelque-chose de particulièrement difficile. Elle y était. C'était le moment. Son amour pour Rachel était toujours là. Elle le sentait à la façon qu'elle avait de la chercher des yeux dès qu'elles étaient dans la même pièce. Elle continuait d'avoir cette attirance pour laquelle elle s'était tant détestée auparavant. Elle n'avait jamais aimé quelqu'un comme cela.
Mais ça y était. Rachel partait à New-York. Elle l'oublierait. Elle vivrait sa vie. Elle deviendrait célèbre et aurait ce qu'elle méritait. Cela devait se passer ainsi. Cela se passerait ainsi parce-que Quinn avait tout fait pour, même si elle ne s'y était pas toujours prise de la meilleure des manières.
Au lieu de cela, Quinn se sentait à deux doigts de s'effondrer. Elle voulait pleurer jusqu'à n'en plus pouvoir. Elle avait raté tellement de choses dans sa vie. Elle avait raté tant de choses et son plus bel échec était sans aucun doute sa relation avec Rachel. La diva n'aurait jamais pu l'aimer dans ce sens, mais elle aurait pu au moins devenir son amie. L'estomac de Quinn se retournait à la pensée de la relation qu'elles auraient pu nouer si elle avait été suffisamment forte pour faire abstraction de ses sentiments.
C'était trop tard.
Ces années étaient passées tellement vite.
« Enfin, Quinn, reprit Rachel après une autre gorgée de scotch. On ne peut pas effacer le passé. C'est comme ça. Rachel Berry et Quinn Fabray. Fin de l'histoire... qui n'a même pas eu lieu d'ailleurs. »
Elle contempla un instant la bouteille, avant de reporter son regard vitreux sur Quinn.
« Tu sais quoi ? Je suis contente que tout ça soit derrière moi... Je vais aller à New-York, et réaliser mon rêve. Et Finn et moi nous aimons plus que jamais, c'est fantastique, non ? »
Elle paraissait réellement heureuse.
« Mais bon, fit-elle en haussant les épaules. Tu ne me supportes toujours pas. Tu me détestes. Je n'aurais pas dû faire comme si ce n'était plus d'actualité. »
C'en était trop. Quinn se jeta en avant et attrapa le visage brûlant de la petite brune entre ses mains. L'arôme de scotch qui flottait toujours dans la cuisine lui faisait tourner la tête. Elle écrasa ses lèvres contre celles de Rachel et ferma les yeux pour ne plus voir son expression désemparée. La bouteille échappa des mains de la diva et s'écrasa entre elles-deux avec un tintement sonore. Mais Quinn ne l'entendit pas. Tout ce qu'elle percevait, c'était son cœur qui s'affolait dans sa poitrine. Le sang qui battait à ses tempes l'étourdissait encore plus et elle avait l'impression que tout son corps était en feu. Elle sentait la peau douce et chaude de Rachel contre ses doigts, son haleine avinée qui soufflait dans sa bouche entrouverte, et tout son corps si proche d'elle. Ce corps qu'elle avait imaginé tant de fois pressée contre elle, tout comme ces lèvres dont elle avait rêvé trop souvent de connaître le goût. Mais la pensée que tout cela était aussi palpable et réel qu'éphémère acheva d'encrer en elle le désespoir qu'elle avait ressenti en écoutant les paroles de Rachel.
Ses yeux se mouillèrent et elle se trouva bien vite à pleurer, couvrant son visage et celui de la diva de larmes amères et salées.
Rachel ne bougea pas. Elle ne la repoussa pas non plus. Elle tenait toujours ses mains comme si la bouteille n'en était jamais tombée. Il sembla à Quinn qu'elle se hissait sur la pointe des pieds pour rapprocher davantage leurs deux visages mais il lui était difficile d'être sûre de quoi-que-ce-soit dans l'état où elle était et ce furent bientôt ses épaules qui furent secouées de sanglots. Elle n'avait pas imaginé leur premier baiser comme cela. Elle s'était toujours fermement rappelée qu'il n'y en aurait jamais. Mais il était là. C'était le premier et sans doute le dernier, et elles étaient toutes les deux bourrées comme des coings. Et Rachel lui avait exprimé en de longues phrases bien construites l'échec-même qu'était leur relation inqualifiable. Et Quinn s'était jetée sur elle sans réfléchir. Et il y avait tout le Glee Club ivre mort dans la pièce d'à-côté.
C'était le pire baiser qu'elle ait pu imaginer et en même temps le plus beau, car elle n'avait même pas pensé qu'il puisse se réaliser un jour ailleurs que dans ses rêves. Elle voulait se souvenir de la sensation de leurs deux visages pressés l'un contre l'autre, du goût des lèvres de Rachel -même si à ce moment il n'y avait plus que la saveur des différents alcools qu'elle avait bu pendant la soirée-, des battements erratiques qui agitaient son cœur alors que pour la première fois de sa vie elle avait Rachel à elle toute seule.
Ses mains finirent par glisser du visage de la brune alors qu'elle s'effondrait au pied d'elle, incapable de contrôler ses pleurs. Ses doigts se languissaient déjà du contact chaud et revigorant des joues de Rachel, elle voulait encore sentir cette bouche contre la sienne, et même si l'alcool et ce baiser l'avaient laissée comme brûlante de fièvre, elle se sentait frigorifiée sans le corps de Rachel à quelques centimètres du sien.
La désagréable sensation de se sentir incomplète sans cette personne qu'elle n'aurait jamais lui retourna l'estomac. Elle plaqua une main tremblante sur sa bouche pour étouffer un gémissement. Elle releva la tête et, essuyant les larmes qui lui obscurcissaient la vue d'un geste convulsif du poignet, elle s'aperçut que Rachel n'avait pas bougé et l'observait avec hébétude. Elles se contemplèrent un instant sans mot dire, Quinn à genoux et la diva la dévisageant ainsi de haut comme rarement dans son existence. Avant que la blonde ait le temps de comprendre ce qui arrivait, la diva fit volte-face et la laissa là sans rien dire.
Lorsque les sanglots incontrôlables dont elle était secouée se calmèrent, Quinn s'agrippa au rebord de l'évier et se releva péniblement, vacillant considérablement. Elle lorgna sur les morceaux de verre éparpillés au sol, elle huma la forte odeur de scotch qui empuantissait à présent complètement la cuisine et fronça les sourcils en essayant de se rappeler la sanction que Mercedes avait promis de leur infliger si cette petite soirée dégénérait.
Mais quelle importance de toute manière.
Ses pensées n'étaient plus franchement cohérentes et tout ce qu'elle sentait c'était la brûlure que les lèvres de Rachel avaient laissée sur les siennes. Elle tituba jusqu'à la porte et s'appuya vivement contre le cadre, manquant de perdre l'équilibre. Malgré son état d'ahurissement avancé, elle reconnut I Don't Feel Like Dancing en musique de fond. L'ambiance du salon n'était plus que l'ombre de ce qu'elle avait été... avant. Puck, Sam et Mike étaient tous affalés les uns contre les autres au pied de la chaîne HI-FI et somnolaient, une bouteille de whisky posée en travers de leurs jambes. Artie, Mercedes et Tina étaient tous profondément assoupis les-uns-sur-les-autres sur leur canapé, pareils à des dominos, et Finn dormait sur le sofa qui se trouvait à côté. Il n'y avait bien que Brittany et Santana qui étaient complètement éveillées. Le regard de Quinn glissa distraitement sur les deux jeunes filles, avant de revenir brusquement sur elles. Elle haussa tant les sourcils qu'ils disparurent sous les cheveux blonds qui lui tombaient sur le front . Dans l'éclairage tamisée de la pièce, elle n'avait pas tout de suite compris ce que les deux faisaient et avait supposé que Santana avait fini par se lasser de rouler des galoches à Brittany. En vérité, le sweat de la joyeuse blonde et la chemise de la latina gisaient de part-et-d'autre du canapé, et en plissant les yeux, Quinn aperçut un soutien-gorge noir en dentelle reposant sur le ventre de Finn, totalement inconscient de ce qui se tramait à quelques mètres de lui tant son sommeil était profond, et un autre pourpre qui pendouillait de l'accoudoir du sofa où Mercedes ronflait bruyamment. Son esprit ralenti par l'alcool mit du temps à comprendre qu'elle n'était pas censée regarder. Ses yeux aux pupilles dilatées s'arrêtèrent sur le dos en sueur de Santana, le jean noir qu'elle portait encore et qui faisait ressortir ses courbes. Le visage de Brittany disparaissait entièrement sous ses longs cheveux bruns mais Quinn voyait ses doigts fins et allongés qui couraient avec des gestes avides le long des formes de sa copine, pour finir par lui agripper la taille avec détermination. Santana poussa un gémissement étouffé et Quinn se couvrit les yeux d'une main réticente, essayant de reprendre ses esprits. Elle n'était pas censée voir ça. Elle était censée être ivre morte comme les autres et par le même occasion ne se souvenir de rien le lendemain. Elle tituba jusqu'à l'escalier en colimaçon, et ses yeux accrochèrent bien malgré elle durant une fraction de secondes la poitrine nue de la latina. Quinn se détesta.
Elle vacilla dans l'obscurité du premier étage et ses yeux finirent par s'accoutumer à la modeste lumière de la lampe de chevet branchée dans un coin.
Blaine et Kurt dormaient dans les bras l'un de l'autre sur le canapé déplié et le grand lit trônait juste à côté. Il lui semblait presque entendre ses cris l'invitant à venir s'y étendre. Son crâne lui faisait un mal de chien, elle avait l'impression que tout son corps était en feu et elle voulait juste dormir. C'était tout ce qu'elle demandait.
Elle se laissa tomber sur le matelas épais et moelleux et enfonça sa tête dans le polochon frais.
« Quinn ? » lui demanda une voix pâteuse au-dessus d'elle.
Elle se retourna vivement. Rachel vacillait à côté du lit, une bouteille à la main. Le cœur de Quinn s'affola dans sa poitrine, comme à chaque fois qu'elle la voyait. Mais cette fois-ci, les palpitations étaient plus douloureuses. Elle avait embrassé cette fille.
Ses yeux glissèrent sur son visage empourpré.
« Ça te dérange si je viens dans le lit ? Je suis vraiment trop bourrée pour réussir à dérouler un sac de couchage et de toute façon ce n'est pas très confortable par-terre. »
Quinn la dévisagea sans mot dire. Elle ne savait pas d'où elle sortait.
«... Bien sûr... finit-elle par dire avec un hochement de tête.
- Je peux venir avec ma bouteille ? demanda la diva en brandissant celle-ci.
- D'accord, mais rebouche-la avant.
- Je n'arrive plus à le retrouver... Le bouchon, je veux dire... »
Avec un soupir, Quinn se redressa légèrement pour lui prendre la bouteille des mains. Rachel la lâcha sans protester et la blonde la posa au pied du lit. Elle se décala vers la droite et tapota la place laissée libre.
« Viens. »
Rachel se laissa tomber comme une masse sur le matelas. Quinn la regarda une dernière fois avant de s'étendre sur son côté gauche, lui tournant le dos. Le silence se fit de nouveau dans la pièce. En face d'elle, dormaient les garçons. Les deux avaient un sourire tranquille sur le visage et elle pouvait entendre leurs ronflements paisibles.
« Rach ? » murmura-t-elle.
La diva à côté d'elle gigota et Quinn devina qu'elle se tournait vers elle.
« Est-ce que... Qu'est-ce que tu penses ? » chuchota-t-elle encore.
Elle se sentait terriblement vulnérable.
« Ce que je pense ? De quoi ? »
La blonde se l'imaginait en train de froncer les sourcils dans un effort de compréhension. Quinn serra le polochon sous ses mains brûlantes et après un moment d'incertitude, souffla :
« De notre baiser. »
Il y eut un moment de flottement, et Rachel laissa échapper un gloussement.
« On était complètement pleines, c'était n'importe-quoi. »
Elle gloussa de plus bel à cette idée. Le cœur de Quinn se serra et elle raffermit sa prise autour du polochon pour s'empêcher de pleurer. Elle s'était montrée suffisamment pathétique pour aujourd'hui.
« Bonne nuit, Rachel... » chuchota-t-elle d'une voix tremblante.
L'autre répondit par un soupir et malgré son état passablement déprimé, la blonde crut bien qu'elle allait enfin trouver un peu de repos.
La seconde d'après, le matelas poussait des grincements plaintifs. Rachel laissa échapper un grognement et s'étendit sans prévenir de tout son long sur Quinn. Traversée un instant par la fugace pensée que la petite brune puisse être si éméchée qu'elle en ait oublié que c'était avec Quinn Fabray qu'elle partageait son lit, elle essaya de se redresser.
« Berry, qu'est-ce que tu fais ? bredouilla-t-elle d'une voix paniquée.
- Juste un dernier coup, » marmonna celle-ci en étendant son bras pour attraper la bouteille posée près de la table de chevet.
Quinn l'observa porter le goulot à sa bouche, hypnotisée. Elle n'avait jamais vu Rachel boire autant.
Cette dernière tourna justement le regard vers elle tandis qu'elle prenait une dernière gorgée. Quinn se sentit prise en flagrant délit, à la reluquer ainsi.
« T'en veux ? » lui demanda l'autre avec un sourire en lui tendant la boisson.
Le regard de l'ex-HBIC s'attarda sur ses yeux vitreux et elle se souvint que dévier un peu de sa promesse l'avait conduite à l'embrasser trois heures plus tard.
« Non, ça ira, Rachel. »
L'autre haussa les épaules, en but encore un peu avant de reposer la bouteille à-terre. Elle reprit sa position initiale et Quinn put pousser un soupir de soulagement, ainsi libérée du corps de la jeune fille. Elle lui tourna de nouveau le dos et essaya de se détendre un peu.
« Quinn ?
- Quoi encore ? » s'exclama-t-elle avec agacement.
Elle sentit le corps de Rachel qui se pressait soudain contre elle et son bras qui s'enroulait autour de sa taille.
« Bonne nuit. » lui murmura-t-elle en bâillant longuement, et son souffle aviné lui chatouilla l'oreille.
Quinn voulut la repousser et partir dormir dans le salon avec Brittany et Santana en train de se monter dessus sous son nez, peu lui importait. En cet instant elle détestait Rachel. Elle ne rêvait que d'une chose : se retourner et la frapper de toutes ses forces. Mais elle n'en trouva pas la courage. Elle tombait de sommeil et il fallait bien dire que c'était loin d'être désagréable.
Elle attrapa la main que Rachel avait posé sur sa taille et ferma les yeux.
