Une tournée, ce n'était pas seulement quelques jours. Ce n'était même pas quelques semaines. C'était bel et bien des mois. Des mois entiers. D'attente. De patience. De solitude. De restreinte. Des choses que Lucas se croyait prêt à encaisser. Des choses qu'il avait déjà connues. Des choses qu'il croyait avoir connues.

Après tout, avant il n'avait jamais eu aucun problème avec cela. Il était arrivé que Maxence et lui ne se croisent même pas pendant des moitiés d'années.

Et pourtant.

Et pourtant.

-Merde !

-Lucas ça va ? retentit la voix inquiète de Raphaël.

Celui-ci passa la tête par l'ouverture de la porte, curieux de l'entendre jurer sans même filmer. Il était rare qu'il crie si fort sans prendre la peine de fermer la porte du studio. Cela ne lui ressemblait pas et ces derniers temps, il faisait beaucoup de choses qui ne lui ressemblaient plus.

C'est alors qu'il l'aperçut, effondré sur son sofa, la tête entre les mains, le portable à l'autre bout de la pièce. Etait-ce réellement le bruit sourd qu'il avait pu entendre plus tôt ?

-Lucas ça va pas ? répéta-t-il, cette fois franchement stupéfait.

Il l'avait déjà vu fatigué, énervé, à bout, mais ce qu'il avait désormais sous les yeux semblait bien loin de tout ça. Lentement, le visage défait, le plus jeune leva un regard peiné vers Raphaël et bégaya, d'une fois si faible :

-Désolé, j'suis crevé. J'ai besoin de repos. Ou de vacances plutôt. J'arrive plus à rien là.

Le plus vieux vint s'asseoir à ses côtés sur le canapé, claquant la paume de sa main sur son genou.

-Je sais ce qui te faut ! Il faut que tu sortes ! Viens avec nous ce soir, on a un truc sympa de prévu.

Lucas tourna des yeux rouges vers lui. Etait-ce de sommeil ? Ou avait-il bien pleuré ? Raphaël n'oserait jamais poser la question. Malgré tout, le jeune châtain accepta dans un léger sourire et la nuit, tous se retrouveraient pour dérider ce visage si tiré.

Et pourtant.

Et pourtant.

Il avait beau être entouré, il avait beau être avec des gens qu'il aimait du plus profond de son cœur, plus rien ne passait. Ni les stories sur Instagram, ni ses tweets favoris, ni le son du monde, ni les bruits dans la rue, tout, tout paraissait soudain insupportable. Tout ce qui lui rappelait qu'il était seul. Tout ce qui lui hurlait qu'il ne pouvait plus lui parler.

Echanger était un enfer. Maxence avait un emploi du temps de fou. Lucas peinait à recevoir une quelconque réponse. Le son de sa voix était déjà devenu flou dans ses souvenirs et ce n'était pas les très rares appels qui arrangeaient la situation. Au contraire celle-ci ne faisait plus rien d'autre que foncer vers le vide.

Le plus jeune, bien que motivé et enthousiaste, n'arrivait plus à tenir. Il s'y était attendu pourtant, à ce silence, à cette solitude, à ce froid et cette déprime qui se glissaient dans son lit le soir. Mais à un tel degré ? avec une telle force ? Non, non, ça il ne l'avait même pas envisagé. Et pourtant c'est cela qui le frappait à la vitesse d'un éclair. Chaque jour était pire que le dernier et se lever lui demandait de plus en plus de motivation.

Certes il arrivait à s'amuser, certes il arrivait à rire encore honnêtement qui plus est, mais au fond de lui tout restait éteint. Tout restait mort. Et jamais, jamais encore il ne s'était senti comme ça.

C'était nouveau, glacial et effrayant.

Cette vague, qu'il avait craint pendant des mois, ce barrage, qu'il avait construit pour se conserver, il en saisissait maintenant tout le sens. C'était de cela, de cela qu'il avait eu si peur. De sentiments si forts, si ancrés en lui qu'ils pourraient le saisir par la racine de l'âme. Quelque chose de si puissant, si discret qu'il ne se douterait même pas une seconde des conséquences sur son esprit.

Et pourtant.

Et pourtant.

Qu'est-ce que ça faisait mal soudainement.

16h venait à peine de sonner. Les couloirs étaient silencieux et Lucas, seul dans son studio, commençait à fatiguer. Cela faisait quelques temps déjà qu'il tournait sa vidéo et le manque de sommeil se faisait ressentir. Il fallait dire que les nuits complètes étaient devenues rares ces derniers jours.

-Bon allez, se motiva-t-il alors en se levant de son siège.

Une petite marche et un café lui feraient sûrement le plus grand bien. Sortant du studio il jeta un œil à son portable et constata qu'il était déjà vendredi. Le seize plus précisément.

Le youtubeur leva les yeux au ciel pour se concentrer. Il restait encore au moins deux mois avant qu'il ne revienne.

Après avoir pris son café et l'avoir avalé en quelques secondes, Lucas poursuivit sa promenade improvisée vers le studio de Mcfly&Carlito. Etrangement, celui-ci était bien vide et un lourd silence envahissait la pièce. Peut-être étaient-ils partis tourner dehors ? Avaient-ils trouvé un nouveau concept ?

Lucas descendit quelques étages puis déboucha dans un autre couloir. Et Maxence ? Où était-il maintenant ? Dans quelle ville ? quelle rue ? quelle chambre ? L'attente était si dure, si insoutenable et il avait la sensation de ne plus rien connaitre de sa vie. Comme s'il en était sorti, revenu au point de départ, lorsqu'ils n'étaient rien d'autre qu'amis.

Le jeune châtain se figea, les lèvres pincées. Mais qu'étaient-ils réellement maintenant ? Un « couple » ? Devait-il enfin accepter ce terme ? Accepter que oui, Maxence était au plus proche de ce qu'il pouvait considérer être son « petit-ami » ?

A cette remarque, le youtubeur rosit et repartit en trombe dans les escaliers. Pourquoi tout ceci sonnait-il si stupide dans sa tête ? Pourquoi ne pouvait-il pas se résoudre à l'accepter ? Pourquoi bloquait-il autant sur des choses qui lui paraissaient si futiles auparavant ?

Avec ses anciennes copines cela avait été si intuitif, si logique alors pourquoi le monde prenait-il cette tournure désormais ?

-Eh, Lucas ! s'exclama une voix familière.

L'interpelé se figea, en équilibre au bout d'une marche. Il savait très bien qui venait de l'appeler.

-Raphaël ? s'interrogea-t-il en se retournant.

Bingo, ticket gagnant. Le youtubeur lui faisait de grands signes au loin, dans le couloir. Que voulait-il ?

Curieux, Lucas n'attendit pas qu'il hurle une deuxième fois son prénom et s'élança vers lui. Plus il s'approchait, plus il se rendait compte que Raphaël était loin d'être seul. Un petit regroupement s'était formé, composé d'une bonne partie de leurs amis communs et au milieu, une touffe ébouriffée dépassait.

Les yeux bleus s'agrandirent. Ces cheveux. Il les aurait reconnu, peu importe la situation. Aussitôt, son petit trot devint un galop et Lucas n'hésita pas un instant pour s'engouffrer dans le tas. Il poussa sûrement des gens, écrasa même peut-être des pieds mais à l'instant même où l'air se fit, son corps se souleva du sol et…

-Woof ! geignit la masse qu'il venait de rencontrer, le souffle coupé par le choc. Lucas ?

Celui-ci s'était jeté sur Maxence, sans plus d'hésitation, sans plus de réflexion, et désormais, s'accrochait à lui comme si sa vie en dépendait. Autour d'eux, certains riaient, d'autres s'attendrissaient, tandis que le chanteur ne savait pas comment réagir, choqué par sa réaction.

Ils étaient pourtant bien entourés.

Mais là, en cet instant, Lucas s'en moquait. Il n'était plus à même de réfléchir, plus à même de savoir ne serait-ce que ce qu'il faisait. Tout ce qu'il avait vu c'était cet homme, qui hantait ses pensées, ses nuits et ses journées, qui n'était pas censé rentrer avant des mois de latence.

A cette réflexion, le jeune youtubeur se décrocha enfin de son ami et le dévisagea, bien qu'heureux.

-T'étais pas censé… ?

A peine commença-t-il que Maxence le coupa, préparé à cette question.

-On a pas fini mais on était pas très loin alors je me suis dit que je pouvais passer.

Le chanteur se tut, la voix soudainement faible, l'expression fascinée. Depuis quand ces yeux bleus d'océan avaient-ils pris une telle teinte ? Avaient-ils toujours été aussi lumineux lorsqu'il le fixait ? Combien de temps pourrait-il se contrôler encore avant de l'embrasser ?

Il fallait qu'il s'éloigne, vite et bien.

Aussitôt, Maxence fit un pas en arrière et décolla son regard du youtubeur, bien décidé à rester en retrait. Lucas était déjà bien trop près de lui pour quelqu'un qui, quelques mois plus tôt, refusait le moindre contact en public. Avait-il déjà oublié son contrat ?

Finalement peut-être pas car dès que David se mit à parler, le plus jeune tressauta et se recula à son tour jusqu'à rejoindre le groupe. Il s'éloigna même à tel point que bientôt, Maxence ne le vit plus du tout.

Etait-il déjà reparti dans son studio ? Il avait du travail après tout. Et lui qui avait débarqué par surprise, il ne fallait pas qu'il s'attende à ce qu'il lui consacre tout son temps.

Malgré tout déçu, le chanteur tenta de garder le sourire et discuta encore quelques minutes avec ses amis avant de faire demi-tour. Tout le monde devait bien reprendre le boulot et lui aussi, ne devait pas trop s'amuser dans les couloirs.

Tout à coup, au détour d'un croisement, un guet-apens lui fut posé. Un bras surgit de nulle part, le saisissant d'une poigne ferme et l'emmenant en courant dans les bureaux. Une porte se claqua et subitement, Maxence se retrouva plaqué contre un mur, stupéfait, à peine remis.

Le décor devant lui lui fit ouvrir des yeux ébahis et il baissa la tête vers son agresseur, amusé.

-C'était ça ton plan alors, ricana-t-il, cette fois bien souriant.

A quelques centimètres, Lucas le dévisageait, le visage rouge, l'air gêné. Expression qui fit fondre le sourire de Maxence et le remplaça par une envie, indescriptible, de plonger sur lui. Mais il ne fallait pas. Ils étaient aux bureaux. Il l'avait toujours repoussé, l'avait toujours…

Tout compte fait, il n'avait rien à faire.

Soudain collé contre lui, Lucas n'avait pas attendu une seconde de plus pour s'emparer de ses lèvres. Les mains plongées dans ses cheveux, il l'attira contre lui et les tira jusqu'à son bureau sur lequel il s'assit. Parfaite position pour piéger Maxence entre ses jambes, croisant ses pieds autour de ses genoux. Il n'allait pas le laisser s'enfuir. Il n'allait plus le laisser s'en aller. Le quitter. Le faire souffrir. Le laisser seul dans cette chambre glaciale. Il ne le supportait plus. Il ne pouvait plus.

-Lucas… souffla le chanteur, devant batailler pour reprendre son souffle.

Le youtubeur ne le laissait plus respirer, subitement animal. Il lui prenait tout et ne lui laissait plus rien. Ni l'oxygène, ni la liberté. Il n'avait plus aucun autre choix que se noyer avec lui.

-Quoi ? grogna-t-il comme frustré qu'il rompe leurs baisers.

Ses mains ne le lâchaient plus, soudain caressantes, soudain insistantes. Maxence peinait à leur résister alors qu'elles l'attiraient toujours plus à lui, fourrageant dans ses cheveux, plongeant sous sa chemise.

-Quelqu'un pourrait rentrer, bredouilla-t-il enfin, exténué.

Il déployait toutes ses forces, toute sa volonté pour se tenir à distance. Pour ne pas plonger de nouveau sur ses lèvres, pour ne pas le saisir tout contre lui, l'allonger sur le bureau, le mordre à pleines dents, le faire gémir, le prendre, le…

-Je m'en fous.

Cette fois, les yeux de bois s'écarquillèrent et l'instant se figea. Cette seconde s'arrêta, comme sur pause, à déguster, à apprécier. Puis Maxence se vit plonger, tête la première, dans l'océan de ces yeux si provocateurs. A peine le temps s'allongea-t-il qu'il revint de plus belle, soudain bouillonnant.

Maintenant, il n'y avait plus de doute. Plus de place pour l'hésitation. Plus une once de peur ou de froid. Tout n'était plus que feu, magma et fusion. S'ils continuaient ils allaient le faire, là, tout de suite, dans ce bureau, merde.

Une main se souleva, bien que douce, et se plaqua sur le torse de Maxence. Instinctivement, celui-ci s'éloigna et leva les deux bras en l'air. Le souffle erratique, les cheveux en pagaille, ils se décrivirent un instant, à la fois surpris et frustrés par cet instant de pure voltige. Quand soudain, un éclat de rire les saisit. Un rire sincère, soulagé, noyé de sentiments et d'émotions plus intenses les unes que les autres.

Lucas retourna aussitôt dans les bras de Maxence, le cœur en joie, la tête vide. Il n'avait plus rien à penser, plus rien à réfléchir. C'était seulement lui, lui et lui seul l'objet de son attention. Et pourtant, il devait retourner travailler. Il devait finir cette foutue vidéo. Il ne manquait pas grand-chose et les gens verraient bien que son humeur aurait changé en plein milieu mais il n'y avait pas assez de rushes.

Obligé d'être mis à la porte, Maxence se retourna dans le couloir et offrit un dernier sourire à son youtubeur favoris. Celui-ci resta là un instant, dans l'entrebâillement de l'entrée, avant de l'attirer de nouveau à lui. Un rapide coup d'œil lui confirma que personne n'était dans le coin et ses lèvres vinrent quémander un dernier baiser, doux, timide.

Deux secondes plus tard, le studio se refermait. Maxence se retourna, totalement stupéfait, incapable d'intégrer l'information ni même de marcher. Il ne voulait pas partir. Putain, il ne voulait vraiment plus partir maintenant. Au diable les concerts, les fans et la musique, il avait trouvé tout ce dont il avait besoin.

Soudain, une sonnerie retentit, ramenant le chanteur à l'ordre. Comme réalisant ce qu'il venait de penser, il secoua la tête de droite à gauche et se saisit de son portable. C'était un message. Ah. Ses pupilles tremblèrent. De Lucas.

Ce soir, 19h, chez toi

Sans qu'il ne le contrôle, les commissures de ses lèvres se soulevèrent et Maxence sauta sur place, surexcité. Il était bien trop heureux, effaçant dans l'instant même tous les regrets qu'il avait pu avoir dans sa vie. Maintenant motivé, il s'élança dans le couloir et finit enfin par quitter l'immeuble.

Durant ce temps dans son studio, Lucas comatait sur son sofa, la tête entre les mains. Depuis quand n'avait-il plus été si rouge ? Son visage lui brûlait littéralement et la pression dans son thorax refusait de se calmer. Il réalisait, brutalement, tout ce qu'il venait de se passer. Son étreinte abusive devant dix personnes, son baiser agressif aguicheur et ce message qu'il venait d'envoyer, si clair, si transparent. Qu'était-il devenu en l'espace d'une seconde ?

Ses mains retombèrent sur ses genoux et il étouffa un soupir. Malgré tout, un sourire, comme collé sur son visage, refusait de s'en aller.

Peut-être fallait-il enfin qu'il accepte que Maxence était bel et bien son petit-ami.

Et lentement, Lucas commença à saisir de plus en plus le sens de ce mot. Tout ce qu'il impliquait, tout ce qu'il imposait et tout ce qu'il offrait aussi. Une fois la tournée de Maxence finit, tous deux en profitèrent pour passer le plus de temps possible ensemble. Ils dormaient six nuits sur sept l'un chez l'autre, faisaient de nombreuses vidéos ensemble et écrivaient parfois quelques musiques. Raphaël et David, qui voyaient Maxence dix fois plus souvent qu'à l'habitude dans les bureaux, finirent par s'interroger sur cette nouvelle proximité. Les amis du chanteur, eux aussi, commencèrent à lui poser d'étranges questions et bientôt, les deux garçons se retrouvèrent acculés, incapables de mentir.

Alors Lucas accepta.

Il accepta que ce soit dit, bien que dans un cercle restreint. Bien évidemment, tous leurs proches n'en firent rien d'autres que de grands sourires. Quelques remarques les firent rires, d'autres les touchèrent et rapidement, il fut inutile de se justifier à chaque contact. Ils restaient évidemment discrets, pas un inconnu, pas un fan, pas un employé ne devait l'apprendre. Ce secret, il n'était qu'à eux et à ceux qu'ils aimaient, personne d'autre.

Doucement, délicieusement, le temps se remit en marche et l'eau de la Seine se remit à couler en flots, apportant avec elle un nouveau vent.

-Merde, jura Maxence après un coup d'œil sur sa montre.

Accélérant la marche, il déboita dans une nouvelle rue et l'aperçut enfin, quelques immeubles plus loin.

-Ah enfin ! s'écria-t-il les bras en l'air. On allait être en retard !

Le chanteur, plié en deux, reprit à peine son souffle que Lucas se mit en marche.

-En retard pour quoi ? tenta-t-il de dire mais sa voix était encore trop faible.

Une porte fut ouverte et les deux jeunes s'y engouffrèrent. Là, ils firent face à de longs escaliers en colimaçon. Le hall était spacieux, couvert d'un damier que Maxence eut juste le temps d'admirer. Déjà, Lucas s'élançait jusqu'au deuxième étage.

-Bonjour ! s'exclama-t-il chaleureusement en atteignant le bout du couloir.

Une grande femme, brune, la cinquantaine, les y attendait, un classeur dans les bras. Elle leur serra tour à tour la main et tenant la porte à laquelle ils faisaient face, les laissa rentrer.

Aussitôt, Maxence fut frappé d'une réalisation.

-Ah mais oui… soupira-t-il la main sur le front.

Quelques semaines plus tôt, Lucas lui avait parlé de déménagement. Il disait trouver son logement actuel trop petit et trop vieux. Voilà qui expliquait leur présence ici, dans un appartement des plus vides mais des plus somptueux.

Les deux garçons écoutèrent silencieusement la propriétaire, examinèrent la salle de bain, la cuisine et la chambre avant de se réunir dans ce qui semblait être un vaste salon.

Les fenêtres étaient grandes, l'équipement de la cuisine en parfait état et le parquet avait cette couleur caramel que Maxence avait toujours adoré. Lorsque les rayons du soleil tapaient dessus, des éclats orangés en ressortaient et il pouvait rester là des heures à les contempler. Pourtant ce n'était que du parquet.

-T'en penses quoi ? l'interrompit subitement Lucas.

Faisant volte-face, le chanteur leva les yeux au plafond qu'il décrivit un instant avant de parler.

-Bah franchement ouais c'est grave sympa et t'as la place.

A vrai dire, cet endroit était juste parfait. Il allait décidément s'y plaire et Maxence était déjà pressé de venir y squatter son matelas. Le jeune youtubeur lui répondit alors d'un léger sourire et se dirigeant vers la propriétaire, annonça calmement :

-Ok bon je pense qu'on va le prendre.

-Quoi ?

Maxence se retourna, les yeux ronds, les sourcils froncés. Devant lui, Lucas affichait un pur sourire.

-Comment ça « on » ?

Mais le plus jeune n'avait rien à ajouter. Il avait déjà compris. Soudain, les larmes montèrent et Maxence se détourna, la main sur les lèvres. Il fit un tour sur lui-même, réalisa, ricana et subitement, se jeta sur son amant. Il l'enlaça de toutes ses forces, les sanglots aux portes de ses lèvres, les faisant tourner dans une danse embarrassante. Sa voix se soulevait, dans le creux de son cou, étouffée par l'émotion :

-Ok, ok… on le prend… on le prend…

Alors Lucas, d'un grand sourire, fit un geste à la propriétaire avant de fourrer ses doigts dans sa touffe favorite. Il y laissa quelques baisers, ricana avec Maxence et se laissa aller au bonheur qui tout au fond de lui, avait pris une place si importante.

Il n'y avait plus de mur, plus de barrage, plus rien d'autre qu'un fleuve tranquille, une nouvelle vie à atteindre. Et c'était avec lui qu'il voulait la partager. Alors petit-ami ? Cela ne lui allait plus. Désormais c'était son compagnon. De voyages et de vie.

-Jasmin ou Oolong ? s'éleva sa douce voix dans la cuisine.

Effondré sur le canapé, Lucas lui répondit au hasard avant de se reconcentrer sur sa partie. Un nouveau jeu était sorti, toujours meilleur, toujours plus beau, mais lui restait un joueur médiocre.

Game Over.

-Mais non ! cria-t-il en balançant la manette.

Celle-ci tomba sur un lourd tapis, juste assez épais pour amortir sa chute. Une idée de Maxence lorsqu'il avait remarqué que le youtubeur avait la fâcheuse tendance de balancer tout ce qui coûtait cher. Ce fut d'ailleurs au même instant que son rire résonna, juste derrière Lucas, et une tasse apparut devant son nez. Les yeux bleus prirent subitement une forme amusée. Cette tasse, il l'avait toujours. C'était elle, la fameuse qu'il avait failli lâcher le lendemain de leur première nuit.

-Encore mort ? ricana-t-il après que son amant l'ait remercié pour le service.

A cette remarque sournoise, celui-ci repartit de plus belle, prétextant que c'était « injouable à la manette ». Assis sur le siège d'à côté, Maxence l'écouta se plaindre, sourire moqueur aux lèvres. Il ne se lasserait définitivement jamais de l'entendre geindre sur la difficulté des jeux, qu'il soit 16h ou 4h du matin.

En effet ils avaient finalement trouvé un bon rythme de vie. Maxence avait tendance à aller se coucher plus tôt, devant souvent se lever aux aurores là où Lucas était parfois réveillé jusqu'au petit matin. Dans ces moments-là ils partageaient au moins le petit-déjeuner, ce qui leur faisait toujours un peu plus de temps ensemble.

Ils continuaient de faire des vidéos, jouaient tous les deux le soir et faisaient en sorte de partager la plupart de leurs nuits. Malgré les emplois du temps compliqués, malgré les vies hors-normes qu'ils menaient, cet appartement était devenu leur cocon. Le seul endroit où ils pouvaient craquer, celui qu'ils partageaient, celui où ils se réunissaient, enfin seuls, enfin ensemble.

Regardant Maxence prendre à son tour la manette, Lucas mena la tasse à ses lèvres et se mit à le contempler. Et dire qu'il avait fréquenté ce garçon pendant des années avant de comprendre ce qu'il y avait tout derrière lui. Certes il avait encore beaucoup à découvrir, beaucoup à voir dans ses chemises colorées, beaucoup à comprendre dans ses chaussettes farfelues. Mais plus il en apprenait, plus il voulait en savoir. Maxence était une source intarissable de surprises et bien que certaines ne le faisaient pas rire, d'autres pouvaient lui coller d'immenses sourires sur le visage.

Il y avait de tout en eux, des hauts, des bas, des douleurs et des bonheurs. Cependant ils faisaient en sorte de partager les mêmes couleurs, de les mélanger, de les accepter telles qu'elles étaient. Ils peignaient ensemble, cette nouvelle vie aux éclats fantastiques. Main dans la main, ils avaient plongé dans le fleuve de leurs sentiments et désormais, s'y construisaient un monde à leur ampleur.

Soudain empli d'une pure satisfaction, Lucas s'enfonça dans le canapé. A côté, Maxence lui offrait l'un de ses plus beaux sourires alors que le Game Over s'affichait à l'écran. Son rire résonna et alors que le youtubeur reprenait la manette, ses yeux se fermèrent dans une promesse.

A partir de maintenant, et pour tous les jours qui suivraient, il ferait en sorte de ne jamais la briser, cette fameuse tasse.

Et voilà on se quitte ici ! J'espère que cette courte histoire vous aura plu, bien que j'aurais pu faire mieux ! Je m'excuse pour les quelques fautes qui ont sûrement dû échapper à mon radar et si vous aimez mon écriture/mon style/je sais pas quoi, n'hésitez pas à me suivre sur Insta: NealShiro. J'y développe là bas d'autres types d'histoire et d'autres projets littéraires un peu plus... particuliers on va dire !

Merci d'avoir lu !