Chapitre 6

Jeudi 19 mai.

Au large de la Grèce.

Il faisait chaud, très chaud en ce matin de fin de printemps. Le soleil brûlait sa peau déjà halée. Le clapotis de l'eau se faisait entendre sur la coque du bateau qui le transportait vers les Cyclades, et plus exactement sur l'île d'Anydalos[1]. C'était une petite surface de terre au Sud-Est de Santorin, à plusieurs milles marins. Un endroit pratiquement hors du monde et sous-peuplé. Une centaine de personnes tout au plus.

L'île était maintenant à portée de vue. Ce qui le frappèrent, ce furent ces hautes falaises qui se dressaient fièrement face à la belle bleue. « Il me faudra y aller », pensa-t-il. Il mit pied à terre, ses mains tremblaient légèrement. Il sentait qu'elle se trouvait là, quelque part. Il le ressentait au plus profond de son être, un peu comme si elle l'appelait.

— Devons-nous vous attendre, monsieur ? demanda le pilote de l'embarcation.

— Non, revenez me prendre dans deux jours !

Puis, il tourna les talons et prit la direction du seul village, qui partageait son nom avec celui de l'île. Il marcha un long moment avant d'atteindre le centre ville de la bourgade. Il n'y avait presque rien ni personne. L'homme pensa ironiquement qu'ils devaient sûrement « se faire ravitailler par les corbeaux ». Il n'y avait qu'une seule petite épicerie faisant certainement office de bureau de poste, de boulangerie, et autre. Un bar-tabac se mêlait harmonieusement à ce décor pittoresque, presque décalé du temps.

Un peu plus loin, il aperçut une auberge. La pancarte indiquait que l'on pouvait y bénéficier du gîte et du couvert. Il y entra pour demander une chambre pour quelques jours. Cela lui suffirait, un ou deux jours tout au plus. L'aubergiste lui tendit une clé : la numéro trois. Le jeune homme sourit, s'en saisit et monta à l'étage comme le lui avait indiqué le tenancier des lieux. C'était un homme d'une cinquantaine d'année, trapu, grisonnant. Il souriait et parlait un peu fort mais Hadrien n'y prêta pas attention.

Il jeta son sac sur le lit, et observa la chambre. Elle était simple mais propre. Le lit deux places, la petite commode placée en face de celui-ci, la fenêtre à double battant et le lavabo étaient les seuls conforts de la pièce. Pour le reste, les sanitaires, il fallait se rendre au bout du palier de l'étage. Il ne fallait pas trop en demander.

Sans plus attendre, Hadrien alla explorer l'île. Le temps lui était compté. Ses rêves étaient de plus en plus complexes. Il ne savait pas où pouvait se trouver l'armure, mais il avait éprouvé, dès son arrivée, une drôle d'impression. Une impression qu'il ressentait de plus en plus profondément, un peu comme si quelqu'un ou quelque chose voulait le transpercer. Il passa le reste de la matinée à marcher au gré de son intuition, se disant que c'était, là, la seule manière de trouver ce qu'il était venu chercher. Mais en vain. Toute une demi-journée de gâchée…

Lorsqu'il fut de retour à l'auberge, il commanda un repas pour midi qu'il prit dans sa chambre. Lorsqu'il eut terminé, il déplia délicatement une carte de l'île et y cocha tous les endroits qu'il avait visités. Il restait tant de lieux à explorer… Il passa deux bonnes heures à observer cette carte tout en se remémorant ses rêves pour y dénicher un lien. C'est épuisé qu'il se laissa presque tomber sur le lit où il s'endormit sans s'en apercevoir, pour une sieste bien méritée.

Dans un coin de l'Olympe.

La déesse Héra faisait les cent pas dans ses appartements, elle cherchait encore et toujours un moyen de se débarrasser de cette Athéna de malheur. De plus, voir la fille de Zeus se rabibocher avec ses oncles ne lui plaisait guère. Depuis la décision de Zeus concernant le retour à la vie de tous les Guerriers morts au combat, Héra cherchait. Puis, son esprit fut interpellé par quelque chose. Quelque chose d'assez puissant pour qu'elle le ressente, mais pas assez pour lui nuire. Elle se pencha alors vers la Terre, lieu d'où venait cette sensation étrange. Elle chercha un long moment puis elle trouva, ou plutôt elle se souvint. Elle se frotta les mains, un sourire étrangement large sur les lèvres et appela son secrétaire qui était dans la pièce d'à côté.

— ALOYSIAS ! s'écria-t-elle, ALOYSIAS !

— Oui, ma Déesse, que puis-je faire pour vous servir ? fit le secrétaire en mettant un genou à terre en signe de respect.

— J'ai trouvé le moyen de me débarrasser de cette Athéna de malheur.

— Je reconnais bien là votre intelligence, Altesse.

— Va chercher Galien, tonna-t-elle.

— Très bien, Altesse, j'y vais de ce pas.

Aloysias se releva, s'inclina respectueusement devant sa Déesse puis quitta la pièce. Il avait rarement vu Héra d'aussi bonne humeur et cela lui réchauffa le cœur. L'épouse du Dieux des Dieux jubilait. Comment avait-elle pu oublier ce fait ? Elle allait pouvoir retenter son plan de cette époque.

Une bonne trentaine de minutes plus tard, Aloysias frappa à la porte des appartements de sa Déesse. Il était accompagné par Galien, général de la garde personnelle d'Héra. Lorsqu'ils furent invités à entrer, ils posèrent un genou à terre et inclinèrent la tête en guise de respect puis le secrétaire quitta les lieux.

— Galien, je t'ai convoqué car j'ai une importante mission à te confier. Je veux remettre cette petite peste d'Athéna à sa place. Te souviens-tu de la première fois que vous avez tentez d'assassiner cette cruche ? l'interrogea-t-elle.

— C'est loin, mais oui.

— Très bien ! L'armure se réveille. La défaite de Poséidon et la mort d'Hadès ont affaibli le sceau qui la tenait exilée. Elle appelle le descendant de son premier porteur.

Galien semblait étonné d'apprendre cette nouvelle.

— Si vous avez senti son réveil, les autres ont dû le sentir aussi, fit remarquer le chef de la garde.

— Non, ta manipulation sur leurs mémoires fait toujours effet. Et je protège l'endroit où se trouve l'armure avec mon cosmos. Tu vas prendre quelques mercenaires et te rendre sur l'île. Vous allez vous emparer du descendant de Kyros des Gémeaux pour duper l'armure, et cette fois je ne tolèrerai aucune faute !

— Très bien. Il faut donc que Dracon soit des nôtres.

— Oui, pour les autres prends qui tu veux, pourvu qu'ils soient compétents.

Galien savait déjà qui il allait prendre dans cette équipe de mercenaires. Il fit une révérence avant de quitter la pièce où il se trouvait. Le chef de la garde était très grand et possédait une bonne musculature. Ses cheveux bruns ne descendaient pas plus bas que sa nuque et lui cachaient en partie ses billes ébènes. Il était un Mercenaire, c'est ainsi qu'Héra appelait ses Guerriers. Tous ses Mercenaires étaient des Dieux de bas étages. Zeus, lui-même, les avaient rétrogradés à ce niveau pour désobéissance et désinvolture devant lui. Ils s'étaient alors rangés aux côtés d'Héra, lui le premier.

Ile d'Anydalos.

Il n'avait que deux jours avant que le bateau ne revienne le chercher. Il désespérait de la trouver, pourtant il en était sûr, elle était là sur cette île. Elle n'avait cessé de l'appeler. Voilà maintenant plus d'une année que ses rêves avaient commencé. Au début, il ne comprenait pas. Toutes les nuits, ou presque, il voyait les mêmes choses. Un peu comme s'il revivait des événements passés. Et puis, une nuit, il comprit. Elle l'appelait. Elle lui avait montré où la trouver. C'est ainsi qu'il sut qu'il lui fallait venir sur cette île. Mais il ne connaissait ni l'endroit exact ni pourquoi il devait la trouver. Elle ne le lui avait jamais signifié.

Il se rappela alors, qu'en arrivant le matin même, il avait été impressionné par les grandes falaises. Pourquoi ? Cela faisait maintenant plusieurs heures qu'il creusait son esprit pour savoir. Mais rien. Puis, il se mit à sourire, à rire même. Il comprit, enfin. Elle devait être là-bas dans une cavité. Sans plus attendre, il se rendit aux falaises. Il les scruta sous toutes les coutures pendant près de deux heures. Il marcha en contrebas, levant les yeux pour vérifier s'il y avait quelque chose plus haut, les laissant revenir à sa hauteur d'homme puis recommençait, encore, encore et encore.

Il devait s'approcher, il la ressentait en lui. Une puissance qu'il ne soupçonnait pas lui broyait les entrailles. Soudain il vit, sous un rocher, une vive lueur dans les tons rouge – orangé, Elle était là. Il venait de la découvrir. Enfin ! Il chercha un moyen de pénétrer dans la grotte, mais ne décela aucune entrée. Il fouilla le moindre recoin autour de ladite lumière, mais rien. Il se faisait tard à présent, l'astre du jour commençait à s'effacer au profit de la nuit et de la lune. Hadrien décida alors de revenir le lendemain, maintenant qu'il savait où elle se trouvait, il n'y avait plus vraiment d'urgence. Il prit la direction du village, un sourire radieux sur les lèvres et excité comme un enfant devant un nouveau jouet. Ce n'était plus qu'une question de temps à présent. Demain, il aura toutes les réponses, demain Elle sera à lui. Demain…

Sanctuaire d'Athéna, matin.

Tout le Sanctuaire s'éveillait lentement. La nuit fut courte. Les Chevaliers étaient restés longuement à consulter les registres. Après la réunion de la veille, il avait été convenu que tout le monde prendrait le petit déjeuner au Palais, dans la salle de réception, afin de discuter de ce qu'ils auraient éventuellement découvert et d'être réunis lorsque les délégations arriveraient.

Petit à petit, la pièce se remplissait. Alors que certains Chevaliers arrivaient seuls, d'autres n'hésitaient pas à s'afficher en couple comme Camus et Milo, ou encore Saga et Aioros encore un peu gênés vis-à-vis du regard de leurs amis qui les taquinaient toujours un peu.

Les discussions reprirent autour de la table. Des hypothèses avaient germé dans les esprits. Hypothèses souvent saugrenues. Comme par exemple une ancienne armure d'or destinée au Grand Pope et égarée au fil des millénaires, ou encore une seconde armure d'or des Gémeaux, ou pourquoi pas l'armure d'un signe du zodiaque totalement oublié. Dans toutes ces théories des questions persistaient : Que devaient-ils vraiment chercher ? La menace était-elle réelle ? Allaient-ils devoir encore se battre ? Zeus les avaient donc ressuscités pour qu'ils meurent de nouveau ? Certains ne le dirent pas, mais trouvaient cela cruel.

A peine avaient-ils terminé leur collation matinale, qu'Hadès arriva avec Pandore et ses Juges. Peu de temps après Poséidon, accompagné par Isaak et Christer, franchit les portes du Domaine Sacré. Il fallut néanmoins plus de temps à Hilda de Polaris pour arriver avec Fenrir et Bud. Athéna les reçut tous dans son bureau, en présence de Shion avant d'aller rejoindre les Chevaliers dans la salle de réception. Elle expliqua à ses invités tout ce qu'elle ressentait depuis un moment ainsi ce qu'elle avait découvert grâce à Shaka.

Christer fut présenté à tout le monde. Kanon semblait soulagé en apprenant cette nouvelle. Il n'aurait plus à porter l'écaille du Dragon des Mers. Protection qu'il avait volé à son véritable propriétaire. Le nouveau Marina fut accueilli chaleureusement par les autres castes. Le cadet des Gémeaux se sentait cependant également étrange. Sur le coup, il ne sut pas vraiment pourquoi, puis il tourna la tête sur sa droite. Plus loin, se trouvait le premier Juge d'Hadès. Rhadamanthe était imbu de sa personne et de sa puissance et toisait plus qu'il ne regardait les autres, cela insupportait Kanon.

Le Juge se savait observé par ce Chevalier qui n'en était d'ailleurs plus un, puisque le véritable Chevalier des Gémeaux était Saga. Rhadamanthe riva ses soleils dans les émeraudes de son bourreau, un sourire presque machiavélique sur les lèvres. Le Spectres semblait se moquer de Kanon ouvertement. Shion intervint dans l'esprit du cadet des Gémeaux, il avait ressenti sa colère et son trouble.

Kanon, reste calme. Il est ici pour nous aider, lui dit le Pope posément.

— Je sais Shion. Mais il m'énerve. Son air supérieur m'agace, j'y peux rien ! répondit le bleuté par télépathie.

— Je vois ça. Mais ce n'est pas le moment de se mettre à dos un Spectre tel que lui.

Kanon soupira et répondit par un simple hochement de tête en détournant son regard de la Wyvern pour le porter sur le Pope.

Un peu plus loin, Mû sentait ses joues s'empourprer. Il se trouvait près de son amant, Eaque, qui lui tenait la main sous la table. Ils avaient essuyé quelques railleries mais ils avaient également reçu de nombreuses félicitations. D'ailleurs, le doux Chevalier du Bélier fut agréablement surpris de voir arriver son amant avec Hadès. Eaque ne lui avait rien dit, pour lui faire une surprise et cela fonctionna.

Un autre Chevalier voyait ses sens le tourmenter. Shiryu était assis juste à côté de Fenrir d'Alioth, le Guerrier Divin qui faisait battre son organe de vie comme jamais il n'avait battu jusqu'à lors. Il n'osait pas tourner la tête pour observer toute l'assemblée, il la laissait baissée de peur de croiser ses iris orangés. Tout son corps tremblait. Hyoga et Shun s'aperçurent de son mal être et comprirent rapidement que cela était dû à la présence de l'un des invités, mais lequel ?

Les discussions allaient bon train. Tout le monde y allant de sa théorie. Les Dieux et Hilda étaient heureux de voir que tout le monde était enclin à s'entendre, du moins pour l'affaire qui les réunissait. Il était vrai que malgré le traité de paix, les anciens ennemis avaient encore un peu de mal à se tolérer, mais peut-être que cette histoire allait les rapprocher. Puis, il fut temps de regagner les différentes salles des archives afin de reprendre les recherches. Il fallait absolument identifier cette armure d'or.

Avec l'arrivée des nouveaux Alliés du Sanctuaire, il y avait un peu plus de main d'oeuvre pour les recherches dans les temples. Aussi, les Chevaliers qui étaient seuls la veille pouvaient bénéficier d'une aide non négligeable. Athéna et ses oncles retournèrent dans les appartements de la Déesse, alors que Pandore les avaient délaissés pour aller se promener.

Bud proposa son aide à qui en voulait et c'est Shura qui accepta le premier. L'Asgardien regardait son ami et le vit regarder le Dragon du Sanctuaire.

— Shura vient de me dire qu'il était seul pour le temple de la Balance, fonce, lui sourit-il.

Le Guerrier d'Epsilon écarquilla ses orbes alors que son coeur ratait un battement.

— Tu ferais mieux de te dépêcher si tu ne veux pas qu'un autre aille l'aider, reprit Bud.

— Il ne me regarde même pas, comment veux-tu que je travaille avec lui ?

— Allez fonce ! De toute façon nous somme là pour aider alors…

Fenrir savait que c'était là une chance de se rapprocher de son Dragon, mais l'ambiance risquait d'être pesante. Il respira un bon coup et releva la tête mais avant qu'il n'ait pu vraiment dire quoi que ce soit Bud était intervenu auprès de tous.

— Fenrir se propose d'aider au temple de la Balance, fit-il tout content.

— Mais qu'est-ce que tu fous ? murmura le Loup.

— Je te rends service, tu me remercieras plus tard, répondit Bud sur le même ton.

— Merci Fenrir, fit Shion. Tu aideras donc Shiryu.

A cette annonce, le corps de Shiryu lui échappa. Fenrir et lui dans le même temple. Aussi proche ! Il sentit son coeur s'emballer comme jamais. Comment faire pour rester soi-même en la présence de l'être aimé ? L'Asgardien ressentait les mêmes choses. Une part de lui en voulait à son ami alors que l'autre était heureuse de passer du temps avec le beau Dragon.

Saga n'avait cessé de regarder de travers Seiya qui s'accrochait à son amant comme une sangsue. Il rageait et pestait. Kanon lui demanda pourquoi il ne virait pas le poney du neuvième temple pour prendre sa place. Son aîné se posa d'ailleurs la même question. D'un pas ferme, il se dirigea vers Aioros.

— 'Ros, j'aimerais t'aider dans ton temple, dit timidement le bleuté.

— J'en serais vraiment ravi, mais Seiya m'aide déjà, répondit le Sagittaire déçu.

— Oui, j'y suis, j'y reste, fit le poney enragé.

— Aldé est seul et tu t'entends bien avec lui, intervint Kanon qui les avait rejoints. Et puis, Saga et 'Ros ont envie d'être un peu ensemble, ça se comprend, non ?

— Vu comme ça. Très bien. Aldé, je viens t'aider, cria Pégase dans la salle.

— Merci Seiya, s'écria à son tour le Taureau.

— Merci Seiya, dirent en coeur le Gémeaux et le Sagittaire.

Bien sûr Eaque accorda son aide à son tendre amant qui en fut heureux. Isaak alla naturellement vers son ancien maître et Hyoga. Les tensions étaient encore palpables entre les deux anciens amis. Camus, lui, relativisait toujours. Mais chacun faisait des efforts et le pas que venait de faire le Kraken le prouvait. Les deux Chevaliers acceptèrent son aide avec joie. Christer discutait avec Isaak et les Chevaliers des glaces quand Milo intervint dans la conversation. Le nouveau Dragon des Mers comprit bien vite que le Scorpion était seul pour lire ses registres et c'est donc naturellement qu'il lui proposa un coup de main.

Shion observait. Il voyait les différentes castes se mêler et cela lui convenait. Seulement son attention se porta une fois encore sur le cosmos du cadet des jumeaux. Il le chercha et le trouva. Il était face à Rhadamanthe et cela avait l'air de très mal se passer. Il devait intervenir et vite. Il s'approcha d'eux.

— Et bien, il ne reste que toi Rhadamanthe. Je suis sûr de Kanon serait heureux d'avoir un coup de main maintenant que Saga a déserté, sourit-il.

Le bleuté et le blond se retournèrent d'un coup. Comment ça il ne restait plus qu'eux ? Shion se doutait bien que ces deux là avaient un mal fou à se tolérer, du coup c'était là un bon moyen pour les rapprocher.

— Tu veux rire, Shion ! Je ne veux pas me retrouver avec lui !

— Parce que tu crois que ça me plairait ? s'énerva à son tour le Juge.

— Toute aide nous est utile. N'est-ce pas pour cela que vous êtes là, fit le Pope à l'intention du blond.

— Certes…

Kanon allait relever, mais Shion lui fit comprendre télépathiquement que son aide était utile et que ce n'était pas le moment de faire les gamins. Le bleuté soupira. Il savait que l'Atlante avait raison mais il aurait préféré travailler avec quelqu'un d'autre.

— Très bien. On peut toujours essayer, fit Kanon en rivant ses émeraudes aux soleils du Juge.

— Bien, reprit la Wyvern en tendant sa main droite vers son ancien ennemi.

Kanon accepta la trêve et glissa sa main droite dans celle offerte. Ils effectueraient donc ensemble les recherches dans le troisième temple.

Sanctuaire d'Athéna, temple des Gémeaux.

Kanon et son invité n'avaient pas ouvert la bouche depuis leur départ du Palais. De toute façon ils n'avaient rien à se dire. Lorsqu'ils pénétrèrent dans le temple, Rhadamanthe remarqua qu'il était assez bien rangé. Il supposa à juste titre que c'était l'oeuvre de l'aîné plus que celle de ce Chevalier de pacotille. Kanon le vit scruter.

— Si quelque chose te dérange, tu peux partir ! grogna le bleuté.

— Il n'y a rien, répondit simplement l'Anglais.

Kanon ne se sentait pas à l'aise avec le Juge et il le lui montrait bien. Cependant, Rhadamanthe était là pour l'aider alors soit… Il lui fit visiter, en partie, le temple. La cuisine, la salle de bain et la chambre des apprentis, vide pour le moment, s'il voulait se reposer ou même dormir là, bien que cette éventualité ne plaisait guère au Gémeaux. Après avoir fait un bon café, ils se rendirent dans la salle des archives, sous le temple.

A peine entrés, ils sortirent des rayonnages un certain nombre de registres et s'installèrent pour les consulter, toujours dans un silence presque trop monacal.

Même moment, temple du Lion.

L'ambiance du cinquième temple était plutôt tendue. Marine, qui était heureuse d'avoir eu le courage de proposer son aide à Aiolia, avait beaucoup de difficultés à trouver sa place. Le félin ne déniait pas lui adresser la moindre parole, le moindre regard. Derrière son masque, il lui arrivait de l'observer sans qu'il ne puisse le remarquer. Cet « accessoire » avait du bon, parfois. Il avait l'air si sérieux, si absent…. Elle avait même souvent l'impression qu'elle le dérangeait, alors qu'elle ne souhaitait que donner un coup de main. Elle commençait à regretter son audace. Elle soupira lourdement.

De son côté, le pauvre Aiolia ne se rendait pas compte de l'état de Marine. Ne pouvant voir son visage, il ne voyait ni ses yeux rougis ni sa mine blême, mais il ressentait sa tristesse au travers de son cosmos. Lui, faisait en sorte de camoufler au mieux ses sentiments. il était si troublé par la présence de l'Aigle qu'il avait agi comme un goujat, se concentrant sur les registres sans se préoccuper de la belle rousse. Aussi, lorsqu'il sentit le trouble de Marine il décida d'agir.

— Veux-tu boire quelque chose ? demanda-t-il timidement.

Un peu décontenancée, Marine mit un certain temps avant de répondre.

— … J'aimerais bien, oui.

— Je vais faire du café, à moins que tu ne préfères autre chose ?

— Non, du café, ça ira. Merci.

Marine regarda son beau félin partir, en une seconde il avait totalement changé de comportement. Sans pour autant être entièrement rassurée, elle se sentait un tantinet plus sereine. L'ambiance s'était allégée. Un moment plus tard, le blond revint avec deux tasses fumantes et en tendit une à celle qui faisait battre son coeur. Elle prit le récipient et remercia son ami. Cependant quelque chose sembla gêner la jeune femme Chevalier.

— Il y a un problème, Marine ? s'inquiéta Aiolia.

— Et bien…. en fait, je ne peux pas le boire ici.

— Hein ! Mais pourq….

Le Lion se tut et baissa les yeux. Il avait quelque peu oublié que Marine ne pouvait ôter son masque devant un homme. Il se sentit vraiment troublé, il ne voulait pas qu'elle s'éloigne de lui pour ce petit moment de détente. Il se mit à réfléchir.

— Ne t'en fait pas, je monte à la cuisine et je reviens dès que j'ai avalé le café, annonça-t-elle.

— Non reste, s'il te plait. Je vais trouver un moyen. J'aimerai qu'on le boive ensemble…. avoua-t-il dans un léger murmure.

Marine fut agréablement surprise des paroles du Lion, et accepta de rester. Aiolia monta vers la partie habitable de son temple afin de trouver quelque chose qui pourrait séparer la salle des archives en deux. Un instant plus tard, il revint avec une immense nappe.

— Que veux-tu faire avec ça ? demanda Marine en riant.

— Et bien, je veux l'attacher entre les bibliothèques, lui répondit-il sur un ton amusé.

— Ca ne fonctionnera pas, tu sais. Mais si tu me promets de ne pas me regarder, alors je veux bien rester.

Le Gold cessa de s'agiter et regarda le masque inexpressif de son amie et sourit.

— Je te le promets, Marine, répondit Aiolia sur un ton plus sérieux..

Le Chevalier se retourna afin de faire dos à l'Aigle, et elle en fit de même, juste par précaution, et retira son masque qu'elle posa sur la table de travail. Le Gold sentit tout son corps trembler, sa respiration accélérer et son coeur battre plus fort. Pourquoi était-il dans cet état d'un coup, ce n'était pourtant la première fois qu'il se retrouvait seul avec elle. Ou était-ce le fait qu'en cet instant, elle ne portait plus son masque ? Il avait envie de se retourner afin de voir enfin son visage, mais il lui avait promit.

Le Chevalier d'argent était dans un état proche de celui de son compagnon d'armes, sans s'en douter. Elle sentait son visage s'empourprer, ses mains tremblaient comme celles d'une jouvencelle, son coeur battait à tout rompre. Elle avait envie de se retourner pour voir, avec ses propres yeux et non au travers d'un masque, celui qu'elle aimait depuis tant d'années mais cette coutume ridicule l'en empêchait. Elle se hâta de finir de boire le breuvage pour remettre en place cet accessoire et reprendre les recherches. Il fallait en finir au plus vite, sinon elle ne tiendrait pas…

Sanctuaire d'Athéna, temple de la Vierge.

Les recherches avançaient, ici, plutôt bien. Il faut dire que les caractères opposés du Gold et du Phœnix, les y aidaient. L'atmosphère était pesante. Shaka se demandait pourquoi Ikki avait tant insisté pour l'aider, alors qu'il ne le regardait pas et qu'il ne lui adressait pas la parole. Le Gold observait à la dérobée ce Chevalier qui l'avait surpassé jadis. Il ne le trouvait plus si puissant, il pouvait même dire que le Phœnix s'était transformé en moineau. L'éclat qu'il avait dans le regard avait disparu pour laisser place à un regard vide et fuyant. Cela faisait un moment qu'il l'avait remarqué mais n'y avait pas, jusqu'à lors, vraiment prêté attention. Qu'était-il arrivé à ce puissant Chevalier, devenu Divin lors de la dernière guerre contre Hadès ? Pourquoi restait-il distant vis-à-vis de lui ? Et encore une fois, pourquoi tenait-il tant à l'aider ? Un soupire presque las s'échappa de sa bouche, rompant ainsi le silence qui pesait depuis des heures.

Ikki releva son visage des registres et fixa son compagnon d'armes, se demandant ce qui lui arrivait.

— Il y a un problème, Shaka ?

Le Gold ne savait pas vraiment quoi répondre, il opta pour la vérité.

— Et bien, je me demandais pourquoi tu étais là ?

— Pour de filer un coup de main. Ca va plus vite à deux.

La voix du Phœnix tremblait légèrement.

— Mais pourquoi avoir tant insisté, alors que visiblement ma compagnie te dérange ?

Ikki qui ne savait quoi répondre, détourna son regard et eut presque honte de son comportement.

— Cela fait des heures que nous sommes là, nous n'avons même pas échangé deux mots, reprit calmement le blond.

Le Phœnix se sentit plus gêné encore. Ce que venait d'affirmer le Gold était totalement vrai. Il avait voulu être avec lui et s'était montré sous son plus mauvais jour. Que devait-il répondre ? Il n'était là que pour lui ; son regard envoûtant, sa beauté de l'âme et sa beauté tout simplement. Oui ! Il était tombé sous le charme du beau blond. Mais devait-il seulement lui dire ?

— Tu as raison. Je suis désolé. A vrai dire, je ne parle jamais beaucoup et je n'aime pas déranger. J'ai pensé que me taire était judicieux, expliqua Ikki sans répondre à la question.

Shaka était dubitatif. L'excuse fournit par son « invité » lui sembla trop facile, trop légère. De plus, Ikki avait de nouveau ce regard fuyant et cela n'était pas vraiment dans ses habitudes. En attendant mieux le Gold sourit et acquiesça, se promettant de découvrir le fin mot de l'histoire.

— Souhaites-tu boire quelque chose ? demanda alors l'hôte pour briser ce silence.

— Un verre d'eau serait le bienvenu, répondit l'oiseau de feu.

Shaka soupira, cela ne sera pas simple de faire parler le Phœnix.

Sanctuaire d'Athéna, temple de la Balance.

Au temple de la Balance, l'ambiance n'était pas beaucoup plus conviviale. Le Dragon et le Guerrier d'Epsilon se regardaient à peine et l'atmosphère était de plus en plus pesante. Ging, le meilleur ami loup de Fenrir, s'était réfugié dans un coin du temple, le sachant en sécurité. C'est Shiryu qui rompit ce silence presque morbide, tout en essayant de reprendre contenance.

— Veux-tu boire quelque chose ? demanda d'une voix hésitante le Dragon.

— Je veux bien un café, enfin si cela ne te gêne pas, bafouilla Fenrir.

Shiryu alla dans la cuisine pour préparer le breuvage noir pour son invité et un thé pour lui. Il prit une profonde inspiration avant de retourner dans le salon, se retrouver seul avec lui l'angoissait. Il l'avait tué ainsi que ses loups, que pouvait-il espérer ? Il pensa à sa longue crinière grise tombant en en cascade, son regard profond aux couleurs du soleil couchant, sa démarche envoûtante telle celle des loups qu'il ne quittait pas et son corps qu'il avait envie de toucher, de caresser, d'embra… Il se mit une claque mentale mais c'était trop tard. Son propre corps venait de réagir, une douce chaleur lui parcourait les reins et son coeur se mit à battre plus fort, bien plus fort… Heureusement, il portait une tunique assez longue par dessus son pantalon cela permit de cacher son désir montant. Il prit une autre bouffée d'air, attrapa les tasses et retourna près de Fenrir.

Dans ce climat glacial, Fenrir, pourtant habitué, ne put refréner un frisson. Il observait son beau Dragon à la dérobée. Il avait légèrement changé. Il semblait plus mature, son visage d'adolescent se transformait en visage d'adulte. Son corps avait gagné en musculature mais son regard avait perdu de son intensité et semblait triste. Le Guerrier d'Asgard ne souhaitait qu'une chose en cet instant : le prendre dans ses bras, lui murmurer des mots tendres et réconfortants jusqu'à ce qu'il retrouve le sourire et l'éclat dans ses émeraudes, l'embrasser en laissant parcourir ses mains sur sa peau… Fenrir se rabroua, détourna ses soleils de celui qui le faisait fantasmer et finit par rompre ce nouveau silence.

— Merci pour le café. Il est bon.

Les mots de Fenrir semblaient presque résonner dans la pièce tant le silence régnait. Shiryu ne prononça aucun mot mais acquiesça d'un hochement de tête. Il ne savait pas vraiment quoi faire en cet instant et se trouver si près de Fenrir mettait ses sens à dure épreuve. Mais il vit là également une occasion pour mieux le connaître, seulement comment entamer la conversation et par quoi commencer ? Le Guerrier d'Asgard semblait tout autant fermé que lui.

Le Guerrier aux Loups sirotait le breuvage apporté par son amour. Il tenait la tasse que Shiryu avait tenu lui-même quelques minutes plus tôt. Son coeur s'emballait et sa respiration se saccadait. Il fit bien attention à ne rien dévoiler de ses émois devant Shiryu car il ne savait pas comment il pourrait réagir. Une question lui brûlait les lèvres depuis un moment, mais il ne la posa pas de peur d'être trop indiscret. Personne ne lui avait parlé de sa fiancée, où était-elle ? Allait-elle arriver un peu plus tard ? Il soupira. Non ! Il ne pouvait pas lui demander cela. Ils ne se connaissaient pas assez pour cela.

L'ambiance pesante entre les deux hommes ne s'allégeait pas. Que faire ? Chacun d'eux souffrait d'être si près et pourtant si loin de l'être aimé.

— Nous devrions peut-être nous mettre au travail, intervint l'Asgardien.

Perdu dans ses songes, le Dragon avait oublié pourquoi l'homme aux Loups était ici. L'armure d'or. Cela leur donnera sans doute l'occasion de se parler.

— Oui, tu as raison. Descendons aux archives, répondit Shiryu un peu trop froidement.

Fenrir hocha la tête pour lui donner son accord. Les deux hommes se rendirent donc la salle poussiéreuse où ils l'espéraient, se trouvait un registre comportant des informations sur l'affaire. Cependant, chacun de leur côté souhaitait que ce moment arrive le plus tard possible, afin qu'ils puissent passer le plus de temps possible ensemble. La table était assez grande et par précaution, ils s'installèrent à l'opposé l'un de l'autre afin de pouvoir résister à la tentation. Ils se mirent néanmoins au travail assez rapidement, même si de temps à autre des regards se perdaient ailleurs que dans les registres qu'ils consultaient.

Sanctuaire, temple des Gémeaux, après-midi.

Au milieu de l'après-midi, Rhadamanthe se souvint qu'il voulait faire une transgression. Mais pour cela, il devait laisser son hôte seul alors qu'il savait qu'il était utile ici. L'ambiance était toujours lourde entre les deux anciens ennemis, alors un peu de distance pouvait faire du bien. Le Juge se leva tout en laissant en plan le registre qu'il consultait.

— Tu lâches enfin l'affaire ? demanda ironiquement Kanon.

— Je vais m'isoler, je viens d'avoir une idée, répondit le blond.

— Ha oui ! Une idée ? M'en diras tant !

Rhadamanthe se pinça l'arête du nez et soupira. Décidément, ce type l'agaçait.

— Chaque « Rhadamanthe » possède la mémoire des précédents, précisa-t-il. Je compte pouvoir m'isoler afin d'être au calme pour remonter mes vies antérieures.

— Tu peux faire ça ?

— Oui.

— Et tu penses que ça va marcher ? le bleuté en avait oublié qu'il n'appréciait pas le Juge.

— Je ne sais pas, répondit-il songeur. Aucun des Dieux, ici présent ne semble se souvenir, je doute que cela soit différent pour moi.

— Si c'est pour aider, alors… tu peux prendre la chambre des apprentis.

Le Juge fit volte-face et sans un mot de plus quitta la salle des archives. Il s'assit sur l'un des lits de la petite chambre rudimentaire, s'installa et se laissa aller sur le matelas assez confortable. Il ferma les yeux et plaça ses bras dessus pour se protéger de la lumière. Il se sentait bien et rapidement il entra en phase de régression.

Il se perdit dans les méandres de ses souvenirs ou plutôt de ses vies antérieures, se rappelant de telle ou telle chose plus ou moins insignifiante comme par exemple la couleur de la chambre qu'il occupait plusieurs centaines d'années auparavant ou encore le goût de ce thé anglais qu'il n'avait pas eu en bouche depuis au moins presque autant de temps. Il continuait de revivre ses différentes vies mais rien pour le moment ne lui donnait d'indices sur cette fameuse armure d'or oubliée de tous, même des Dieux.

Parfois, Rhadamanthe se sentait presque heureux de revivre certains souvenirs. Parfois, à l'inverse, il aurait souhaité qu'on lui efface cette mémoire. Plus il remontait le temps, plus il se souvenait de ses vies avant qu'il ne devienne « Rhadamanthe de la Wyvern, premier Juge des Enfers ».

Dans le dédale de ces moments, il éprouvait quelque chose d'étrange, une angoisse grandissante à mesure qu'il s'éloignait du présent mais qui l'attirait irrémédiablement plus loin, toujours plus loin. Se pourrait-il que quelque part en lui, ses souvenirs voulaient lui parler, lui montrer une chose importante ?

C'était dangereux d'aller plus en avant dans la régression, surtout en se laissant porter par cette sensation, mais il n'avait encore rien trouvé. Il suivit donc ce fil d'Ariane qui lui montrait le chemin qu'il devait suivre pour arriver, du moins l'espérait-il, à son but. Etait-ce prudent ? Raisonnable ? Non ! D'ailleurs, il savait que cela pouvait lui coûter cher de suivre autre chose que le fil de ses propres vies. Soit ! Il prendrait le risque. La paix le valait bien, lui aussi en avait assez de se battre.

Ile d'Anydalos, dans la soirée.

Il faisait maintenant nuit sur la petite île d'Anydalos. Hadrien était rentré à l'auberge où il avait dîné puis s'était enfermé dans sa chambre. Il se remémora cette dernière année, ses rêves étranges qui l'avaient conduit ici. Il espérait que la journée du lendemain apporterait les réponses à toutes ses questions. Il avait emporté le registre qui mentionnait l'armure et son ancêtre, il se replongea dedans afin de vérifier qu'il n'avait rien omis. Dans la grotte, il ne semblait pas avoir de porte ou de mécanisme. Comment accéder à la pièce secrète ? Peut-être que quelque chose était inscrit à ce sujet dans le document.

Pendant ce temps à l'autre bout de l'île, les mercenaires d'Héra arrivèrent discrètement et décidèrent de monter un camp de fortune pour la nuit près des falaises qu'ils savaient être le lieu d'exil de l'armure. Il leur fallait être prudents et prêts. Prêts pour l'ouverture de la grotte et pour le réveil total de la Gémini. Allait-elle se rappeler de tout ? Allait-elle vouloir se venger ? Dans tous les cas, ils devaient être prudents et agir vite. Juste un seul faux pas et Héra sera furieuse. Elle-seule savait ce qu'elle pourrait leur faire subir.

Galien s'éloigna du camp suivi de très près par Konrad qui se demandait ce qui pouvait rendre son ami aussi étrange. Rarement, il quittait ses hommes sans prévenir. Galien était un Dieu possédant une bonne musculature et était plutôt grand. Ses yeux étaient noirs comme le charbon mais une mèche brune de ses cheveux courts lui en barrait.

— Ca n'a pas l'air d'aller, demanda Konrad en posant une main sur l'épaule de son ami qui regardait la mer.

Le général de la garde se retourna pour répondre à Konrad.

— Je ressens une drôle d'impression depuis un moment, mais ne t'en fais pas je vais bien.

— Pourquoi l'armure s'est-elle réveillée selon toi ?

— Les seaux ont dû se rompre lorsque Hadès a perdu la vie, et quand Poséidon est retourné dans l'urne d'Athéna. Mais j'ignore pourquoi il a fallu tant de temps à l'armure pour s'éveiller.

Konrad s'approcha et enlaça Galien. Pendant un long moment, les deux hommes restèrent sans bouger. Galien avait rejeté sa tête en arrière pour l'appuyer contre l'épaule de son amant. Cela faisait maintenant plusieurs siècles qu'ils s'aimaient et qu'ils vivaient ensemble. Au bout d'un moment, Galien se retourna. Il accrocha le regard vert qui le fixait et posa délicatement ses lèvres sur celle de son aimé. Konrad, lui, était moins grand que son amant. Son corps était fin mais bien plus musclé qu'il n'y paraissait. Sa toison blonde comme les blés était mi-longue et lui descendait jusqu'au milieu du dos. Un long baiser langoureux et sensuel s'ensuivit, laissant presque pantois les deux hommes. Ils savaient que l'un d'eux pourrait perdre la vie dans cette bataille, mais Héra passait avant tout autre chose, même devant leur amour….

Sanctuaire d'Athéna, temple des Gémeaux.

Alors que le Gémeaux continuait de lire des milliers de lignes, Rhadamanthe n'avait pas refait surface de la journée. Inquiet, Shion se rendit au troisième temple. Il avait senti la régression du Juge et Kanon lui avait envoyé un message télépathique. Lorsqu'il ouvrit la porte de la pièce, il le vit endormi sur le lit. Le visage du Spectre était tiré et il avait vraiment l'air épuisé, aussi le Pope décida de le laisser se reposer et posa une couverture sur lui avant de tirer les rideaux et de quitter les lieux. Shion savait que le lendemain Rhadamanthe ferait un rapport sur ses recherches. En fermant la porte, une voix l'interpella.

— Tu ne veux pas savoir ? demanda le Juge qui s'était réveillé lorsqu'il avait senti quelque chose se poser sur lui.

— Désolé de t'avoir réveillé. Veux-tu manger quelque chose, je pense que Kanon se fera une joie de faire quelque chose ? interrogea Shion en éludant la question du Spectre.

— Non, merci ! Tu n'as pas répondu ?

— Bien sûr que je souhaite savoir ce que tu as découvert, mais je peux aussi être patient et attendre demain. Tu devrais te reposer, tu nous raconteras ça demain à tous.

— Très bien, murmura Rhadamanthe en se laissant emporter par les bras de Morphée.

Shion regarda son ancien ennemi. Il sourit. Voir le Spectre le plus puissant des Enfers dormir ainsi, le fit sourire. Il n'avait plus l'air aussi mauvais qu'il voulait bien le montrer. Il quitta le temple et remonta au Palais après avoir été voir Kanon et lui dire que tout allait bien.

Sanctuaire d'Athéna, les arènes, le soir.

Kanon se sentait de plus en plus mal sans savoir pourquoi. La drôle de sensation, qu'il avait dans le bas ventre depuis quelques temps, l'inquiétait grandement d'autant que cela empirait. Il ne savait pas quoi en penser. Ce soir, son jumeau était au neuvième temple et lui tournait en rond dans le temple, le sommeil le fuyait. Sans doute aussi en partie à cause de la présence dérangeante d'un certain Juge des Enfers. Il s'était motivé à descendre aux arènes afin de se faire un petit entraînement intensif en solitaire. Cela faisait maintenant deux bonnes heures qu'il se fatiguait à la tâche. Torse-nu, son corps luisait de transpiration et deçà-delà des perles d'eau salées se faufilaient entre les arêtes de ses muscles saillants. Il se dépensait si intensément qu'il avait un mal fou à reprendre sa respiration.

Il frappait encore et encore des rochers sans jamais utiliser son cosmos. Puis, au moment où il allait frapper de nouveau, il sentit la présence d'un cosmos qui s'approchait.

— Qui va là ? cria-t-il en se positionnant en attaque.

— Du calme. Je te rappelle que nous ne sommes plus des ennemis.

— Ouais bah ça, j'en serais convaincu quand on se battra côte à côte ! Qu'est-ce que tu fiches là ? interrogea Kanon.

— Je me balade, répondit Rhadamanthe.

Le cadet des jumeaux resta sceptique devant la réponse de son ancien ennemi mais ne releva pas et entreprit de reprendre là où il s'était arrêté.

— Ca n'a pas l'air d'aller fort, fit remarquer le Juge.

— C'est pas tes oignons.

— Ok ! Si tu veux je peux me joindre à toi.

— Non merci, je préfère m'entraîner seul, là. Et tu n'as pas l'air mieux que moi, reprit le Gold.

— C'est pas tes oignons ! fit le Juge en reprenant exprès les mêmes mots que son vis-à-vis.

— Ooook…

Le blond se recula un peu et s'assit sur un rocher. Il se mit à observer machinalement le Gold qui se défoulait sur les roches alentours. Il scrutait son corps. Il le détaillait sous toutes les coutures. Rhadamanthe reconnut que Kanon était un Guerrier accompli. Puissant. Enigmatique. Manipulateur. Il admirait ça chez ses ennemis. Mais le regard du Spectre s'égara sur les courbes du Chevalier sans vraiment s'en rendre compte. Ce n'était plus le guerrier qu'il dévisageait c'était l'homme.

Il se souvint alors de ce qu'il avait ressenti lors de son combat contre Gemini. Il avait admiré sa force et son caractère certes mais aussi l'homme. Il se rappela de son odeur suave, mélange de transpiration, d'excitation et d'eau de toilette. Et lorsqu'ils s'étaient élevés dans les cieux, alors que Kanon ne portait plus son armure, il revit sa détermination à protéger sa Déesse. Il ne pouvait nier le fait que Kanon des Gémeaux était l'un des rares adversaires, qu'il ait eu, à résister autant et à l'avoir anéanti.

Pourquoi fallait-il qu'il repense à cela maintenant ? Pourquoi regardait-il le bleuté ainsi ? Serait-il attiré par lui ? Non, cela ne se pouvait pas ! Pourtant, une force invisible l'avait poussé à rester et étrangement, il se sentait bien. Mais l'heure n'était pas aux épanchements amoureux. Il y avait plus grave. Une menace planait au dessus d'eux.

Kanon, lui, tentait de faire comme si le blond n'était pas là. Il ne savait pas pourquoi mais la présence du Juge d'Hadès le perturbait. Il le sentait le dévisager. Que pouvait-il bien penser ? A force de se déconcentrer, Kanon rata un de ses coups et se fit atrocement mal au poignet. Cela ne lui ressemblait pas.

— Tout va bien ? lui demanda Rhadamanthe qui avait tout vu.

— Ca ira mieux dans un jour ou deux, tenta d'ironiser le Gold.

— Montre-moi, demanda le Juge en s'approchant.

— C'est bon, merci. Ca ira. Je ne suis pas en sucre !

Le Spectre stoppa net. Il s'inquiétait pour lui ? Il se rabroua.

— Si tu ne mets pas de la glace dessus, tu vas morfler.

— Tu te prends pour ma mère ou quoi ?

— Pff ! Fais comme tu veux. Après tout c'est pas mon problème, fit le blond en faisant volte-face.

Kanon le regarda partir. Une chose étrange se passa en lui. Il ne voulait pas le voir partir ainsi. Il se sentait finalement bien en la présence du Spectre et souhaitait en profiter encore un peu. Et puis, il était là pour les aider alors pourquoi ne pas faire preuve de courtoisie ?

— Attends !

— Quoi ?

— Je te paie un verre mais je garde la glace pour mon poignet, sourit le bleuté.

— A condition que tu me gardes un glaçon, répondit le blond.

Les deux hommes sourirent et prirent la direction du troisième temple. Kanon expliqua pendant le trajet que son frère n'était pas là. Arrivé dans la demeure des Gémeaux, Kanon alla directement dans la cuisine afin de se faire une poche de glace pilée et revint avec deux verres dans lesquels un glaçon cognait contre les parois.

— Je te mets quoi avec le glaçon ?

— Whisky.

— Alors ta régression, ça donne quoi ? demanda enfin le bleuté.

— Pas grand chose.

Kanon leur servit la boisson demandée et les deux hommes trinquèrent comme de vieux amis. Ils passèrent une partie de la nuit à boire et à discuter de la menace qui les guettait, mais le Juge évita de parler de sa régression. Ils passèrent un très bon moment, un peu trop bon selon les critères de Rhadamanthe.

Sanctuaire d'Athéna, temple de la balance.

L'ambiance ne s'allégeait pas entre le Chinois et l'Asgardien. Les recherches n'avaient rien donné pourtant ils avaient lu maints registres. Parfois, les deux hommes parlaient de ce qu'ils lisaient mais cela n'allait pas plus loin. Ils avaient dîné ensemble et Shiryu avait proposé à son amour de dormir au temple. Fenrir avait bien entendu accepté.

— Je vais me coucher. Bonne nuit, Fenrir, réussit à dire après avoir pris une profonde inspiration le Dragon.

Déjà ? se dit l'argenté mentalement. Très bien, bonne nuit, répondit-il à contre-coeur.

— Fait comme chez toi, fit l'occupant des lieux tout en lui tournant le dos pour rejoindre sa chambre.

Fenrir soupira et se laissa tomber dans le canapé moelleux. La tête en arrière, il ne put s'empêcher de se traiter de larve. C'était le moment pour lui parler, et il n'avait pas osé. Et dire qu'ils étaient tous de preux combattants. Ging s'approcha de son vieil ami pour le soutenir tout en lui léchant la main. Puis tous deux se dirigèrent vers la seconde chambre du temple. Fenrir espérait pouvoir dormir un peu, en face de sa chambre se trouvant l'objet de ses fantasmes.

Shiryu venait à peine de regagner sa chambre que tout son corps s'était mis à trembler. Même dans ses plus difficiles combats cela ne lui était jamais arrivé. Pourquoi lui avoir proposé de dormir ici, alors qu'il y avait appartements et chambres au Palais ? Comment supporter cette présence autant propice qu'incongrue ?

A suivre …

[1] : L'île n'existe pas.