Chapitre 7


Note: Ce chapitre était supposé être le dernier, rappelez-vous. Eh bien finalement, il reste l'avant dernier. Pas par plaisir de rallonger la sauce, mais parce que je viens d'en couper plus de la moitié. Un bon trois quart disons. Trois quart qui a besoin de quelques ajouts et modifications, après une relecture très, très, vraiment très approfondie il y a une petite heure. J'apprécie cette fic et ne tiens pas du tout à ce qu'il y manque quoi que ce soit. Et là, en l'occurrence, je ne la trouve pas complète (sans reparler des quelques éléments manquant ). Un petit quelque chose lui fait défaut, je ne sais pas encore quoi, mais je vais trouver ^^

Bonne lecture, et merci à toutes (tous peut-être?) pour vos reviews encourageantes et toujours très sympas =)


Il lutta pour s'extraire d'un rêve horrible. Le poids d'un corps qui écrase le sien. Qui joue avec lui, longtemps, avant de le briser. La douleur pulse dans sa poitrine, broie son estomac, s'insinue brutalement entre ses cuisses avant de le submerger entièrement. Et il se rappela que ce n'était pas un rêve. Pas vraiment. Le souffle court et haletant, il se redressa dans son lit. Il avait horriblement chaud, des mèches de cheveux humides lui collaient au front, on aurait dit qu'il ruisselait de tous les pores de son corps. Sam se dirigea vers la salle de bain du pas lent et mal assuré d'un scaphandrier avançant à contre courant sur le fond d'une rivière. Des élancements paresseux lui traversaient le crâne et il avait dans la bouche un arrière goût de sang. Sans dote s'était-il mordu la langue.

Un coup d'œil furtif vers l'ombre immobile de son frère lui assura qu'il ne l'avait pas réveillé. Pas cette fois.

Un brin soulagé, il se concentra sur son objectif: gagner le lavabo sans s'étaler lamentablement au sol. Tâche plus difficile qu'il n'y paraît quand on a le cœur aux bord des lèvres, la vision floue et décousue...et qu'à trois heures et demi du matin la chambre est plongée dans le noir total.

Chaque enjambée qu'il faisait semblait l'éloigner d'autant et Sam songea qu'il allait devoir avaler très vite un ou deux aspirines.

Deux jours. Cela faisait deux jours qu'il s'était éveillé dans cette pièce. Deux jours que ces putains de cauchemars le hantaient. Autant de jours qu'il essayait d'ériger un semblant de barrière entre le passé et le présent, sans succès.

Lorsqu'il atteignit enfin la salle de bain, ses doigts durent tâtonner deux longues minutes le mur avant de rencontrer l'interrupteur. Le jeune homme referma la porte d'un coup d'épaule et la seule vue des toilettes suffit à contracter violemment son estomac. A genoux devant la cuvette, il vomit le peu de matière que Dean l'avait contraint a avaler quelques heures plus tôt.

Lorsque les spasmes se calmèrent il se laissa lourdement aller en arrière.

La respiration rendue saccadée par l'effort, il ferma les yeux, se laissa glisser le long du mur jusqu'à s'étaler de tout son long sur le carrelage frais.

Des secondes s'écoulèrent, puis des minutes… Il n'esquissait plus un geste. Le contact du sol sur sa peau trop chaude lui faisait du bien. Et puis il ne se sentait vraiment pas le courage d'affronter l'interminable chemin du retour jusqu'à son lit.

« Peut-être qu'en rampant tu y seras arrivé avant le réveil de Dean… » songea-t-il.

Un sifflement désabusé jailli de ses lèvres, et il prit une longue inspiration par le nez.

Il détestait ce qu'il était devenu. Il détestait la moindre de ses pensées. Il détestait ce qu'il voyait dans le miroir. Il détestait sentir le regard empreint de pitié de son frère se poser sur lui…il s'imaginait sans doute que les yeux baissé il ne pouvait en avoir conscience. Il détestait que Dean sache. Il se haïssait, tout simplement.

Lorsqu'il s'était éveillé pour la première fois dans cette chambre, l'avant-veille, la première sensation qu'il avait perçu avait été la paume fraîche de Dean sur son front. Empêtré dans les limbes du sommeil il avait mis un certain temps avant de réussir à ouvrir les yeux. Rapidement, des élancements douloureux avaient surgi à divers endroits de son corps, trop nombreux et disséminés pour qu'il localise le quart d'entre eux. Sa tête lui avait donné la nette impression qu' un rouleau compresseur était passé dessus, mais pour le reste…Heureusement pour lui sa souffrance n'était pas passée inaperçue aux yeux de son frère aîné, puisqu'il avait à peine eu le temps d'ouvrir la bouche qu'un corps étranger - un antalgique vraisemblablement- s'y était aussitôt introduit. Puis la voix rassurante de l'être qu'il croyait ne plus jamais revoir l'avait bercé, poussée à avaler une gorgée d'eau.

Son cœur s'était emballé en même temps qu'il avait réalisé que Dean était toujours en vie. La suite était un peu floue… Il avait dû essayer de se redresser, car la chambre s'était mise à tanguer violement et deux mains fermes avaient doucement accompagné sa tête jusqu'à l'oreiller. Dean lui raconta plus tard qu'il avait essayé de lui parler mais que chacune de ses tentatives s'était soldée d'un échec lamentable: des phrases sans queues ni têtes, ponctuées de protestations lorsque Dean tentait vaillamment de l'obliger à avaler un nouvel antalgique (le premier avait disparu quelque part sur la moquette à la première diarrhée verbale). Les effets de la hyoscine ne disparaissaient pas en une nuit, manifestement.

Une poignée de minutes après que Dean parvienne à ses fins et maintienne le verre à ses lèvres juste assez fermement pour l'obliger à boire mais pas suffisamment pour l'étouffer, et il s'était endormi.

Quand il s'était à nouveau éveillé, la première chose qui l'avait surpris avait été le sourire de son frère aîné. Le soulagement qu'il avait pu lire dans ses yeux. Plus tard il l'avait cherché. Mais il avait eu beau sonder Dean chaque fois que ce dernier croisait son regard, il ne l'avait pas trouvé. Pas la plus infime trace de dégoût, pas la moindre répulsion. Une lueur d'espoir avait alors traversé Sam. Dean ne l'avait certainement pas remarqué. Le sang qui devait maculer son entrejambe. Il avait dû le plonger dans la baignoire sans s'attarder sur des parties de son anatomie qu'il n'avait de toute façon ni droit ni envie de reluquer. Etrange, mais Sam n'avait alors pu saisir d'autres explications à la réaction de son grand frère. Dean l'avait lavé, avait soigné ses blessures du mieux qu'il avait pu, et la marque la plus visible de sa honte avait été effacée.

Mais la veille, cet espoir avait volé en éclat et Sam s'était senti sombrer un peu plus profondément dans l'océan de noirceur qui noyait son esprit. Dean avait d'abord prit le temps de lui raconter en détails sa rencontre avec l'italien et ses sbires puis avait enchaîné avec l'escapade dans les égouts. Ensuite, il avait insisté pour qu'il lui parle de ce qui s'était passé…là-bas. Il voulait qu'il lui raconte ce dont il se souvenait. Déstabilisé, Sam avait bafouillé quelques mots inintelligibles, incapable de se résoudre à en parler. Dean avait respecté ce choix, et quelque chose dans ses yeux, quelque chose dans la manière dont sa main s'était posée sur son épaule avait réveillé la crainte de Sam. Ca n'avait été qu'un faible pressentiment, mais qui devint bien plus lorsque son aîné lui dit, la voix altérée, presque sur un ton d'excuse: « Je…Je sais, Sammy. Clayton m'a…il m'a dit. Je ne voulais pas le croire, et quand…quand j'ai du te déshabiller pour soigner tes blessures… ». Sam ne l'avait pas laissé finir. « Tais-toi. S'il te plais Dean…tais-toi ».

La voix que Sam s'était efforcé de maîtriser s'était brisée sur les dernières syllabes, faisant à Dean l'effet d'un coup de poing à l'estomac. Ces seuls mots n'avaient en rien reflété l'indicible douleur qui habitait son frère. Mais ils lui en avaient donné un aperçu.

Dean s'était tut, et avait décidé de ne plus ajouter un seul mot à ce sujet, pas tant que Sam ne serait pas prêt. Il ne quitterait pas son petit frère d'une semelle, lui prêterait une oreille attentive, et ce même si Sam ne désirait plus lui parler que de schtroumfs ou de marraine la bonne fée. Et lorsque le moment sera venu, quand Sam s'ouvrira à lui, et ce jour arriva forcément, il sera là. Il espérait seulement que ce instant se profilerait très vite à l'horizon. Il connaissait son petit frère: plus le temps allait passer, plus Sam se renfermerait sur lui-même, et plus le poids de sa souffrance le briserait. Dean ne le laisserait pas se détruire. Il ne patienterait pas indéfiniment. Si jamais Sam glissait dans le mutisme, il l'obligerait à se livrer, d'une manière ou d'une autre.


Une vingtaine de minutes s'étaient écoulées, lourdes, distendues. Les yeux clos, Sam se concentrait sur sa respiration. Essayait du moins…Sa tête et son estomac semblaient n'avoir de désir que celui de le torturer jusqu'à ce qu'il devienne fou. Mais le pire dans cet état n'était même pas physique; il était dans l'impression consternante et déboussolant d'être en dehors de lui-même. Et pour parfaire sa situation pitoyable, la voix de Jeff, narquoise et sifflante, s'infiltrait dans ses pensées pour ne plus le lâcher.

« Regarde-toi Sweety… Où est passé ta persévérance? Regarde-toi…étalée comme une loque à côté de ta gerbe. Tu es pathétique. Vraiment pathétique… »

Sam poussa un gémissement de douleur et de frustration, se tourna mollement sur le côté, pour retrouver aussitôt sa position initiale lorsqu'un élancement rappela sa tête à son bon souvenir.

« Hahaha! Mon Dieu-eu! Quelle combativité! Tu m'impressionnes » .

Une seconde passa. Puis cinq, sans d'autre son dans son crâne que celui du sang qui le martelait. Sam relâcha son souffle. Il devenait fou. Complètement, totalement f…

« Je te l'avais dis, Sammy. Juste bon à servir de pute. Tu n'es qu'une petite salope. Une pauvre, minable, lamentable petite sa… »

- La ferme, putain, la ferme! siffla Sam entre ses dents.

La petite voix se tut, mais il s'aperçut qu'il était incapable d'arrêter de penser à Jeff Clayton. A Thomas Alloway. A la douloureuse et écœurante sensation de leur corps contre le sien. Aux obscénités qu'ils lui crachaient tandis qu'ils se servaient de son corps comme d'un objet. Un objet que l'on peut casser, jeter, puis utiliser à nouveau. Il eut beau fermer les yeux, inspirer profondément et essayer de toutes ses forces de concentrer ses pensées sur autre chose, il ne parvint pas à chasser les images blessantes qui s'imposaient à sa mémoire.

Un sanglot s'étouffa dans sa gorge, qu'il ravala avec peine.

Oui, il était pathétique. Il n'avait pas su se délivrer lorsqu'il en était encore temps, il s'était montré d'une incroyable faiblesse. S'il y avait une personne à blâmer, c'était lui. Rejeter ses fautes sur Clayton, Alloway ou Dieu en personne ne changerait rien à cet état de fait. Il n'était plus qu'une loque incapable de faire face à son propre reflet, de regarder son frère dans les yeux, ou de penser à quoi que ce soit sans que sa gorge se noue, que son estomac se serre, lui rappelant à quel point il était…lui. Sam Winchester, l'homme trop jeune pour ne pas attirer l'attention de types comme Clayton, trop stupide pour s'échapper ou les neutraliser, trop minable pour que l'envie de pleurer ne le quitte plus.

Et il n'avait pas besoin de la petite voix diabolique camouflée quelque part au fond de sa tête pour le lui faire remarquer.


Dean s'éveilla avec la sensation désagréable et persistante que quelque chose n'allait pas. Le temps de passer une main fatiguée sur son visage et il se rappela. L'estomac noué, comme il ne cessait de l'être depuis six jours maintenant, il se redressa brusquement dans son lit pour surveiller l'état de son petit frère. Son cœur manqua un battement lorsque ses yeux ne rencontrèrent que le vide à la place que Sam était censé occuper.

La seconde suivante il fut sur ses pieds, alluma la lumière et balaya la chambre des yeux avec angoisse. Merde. Merdemerdemerde!

- Sam!

Il enjamba souplement son lit, se baissa pour vérifier que Sam n'était pas tombé du sien dans son sommeil. Rien.

Le cœur battant la chamade, il envisagea immédiatement le pire avant de se souvenir de l'existence de la salle de bain, et des besoins impérieux que devait supporter chaque être humain normalement constitué.

Il se rua vers la porte de la salle de bain, l'ouvrit brusquement… et sentit une résistance qui n'avait rien de normale, elle.

Ses doigts trouvèrent rapidement l'interrupteur, et il se figea tout net.

Etendu à même le sol comme s'il s'était évanoui, pâle comme un linge et ruisselant de sueur, son petit frère n'esquissait pas le moindre mouvement.

- Sam!

Il enjamba son buste pour pouvoir entrer et agrippa sa tête à deux mains.

- Sam! Sam, tu m'entends?

Un faible gémissement accompagné d'une grimace lui tint lieu de réponse, et une vague de soulagement le submergea.

- Arrête de…hurler… murmura Sam d'un ton plaintif.

Dean ne dit plus rien pendant une seconde, non par obéissance mais parce qu'il s'assurait à grand renfort de mains et de regards brûlant d'inquiétude que son frère n'était pas blessé. Ou que les blessures soignées ne s'étaient pas rouvertes. Ce qui heureusement n'était pas le cas. Les pansements entourant le torse n'étaient pas tachés de sang, en tous cas.

- Ca va? Qu'est-ce qui c'est passé? Tu as glissé? Tu as mal quelque part? demanda Dean sans prendre le temps de respirer.

Sam sembla réfléchir aux questions un court instant, puis il ferma les yeux et repoussa d'une main sans force l'un des bras qui surélevaient sa tête.

- Ca va. Ca va … parfaitement bien, t'inquiètes pas, répondit-t-il avec autant de soin dans son élocution qu'un ivrogne qui tente de convaincre les gens qu'il est à jeun.

En vérité, il se sentait tellement nauséeux qu'il avait l'impression d'être effectivement ivre. Les contours des mots semblaient trop grands pour sa bouche, comme des morceaux d'une roche molle et friable.

Dean ferma les yeux et soupira.

Oui, ça allait. Ca allait tellement bien qu'il dormait à côté des chiottes. Qui sentaient le vomi à plein nez, putain…

Comme pour répondre à sa pensée, Sam prononça d'une voix à peine audible:

- 'fait trop chaud…dans la chambre…

Dean serra les dents, s'agenouilla prêt de son frère et lui attrapa les épaules à deux mains afin de le redresser.

- Passe tes bras autour de mes épaules.

Il comprenait mieux maintenant, et n'avait pas besoin d'un dessin pour deviner comment Sam avait atterrit par terre. Il avait d'abord vomit, et la raison de ce mal-être était on ne peut plus évidente, cela c'était produit plusieurs fois ces deux derniers jours. Puis il s'était laissé tomber là, n'ayant pas le courage de regagner son lit. Ou pas l'envie, ce qui était fort possible aussi, s'il n'avait pas songé à retirer son tee-shirt et puisque le contact tout juste tiède du sol suffisait à le soulager.

- Dean… protesta Sam avec une lassitude qui aurait découragé la patience même. J'suis bien là… Va dormir… et éteint la…truc.

Dean supposa que son frère voulait parler de la lumière. Ce n'était pas comme s'il y avait autre chose à éteindre, de toute façon.

- Non, tu ne pas passer la nuit par terre. Soit tu m'aides à te relever, soit je te porte comme un gosse jusqu'à ton lit. C'est toi qui choisis, Sammy.

Il avait dit cela d'un ton étrange, qu'on aurait presque pu qualifier de froid s'il n'y avait eu, caché derrière, comme un abîme de sentiments.

- Tu ne vas pas me lâcher, hein? souffla Sam sans ouvrir les yeux.

L'aîné eut un sourire triste.

- Tu seras capable de tenir debout si je t'aide à te lever?

- 'sais pas…oui.

Il entrouvrit à peine les paupières, mais la lumière lui transperça le crâne et il les referma aussitôt, laissant du même mouvement sa tête retomber sur le sol. Il laissa échapper un sifflement de douleur et revint sur sa réponse:

- …non. Je … éteins et…pars.

Et le jeune homme recouvrit ses yeux d'un bras, de façon à bien faire comprendre à son aîné qu'il resterait campé sur ses positions et allait finir par s'arracher les yeux si la fichue lumière n'était pas éteinte dans la seconde.

- Ok, comme tu voudras, lâcha finalement Dean d'une voix si résignée qu'elle en était théâtrale. Bonne nuit, Sammy.

Un « clic » se fit entendre et Sam se retrouva seul avec les ténèbres.

Trente secondes plus tard, il sentit un gant humide se poser son front, puis le contact désagréable du sol sous son crâne fut remplacé par le moelleux d'un oreiller.

Il sombra dans le sommeil en moins de deux minutes.

L'instant suivant, il reposait sur son lit, les cheveux doucement balayés par la brise fraîche qui s'introduisait dans la chambre par la fenêtre ouverte.

TBC...


J'en ai conscience, je n'ai pas énormément développé le ressenti de Dean dans cette partie. Mais soyez sans inquiétude, vous qui pensez : " Et merde! Et Dean? Il devient quoi dans tout ça? Qu'est ce qu'il pense, namého?" , je m'en suis occupée dans la deuxième partie ^^

Qui sera postée... Mmm, disons que je verrai ^^

Au fait, si vous avez des réclamations à propos de ce chapitre, quelque chose que vous souhaiteriez voir expliqué ou développé dans le prochain, n'hésitez pas, c'est le moment, avant que j'achève cette fic pour de bon. Par mp ou review, ça m'est égal.

A bientôt =)