Chapitre 7 :
Précédemment :
« - Le Seigneur des Ténèbres a dit que c'était à toi de t'occuper de Potter maintenant. Tu peux rester ici tout le temps, il a dit, comme ça la prochaine fois tu pourras empêcher quiconque veut s'en prendre au gamin. A ce moment-là seulement il osa lancer un regard vers le corps sans vie de Nott, avant de s'écarter du mur et de marcher vers la porte. - Bonne chance à toi. La porte se ferma, comme la note de finalité à tout ce qui venait de se passer et Severus se demanda s'il ne venait pas de devenir prisonnier à son tour. »
Il fallut 24 heures complètes au garçon avant qu'il ne parvienne à émettre d'autres sons que ces pathétiques grognements dont il se servait pour communiquer quand il n'avait pas de langue. Les premiers mots qui sortirent de la bouche de Severus quand il fut sûr qu'il était réveillé furent :
- Êtes-vous complètement stupide ?
- Désolé, murmura le garçon, contre toute attente.
Il n'ajouta rien d'autre en guise de défense.
Mais Severus n'en avait pas terminé.
- Nott est mort. Je l'ai tué, pour vous, puisque c'était la seule façon de mettre un terme à ce sort.
De l'angoisse apparut alors dans les yeux du jeune homme.
- Le Seigneur des Ténèbres a donc décidé que, puisque je semblais vouloir empêcher quiconque de vous faire du mal, je devrais rester ici avec vous, jusqu'à ce que vous soyez complètement remis. La porte est fermée et gardée ; je suis donc aussi prisonnier que vous. C'est ce qui arrive quand vous perdez votre sang froid, quand vous ne contrôlez pas vos émotions.
- J'ai dit que j'étais désolé, répéta le garçon d'une voix toujours aussi calme.
- Être désolé ne nous aidera pas ici, répondit Severus agacé.
Il ne savait pas ce qui pourrait les aider désormais. Il ne pouvait pas transplaner avec les sécurités autour du manoir, et de toute façon il ne parviendrait même pas les faire sortir de la pièce sans que le Seigneur des Ténèbres ne s'en rende compte à l'instant même. Il n'était même pas sûr que Voldemort ait vraiment cru à la raison de sa présence auprès du garçon, ou pourquoi il était entré dans la pièce. Il pourrait donc être encore soupçonné davantage que d'habitude. Apparemment c'était le cas, selon Avery.
En plus de cela, il avait peur que le garçon ait perdu sa volonté de se battre.
- Je sais monsieur, murmura-t-il alors. Que puis-je faire ?
- Reposez-vous, lui dit Severus. Plus vous vous reposerez, plus vite les dégâts s'estomperont.
- Est-ce que… Est-ce que je pourrais revoir ?
Sa voix était emplie de peur, et Severus ne voulait pas en ajouter, mais il ne pouvait pas non plus mentir au garçon. Harry considéra son silence comme une réponse.
- Oh… Oh non…
- Attendez maintenant, Potter. Je suis presque sûr que vous retrouverez la vue, mais il y a beaucoup de dégâts et cela pourrait prendre un bon moment.
- Quelles sont les chances monsieur ?
- D'être aveugle de façon permanente ?
Severus soupira et réfléchit un instant.
- Pas plus de 20%, je dirais. Si j'avais accès à mes potions, je serais d'avantage capable d'aider, mais je ne peux rien faire dans cette pièce, et je ne suis pas autorisé à envoyer quelqu'un chercher ce qu'il me faudrait dans mes quartiers.
Au moins, il avait toujours sa baguette, alors il y avait peut-être une chance qu'il puisse arranger sa position.
Il y eut un silence de la part du garçon.
- Demain, nous enlèverons les bandages. Pour aujourd'hui…
Severus termina calmement :
- Reposez-vous.
Harry était allongé sur son lit, dans le noir, se sentant plus honteux que jamais dans sa vie. Il y avait une profonde différence, il le savait, entre le courage et la stupidité et il avait dépassé cette limite avec Nott. Et maintenant, Nott était mort, à cause de lui, et Rogue en avait assumé les conséquences. C'était grâce à Rogue que Bellatrix avait cessé le Doloris et c'était grâce à lui qu'il allait mieux. Plus que ça même, c'était grâce à Rogue qu'il avait vécu ces cinq dernières années puisqu'il lui avait sauvé la vie durant ce match de Quidditch en première année. Et maintenant Severus avait des ennuis, à cause de lui. Sa situation d'espion était compromise parce qu'Harry était trop têtu pour se taire.
Ils en avaient beaucoup parlé et même travaillé dessus durant l'occlumencie, Harry devait trouver un moyen de contrôler ses pensées et ses émotions. Mais il n'avait jamais vraiment voulu essayer ; il pensait que cette connexion avec le Seigneur des Ténèbres pourrait l'aider et qu'il pourrait voir des choses très importantes. Que Rogue ne donne pas l'impression de vraiment vouloir lui expliquer les choses ne l'avait pas aidé, bien entendu, puisqu'il s'attendait à ce qu'il sache déjà tout, tout comme il s'attendait à ce qu'Harry sache ce qu'était un bézoard dès le premier jour de sa première année, ce qui était impossible puisqu'il avait été éduqué en dehors du monde de la magie.
Mais vraiment, ce n'était pas la faute de Rogue.
Seul dans les ténèbres de son esprit, les pensées de Harry se mêlaient, arrivant trop vite pour qu'il puisse en tirer un quelconque sens. La même chose revenait encore et encore. Pourquoi Voldemort attendait-il avant de le tuer ? Était-ce parce qu'il ne connaissait pas entièrement la prophétie, ou y avait-il plus que ça ? Quelque chose d'encore plus sinistre ? Et comment Harry pourrait-il s'échapper maintenant que Rogue était enfermé avec lui ? Son seul espoir avait été que Rogue puisse l'aider de dehors, et maintenant, cet espoir était envolé. Et il n'était pas prêt pour d'autres jeux psychologiques avec Voldemort. Il ne savait pas ce que celui-ci voulait et ses perspectives étaient bien tristes.
Et maintenant, il était aveugle. Peut-être pas pour toujours. 80% de chance de retrouver la vue. Comment pouvait-il se battre contre le Seigneur des Ténèbres s'il ne voyait pas ? Comment retournerait-il à Poudlard ? Comment pourrait-il exercer sa magie ?
Le désespoir s'empara soudainement de lui, et il se laissa aller dans les ténèbres comme s'ils l'avaient toujours attendu, calme et complètement seul.
Severus avait laissé le silence du garçon durer assez longtemps. Il recevait de la nourriture d'Avery deux fois par jour et la leur servait, faisant manger le garçon quand sa léthargie évidente l'en empêchait. « Pommes de terre à 15h », disait-il ou « c'est des haricots verts à 19h », espérant que le garçon montrerait un signe qui signifierait qu'il fut prêt à s'aider lui-même. En voyant que Potter n'avait aucune réaction, il ne dit rien pendant une journée, puis décida que ce n'était pas bon de le laisser continuer.
- Secouez-vous Potter, dit-il au garçon quand celui-ci ne faisait rien pour manger la nourriture face à lui. Je ne vous ai pas maintenu en vie tout ce temps pour que vous vous laissiez mourir de faim.
Silence.
- Répondez-moi Potter ! Ou êtes-vous assez arrogant pour penser que vous êtes au-dessus de ces politesses ?
Le garçon hocha légèrement la tête, puis murmura :
- Non, monsieur.
Agacé maintenant – il n'avouerait jamais être inquiet – Severus grogna :
- Si vos parents pouvaient vous voir maintenant, ou votre cher parrain, que penseraient ils de leur précieux garçon ?
- Fermez-là, dit Potter sans même une once de colère dans la voix.
Severus fronça les sourcils.
- Ils ont tout sacrifié pour vous. Leur vie Potter. Est-ce comme ça que vous les remerciez ? En abandonnant ? En vous détachant de la réalité ? Êtes-vous si faible ?
Mais aucune de ces remarques n'eut l'effet escompté et Harry resta étendu sur son lit, son visage bandé vers le plafond, et l'ignora.
Ils devaient sortir d'ici. Maintenant.
