Saluuuut !
Ceci n'est pas le dernier chapitre. Et... Je n'ai pas encore fini le dernier chapitre. Je ne sais pas si je le posterai ce soir ou demain. Pardon. J'ai été pas mal occupé ces derniers jours.
Mais en attendant, j'espère que vous apprécierez celui-ci ! Bonne lecture !
J-1 (Lundi)
« Mais ! Aïe ! Lâche-moi Vani !
-T'as cherché » fit observer Axel sans lever les yeux de son magazine de balais.
Avec une moue lasse, Xion retira son doigt d'entre les dents de son ami.
« C'est pas de ma faute ! »
Vanitas lui renvoya un regard non impressionné du fond de sa couverture.
C'était le lundi juste avant Halloween, alors ils n'avaient pas cours. Et tant mieux. Mille fois tant mieux. Ça donnait une excuse à Vanitas pour mourir dans son lit.
C'était sans compter sur Xion, évidemment, qui insistait pour qu'il aille s'excuser.
Il n'avait pas la force de lui expliquer qu'il ne faisait pas ce genre de choses. Déjà, parce que sa mère le déshériterait s'il s'excusait de quoi que ce soit – et elle le saurait tôt ou tard, ce n'était pas matière à débat. Ensuite, parce que Riku n'accepterait jamais ses excuses et enfin, parce que c'était au-dessus de ses forces et que c'était vraiment trop chiant d'avoir ce nœud dans l'estomac, là !
Il comptait rester au lit jusqu'à ce que le nœud s'en aille. L'éternité s'il le fallait, oui. Ça lui paraissait plus efficace d'ignorer le problème plutôt que de remuer le truc. Tout le monde savait qu'il valait mieux éviter de gratter ses croûtes pour qu'elles s'en aillent vite.
Tout le monde grattait quand même, cela dit.
« Non, me fais pas ces yeux-là, c'est toujours pas de ma faute si tu l'as suivi comme un genre de harceleur chelou pendant des semaines avant d'oser aller le v- »
Elle piqua du nez juste sur le lit de Vanitas, qui la repoussa progressivement jusqu'au bord du matelas. La sorcière s'étala par terre, ce qui la réveilla assez efficacement.
« Eh ! C'est pas gent- Bon... » se résigna-t-elle.
Un moment, il crut qu'elle allait le laisser en paix, mais elle se leva, regarda vaguement si elle ne s'était pas blessé en tombant, puis soupira.
« Si t'as besoin de rejeter la faute sur quelqu'un pour éviter de te noyer dans ta propre culpabilité, très bien. Mais au moins, Vani, si tu me désignes comme la source de tes malheurs, laisse-moi t'aider à réparer tout ça. Non ? »
Il la fixa de son regard de « non ». Elle soupira de nouveau.
« T'es une tête de mule ! Ça se passait bien, jusque là ! Je suis sûre que tu peux rattraper cette bourde !
-J'approuve ! lança Axel depuis le lit du dessus. Moi une fois en CM2, j'ai cassé le bras d'une fille. Eh bah deux ans, après je sortais avec !
-C'est ni glorieux ni encourageant ça, Axel… commenta Xion. Bons dieux, les garçons, c'que vous êtes bêtes…
-Beh on nous apprend pas vraiment à être délicats » commenta le rouquin.
Vanitas plussoya mentalement. Surtout dans son cas.
« Ah, j'ai une idée… » marmonna Xion en fouillant sans vergogne le bureau de ses camarades de classe.
Aucun des deux n'était doté de la motivation nécessaire pour l'arrêter. Quant au troisième résident de la chambre, Léon, il faisait dieux savaient quoi avec dieux savaient qui. Il ne leur parlait jamais, mais pas pour les même raisons que Vanitas.
Finalement, Xion trouva dans les abysses d'un tiroir un bloc-note et quelques stylos, puis se posa à côté de Vanitas dans le lit.
« Je vais t'aider à préparer tes excuses ! Comme ça, t'auras un discours tout fait, t'auras juste à lui donner ! Ce sera moins stressant. Non ? »
Vanitas haussa un sourcil, trouvant le courage de lever sa baguette pour rétorquer :
Il est hors de question que je lui écrive une putain de lettre d'amour.
« Non, t'as rien compris, souffla Xion. C'est pas ça du tout. C'est juste expliquer pourquoi t'as agi comme ça et… Ouais. Ok. Je vois pourquoi tu penses automatiquement à une lettre, mais, euh… C'est pas pareil quand même ! C'est juste comme si tu préparais dans ta tête un truc à dire, que t'apprendrais par cœur... Sauf que tu parles pas ? »
Il ne répliqua pas, beaucoup trop exténué face au poids de l'existence et les efforts qu'il fallait faire pour vivre, alors qu'il ne se souvenait pas avoir demandé à naître. Xion fit semblant de prendre ça pour une autorisation.
« Moi, fit Sora, j'trouve pas ça si grave…
-Alors t'es un peu flippant, So', soupira Kairi.
-Ben quoi ? Il est peut-être juste timide. C'est un peu mignon, non ?
-Hum… réfléchit Kairi. Je ne pense pas qu'il songeait à mal, mais…
-Excusez-moi, intervint Riku en refermant son livre de façon théâtrale, vous pourriez arrêter de parler de ça ? »
Il n'était pas vraiment d'humeur à ce que ses potes débattent de la moralité de son presque flirt tué dans l'oeuf, aussi absurde soit cette histoire.
Il n'en revenait toujours pas.
Remarque, ça faisait longtemps qu'il se doutait que Vanitas n'était pas la personne la plus vertueuse du monde. Et il avait étrangement rapidement accepté ce fait, au bout du compte. Sauf que là, ça concernait directement Riku, alors il ne pouvait pas juste hausser les épaules et lui pardonner en un claquement de doigt ! C'était carrément malsain, ce qu'il avait fait, l'épier pendant des semaines.
Et il soupçonnait également que l'autre lui ait menti pour sa théorie à propos de la Lumière qui engendrait les Ténèbres et toutes ces foutaises. Ça non plus, il ne pouvait pas le pardonner.
Même s'il avait, dans le fond, passé une semaine agréable à ses côtés. Même si, contre toute logique, il avait trouvé sa déclaration flatteuse. Et même s'il aurait peut-être considéré la question, dans d'autres circonstances. Et putain, pourquoi cette révélation ne lui venait que maintenant à l'esprit, au juste ?
Il avait sérieusement envie d'envoyer son cerveau balader, parfois. A quoi ça servait, un muscle qui ne nous écoutait pas et qui réfléchissait tout seul ?
Le cerveau et le coeur, c'étaient les trucs les plus nuls qu'on ait jamais inventé dans l'histoire de l'univers. Et il pesait ses mots.
« J'trouve ça quand même bête que ça finisse comme ça, maugréa Kairi.
-Sauf que c'est pas tes affaires et moi j'dis que ça finit comme ça, trancha Riku.
-C'est sûr, c'est vraiment nul de sa part, je ne nie pas, mais… Juste quand il t'avouait ses sentiments, en plus ! »
Riku grimaça. Sentiment était un bien grand mot, et il y avait beaucoup d'interprétation possibles à la phrase « tu me plais ».
Cela dit, sur le principe, elle n'avait pas tort. Il trouvait cela dommage aussi, mais, eh, ce n'était pas lui qui avait merdé !
« Pourquoi tu vas pas t'expliquer avec lui ? proposa Sora du haut de son lit.
-C'est même pas la peine ! paniqua Riku sans trop savoir pourquoi. Pour dire quoi ? Que c'est vraiment un gros connard ? Il le sait. Il le savait déjà avant.
-Pour comprendre.
-Y'a rien à comprendre. Il a été débile et égoïste et c'est tout. »
Ce fut alors que Kairi, qui battait des pieds dans le vide, perchée au-dessus d'une armoire, mit le doigt là où ça faisait mal :
« Mais… Tu lui en veux tant que ça ? »
Évidemment que n'importe qui en aurait voulu à quelqu'un qui faisait preuve d'un tel comportement ! Il ne fallait pas l'encourager et ce n'était pas… bien.
Eh merde !
« Je suis en colère contre lui » avoua Riku.
Ce qui n'était pas un mensonge. Il lui aurait foutu son poing dans la gueule s'il n'avait pas été autant sidéré, la veille. Et ça le rendait… Pas triste, pas à ce point, mais il était… Déçu, que les choses doivent prendre cette tournure.
Mais est-ce qu'il lui en voulait pour l'avoir espionné ou pour avoir gâché tout ce qui aurait… pu se passer ?
Décidément, ça ne lui réussissait pas trop, de réfléchir à autre chose qu'aux cours. Ça lui donnait envie de se cogner la tête contre le mur, parce qu'il s'exaspérait lui-même.
Il aurait dû lui en vouloir plus que ça.
Kairi haussa les épaules, sauta gracieusement de l'armoire et remit son chapeau en place.
« Moui… Tu ne penses pas que ça va passer ?
-J'en sais rien. Tu peux me laisser tranquille, avec tes questions ?
-Pff… Comme tu veux, tête de mule. J'ai envie d'aller au village, quelqu'un veut venir ?
-Moi je viens ! s'exclama Sora. On s'ennuie, ici !
-Sans moi, râla Riku.
-Bon… Au pire, tu nous rejoins quand t'as fini de déprimer.
-Je déprime pas.
-Oui, oui, bien sûr. »
C'était débile. Maintenant qu'il y pensait, Vanitas ne savait vraiment pas ce qui l'avait convaincu, au milieu du babillement ensommeillé de Xion, de faire tout ce trajet. Au moins une vingtaine de pas pour se rendre à l'autre bout du dortoir et fixer une porte. Non mais franchement.
Sa main gauche froissait nerveusement le bout de papier quadrillé contenant ses explications. C'était débile, ce tête-à-tête avec la porte. Et il savait qu'il devrait faire un truc. Frapper à la porte, ou juste s'en aller. L'un des deux.
Il savait qu'il devrait être en train de peser le pour et contre, mais à force d'y réfléchir son cerveau avait fini par se bloquer tel une page internet ne répondant plus à rien, sans daigner se fermer ni fonctionner correctement. Bloqué, dans une espèce de dimension propre où le temps n'existerait pas. Et si temps n'existait pas, on ne pouvait pas en sortir. Pas s'échapper de quoi que ce soit.
Analogie stupide. Ils n'avaient pas internet, à l'école. Question d'ondes néfastes pour la magie ou une autre raison de vieux timbrés pas foutus d'accepter que le monde changeait.
C'était simple, pourtant. Juste franchir la porte ou bien tourner les talons. Ce serait simple, si l'espace-temps n'avait pas avalé son esprit. Ça se pouvait, techniquement, non ? Un mini-trou noir qui se serait formé dans sa tête l'espace d'une fraction de demi-seconde et aurait tout avalé.
Mais si c'était le cas, il ne serait pas en état de penser à la feuille de papier, à internet et aux trous noirs, si ? Il en était là de ses réflexions lorsque l'infinité de l'espace-temps de son cerveau figé dans un état entre l'existence et la non-existence vola en éclat, à cause de la porte qui s'ouvrit à la volée.
Il se retrouva nez-à-nez, quasiment littéralement, avec une paire d'yeux bleus qui le fixaient d'un air surpris. Les globes oculaires ahuris appartenaient à Sora. C'était un pote de Riku, et un de ses colocs de chambre. Le plus stupide des deux, en plus.
En fait, il y avait quatre yeux bleus. Les deux autres étaient la propriété d'une fille, Kairi, qui, tout comme Xion, n'avait rien à foutre dans le dortoir des garçons. Elles s'entendraient probablement bien ensemble.
Vanitas ne comprenait pas trop ce à quoi pensaient les gens ayant établi cette règle de dortoirs genrés. Déjà parce que c'était très hétéronormatif, ensuite parce que personne ne surveillait véritablement ces putains de dortoirs – ce ne serait pas si compliqué d'instaurer un sort de barrière quelconque, pourtant – et ensuite parce que la plupart des étudiants étaient majeurs et vaccinés. Puis, si vraiment certains voulaient baiser, il restait la vieille crypte. Quoique, Larxène traînait dans la crypte, apparemment, et Vanitas n'osait imaginer l'horreur que ce serait de se faire surprendre par cette mégère.
Il eut le temps de penser à toutes ces choses parce que les quatre yeux bleus le fixèrent pendant très longtemps. Lui, il ne savait pas trop sur lesquels s'attarder. Déjà, deux yeux, c'était compliqué, parfois, mais alors le double...
Finalement, ce fut Kairi, de loin la plus sensée des deux, qui saisit Sora par les épaules et afficha un sourire tellement commercial que Vanitas en ressentit une légère nausée.
« Saluuut ! Riku est là, si tu viens pour lui ! Enfin, évidemment que tu viens pour lui, ça peut pas être pour Sora ou moi. C'est même pas ma chambre, là, en plus, ahah ! Bref, on vous laisse tranquille, bye ! »
Et avant que Vanitas ne puisse mordre qui que ce soit, il eut passé la porte, qui claqua derrière lui. Les deux idiots envolés.
Riku était assis contre le dossier de son lit, un bouquin très épais sur les genoux, et le fixait d'un air assez indescriptible. Fâché ? Surpris ? Un peu des deux ? Très dur à dire. Et Vanitas ne s'était jamais vraiment intéressé aux expression faciales des autres humains. Merde, ça lui aurait bien servi, pourtant !
Finalement, l'autre soupira, puis posa ses deux pieds au sol, le cul au bord du matelas. Plus pratique pour engager la conversation, sans doute.
« J'y crois pas... »
Vanitas ne sut pas s'il devait répondre ou non. C'était pas le moment pour que son cerveau se gèle de nouveau, alors il se forçait à rester présent mentalement, quoique ça engendrait chez lui un sentiment horrible, comme si une main crochue s'amusait à faire des nœuds dans son estomac. On appelait ça le stress, non ? Il connaissait. Vaguement. Rarement si intensément.
Heureusement, Riku précisa le fond de sa pensée.
« Je sais pas ce qui me sidère le plus, déclara-t-il sèchement. Que tu sois venu pour de vrai, ou que ces imbéciles t'aient laissé entrer. »
Ce à quoi Vanitas ne put s'empêcher de sourire. Il approuvait. Ses amis étaient des abrutis.
« Bon, euh... hésita Riku en se tournant vers lui. Ça m'étonnerait grandement que tu sois capable de t'excuser, mais je sais pas trop ce que tu viendrais faire ici autrement... Alors, euh... Ouais. Je sais pas où je veux en venir. Je t'écoutes. Quoi que t'ai à dire. »
Pouah, il transpirait tellement la nervosité que même Vanitas, avec sa déficience d'empathie généralisée, pouvait le sentir. C'était rassurant, d'un côté. Et ridicule. Il se mordit la lèvre pour éviter de se foutre sa tronche sans le faire exprès. Même s'il ne parlait pas, ça se verrait sur son visage.
Oh, allez, autant en finir vite. Il franchit le mètre et demi qui les séparait et tendit la feuille pliée en quatre. Trop brutalement, peut-être. Riku le regarda, méfiant.
« Euh... C'est quoi ? »
Vanitas leva les yeux au ciel pour toute réponse, alors que l'autre garçon lui prenait le papier des mains.
« Je suppose que je comprendrais en lisant, c'est ça ? »
Il crut que son agonie était finie, mais elle ne faisait que commencer. L'espace-temps décida de s'étirer de nouveau pendant que Riku parcourait la feuille. Vanitas dû simultanément se retenir de faire les cent pas, de lui demander de se dépêcher, de sortir de la pièce, de faire tomber des trucs posés les étagères pour passer le temps, et de lui arracher la page des mains pour corriger d'éventuelles fautes d'orthographe.
Il espérait que ça ne se voyait pas trop de l'extérieur.
Il eut une pensée pour Xion, qu'il allait tuer, probablement très bientôt.
Salut. J'en ai sûrement pas l'air à cet instant, mais je suis venu m'excuser. Comme quoi, tout arrive. J'aurais pas dû faire ce que j'ai fait. En fait, ça va te paraître difficile à croire, je pense, mais à vrai dire j'osais pas trop venir te parler. Déjà parce que je peux pas vraiment parler au sens littéral, ce qui assez handicapant, surtout dans ce genre de situation. Je sais pas si tu peux imaginer.
Mais la vraie raison, c'est que je suis pas du tout doué pour tous ces trucs-là. Vraiment pas. Tellement pas que c'est Xion qui a écrit la moitié de cette lettre, en fait, tu te rends compte ? C'est ridicule, je sais, et j'aurais peut-être pas dû t'avouer ça, mais, eh, on s'est dit qu'il fallait que j'évite de te mentir à nouveau. Tu seras d'accord avec ça, je suppose.
Je suis un gros con. Et on m'a pas vraiment appris à être un humain décent. C'est pas une excuse, mais ça explique un peu mon comportement, non ? Je crois. A moitié. Il me faudrait une vie de thérapie pour comprendre exactement ce qu'il cloche. Ce que je veux dire, c'est que c'est compliqué.
Xion me dit de te dire que t'es pas obligé de me pardonner, et que ce sera bien fait pour moi. J'sais pas quoi en penser. Cela dit, tu pourrais m'apprendre, si tu veux. À ne pas être toujours un sale con, je veux dire. Enfin, j'aime bien être un sale con, c'est vrai. Ça m'amuse. Sauf là. Dans cette situation, c'est un peu moins drôle, parce que je suppose qu'au final
Le dernier passage était raturé. Riku fronça les sourcils. En faisant un effort, on pouvait encore lire les courbes des lettres, sous les traits gribouillés à la va-vite.
au final j'crois que j'aime bien passer du temps avec toi.
Riku inspira. Releva les yeux.
Vanitas avait l'air de s'en foutre. Difficile de croire qu'il était l'auteur, ou même juste le co-auteur, de ce pavé, à le voir ainsi, les mains dans les poches et les yeux qui se baladaient partout sauf vers Riku.
Mais il supposait que si Xion l'avait écrit toute seule, le discours irait droit au but, au lieu de s'emmêler autant. Il décida que c'était sincère.
Et qu'est-ce qu'il pouvait répondre à cela ? Il ne savait même pas ce qu'il devait en penser... Tant de mots juste pour lui ? Quoique... Vanitas avait passé davantage de lignes à parler de sa petite personne qu'à vraiment s'excuser, constata-t-il avec amusement.
« Au moins, tu te rends compte que t'as été un enfoiré... » soupira Riku, faute de mieux.
Bah oui, répondit simplement Vanitas, qui avait préparé sa baguette magique à l'avance.
« J'ai une question, demanda-t-il en se redressant et en posant la feuille sur le lit. À propos de notre rencontre. Enfin, de ta théorie comme quoi passer du temps près de toi pourrait m'aider à développer la Lumière en moi. C'était un mensonge pour qu'on se rapproche ? »
Vanitas secoua la tête.
« T'y croyais vraiment, alors ? »
L'autre sorcier prit une inspiration, puis soupira, chercha une feuille des yeux et se mit à écrire. Il faisait cela, lorsque ses explications étaient trop longues pour être tracées de façon éphémère dans l'air.
Il lui colla finalement le papier sous les yeux.
Non, j'y croyais vraiment, mais j'étais clairement pas convaincu que ça marche. Je te l'ai dit, au moment où je t'ai expliqué le principe, que ça risquait de foirer. Ça m'a traversé l'esprit en t'observant. Et puis Xion m'a grillé en train de t'espionner. Je lui ai raconté ton dilemme, elle s'est demandé s'il n'y avait pas un moyen de t'aider. Je lui ai parlé de ma théorie, mais je pensais clairement pas aller te voir, et encore moins t'aider. Elle m'a forcé, en vrai. Je regrette pas, mais bon, je me vengerai d'elle quand je pourrais. Tu pourrais me filer un coup de main ?
Riku ne comprit pas pourquoi toute sa rancune s'envola d'un coup en lisant la dernière ligne. Il pouffa de rire.
« Ouais, je te crois. Mais je pense pas t'aider à faire passer un sale quart d'heure à ton amie. Elle est trop gentille, j'ai l'impression que je pourrais aller en enfer si je lui marchais sur le pied. »
C'est que tu la connais pas en vrai.
« Possible. Et puis... Sans elle, tu serais encore en train de me suivre sans que je le sache, alors je devrais plutôt la remercier, je crois. »
Je dois m'excuser encore ?
« Nan. C'est pas le nombre d'excuses qui est important. »
La qualité, alors ?
« Pas vraiment. Si. Euh, je sais pas. Ça dépend des situations, je dirais. »
Et dans notre situation ?
Riku essayait de réfléchir, mais vraiment, sa nervosité et puis son cœur qui battait fort ne l'aidaient pas. Ceci dit... Il supposait que le fait d'avoir tant de mal à y penser signifiait qu'il avait déjà pris sa décision. Qu'il serait peut-être temps d'arrêter d'écouter sa raison. Pas tout le temps, juste dans certains cas.
Lâcher du lest, quoi.
Mh, plus facile à dire qu'à faire...
« Eh, Van' ? Euh, pardon, je peux t'appeler comme ça ? »
L'autre fronça les sourcils, plissa les yeux, puis, lentement, hocha la tête.
« Cool. Dis... Tu voudrais bien m'accompagner à la galerie des glaces ? J'aimerais vérifier si ça a marché. »
Tu réponds pas vraiment à la question.
« Dis-le tout de suite si tu veux pas passer du temps avec moi, hein. »
C'était plutôt drôle, de le voir s'exaspérer d'une répartie à la con comme lui en faisait souvent. Riku décida de le laisser avoir peur encore un peu. Eh, c'était bientôt Halloween, après tout.
« Bon, bah... »
Riku haussa les épaules. Son reflet en fit de même, avec un sourire diabolique que lui n'arborait pas. Il paraissait lui dire qu'il n'y était pour rien, qu'il n'était pas désolé, que, eh, c'était la vie.
Il s'y attendait un peu, mais ça faisait mal quand même.
Il soupira, résigné, sourit à son reflet comme pour lui dire que, bah, c'était pas grave, même si ça l'était un peu. Mais il voulait commencer à accepter la chose. À s'accepter lui-même, en somme, et ça passait par le fait de se dire que ce n'était pas grave. D'être ça.
Il ne se convainquait pas tellement.
Au final, il finit par quitter son reflet des yeux et se tourner vers Vanitas, qui faisait une drôle de grimace.
« Tu vas me dire que tu compatis ? »
J'essaie de compatir.
« C'est... Merci. Te force pas, t'inquiètes, je comprends que ça te passe au-dessus. C'est rien. »
Et il le pensait. Rien que le fait qu'il essaie de piger, c'était déjà pas mal, venant de lui. C'était un peu... mignon. Il finirait sans doute égorgé dans une ruelle s'il prononçait ce mot en la présence de Vanitas, mais bon.
« J'peux vérifier un truc ? » questionna Riku en s'approchant.
Soudainement méfiant, comme n'importe qui le serait face à ce genre de demande, Vanitas hocha prudemment la tête. Riku le saisit par les épaules, sans brusquerie, et le plaça devant le miroir.
« Ah, ouais, quand même... » grimaça-t-il.
C'était pas beau à voir. Pire que son reflet à lui. Riku ne saurait même pas par où commencer pour décrire l'apparition dans le miroir. Vanitas, lui, semblait plutôt fier. Bah voyons.
Je te fais pas peur, au moins ? demanda le sorcier en se reculant.
« Nan, nan... Ça fait juste bizarre de...
-Riku ? »
Un éclat rouge attira son attention. Dans le miroir se réfléchissaient à présent le reflet ténébreux de Riku et celui, horrifié, de Kairi. Elle ressemblait à un ange, elle, dans ce foutu cadre noir et blanc, tellement lumineuse que ça en faisait mal aux yeux.
Il mit un moment à se détacher du regard déçu que lui renvoyait le miroir de l'équilibre. Il fut bien obligé quand la jeune sorcière s'approcha de lui pour le frapper de ses petits poings. Eh, c'est qu'elle faisait mal ! Riku se contenta de se ratatiner et d'attendre que ça passe. Il méritait, remarque.
« Riku ! Abruti ! T'es rien qu'un ! A ! Bru ! Ti ! T'es sérieux ?!
-Kairi, je suis dés-
-À quoi tu pensais, hein ?!
-Pard-
-Tu pouvais pas nous le dire avant ?! C'est pas important, c'est ça ?! Mais à quoi tu- »
La tempête s'interrompit soudain, aussi vite qu'elle avait démarré. Kairi se mit à dévisager Vanitas, qui lui rendit son regard d'un air de défi teinté de mépris et d'indifférence. Comme un chat, quoi. La jeune fille le désigna du doigt et se tourna vers Riku, pour demander tout innocemment :
« C'est de sa faute à lui ? »
Il faillit en rire, mais c'était pas vraiment le moment. À la place, il s'avança vers son amie.
« Oh, Kairi, non... Non, pas du tout, soupira-t-il. Je voulais vous le dire, je te le jure.
-Oh, je te crois, répliqua-t-elle d'un ton glacial. Ça change rien au fait que tu l'aies pas fait.
-J'suis désolée... Vraiment. Je pensais pouvoir modifier mon affiliation, alors j'ai attendu, j'ai cherché des solutions... Et plus Halloween approchait, plus j'avais peur de vous le dire, parce que j'avais déjà menti pendant tellement longtemps... Et aussi, j'avais peur que vous me jugiez... »
Elle le frappa de nouveau, et il la regarda, sidéré. Eh, qu'elle n'accepte pas ses excuses, passe encore, mais qu'elle se mette en colère, alors qu'il avait ouvert son cœur et tout ça...
« Ça ! s'exclama Kairi. C'est pour ne pas nous avoir demandé de l'aide. Et ça... ! »
Elle le refrappa. Riku se demanda s'il ne devrait pas aller à l'infirmerie pour se faire ressouder les os du bras ou quelque chose comme ça.
« C'est pour avoir pensé qu'on te jugerait là-dessus ! Sérieusement, Riku, à quoi tu pensais, hein ? On est tes amis ! On sait que tu es quelqu'un de bien, peu importe ta nature, et t'es vraiment, vraiment, un immense lourdaud !
-Désolé...
-Mais t'excuse pas !
-Je voulais juste qu'on continue à être tous les trois...
-Bah, ça changera rien, sourit Kairi. On sera pas en cours ensemble, ok, mais on se verra le soir, et à la cantine ! Et on viendrait squatter ton dortoir tout le temps ! Tu vois, ça changera rien, vraiment ! Allez, souris un peu, ou je te frappe encore. »
Un tractopelle s'envola des épaules de Riku, ou du moins lui semblait-il. Il se mit à respirer un peu mieux.
À côté, Vanitas observait leur échange d'un air... intéressé.
Oh, continuez, faites pas attention à moi.
Kairi les regarda tour à tour, de son air soupçonneux de concierge. Elle parut mourir d'envie de poser une question, mais se retint. Riku était prêt à parier qu'elle allait lui demander de nouveau s'ils sortaient ensemble. Au final, elle se mit à rire.
« Eh, Riku, tu sais... Y'a une punition qui t'attend.
-Hum ?
-Va falloir que t'explique tout ça à Sora.
-Ah, merde... »
Ça le fatiguait d'avance.
« Et maintenant, hein ! Allez, hop, on y va ! »
Elle commença à le tirer par la manche, mais il se dégagea sans trop de difficultés.
« Atttend, fit-il. Je dis au revoir. »
Retour de l'air inquisiteur. Bah, il n'allait pas finir d'en entendre parler... Heureusement, le sujet de son affiliation aux Ténèbres ferait un peu diversion. Elle finit par sortir, en signifiant qu'elle l'attendrait en sortant de la galerie.
Riku se tourna vers Vanitas, un petit sourire aux lèvres.
« Euh... Pardon, pour ça. Et merci de ton aide. Ça a pas marché, mais... »
Elle l'a pas pris mal, finalement.
« Ouais. Sora, ce sera une autre paire de manches. Enfin, je me débrouillerais. C'est pas la mort, en fait. »
Ils restèrent là un moment, plantés comme des piquets. Le malaise.
« Bon... soupira Riku. On se voit demain à la cérémonie ? »
Vanitas afficha un drôle d'air, comme de la surprise, puis hocha la tête.
Ouais. Tu devrais filer.
« Chouette... À demain. »
C'est ça. Demain.
Mince, il était déjà pressé d'y être. Et il appréhendait, aussi. C'était un peu navrant de niaiserie, mais...
Il s'y ferait.
