Bonne lecture !
Un moustique tournoyant près de son oreille acheva de réveiller Katniss. Avec un grognement, elle battit mollement l'air avec sa main pour s'en débarrasser. Mais le sommeil la fuit et elle reprit peu à peu conscience. Ses cheveux encore légèrement humides caressaient sa joue, des bras entouraient sa taille et elle sentait le souffle d'une autre respiration sur son front.
Elle ouvrit une paupière en grimaçant, puis la deuxième. Il lui fallut quelques instants pour que ses pensées se remettent en ordre et que son cerveau mette du sens sur ce qu'elle voyait. Petit à petit, elle réalisa qu'ils étaient toujours sur la plage, au bord du lac, et qu'ils avaient dû s'endormir. Le ciel avait pris une teinte grise, annonciatrice du lever du soleil.
Les muscles raidis par le froid et la fatigue, elle se rassit avec difficulté et frotta ses yeux ensommeillés. Elle bâilla à s'en décrocher la mâchoire et ses yeux se posèrent sur Peeta. Il dormait encore profondément, étalé sur le dos, la bouche entrouverte. Elle eut un petit sourire puis un frisson lui fit prendre la décision de le réveiller. Avec leurs vêtements qui n'avaient pas séché et les températures qui avaient baissé dans la nuit, ils étaient bons pour développer un gros rhume. Elle secoua son épaule en appelant doucement son prénom. Après quelques secondes, il sursauta, ouvrit en grand les yeux et se releva brusquement. Son regard survola les environs jusqu'à tomber sur Katniss.
-Katniss ? souffla-t'il, d'une voix enrouée par le sommeil. Qu'est-ce qu'il se passe ? Attends… Je suis en train de rêver, là, non ?
Katniss rit et secoua la tête :
-Non, tu ne rêves pas. On est au lac et on s'est endormis.
Une lueur de compréhension s'alluma dans les yeux de Peeta, puis il se laissa tomber en arrière et ferma à nouveau les paupières. Il tira mollement le bras de Katniss vers lui et marmonna, dans un bâillement :
-Tout va bien, alors. On peut se rendormir …
-Non, Peeta, on ne peut pas rester ici ou on va mourir de froid, fit-elle en secouant la tête. En plus, je voudrais te montrer quelque chose avant qu'on rentre chez nous.
-C'est-à-dire, tu veux me montrer quelque chose ? répéta-t'il, en ouvrant un œil avec difficulté.
-Jusqu'ici, c'est toi qui m'as amené où tu en avais envie. Je me suis dit que je pouvais t'emmener quelque part moi aussi… J'y ai réfléchi toute la nuit et j'ai trouvé.
-Et on doit partir maintenant ? protesta-t'il.
Katniss acquiesça, se mit debout et commença à tirer sur son bras. Peeta poussa un long soupir, ouvrit les yeux et se remit maladroitement sur ses pieds. Il lâcha la main de Katniss mais elle la rattrapa et noua ses doigts aux siens. Il la regarda, un instant surpris, puis un grand sourire s'épanouit sur ses lèvres et il fourragea dans sa poche pour en sortir ses clefs :
-Qui conduit ?
-C'est moi qui t'emmène, répéta Katniss, en ouvrant la main et Peeta y laissa tomber les clefs.
En mettant le contact, elle se rappela sa pauvre épave qui gisait encore devant la maison de Finnick et elle grimaça. Peeta sembla lire dans ses pensées :
-Il n'arrivera rien à ta voiture, ne t'inquiètes pas. On pourra essayer de la réparer dans la journée.
Elle garda le silence et se concentra sur la route, tandis qu'il allongeait plus confortablement ses jambes devant lui. Le ciel s'éclaircissait de seconde en seconde et Katniss accéléra. Elle voulait arriver à leur destination avant le lever du soleil. Les rues étaient encore désertes et il n'y avait pas de circulation.
Quelques minutes plus tard, elle aperçut la lisière familière des arbres qui se dressaient dans le ciel. Elle sentit le regard de Peeta sur elle quand il comprit où elle comptait l'amener. Elle freina finalement devant un petit chemin en terre et coupa le moteur. Elle prit une grande inspiration pour se donner du courage et se tourna vers Peeta :
-Tu es prêt ?
Il hocha lentement la tête en lui retournant un regard intense. Ils sortirent de la voiture et Katniss mena la marche, empruntant le petit sentier de terre. A cette heure aussi matinale, la forêt n'était pas encore réveillée. Au loin, elle entendait les animaux nocturnes détaler vers leur tanière. Les oiseaux se mettaient doucement à pépier. Elle laissa l'odeur de terre fraîche lui monter à la tête. Elle avançait vite, posant les pieds avec assurance et évitant les brindilles au sol. Elle sentit ses muscles s'assouplir et s'autorisa un petit sourire. Ici, elle se sentait chez elle comme nulle part ailleurs. Parfois, elle avait l'impression de sentir la présence de son père dans le souffle du vent.
Le claquement d'une branche se brisant résonna dans l'air et une nuée d'oiseaux s'envola. Elle se tourna pour apercevoir Peeta, une jambe à moitié en l'air et une grimace désolée sur le visage.
-On y est bientôt, dit-elle avec un petit rire, pour le rassurer.
Elle se remit en route, apercevant çà et là un lièvre sautillant, un oiseau aux plumes colorées ou encore, au loin, un petit faon. Elle dut cependant bien vite se rendre à l'évidence : Peeta et son pas lourd faisaient fuir la moitié de la forêt. Elle secoua la tête et accéléra la cadence, puisqu'il ne servait plus à rien d'être silencieux. Elle aperçut bientôt entre les troncs d'arbres la clairière, qui se dressait sur une colline. Avec le rythmé régulier du souffle de Peeta en fond, ils grimpèrent la butte puis Katniss lui fit escalader un monticule rocheux et s'arrêta enfin. Peeta se laissa tomber assis, essoufflé, marmonnant dans sa barbe. Katniss sourit et plia les jambes pour s'asseoir près de lui. Elle pointa du doigt devant elle.
-Tiens, regarde. De là, on a une vue imprenable sur le lever de soleil. Quand on venait avec mon père, on partait très tôt le matin. Il faisait encore nuit et on s'arrêtait ici pour voir le lever du soleil, ajouta-t'elle, la voix à peine plus haute qu'un chuchotis.
Elle sentit le regard de Peeta sur elle mais garda obstinément les yeux droits devant elle et il tourna finalement lui aussi la tête.
Devant eux, s'étalait une vallée, nichée entre la colline et de hautes montagnes. La vallée était encore plongée dans l'ombre et une rivière serpentait entre les arbres, dont le son leur parvenait. Au dessus de le la silhouette escarpée des massifs, le ciel se parait de roses et de violets et les premiers rayons les éblouissaient déjà.
-J'aimerais bien revenir ici un de ces jours, avec une toile et de la peinture, souffla Peeta.
-Tu connais le chemin, maintenant, répondit Katniss en haussant les épaules.
-Ce n'est pas ce que je voulais dire. J'aimerais revenir un jour ici…avec toi, répondit-il en posant sa main sur la sienne.
La jeune fille garda les yeux rivés sur les montagnes.
-Katniss ? insista Peeta, en serrant sa main.
-Peeta, je…murmura-t'elle avant de pousser un long soupir. Peeta, je ne sais pas s'il y aura un autre jour. C'était super cette nuit. Vraiment super. Mais lundi, on retourne au lycée, on retourne dans la vraie vie.
Elle s'arrêta de parler et Peeta resta silencieux lui aussi.
-Dans la vie normale, on fait partie de deux mondes différents, et je n'ai pas le temps pour ces choses-là. Je dois penser à Prim, finit-elle.
Peeta eut un petit rire désabusé et Katniss se tourna vers lui. Elle ne parvint pas à déchiffrer l'expression de son visage.
-Je t'ai sorti le grand jeu, cette nuit, dit-il, en haussant les épaules, son sourire un peu tordu. Si avec ça, je n'ai pas réussi à te convaincre… Rien ne marchera !
Katniss sentit sa résolution faiblir devant ses yeux, où elle croyait pouvoir déceler une lueur de résignation.
-Peeta, je suis désolée …
-Non, la coupa-t'il, en posant un doigt léger sur ses lèvres. Ce que j'ai fait, c'était seulement pour toi, pas pour obtenir quoique ce soit. Tu n'as pas à te sentir désolée. Je t'ai dit ce que je ressentais pour toi, mais je n'attends rien en retour. Au mieux, ça me permettra peut-être de passer à autre chose un jour…
Un instant, les images de cette nuit surgirent dans l'esprit de Katniss. Les baisers à l'observatoire, les baisers sur la plage, les confidences sur le sol dur de la boulangerie Mellark, les moments suspendus à traverser les rues désertes de Panem comme les seuls êtres encore vivants … Peeta méritait tout ça. Le Peeta qu'elle avait deviné à travers les secrets qu'il lui avait confiés méritait tout ce qu'il souhaitait. Et elle, Katniss, ne pouvait le lui donner, pas avec l'avenir qui se dessinait pour elle. Leurs destins s'étaient peut-être percutés pour une nuit, mais ils devaient reprendre leur trajectoire initiale.
-Je t'aurais au moins vu sourire une fois dans ma vie ! ajouta-t'il, interrompant ses pensées et lui donnant un gentil coup d'épaule.
-C'était…sympa d'être normale pour une fois, répondit-elle en baissant les yeux. Je crois que c'était aussi sympa parce que c'était avec toi.
-Alors je me contenterai de ça, sourit-il. Est-ce que j'ai le droit de te rendre normale jusqu'à ce soir ? On est dimanche, pas de lycée aujourd'hui !
-Je ne sais pas, dit-elle, en se tortillant, gênée. Il va falloir que je dorme un peu puis que j'aille récupérer ma voiture chez Finnick. Je pense que je vais forcer Gale à m'aider, il me doit bien ça après m'avoir planté hier soir…
-Dans ce cas… Jusqu'à la fin du lever du soleil ?
Katniss leva la tête, aperçut le sourire malicieux de Peeta et céda :
-Jusqu'à la fin du lever du soleil, alors.
-Parfait, fit-il sur un ton léger. Puisqu'il ne me reste plus que quelques heures… Tu permets ?
Avant qu'elle ne puisse répondre, il attrapa son visage et l'embrassa longuement. Une énième fois, Katniss s'abandonna au baiser. Elle savoura le contact de ses paumes chaudes sur ses joues, de sa langue contre la sienne et l'odeur de Peeta qui tournoyait autour d'elle.
Après avoir épuisé leur réserve d'air, ils se détachèrent l'un de l'autre et Peeta entremêla ses doigts aux siens :
-Je peux te poser une question ?
Katniss hocha brièvement la tête pour l'inviter à continuer.
-Tu disais que tu venais souvent avec ton père, ici… Que faisiez-vous ?
La jeune fille sentit son cœur se serrer, comme à chaque fois qu'elle pensait à son père.
-Mon père venait d'une famille très pauvre. Une famille de mineurs. Son père, mon grand-père, travaillait toute la journée à la mine mais ça ne suffisait pas pour nourrir le reste de la famille. Mon père était l'aîné et a commencé à chasser dans cette forêt pour ramener un peu de viande à table. Il n'avait pas le droit et s'est fait arrêter plusieurs fois… Mais c'était mieux que mourir de faim. Et puis un jour, mon grand-père est tombé malade, à force d'inhaler des vapeurs de charbon et mon père s'est fait embaucher à la mine. Il n'avait plus le temps de faire grand-chose, il partait très tôt le matin, revenait tard le soir… Mais tous les dimanches matins, sans exception, il me réveillait avant que le soleil ne se lève et on venait ici. Je crois que la forêt lui manquait et c'était un moyen pour lui d'y revenir. Et puis il s'est mis à m'apprendre à reconnaître les plantes comestibles et à tirer à l'arc pour abattre de petits animaux. Comme s'il voulait être sûr que je puisse me débrouiller sans lui… Je n'ai jamais su s'il avait vraiment eu une intuition, mais quelques mois plus tard, l'accident s'est produit, finit-elle, avec un sourire amer.
-Tu as chassé ici…après ? demanda-t'il doucement.
-J'ai essayé, les premiers mois. J'étais un peu trop petite pour utiliser son arc mais j'ai quand même ramené quelques écureuils. Mais le gibier s'est raréfié en hiver, l'année de l'explosion. C'était comme si tous les animaux de cette forêt s'étaient évaporés. J'ai vendu l'arc. Je n'en avais pas envie, c'était un souvenir. Mais Prim est tombée très malade et elle était trop maigre pour combattre cette saleté de grippe. Alors j'ai dû vendre l'arc. Un jour, quand j'aurais les moyens, j'en rachèterai un. Aussi beau que celui de mon père.
Les yeux de Katniss se perdirent un instant dans les feuillages vert sombre qui tapissaient la vallée et elle fut reconnaissante envers Peeta de respecter son moment. Quelques minutes plus tard, il reprit la parole :
-Tu m'apprendras à tirer à l'arc, un jour ?
Katniss releva la tête et examina le ciel. Le soleil avait maintenant presque dépassé le sommet des montagnes. Ils se sépareraient bientôt. Mais elle secoua la tête, se releva et lui tendit une main :
-Je peux t'apprendre maintenant, si tu veux !
-Comment ça ? demanda-t'il, en se remettant sur ses pieds et en gardant fermement sa main dans la sienne.
-Tu me fais confiance ?
-Toujours ! dit-il dans un enthousiasme exagéré.
Ils descendirent du rocher et elle l'entraîna à l'abri des arbres. Elle s'arrêta devant un grand chêne aux racines noueuses, plongea la main par un trou qui béait dans le tronc et en sortit un arc à l'aspect rudimentaire ainsi que quelques baguettes dont la pointe était maladroitement taillée en flèche.
-Ne te moque pas, l'avertit-elle. C'est moi qui les ai faits. Ce n'est pas encore fini, mais ça ira pour que tu essaies.
-Je n'en avais pas l'intention, répondit simplement Peeta. Mais pourquoi tu les gardes ici ? Ils seraient en meilleure sécurité chez toi.
Katniss se figea, frappée par la question. Elle serra le bois dans ses mains.
-Car c'est ici qu'ils appartiennent, souffla-t'elle très doucement, plus pour elle-même que pour Peeta. Car ici, ils n'appartiennent qu'à moi.
Puis elle releva la tête, mais détourna le regard. Elle sentit ses joues rosir et se demanda un instant si montrer cet arc à Peeta était une bonne idée. Elle était la seule à en connaître l'existence, le chérissant comme un trésor. C'était l'une des seules choses qui lui appartenait réellement et que personne ne pourrait lui reprendre. Puis elle chassa cette pensée en se disant qu'il était de toute façon trop tard. Elle survola du regard la forêt devant eux et repéra un tronc d'arbre à une distance raisonnable pour Peeta. Puis elle glissa une flèche entre ses doigts, banda la corde, sa main effleurant sa joue, inspira et lâcha la corde au son de son souffle. La flèche fila et se planta en vibrant dans le tronc. Peeta émit un sifflement impressionné et elle sursauta. Elle avait été tellement concentrée qu'elle en avait presque oublié sa présence. Elle tendit l'arc et une flèche à Peeta. Il essaya maladroitement de l'imiter mais sa flèche passa plusieurs mètres à côté du tronc.
-C'est parce que tu ne te tiens pas bien, sourit Katniss.
-C'est vrai, il faudrait que le professeur vienne m'aider, suggéra-t'il l'air de rien, un sourire malicieux sur le visage.
Katniss secoua la tête pour dissimuler son propre sourire et s'approcha de lui. Avec des gestes sûrs, elle redressa son coude, rajusta sa prise sur l'arc et rééquilibra la flèche. Elle était si près de lui qu'il n'eut qu'à se pencher pour lui voler un baiser. Katniss lui donna une petite tape sur l'épaule :
-C'était pour quoi, ça ?
-Pour me donner du courage ! répondit franchement Peeta avec un grand sourire. Et parce qu'il me reste encore quelques minutes.
-Alors dépêche-toi de toucher ce tronc, sinon tu n'auras rien à manger, dit-elle du tac-au-tac, en s'éloignant vers les fourrés.
Elle trouva un buisson de petites fraises sauvages et en cueillit quelques unes, se servant du bas de son T-shirt relevé comme d'une poche. Elle revint vers Peeta et il lui montra avec empressement une deuxième flèche plantée dans le tronc. Elle leva un sourcil, dubitative, mais il lui assura que c'était bien lui qui avait réussi à tirer cette flèche. Ils retournèrent à la clairière et dégustèrent les fraises à peine mûres, sous les timides rayons du soleil. La forêt s'éveillait autour d'eux, les animaux faisant bruisser les feuillages sur leur passage.
Puis Katniss prit une grande inspiration :
-On ferait mieux de rentrer.
En silence, ils reprirent le chemin vers la voiture. Et bien vite, Peeta, suivant ses indications, freina devant chez elle. Ils sortirent de l'habitacle et il fit le tour pour se retrouver devant elle.
-Je suppose que c'est ici qu'on se dit au revoir, dit-elle maladroitement.
-Attends… avant… Un dernier baiser.
Cette fois, Katniss se pencha elle aussi pour que leurs lèvres se rencontrent. Elle noua ses bras autour de son cou et sentit les mains de Peeta dans ses cheveux et au creux de ses reins. Avec réticence, elle se détacha de lui et il remit une de ses mèches derrière son oreille.
-Tu es sûre de ton choix ? Tu ne vas pas regretter de ne plus pouvoir m'embrasser, demain ? plaisanta-t'il, mais elle sentit qu'il n'y mettait pas tout son cœur.
Elle eut envie de répondre que si, ça lui manquerait. Elle eut envie de répondre qu'elle aimait sentir ses lèvres sur les siennes, qu'elle avait aimé le découvrir et surtout, à sa grande surprise, elle avait eu envie de lui faire partager sa propre vie. Et qu'elle aurait bien aimé recommencer. Mais à la place, elle écouta la raison et répondit, avec un sourire amer :
-C'est mieux comme ça, Peeta.
Il soupira et passa la main dans ses cheveux.
-Dans ce cas… Au revoir, alors, et … à plus ?
-Oui, confirma-t'elle en fuyant son regard. Au revoir.
Puis elle tourna les talons et remonta l'allée jusqu'à la porte d'entrée.
Contrairement à ce que Peeta pensait, Katniss ne prenait jamais vraiment le temps de réfléchir et d'analyser les choses. Quand elle prenait ses décisions, c'était en un clin d'œil, sous l'impulsion de son instinct de survie, qui s'était surdéveloppé ces dernières années. Si elle avait besoin de contrôler les choses, c'était parce qu'elle avait réussi à survivre de cette façon. Cette petite voix l'avait guidé dans ses choix pour tendre à son objectif final : avoir assez d'argent pour que Prim et elle aient un toit et un ventre plein. Généralement, cette pensée suffisait à lui faire prendre la bonne décision.
Mais à la seconde où elle claqua la porte derrière elle, elle sut. Elle sut que cette fois, pour la première fois de sa vie, elle avait pris la mauvaise décision. Elle repensa à cette deuxième petite voix, si différente de la première, qui l'avait incité à embrasser Peeta plusieurs fois. A ce moment même, cette même voix hurlait dans chacune de ses cellules d'attraper cette chance qui lui était tendue. Elle comprit ce que Prim et son indécrottable optimisme, à s'extasier devant des gâteaux colorés et des chatons, et ce que cette nuit avec Peeta lui avaient montré. Non, la vie n'était certainement pas belle pour tout le monde. Mais elle pouvait, elle devait, même, être vécue.
Son cœur rata un battement. Elle pivota brutalement sur les talons, ouvrit la porte à la volée et se précipita sur les dalles de l'allée. Peeta venait de démarrer. Elle cria son nom en arrivant sur la route et la voiture freina brutalement, puis cala, et Peeta sortit précipitamment de l'habitacle.
-Oui ? bafouilla-t'il.
Katniss laissa son cœur se calmer et sa respiration retrouver un rythme normal. Puis elle lui fit un petit sourire :
-Je vais dormir un peu pour récupérer… Mais tu penses pouvoir passer me chercher à quelle heure, tout à l'heure pour aller récupérer ma voiture ?
-Que… Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda Peeta, interloqué.
-J'ai … Je pourrais peut-être rester normale un peu plus. Disons jusqu'à ce soir ?
Un grand sourire s'épanouit sur le visage de Peeta et elle sentit ses lèvres faire de même, sans même qu'elle puisse les en empêcher.
-Super, ça me laisse un peu plus de temps pour te convaincre d'être normale pendant… très longtemps. Avec moi, ajouta-t'il fermement.
-Ca se pourrait que tu réussisses, répondit-elle simplement.
-Alors on dit… Quinze heures ?
-Quinze heures, confirma-t'elle dans un souffle.
Elle pivota sur elle-même et remonta l'allée, fermant vraiment la porte derrière elle cette fois. Elle grimpa précipitamment l'escalier, se débarrassa de ses vêtements raidis par l'eau et se glissa sous sa couverture. Elle ferma les paupières, se promit de remercier Gale pour l'avoir traînée à cette soirée et laissa deux grands yeux bleus l'emmener au pays des songes.
Saluut !
Voici comme promis le dernier chapitre de cette petite fiction. j'espère qu'il sera satisfaisant pour vous ...
C'était mon premier AU Hunger Games et c'était une très belle expérience écrituresque ;-).
Merci à tous pour votre soutien, votre fidélité et vos adorables reviews qui m'ont toujours donné l'envie d'aller plus loin. J'ai essayé de prendre le temps de répondre à chacun d'entre vous, et j'en profite pour citer deux lectrices anonymes (à qui je ne peux donc pas répondre en privé) : merci Cyham et So-Apple33 !
Si certains d'entre vous ont envie de continuer à me suivre dans mes voyages, parfois un peu farfelus, je vous invite à embarquer à bord de Wicked Game et Trois Fois Rien Entre Nous, ainsi qu'une prochaine fiction, Sympathy For The Devil (vous pouvez lire le résumé sur mon profil) dont le voyage promet d'être épique et que je publierais très bientôt.
Enfin, si vous souhaitez récupérer cette fiction sous un format PDF, EPUB, MOBI, avec un formatage et un découpage plus sympa que ce que me permet ff net, faîtes moi signe en PM (je ne mords pas ;-) ). Et puis si vous avez d'autres questions ou remarques sur A Shot at a Silver Lining, ou même la vie en général (hum...) , n'hésitez pas !
Des bises et à très vite,
Bergdorf.
