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Chapitre 7 : C'est différent

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Cela faisait deux jours que l'une des créatures était dans la cave de la maison du lac, bien enfermée, bien silencieuse. Deux jours que la meute se heurtait à un mur et ne savait plus quoi faire. Deux jours que Derek regardait la cheville en atèle de Stiles en se disant qu'il l'avait mis en danger pour rien.

Stiles ne se plaignait pas, évidemment. Il semblait à peine remarquer l'état de sa cheville. Si possible, Derek dirait qu'il était plus naturel qu'avant et cela le fit s'interroger sur l'état mental de l'humain. À vrai dire, si le cerveau de Stiles était assez abimé pour prendre la douleur comme quelque chose de rassurant, Derek ne serait pas étonné. On avait tendance à préférer le familier et l'habituel, peu importe combien ils étaient horribles.

Mais Stiles ne se sentait pas mieux à cause de sa cheville foulée ou de la plaie à se jambe. Il n'y portait pas plus d'attention que ça. Il venait simplement de comprendre que Derek ne mentait pas, qu'il n'allait pas soudainement se retourner vers lui avec des yeux rouges pour planter ses griffes sous ses côtes. Il pouvait enfin reconnaitre la gentillesse et la bienveillance dans son regard pour ce qu'elles étaient réellement. Il avait toujours du mal à l'accepter, mais seulement parce qu'il ne savait pas comment y répondre et qu'il voyait comme elles enrobées d'une couche répugnante de pitié.

Stiles avait déposé son masque à la clinique vétérinaire, et ne l'avait pas emporté avec lui en partant.

« Ça te fait mal ? » demanda Derek. Stiles tourna la tête vers lui, l'interrogeant du regard. Ils étaient assis l'un à côté de l'autre sur le canapé. Stiles lisait le dernier tome d'Harry Potter, impatient d'arriver à la fin, et Derek était sur son ordinateur.

Le loup désigna sa jambe. Stiles baissa les yeux sur sa blessure. Une attèle maintenait sa cheville et un large bandage recouvrait, sous son jean, la plaie qui n'avait pas encore cicatrisé. Stiles secoua la tête. « Ça va. Un peu quand je marche, c'est tout.

- Tu devrais utiliser les béquilles.

- Ça ne fait pas si mal que ça. » Derek laissa tomber et Stiles retourna à son livre. Le loup jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour savoir où il en était. Puis, il remarqua qu'il fronçait les sourcils. « Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il.

Stiles ne répondit pas immédiatement. « Ça veut dire quoi : apogée ? »

Derek le regarda avec surprise pendant un instant. « C'est le sommet, le meilleur moment de quelque chose, » répondit-il. Stiles acquiesça et reprit sa lecture. Derek l'observa plus longtemps et remarqua comme ses yeux bougeaient lentement sur le papier. Au début, il avait pensé que c'était parce que Stiles était sur ses gardes, mais il savait que ce n'était plus le cas désormais. Les épaules de Stiles n'étaient plus tirées d'une raideur attentive, ses yeux ne se figeaient pas sur le papier au moindre bruit, il lui parlait sans avoir besoin de planter son regard dans le sien.

« Stiles, est-ce que tu … » Derek ne savait pas comment formuler son idée. Il n'avait pas besoin de poser de question, c'était évident. Aucune meute n'avait dû prendre l'éducation de Stiles en considération. Il avait certainement arrêté d'aller à l'école dès que sa mère et lui en avaient rejoint une. Et personne, au cours de toutes ces années, n'avait dû prendre la peine de lui mettre un quelconque livre entre les mains. « Quand est-ce que tu as arrêté d'aller à l'école ? » demanda-t-il finalement de but en blanc.

Stiles réfléchit un instant, puis haussa une épaule. « J'ai changé plusieurs fois quand j'avais onze ans. À certains moments je n'y allais pas du tout car on déménageait trop souvent. Après qu'on soit allé vivre avec eux, j'ai arrêté. Ils faisaient la classe entre eux, mais ce n'était pas vraiment pareil. Ils voulaient que je me concentre sur autre chose, sur … sur l'étincelle. » Ses yeux s'étaient remplis de vide sur ses derniers mots.

« Je ne suis pas allé en primaire, » expliqua Derek. « Les enfants loups sont trop dangereux pour les autres. Quand on sait se contrôler, on va à l'école avec tout le monde. J'ai commencé au milieu du collège. Je n'ai pas fini le lycée. » Stiles le regardait et Derek espérait qu'il ne lui demande pas pourquoi.

Stiles lui offrit un léger sourire. Il ne retourna pas à son livre, comme s'il n'était pas sûr de savoir quoi faire. « J'ai peut-être une idée, » dit Derek, « mais je dois d'abord en parler à quelqu'un. »

Lydia arriva à son appartement dès la fin de ses cours, accompagnée de deux sacs de livres et de cahiers. Derek la déchargea et posa le tout sur la table. « T'en as peut-être fais un peu trop, » lui glissa-t-il.

Elle le regarda très sérieusement. « J'ai pris l'essentiel. » Stiles les rejoint presque timidement. Sa posture était plus raide, son visage plus neutre que durant les derniers jours. « Salut, Stiles. » Lydia lui sourit amicalement, mais Stiles resta stoïque.

Il se souvenait d'elle. Il se souvenait aussi qu'elle ne lui avait jamais souri de cette façon avant, peu importe ses efforts pour que ce soit le cas. Elle était toujours aussi jolie, visiblement toujours aussi intelligente, mais sans plus essayer de le cacher. Contrairement à la fois où il avait revu Scott et où il avait eu l'impression d'être projeté des années en arrière, Stiles n'avait pas l'impression de revoir une personne de son passé. Pas réellement. Pour ça, il aurait certainement fallu que Lydia l'ignore. Plus que ça, il ne ressentait pas la joie et l'excitation qui enflammaient son estomac quand il la voyait en étant enfant.

« Derek m'a dit que tu n'étais plus allé à l'école depuis que tu avais douze ans, » dit-elle. Stiles eut l'impression d'être un imbécile, même si Lydia n'avait pas l'air de le juger. « Alors, si tu veux bien, je peux t'aider à revoir certaines choses. J'ai déjà aidé Malia avec ça, elle a manqué plusieurs années aussi, alors je sais m'y prendre. » Elle le regarda, mais Stiles ne fit pas un geste. « Ça te va ? » demanda-t-elle.

Stiles hocha la tête. Lydia commença alors à parler des choses qu'il avait dû manquer, de celles qui étaient essentielles et qu'il pouvait rattraper, tout en pointant des livres et des cahiers, tous remplis de notes et de traits de surligneurs colorés. Stiles avait l'impression de se noyer sous les informations et quand il fut persuadé que c'était trop, Lydia rangea la quasi-totalité des choses qu'elle avait étalées sur la table, n'y laissant plus que deux livres et trois cahiers. Puis, elle montra à Stiles les partis par lesquelles il devait commencer. « Tu peux juste les lire et je reviendrai pour te réexpliquer, ou alors on peut commencer à voir ça ensemble. C'est comme tu veux. »

Stiles n'avait aucune idée de quoi choisir. Il sentit sa gorge se serrer alors que Lydia attendait une réponse. « Laisse tout ça et on verra plus tard la meilleure façon de faire, d'accord ? » proposa Derek. Lydia parut satisfaite.

« Pas de problème, rien ne presse de toute façon. » Stiles était sûr qu'elle avait dit ça uniquement pour le rassurer.

Lydia partit et Stiles prit une profonde inspiration en regardant les livres et les cahiers. « Tu n'es pas obligé de faire ça, tu sais ?

- J'en ai envie. Je ne sais juste pas si je peux le faire.

- Je suis sûr que tu peux. » Stiles releva des yeux surpris sur Derek. Celui-ci haussa une épaule avant de repartir vers le salon pour reprendre son ordinateur. Stiles s'assit à la table et ouvrit le premier cahier, de l'histoire. Ça ne pouvait pas être si différent d'un livre de fiction, si ?

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Lydia et Derek regardaient la créature immobile dans son cercle de poudre verte. Derek penché contre le mur, Lydia affalée sur une chaise. « Je vais devenir dingue, » marmonna l'adolescente. « T'aurais pas un sujet de conversation ? N'importe quoi. Même la saveur de la viande de cerf, si tu veux.

- Est-ce que tu es en train de me prendre pour Malia ? »

Lydia lui lança un regard empli de fatigue. « Désolée. »

Derek eut une exclamation amusée et vint s'assoir sur la chaise à côté de la jeune fille. « C'est quoi ton film préféré ? » demanda-t-il.

Elle le regarda d'un air surpris. Elle n'avait pas vraiment cru qu'il allait lui faire la conversation. « Ne ris pas.

- Pourquoi je rirais ?

- Love Actually. » Elle le défia du regard. Derek haussa un sourcil.

« Ça a l'air aussi stupide que le titre laisse entendre ? » Elle leva les yeux au ciel. Derek nota mentalement le film.

« Pourquoi tu as demandé ça ?

- Tu voulais que je te parle.

- Oui, mais tu aurais pu demander mon livre préféré, ma chanson préférée, mais tu as choisi film. Je croyais que tu n'aimais pas regarder de film.

- Maintenant, si. » Derek avait besoin de revoir la façon dont il se confiait. Si on pouvait appeler ça une confidence. S'il se sentait stupide de l'avoir dit à haute voix et que Lydia le regardait d'un air intéressé, c'en était certainement une. Il soupira. « On a regardé les Harry Potter. Ça avait l'air de le calmer ou de le mettre à l'aise, j'en sais rien. Donc on a continué à voir des films. Sauf que je n'ai presque aucun DVD et qu'on les a tous déjà vu. » Lydia haussa un sourcil, attendant la dernière information qu'il gardait. « Certains deux fois. »

Elle sourit, les lèvres pincées alors qu'elle se retenait de rire. « N'ose même pas, » prévint Derek.

Lydia reprit un visage sérieux et réfléchit un instant. « Pars sur les classiques.

- C'est-à-dire ? » Derek entendit des pas s'approcher et il détourna la tête sur la créature. « Oublie ça, » dit-il rapidement. Lydia haussa les sourcils, puis, les marches des escaliers craquèrent.

« Vos sauveurs sont arrivés, » salua Isaac en levant les cinq cartons de pizzas qu'il tenait.

« Isaac, c'est quoi ton film préféré ?

- Le Seigneur des Anneaux. Pourquoi ?

- On essaie de faire une liste de films que Derek pourrait montrer à Stiles.

- L'entière filmographie de Tarantino, » décréta Alison en entrant dans la cave à son tour, suivie de Scott qui tenait de quoi boire.

« Quelque chose avec moins d'effusion de sang ? » demanda Lydia avec une légère grimace.

« Harry Potter, » dit Scott. Alison leva les yeux au ciel.

« Déjà fait, » dit Lydia. Elle tira le bloc de papier qui se trouvait dans son sac, à ses pieds, et commença à noter les titres qui fusaient des trois autres adolescents et ceux qui lui venaient à l'esprit.

« De quoi vous parler ? » demanda Malia en entrant dans la cave, se dirigeant jusqu'au pizzas, ouvrant le premier carton et se servant deux part.

« On devait attendre Cora, » lui rappela Isaac.

« Une liste de films.

- Quelqu'un a déjà dit Le Seigneur des Anneaux ?

- Okay, tu peux finir ta part, » décréta Isaac.

Ils continuèrent de donner des titres de film. Malia avait l'air de ne pas comprendre de quoi ils parlaient la plupart du temps. Scott acquiesçait excessivement à chaque proposition. Isaac proposait des films dont personne n'avait jamais entendu parler. Lydia critiquait toujours les films que donnaient Alison, « Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans moins d'effusions de sang ?

- Hey, désolée du retard ! De quoi vous parlez ? » demanda Cora en arrivant. Ses yeux s'illuminèrent en voyant les cartons à pizza.

« On fait une liste de films que Derek devrait voir avec Stiles, » expliqua Malia, profitant de l'arrivée de la louve pour reprendre une part de pizza.

Cora regardait son frère d'un air amusé. « Vous regardez des films ensemble maintenant ?

- C'est pas vraiment comme s'il avait eu le temps d'en voir beaucoup, » répondit défensivement Derek.

Cora haussa un sourcil. « C'est pourtant pas toi qui t'es tapé Le Seigneur des Anneaux avec Malia quand sa culture laissait à désirer.

- Hé ! » intervint la coyote.

« Un film à ajouter Cora ? » demanda Lydia comme si la conversation n'avait pas eu lieu. Les deux filles se défièrent du regard et, sans détourner les yeux, Lydia détacha la feuille du bloc et la tendit à Derek. Celui-ci la prit et la mit dans sa poche.

« Il n'y a pas tant de sang que ça dans – » commença Alison, interrompue par le grognement de Lydia et le rire étouffé de Scott.

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« Alors, tu vois, si tu as besoin de calculer la longueur de ce côté, sachant que c'est un triangle à angle droit, il te suffit de –

- Lydia, pourquoi tu fais ça ? » demanda Stiles. Lydia releva un regard surpris vers lui, avant de le reposé, sourcils froncés, sur le livre de maths.

« On a déjà fait ce chapitre ?

- Non, je veux dire, en général. Pourquoi tu t'embêtes à me donner des cours ? » Cela faisait une semaine que Lydia passait chaque jour l'aider à comprendre les notions qu'il ne comprenait pas. Il aimait ça, apprendre, même quand ça semblait être quelque chose de complètement inutile. Mais plus le temps passait, plus il était incapable de ne pas voir la lueur dans les yeux de Lydia quand elle le regardait.

« Je veux t'aider. » Mon pauvre abruti.

Quelque chose se durcit dans les yeux de Stiles. « Je ne veux pas de ta pitié. » Lydia s'attendait presque à ce qu'il ferme le livre, se lève et s'en aille. Mais Stiles garda les yeux solidement ancrés dans les siens.

Elle ouvrit la bouche pour lui rétorquer qu'elle n'avait pas pitié de lui, mais s'en empêcha. « Stiles, je sais ce que tu as vécu, ou, du moins, j'en ai une vague idée. Bien sûr que j'ai pitié de toi. N'importe qui avec un cœur aurait pitié de toi. » Elle pouvait le voir se raidir à vue d'œil, même sans super-vision. « Mais surtout, je me souviens de toi. Ce n'était pas le cas au début, peu importe ce que Scott pouvait me raconter, mais maintenant oui. Et je me souviens que tu étais bon à l'école. Je ne vois pas de quel droit ils te prendraient ça avec le reste. »

Stiles continuait de la regarder sans rien dire, sans faire un geste, sans esquisser la moindre émotion. « C'est ma façon de me battre contre eux, » ajouta Lydia, et les mots semblèrent avoir un effet sur Stiles.

Il finit par reposer les yeux sur le livre. « À quoi ça sert de savoir ça ?

- A rien. Mais ça fait partie de l'expérience scolaire. » Stiles sourit au triangle sur le livre.

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Stiles et Derek regardaient Love Actually et le loup refusait d'accepter que le film soit bon. Ils étaient assis l'un à côté de l'autre dans le canapé. Stiles avait étendu la couverture sur ses jambes en tailleur et regardait l'écran avec grand intérêt. Derek s'amusait à regarder ses réactions. Il n'avait pas imaginé que le visage de Stiles puisse montrer autant d'émotions avant, tant de nuances.

Soudainement, Stiles explosa de rire, large sourire et corps qui se plie. Derek se tourna vers lui, surpris. Il fut rapidement fasciné par le son qui s'échappait si naturellement de la bouche de Stiles. Quand celui-ci s'arrêta, il sembla lui-même surpris de ce qu'il venait de se passer. « C'était quand la dernière fois que tu as ri comme ça ? » s'entendit-il demander.

Stiles réfléchit. « Je crois que c'était avec Scott.

- Tu devrais rire plus souvent.

- Pourquoi ?

- C'est un joli son. » Stiles leva des yeux surpris sur lui, puis, après observation, il lui sourit. Derek oublia presque qu'ils regardaient un film avant que l'un des personnages ne se mette à parler trop fort.

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Stiles lisait l'un des cours que lui avait donné Lydia. Il prenait de grandes inspirations et ne savait pas si sa nausée venait du petit déjeuner ou du cours d'histoire. L'esclavage. Il n'était pas en train de comparer, c'était trop différent pour comparer. Ça l'était surement. Il le saurait certainement s'il était capable de lire plus loin que le titre.

Sans qu'il ne le voie arriver, la main de Derek apparut dans son champ de vision et remplaça le livre d'histoire par un livre de géographie. Le loup ne dit pas un mot en partant avec l'autre livre et Stiles ne l'interpela pas. Il baissa les yeux sur la nouvelle leçon et y focalisa toute son attention.

Stiles ne remarqua que la nuit était tombée que lorsque Derek alluma une lampe. Le loup ramassa un livre sur la table basse et le tint en direction de Stiles. « Pauvre Harry, tu l'as complètement oublié, » plaisanta-t-il.

Stiles sourit. « Je le reprendrai quand j'aurais fini avec ça.

- Ou quand tu en auras marre comme ça arrive à tous les élèves.

- Tu n'aimais pas l'école ?

- Ça dépendait des matières, » répondit Derek avec un haussement d'épaule. « Tu as faim ? »

Stiles répondit par un haussement d'épaule. « Quelles matières tu n'aimais pas ?

- Les maths, la bio, la géographie, l'histoire selon les chapitres, la littérature selon les auteurs.

- Ça laisse quoi ? » rit Stiles alors que Derek prenait des tomates du réfrigérateur.

« Hum … j'aimais bien le sport. » Stiles haussa les sourcils pour l'inciter à continuer. Derek haussa une épaule, posant les fruits sur le plan de travail avant de prendre un couteau. « J'étais bon en basket.

- Tu étais dans le clan des sportifs ?

- Ces films ne sont vraiment pas une bonne représentation de ce qu'est un lycée, » répondit Derek. Stiles avait toujours l'air amusé par l'idée. « Pitié, ne te fais pas d'images mentales. »

Stiles souriait tellement que le coin de ses yeux se plissaient. Derek leva les yeux au ciel, feignant d'être vexé. Puis, il fit tourner le couteau dans sa main d'un geste vif avant de le replanter dans la tomate. Dans sa vision périphérique, il vit le mouvement de recul de Stiles. Il releva les yeux sur lui et vit son regard fixé le couteau, son visage essayait de prendre une expression vide, mais ses yeux semblaient hantés. « Stiles ? » appela Derek.

Les iris brunes furent plongées dans ses yeux. Derek reposa le couteau. « Je suis désolé. Est-ce que ça va ? » Stiles hocha la tête, mais il ne se retourna pas vers son livre. « Tu veux en parler ? »

Stiles mit quelques instants à répondre. « Tu m'as vu. Il n'y a pas besoin d'en parler. » Derek n'insista pas. Il baissa les yeux, reprit le couteau, essaya de faire le moins de gestes brusques possible et continua de couper. Il fit des morceaux plus gros, juste pour pouvoir mettre le couteau dans l'évier, hors de vue, le plus rapidement possible.

Alors qu'il mettait les ingrédients dans la poêle, Derek jeta un coup d'œil à Stiles. Il prit en compte sa posture raide, son regard trop fixe sur la page. « Qu'est-ce que tu lis ? » demanda-t-il pour combattre le silence lourd qui s'était installé entre eux.

« De la géographie.

- Quel pays ?

- Le nôtre. C'est les différents états, chaines de montagnes, fleuves, tout ça.

- Lesquels ? » Derek continua de faire parler Stiles avec des questions simples. Celui-ci commença à faire des listes, à lui raconter ce qu'il avait lu, jusqu'à ce que Derek ait fini de préparer le repas et ne pose deux assiettes l'une en face de l'autre sur la table. Le début de crise était passé, et Derek respirait plus facilement.

Pendant que Derek rangeait, Stiles installait le film qu'ils devaient regarder ce soir : Breakfast Club. Annoté comme « classique » dans la liste de Lydia. Alors, quelqu'un frappa à la porte. Stiles releva des yeux surpris en direction de la porte, avant de se redresser pour se placer face à elle. Derek traversa la pièce pour aller ouvrir.

« Hey, est-ce que je peux rester ici ce soir ? » Stiles reconnut la voix d'Isaac, mais Derek lui bloquait la vue.

Puis, ce dernier soupira et s'écarta tout en tenant la porte pour laisser entrer l'adolescent. « Tu sais que logiquement tu n'es pas censé venir chez moi, quand tu te disputes avec ma sœur.

- Et où je suis censé aller ? Chez Scott ? » demanda Isaac en pénétrant dans l'appartement. Derek acquiesça légèrement, incapable de donner tort à son bêta. Ce dernier se passa une main à l'arrière de la nuque. « Si je –

- Reste. Tu as mangé ?

- Oui. Et merci. » Derek retourna ranger la cuisine. Isaac s'avança, puis s'arrêta en voyant le regard de Stiles sur lui. Ce dernier avait déjà compris que Cora et Isaac étaient ensemble. Il ne comprenait pas très bien les raisons qui poussaient celui-ci à rester avec quelqu'un comme Cora, mais juger n'était pas sa place. Isaac eut un sourire amusé, comme s'il devinait les pensées de Stiles. « Tu te demandes pourquoi je suis avec elle, hein ? »

Stiles resta immobile un instant avant de hausser une épaule. « Elle est pas aussi méchante qu'elle en a l'air, » lui assura-t-il.

« Mais est deux fois plus chiante, » ajouta Derek.

Isaac rit. « Je l'ai pas dit ! » Il leva ses mains d'un air innocent. « Vraiment, elle peut être la meilleure personne au monde. Quand elle le veut. Et puis … l'amour c'est mal fait, non ? Personne ne choisit sur qui ça tombe. » Il regarda Stiles avec un demi sourire. Puis, il tourna la tête sur l'ordinateur installé sur la table basse. « Vous alliez regarder un film ? »

Stiles acquiesça et Derek répondit, « Breakfast Club.

- Jamais vu, » dit Isaac.

Ils s'assirent tous les trois sur le canapé, Issac dans un coin, Derek au centre et Stiles à l'autre coin. Ils ne dirent rien pendant le film, et lorsque le générique arriva, Derek se demanda pourquoi exactement ce film était considéré comme culte.

Derek se tourna vers Isaac en se redressant pour éteindre l'ordinateur. « Tu dors là ?

- Oui. Hm, enfin … je vais prendre le fauteuil, » dit-il avant de se lever pour aller de l'autre côté de la table basse et s'affaler dans l'autre siège du salon.

« Je croyais que tu avais besoin d'espace pour dormir ? » s'inquiéta Derek.

Isaac haussa un sourcil avec un sourire ironique aux lèvres. « C'est pas comme si tu m'enfermais dans le placard. J'ai tout l'espace autour de moi, je vais pas te faire de crise de panique en dormant là.

- C'est toi qui voit, » répondit Derek en se levant pour se diriger vers sa chambre.

Stiles ne s'empêcha pas d'observer Isaac. Celui-ci capta son regard et haussa une épaule. « J'aime pas les espaces étroits, » expliqua-t-il simplement.

Stiles hocha une fois la tête, comprenant qu'il y avait plus derrière ça. Il ne lui vint même pas à l'esprit de demander plus d'explications. « Bonne nuit, » dit Derek en tendant une couverture à Isaac avant de repartir vers son lit.

« Bonne nuit, » répondit Isaac. Stiles remarqua que la lumière n'était pas éteinte, mais ne se leva pas pour le faire. Il sentit le regard d'Isaac se poser sur lui et il releva ses yeux dans les siens. Les yeux bleus n'exprimaient aucune émotion mais semblaient attendre un jugement. Pour toute réponse, Stiles ferma les yeux. Il pouvait dormir la lumière allumée.

Isaac bougeait beaucoup pendant son sommeil, chacun de ses mouvements réveillant Stiles. Il se demanda comment il était possible que celui-ci ne tombe pas du fauteuil. Mais il se rendormait rapidement, dès qu'il était sûr que le loup n'était pas réveillé.

Sur le matin, ce fut un mouvement de Derek qui le réveilla. Stiles ouvrit les yeux quand il l'entendit se lever et suivit son mouvement alors qu'il allait éteindre la lampe. Le soleil se levait, projetant la douce lumière chaude de l'aube dans la pièce. Derek disparut dans la salle de bain et Stiles se redressa pour regarder par la fenêtre.

Quand Derek sortit, ce fut à son tour d'aller dans la salle de bain. En retournant dans le salon après s'être lavé, il vit qu'Isaac dormait toujours profondément. Derek lui tendit silencieusement de quoi manger et Stiles regarda l'assiette d'un air découragé. Il y avait encore et toujours de la nourriture. Trop de nourriture. Pas que le loup lui en donne une quantité astronomique, mais il détestait manger. Son estomac était toujours lourd et douloureux après. « Mange que ce que tu peux, » dit Derek en percevant son malaise. Stiles chassa l'émotion et acquiesça. L'autre ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais ne dit rien.

Il mangea avec Stiles, en silence pour ne pas réveiller Isaac. Finalement, quand Stiles était en train de lire les notes de littérature de Lydia et que Derek regardait les informations sur internet, Isaac se leva. « Ton assiette est sur le comptoir, » dit l'alpha sans relever les yeux. Stiles suivit du coin de l'œil le mouvement d'Isaac jusqu'à ce qu'il vienne s'assoir avec son assiette. Ses yeux étaient à moitié fermés, il avait l'air grognon. Visiblement, il n'était pas du matin.

Aux alentours de dix heure, Derek reçut un appel de Deaton, lui demandant de se rendre à la clinique pour rencontrer l'alpha d'une autre meute. Il avait prononcé le nom de Satomi, mais cela ne disait rien à Stiles. Il essayait de ne pas laisser le picotement dans le bas de sa nuque devenir un problème. « Tu devrais rentrer chez toi, » dit-il à Isaac en partant.

« Hmhm, » répondit le garçon, allongé les yeux fermés dans le fauteuil. Derek leva les yeux au ciel et ferma la porte derrière lui.

Stiles lisait l'un des livres de Lydia, assis à la table. Au bout d'un moment, il sentit le regard d'Isaac sur lui, mais ne releva pas les yeux. « Alors, c'est quoi ton – euh, tu fais – lis quoi ? » Stiles releva les yeux vers lui, regard neutre, intérieurement amusé et surpris par l'hésitation de l'autre adolescent.

« C'est un livre d'histoire que Lydia m'a prêté.

- Oh, alors elle t'éduque aussi ? Elle va finir par se découvrir une vocation de prof, » dit-il. Stiles se souvint que Lydia lui avait dit qu'elle avait aidé Malia avant lui. « Ah, d'ailleurs, je suis désolé. Pour ta tête. J'aurais pas dû te pousser aussi fort.

- C'est rien. » Isaac grimaça à sa réponse.

« Bon, je vais y aller. » Il se releva sans effort et traversa la pièce en lançant un signe de la main à Stiles. Celui-ci le regarda partir, compta jusqu'à cent après qu'Isaac ait fermé la porte, puis rebaissa les yeux sur son livre.

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Quand Derek arriva à la clinique, il vit la voiture de Cora garée devant, et celle-ci assise sur les marches du parvis. Elle se releva quand son frère sortit de la Camaro. Scott, Lydia et Malia se trouvaient aussi devant la clinique. « Qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda-t-il. Ce devait une réunion d'alpha à alpha.

Cora haussa une épaule. « Je suis venue parler à Deaton et il m'a dit pour Satomi. Tu ne devrais pas la rencontrer seul. Alors j'ai prévenu les autres. » Derek hocha simplement la tête. Sa sœur avait l'air fatiguée.

Elle resta debout face à son frère, lui barrant la route, mais garda le silence. Les trois autres échangèrent un regard avant d'entrer à l'intérieur de la clinique. « Il est venu chez toi ? » demanda-t-elle d'un ton faussement détaché. Retenant un soupir, il hocha la tête. « Tu sais ce qu'il s'est passé ?

- Je croyais qu'on était d'accord sur le fait que je ne devais rien savoir pour ne pas avoir besoin de prendre parti ? » Cora sembla vouloir néanmoins lui donner la raison, mais elle soupira et ravala ses mots. « Ça va aller ? » Elle haussa distraitement une épaule. Si Derek savait quelque chose sur sa sœur, c'était que peu importe combien elle pouvait donner l'impression de se moquer de tout dans une aura d'agressivité, ce n'était pas le cas.

« Qu'est-ce que Satomi te veut ?

- Aucune idée. » A peine eut-il dit ses mots, qu'un large van noir arriva sur le parking. Satomi sortit de l'arrière et le van alla se garer, personne d'autre n'en sortit. Elle sourit à Derek et Cora en s'approchant d'eux. « Ravi de vous voir, Satomi.

- De même. Bien que j'aimerais pouvoir te rendre visite pour de meilleures raisons. » Deaton arriva et les invita à entrer. Réunis dans la salle d'opération, il proposa du thé que Satomi accepta volontiers.

« Je suppose que tu sais ce qui m'amène ? » dit-elle finalement en regardant Derek. Il hocha succinctement la tête. Deux des bêtas de Satomi avait été blessés en essayant de sauver un de leurs amis humains des sans-visages. Elle devait certainement être intéressée par la chose que le Nemeton leur avait apporté. « Je dois avouer que j'ai été très surprise d'apprendre une chose pareille. Talia n'aurait jamais accepté ça. Et je ne peux pas le tolérer, non plus. » Derek fronça les sourcils. Il voyait ses bêtas échangés des regards confus. « Nos deux meutes sont amies depuis des décennies maintenant. Je n'aurais jamais imaginé que la paix entre nous puissent être menacée. Mais tu dois comprendre que je ne peux laisser faire quelque chose de tel. Il –

- Satomi, de quoi parlez-vous ? » demanda Lydia, les sourcils froncés.

Elle haussa les sourcils en direction de la banshee avant de regarder à nouveau Derek. Celui-ci soutint son regard. L'alpha reprit, « Je suppose que vous n'êtes pas en train de nous parler de l'attaque subie par vos bêtas.

- J'avais prévu d'apporter mon aide avec cette histoire, mais ce que j'ai appris m'en dissuade. Terry a surpris une conversation de deux de tes bêtas, à propos de ce jeune garçon qui t'a été offert. » Le mot semblait lui écorcher la gorge.

Derek se redressa légèrement. « Vous n'avez pas à vous inquiéter pour ça. » Elle haussa un sourcil. « Je ne vais pas m'abaisser à ce genre de pratique. J'ai dû accepter Stiles pour marquer un traité de paix avec la meute d'Ennis. C'est tout. » Elle l'observait, cherchant quelque chose. « Je ne l'utilise pas. Vous n'avez pas besoin de nous éliminer pour lui rendre sa liberté. Dès que je n'aurais plus absolument besoin de ce traité, je la lui rendrai moi-même. Si vous ne me croyez pas, vous pouvez lui rendre visite chez moi. » Cora fronça les sourcils. Elle essaya de communiquer une question silencieuse à son frère, mais celui-ci l'ignora.

Après l'avoir longuement dévisagé, Satomi lui sourit. « Talia serait fière de toi. »

- Ça veut dire que vous allez nous aider avec les trucs qui kidnappent tous ces gens ? » demanda Malia.

Satomi hocha la tête. « Dites-moi ce que vous savez sur elles. » Les membres de la meute se relayèrent pour lui raconter tout ce qu'ils savaient. C'était très peu d'informations, mais Satomi écouta avec attention. Elle partit sur la promesse d'envoyer de l'aide et de faire des recherches de son côté. Derek la remercia, réprimant un soupir de soulagement à l'idée qu'ils n'étaient plus seuls sur l'affaire.

Ils attendirent d'entendre le bruit du moteur du van noir disparaitre avant de parler. « Pendant un instant, j'ai réellement cru qu'on allait se retrouver avec une autre guerre, » avoua Scott avec un rire soulager.

« Comme si on avait pas assez de problème, » marmonna Malia.

Cora continuait de fixer son frère, une colère renouvelée dans ses yeux. « Et sinon, comment va ta pute ? »

Derek se retourna d'un geste vif vers sa sœur. « Ne l'appelle pas comme ça ! » Il était certain que ses yeux avaient dû lancer un éclair rouge.

« Et je l'appelle comment ?

- Son nom est Stiles.

- Ton Stiles ? » demanda-t-elle en penchant la tête sur le côté. Deaton sortit de la pièce mais les trois autres adolescents étaient trop surpris pour faire de même. Lydia voulait frapper Cora, Scott ne comprenait pas comment ils en étaient soudainement arrivés là, Malia se demandait qui décrocherait le premier coup de poing. « Quoi ? Il est bien est à toi après tout.

- Est-ce que tu as écouté un seul mot de ce que j'ai pu dire à Satomi ? A n'importe qui depuis le début de cette histoire ? Il ne m'appartient pas.

- Et tu voudrais le contraire non ? » Derek resta interloqué. « Sérieusement Derek, tu vois comment tu te comportes ? On s'approche de lui et tu es sur tes gardes. Tes yeux ont flashé sur Malia quand elle s'est intéressée à lui ! » argumenta-t-elle.

Scott et Lydia écarquillèrent les yeux. Le premier s'exclama, « Malia a quoi ?

- Hé, du calme ! Je l'ai juste trouvé canon !

- Je suis sûre que c'est ce que pensaient ses anciennes meutes, » remarqua Lydia à mi-voix.

« Ça suffit, » feula Derek. Les adolescents cessèrent de s'agiter. Il se passa une main sur le visage. « Cora, tu as besoin de te calmer. Je me fiche de savoir pourquoi tu as décidé de le détester. Si c'est à propos de cette histoire avec Isaac –

- Il était sur lui ! » s'écria-t-elle. « Comme si tu –

- Mets-toi à sa place ! » hurla Derek en retour. Pendant qu'ils criaient, Lydia donna un petit coup dans le bras de Scott et ils se dirigèrent vers la sortie. Elle dut revenir et tirer sur la manche de Malia pour que celle-ci les suive. Ils fermèrent la porte derrière eux. « Tu sais pourquoi il est supposé être ici ! Tu sais ce qu'il a vécu, non ?

- Tu l'apprécies.

- Je m'inquiète pour lui.

- C'est encore pire !

- En quoi –

- Tu as besoin de t'inquiéter pour quelqu'un. Ça a toujours été le cas, Derek. Tu as besoin de veiller sur quelqu'un, de prendre soin de quelqu'un, que quelqu'un ait besoin de toi. C'est exactement ce qu'il te permet de faire, non ? D'être son grand protecteur, son sauveur. Tu l'aimes bien. Tu l'aimes bien car il a besoin de toi, car il te fait te sentir mieux à propos de toi. »

Derek fixa sa sœur, interdit. Il hésitait entre rester ébahis par les mots de Cora, et laisser la colère qui le rongeait prendre le dessus. Il serra les dents et secoua la tête, refusant d'entrer dans son jeu. Il commença à partir, mais Cora se plaça entre lui et la porte. « Ne tombe pas amoureux de lui. » Derek s'immobilisa, la surprise le figeant au milieu de son mouvement.

« Mais où est-ce que tu es allée chercher une idée pareille ? Pourquoi je tomberais amoureux de ce gosse ? »

Cora lui sourit. Un sourire surprenant à voir sur son visage. Un sourire teinté de l'inquiétude qu'on offre seulement aux personnes qu'on aime plus que tout au monde. « Tu ne devrais pas tomber amoureux de quelqu'un comme lui. Parce qu'il ne sera jamais capable de t'aimer en retour. »

Derek ne fut capable que de secouer la tête de gauche à droit pendant un instant. « Cora, tu es tellement loin du compte. Je ne l'aime pas. » Il insista sur les derniers mots, la regardant dans les yeux, sans ciller, et son cœur ne manqua pas un battement. « Et puis, qu'est-ce que ma vie privée peut te faire de toute manière ?

- Un jour il n'aura plus besoin de toi. Et il va partir. Et tu vas encore te retrouver avec un cœur brisé, dont je vais encore devoir ramasser les morceaux.

- Épargne-toi cette peine, » rétorqua-t-il, incapable de ne pas serrer les dents aux souvenirs amers que sa sœur réanimait. « Je ne vais pas tomber amoureux de lui.

- C'est ce que Isaac disait à propos de moi, tu te souviens ? Et tout le monde aurait préféré qu'il ait raison. Admets-le.

- C'est différent.

- Oh, c'est toujours différent. » Derek soupira et décida de laisser tomber. Il quitta la pièce. En traversant la clinique pour sortir, il remarqua qu'il ne restait plus que Deaton. Celui-ci ne releva pas les yeux sur lui, prétendant ne rien avoir entendu. Derek n'eut pas envie de détendre l'atmosphère et se contenta de retourner à son appartement.

Lorsqu'il rentra, il vit qu'Isaac était parti et en fut soulagé. Pas qu'il ait pensé qu'il puisse se passer quoique ce soit entre les deux adolescents, mais il n'avait pas envie de s'inquiéter plus longtemps avec l'état émotionnel de sa sœur.

Stiles se releva face à la porte avant de se rassoir quand il vit qu'il n'y avait que Derek, puis, il les rebaissa sur son livre. Il avait eu le temps de remarquer les épaules raides et l'agacement dans le regard de l'alpha. Ses yeux bruns restèrent immobiles sur la page. Le loup alla se servir un verre d'eau. Stiles le regarda à nouveau quand Derek lui tourna le dos. Il se mordit l'intérieur des joues alors qu'il hésitait, puis il parla. « Est-ce que … est-ce que tout s'est bien passé ? »

Derek se retourna vers lui, surpris. Il finit par hocher la tête. « Oui. J'ai juste discuté avec l'alpha d'une autre meute du coin. Elle va nous aider pour le problème de ces sans-visages. » Il avait remarqué la légère rigidité qui avait pris possession du corps de Stiles à la mention de l'alpha. « Deux de ses bêtas ont perdu un ami à cause d'eux. Elle se sent concernée. Ce n'est pas la première fois qu'elle nous aide. C'est une amie. Enfin, c'était une amie à ma mère. Je crois qu'elle a tendance à oublier que je n'ai plus dix ans parfois. » Stiles finit par se détendre assez pour sourire.

Puis, il retourna à son livre alors que Derek finissait son verre d'eau. Ce dernier l'observa alors qu'il se concentrait sur la leçon. Il y avait quelque chose d'apaisant dans la façon dont Stiles tapotait le bord de son livre. Ses yeux courraient un peu plus rapidement sur le papier désormais, son doigt ne marquait plus la ligne comme lors des premiers jours. Lorsque Derek remarqua les sourcils froncés et la façon dont l'adolescent se mordait la lèvre inférieure, il demanda, « Tu es bloqué ? »

Stiles hocha la tête. « Des maths. Ça n'a aucun sens.

- Les maths n'ont jamais de sens, » répondit Derek. Stiles lâcha un petit grognement. « Tu veux faire une pause ? » Stiles l'interrogea du regard. « Quoi ? C'est pas comme si tu avais une date précise pour comprendre … » Il se pencha pour voir ce que Stiles essayait de comprendre. « Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

- Aucune idée, » répondit Stiles d'un ton plaintif. Derek ferma le livre d'une main et alla chercher son ordinateur. Lorsqu'il revint, Stiles était déjà assis dans canapé. Il s'assit à côté de lui et mit un film. Ils enchainèrent les trois Seigneur des Anneaux. Pour la première fois, Derek y trouvait un intérêt. Stiles, lui, fixait l'écran avec des yeux remplis d'étoiles. Il était tard quand ils allèrent se coucher.

« Bonne nuit, Derek.

- Bonne nuit, Stiles. »

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Voilà, un chapitre plutôt calme concernant Stiles, comparé aux autres. J'espère que ça vous aura plu !

En grand merci à vous tous ! Et merci pour vos messages rassurants, ça m'a fait beaucoup de bien :)

A bientôt !

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