Merci beaucoup à coco40, Diabolo, lapin d Alice, Anas et Cheschire pour leurs reviews, ainsi qu'à Artless Rose pour ses conseils ! =D
A ce propos, je tiens à répondre à coco40 quant à l'interprétation de la fin du film : C'est vrai que tourné comme c'est dans ma fiction, ça porte au doute ^^ en réalité, Agathe n'a que la version des faits de Loki, qui n'est pas vraiment ce que l'on pourrait qualifier d'objective ... Et quand il dit avoir été expulsé d'Asgard, ce n'est pas tant physiquement que moralemen, à la fin du film, lorsqu'Odin lui dit qu'il n'aurait pas réussi, personnellement, j'ai imaginé que, pour lui, ça avait été comme si on le rayait complètement d'Asgard, et que donc, il s'en sentait expulsé ... Maintenant, c'est vrai que je comprend ce que tu veux dire et que ma formulation n'était pas des claires, c'est vrai ! ^^ Mais nous sommes parfaitement d'accord sur l'interprétation de la fin, je te rassure ! =)
Ensuite Anas, ça me fait vraiment très plaisir que ma fiction te plaise ! =D L'intirgue principale devrait logiquement commencer d'ici la fin du chapitre 8 ou le chapitre 9, j'avais prévu de faire autre chose et finalement, j'ai changé d'avis, ce qui explique que le début soit si long et répétitif ^^" Mais ça devient bon ! \o/ (Et comment passer à coté du jeu de Tom Hiddleston ? Il est parfait dans ce rôle ! Par-fait ! XD)
Sur ce, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture de ce chapitre 7 et à vous encourager à me laisser vos avis dont je prend note et dont je prend toujours note ! ^^ (et qui font toujours très plaisir ! =D)
De longues secondes s'écoulèrent, durant lesquelles Loki sembla avoir parfaitement oublié la présence d'Agathe. Son visage demeura crispé dans une expression de rage, et ses pupilles émeraude fixèrent le vide, soudainement assombrie dans une expression d'une austérité inégalable. Secondes qui parurent durer une éternité à Agathe, alors que celle-ci se sentait pâlir à vue d'œil en entendant les propos insensés de Loki résonner dans son crâne. Asgard. Thor. Son royaume… Cet homme n'était pas qu'un malade mental. C'était un psychotique. Pur et dur. Pour qui la réalité n'avait plus de limite. Il était alors bien plus dangereux qu'elle ne l'avait imaginé. Sa folie dépassait tout ce à croit elle avait pu croire. Et Agathe était prise au piège. Elle avait eu un cours sur les psychotiques il y a de ça quelques mois. Ils avaient vaguement abordé le cas des fous qui perdait toute notion de réalité et s'imaginait des scénarios improbables auxquels ils croyaient dur comme fer. Si elle avait su qu'elle aurait à faire à ce genre d'individu un jour dans un futur proche, elle aurait écouté plus attentivement. A la place de ça, elle avait somnolé toute l'heure en notant passivement ce qu'on lui disait. Agathe se mordit la lèvre inférieure avec anxiété, soudain prise d'un profond sentiment de solitude. Bien que son humanité n'ait pas été des plus transcendantes, elle avait pu espérer pouvoir miser là-dessus pour trouver une faille dans le comportement de cet homme. Mais tous ces maigres espoirs s'étaient envolés à l'instant même où il avait engagé cette discussion en se tenant extérieur au comportement des humains. A la réflexion, elle aurait dû se douter de quelque chose lorsqu'elle l'avait trouvé dans ce sentier, à moitié conscient. Mais l'incohérence de ses propos ne l'avait pas frappée. A son plus grand damn.
-Ils doivent payer… Mais pour cela, j'ai besoin de toi.
Grommela à nouveau Loki d'une voix sourde, arrachant une nouvelle fois Agathe à ses pensées. Celle-ci lui jeta un regard interrogateur, qu'elle espéra ne pas trahir la peur qui lui glaçait les veines. La jeune femme attendit qu'il fixe son regard ailleurs que sur la table pour discrètement ramener ses mains sous celle-ci et masquer le tremblement incontrôlable qui les secouait. Il fallait à tout prix qu'elle tête d'éviter qu'il ne décèle sa peur. « On ne sait jamais comment va réagir un fou… C'est d'ailleurs pour ça qu'on dit qu'il est fou… » Songea amèrement l'étudiante en luttant contre le tremblement de ses mains qui gagnait l'intégralité de son corps plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru.
-Cette enveloppe corporelle est faible, beaucoup trop faible pour que je ne parvienne à faire quoi que ça soit… De plus, sans mon armure mes pouvoirs ne sont … Commença-t-il évasivement avant de soudainement se redresser et planter son regard émeraude sur Agathe qui fut secouée d'un léger sursaut, … Mon armure !
Lança-t-il soudain comme une évidence avant de se lever d'un bond, déclarant à une vitesse ahurissante :
-Oui … Sans elle et aux vues de l'énergie accumulée par le Bifrost, j'ai certainement dû subir beaucoup plus de dégâts que ça … Mais alors ça veut dire que … Mon sceptre !
Conclut-il en hurlant presque, avant d'afficher un sourire de soulagement, … Un sourire ? Agathe demeura un instant stupéfaite devant cette expression qu'elle n'avait encore jamais vu se dessiner sur le visage de Loki. Un sourire, un vrai, dévoilant deux rangées de dents blanches qui, jusqu'à présent, avaient uniquement soufflé des menaces. L'étudiante fut tellement surprise de ce brusque changement d'humeur, passant de la haine au soulagement, qu'elle se statufia sur place, ignorant quelle réaction adopter. Un instant de trop. La seconde suivante, elle sentit ses deux épaules êtres enserrées d'une poigne de fer, avant que son corps ne soit violemment secoué, ballotté dans tous les sens tant et si bien que lorsque Loki cessa de la secouer come un vulgaire objet après quelques secondes, elle chancela encore sur place avant de s'immobiliser, interdite et soudain prise de brûlants maux de nuque, qui n'en avait jamais demandé autant.
-Amène-moi à l'endroit où tu m'as trouvé l'autre jour !
Lui lança brusquement Loki, retombant soudainement dans cette impassibilité qu'Agathe lui connaissait, lui inculquant cet ordre avec tant de fermeté qu'il coupa toute parole à la jeune femme. N'observant aucune réaction de la part de l'étudiante, l'homme n'hésita pas une seule seconde à resserrer sa poigne autour des deux épaules d'Agathe, broyées entre ses mains d'une force irréelle.
Et le coup parti tout seul, comme par réflexe.
Tant et si bien que, dans l'instant, Agathe s'en mordit les doigts, retirant instantanément sa main de la joue de Loki comme si celle-ci était brûlante, écoutant le son du claquement sonore qu'avait émis sa paume en s'écrasant contre la peau de l'homme qui lui faisait face. En une fraction de seconde, ce fut tout un panel de possibilités qui s'établi dans sa tête. Comment il allait lui attraper lui attraper les cheveux pour l'envoyer valser au sol, contre le carrelage froid de la cuisine. Comment il allait lui attraper le cou pour l'étrangler. Comment il allait attraper le couteau qu'elle avait laissé tomber à ses pieds pour lui trancher la gorge. Comment il allait lui briser la nuque d'une simple torsion. Et au milieu de toutes ces macabres suppositions, Agathe senti un curieux sentiment émerger en elle. Ce n'était pas de la fierté. C'était de la satisfaction.
« Au moins, s'il me tue maintenant, je ne serais pas restée impuissante jusqu'au bout. » Songea-t-elle avec ironie en repensant à toutes ces tentatives qu'elle avait eu de se débattre, de s'enfuir, et qui s'étaient toutes avérées sans succès. Puis, elle observa avec surprise que quelques secondes s'étaient écoulées sans qu'il n'ait tenté de l'achever sous l'emprise de la colère. Non. Au contraire. Face à elle, Loki la dévisageait avec une sorte de curiosité dans les yeux. Derrière cette façade, il sembla à Agathe observer de la colère. Grondante. Mais il était trop tard. Car dès lors, son cerveau cèda les manettes à son instinct. A toute cette peur qu'elle avait accumulée en seulement quelques jours, et qui avait muté, sous l'effet de la répression, en colère. Une colère monstrueuse, réfléchie, viscérale, affirmée.
D'un geste sec, elle balaya la main qui lui enserrait l'épaule gauche, avant de chasser l'autre d'un bref mouvement de l'omoplate. Puis, d'un mouvement vif et assuré, Agathe se redressa, et dévisagea un instant l'homme qui lui faisait face et qui la dépassait de deux bonnes dizaines de centimètres. L'espace d'un instant, elle sentit ses mains se remettre à trembler sous l'effet du regard que lui lançait Loki. Mécontent. Mais il n'était rien en comparaison du ton assassin qui s'échappa de ses lèvres à l'instant même où elle les ouvrit, déversant le flot agressif de paroles, de haine, qu'elle réprimait depuis le moment même où il l'avait plaquée au sol, ce maudit soir où elle avait eu le malheur d'aller voir l'endroit où avait atterri cet étrange éclair.
-Vous me reprochez de perdre toute humanité, mais est-ce que vous savez au moins en faire preuve ? Cracha-t-elle avec rage, Vous dites que les humains sont lâches, fragiles, stupides, fermés d'esprit et j'en passe, mais au moins, j'essaye de m'en sortir ! J'essaye de me tirer d'affaire seule ! Je ne vais pas menacer une personne que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam pour qu'elle m'aide à faire ce que je n'ai pas le courage de faire toute seule. Comment voulez-vous que je comprenne, comme vous le dites si bien, si vous partez avec un foutu complexe de supériorité hein ? Puisque vous êtes si forts et que les humains sont si faibles, vous sont si inférieurs, pourquoi vous ne vous débrouillez pas tout seul ? Puisque la peur est un sentiment aussi dégradant, et que je ne suis qu'une pauvre petite humaine stupide et fermée d'esprit, pourquoi vous ne m'avez pas tuée avant hein ? Ca vous amuse de m'humilier encore et encore, à chaque fois que j'essaye de m'en sortir, que j'essaye de sauver ma peau ? C'est bien beau de dire « Je ne voulais pas en arriver là… », mais si vous avez tant de remords comme ça à vous servir de moi comme d'un lamentable larbin, débrouillez vous tout seul, ou tuez moi maintenant, puisque c'est ce que vous attendez de faire depuis tellement longtemps ! De toutes façons, vous ne risquez strictement rien de la part d'un petit être inférieur avec l'esprit fermé et tellement, tellement plus faible que vous ! Ce n'est pas parce qu'un fou comme vous n'a pas les moyens de réaliser ses pauvres ambitions tout seul qu'il peut se permettre de …
-SILENCE !
La voix de Loki résonna si brusquement, si fort et si violemment dans la pièce qu'Agathe sentit ses genoux se dérober sous elle avant même de comprendre ce qu'il venait de lui hurler. Elle s'effondra, telle une poupée de chiffon, sur sa chaise, et sentit son cœur rater un battement, d'effroi, lorsqu'elle croisa le regard de Loki qui la dévisagea avec haine. La même haine que lorsqu'il lui avait parlé de son soit disant frère, du fait qu'il ait été expulsé de son royaume et de ses envies de vengeance. Cette brusque interruption fit retomber la jeune femme sur Terre, si violemment qu'elle senti un sifflement strident s'insinuer dans ses oreilles, et ses veines se glacer d'effroi. Tout son courage, toute sa fierté retombèrent aussi subitement qu'ils étaient montés en elle, et elle demeura silencieuse, entendant à peine les paroles qui s'échappèrent, dans un souffle, de la bouche de Loki.
-Tu ne sais rien de mes ambitions… Ca n'a jamais été dans mes plans de te tuer… Ce ne l'était pas du moins. Et je ne suis pas fou.
Acheva-t-il d'un ton froid, glacial, qui fit naître dans le ventre d'Agathe une boule de plomb qui n'eut de cesse de croître encore et encore, secondes après secondes, faisant monter en elle des nausées qu'elle dû se forcer à réprimer. Maintenant que toute sa colère était retombée, maintenant qu'elle l'avait expulsée hors d'elle, elle réentendait ses paroles, lointaines, comme un écho, comme si elles avaient été prononcées par une parfaite étrangère. Qu'avait-elle dit qui l'avait si soudainement mis en colère. Car lors de ses premières phrases, il ne semblait pas heurté par ce qu'elle lui disait. Comme si ses mots ne l'atteignaient pas. C'était lorsqu'elle avait abordé, avec un cruel manque de délicatesse, ses ambitions qu'il avait tiqué. Que d'un seul coup, il était sorti de ses gonds. Cette simple mention avait suffit à le mettre à vif, à réveiller la haine qui semblait s'être calmée en lui. Agathe étudia un instant les deux pupilles émeraude, impassibles, qui fixaient le vide à coté d'elle. Il transpirait encore la colère. Ses poings étaient serrés de rage, rendant ses articulations plus blanches que les murs de la cuisine. Mais toute cette haine ne lui était pas destinée. Bien qu'Agathe soit encore passablement effrayée d'avoir cet individu à ses cotés, quelque chose en elle voulait le croire lorsqu'il ne mentait pas quand il disait qu'il n'avait jamais eu l'intention de la tuer. Que toute cette haine qu'il avait, l'espace d'un instant, laissée exploser, ne lui était pas destinée. Malgré tout, elle ressentait encore cette peur panique, cette atmosphère de tension qu'il jetait sur la pièce. Jusqu'au plus profond de son être.
-Maintenant conduis-moi là où tu m'as trouvé.
Lâché finalement Loki d'une voix calme dans laquelle toute once de colère semblait avoir disparu. Malgré tout, Agathe resta sur ses gardes. Elle leva vers lui des yeux prudents, avant d'attraper son manteau, tout en surveillant les gestes de l'homme du coin de l'œil. Aux vues des sautes d'humeur qu'il avait, tout était à redouter, et elle le laissa courtoisement passer devant elle lorsqu'ils quittèrent la maison, non par politesse mais car elle préférait ne pas le savoir derrière elle, hors de vue. Au fur et à mesure qu'ils s'enfoncèrent dans les bois, l'étudiante repensa aux paroles qu'il avait dites, sifflantes de haine, lorsqu'il lui avait explicitement demandé de se taire. « Ca n'a jamais été dans mes plans de te tuer… Ce ne l'était pas du moins. ». Elle se mordit nerveusement la lèvre, ignorant comment devoir comprendre cette simple phrase. Lui demandait-il de rester calme et de gentiment lui obéir pour qu'il lui laisse la vie sauve, ou pensait-il ne pas avoir à la tuer avant d'en avoir finalement l'idée. Un long frisson remonta lentement son échine, caressant de son contact glacial la moindre de ses vertèbres. Lui avait-elle donné cette idée en tentant un acte de rébellion inutile ? Probablement. Mais intérieurement, sa conscience s'en trouvait apaisée. Comme si, d'un simple coup de main, elle avait balayé le château de cartes des menaces qu'il lui avait faites. Et à cette pensée, un sourire amer se dessina sur ses lèvres, alors qu'elle s'arrêtait en bas d'un petit sentier, là où, quelques jours plus tôt, elle avait cru trouver un cadavre.
-C'est ici. Par contre, il ne faut pas trop traîner. Un orage approche.
Lâcha-t-elle simplement en haussant les épaules, et Loki la gratifia d'un bref signe de tête avant de tenter quelques pas entre les rochers escarpés qui constitués le paysage environnant, soulignés d'arbres tortueux et de touffes d'herbe sèche. L'orage tant redouté n'éclata que quelques minutes plus tard. En seulement quelques secondes, le ciel devint noir et l'atmosphère si lourde qu'Agathe sentit la tête lui tourner. L'instant suivant, de lourdes gouttes de pluie chutaient, martelant le sol et le rendant plus glissant que de la glace. Agathe jeta un regard nerveux vers sa maison. Ce genre d'orages de montagne ne durait jamais vraiment longtemps, mais sa violence était impressionnante. Et comme pour ponctuer sa pensée, un éclair creva le ciel, suivit de près par un déchirant coup de tonnerre qui se répercuta contre les façades de la montagne dans un écho à vous glacer le sang.
La silhouette de Loki était toujours penchée dans les arbres, scrutant le sol, ignorant superbement la pluie qui tombait à grosses gouttes et ruisselait sur ses simples vêtements noirs. Agathe réprima un frisson, hésitant furieusement à le supplier de rentrer, ou tout du moins de la laissait rentrer, se doutant ironiquement que rentrer discrètement ici et maintenant sans prévenir serait mal vu. Un bref regard vers sa main encore enroulée dans un vulgaire torchon ne fit que conforter cette idée. Et puis, il y avait ce « Ca ne l'était pas du moins. » . Comme elle avait préféré le savoir devant elle en quittant sa maison, elle préférait cette fois l'avoir à portée de vue plutôt que de repartir sans savoir ce qui se trame dans son dos. C'est donc dans un frisson de froid que l'étudiante resserra les pans de sa veste détrempée, sur laquelle l'eau ruisselait, autour d'elle, se faisant violence pour demeurer immobile et se taire de tout commentaire.
Elle n'en eut de toute façon pas l'occasion. Car alors que le tonnerre grondait à nouveau, résonnant dans le paysage d'un son si puissant qu'il lui sembla en entendre le sol vibrer, Agathe observa un éclair fendre à nouveau le ciel. Et avant qu'elle n'ait eu le temps de réaliser, celui-ci vint frapper de plein fouet un arbre suffisamment haut situé à seulement quelques mètres d'elle. La jeune femme fut secouée d'un sursaut si vif qu'elle effectua un gigantesque bond en arrière pour s'éloigner du tronc qui, frappé dans les flammes, chancelait à présent, menaçant de se rompre d'un instant à l'autre. Elle tenta un pas hasardeux pour reculer encore et retrouver son appui, mais son pied ne se heurta qu'à une pierre lisse et trempée par la pluie. Sentant ses muscles se crisper de surprise, Agathe tendit les bras, battit dans l'air pour tenter de se rattraper à quelque chose … Sans succès. Et tout se passa étonnant lentement.
Elle sentit ses pieds quitter le contact rassurant sur sol, et l'air glacé lui chatouiller la nuque, avant de s'immiscer dans le moindre des pores de sa peau. Ce qui ne dura qu'une fraction de secondes lui parut durer une éternité. Son cerveau ressentit le moindre contact avec son corps. L'air qui s'infiltrait entre ses doigts. Les brins d'herbe qui frôlèrent son poignet. Et ses oreilles entendirent avec une précision déroutant le bruit sec que fit son crâne en heurtant un rocher qui se trouvait dans sa chute. Comme si ce contact avait marqué la fin de ce moment de torpeur dans lequel tous ses sens étaient en alerte, décuplés par sa chute, le reste se passa à une vitesse folle. Les yeux aveuglés par la poussière et les gouttelettes de sang qui s'échappaient de la plaie qui marquait sa peau à l'endroit où sa tête avait heurté la pierre, Agathe distingua à peine le paysage, passant de quelques tâches vertes au noir au rythme de ses tonneaux contre le sol. Elle sentit à peine sa cheville se tordre dans une racine tant les choses ses passèrent vite et sans qu'elle ne puisse y faire quoi que ça soit, et le choc violent de son corps contre une paroi rocheuse quelques mètres plus bas acheva de lui faire perdre le sens des réalités. Elle observa le tronc d'arbre frappé par la foudre effectuer le même chemin qu'elle et dévaler la pente sans même esquisser un mouvement pour tenter de s'extirper du rocher contre lequel elle avait violemment atterri. Ce fut à peine si elle put qualifier de douleur la sensation qui s'empara d'elle lorsque celui-ci la heurta de plein fouet, bloquant ses deux jambes sous son poids, tant sa blessure à la tête la faisait tanguer entre la réalité et l'inconscience.
La vision d'Agathe lui fit défaut un instant, aveuglée par la pluie et le mince filet de sang qui s'écoulait de son crâne, avant qu'elle ne parvienne à distinguer, à la lumière éclatante d'un nouvel éclair, une immense silhouette s'approcher d'elle. Elle voulut crier, lâcher un hurlement, même informe, mais rien ne s'échappa de ses cordes vocales. Alors qu'un puissant vertige s'emparait d'elle et qu'elle se sentait plonger dans l'inconscient, Agathe usa du peu de force qui lui restait pour tenter, malgré l'étourdissement exubérant qui engourdissait le moindre de ses membres, d'extirper ses jambes coincées sous l'énorme masse de bois qui lui avait chuté dessus. Mais ses efforts ne firent que raviver la douleur de sa cheville meurtrie, et le violent spasme qui lui secoua le corps fit chuter un peu plus sur elle l'épais fragment de bois.
-Agathe !
Alors que sa vision devenait floue, la concernée eut à peine le temps d'apercevoir la silhouette de Loki se jeter sur elle, le visage déformé par la rage, la colère, la haine, tous ces sentiments qu'elle pouvait nommer en étudiant les traits de son visage. Sans sa main luisait un objet qu'elle ne tarda pas à reconnaître. Un immense couteau, au fil de lame étincelant, qu'il pointait droit dans sa direction. Elle entendit ses pas résonner contre le sol, auquel lequel l'un de ses oreille était plaquée, et aperçut les sabots qui lui faisait office de pieds marteler les rochers alors qu'il avançait dans sa direction. Sous ses yeux effrayés, Agathe distingua nettement la longue et large queue couverte d'écaille qui battait, sifflant dans l'air et claquant comme un fouet, dans son dos. Des larmes, mêlées de poussière et de sang s'échappèrent involontairement de ses yeux et elle tenta de lever un regard suppliant vers Loki, espérant qu'il se perdrait de pitié pour elle. Mais son visage, déformé par la haine, laissait apparaître ses immenses canines, longues de plusieurs centimètres, qui aspiraient à lui arracher la gorge et à déchiqueter la trachée.
-Non …
Souffla-t-elle inaudible ment alors que, à contre jour, elle distinguait à présent ses deux yeux perçants malgré l'obscurité, et surtout ses griffes, acérées, qui avaient remplacées le couteau et prolongeaient ses doigts d'une bonne dizaine de centimètre. Agathe sentit le sol s'ouvrir sous elle lorsqu'il arriva à sa hauteur. Elle se sentit aspirée par une chaleur infernale sous elle, et lâcha un couinement de douleur en sentant des flammes lui lécher les doigts, caresser sa peau en y traçant de larges brûlures. Sa vision lui fit soudainement défaut, dans un spasme nerveux qui tordit son corps, et Agathe dut se contenter de son ouïe, qui faisait résonner dans sa tête un sifflement strident et insupportable. Elle n'avait plus aucune échappatoire. C'était fichu. Tous ces efforts qu'elle avait fait pour rester en vie avaient finalement été vains. Il attendait le moment propice pour la massacrer à tranquillement sans risquer d'être dérangé. Mais il n'aurait plus à prendre cette peine maintenant. Agathe sentit les flammes cesser de lui lécher les doigts à l'instant où elle sombra dans l'inconscience. Tant et si bien qu'elle ignora si le poids qu'on lui ôta des jambes était bien réel ou uniquement dû à sa perte de conscience.
La première chose qu'Agathe sentit à son réveil, fut le contact râpeux de la couverture en laine de mohair constamment abandonnée sur le vieux canapé de son salon. La jeune femme palpa du bout des doigts le tissu, entortillant tout naturellement ses doigts dans les longs fils laissés libres, avant de finalement papillonner des cils. L'odeur poussiéreuse de la vieille couverture lui chatouilla les narines à l'instant même où elle ses yeux se défirent de cet état d'éblouissement typique des réveils difficiles pour parvenir à discerner de qui l'entourait. La première chose qu'elle reconnut fut cette hideuse horloge que son père avait insisté pour acheter sur une brocante, au grand damne de sa femme. Un simple morceau de bois sombre taillé en arc de cercle au milieu duquel avait été incrusté un cadran marquant l'heure à l'aide de deux minuscules aiguilles brunes. Agathe esquissa un léger sourire en se rappelant du son hideux qu'avait fait l'appareil lors de ses premiers jours ici, avant que sa femme, de désespoir, n'arrache les piles de cet infâme objet, avant de pivoter sur elle-même pour se tourner vers la cheminée de pierre tassée qui meublait un mur de la pièce. Une légère odeur de bois brûlé lui parvint au nez, et la jeune femme plissa les yeux pour distinguer des braises encore rougeoyantes dans l'âtre, ainsi qu'une dernière flamme qui dansait doucement au rythme du vent parvenait par le conduit de la cheminée. Ainsi donc, elle se trouvait bien chez elle. Etrange. Elle ne se rappelait pourtant pas s'être endormie sur son canapé, et encore moins allumé un feu. Non. Les derniers souvenirs qu'elle gardait étaient ceux d'un énorme poids sur ses jambes, et d'une silhouette fondant sur elle. Une silhouette… Celle de…
-Si tu bouges trop brusquement, tu vas souffrir, alors je te conseille vivement d'éviter..
La concernée se statufia nette, n'osant plus esquisser le moindre mouvement. Lentement, elle tourna la tête vers l'endroit d'où provenait la voix calme et posée, faisant fi des courbatures qui se faisaient sentir dans sa nuque. Et sentit une longue sueur froide lui remonter le dos, hérissant le moindre de ses poils. A quelques mètres, confortablement installé, son ordinateur portable posé sur les genoux, se tenait un homme qu'elle avait osé espérer ne plus jamais revoir. Un homme, ou un cauchemar… Loki.
-Il y a quelque chose que je voudrais te montrer… Mais avant ça, je pense qu'il serait dans ton intérêt de chasser de ta tête toute nouvelle tentative de fuite désespérée. Vu l'état dans lequel se trouve ta cheville, tu n'irais pas bien loin …
Une soudaine peur panique envahit Agathe, qui rejeta d'un brusque mouvement la couverture pour constater les dégâts de sa cheville. Ses hallucinations de la veille lui revinrent brusquement en mémoire, et son cœur s'emballa les quelques fractions de seconde où l'épais tissu flotta dans l'air. On écrivait des tas de choses sur des criminels qui tranchaient les pieds de leurs victimes pour leur empêcher de s'enfuir. Ou qui leur broyait les os. Ou qui leur sectionnaient les ligaments. Pourtant, lorsqu'Agathe posa son regard affolé sur sa propre cheville, elle ne se heurta qu'à la vision d'un bandage blanc, soigneusement posé et enroulé autour de sa jambe.
-Qu'est ce qui s'est passé ?
Demanda-t-elle, incrédule, en fixant sa cheville avant d'esquisser un mouvement de celle-ci pour finalement grimacer de douleur.
-Tu avais un énorme hématome quand je t'ai ramenée ici, alors j'ai fait avec ce que j'ai trouvé. Mais c'est étrange, vous n'avais pas d'antidouleurs dans ce Royaume ?
-Royaume … Euh, si, nous en avons, mais … Pas ici… Enfin, peut être…
Agathe posa lentement un pied à terre, puis le second, et tenta de se lever, mais à peine eut-elle pris appui sur sa cheville endolorie qu'elle dut réprimer un gémissement de souffrance. Si se lever lui conférer cette douleur, elle n'osa même pas imaginer le supplice qu'aurait été un pas.
-Où donc ?
-Dans mon sac…
Lâcha-t-elle à Loki, qui s'était courtoisement levé et l'interrogeait du regard. Elle le suivit des yeux, l'observant traverser la pièce pour gagner son sac à main abandonné sur le dossier d'une chaise dans la cuisine, avant de le ramener avec lui. Sa confiance en cet étrange énergumène était des plus subjectives. Mais malgré ses effrayantes sautes d'humeur, sa tendance assez affirmée à la violence et ses divagations de psychotiques, il l'avait vraisemblablement tirée du morceau d'arbre sous lequel elle était coincée, et l'avait ramené ici avant de lui poser un bandage. Si il avait réellement voulut la tuer, il n'aurait eu qu'à l'abandonner là-bas. Et elle ne pouvait, dans l'immédiat, pas marcher. Alors le choix était vite fait.
-Je me doute bien que tu as beaucoup de mal à croire ce que je t'ai dit hier. Et que tu attends le meilleur moment pour essayer une nouvelle fois de me filer entre les doigts ou de me poignarder dans le dos. Mais vu que, dans l'immédiat, c'est impossible, je voudrais que tu voies ça.
Conclut le concerné en tendant à Agathe son sac, avant de posé sur la table basse devant elle son ordinateur portable, affichant une vidéo mise sur pause. Un rapide coup d'œil vers l'adresse du site indiqua à l'étudiante qu'il s'agissait d'une chaîne télévisée américaine, et Agathe haussa un sourcil, dubitative. Pourquoi voulait-il à tout prix lui montrer les informations étrangères ? L'émission datait d'il y a deux bonnes semaines. Sur l'image arrêtée, se distinguait une immense colonne de fumée, ressemblant trait pour trait à une tornade, au sommet de laquelle on apercevait l'ébauche d'un éclair. Exactement le même que celui qui avait frappé près de sa maison, il y a quelques jours. Lorsqu'elle avait eu le malheur de trouver un homme qu'elle avait cru mort au pied d'un arbre. Du bout des doigts, elle effleura le pad tactile de son clavier et lança la vidéo. La première personne que l'on vit apparaître fut une journaliste gardant tout son sérieux et déblatérant des paroles desquelles Agathe ne saisit que quelques mots à propos de « Stranges Events », « Thunders », « Something unknown ».
-Je n'y comprends rien…
Souffla Agathe à l'attention de Loki qui ne lâcha pas un mot, se contentant de continuer à fixer l'écran, lui signifiant silencieusement que ce qu'il voulait lui montrer était ailleurs. En effet, à la journaliste succéda soudainement les images qu'elle avait aperçut au début. Au loin, une immense tornade, au milieu de laquelle tombait un éclair éblouissant. La séquence ne dura que quelques secondes, filmée d'un portable visiblement, avant d'être remplacée par des statistiques, et malgré les annotations étrangères à Agathe, elle reconnut cependant les chiffres dans la norme, desquels divergeaient largement les mesures prises lors de cette étrange tornade. Enfin, la caméra montra un centre qui se construisait à l'endroit où la foudre avait frappée, parlant d'un objet étrange et inconnu qui dégageait une puissance magnétique hors du commun, ou quelque chose du genre. La dernière image qui s'afficha fut le visage d'un homme aux longs cheveux blonds et aux yeux clairs, particulièrement séduisant, sur lequel Loki à son tour stoppa l'image.
-C'est plus clair maintenant ?
-Pas vraiment…
Avoua Agathe en avalant d'une traite le cachet blanc qu'elle avait extirpé de sa plaquette, avant de se tourner vers l'homme assit à coté d'elle, sans comprendre. Pourquoi lui montrait-il tout ça ? Que cherchait-il à lui faire admettre par le biais de cette vidéo loin d'être très récente et prise dans un pays à des milliers de kilomètres d'ici ? Etait-ce encore un de ses délires paranoïaques ? Auquel cas Agathe s'était à nouveau trompée lorsqu'elle avait cru qu'il s'était calmé. Il n'avait fait que redoubler d'ardeur dans ses propos incohérents.
-Cet homme que tu vois est celui que je croyais être mon frère, Thor. C'est à cause de lui que je suis ici. Il y a quelques temps, mon père l'a exilé sur Terre, mais ce … Bref. Mais par des tromperies il a réussi à corrompre notre père qu'il a convaincu de me trahir à son tour. Mais leur plan a échoué. Et j'ai atterri sur cette planète.
Agathe se mordit nerveusement la lèvre. Voilà qu'il recommençait avec ses délires paranoïaques en prétendant être le demi-frère d'un certain Thor et… Thor ? Alors que Loki continuait ses explications, la jeune femme tourna silencieusement les pages de sa mémoire pour retrouver d'où elle connaissait ce nom. Tout comme Asgard. Elle avait déjà entendu ça quelque part… Mais où ? Dans un livre. Un livre sur les religions. Maintenant qu'elle avait remis le doigt dessus, tout lui paraissait plus évident ! Cet homme, là, qui lui faisait face, se disait être… Le demi-frère d'un dieu nordique ? Agathe reporta son regard sur Loki qui la dévisageait, en silence. Ignorant les dernières paroles qu'il venait de lui dire et qu'elle n'avait pas le moins du monde écoutées, elle lâcha, stupéfaite :
-Donc, si je comprends bien, vous êtes le frère de … Thor, que…
-Ce n'est pas exactement mon frère.
-Oui, soit, faux-frère, ou ce que vous voulez. Que votre père Odin avait renvoyé sur Terre pour finalement vous y expédier vous… C'est bien ça ?
Un bref hochement de tête acheva d'abattre Agathe, qui détacha un instant son regard de l'homme assis à coté d'elle pour le reporter sur le vide qui lui faisait face. Ce n'était pas que des histoires passablement inventées qu'il lui déblatérait. C'était bien plus grave. Cet homme pensait dur comme fer être le frère d'un dieu, provenant d'un monde lointain où le… C'était encore plus invraisemblable que ce à quoi la jeune femme s'était attendue, et elle ne pu s'empêcher de dévisager Loki avec curiosité. Bien étrange énergumène qu'elle avait à ses cotés. Mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il était bien renseigné.
-Ecoutez, j'ignore ce qu'est votre souci avec Thor, Asgard et autres, mais ça… Ca n'a strictement rien à voir avec moi alors …
-Tu ne crois pas un mot de ce que je t'ai dit, n'est-ce pas ?
Agathe hésita un instant, ignorant sur quel pied danser. Si elle lui répondait négativement, il était fort probable qu'il s'énerve, et aux vues de ses réactions imprévisibles et excessives, c'était certainement la meilleure chose à éviter. Mais si elle lui répondait qu'elle croyait tout ce qu'il lui avait dit, il était à craindre qu'il ne songe qu'elle le prenne pour un imbécile ou un fou –ce qui était passablement vrai -, et qui l'énerverait encore plus… « Autant dire la vérité. » Songea nerveusement Agathe, avant de lâcher :
-Non …
-Très bien… Soit…
Lentement, il se leva, et Agathe ravala nerveusement sa salive en tortillant les fils de laine entre ses doigts, anxieuse, suivant des yeux le moindre de ses mouvements. Elle sentit soudainement son impossibilité de se mouvoir lui peser terriblement, telle une épée de Damoclès au dessus de sa tête.
Elle fixa nerveusement Loki qui fit quelques pas avant de se retourner pour lui adresser un léger sourire narquois, une ombre sur son visage et… Disparaître. Le cœur d'Agathe rata un battement, alors qu'elle ouvrit la bouche sans parvenir à émettre le moindre son. C'était impossible. Tout bonnement impossible. Et si elle avait pu faire passer les évènements invraisemblables auxquelles elle avait assistée précédemment sur le compte d'hallucinations, celui-ci était une évidence. Une évidence qu'elle ne pouvait pas nier. Même si elle était contre nature. La seconde suivante, il réapparut, comme par magie, quelques mètres plus loin, avant de disparaître à nouveau pour réapparaître à l'autre bout de la pièce. Le regard qu'il lui lança acheva de semer le doute en Agathe. Cet homme, là, dans son salon, celui-là même qu'elle considérait comme fou à lier venait de se téléporter. Plusieurs fois.
Pire encore. Sous les yeux effarés de la jeune femme, le corps de Loki se dédoubla. Littéralement. Une première fois. Puis une seconde. Puis une troisième. Et bientôt ce ne fut plus deux, ni trois, mais une dizaine d'individus, tous parfaitement identiques à Loki, qui la fixèrent avec attention, peuplant son salon, avant de disparaître aussi subitement qu'ils étaient apparu, ne laissant au centre de la pièce qu'un seul homme. Celui-ci demeura un instant immobile avant de venir s'accroupir face à Agathe qui s'était redressée, sans pour autant avoir trouvé le courage de lâcher le moindre mot. Les idées se bousculaient bien trop dans sa tête. D'un coté, sa raison la forçait à mettre ce qu'elle venait de voir sur le compte d'hallucinations. Mais ses convictions personnelles l'avaient toujours poussée à ne croire qu'en ce qu'elle voyait et à baser sa raison sur ces mêmes faits. Et ce qu'elle voyait défiait les limites de la raison. C'était un cercle vicieux, dans lequel elle était enfermée.
-Je ne suis pas fou Agathe… Pas plus que tu ne l'es.
Lui souffla Loki, sans pour autant parvenir à la tirer de sa torpeur, sans pour autant parvenir à accrocher à nouveau le contact avec ses yeux, toujours perdus dans le vide. Voilà que les rôles s'inversaient. Et que le plus fou d'eux deux, ce n'était plus lui.
-Mais qui êtes-vous … ? Ou plutôt, qu'êtes vous donc ?
Articula-t-elle dans un souffle, arrachant à Loki un sourire des plus sarcastiques.
-Je vois que tu commences à considérer les choses sous un autre angle…
