Partie I. 1 : Venue au monde

(Chante les louanges des reviewers) Continuez comme ça !

Chapitre 7 : Jour 100

Confortablement installé dans un petit siège à ma taille et en forme de coquille, je m'applique très soigneusement à avaler mon lait du matin. Entre deux gorgées, je regarde ma Maman qui discute avec un Elfe inconnu. Ils sont tous les deux assis de l'autre côté de la table et ont l'air sérieux. Alors moi, pour ne pas les déranger, je bois sagement sans faire de bruit.

Cet Elfe, que je ne connais pas, est arrivé avant même que le jour ne se lève. Enfin, je suppose : il n'était pas là quand je me suis endormi, mais à mon réveil j'ai tout de suite remarqué sa présence. C'est bien la première fois que je ne suis pas tout seul avec Maman le matin, et j'ai trouvé ça bizarre. Maman, d'ailleurs, était assez distraite aujourd'hui : tout en me faisant sortir de mon berceau, en me changeant et en me donnant mon outre de lait, elle me regardait à peine. Toute son attention était tournée vers cet Elfe mystérieux.

Je ne sais pas encore quoi penser de lui. Il ne ressemble pas aux autres Elfes que je connais, il est habillé différemment. En plus de ses vêtements sombres, j'ai vu qu'il portait aussi à la taille des objets brillants qui ont l'air très intéressants, mais que Maman m'a interdit de toucher. Sinon, je crois qu'il ne me dérange pas puisque Maman n'a l'air ni inquiète, ni triste. Cela dit, s'il reste encore longtemps, j'ai peur que Maman ne m'oublie complètement. Il va falloir que je me manifeste. En plus, mon outre est vide.

— Mama !

— Hum ? fait Maman en se tournant soudain vers moi. Excusez-moi un instant, Harandir.

— Naturellement, Majesté, répond l'Elfe.

Maman se lève et vient vers moi.

— Qu'y a-t-il, mon Petit Prince ?

Je comprends qu'elle m'interroge : en réponse, je secoue mon outre vide et je tends les bras vers elle et l'appelant encore.

— Mama !

Je lui fais même un sourire dans l'espoir qu'elle m'imite. Elle n'a pas souri depuis ce matin, c'est triste. Mais mon idée réussit ! Ah, je retrouve ma Maman habituelle. Elle me prend doucement mon outre des mains, part la ranger, puis revient me prendre dans ses bras.

— Il faut que tu restes sage encore un moment, d'accord ? me dit-elle.

Moi, je ne demande rien d'autre que d'être avec elle, alors je veux bien. Elle m'installe sur ses genoux et reprend sa conversation avec l'Elfe. Au début, sous l'effet de tout le lait chaud que je viens de boire, je m'endors à moitié entre les bras de Maman. Mais au bout d'un moment, je dois dire que je commence à m'ennuyer. Ils parlent, ils parlent toujours ... Comme je suis resté longtemps sans bouger, je commence à me tortiller et à jouer à mettre mes pieds dans ma bouche.

Bon, je m'ennuie trop maintenant. Tant pis pour Maman, mais je vais aller ailleurs. Eh oui, j'ai appris à me déplacer sans avoir besoin qu'un grand Elfe me prenne dans ses bras : depuis beaucoup de jours, je rampe. Je rampe même activement. Parfois même, je me soulève un peu et je me traîne sur mes mains et mes genoux. Mais c'est un peu étourdissant, de voir le monde de si haut quand il n'y a que moi pour me porter. Ramper, c'est plus sûr.

Je décide donc de me glisser hors de l'étreinte de ma Maman. Elle me laisse faire sans objection, parce que ce n'est pas la première fois qu'elle me voit ramper un peu partout dans notre tente. Me voilà libre ! Où vais-je aller ? Je crois que je vais commencer par ramper, et je choisirai la direction plus tard. D'abord, je me traîne loin de cette table où on ne fait que parler et je me dirige vers mon berceau. Je sais bien qu'il est trop haut pour que je monte dedans tout seul, mais j'aime bien être à côté de lui.

Une fois que j'ai rampé jusque sous l'abri de mon berceau, je fais une pause. Ramper, c'est loin d'être reposant. Je m'assois en m'appuyant contre une des grandes branches qui soutiennent mon berceau, et je contemple fièrement tout le chemin que j'ai parcouru. C'est tout à fait réjouissant ! Ça me donne envie de partir plus loin encore. Je repose mes bras par terre et je recommence à me traîner sur le sol.

C'est à ce moment que je remarque que je n'entends plus la conversation de Maman et de l'autre Elfe. Ils ont arrêté de parler ! Ça m'étonne tellement que je tourne la tête vers eux pour m'en assurer. Je remarque alors qu'eux aussi, ils m'observent. Et en plus ils sourient. C'est drôle, ça. Je me remets à ramper vers Maman pour qu'elle m'explique ce qu'il se passe, mais avant que j'arrive à son niveau, elle se lève pour me reprendre dans ses bras et m'emmène me rasseoir avec elle.

— Vous devez être fière d'avoir un tel fils, Majesté, dit l'Elfe.

— En effet. Legolas, je te présente Harandir, me dit Maman. Il est venu nous parler de Papa.

Papa ? J'ai bien entendu ? Mon Papa à moi ? Sans m'en rendre compte, j'ouvre grand la bouche et les yeux. Je suis à la fois étonné et content, tellement content d'entendre parler de mon Papa ! Immédiatement, Harandir me plaît beaucoup plus, et je le regarde avec curiosité, un doigt dans la bouche. Maintenant, ça ne me dérange plus du tout que Maman et lui passent autant de temps à parler. Même si je ne comprends rien de ce qu'ils disent.

Harandir reste encore un moment dans notre tente, et le jour est bien avancé quand, finalement, je le vois se lever et s'incliner devant Maman. Encore quelques instants, et le voilà parti. Je me demande s'il est allé voir mon Papa. Maman, elle, ne dis rien mais pense à tout. Elle va me chercher mon lait de midi, puis me laisse dans mon siège pour aller accueillir Telith. Telith vient à la porte de notre tente au moins deux fois chaque jour, et apporte toujours à Maman un plat en bois, recouvert d'un tissu, et qui sent très bon. Puis il s'incline devant elle et repart. J'aime bien le voir venir.

Maman prend le plat et le pose sur la table, près de moi. Elle va ensuite se chercher un curieux ustensile – une sorte de branche à bout rond et creux – avec lequel elle va chercher ce qu'il y a dans le plat et le porte à sa bouche. J'adore la regarder faire ça. Surtout que parfois, elle m'en donne un petit peu. Après, quand nous avons tous les deux fini de manger, elle m'essuie la bouche et m'emporte dans ses bras pour me coucher dans mon berceau. Et je m'endors ...

Quand je me réveille, j'appelle Maman pour qu'elle vienne me chercher. Elle arrive rapidement pour me prendre dans ses bras et se met à jouer avec moi, quand soudain un autre visage connu apparaît à l'entrée de la tente. C'est Maître Rindil ! Je fais un grand sourire, parce que Maître Rindil je l'aime beaucoup. Il vient très souvent chez nous, voir si je vais bien. Il s'occupe toujours très bien de moi, et je sais qu'il aime voir quand je fais des progrès. Et aujourd'hui, j'ai une idée.

— Mama, terre !

Maman n'a pas l'air de comprendre tout de suite ce que je veux, alors je gigote autant que possible, comme si j'essayais de glisser de ses bras. Elle me pose alors par terre, et je vérifie que Maître Rindil attend toujours à l'entrée de la tente. Je vais lui montrer ce que je sais faire ! Je commence par ramper un peu, puis je me soulève pour me traîner avec seulement mes genoux et mes mains. Maître Rindil a l'air impressionné, et Maman très fière.

Quand j'arrive au niveau de Maître Rindil, il se baisse en riant pour se mettre à ma hauteur.

— Bravo, Petit Prince ! s'exclame-t-il. J'ignorais que vous marchiez déjà à quatre pattes.

Je lui souris de toutes mes (cinq) dents. Et à ce moment-là, il fait quelque chose de très étonnant : il prend mes mains dans les siennes et me soulève légèrement. Comme mes genoux sont au-dessus du sol, j'en viens tout naturellement à poser mes pieds par terre. Oh ! C'est incroyable ! Je suis debout, comme Maman, comme Maître Rindil, comme tout le monde ! Je tourne un peu la tête et je vois que Maman, à son tour, semble très impressionnée. Moi aussi, je suis fier de moi.

Comme c'est étonnant de voir la tente à cette hauteur ! Je tourne la tête dans tous les sens, et je ne remarque pas que, tout doucement, Maître Rindil tire mes bras vers lui. Petit à petit, ça me déséquilibre, et mon premier réflexe est de plier le genou pour ne pas tomber en avant. Mais Maître Rindil me pousse à me remettre debout et, une fois encore, m'entraîne vers lui. Pendant ce temps, je sens que Maman pousse gentiment sur mon talon gauche. Je ne comprends pas très bien. Enfin, je ne sais pas ...

Sans réfléchir, je lève tout à coup le pied gauche, je l'avance de quelques centimètres, et je le repose. Quel choc ! J'ai marché !