Pardon pour ce retard. Week-end de Pâques et Oral de médecine ne font pas bon ménage...
CHAPITRE 7.
'Oh mother tell your children
Not to do what I have done
Spend your lives in sin and misery
In the House of the Rising Sun
THE ANIMALS, House of the Rising Sun,
Le Directeur du FBI reprit son souffle sur cette note dramatique avant de poursuivre.
« Après ça, les gardiens se sont rendu compte de ce qu'il se passait et sont aussitôt intervenus. Le gardien qui a été assommé devrait s'en remettre, mais il a quand même une commotion cérébrale. Personne n'arrive pas à se figurer comment ce détenu, qui est pourtant déjà réputé dangereux, a pu se procurer cette arme. En tout cas, il a été mis à l'isolement, et il va y rester un bon moment. »
Il s'interrompit, étonné du long silence de Jen.
« Directeur Shepard ? Jennifer ? »
Elle avait cessé d'écouter les explications de son homologue du FBI depuis le moment où il lui avait raconté avec désinvolture que Gibbs avait été poignardé par un de ses codétenus. Voir pire.
« Et l'agent Gibbs ? » demanda-t-elle d'une voix blanche.
« Oh, lui… Je crois qu'il va bien. Ils l'ont emmené à l'infirmerie, la blessure à l'épaule serait assez sérieuse quand même. Sinon, il semble n'avoir que des contusions mineures. »
Jen poussa un soupir de soulagement.
« Et vous ne pouviez pas commencer par là, non ? » Elle n'ajouta pas ''imbécile'', au nom du politiquement correct, mais la pensée y était. « Il est conscient, au moins ? »
« Heu… Oui, enfin, je suppose… On ne m'a pas dit… »
« Vous supposez ? » le coupa-t-elle. « Très bien. Dans ce cas, je vais aller me rendre compte par moi-même ! »
Le Directeur du FBI resta un instant interloqué.
« Mais, vous n'ignorez pas que le protocole de la prison… »
« Je connais le protocole aussi bien que vous, Directeur Vaughan. C'est pour ça que vous allez m'accompagner. Je vous attends là bas dans une demi-heure. » Et elle raccrocha.
Vaughan grinça des dents en raccrochant à son tour mais se leva tout de même pour préparer sa visite à la prison, tout en maugréant.
Il fallait avouer que Jennifer Shepard avait vraiment de la chance d'avoir des arguments… disons, plus convaincants… que la simple question de diplomatie inter-agence pour le persuader de faire un tel déplacement.
L'ascenseur ouvrit ses portes sur une Abby passablement échevelée.
En effet, la brunette venait d'ôter le foulard rouge qui lui couvrait les cheveux lors de son périple au siège du FBI et il pendait maintenant autour de son cou.
« Vous êtes revenus ! » s'exclama-t-elle en apercevant Tony et Ziva derrière leurs bureaux respectifs.
Tony redressa la tête juste à temps pour accueillir dans ses bras la jeune gothique. Le même sort fut réservé à Ziva quelques instants plus tard.
« Apparemment, tu es revenue aussi, on dirait… Tu étais où, pour arriver par là ? » demanda Tony en faisant référence à l'arrivée de la jeune femme par l'ascenseur venant de l'extérieur, et non de l'ascenseur interne descendant au laboratoire ou à la morgue.
Abby avait déjà sa réponse toute prête. Elle brandit le Caf-Pow qu'elle tenait à la main sous le nez de Tony.
« J'ai bien du sortir me le chercher toute seule, puisque plus personne n'est là pour le faire, Tony ! Et en plus… »
L'ascenseur sonna de nouveau, et un jeune agent apparu, les bras chargés d'un gros carton estampillé de la marque de la boisson tant chérie. « … J'en ai fait monter un gros stock. Je ne pense pas qu'on mette autant de temps que ça à sortir Gibbs de là, mais je sens que je vais avoir besoin de beaucoup d'énergie pour ce faire, donc j'ai préféré prendre mes précautions ! »
Elle désigna au jeune agent le second ascenseur.
« Je vais mettre ça au frais et je reviens ! Et je veux un rapport détaillé de votre mission au FBI ! »
Elle emboita le pas à son porteur, non sans avoir adressé auparavant un dernier regard glacial –accompagné d'un petit ''hun'' méprisant- à McGee qui sembla se renfoncer dans son fauteuil.
Abasourdi, Tony la regarda s'éloigner. Décidément, Abby le surprendrait toujours. Faire venir une caisse de Caf-Pow, pour ne pas avoir à faire l'aller-retour jusqu'à la machine.
Continuant de l'observer, il nota alors l'absence des sempiternelles couettes et la présence du foulard rouge autour du cou de la laborantine. Un court instant, il eut une impression de déjà-vu, mais celle-ci s'estompa lorsque la cabine d'ascenseur se referma sur Abby et qu'un autre détail détournait son attention.
« Dis-donc, le Bleu, qu'est ce que tu as bien pu encore fabriquer pour mériter un tel traitement ? »
Heureusement pour lui, McGee fut dispensé de réfléchir à une réponse convaincante par l'irruption du Directeur.
Tony se retourna sur un signe de McGee pour se retrouver en face de Jen, dont les traits reflétaient un sentiment qu'il n'arriva pas à définir sur-le-champ, mais qui n'annonçait rien qui vaille.
« Et quoi, maintenant ? » soupira-t-il, résigné, prêt à entendre le pire –bien que pire que Gibbs accusé d'abus de mineur et meurtre paraisse difficilement envisageable.-
« Jethro a été attaqué par un codétenu qui avait réussi à se procurer un couteau. » Toute l'équipe retint son souffle jusqu'à ce qu'elle poursuive. « Il va bien, mais il a été sérieusement blessé à l'épaule. Je n'en sais pas plus, mais… »
« Il faut que nous allions le voir ! » s'exclama Tony.
« C'est impossible, Tony. »
« Bien sûr que ce serait possible, si vous le vouliez ! » la contredit-il, haussant le ton. Puis, plus doucement, « Il faut qu'il sache qu'on est là, qu'on va tout faire pour le sortir de là ! »
Jen lui sourit. « Il le sait déjà, ça, Tony. Et je ne pense pas qu'il tienne particulièrement à ce que vous le voyez comme ça, croyez moi. Vous serez bien plus utiles ici à essayer de… »
Elle ne finit pas sa phrase, mais chacun des trois agents avaient compris ce qu'elle avait voulu dire.
« Et il serait essentiel que vous le fassiez vite. Très vite. » ajouta-t-elle, en échangeant un dernier regard lourd de sens avec eux.
Quand le Directeur du FBI se gara devant le bâtiment peu avenant de la prison fédérale, cela faisait déjà cinq bonnes minutes que Jenny l'attendait.
Et elle paraissait vraiment impatiente.
« Je suis désolé de vous avoir fait attendre, Jennifer, mais il y avait beaucoup de trafic et… »
Jen haussa les épaules, indifférente à ses explications.
« Maintenant que vous êtes enfin là, Robert, nous pourrions peut-être y aller ? »
« Bien sûr. Le personnel a été informé de notre venue, cela devrait aller assez vite. » Il sourit. « Je me suis demandé quel motif je devais invoquer pour justifier de votre visite, quand on me l'a demandé. Visite conjugale, ça ira ? »
Jen s'arrêta brutalement et observa son homologue en plissant des yeux.
« Vous plaisantez là, Robert, je suppose ? » demanda-t-elle d'une voix glaciale.
« Mais oui, bien entendu ! » s'esclaffa presque le directeur du FBI, visiblement très content de son petit effet. « Les besoins d'une enquête au sein de votre agence m'a paru être une justification plus appropriée. » reprit-il, cette fois avec sérieux.
Et il continua à parler tout seul durant tout le temps où ils furent guidés jusqu'à l'infirmerie, sans sembler nullement s'apercevoir qu'il n'était pas du tout écouté.
« …Enfin, en tout cas, ce que je voulais dire… » conclut-il après moult circonvolutions qui avait mis les nerfs de Jen à rude épreuve, car elle savait parfaitement où il voulait en venir, « …c'est que le bal du Gouverneur va bientôt avoir lieu et j'aurais vivement souhaité que… »
Il fut interrompu par le jeune homme qui les guidait à travers les dédales du grand bâtiment.
« L'infirmerie, Monsieur ! »
« Ah, très bien, très bien… » répondit-il, un brin irrité de cette interruption.
Une femme aux cheveux gris fer, d'une soixantaine d'année, sortit soudain de la pièce sus-désignée. Le moins que l'on pouvait dire à son propos, c'est que son expression faciale n'avait rien à envier aux portes dont elle était entourée.
Elle jeta un regard peu amène sur les deux visiteurs, visiblement surprise de trouver du monde derrière sa porte.
« Oui ? Qu'est ce que vous me voulez ? »
Ce fut leur jeune guide qui répondit.
« Ce sont les directeurs du FBI et de… heu… une autre agence fédérale, Fran. Ils sont venus voir le prisonnier qui a été poignardé ce matin. » Puis se tournant vers Jen et son homologue. « Voici Fran Gellert. Notre infirmière. »
La dénommée ne se laissa pas démonter par les titres annoncés.
« Ben moi, ça m'arrange pas, là, parce que c'est ma pause-déjeuner, et que j'ai qu'une demi-heure, alors j'aimerai mieux en profiter ! »
Jen eut un sourire conciliant.
« Rien ne vous empêche de manger tranquillement, rassurez-vous. A vrai dire, je préfèrerai nettement m'entretenir avec mon agent, seule à seul. »
Regard horrifié du jeune gardien.
« Ah, mais… Ce n'est pas la procédure habituelle, Madame et… »
Le regard qu'elle lui lança alors le fit taire et rougir brutalement.
Il reprit en bégayant. « Je veux dire… Moi… Pour moi, c'est pas un problème… Enfin, ça me dérange pas… Mais si ma hiérarchie l'apprenait, j'aurais des ennuis et… »
Prenant pitié du pauvre garçon qui n'avait aucune chance de pouvoir tenir tête à Jennifer Shepard, le Directeur du FBI intervint :
« Si on vous dit quoi que ce soit, dites leur que je l'ai autorisé. Et de toute façon, je serais dans la pièce. Croyez-moi, ça suffira à ce qu'on vous laisse tranquille. »
Le jeune homme soupira. « Très bien, d'accord. »
« Bon, alors, je peux aller déjeuner, moi ? » s'impatienta l'infirmière revêche.
« Juste une chose. L'agent Gibbs est conscient n'est ce pas ? Il peut parler ? » demanda Jen, une nuance d'inquiétude dans la voix.
« Ah, çà, il est conscient, maintenant, oui. Quant à parler, moi, j'en sais rien, parce qu'il a pas décoché un mot depuis qu'on me l'a amené. C'est tout ? »
Jen acquiesça et la femme s'éloigna, maugréant qu'on ne pouvait même plus déjeuner en paix.
« Vous pensez qu'il sera content de vous voir ? » s'enquit le Directeur Vaughan en ouvrant la porte sur elle.
Jen ne répondit pas. Connaissant Gibbs comme elle le connaissait, non, il était certain qu'il n'allait pas sauter de joie de la voir pour la deuxième fois de la journée, à plus forte raison dans ces conditions.
Depuis le lit où on l'avait transporté, Gibbs était en train de se demander si il pouvait encore lui arriver pire dans cette journée qui paraissait interminable –en moins de douze heures, il s'était réveillé à côté d'un cadavre dont on l'avait accusé puis inculpé du meurtre, on l'avait emprisonné et poignardé, et ça commençait à faire beaucoup- quand il entendit la porte de l'infirmerie s'ouvrir.
Ne pouvant pas, de là où il était, voir qui entrait, il en déduisit qu'il s'agissait du retour de l'infirmière –un vrai dragon, d'ailleurs- qui devait avoir oublié quelque chose en partant déjeuner.
Pourtant, il devait y avoir une deuxième personne avec elle, parce qu'il entendit une voix masculine poser une question.
Il se redressa doucement dans son lit, serrant les dents à cause de la douleur de l'épaule, un pressentiment l'envahissant.
Il sut qu'elle était là avant même de la voir. Surement à cause du bruit irritant de ses talons aiguilles sur les carreaux de la longue salle dont il occupait le fond –le même qu'au NCIS quand elle descendait les escaliers-.
Et il se demandait si la journée pouvait être encore pire ?
Mais, en même temps, pouvoir se défouler en partie sur elle, dans l'état d'esprit où il se trouvait, pouvait avoir du bon. Elle l'avait bien mérité.
« Jen. » dit-il simplement, avant même d'avoir levé les yeux vers elle, lorsqu'il sut qu'elle n'était plus qu'à quelques pas de lui.
« Jethro. Comment est-ce que tu te sens ? »
Sa voix était douce, emprunte d'une réelle inquiétude, presque tendre, quand elle s'adressa à lui.
Ce qui n'eut pour effet que de l'irriter encore un peu plus.
Il redressa la tête vers elle, son regard s'arrêtant seulement une fraction de seconde sur l'homme qui l'accompagnait, juste le temps nécessaire pour réaliser qu'il s'agissait du parfait imbécile qui dirigeait le FBI et dont la présence ne fit rien pour améliorer son humeur, bien au contraire.
« D'après toi ? »
« Pour autant que je sache, tu as déjà été dans des situations pires que celle-ci… »
Cette fois, il la regarda droit dans les yeux. « C'est vrai, mais au moins, j'avais une infirmière bien plus tendre à l'époque. »
…Devant ses yeux, défila l'image de Jen, vêtue en tout et pour tout d'un drap, riant en échappant au mouvement qu'il faisait pour l'attraper, tandis qu'il était allongé sur le lit, immobilisé par un bandage épais autour de la jambe droite…
Elle leva les yeux au ciel, tandis qu'à côté d'elle, le Directeur du FBI, sourcils froncés, se demandait manifestement s'il s'agissait d'une allusion voilée à caractère personnel ou non.
« Ah, parce que c'est ça qui te dérange le plus dans ta situation ? »
« Non. Je vais te dire ce qui me dérange le plus. C'est d'être allongé ici sans pouvoir rien faire pour prouver mon innocence après avoir bien failli me faire tuer, à attendre qu'une bande de crétin décide si oui ou non j'ai tué cette fille. »
« Tu as un avocat, au moins ? »
Il la fixa une seconde, comme s'il se demandait si elle se fichait de lui ou pas, tandis qu'elle réalisait à quel point sa question était stupide.
« Un avocat pénal, je veux dire. » précisa-t-elle.
Il eut un léger rire sans joie.
« Ca va peut-être te sembler difficile à admettre, mais en comptant cette fois-ci, je n'ai été accusé de meurtre que deux fois dans ma vie, Jen. » dit-il sans la quitter des yeux. « A tort. »
Dont une fois en France. Et à sa place à elle. Elle ne risquait pas de l'oublier.
« Mais je n'y suis pour rien, cette fois. » ne put-t-elle s'empêcher de murmurer.
Seule la présence du Directeur du FBI –qui paraissait extrêmement intéressé par la conversation, au point qu'il avait la bouche légèrement entrouverte- retint Gibbs de corriger vertement cette affirmation.
Il se contenta de lancer à Jen un regard accusateur qui lui fit détourner les yeux.
Donc, elle se sentait quand même coupable. Bien.
« Non, ce n'est jamais de ta faute, Jen, n'est ce pas ? Et c'est comme ça que tu comptes justifier ne rien faire pour me sortir de là, aussi ? »
Une expression d'indignation se peignit sur le joli visage de Jen.
« Ne rien faire ? Pourquoi penses-tu que tu vas être transféré en quartier de haute sécurité ? Pour éviter une autre altercation comme celle de toute à l'heure, qui pourrait se finir bien plus mal ! »
« Oh, merci beaucoup, Jen ! Enfermé au secret, sans autre compagnie que celles des araignées, -Jen ne put réprimer une grimace à cette idée, ce qui était le but recherché- tu trouves que c'est une solution ? Je préfère encore avoir à me battre pour ma vie que de passer ne serait ce qu'une heure là-dedans, tu m'entends ? »
Elle leva les yeux au ciel.
« Je t'en prie, ne rend pas les choses encore plus compliquées qu'elles ne le sont déjà… Ce n'est que l'affaire de quelques jours, en attendant le procès… ! Le NCIS va te trouver le meilleur avocat... »
« Un avocat ? Mais c'est la dernière chose dont j'ai besoin, là maintenant ! » la coupa-t-il. « Ce dont j'ai besoin, c'est d'une véritable enquête, et non de ce simulacre bâclé par le FBI ! »
A ces mots, le Directeur du FBI eut un sursaut de protestation.
« Croyez-moi, rien n'a été bâclé du tout, agent Gibbs. » corrigea-t-il froidement. « C'est même votre ami l'agent Fornell qui était personnellement chargé de cette enquête, et je puis vous assurer qu'il a envisagé toutes les hypothèses possibles, et étant donné les liens qui vous unissent, je vous affirme qu'il l'a fait avec plus de zèle qu'il en était nécessaire, ainsi que j'ai eu l'occasion de le lui faire remarquer. Ceci étant dit, il s'agit désormais d'une affaire classée et c'est aux jurés de décider si oui ou non nos conclusions leur paraissent fondées. »
Gibbs lui jeta un regard glacial.
« Voilà au moins ce qui explique pourquoi il y a tant d'innocents en prison et de meurtriers qui court toujours, dans ce cas. » grinça-t-il. « Au moins, ce n'est pas le cas dans les prisons de la marine. »
« De toute façon, vos chers coéquipiers ne sont pas autorisés à enquêter. Non seulement aucune des preuves qu'ils pourraient fournir ne serait recevable, mais en plus, ceux qui s'y risqueraient se mettraient dans une situation des plus inconfortables ! » rétorqua le Directeur, vexé. « N'est ce pas, Jennifer ? » ajouta-t-il à l'adresse de Jen.
Le ton suffisant du personnage –et surtout l'emploi familier du prénom- achevèrent d'exaspérer Gibbs. Cependant, pour éviter de s'attirer d'avantage d'ennuis, -ou plus probablement sous l'effet des calmants qui lui avaient été administrés sans son accord pendant qu'il était inconscient !-, il se contenta simplement de lui répondre sur le même ton.
« Peut-être que mes chers coéquipiers, comme vous dites, se moque royalement de ce que vous pensez. N'est ce pas, Jennifer ? » ironisa-t-il.
« Oui, et bien justement, c'est pour ça qu'ils ont obtenu un congé exceptionnel. Et par exceptionnel, j'entends obligatoire. Le NCIS doit et restera en dehors de ça… »
Le Directeur du FBI eut un signe de tête approbateur, ce qui confirma définitivement à Gibbs que c'était un parfait imbécile.
Lui avait parfaitement compris qu'en les laissant libres de faire ce que bon leur semble, Jen avait permis à ses agents de poursuivre l'enquête pour leur propre compte, tout en protégeant l'Agence.
« Et ce que le Directeur du NCIS ignore… »
« … Ne peut lui causer du tort. » termina-t-elle à sa place. « Exactement. »
« N'exagérons rien ! » intervint Robert Vaughan. « Je ne pense pas que le NCIS vous ignore, tout de même. La preuve, c'est que nous sommes là. Mais il faut bien que vous compreniez que nous ne pouvons pas, dans notre position, nous permettre de… » Il s'interrompit en s'apercevant qu'aucun des deux autres ne lui prêtaient la moindre attention, comme perdus dans des pensées communes.
Aurait-il par hasard raté quelque chose ? s'interrogea-t-il, perplexe.
Tout ce que le NCIS ignore… Un concept qu'ils avaient beaucoup mis en pratique à l'époque de leur mission en Europe…
Un silence lourd s'installa.
Jenny observait son agent. Son ex-amant.
L'entaille qui lui balafrait maintenant la joue droite semblait rendre ses traits d'habitude si proportionnés encore plus durs.
Elle l'avait déjà vu avec une telle blessure auparavant.
Marseille.
« Marseille ? »
Jen tressaillit. Elle n'avait pas vraiment dit ça à voix haute, si ?
Il l'observait d'un air intrigué.
Comprenant ce à quoi il songeait, elle expliqua :
« Je ne pensais pas à cette partie là ! Mais à cette bagarre, sur le port, entre toi et les deux hommes de main qui gardaient le yacht de notre cible… Tu en es ressorti avec la même tête que maintenant. Là aussi, tu avais bien failli te faire tuer ! »
« Peut-être, mais c'était une bonne diversion. Et ça t'a laissé suffisamment de temps pour t'enfuir de ce bateau… »
Ils en avaient ri, après, mais en réalité, ils avaient eu chaud, ce jour là.
Il la revit, appuyée contre un des murs de la vieille ville, essoufflée, furieuse contre lui pour avoir pris de tels risques –à cause d'elle !- et se plaignant d'avoir perdu une de ses jolies boucles d'oreille.
Et soudain, se superposa l'image d'une autre fille, dans un autre lieu, différente mais avec le même genre de boucles, de lourds anneaux ouvragés, mais en beaucoup plus vulgaire. C'était la première fois qu'il en avait une vision vraiment claire, du moins alors qu'elle était encore en vie.
Et ces boucles… Cela paraissait un détail insignifiant, pourtant, il lui semblait soudain que quelque chose de capital lui échappait concernant celles-ci. Quelque chose qui ne collait pas avec le reste…. Mais quoi ?
« Elle portait le même genre de boucles que toi… »
« Qui ça ? » lui demanda Jen, surprise par son brusque changement de sujet.
« Elle. Cette fille, hier… »
Elle le fixa d'un air interdit pendant au moins dix secondes comme si elle n'avait pas compris ce qu'il venait de dire. Mais son expression suffisait à prouver qu'elle avait parfaitement saisi.
« Je suppose, ou en tout cas j'espère, qu'il doit y avoir une raison à cette remarque ? »
Il ne répondit pas, incapable d'expliquer en quoi c'était important, mais il en était maintenant convaincu. Un détail l'avait marqué sur le moment, il en était certain, réflexe d'enquêteur pour lequel chaque détail à son importance, mais il n'arrivait pas à retrouver de quoi il s'agissait.
« Jethro ? » l'interpella-t-elle, irritée de son silence.
Il releva les yeux vers elle.
« Je ne sais pas, j'ai l'impression que c'est important. »
« Ca devait l'être, en tout cas, puisque tu t'en rappelles alors que tu ne sais même pas son prénom. » ironisa-t-elle. « Parce que ça n'était pas le même que le mien, peut-être ? »
« Non. Parce que je sais que ça, au moins, ça n'a [i]vraiment[/i] aucune importance. » répondit-il posément, avec le ton qu'il employait quand il était certain d'avoir raison et qu'il estimait que la conversation pouvait s'arrêter là.
Ce qui avait le don d'agacer Jen au plus au point.
Mais avant qu'elle ait pu réagir, le directeur du FBI, qui avait cessé d'essayer de comprendre et commençait même à se demander si les deux autres ne se moquaient pas tout simplement de lui –ou pire, utilisait un langage codé destiné à échanger des informations à son insu !-, avait décidé d'intervenir de nouveau.
« Jennifer, je suis désolée de vous interrompre, mais… J'ai du décaler plusieurs rendez-vous important pour vous accompagner jusqu'ici… Je crains de ne pouvoir les faire patienter davantage, je suis sur que vous me comprenez… »
« Ne vous inquiétez pas, nous avions fini, de toute façon. » s'entendit-il répondre par Gibbs, à la place de Jen.
En effet, ce dernier ne souhaitait rien de plus que de pouvoir réfléchir tranquillement, sans la présence de cet abruti et surtout, sans la présence de Jen.
Celle-ci inspira profondément comme pour retenir une réflexion acerbe, haussa les épaules et se tourna vers son homologue avec un sourire.
« Mais je comprends tout à fait, Robert. D'ailleurs, je vous remercie de nous avoir accordé un peu de votre précieux temps. Je vous dois une faveur, maintenant. »
« Nous pourrons y réfléchir autour d'un café, prochainement, n'est ce pas ? » proposa-t-il onctueusement.
Et il partit s'enquérir de l'enseigne qui devait les reconduire à la sortie.
Avant de le suivre, Jen se tourna une dernière fois vers Gibbs qui suivait avec un regard noir le Directeur du FBI qui s'éloignait.
Quand elle eut réussi à regagner son attention, elle se contenta de lui adresser un sourire espiègle avant de faire demi-tour pour regagner lentement la sortie.
Et elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qu'il ne l'avait pas quitté des yeux une seconde.
Après son départ, Gibbs retomba sur l'oreiller avec une grimace.
Finalement, peut-être que c'était Ducky qui avait raison depuis le début. Son addiction pour les rousses allait véritablement finir par le mener à sa perte.
Mardi, 16h30, Open Space du NCIS,
Rien.
Depuis une heure qu'ils cherchaient quoi que ce soit de suspect sur la jeune Caroline Stevenson, ils n'avaient toujours rien.
Lassé de lire les fastidieuses notes de débits et autres déplacements financiers sur le compte de la demoiselle, Tony avait commencé à laisser ses pensées s'égarer.
Soudain, il fronça les sourcils, l'air soucieux.
« Hum, j'ai une question… » lança-t-il à la cantonade.
Ziva redressa la tête de ses propres recherches. Elle hésita une seconde, pressentant une question idiote comme seul Tony pouvait en sortir dans un moment pareil.
« Oui, Tony ? » finit-elle par soupirer.
McGee, quant à lui, préféra tout simplement l'ignorer. Rien de bon ne pouvait suivre quand Tony prenait ce ton là.
« Reprenez-moi si je me trompe, mais même une fois qu'on aura prouvé que Gibbs n'a pas tué cette fille, il sera toujours accusé de détournement de mineur, non ? »
Ziva réfléchit une seconde.
« Et bien, je suppose que oui. Mais bon, c'est quand même moins grave ! »
« Tu crois ? » murmura Tony, septique. « On parle quand même de la Virginie. »
Ziva haussa les épaules.
« Je ne sais pas, Tony, il me semble que c'est quand même beaucoup moins grave. En plus, j'aurais pensé c'était plutôt toi, le spécialiste de la question ! »
Il prit un air chagrin. « Des préjugés, rien de plus, Ziva, des préjugés. » Il retrouva presque aussitôt son air enjoué. « Et si on demandait son avis à Wikipedia, plutôt ? »
« Heu… A quel propos ? »
« Ben, pour savoir ce que risque Gibbs exactement ! »
« Je pense que tu surestimes Wikipedia, là, Tony. Mieux vaut demander directement à un avocat. »
Mais Tony avait déjà commencé à taper sur son clavier.
« Tu serais surprise par ce que Wikipedia peut receler, Zeevah ! » Et il tourna l'écran vers elle pour prouver ses dires avant de le diriger de nouveau vers lui pour en lire le contenu.
Au bout d'un moment, il redressa la tête.
« Hou, c'est très explicitement détaillé, tout ça ! McGee, bouche tes prudes oreilles, s'il te plaît. »
McGee tourna la tête vers lui.
« Arrête avec ça, Tony. Mes oreilles ne sont pas prudes. Pas plus que le reste de ma personne, d'ailleurs ! »
« Oh, très bien, McGrognon. Mais ne viens pas dire que je ne t'aurais pas prévenu, en tout cas ! » Il s'éclaircit la gorge et commença sa lecture. « […]Toute personne de 18 ans ou plus […] qui [est] mêlée à des rapports sexuels, [même] mutuellement acceptés, avec un [mineur] de 15 ans ou plus qui n'est pas son conjoint, sera coupable de délit de classe 1.» cita-t-il. « Mais alors, que risque t'on avec un délit de classe 1 ? Telle est la question. » ajouta t'il, perplexe.
« Tu vois, je t'avais dit qu'il aurait mieux valu demander directement à un avocat. »
« Ou alors, interroger une seconde fois Wiki. Il doit bien savoir ce qu'est un 'délit de Classe 1', lui. »
Mais avant qu'il ait pu lancer une nouvelle recherche, il fut interrompu par une voix qui s'éleva depuis le fond de l'Open Space et qui se rapprochait.
« C'est un délit qui est passible au minimum de 1 an de prison et de 2 500 dollars d'amende. Mais ça peut aller beaucoup plus loin. Pourquoi, Tony ? Qui a commis un délit de classe 1 ? »
Abby s'arrêta juste devant le bureau du jeune homme, la paille de son Caf- Pow dans la bouche et un air interrogateur sur le visage.
« Heu, personne. C'était juste une question comme ça. » Il ferma rapidement son explorateur Internet. « Et toi, comment tu le sais, d'abord ? »
« Un ex. »
Tony préféra ne pas s'appesantir sur le sujet, mais ce qu'il pensait devait se refléter sur son visage, parce qu'elle ajouta :
« Je n'ai pas dit que c'était lui qui avait commis le délit, Tony… Alors, vous me racontez ce qui s'est passé au FBI ? » demanda-t-elle en s'asseyant sur le bureau de Tony.
En quelques phrases, Tony avait brossé à une Abby suspendu à ses lèvres le compte rendu de leur virée au sein de l'autre Agence Fédérale.
« N'empêche que j'aurais pensé qu'il était un peu plus difficile de s'infiltrer dans le FBI. » dit-t-elle, un peu déçue, quand il eut terminé son récit.
« Bah, en même temps, la morgue n'est certainement pas la partie du bâtiment la plus surveillée… Honnêtement, qui pourrait bien être assez cinglé pour avoir envie de voler un corps ? A part nous, je veux dire ? »
« Personne, je crois, c'est ce qui nous rend si efficaces ! » s'enthousiasma la jeune gothique. « Et bientôt, on aura retrouvé Gibbs. »
« Et le plus tôt sera la mieux, étant donné ce qu'il s'est passé tout à l'heure. » laissa échapper Ziva.
Abby ouvrit soudain de grands yeux apeurés.
« Quoi, qu'est ce qu'il s'est passé, tout à l'heure ? » s'exclama-t-elle.
Tony lança un regard meurtrier à Ziva. « Rien, rien. Ne t'inquiète pas, Gibbs va bien. Mais, il a eu… heu… un petit différent… avec un autre prisonnier. Mais rien de grave ! »
Abby porta la main à sa bouche, choquée.
« Et nous sommes là, à perdre du temps, à discuter, alors que Gibbs est en danger de mort ! » Sans plus réfléchir, elle sauta à bas du bureau.
« McGee ! Tu viens avec moi ! » lui ordonna-t-elle, sèchement, ne lui ayant toujours pas pardonné le moment de doute qu'elle avait surprise un peu plus tôt.
« Mais… Pourquoi ? » essaya-t-il de protester faiblement.
« Tu sais très bien pourquoi ! »
Il soupira mais obéit et la suivit jusqu'à l'ascenseur, soumis.
Tony les regarda partir, avant de relancer le sujet qui lui était entre temps sorti de la tête.
« Tu ne trouves pas qu'Abby agit bizarrement ? » s'épancha-t-il auprès de Ziva.
« Abby agit toujours bizarrement, Tony. »
« Je veux dire, avec McGee. » précisa-t-il. « Peut-être qu'ils se sont remis ensemble ? » ajouta-t-il, soudainement inspiré.
« Certainement pas. Et personnellement, je trouve que c'est plutôt McGee qui agit bizarrement, depuis notre retour, si tu veux mon avis. »
« C'est ce que je disais : je suis sûr qu'ils nous cachent quelque chose… »
Tandis que l'ascenseur descendait vers le labo, McGee essaya une nouvelle fois de s'excuser auprès d'Abby.
Mais la jeune gothique ne voulait rien entendre. De ce point de vue là, elle pouvait vraiment se montrer aussi bornée que son mentor.
« Chut, McGee ! Je ne t'ai pas demandé de m'accompagner pour discuter, mais pour m'aider. En silence. »
Il savait d'expérience qu'il ne servirait à rien d'argumenter avec Abby lorsqu'elle se trouvait dans cet état d'esprit. Il fallait attendre que l'orage passe, ce qui, en général, ne prenait jamais bien longtemps avec elle.
En descendant de l'ascenseur, il se trouva face aux cartons de Caf-Pow qu'Abby avait commandé et qui encombrait le passage.
Cette dernière avait déjà attaqué les bandes de scotch qui maintenaient fermé le premier et s'acharnait à l'ouvrir.
Elle y parvint enfin et plongea les mains dedans.
Mais en lieu et place du gobelet attendu, McGee la vit en ressortir un sac en plastique hermétique et muni d'une petite étiquette numérotée contenant ce qui semblait être une veste qui lui paraissait vaguement familière.
« Oh, ne fais pas cette tête ahurie, McGee, je t'en prie. Tu ne penses quand même pas vraiment que Fornell aurait pu faire sortir les preuves du FBI sans que personne ne s'en rende compte s'il ne les avait pas cachées dans quelque chose, non ? Cela dit, j'avoue que son idée était vraiment géniale. Mais c'est moi qui aie eu l'idée de rajouter le sigle Caf-Pow. Parce que personne d'autre que moi n'irait fouiller là-dedans. »
A ces mots, le regard de McGee s'éclaira. Tout s'expliquait. Et si la veste lui avait paru familière, c'est parce que c'était celle de Gibbs.
Abby continua à sortir des vêtements sous scellés, reconstituant petit à petit la tenue que Gibbs portait la veille.
Alors qu'il s'apprêtait à venir en aide à la jeune gothique, McGee eut soudain une pensée pour le moins angoissante. Il allait enfin répondre à la grande question existentielle de Tony : à savoir, est-ce que oui ou non, Gibbs portait des sous-vêtements. Ou pas.
Ducky remonta l'Open Space d'un air préoccupé.
Même si son collègue du FBI avait négligé certains détails, il n'en restait pas moins qu'il avait eu raison pour sur un point essentiel. Ce qui avait plongé Ducky dans un abîme de perplexité. Après un bon quart d'heure de réflexion, il s'était décidé à venir en référer à l'équipe, afin de ne pas être le seul à se creuser les méninges pour trouver une explication rationnelle à ce qu'il venait de découvrir.
« Ah, Ducky. Tu as fini l'autopsie, c'est ça ? » s'enthousiasma Tony aussitôt qu'il l'eut aperçu.
« En effet, oui. Et ce que j'ai découvert… Force est de reconnaître que je m'attendais à beaucoup de chose, mais certainement pas à ça… »
« Vous avez découvert quelque chose d'inhabituel ? » commença à s'inquiéter Ziva.
« Hum, je suppose qu'on pourrait dire ça comme ça, oui. Quelque chose de pour le moins inattendu, en tout cas. »
« Ah oui ? Mais quoi ? » demanda Tony, qui trouvait que le suspense avait assez duré comme ça.
« Hé bien… Comment dire… » Il hésita, se demanda un court instant comment expliquer les choses d'une manière ne paraissant pas trop crue, mais ne trouva pas de formulation satisfaisante. Aussi se contenta-t-il de la vérité nue. « Il se trouve que… notre victime est… sans aucun doute possible… toujours vierge. »
To Be Continued...
:)
