Bonjour !
Comme promis, voici la suite des aventures tumultueuses de Bella.
Merci à Nodame d'avoir commenté et un merci tout particulier à Sandry et Nana10 pour leurs gentilles reviews à chaque chapitre. Vous êtes vraiment super !
Merci également à toutes celles qui passent par ici et qui prennent le temps de me lire.
Je vous laisse à votre lecture et vous retrouve plus bas.
Chapitre 6
En fin d'après-midi ce vendredi, je mettais la touche finale à mon article sur l'enflure du ventre de Britney Spears qui tenterait par tous les moyens de cacher à ses vautours de journalistes people dont je faisais malheureusement partie qu'elle serait prétendument enceinte pour la troisième fois, quand Alice apparut dans mon bureau, blanche comme un linge, une lueur de panique au fond des yeux. Elle s'effondra sur le siège devant moi en soufflant désespérément.
— Qu'est-ce qui se passe Alice ? lui demandai-je avec inquiétude.
— Je l'ai fait Bella ! répondit-elle d'une voix tremblante en se tenant la tête à deux mains.
— Quoi ? Tu t'es inscrite à une thérapie de groupe pour les accros du shopping ? plaisantai-je pour la dérider.
— Non ! Quoique ça ne serait pas une mauvaise idée… fit-elle songeusement, son visage reprenant peu à peu ses couleurs.
— Alors quoi ? m'enquis-je en mâchonnant nerveusement mon crayon.
— J'ai parlé à Jasper !
— Alléluia ! criai-je en levant les mains au ciel.
— Et mieux, je l'ai invité ce soir à boire un verre et il a dit oui !
Elle avait retrouvé son teint de poupée de porcelaine aux pommettes délicieusement roses.
— Bravo Alice, c'est génial ! Je suis fière de toi ! la félicitai-je avec un grand sourire.
Cette fille était mon soleil dans les ténèbres de ma nuit, ma lanterne dans la tempête, mon rocher inébranlable dans... Oh la ! Je lis trop de romans à l'eau de rose moi ! Je stoppai la dérive de mon cerveau et me reconcentrai sur Alice.
— Bien que cette excellente nouvelle me réjouisse, je ne peux pas continuer à bavasser avec toi car je dois absolument terminer cet article pour Jasper justement, qui l'attend pour le mettre en page, continuai-je alors qu'Alice se rembrunissait.
— Ah Ok, dit-elle d'un ton morne, toute sa bonne humeur l'ayant quitté d'un coup.
— Alice, pourquoi fais-tu cette tête ?
Elle s'adossa au dossier de la chaise, croisa ses jambes fines et fit battre nerveusement son pied chaussé d'escarpins aussi cher qu'un mois de mon salaire, tandis qu'elle semblait débattre intérieurement.
— Alice ?
— J'ai besoin de toi Bella.
Oh ! Non ! Je la regardai, suspicieuse, et m'accoudai à mon bureau, attendant avec appréhension de savoir à quelle torture mon amie allait me condamner.
— Il faut que tu viennes, annonça-t-elle d'une voix déterminée.
— Quoi ? Hors de question ! Je ne veux pas tenir la chandelle ! m'insurgeai-je.
— Alors viens accompagnée. Pourquoi tu n'inviterais pas Edward ?
— Alice tu es folle !
— Tu vas bien à un match de Base Ball avec lui demain, ça pourra te faire un entraînement.
— Pitié, ne me parles pas de Base Ball ! la suppliai-je.
Alice étouffa un rire moqueur derrière sa main et je la fusillai des yeux.
— T'es au courant, c'est ça ?
— Oui. Comme toute la rédaction. Mike a raconté à tout le monde comment tu avais fini complètement nue dans les vestiaires du Yankee Stadium devant l'équipe au grand complet.
— Oh merde ! fis-je en me prenant la tête entre les mains.
Voilà, cet imbécile de Mike avait bien dû s'éclater en racontant à tout le monde mon embarrassante petite bévue. Je soupirai et relevai des yeux de chiens battus sur Alice.
— Alice, je peux te demander un service ?
— Bien sûr.
— Est-ce que tu peux m'écraser avec ta voiture ? dis-je sombrement.
— Allez Bella ! Ce n'est pas si grave que ça ! fit-elle en posant une main sur la mienne.
— Je le déteste ! rageai-je en tapant du poing sur mon bureau. Je le déteste ! Et puis, je n'étais pas complètement nue, j'avais sauvegardé le plus important. Tout le monde a déjà vu une paire de seins non ?
— Euh oui, assurément. Alors tu viens avec nous ce soir ? reprit-elle avec espoir.
— Edward était là Alice, répondis-je en tentant d'ignorer sa question. Enfin il n'a pas vu mes seins, mais il était là quand je cherchais mon portable dans la poubelle et que tous les gars me mataient le cul par la fenêtre.
— Oh mon Dieu Bella ! Tu as toujours l'art de te fourrer dans des situations impossibles !
— Ouais, je sais, admis-je dépitée.
— Viens ce soir, ça te changera les idées.
— Je ne sais pas Alice. Et puis tu nous imagines tous les quatre en train de boire un verre ? Tu crois que Jasper appréciera de sortir dans un bar avec son patron ? tentai-je.
— Bien sûr ! Je les ai vu hier en grande conversation tous les deux, ils avaient l'air de très bien s'entendre. Je suis sûre que ça ne le dérangerait pas du tout.
Bon Dieu ! Elle avait réponse à tout la chipie !
— Pourquoi tu ne demandes pas plutôt à Rosalie ?
— Je l'ai fait, mais elle est de garde à l'hôpital. Tu es mon dernier espoir. S'il te plait Bella. Pour moi… supplia-t-elle d'une petite voix enfantine.
— Alice… grimaçai-je.
Elle me fit son regard de chiot malheureux et je ne pus y résister, encore une fois.
— Bon d'accord. Je vais lui demander, mais je ne te promets rien. Après mon petit incident de cet après-midi, je doute qu'il soit d'accord pour m'accompagner où que ce soit.
— Oh ! Merci, merci Bella, je t'adore ! hurla-t-elle en m'étreignant par-dessus mon bureau dans ses bras fins.
— Ne te réjouis pas trop vite, il est fort probable qu'il refuse.
— Eh bien moi je suis persuadée du contraire. J'ai l'intuition que tu lui plais vraiment Bella et je me trompe rarement, crois-moi.
— Je te l'ai dit déjà, c'est le patron et je ne veux pas coucher avec lui, lui rappelai-je.
Alice se pencha en avant et planta ses yeux dans les miens.
— Mais qui te parles de coucher ?
Je restai sans voix, la bouche ouverte.
— Moi je te parle d'une relation suivie, continua-t-elle.
Je secouai la tête en fermant les yeux pour chasser les paroles d'Alice de mon cerveau.
— Mais qu'est-ce que tu racontes ? m'insurgeai-je.
— Tu sais, cette effrayante et traumatisante chose qu'on appelle l'amour. Les petites attentions du quotidien, les mots doux, les diners en tête à tête… énuméra Alice avec un sourire entendu.
— Tu délires là, Edward n'est absolument pas amoureux de moi ! Enfin Alice réveille-toi ! Tu l'as vu ? Il est superbe et moi je ne suis… que moi ! Et puis on se ne connait pratiquement pas ! Il ne s'est rien passé entre nous. Nous n'avons fait que parler et dormir ensemble, voilà tout. Pas de quoi t'emballer Alice, alors remballe ton refrain sur le grand Amour dégoulinant de guimauve et de pétales de roses. Tout ça, c'est pas pour moi !
— Mais toi tu es amoureuse, asséna-t-elle en me fixant au fond des yeux.
— Hein ? N'importe quoi ! hurlai-je d'une voix suraigüe en secouant vigoureusement la tête.
Alice m'observa attentivement, me scrutant de ses yeux bruns qui voyaient tout, même ce qu'on voulait désespérément garder caché. Puis, d'un coup mes épaules s'affaissèrent et je lâchai prise.
— Tu crois ?
— Ca se voit comme si tu l'avais gravé sur le front.
— Je n'en sais rien Alice, sifflai-je en enfouissant mon visage dans mes mains. C'est vrai que je l'apprécie, mais je ne crois pas être amoureuse de lui. Qu'est-ce que je dois faire ?
— Ce que tu dois faire ? Pour commencer, tu vas sortir de ce bureau et aller inviter Edward à prendre un verre ce soir. Et puis tu vas arrêter de te prendre la tête et pour une fois, laisse-toi aller et cesse de tout analyser. De toute façon quand l'amour te tombe dessus tu ne peux rien faire, alors déstresse !
— Ouais. Plus facile à dire qu'à faire ! râlai-je, plus pour moi-même que pour elle.
— Bon, il faut que je me sauve, on se retrouve au Twilight Café à 21h00. Et fais-toi belle ! dit-elle en me toisant des pieds à la tête.
— Ouais c'est ça…
Alice se leva gracieusement et chaloupa jusqu'à la porte. Je me demandais toujours comment elle faisait pour être plus à l'aise sur des talons de 10 cm que moi avec mes ballerines.
Quand la porte se fut refermée, je mordis de rage dans mon crayon. Je m'étais encore laissé avoir par ses yeux de biche aux abois. Comment j'allais faire maintenant pour inviter mon boss à boire un verre ?
oxOxOxo
Je claquai la porte de mon appartement en chantonnant faux, bien sûr du Whitney Houston in love with son Kevin Costner de bodyguard, un sourire niais accroché à mon visage.
Edward m'avait dit oui ! A moi ! Je l'avais invité à boire un verre ce soir en bégayant lamentablement comme la pire des cruches, et il m'avait dit oui ! Je n'en revenais toujours pas et je me sentais sur un petit nuage confortable et moelleux, tout rembourré de guimauve rose bonbon. Il ne manquait plus que les Bisounours faisant du toboggan sur leur arc en ciel et moi en robe de mariée à perles et froufrous style meringue pour compléter le tableau. Pathétique !
Je jetai mon sac dans l'entrée et envoyai valser mes sandales en tourbillonnant sur moi-même, mais soudain, une affreuse appréhension me saisis. Et s'il voulait me raccompagner ce soir et qu'il voyait mon appartement dans cet état ?
Bah, après tout il l'avait déjà vu pire que ça, mais là c'était différent. Je voulais le séduire et ce n'était pas en lui montrant mon désordre que j'y arriverais. Fallait que je range. Je jetai un œil à ma montre 18h00.
Il me restait trois heures pour faire le ménage, m'épiler et me préparer. J'avais largement le temps.
Oui, j'avais même le temps de me servir un petit verre de vin blanc pour célébrer l'événement et pour me déstresser un peu. Je débouchai une bouteille de Sancerre et m'installai dans mon canapé en zappant sur toutes les chaînes.
Je commençai à me détendre légèrement et me servis un second verre en essayant d'appliquer du vernis à ongles. Le résultat fut une catastrophe et j'enlevai rageusement le tout en pestant contre ma maladresse. Après avoir appliqué un masque d'argile verte sur mon visage, je m'allumai une cigarette et me resservis un verre de vin.
Finalement, je n'avais plus le courage de faire le ménage et je me contentais de ranger les vêtements qui trainaient un peu partout quand on sonna à ma porte. C'était un livreur qui, l'air dégoûté par la croûte verte qui s'était formée sur mon visage, m'apportait un énorme carton. Bizarre, je n'avais rien commandé. Peut-être était-ce Edward qui me faisait livrer des trucs, mais quoi ?
Je posai le carton sur mon lit en réfléchissant à ce qu'il pouvait contenir. Trop petit pour une planche de surf et puis je ne voyais pas trop l'utilité d'une telle chose à New York, trop grand pour un bijou.
Peut-être que c'était un fusil d'assaut M16 avec lance-grenades pour que je puisse me suicider sans me louper à l'issue de cette soirée si je foirais, comme à chaque fois, toutes mes chances de séduire Edward. Parce que oui, je voulais le séduire. Même si je criais sur tous les toits que je ne voulais pas coucher avec lui, je savais au fond de moi que l'envie était trop forte pour que je puisse y résister encore longtemps…
J'ouvris le paquet en secouant la tête pour chasser les pensées salaces qui m'assaillaient. C'était une robe. Bien sûr ! Pourquoi je n'y avais pas pensé tout de suite ? Sûrement à cause de mon esprit monté à l'envers. Ah ! Il y avait une carte à l'intérieur :
Si tu mets cette robe, tu as toutes tes chances avec Edward.
A.
Sacrée Alice ! Je souris en déballant la robe, mais mon sourire se fana quand elle fut totalement sortie du carton. Comment allais-je pouvoir faire entrer mon corps là-dedans ? Il était évident que j'allais avoir du mal à respirer tant le tissu paraissait étroit. Je soufflai d'énervement en testant l'élasticité du tissu, et me resservis un quatrième verre de Sancerre.
Malheur ! Alice n'avait pas oublié la pochette ni les chaussures, la traitresse ! Huit bons centimètres de talon. Je secouai la tête de dépit, jamais je ne pourrais marcher normalement avec ça. Au mieux j'aurais l'air d'un canard monté sur échasses, au pire je me casserais une cheville. A choisir, je ne savais pas quelle option était la meilleure. Et puis qu'est-ce que c'étaient que ces semelles rouges ? Bizarre…
Je les enfilai quand même et osai faire quelques pas dans mon appartement. Etrangement, et malgré la hauteur vertigineuse des talons, elles étaient confortables. Sûrement qu'elles devaient coûter un bras.
Je délaissai les chaussures et détaillai la robe de plus près. Elle était très sobre. Sans bretelles et entièrement noire, elle semblait constituée de bandelettes de tissus cousues les unes aux autres. Je consultai l'étiquette Hervé Léger. Connais pas.
Je l'enfilai avec appréhension en me contorsionnant tellement que je crus me faire un tour de rein, mais une fois que je fus rentrée dedans, j'eus le plaisir de constater que même si elle était très moulante, elle n'était pas trop courte.
Elle m'arrivait juste au-dessus du genou, et le bustier était ajusté à la perfection, me faisant une poitrine haute et galbée. Cependant, il était impossible de porter des sous-vêtements sous cette robe sans avoir de marques inesthétiques.
— Tant pis, je m'en passerais ! gloussai-je en vidant mon verre d'un trait.
J'étais bien détendue maintenant, peut-être un peu trop même… Je consultai ma montre 20h15. Et je ne m'étais même pas encore douchée ni épilée !
Je sortis avec peine de la robe et m'attelai à la lourde tâche qui m'attendait, à savoir me préparer à sortir en robe moulante, chaussée de talons hauts, maquillée et coiffée correctement, en 45 minutes, et ceci après quatre verres de vin blanc.
Finalement, à 21h15, je finis mon cinquième verre de Sancerre, pour être sûre d'être parfaitement cool, et après avoir claqué la porte de mon appartement, je titubai jusqu'à l'ascenseur.
Sur le trottoir, plusieurs taxis se bagarrèrent pour me charger et je me vautrai sur la banquette arrière comme un phoque saucissonné dans une robe de haute couture.
Mon arrivée au Twilight Café ne se fit pas sans discrétion puisque je dus m'y reprendre à plusieurs fois pour m'extirper du taxi tellement l'entreprise fut périlleuse.
Entravée dans ma robe fourreau, j'essayai tout d'abord une jambe après l'autre. Mauvaise idée, la robe me lacéra la cuisse et je crus qu'on m'avait fait un garrot. La tête la première ? Impossible sans me retrouver sur les fesses. J'optai pour la dernière solution les pieds devant. Quelle élégance !
Ma pochette noire à la main, je trottinai à petits pas vers l'entrée, en prenant l'air hautain d'une célébrité en robe garrot hors de prix et chaussures de luxe. Il ne me manquait plus que les lunettes noires et le gobelet Star Buck pour ressembler à toutes ces poufiasses décolorées que Mike prenait en photo tous les jours !
Malgré ma légère ivresse, j'entrai sans encombre par les portes battantes et j'avisai Alice et Jasper, en grande conversation intime, installés à une table avec Edward qui semblait bizarrement très passionné par son Black Berry.
Alice me repéra et me fit un petit signe de la main et Jasper et Edward tournèrent la tête vers moi. Edward était à couper le souffle. En costume sombre sur une chemise blanche, il avait noué une cravate autour de son cou mais la portait lâche, comme pour avoir l'air décontracté.
Ses lèvres s'étirèrent en un sourire en coin et je crus voir ses yeux s'enflammer. Je vacillai légèrement sous l'effet du regard intense d'Edward, ou peut-être étaient-ce les effets du vin blanc. Rhâ ! Je savais bien que le cinquième verre était celui de trop !
J'avalai bruyamment ma salive. C'était parti ! Je relevai le menton et fis trois petits pas, confiante en ma nouvelle classe. J'étais belle, sexy et sûre de moi, style Grace Kelly mais sans sous-vêtements, et j'allais assurer. Mais c'était sans compter sur ma maladresse. Mon pied se prit dans le tapis et engoncée dans ma robe, je ne pus rétablir mon équilibre.
Je chutai lourdement, mains en avant. Néanmoins j'eus le réflexe de plier les genoux et je m'affalai sur un homme grassouillet assis dans un fauteuil à côté de sa femme. Ma tête fut amortie par la partie la plus molle de son anatomie, et je ne parle pas de son ventre.
Quand je relevai la tête, je me rendis compte que j'étais à genoux entre ses jambes, les mains sur ses cuisses. Pour la classe, je repasserais…
Le feu me monta aux joues et je crus mourir de honte. Je me confondis en excuses plus minables les unes que les autres, sous le regard scandalisé de la mégère du grassouillet, et après plusieurs tentatives infructueuses, je dus faire appel à un serveur compatissant pour me relever.
Celui-ci s'exécuta de bonne grâce, non sans me peloter les fesses au passage, et je le remerciai quand même, complètement mortifiée alors qu'il réprimait difficilement un fou rire.
Edward, Alice et Jasper s'étaient levés de leur chaise et je crapahutai lentement, et plus prudemment cette fois, jusqu'à la table sous le regard hilare de toute l'assemblée. Je ne pouvais pas être plus humiliée.
— Désolée du retard, m'excusai-je pour la forme.
— Bella, ça va ? me demanda Edward en m'aidant à m'installer à côté de lui, sans se départir de son flegme.
J'hochai la tête en prenant place sur le siège, déstabilisée par la main d'Edward qui s'attardait dans mon dos.
— Oh ! Le spectacle valait bien toute cette attente ! Swan, quelle entrée fracassante ! s'amusa Jasper avec un sourire moqueur.
Je lui offris une grimace digne d'une élève de maternelle, et lançai un regard discret vers Edward qui regardait Jasper avec un air outré.
— Oui, j'aime soigner mes entrées. Et celle-ci était particulièrement réussie, n'est-ce pas Alice ? grinçai-je en la fusillant du regard.
— Quoi ? Ce n'est pas de ma faute si tu ne sais pas faire deux pas sans t'étaler ! rigola-t-elle en passant une main sur le bras de Jasper, puis elle lui murmura quelque chose à l'oreille et il rit de bon cœur.
Ca c'était fort ! En plus de m'avoir jetée dans la fosse aux lions affublée d'une robe dans laquelle il était impossible d'écarter les jambes sans s'entailler la peau, et de chaussures, superbes certes, mais néanmoins importables pour moi, même sans m'être enfilée les trois quart d'une bouteille de vin, Alice se permettait de se moquer de moi ! Quelle traitresse !
Je soufflai furieusement dans sa direction avec la ferme intention de l'étrangler plus tard dans les toilettes des dames, et elle me lança un petit regard faussement désolé, accrochée comme une sangsue en manque au bras de Jasper.
— Bella, tu es magnifique, murmura Edward près de mon oreille.
Son souffle tiède caressa ma peau et je frissonnai, oubliant soudain mes envies de meurtre.
— Merci, glapis-je, la gorge sèche et les joues rouges. Tu n'es pas mal non plus.
Qu'est-ce qu'il sentait bon ! Il s'était légèrement parfumé pour l'occasion et j'étais intérieurement hystérique rien qu'à l'imaginer torse nu dans sa salle de bain, occupé à vaporiser du parfum sur sa peau hâlée.
Bon Dieu ! J'étais excitée comme une sale petite garce débauchée uniquement en l'imaginant se parfumer… et en plus je n'avais pas de culotte !
J'avais vraiment besoin d'un exil dans un ashram de Goa où je pourrais méditer tranquillement sur mon obsession sexuelle pour cet homme en sonnant des gongs et en fumant des joints. Quoique, je me demandais si ça existait les ashrams mexicains car je préférais de loin me saouler à la téquila plutôt que de fumer des pétards…
J'inspirai profondément sans oser tourner la tête vers lui, pourtant, je sentais qu'il me regardait. J'attrapai la carte et fis mine de la lire attentivement, alors que je n'arrivais pas à me concentrer sur autre chose que la présence d'Edward à côté de moi, si séduisant et si classe dans son costume gris.
— Tu as choisi ? me demanda-t-il de sa voix basse et chaude.
— Hum, voyons, je vais prendre...
— Oh ! Il y a des cocktails ! Prenons-en chacun un différent, comme ça on les goûtera tous, ça vous dit ? s'écria Alice avec entrain.
Ses yeux pétillaient de gaité et de bonheur. Je l'avais rarement vue aussi heureuse que ce soir.
— Très bonne idée Alice ! fit Jasper en la bouffant des yeux.
— Je marche, dit Edward avec un sourire amusé.
Trois paires d'yeux me dévisagèrent. Merde ! Je ne me voyais pas boire de l'alcool ce soir après ce que j'avais déjà absorbé toute seule chez moi. Mais là j'étais coincée. Quelle idiote j'étais quand même !
— Euh, et bien… oui, bien sûr, dis-je en me forçant à sourire.
Après cinq verres de vin blanc, j'aurai préféré un jus de fruit ou un soda, pas un mélange de cocktails. Ca sentait mauvais, très mauvais pour moi, surtout que je n'avais rien mangé au dîner, trop occupée à siffler une bouteille de vin en masque d'argile vert desséché et répugnant.
Alice commanda une Tequila Sunrise, Jasper un Gin Fizz, Edward prit un Mojito et moi une Margarita. Nos verres arrivèrent, tous plus beaux et plus savamment décorés les uns que les autres et nous commençâmes notre dégustation.
Ils étaient tous délicieux. J'avais un faible pour le Mojito. Peut-être était-ce parce ce que c'était celui d'Edward. Je plantai mes yeux dans les siens tout en amenant la paille à ma bouche et aspirai le liquide en fermant les yeux. Quand je les rouvris, je découvris Edward bouche ouverte, ses yeux flamboyant d'une lueur sauvage braqués sur mes lèvres. Il se dandina sur sa chaise et émit un petit raclement de gorge avant de saisir sa paille pour goûter mon cocktail.
— Alors Swan, comment ça se passe avec ce pignouf de Parker ? demanda Jasper avec entrain.
— Elle s'appelle Bella, le corrigea Edward d'un ton cassant.
— Euh, oui, balbutia Jasper en se grattant le sourcil avec l'air d'un garçonnet surpris les doigts dans la confiture.
Je baissai la tête, l'air embarrassé, surprise par le ton sans réplique et le visage fermé d'Edward, mais au fond de moi j'exultais qu'il ait réagi de la sorte.
— Eh bien, si tu passes outre le fait que c'est un gros con, pervers, tyrannique et hargneux doublé d'un mateur de nichons misogyne et libidineux, je dirais que c'est un bon rédacteur en chef, doté d'un flair excellent, dis-je en triturant la paille de mon cocktail.
— Vraiment ? demanda Edward.
— Euh oui.
Je tournai la tête vers Jasper et Alice. Il avait posé une main sur sa cuisse et la regardait comme si elle était une déesse antique drapée dans une toge d'un blanc immaculé. Il lui parlait à voix basse, caressant parfois sa pommette du bout de ses doigts et je suis persuadée qu'il ne se souvenait même plus qu'il m'avait posé une question.
Je souris intérieurement en pensant qu'il l'avait probablement ignorée sciemment pendant tout ce temps pour se faire désirer. Et je devais bien admettre qu'il avait réussi son coup ! Alice, transpirait le bonheur et le désir.
Ses yeux dévoraient le visage de Jasper et je crus un instant qu'elle allait prendre littéralement feu quand il passa une main dans ses cheveux blonds. Ils avaient l'air seuls au monde, et à ce moment là, je me demandai si Alice n'avait jamais eu besoin de moi pour ce rendez-vous. La chipie avait sûrement dû manigancer tout ça pour que je puisse me rapprocher d'Edward.
— Pourquoi fais-tu ce boulot Bella ? Tu es brillante, tu pourrais travailler ailleurs que pour ce torchon, me demanda Edward en me sortant de mes réflexions.
J'eus un sourire ironique et tournai la tête vers son visage de statut grecque.
— Et toi Edward, pourquoi es-tu directeur du New York Insider si tu penses que c'est un torchon ?
Il se gratta le menton et sourit à demi.
— J'ai posé la question en premier.
— C'est vrai, concédai-je.
— Alors ? insista-t-il.
Je mordis dans la rondelle de citron accrochée à mon verre en faisant la grimace, et pris une grande inspiration. Puis je regardai Edward droit dans les yeux.
— Je fais ce boulot parce que c'est le seul que j'ai trouvé quand je suis arrivée ici il y a un an.
— Vraiment ?
— Tu sais, travailler pour un journal people, ce n'est pas vraiment ce dont je rêvais.
— A quoi rêvais-tu Bella ?
— Je voulais bosser au New York Times. Mais ils n'ont pas retenu ma candidature. Pas plus que Daily News, ni New York Post.
— Pourquoi ? J'ai lu tes articles, tu es une excellente journaliste.
J'eus un reniflement amer et m'enfilai une goulée de cocktail.
— Je débarquais de ma province paumée, et je n'avais aucune expérience. Tu sais comment ça marche Edward ! Ils n'allaient pas s'embarrasser d'une novice.
— Eh bien ils ne savent pas à côté de quoi ils sont passés, avança-t-il en souriant du coin des lèvres.
— Je… je ne pense pas, balbutiai-je en rougissant.
— Pourquoi ne tentes-tu pas ta chance à nouveau maintenant que tu as l'expérience nécessaire ?
— Je ne sais pas, soupirai-je. La peur de l'échec, sûrement.
— C'est ridicule ! s'exclama-t-il en secouant la tête.
— Pas tant que cela ! Je suis presque sûre qu'ils refuseront encore ma candidature. Sans vouloir t'offenser Edward, le New York Insider n'a pas tendance à valoriser un curriculum vitae.
— Tu n'as peut-être pas tort, mais tu n'en sauras jamais rien si tu n'essayes pas.
Je touillai mon cocktail en remâchant ses paroles. Comment pouvait-il avoir une telle foi en moi alors qu'il me connaissait si peu ? Cela me déstabilisait complètement. J'en venais même à me demander si la flatterie ne faisait pas partie d'une de ses techniques de séduction.
— Bon, à ton tour de répondre à ma question maintenant, dis-je pour dévier le sujet.
Il passa sa main dans ses cheveux cuivrés et je le regardai faire, l'air ébahi. Puis il s'éclaircit la gorge et plongea ses yeux dans les miens.
— A vrai dire, je suis comme toi. Je fais ce boulot par obligation. Si j'avais le choix, je ferais autre chose. Tu vois, même si je suis très grassement payé, ça ne me satisfait pas. Comme je te l'ai dit la dernière fois chez toi, j'ai l'impression de brasser de l'air. Que ce que je fais ne sert à rien.
— Tu n'as pas tort, concédai-je pensivement en terminant mon cocktail. Edward, qu'est-ce qui t'empêche de faire ce que tu aimes ?
— C'est compliqué… commença-t-il en détournant le regard.
Il était gêné et nerveux et même si je mourrais d'envie de percer le mystère auréolant Edward Cullen, j'avais encore assez de lucidité pour constater que ce n'était ni le lieu, ni l'instant.
— Laisse tomber, Ok ! fis-je en me redressant. Ni toi ni moi ne faisons le boulot qu'on aime, et alors ? Ca n'a rien d'exceptionnel ! L'important c'est de boucler ses fins de mois, non ? rigolai-je pour détendre l'atmosphère qui s'était remarquablement alourdie.
Edward m'offrit un sourire désarmant. Il jeta un œil vers Alice et Jasper, qui tentaient tant bien que mal de ne pas se sauter dessus, et il secoua la tête d'un air amusé. Puis il fit un signe à une serveuse qui s'empressa, ventre à terre, de nous servir une autre tournée de cocktails.
J'avais la tête qui tournait et l'estomac vide, mais je fis bonne figure et entamai ma deuxième Margarita.
— On dirait que ces deux là se sont trouvés, remarquai-je en poussant Edward du coude.
— Oui, on dirait, fit-il songeusement.
Le silence s'épaissit entre nous et je savais qu'il fallait que je lui reparle du fiasco de mon interview au Yankee Stadium. J'avalai une bonne rasade de Margarita et pris une grande inspiration.
— Edward, pour l'incident de cet après-midi au Stade, je ne sais pas ce que t'as dit Mike, mais je suis sûre qu'il a exagéré.
— Tu n'étais pas nue dans les vestiaires alors ?
— Si. Enfin, pas entièrement, mais c'était parce que j'étais tombée dans l'eau et que mes vêtements étaient trempés.
— C'est pour ça que tu t'es déshabillée devant tous les joueurs.
— Oui c'est ça. Enfin non ! criai-je en secouant vivement la tête.
J'avais l'esprit embrouillé par l'alcool et j'avais du mal à garder le fil de mes pensées.
— Je veux dire, Bud m'a proposé d'aller me chercher un maillot de Base Ball, alors j'ai ôté mes vêtements trempés et j'ai voulu attraper une serviette sur un banc mais j'ai trébuché et j'ai lâché mon portable qui a atterri dans la poubelle sous la fenêtre, dis-je d'un air concentré.
— Ah. Mais qui est Bud ?
— Oh ! Bud c'est le gars de l'entretien, un type très sympa.
— Je vois.
— C'était un malencontreux concours de circonstances, et je crois que j'ai rarement été aussi humiliée que cet après-midi, enfin si on exclu ma chute mémorable de ce soir, grinçai-je.
— Je suis sûr que les Yankees ont dû savourer le spectacle. Et le gros gars qui t'a vu atterrir entre ses cuisses aussi ! se moqua-t-il en riant franchement, son regard assombri pétillant d'amusement.
Je dus baisser les yeux un moment, trop envoûtée. Vraiment cet homme me rendait dingue.
— Pourquoi es-tu venu Edward ? Je veux dire, au Stade, lui demandai-je soudainement en relevant mon regard dans le sien.
Il hésita un instant, fuyant mon regard. Il prit une gorgée de son cocktail, puis me regarda enfin bien dans les yeux.
— Je voulais…
— Bella, tu m'accompagnes aux toilettes ? fit soudain Alice, coupant littéralement la parole à Edward.
— Non, je… commençai-je avant d'être interrompue par un coup de coude d'Alice dans les côtes. Je veux dire…oui bien sûr Alice, grimaçai-je.
Que c'était pénible ce truc de filles de toujours s'accompagner aux toilettes ! Moi, tout ce que je voulais c'était rester collée à cette chaise pour éviter une autre humiliation. Et puis j'avais eu l'impression qu'Edward allait me dire un truc important. Mais c'était sans compter sur Alice !
Je me levai péniblement, engourdie par l'alcool, et suivis sa silhouette ondulante en tentant de conserver mon équilibre précaire. Nous traversâmes la salle comme au ralenti et je surpris plusieurs regards masculins s'attarder sur moi. Peut-être avais-je un truc collé aux fesses ? Ou peut-être avais-je mis mon blush à la place de mon fard à paupières, ou l'inverse ?
A peine entrées dans les toilettes, Alice me tomba dessus.
— Bordel de merde Bella ! Tu es à tomber ! Cette robe est une merveille sur toi ! Je suis sûre qu'à l'instant même, Edward a une trique d'enfer dans son pantalon !
J'eus un rire de hyène.
— Tu crois ?
— Bien sûr ! Non mais, tu t'es vue ? Tous les mecs te matent en bavant comme des bêtes. T'es torride, sexy, bandante à mort et tu transpires le sexe ! hurla-t-elle, pleine de verve.
— Alice, t'aurais pas un peu trop bu ?
— Non, mais je suis tendue à bloc ! Je vais me le faire Bella ! Il m'excite à un point, tu ne peux pas savoir ! s'écria-t-elle alors qu'une femme en tailleur et chignon strict sortait des toilettes et nous toisa d'un air outré avant de se laver les mains.
— Qui, Edward ? m'exclamai-je.
— Mais non pas Edward ! Jasper !
— Ah ! fis-je soulagée.
— Tu crois que je lui plais ?
— C'est indéniable, constatai-je en hochant la tête.
Le visage d'Alice s'illumina d'un sourire victorieux avant qu'elle ne plisse les yeux et se morde la lèvre en soupirant.
— Je vais le baiser, Bella. Je vais le serrer entre mes jambes en le chevauchant comme un cheval sauvage jusqu'à lui faire hurler mon prénom ! s'enflamma Alice avec un regard lubrique tout en appliquant du gloss couleur framboise sur ses lèvres.
— Arrête Alice, tu me fais peur !
— Il me rend folle ! Faut que je me le fasse sinon je vais prendre feu ! cria-t-elle.
— Oh ! s'étrangla la femme à côté de nous.
— Quoi ? Vous ne baisez jamais vous ? aboya Alice à la femme au chignon.
— Désolée… grognai-je gênée, à l'attention de la femme qui sortit, non sans nous avoir fusillées des yeux.
On devait ressembler à deux goulues dévergondées et hystériques ou à des mantes religieuses affamées sur le point de dévorer férocement leur mâle après les avoir vidés de leur semence. Pour un peu, cette vieille bigote aurait fait son signe de croix !
Je pouffai avec Alice. J'adorais notre complicité féminine.
— On y retourne ? demandai-je en titubant sur mes talons hauts.
— Bella, ça va ? répondit Alice en me soutenant par le bras.
— Tu me demandes si ça va ? Non Alice ça ne va pas ! m'emportai-je. Je porte une robe si serrée que j'ai cru devoir enduire mon corps d'huile pour pouvoir me glisser dedans, et je ne parle pas de ces engins que tu appelles chaussures, ni de mon entrée inoubliable entre les jambes d'un pauvre type obèse et tout ça par ta faute !
— Tu me remercieras demain matin quand tu te réveilleras dans les bras d'Edward, repue de sexe et d'orgasmes à répétition !
— Ouais, ben rien n'est moins sûr.
— En tout cas, c'est ce qui m'attend moi ! Je le ramène chez moi ce soir et je lui fais sa fête à ce cow-boy ! assura-t-elle en rangeant son gloss dans sa pochette argentée.
— Ok, pas de détails s'il te plaît, j'ai déjà assez de ma mère pour me raconter ce genre de trucs dégoutants ! la suppliai-je avec des yeux de chien battu.
Nous rejoignîmes notre table, nos regards fixés sur nos cavaliers d'un soir. Comme je le regardais intensément, je remarquai qu'Edward ne me quittait pas des yeux, son petit sourire en coin si sexy plaqué sur ses lèvres.
Je me massai la tempe, de plus en plus enivrée par l'alcool. J'étais parvenue à grand peine à bout de mon deuxième cocktail et j'avais un mal fou à rester concentrée. Si ça continuait comme ça, Edward allait finir par se rendre compte que j'étais complètement pétée.
— Bella, tu vas bien ? me demanda-t-il d'une voix anxieuse.
— Oui, très bien. Je suis un peu fatiguée, voilà tout, bégayai-je en lui souriant misérablement.
— Euh, Jasper et moi, on va vous laisser, annonça Alice en me faisant un clin d'œil.
— Ok, bonne soirée alors, répliquai-je sur un ton moqueur en tentant en vain de lui retourner son clin d'œil.
Ils s'éclipsèrent plus vite que s'ils avaient le diable aux trousses. Apparemment ils avaient hâte de se retrouver seuls pour batifoler. Je plaignais ce pauvre Jasper qui allait goûter à la fougue et à l'ardeur épuisante et inextinguible d'Alice. Je pouffai comme une pintade à la représentation mentale, et me tournai vers Edward qui m'observait d'un air perplexe, la tête appuyé dans le creux de sa paume.
— Si on dansait ? demanda-t-il d'un air détaché, totalement sûr de lui et de ses réflexes, lui !
— Je ne préfèrerais pas.
— Pourquoi ?
— Je ne sais pas danser.
— Oh que si tu sais ! Etant donné que je t'ai vue remuer comme une folle sur du Katy Perry, tu ne peux pas refuser de te balancer mollement sur un vieux slow avec moi ! argua-t-il en souriant généreusement et en attrapant ma main.
— D'accord, tu l'auras voulu. Mais, ne te plains pas si je t'écrase les pieds !
Il m'entraîna avec lui au milieu des couples enlacés et encercla ma taille d'une main, l'autre maintenant la mienne contre sa poitrine. Elle était ferme et palpitante sous mes doigts tandis que je me perdais dans l'exceptionnelle beauté de ses yeux d'or si troublants.
Je sentis son souffle chaud sur mon visage et mon cœur fit une embardée. Je posai doucement mon front tout contre sa poitrine et les yeux clos, je laissai mes poumons se délecter de son parfum. Nous étions si proches, que c'en était grisant.
Je chavirai un peu sur mes talons et Edward resserra sa prise autour de ma taille, me serrant plus fort contre lui. Il colla sa joue contre ma tempe tandis que je caressai doucement sa nuque du bout des doigts, et nous continuâmes d'onduler lentement sur les notes douces du piano à queue poussé au fond de la salle.
— Il est bon, dit Edward d'une voix rauque.
— Qui ?
— Le pianiste.
J'allais ouvrir la bouche pour lui répondre, quand une voix chaude et mélodieuse carillonna derrière moi.
Edward relâcha sa prise sur ma taille, tandis que je me retournai d'un coup. Je le regrettai immédiatement. D'une part parce que ma tête me tourna terriblement et d'autre part parce que la créature qui possédait cette voix exquise était d'une beauté à couper le souffle.
Grande et mince comme une liane, elle était moulée dans une robe excessivement courte d'un rouge flamboyant d'où jaillissaient des jambes si longues qu'elles me donnèrent presque le vertige. Ses cheveux blonds cascadaient sur ses épaules, encadrant son visage aux traits fins et réguliers. Ses prunelles bleues océan aux paupières sensuelles et fardées de noir se posèrent sur Edward, puis sur moi et un sourire narquois se dessina sur ses lèvres rouges et brillantes. D'instinct, je me tendis et croisai les bras sur ma poitrine.
— Bonsoir Edward, gazouilla la merveilleuse créature d'un ton mielleux qui me donna la nausée.
— Bonsoir Tanya, répondit-il l'air un peu coincé.
Puis Edward sourit avec une galanterie qui paraissait forcée et embrassa rapidement la fille sur les joues. Je pestai intérieurement en avisant sa main aux longs doigts manucurés et impeccablement vernis, s'attarder sur la poitrine d'Edward. Elle avait l'air de m'ignorer royalement, comme si j'étais dénuée d'intérêt, aussi insignifiante qu'un insecte qu'on balaye d'un revers de main.
Edward eut malgré tout le savoir-vivre de me présenter et j'affichai un sourire de convenance qui ne la trompa pas sur mon état d'ébriété avancé.
— Bella, je te présente Tanya, une vieille amie, dit-il d'une voix morne.
Je gloussai comme une dinde à l'évocation du mot vieille par Edward, et Tanya me lança un regard glacial, puis elle se mit devant moi, m'offrant une vue imprenable sur son magnifique postérieur. Elle secoua gracieusement son opulente chevelure dorée et se rapprocha dangereusement d'Edward.
Je me penchai légèrement et constatai qu'elle avait approché son visage du sien, lui chuchotant à l'oreille d'une voix chaude et langoureuse des trucs que je n'entendais pas, tout en continuant de lui caresser le torse. Lui, avait la tête penchée en avant et je ne pouvais pas voir ses yeux, mais comme il ne la repoussait pas, je supposai qu'il devait apprécier ce qu'elle lui glissait au creux de l'oreille.
Et soudain, je compris. Il avait dû se passer quelque chose entre eux. C'était évident. Il n'y avait qu'à les regarder tous les deux, magnifiquement beaux, soignés, et probablement considérablement riches. Ils étaient parfaitement assortis. L'évidence me frappa comme un coup de poing je n'avais rien de commun avec Edward. Il n'aurait jamais dû m'intéresser, et je n'étais pas assez bien pour lui.
Moi, la pauvre petite Bella immature et bordélique qui n'était pas foutue d'avoir la classe dans une robe coûtant sûrement plus de 1000 dollars, ni de faire deux mètres sur des talons hauts sans se retrouver à genoux entre les cuisses d'un pauvre type, comment j'avais pu être aussi stupide pour penser que j'aurai pu intéresser Edward ?
J'avalai péniblement la boule d'amertume qui se forma dans ma gorge, en même temps que la bile qui y était remontée, et articulai difficilement, en tentant de tenir droite sans chanceler comme une barrique à vin. Mes oreilles bourdonnèrent et me vision se brouilla.
— Veuillez m'excuser, j'ai besoin de prendre l'air, croassai-je d'une voix étranglée, puis je me ruai vers la sortie aussi vite que mes chaussures et ma robe entravée me le permirent.
J'entendis à peine la voix d'Edward me criant quelque chose que je ne compris pas. Peu importait, il me fallait de l'air, j'étouffais littéralement. Je poussai les portes battantes avec l'énergie du désespoir et me plantai sur le trottoir pour respirer à pleins poumons. Des larmes amères me brûlèrent les yeux et je sentis mes jambes sur le point de me lâcher.
Prudemment, je m'adossai au mur adjacent et me laissai glisser le long de celui-ci. J'enfouis ma tête dans mes mains, en proie au malaise. Il fallait que je rentre. Encore une petite minute, puis je me relèverais en essayant de conserver ma dignité, et j'hèlerais un taxi pour rentrer chez moi. Juste une toute petite minute.
— Bella !
Je relevai un visage ravagé de larmes vers Edward qui me contemplait l'air nerveux et inquiet. Son expression se transforma en une grimace de douleur et il s'accroupit près de moi pour me regarder au fond des yeux, sans rien dire.
— Edward, ramène-moi chez moi, le suppliai-je d'une voix brisée. S'il te plaît.
Le prochain chapitre reprendra exactement où se termine celui-ci et ce sera un point de vue d'Edward.
Je vous souhaite une bonne semaine et vous donne rendez-vous mercredi prochain, d'ici là, n'hésitez pas à me laisser une petite review, si le cœur vous en dit.
Sophie.
