Récit quatrième
Draco s'éveilla assez tard. La soleil passait déjà depuis longtemps par la fenêtre restée ouverte si on s'en tenait à la chaleur qu'il faisait dans la chambre. Il faisait chaud, bien plus chaud que la journée à la limite de la pluie de la veille. Il était onze heures environ, peut-être plus, et Draco ne se souvenait pas avoir jamais dormi aussi bien que cette nuit là.
Il ouvrit totalement les yeux, toujours prostré dans son lit, et réalisa. Pendant un moment, il s'empêcha de réfléchir et concentra ses pensée vers sa jambe, repoussant la couverture et fixa l'endroit de blessure. Là, sur son genou, le bleu était toujours présent, un peu moins foncé mais encore marqué. Draco plia la jambe, s'attendant à ressentir la même douleur qu'auparavant en effectuant ce geste. Rien ne vint. Il relâcha sa respiration, et s'assit totalement sur son lit.
Il n'arrivait plus totalement à se souvenir de ce qui s'était passé au moment où Ron lui avait donné la potion. Il se rappelait très bien de ce qu'il avait dit mais ne pouvait dire si c'était un rêve ou s'il avait vraiment émis ce souhait devant le rouquin.
Si ce n'était qu'un rêve, cela n'avait en cela aucune conséquence. Draco se demandait juste ce qui avait bien put lui passer par la tête pour penser à ce genre de choses, mais après tout, il est légion courantes que dans les rêves, des envies totalement irrationnelles et bizarres surgissent sans qu'on ai pour autant vraiment envie de les réaliser.
Si c'était vraiment arrivé... Draco préféra bannir cette hypothèse. Si vraiment il avait dit à Weasley que la seule façon dont il pourrait l'aider serait en couchant avec lui, les conséquences étaient... Inimaginables. D'abord, lui-même ne savait pas pourquoi il avait proféré cette étrange envie. Qu'est-ce que cela pourrait bien lui apporter?
Tandis qu'il y réfléchissait, un léger détail vint frapper son esprit. Weasley était un garçon, comme lui. N'y avait-il là rien de dérangeant, de bizarre? D'anormal, même? Il poussa un soupir et se posa la question : est-ce que le fait de penser à Weasley en tant que partenaire sexuel le gênait plus parce que c'était Weasley ou parce que c'était un gars?
« Parce que c'est Weasley, bien sûr, décida Draco en lui-même. L'individu est plus important en lui-même, son nom st plus important que ce qu'il est. Je crois... »
En fait, il n'en savait strictement rien. Fatiguée par ces pensées plutôt inhabituelles qui tournaient dans sa tête, il rejeta la tête sur l'oreiller. Il voulait retarder le plus possible la confrontation avec Weasley. Au premier coup d'œil, il saurait s'il avait bien parlé à une vision ou si, pour son malheur, tout ceci était la vérité, toute crue.
Il angoissait plus parce que le climat de gène ambiant allait encore augmenter entre le rouquin et lui que pour ce que pouvait bien penser ce dernier. Au cours des derniers jours, ils avaient instauré une sorte de paix, d'entente muette et il n'avait pas très envie de revenir au moment où chacun espionnait l'autre, dans son coin, pour tenter de mieux se protéger. Au fond, leur relation avait évoluée, et ils étaient passés d'une haine farouche et futile à une indifférence curieuse et calme. Cela le rassurait un peu, sans qu'il ne sache pourquoi.
Il se décida à descendre vers midi, son ventre lui rappelant douloureusement qu'il n'avait rien avalé depuis au moins vingt heures. Il s'arrêta un instant sur le palier de sa porte, mais tout était silencieux dans la grande maison. Elle paraissait presque vide, à se taire ainsi. Il avait beau savoir que, quelque part dans cette baraque, quelqu'un était encore là, il n'arrivait pas à s'ôter de la tête que la maison avait l'air particulièrement morte.
L'escalier en bois grinça un peu sous son poids mais rien ne bougea. Draco en arriva même à se demander si Ron n'était pas partit, tellement il y avait peu de vie dans la maison. Mais à sa grande surprise, il était en bas, devant la cheminée. Il était assit en tailleur et regardait l'âtre d'un air très attentif, comme s'il écoutait quelqu'un. De là où il se trouvait, Draco ne voyait pas les flammes, mais il était presque sûr que quelqu'un communiquait avec Ron à travers la cheminée, comme il était coutume parfois chez les sorciers.
Qui cela pouvait-il bien être? Draco se tenait sur la dernière marche, indécis, ne sachant pas si descendre et rejoindre Ron serait mal interprété par l'interlocuteur. Après tout, cela devait être étrange de voir un Malefoy dans la maison des Weasley, et cela pouvait donner suite à des conséquences terrible, comme l'arrivée des Aurors dans la calme maison, par exemple. Il se garda donc de s'approcher du rouquin, toujours absorbé par la cheminée, et attendit.
Il étendait parfois quelques mots de la part de Ron, qui acquiesçait et poussait même le jeu jusqu'à rire à des traits d'humour de la personne avec qui il conversait. Draco soupçonna Potter d'être l'interlocuteur inconnu, et il ressentit un petit pincement. Il ne supportait pas Potter, c'était pire que n'importe qui d'autre.
Potter avait été le premier à refuser l'amitié de Draco, et le jeune homme ne s'en était jamais remit. On ne pouvait pas, lorsqu'on était un tant soit peu poli ou sain d'esprit, refuser la main tendue de Draco Malefoy. De plus, il haïssait Potter pour ses airs d'incompris qu'il passait son temps à se donner, dans le genre de la tragédie grecque, un héros menant ses troupes, prêt à mourir pour elles. C'était d'une hypocrisie que même lui ne pratiquait pas, le genre d'hypocrisie à laquelle on croit. Draco ne supportait pas cela.
« -Moi aussi, répondit Ron à la cheminée avant de se lever. »
Il aperçut Malefoy, réfléchissant au pied de l'escalier et se dirigea vers lui d'un pas assuré. Le jeune homme sursauta un peu, ne l'ayant pas entendu arriver, puis se reprit.
« -C'était qui? Demanda-t-il, curieux pour le principe.
-Hermione. »
Cela expliquait fort bien le « Moi aussi » de Ron en fin de conversation. Dans un sens, cela tranquillisa Draco. Si Weasley était amoureux de Granger, il ne prendrait pas en compte ses délires de la veille, si toutefois ceux-ci avaient effectivement eu lieux.
Draco regarda Ron pendant un instant, cherchant à savoir si ce qu'il croyait lui avoir dit l'avait perturbé, mais le rouquin esquivait son regard. Il avait de grands cernes sous les yeux et ses cheveux n'étaient pas coiffés, comme s'il avait passé la nuit à les ébouriffer dans tous les sens. Draco était presque sûr que c'était pour cela, mais il ne pouvait par réellement avoir de confirmation, et c'était encore mieux ainsi.
« -Tu veux faire quelque chose, aujourd'hui? Demanda soudain Ron, ne le regardant toujours pas.
-Euh, avec ma jambe, je n'ai...
-Tant mieux, soupira Ron, soulagé. Tu n'as pas faim?
-Si. »
Réponse courte, brève. Draco ne voulait toujours pas parler avec Weasley, il ne voulait pas casser ce semblant de paix qu'il y avait entre eux, et surtout, il ne voulait pas dérivé sur un sujet qui pourrait entrainer une controverse et la révélation du tabou, prononcé au seuil de l'inconscience. Il n'avait vraiment aucune envie que Ron le regarde et lui dise, d'une traite : « Au fait, il est hors de question que je couche avec toi, tu le sais? »
Draco ne désirait pas spécialement coucher avec lui, mais il n'avait pas non-plus envie de s'entendre dire qu'on ne voulait pas de lui. Personne n'en avait envie. Il souhaitait surtout comprendre comment son cerveau avait bien put lui faire sortir un énormité pareille. Qu'est-ce qu'il lui fallait, à la fin? Il ne se comprenait pas lui-même.
Il alla calmement s'assoir à la table, saisit un morceau de pain, le beurra toujours aussi paisiblement puis le porta à sa bouche. Enfin, les sensations de tiraillements qui le harcelaient depuis qu'il s'était réveillé le matin même cessèrent. Il soupira d'aise. Il n'y avait rien de mieux que manger lorsqu'on avait faim. Le sentiment d'un désir longtemps cultivé enfin assouvit était d'une jouissance sans pareil.
Il leva les yeux et croisa le regard de Ron, qui le fixait, un peu rouge. Il soutint un instant les yeux bleus qui continuaient leurs besogne de décortication de son être, et enfin le rouquin, gêné d'avoir été vu, baissa la tête. Il avait l'impression que sa tête était en feu tant il rougissant. Il sentait même se oreilles le bruler. Qu'est-ce qui avait bien pu le prendre?
Ron avait parlé avec Hermione pendant plus d'une heure. La jeune fille lui avait tout raconté de son voyage, de ses retrouvailles avec ses parents. Comme de juste, ces deux-là ne se souvenaient pas de son existence, et le charme rompant le sortilège d'Oubliette avait été une bénédiction. Elle avait bien tenté de leur expliquer, mais ils n'avaient rien voulu savoir, et Harry s'était finalement chargé de jeter le sort, n'en pouvant plus de voir son amie dans un état aussi pitoyable. Depuis, Hermione et ses parents apprenaient à revivre ensemble, ils envisageaient même de quitter l'Australie pour revenir vivre à Londres avec elle, mais la jeune fille les suppliait de ne s'occuper que d'eux. C'était une relation un peu ambigüe, mais tout allait pour le mieux.
Hermione avait tout raconté à Ron, s'était plainte de la chaleur, avait glorifié les livres Australien, parlait des gens qu'elle avait rencontré là où elle se trouvait et avait glissé un mot, à la sauvette, toute rouge, sur le bruit que Ginny et Harry faisaient, le soir. Sur le moment, Ron aussi avait un peu rougit, et puis la pensée de ce que Malefoy lui avait dit la veille était venue effleurer son esprit, et s'était faite chasser immédiatement.
Il avait alors tout raconté, excepté ce dernier détail, sur la venue de Malefoy au Terrier pendant les vacances, et Hermione s'était montrée un tantinet inquiète de le savoir seul dans cette grande maison avec lui, comme s'ils allaient tout casser. La nouvelle que tout ce passait bien l'avait surprise, ce qui avait un peu énervé le rouquin. Il était bien assez mature pour rester avec Malefoy sans le frapper, mais visiblement Hermione ne s'en était pas rendue compte, le prenant toujours pour un petit garçon impulsif. Il détestait qu'on le prenne pour un gamin.
Et puis, elle lui avait dit cela... Il n'arrivait pas à croire qu'elle ai put, par un biais aussi impersonnel que celui qu'une cheminée, lui dire qu'elle l'aimait. Lui, il n'aurait jamais pu. Il voulait l'avoir devant lui, bien en face, pour lui déclarer qu'il était amoureux d'elle. D'ailleurs, il n'en savait plus rien.
Ils s'étaient tournés autour durant sept ans, mais elle ne lui avait pas manquée un seul jour depuis qu'elle était partie. D'après elle, elle ne cessait de penser à lui, pourtant lui ne pensait pas toujours à elle, et même pas souvent. C'était, et restait, une très bonne amie, mais maintenant qu'il l'avait, il se demandait s'il en voulait vraiment. Le fait qu'Hermione devienne sa petite amie avait comme rompu le charme magnifique des amants se télescopant, et dans son optique, il se rendait compte que peut-être, le nom avait eu plus de valeur que la chose, et que c'est parce qu'il la désirait qu'il l'aimait, et non l'inverse. Si tel était le cas, tout avait été brisé, le fait d'avoir les choses qu'on veut depuis longtemps ôtant un plaisir considérable aux passions que l'on portait à ses choses avant de les atteindre.
Ron soupira et sortit de ses pensées. Malefoy était assit à table et mangeait, comme deux minutes plus tôt, alors qu'il le fixait. Il n'avait aucune envie de penser à Hermione, surtout pas maintenant, alors qu'elle venait de lui dire qu'elle l'aimait. Et lui, comme une imbécile, n'avait pu dire qu'une chose. « Moi aussi », mais quel terme idiot!
« -Est-ce qu'elle te manque? Demanda soudain Draco, les yeux plongés dans le pot de confiture mauve.
-Hein?
-Oh, euh... Pardon, je croyais que tu pensais à, euh... Granger.
-Ah. »
Draco se sentit d'un coup très mal. Il n'était d'habitude pas aussi curieux, et même venant de lui, cette remarque l'avait surprit. Pourquoi voulait-il savoir, au fond? Il s'en fichait, que cette gourde de Sang-de-Bourbe manque à Weasley, c'était son affaire, après tout! Il ne devrait pas lui porter autant d'attention pour si peu.
« -Je suis désolé, je n'ai pratiquement pas dormis de la nuit, dit Ron soudain. Je ne pense pas pouvoir faire quoique ce soit, maintenant ou plus tard. Je vais nourrir les poules et me coucher. »
Il se dirigea vers la porte, mais Malefoy l'arrêta.
« -Attends! »
Draco pesait le pour et contre dans sa tête. Il n'avait pas envie de parler de cela, mais le dialogue à bâton rompu avait sombré, et il lui fallait quelque chose pour le remettre d'aplomb. Ce dialogue silencieux, voilà ce qu'il préférait, de tout son séjour au Terrier.
« -Je vais le faire.
-Hein?
-Je vais les nourrir, les poules. »
Il se remémorait encore amèrement le souvenir de sa dernière entrevue avec les volatiles, et avait plus envie de les cuisiner qu'autre chose, mais au moins, il n'aurait pas à subir le silence gênant qui les entouraient. Mais quelle mouche l'avait donc piqué la veille, hein?
« -Euh, tu es sûr, demanda Ron, mi-inquiet, mi-rieur.
-Mais oui, j'ai bien compris, ne pas laisser la porte ouverte. Ce n'est pas très dur.
-Bon... Ben... Merci, j'imagine.
-De rien. »
Draco se leva et se saisit du seau, se dirigeant d'un pas décidé vers le poulailler, sous le regard toujours un peu inquiet de Ron, qui se demandait si les poules allaient survivre à une seconde entrevue avec Malefoy.
