Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien. Ici nous en apprenons un peu plus sur la famille de Judal, ou en tout cas les membres qui la composent.
En espérant que ce chapitre vous plaira, je vous souhaite une bonne lecture :)
N'hésitez pas à laisser des review, ça motive plus qu'on ne le croit l'auteur !
Sous les pétales de cerisiers
Chapitre 7 – Reconnaissance
Assit entre Sinbad et Gyokuen accompagné de quelques hommes de mains, Judal observait le visage de l'un comme de l'autre avec un grand soin. C'était bien la première fois qu'il voyait un étranger de la famille tenir tête à cette femme perfide et mauvaise jusque dans la moelle. En effet, pendant que Sinbad expliquait les faits à Gyokuen sur le mauvais comportement de Judal puis de son changement radical, demandant des explications, bien que la jeune femme répondait assez sèchement, le violacé ne se laissait pas décourager. Sinbad ne cacha pas le fait que Judal faisait souvent dans le harcèlement auprès de ses professeurs, parfois même sexuel, et Sinbad finit par relater, sans honte, certains faits qui s'étaient passés entre eux. Le regard perçant de Gyokuen se tourna alors dans sa direction et Judal cessa de sourire en se souvenant des moments cités par Sinbad. Ce n'était pas le moment de faire le malin.
« Judal était menacé de devoir quitter le lycée à cause de son mauvais comportement, mais son changement plaît aux autres enseignants et il doit poursuivre sa route de la sorte. L'année scolaire va bientôt basculer vers son dernier trimestre une fois que Judal aura passé les examens qui approchent, et je suis certain qu'il s'en sortira avec d'excellentes notes.
— Et que voulez-vous que je fasse exactement ? Je l'ai déjà privé de sortie, mais vous connaissez cet enfant. »
Judal se força de ne pas rire. Il se doutait bien depuis longtemps que cette femme était au courant de ses différents stratagèmes pour s'enfuir de cette maison, et même si elle posait des pièges, il parvenait à passer outre et se retrouver à l'extérieur. Peut-être qu'aujourd'hui même elle était au courant qu'il était sorti bien qu'elle ne le laissait pas transparaître.
« Ne soyez pas trop ferme avec Judal quand même. Il est sur le chemin du progrès et le punir n'aurait aucun intérêt. Bien qu'il faille tout de même le surveiller. »
A ces mots faisant allusion à leur rencontre dans le parc, Judal sourit largement à Sinbad qui pesta silencieusement tout en reportant ensuite son attention vers cette femme qui se trouvait éloignée de lui par une table basse où reposait son thé dont il n'avait pas touché une goutte. Sur ce, Gyokuen se leva pour prétexter le repas à faire et congédia de la sorte Sinbad qui se releva à son tour pour la saluer. La jeune femme promit de faire attention à Judal, mais Sinbad devina bien rapidement que rien n'allait être fait. Et cette promesse en l'air l'agaça.
« Judal, raccompagne-le veux-tu. J'ai à faire. Excusez-moi monsieur, mais je dois vous laisser. »
Et avant d'entendre sa réponse, Gyokuen s'en alla, suivie par ses hommes et disparut au détour d'un couloir. Maintenant cette femme loin de lui, Judal sauta sur ses pieds et s'étira de tout son long, tel un félin après une longue sieste. Il se mit ensuite en route pour mener Sinbad dehors, trouvant ainsi l'enseignant sur ses talons. Ils restèrent silencieux jusqu'à ce que les portes d'entrées se referment sur eux. A nouveau à l'extérieur, Sinbad sentit la pression disparaître de ses épaules et soupira d'aise. Quelque chose de malsain enveloppait cette maison où vivaient plusieurs élèves du lycée où il travaillait. Ce milieu n'était pas sain pour leur développement, il en était persuadé maintenant.
« Tu es sûr de ne pas vouloir visiter ma chambre, Sinbad ? Elle n'est pas loin, souffla-t-il alors qu'il accompagnait Sinbad jusqu'au portail.
— Tu arrêtes de me vouvoyer maintenant ? Le reprit alors Sinbad, sévère.
— Ici, on est chez moi, j'ai donc tous les droits. Tu es sur mon territoire, mon cher Sinbad. »
Sinbad pesta devant l'attitude que prenait dorénavant Judal, il était bien mieux silencieux comme quelques minutes plus tôt. Passant alors le portail pour se retrouver dans la rue, Sinbad porta son attention sur la façade de cette impressionnante maison. Au moins, Judal et sa famille ne vivaient pas dans la difficulté. Mais alors qu'il aurait dû partir et retourner à son appartement où Ja'far l'attendait, Sinbad laissa le fil de ses pensées traverser la barrière de ses lèvres.
« Cette femme se comporte correctement avec vous ? »
La question surprit Judal, mais il sourit rapidement et apporta une main à sa hanche.
« Tu t'intéresses à ma vie, maintenant ? Se moqua le lycéen avec un sourire carnassier étiré sur son visage, faisant davantage pester Sinbad.
— Un bon environnement est favorable pour la construction d'un adolescent, c'est à cet âge où il est le plus influençable, expliqua alors le violacé.
— Alors dans ce cas nous sommes mal tombés. Mais elle ne nous bat pas, si c'est ce que tu veux savoir. »
Et comme pour échapper à d'autres questions dérangeantes, Judal tourna talons et remonta les quelques marches afin de rejoindre les portes d'entrées. Sinbad le regarda s'éloigner en silence, intrigué par le sens de sa réponse. Elle ne les bat pas, mais ? Seulement, Sinbad n'eut pas le temps de poser la moindre question que Judal disparut à l'intérieur de sa maison. Sinbad passa alors sa main dans ses cheveux, se demandant maintenant ce qu'il allait bien pouvoir faire pour eux. C'était le rôle du professeur principal de faire attention à ses élèves et de voir dans quel milieu ils évoluent pour apporter son aide si nécessaire. Mais Sinbad savait parfaitement que même si Judal en avait besoin, ce dernier avait trop de fierté et était trop têtu pour lui demander une quelconque aide.
Se retirant finalement, Sinbad se mit en chemin pour retourner chez lui. Judal qui s'était placé derrière une fenêtre du salon put voir son enseignant s'éloigner pour ensuite disparaître au coin de la rue, rabattant les rideaux lorsque Sinbad ne fut plus visible. Le jeune homme eut un mouvement de sursaut après s'être retourné et faire face si subitement à Hakuryuu qui s'était glissé derrière lui sans qu'il ne le remarque.
« Fais plus jamais ça, crétin ! S'écria-t-il en se mettant en route pour retourner dans sa chambre.
— Vous avez discuté de quoi dehors ? L'interrogea le garçon en le suivant.
— Je lui ai proposé de monter dans ma chambre, mais il a refusé. Je l'ai traité d'impuissant et il est parti. »
En haut des escaliers, Judal prit le chemin pour sa chambre et laissa Hakuryuu devant les escaliers. Le jeune homme aux yeux vairons comprit que Judal ne lui avait parlé que de la partie visible de l'iceberg, mais il savait qu'insister n'allait rien apporter de bon. Hakuryuu décida alors de laisser son cousin à ses problèmes et partit pour réviser car à l'inverse du brun il avait besoin de le faire afin d'avoir d'excellentes notes.
Puis à l'heure du repas quand un garde de cette femme vint les avertir, Judal se fit réprimander pour son attitude et surtout ses harcèlements, mais après s'être excusé et ayant promis de ne plus recommencer le jeune homme s'en tira avec peu de remontrances. Comme d'habitude, le repas dans cette famille se fit dans le silence où seuls les couverts couvraient cet instant plombant en s'entrechoquant entre eux.
Dans l'appartement de Sinbad et Ja'far toutefois, ces deux là discutaient de l'entrevue avec la tutrice de Judal. Sinbad n'avait pas caché à son amant le fait qu'il s'intéressait à la famille du brun et chercherait à en savoir plus. Et sachant comment était Sinbad une fois intéressé par quelque chose, Ja'far avait accepté bien qu'il s'agisse de Judal. Mais lorsque son amant était rentré de son entrevue, sans lui dire un mot, Ja'far avait compris. Le désir de curiosité de Sinbad n'avait fait que se décupler, ce qu'il avait tant redouté.
« Ils ne vivent pas dans un bon environnement, c'est certain. Judal m'a affirmé que cette femme ne les battait pas, mais tu sais aussi bien que moi que les tortures morales sont bien pires… mais ça m'étonne quand même. Pourquoi Judal se laisse faire ? Je suis certain que s'il le voulait, il prendrait ses bagages et partirait loin d'elle. Alors pourquoi il ne le fait pas ? S'interrogea-t-il avant tout pour lui-même.
— Si cette femme a élevé Judal depuis qu'il est bébé, il existe peut-être entre eux un certain attachement. »
Les yeux ambrés de son amant se levèrent dans sa direction, se demandant si c'était bien de ça qu'il s'agissait. Judal se serait-il attaché à cette femme ? Ce n'était pas impossible. Après tout, qui ne s'attacherait pas à une femme qui vous a élevé comme si vous étiez son propre fils ? Et puis, Judal ne s'en plaignait pas. Enfin, il n'était pas non plus ce type de personne. Sinbad posa alors ses couverts et prit son front en main, soupirant longuement. Le puzzle aux mille et une pièces désassemblées lui donnait mal à la tête. Il avait trop peu de réponses et d'indices pour pouvoir juxtaposer les différentes pièces. Comment allait-il faire pour éclaircir ce problème ?
« Sinbad, écoute-moi… Tu n'es pas obligé de te tracasser ainsi pour eux, il y a des enfants qui ne demandent pas d'aide et auxquels on ne peut venir en aide. Et Judal se trouve dans ces deux catégories il ne demande aucune aide et on ne peut pas l'aider. »
Mais son explication ne sembla pas satisfaire Sinbad qui resta silencieux. Ja'far décida alors de passer à l'étape suivante pour changer les idées de son amant et poussa ses couverts vers le milieu de table avant de contourner cette dernière, rejoignant ainsi le violacé qui n'avait pas changé sa position. Doucement, Ja'far entoura par ses bras le cou de Sinbad assis en bout de table.
« Allez, tu as déjà fait ce qui était possible. Judal sait qu'il peut compter sur toi s'il lui arrive un problème, il viendra si c'est le cas. Ne prends pas cette histoire trop à cœur, s'il te plaît. »
Sinbad releva son visage à ce moment, permettant à Ja'far de se rapprocher davantage ainsi qu'à leurs lèvres de venir se rencontrer. Le baiser fut tout d'abord chaste, puis Sinbad fit se renverser Ja'far qui ne protesta pas et en moins de temps qu'il faut pour le dire, leurs vêtements se firent la malle. Cependant, et pour une raison qu'il ignorait, Sinbad ne put retenir de sa mémoire cette image de Judal appuyé contre cet arbre en compagnie d'un inconnu.
Pourquoi faisait-il ça ?
Le lundi suivant, Judal se prépara pour aller au lycée et continuer sur sa lancée. Ce serait dommage de craquer maintenant, alors que son plan se mettait doucement en place et qu'il en voyait déjà les résultats. Maintenant, il n'avait plus qu'à essayer de tomber sur Sinbad au cours de la journée et voir le comportement de ce dernier face à lui. Puisque la dernière fois, lorsqu'il s'était forcé à pleurer, Sinbad s'était montré plus gentil et conciliant, maintenant que l'enseignant avait vu cette femme qu'elle allait être sa réaction ? Allait-il être apitoyé par son triste sort ? Dans ce cas, comment lui montrera-t-il ? Judal désirait voir les faiblesses de Sinbad et pouvoir jouer sur celles-ci. L'enseignant allait baisser sa vigilance et lui offrir des ouvertures. Ça, Judal en était persuadé.
Dorénavant, ce n'était plus qu'une question de temps et surtout de patience avant de récolter les fruits dont il semait les graines depuis quelques semaines maintenant. C'est donc le sourire aux lèvres que Judal passa les portes de son établissement scolaire et discuta avec quelques camarades de classe qui par le changement du brun avaient décidé de sauter le pas, puisque Judal paraissait moins dangereux. Et comme être bon élève signifiait aussi être apprécié par ses camarades, Judal jouait aussi le jeu.
Mais alors que les cours allaient commencer et que tout le monde regagnait son siège, les hauts parleurs accrochés aux quatre coins du lycée utilisés principalement par les professeurs et le proviseur appela le nom d'une élève. Ren Kougyoku. Une élève sans histoire, sérieuse mais aux résultats tout juste moyen. Une lycéenne donc sans problème, mais qui se trouvait aussi être dans la même famille que lui. Serait-ce trop prétentieux de penser que sa cousine était convoquée par sa faute ? A cette pensée, Judal sourit davantage tandis que son professeur entrait dans la salle et réclamait le silence.
Un peu plus loin, Kougyoku traversait les couloirs tout en se demandant ce qu'elle avait bien pu faire pour être convoquée dès le début de la journée. C'est alors ses mains apportées en bas de son visage rougissant de honte, que la jeune fille avança de bonne grâce jusqu'à la salle des professeurs. Si on faisait attention, on pouvait distinguer les légers tremblements dont étaient victimes ses genoux. Kougyoku était effrayée.
Elle fut alors gentiment accueilli par les professeurs présents dans l'immense pièce remplit de bureaux et d'une machine à café entourés de plante pour ravivait la salle. Gentiment, Kougyoku fut conduit jusqu'au bureau de Sinbad qui se retourna à l'instant où elle arriva à ses côtés. Le visage de la jeune lycéenne s'enflamma davantage maintenant qu'elle était en face de cet homme qui partageait parfois ses rêves les plus osés. Bien que timide, Kougyoku était atteint par le syndrome qu'avait créé Sinbad en arrivant ici. Elle aussi était tombée sous le charme de l'enseignant au doux sourire. Pourtant cette fois-ci, Sinbad ne lui sourit pas lorsque ses yeux croisèrent les siens.
« Avant tout chose, rassure-toi Kougyoku. Je veux juste te poser des questions sur ta famille, et si cela te dérange, tu n'es pas obligée d'y répondre. Je comprendrai parfaitement. »
Sinbad se rendait-il compte qu'elle avait raccourci comme toutes ces filles sa jupe pour tenter de lui plaire ? Ce fut l'unique pensée de la jeune fille. Nerveusement, elle gigota ses jambes qui se frottèrent l'une contre l'autre, ses mains étant de retour en bas de son visage pour camoufler le plus possible ses rougeurs. Sinbad alla pour répéter sa question et demander à la jeune fille si elle allait bien, mais celle-ci le coupa en confirmant le fait que cela ne la dérangeait pas. Sinbad lui sourit alors et la remercia, ravissant Kougyoku.
« Comment est votre mère ? J'entends par-là, est-elle gentille avec vous ?
— Mère travaille beaucoup et… et ça nous permet de vivre confortablement. Nous ne manquons de rien, bégaya légèrement la jeune fille aux longs cheveux rougeoyants.
— Mais vous traite-t-elle correctement ? Je veux dire… comme une mère doit le faire normalement avec ses enfants, précisa-t-il pour recadrer l'adolescente.
— Mère est souvent occupée par son travail, elle a peu de temps à nous accorder. Mais elle nous élève correctement, j-jamais elle n'a levé la main sur nous. »
Sinbad détourna son regard, dubitatif. Il n'avait pas voulu convoquer Hakuryuu car il savait que le jeune homme se braquerait et ne lui révélerait pas plus que nécessaire. C'était ensuite inutile de poser la question à Judal, et puis ce dernier lui avait en quelque sorte répondu la veille. Cette femme ne les battait pas, mais quoi ? Cette question persistait dans l'esprit de Sinbad. Elle ne les battait pas, mais les forçait-elle à avoir d'excellentes notes sous peine de sévères représailles ? Menaçait-elle de les expulser s'ils ne rapportaient pas un bon bulletin ? Sinbad ne pouvait faire que des suppositions et cela ne l'enchantait pas.
« Comment se comporte Judal chez vous ? » Posa-t-il finalement, entrant dans le vif du sujet.
Il remarqua que l'adolescente cessa de trembloter un instant, apportant ses yeux dans les siens pour le regarder attentivement. Sinbad eut alors la vive impression d'être entré de lui-même dans la gueule du loup. La lueur qui passa dans les yeux de cette jeune fille n'était pas rassurante, loin de là. A y repenser, Sinbad trouva que ces trois enfants avaient appris des airs de cette femme. Judal avait son sourire et son attitude, Hakuryuu savait se montrer froid et ferme dans ses mots et Kougyoku avait hérédité de son regard.
« Judal reste la plupart de son temps dans sa chambre, quand il n'est pas de sortie.
— De sortie ? La reprit-il en passant outre le fait que le son de la voix de Kougyoku avait baissé dans les octaves.
— Vous savez monsieur Sinbad, Hakuryuu vous l'aura sûrement laissé entendre, mais ne vous approchez pas trop de notre famille. Malgré l'image que vous vous êtes fait, la réalité est bien plus terne. C'est un conseil que je vous donne, mais restez à l'écart je vous prie. Sur ce, puis-je retourner en cours s'il vous plaît ? »
Sinbad acquiesça pour toute réponse tandis que Kougyoku se redressa après s'être penchée afin de faire sa demande. Elle quitta rapidement la salle des professeurs pour rejoindre sa classe. En chemin, la jeune fille pria de tout son cœur pour que Sinbad suive son conseil. Elle ne voulait pas le voir blessé à cause de sa famille et Kougyoku en vint ainsi à maudire Judal pour porter de l'intérêt à cet homme qui n'avait rien demandé de mal et se montrait si gentil avec eux.
Quant à Sinbad, celui-ci prit son front en main et soupira longuement. Que signifiait pour Kougyoku « de sortie » ? Cela faisait-il allusion à la scène à laquelle il avait assisté, cette fois-là au parc ? Ce genre de sorties étaient-elles courantes ? La venue de Kougyoku n'avait fait que rajouter des questions dans sa tête. La transformation de cette fille durant leur conversation était aussi des plus étranges. Judal s'était lui-même défilé lorsqu'il avait tâtonné le terrain. Sinbad se demanda alors comment réagirait Hakuryuu s'il lui posait la question directement. Mais est-ce que cela amènerait véritablement à quelque chose ? Le brun aux yeux vairons saurait-il lui apporter les réponses dont il avait besoin ?
Et puis pourquoi cette affaire le prenait-elle tant à cœur ? Depuis son diplôme le reconnaissant comme enseignant en mathématiques, Sinbad avait toujours privilégié ses élèves sur les résultats. Bien entendu, l'un ne valait pas sans l'autre mais le violacé prenait son temps avec ses élèves. Il allait à leur rythme, les écoutait attentivement quand ils avaient un problème et les aidait lorsque des difficultés se présentaient à eux. Sinbad aimait son métier et aimait l'image qu'il renvoyait quelqu'un à l'écoute des enfants au cours de leur apprentissage. Pourtant, son idéologie de ce métier tombait en lambeaux avec la famille Ren.
« Tu te prends vraiment la tête avec cette affaire, hein, souffla subitement Sharrkan qui avait une leçon dans à peine plus d'une heure.
— Tu n'as pas rencontré leur mère, tu ne peux pas comprendre.
— Elle est si affreuse ? S'enquit le professeur de sport qui attrapa un siège pour s'asseoir, le torse contre le dossier, continuant de boire son café en attendant.
— Y a vraiment quelque chose de pas rassurant en elle. Je me demande vraiment quel est leur quotidien une fois derrière ces portes. »
Sinbad se massa les tempes devenues douloureuses à force de réfléchir à ce problème sans issue. Puis, la simplicité dont faisait preuve la plupart du temps Sharrkan l'étonna un instant pour l'en laisser rapidement sans voix.
« Et si tu proposais des cours particuliers ? Cette petite n'a pas des résultats très fleurissant comparés à ses cousins. »
La bouche légèrement ouverte, Sinbad se demanda pourquoi il n'avait pas pensé à cette possibilité un peu plus tôt. Enfin, un nouveau problème s'imposait à eux.
« Comment je le fais digérer à Ja'far que plusieurs fois par semaine, je vais dans la même maison qu'un lycéen qui veut m'avoir dans son lit ?
— Tu es obligé de lui dire ? Répliqua instantanément Sharrkan, faisant soupirer aussitôt Sinbad.
— C'est mieux qu'il l'apprenne par moi que par Judal qui utiliserait ce moyen pour attaquer. »
Ayant terminé son gobelet de café qu'il avait posé sur le bureau de son ami, Sharrkan croisa ses bras contre son torse et acquiesça. En effet, vu sous cet angle c'était mieux que ce soit Sinbad qui en informe Ja'far. Il rouvrit ensuite ses yeux verts pour distinguer l'expression anxieuse qu'affichait son ami. Le voilà dans une belle affaire, c'en était certain. Pour montrer son soutien envers son ami, Sharrkan posa sa main contre l'épaule du violacé qui le regarda ensuite s'éloigner pour partir tenir son cours de sport.
Sinbad se laissa ensuite glisser sur son bureau, son menton rencontrant alors ce dernier tandis que son attention se trouvait rivé sur le dossier scolaire de Judal. Inconsciemment, le violacé savait qu'il ne devait pas trop s'approcher de cette famille. Son instinct lui faisait bien sentir que quelque chose n'allait pas, le mettant ainsi en alerte. Mais au lieu d'ignorer les signaux qu'envoyaient son corps, Sinbad préféra plutôt se jeter dans la gueule du loup.
Un peu plus tard dans la journée, il parvint à remettre la main sur la petite Kougyoku qui bégaya affreusement lorsqu'il lui proposa de lui donner des cours particuliers, après avoir mis à l'écart la jeune fille et lui avoir demandé de garder cela secret. Il ne désirait pas avoir les autres élèves sur son dos, ces cours particuliers allaient justement rester très particuliers. Ainsi au final, Kougyoku finit par accepter et manqua de s'évanouir en imaginant le beau professeur dans sa chambre. Elle se fit tout juste rattrapée par Hakuryuu qui avait suivi la conversation, tenant maintenant contre son torse sa chère cousine qui le regarda avec de grands yeux hébétés devant l'air glacial qui se dégageait du jeune homme.
Pour la suite des événements, Sinbad composa à nouveau le numéro de la famille Ren. Ça ne servirait à rien de prévenir Ja'far sans avoir la confirmation de la mère de famille ce serait chercher les hostilités avec son amant pour pas grand-chose sinon. Aussi lorsque Sinbad entendit la voix de cette femme à l'autre bout du fil, il ne put s'empêcher de ressentir de légers frissons désagréables.
« Bonjour, madame. Excusez-moi de vous déranger une nouvelle fois, mais en vue des résultats de votre fille et de sa motivation pour s'améliorer, j'ai pensé lui offrir des cours particuliers. Je lui en ai parlé et votre fille est d'accord, mais je désirais avoir votre validation.
— Ma fille s'en sortira très bien sans professeur particulier, merci mais je vois obligée de…
— Ne vous en faites pas, ce sera gratuit. Et je passerai aux horaires qui vous arrangeront. »
Sinbad savait que l'argent n'était pas un problème pour cette femme, mais le fait qu'elle lui refuse l'accès à chez elle le mettait davantage en alerte. Déjà la première fois pour discuter en face à face avec elle, à propos de Judal, il avait dû se démener comme un fou afin d'obtenir ce rendez-vous. Mais cette fois-ci encore, il n'abandonnerait pas.
A l'autre bout du fil, il sentit son interlocutrice soupirer d'agacement avant de se mettre à réfléchir en vitesse. Il attendit alors patiemment, ça ne servirait à rien de relancer des arguments autre qu'à énerver cette femme inquiétante.
« Il faudra dans ce cas tenir secret ces rencontres, je ne veux pas qu'on sache que ma fille a suivi des cours particuliers pour remonter son niveau catastrophique. N'en parlez à personne, c'est non négociable. Vous passerez aussi par la porte de derrière, un de mes gardes vous montrera l'accès et vous fera entrer. Et bien sûr, comme vous l'avez proposé, je ne dépenserai aucun sous pour vos services. Je vous recontacterai pour vous donner vos horaires. »
Cette femme lui laissa à peine le temps de la remercier que Sinbad entendit la ligne être coupée, il raccrocha donc à son tour. Le sourire aux lèvres, il avait obtenu le passe pour mettre les pieds chez la famille Ren. Cependant, le fait que cette femme décrive le cas de sa fille comme catastrophique l'étonnait. Après tout, Kougyoku avait de très bon résultats dans d'autres matières que les mathématiques, elle était la meilleure de sa classe en géographie et histoire. Toutefois tout en s'étirant fier de lui, Sinbad se demanda un instant s'il devait prévenir ou non Ja'far. Le violacé savait qu'il pourrait faire confiance en son amant, que ce dernier n'irait pas le crier sous tous les toits, mais le garder secret lui permettait de ne pas se disputer avec lui. Sinbad repensa toutefois au fait que Judal pourrait quant à lui le crier sur tous les toits.
Le professeur aimé de ses élèves et apprécié par ses amis passa alors ses mains sur son visage, la tête penchée vers l'arrière. Pourquoi cette affaire était-il si compliquée ? Il s'en tenu toutefois de ne pas avertir Ja'far, afin de ne pas inquiéter ce dernier et surtout de ne pas se disputer. Sinbad n'aura plus qu'à prévenir Judal de tenir sa langue, ce qu'il savait difficile à réaliser. Mais il devait trouver une parade.
Quelques jours plus tard, Sinbad fut convoqué chez la famille Ren après que Gyokuen l'ait appelé au lycée pour passer le samedi matin, prenant ainsi le numéro du violacé afin de pouvoir l'appeler autrement plus tard. Le violacé suivit ainsi les indications imposées par cette femme et se retrouva dans le jardin à l'arrière de la maison où une petite porte se trouvait cachée par la végétation. L'homme de main au visage caché par du tissu lui ouvrit la porte et l'emmena jusqu'à Gyokuen et Kougyoku qui l'attendaient dans le salon. Il était à peine neuf heures et Sinbad se demanda si Judal dormait encore.
« Franchement ! Butez le voisin qui fait venir les ouvriers à pas d'heure, ou je m'en charge. »
La voix railleuse fit redresser la tête de Sinbad qui s'asseyait tout juste sur le canapé en face de celui où étaient assise les deux femmes, portant alors son attention vers les escaliers qu'étaient en train de descendre en ce moment même Judal simplement vêtu d'un haut s'arrêtant à en haut de ses cuisses, mais camouflant assez pour ne pas être choquant. Pour la première fois aussi depuis qu'ils s'étaient rencontrés dans sa salle de cours, Judal avait les cheveux détachés. Ses longs cheveux ébènes glissaient de ses épaules jusqu'à ses chevilles et sa main frottant contre son œil droit encore endormi donnait une moue adorable à l'adolescent.
Judal marqua cependant un temps d'arrêt en voyant Sinbad dans le salon alors qu'il se dirigeait vers la cuisine pour déjeuner, permettant ainsi à Sinbad de voir que le jeune homme ne s'y était pas attendu.
« Il fait quoi là, lui ? Demanda-t-il alors en le pointant, fixant Gyokuen avec un certain énervement qui surprit le violacé.
— Ton professeur a proposé des cours particuliers à Kougyoku pour lui permettre de rehausser son niveau scolaire, il viendra ainsi le samedi matin et le vendredi soir prochain. »
Le vendredi soir, à cette information Judal pesta furieusement et s'en alla pour aller en cuisine. Ce n'était pas une bonne nouvelle. Le vendredi soir était un jour sacré pour lui, c'était enfin le moment où il pouvait sortir. La présence de Sinbad chez eux allait donc renforcer la surveillance et puis plus de temps il pourra passer avec le violacé et mieux c'était cependant Judal devinait à l'avance que des semaines d'abstinence allaient le rendre irritable très facilement.
« Où dois-je aller pour aider votre fille ? Demanda rapidement Sinbad en portant toute son attention à ces deux interlocutrices, Kougyoku gigotant nerveusement à sa place.
— Pour la première séance, je souhaiterai que vous la fassiez ici, devant moi. Ainsi je verrai si vous êtes aptes pour aider ma fille et si vous pourrez continuer, confessa sans négociation Gyokuen.
— Sinbad est un très bon professeur ! Rappela timidement Kougyoku, le visage fortement rougi.
— Tu parles ! Quand un élève pose des problèmes dans la classe, il l'ignore et se fiche bien de ses difficultés, précisa Judal en revenant vers eux une bouteille de jus d'orange entre sa main.
— Tu es naturellement doué pour les mathématiques Judal, avoua enfin Sinbad devant l'intéressé qui lui sortit un sourire carnassier.
— Je peux assister à la séance, Mère ? Je veux m'assurer que ce professeur n'enseigne pas des formules incorrectes à ma chère cousine. »
Sinbad ne put s'empêcher de dévisager Judal en cet instant, il le prenait pour qui au juste ? Il avait toujours fait son métier correctement et n'allait pas changer ses façons de faire simplement parce que le décor et l'atmosphère étaient différents. Cependant, sur le visage de Gyokuen s'étira un sourire amusé et accepta la demande du brun qui alla donc chercher une chaise après avoir déposé la bouteille de jus d'orange sur un meuble. Bouteille de jus d'orange que s'empressa de remettre dans le réfrigérateur un homme de main de cette femme au sourire aussi tranchant que la lame d'une épée.
Puis petit à petit, il posa sur la table basse son matériel pour travailler, à savoir sa trousse ainsi qu'un manuel pour aider la jeune fille qui, quant à elle, poussa un peu plus son cahier qu'elle avait déjà apporté. Comme la table était plutôt basse, Sinbad comme Kougyoku durent se rapprocher mais surtout se pencher pour pouvoir écrire et expliquer les problèmes que ne comprenaient pas la jeune fille hésitante. Comme d'habitude au cours de la semaine, Sinbad se montra patient et répéta le nombre de fois nécessaire sans montrer une quelconque trace d'énervement, mettant ainsi à l'aise Kougyoku qui décida de donner le meilleur d'elle-même. Une façon pour elle de remercier la clémence du violacé.
Violacé qui pourtant luttait férocement pour ne pas tomber dans le jeu tenu par Judal à croiser de temps à autre ses jambes, puisqu'il n'avait pas de bas, afin de déconcentrer leur professeur. Visiblement, il semblait à la fois gêné et agacé par l'attitude du brun qui quant à lui souriait de toutes ses dents après avoir remarqué le regard traînant de Sinbad au cours d'un bref instant. C'était si simple. Il tournait maintenant la situation en sa faveur.
Les minutes s'enchaînèrent de la sorte, Judal continuant son manège tout en alternant ses mouvements, pouvant se montrer parfois très explicite en écartant ses jambes l'une de l'autre et voir Sinbad écarquiller les yeux de surprise. Toutefois, le haut large du brun était si large que justement même les jambes écartées de chaque côté de la chaise, son intimité restait cachée. Seulement, le regard surpris de Sinbad valait tous les trophées inimaginables. C'était tellement drôle. De temps à autre aussi, Gyokuen posait des questions farfelues à Sinbad afin de tester ses capacités, faisant sourire intérieurement le violacé. Cette femme et Judal se ressemblaient énormément au niveau de leur personnalité. Mais par le sourire qui s'étirait sur le visage de cette femme, ces fois-ci amusée, Sinbad comprit qu'il marquait petit à petit des points.
Ainsi lorsque l'horloge sonna onze heures, Gyokuen lui ayant demandé de pouvoir rester si longtemps afin de se faire une idée exacte de sa personne, Sinbad commença à ranger ses affaires tout en félicitant sincèrement Kougyoku pour son travail et ses efforts. La jeune fille à bout de force alors que la journée ne faisait que commencer acquiesça simplement de la tête, s'étant étalée sur le canapé pour décompresser. Gyokuen se leva ensuite, présentant sa main à Sinbad tout en souriant joyeusement. Finalement, elle appréciait cet homme. Il était intéressant.
« Revenez vendredi prochain, comme convenu.
— Merci madame, remercia-t-il tout en serrant sa main dans la sienne, le contrat étant ainsi signé.
— Judal, raccompagne notre invité. Et va te changer je te prie, quand apprendras-tu les bonnes manières ? »
Intérieurement, Sinbad se mit à rire. Le jour où Judal se comportera normalement et deviendra poli ne viendrait sûrement jamais. Toutefois, Sinbad s'attendit à une quelconque remarque de la part du natté, ou bien même un argument bancale pour se justifier, mais ce qui arriva laissa plutôt Sinbad sans voix.
« Veuillez m'excusez Mère. »
Et en plus de formuler ses mots d'excuses, Judal se pencha vers l'avant bien plus sincèrement que la fois où il lui avait fait dans la salle des professeurs. Cependant, Gyokuen ne sembla pas en prendre note et s'éloigna rapidement d'eux. Elle retourna ainsi à ses affaires, entourée par ses hommes de mains, tandis que Judal se redressait et faisait à nouveau face à Sinbad. Kougyoku toujours assise sur le canapé ressemblait à l'instant plus à un fantôme qu'à un être humain. Elle avait subi trop de travail, et n'était pour l'instant plus réellement là. Son esprit était parti ailleurs, dans des contrées inconnues de tous.
Se mettant alors en route pour ramener Sinbad à l'extérieur, Judal s'arrêta toutefois devant les portes d'entrées. Ses mains tenaient les poignées mais il se tourna tout de même en direction de Sinbad.
« Cette fois-ci encore, tu ne veux pas visiter ma chambre ? »
Mais la réponse se lut très facilement sur le visage de Sinbad et Judal ouvrit alors les portes, laissant passer en premier l'enseignant avant de le suivre pour le raccompagner jusqu'au portail. Le sourire jusqu'aux oreilles, Judal accompagna Sinbad tout en faisant en sorte que ses pas soient assez brusques pour que son haut de pyjama dévoile de plus en plus le bas.
« Arrête de faire ça, grinça Sinbad après que Judal ait failli faire tout découvrir en y étant allé un peu trop fort.
— Oh ça te dérange ? Ou ça t'excite plutôt ? » Le taquina-t-il en voltant tout de suite sur lui-même, la brise de vent faisant davantage s'agiter son vêtement.
Sinbad détourna du regard avant de voir quoique ce soit, sa main cachant toutefois en partie son visage et ainsi ses quelques rougeurs. Judal n'avait donc pas honte ? Enfin, le violacé repensa à la fois où il avait trouvé le jeune homme dans un parc. Non en effet, Judal ne devait ressentir aucune gêne de ce côté-là.
« Comment je pourrais être excité devant une chose si vulgaire, maugréa le violacé pour sa défense.
— Allez me l'a fait pas ! Je suis sûr qu'en réalité, tu es aussi pervers que moi. Quel dommage que tu sois retenu en cage par Ja'far… c'est pas trop dur ? Je le supporterai pas personnellement ! »
Judal croisa ses bras contre son torse et acquiesça trois coups, certain qu'il ferait une crise à son amant si tel était le cas. Le sexe, après tout, il n'y avait rien de mieux et c'était sacré. En plus, ce n'était pas dangereux pour la santé alors pourquoi s'en priver au juste ? De ce côté-là, il ne comprenait vraiment pas Sinbad. Puisqu'il se fichait de Ja'far de toute façon. La vie de ce dernier l'importait peu.
« Je préfère les personnes timides, à celles comme toi qui sont sans gêne. Au moins avec Ja'far, j'apprécie quand j'arrive à le faire craquer et voir s'installer sur son visage des rougeurs que personne d'autre que moi ne verrait.
— Sans gêne, tout de suite, râla Judal tout en engouffrant une de ses mains dans ses cheveux détachés.
— Tu cherches lamentablement à me séduire quand on est au lycée alors que je suis avec quelqu'un, et que tu le sais, puis tu m'appelles alors que tu es avec un autre homme. Dans un parc d'autant plus. »
Judal ricana à ces exemples. Oui, il ne pouvait pas contre-attaquer face à ça. Sinbad avait raison. Il s'arrêta ensuite devant le portail, laissant le privilège à Sinbad de passer devant et cette fois-ci de ne pas le suivre. Judal s'appuya néanmoins contre le portail, bras croisés contre son torse, et vit alors Sinbad se retourner pour lui faire face au milieu de la rue peu fréquentée.
« Tu devrais faire attention Judal, ton attitude pourrait te retomber dessus un jour ou l'autre, prévint Sinbad inquiet pour le jeune homme.
— Oh mais ne t'en fais pas, Sinbad chéri. Ça m'est déjà arrivé et je suis toujours là, non ? »
La surprise se lut dans les yeux de Sinbad et fit davantage sourire Judal.
Puis comme la dernière fois, Judal se retourna pour rentrer chez lui et laisser là Sinbad qui cette fois-ci pesta devant l'attitude du brun. Il allait lui faire le coup combien de fois de partir comme ça après lui avoir livré une phrase pareille ? Sinbad comprenait que Judal agissait de la sorte pour entretenir sa curiosité pour sa personne, et le pire c'est qu'il y parvenait d'une main de maître.
Il venait à peine de sortir de chez les Ren et pourtant Sinbad ressentait déjà l'envie d'y remettre les pieds.
