Bonjour / Bonsoir à ceux qui me lisent ! Cela fait quelques mois que je n'ai pas posté de nouveau chapitre (oui, j'écris trop peu, je le sais bien...). Je vous présente donc un nouveau chapitre de cette fic qui j'espère, arrive encore à vous séduire. Comme toujours, je ne refuse pas les commentaires, critiques et autres et remercie ceux qui m'en laissent encore ! Je vous souhaite une bonne lecture !
CandySona: Mmmh tant que la fic te plait, pourquoi ne pas commenter? Oui, il me fallait une scène un peu mignonne et touchante qui puisse les rapprocher alors un petit achat compulsif, c'est bien ! La douche c'est bien aussi, un peu pervers sur les bords mais comme le savent ceux qui me connaissent bien, je suis bien trop amatrice pour l'éviter. Dans ce chapitre, le sens de l'humour dont tu parle est un peu plus mis en retrait. La relation Fang / Light est toujours un peu tendue et au final ça donne des côtés humoristiques alors que ce sont plus des piques qu'elles s'envoient. Piques amicales, mais quand même ^^ Bonne lecture miss :)
Socially Introverted: Eheh oui je sais à quel point elle reste un personnage que tu apprécie, même si les représentations peuvent être multiples en fonction des fics. Pour moi, elle reste une jeune femme un peu fêtarde (dans cette fic) dont l'esprit est droit, simple, sans obliques ni tournants. Je t'avoue que j'ai plus de mal avec Claire et j'aurais tendance à la faire pleurer sans arrêt avant de me rendre contre que c'est totalement de l'out of character. J'espère que cette suite te plaira !
Melle Jaime: Merci de ton commentaire et heureuse que tu apprécie mes écrits. Je ne suis pas très forte en auto-critiques mais je dois reconnaître que la plupart de mes écrits ont beaucoup de contenu introspectif. Mais c'est ce que j'aime faire alors, j'espère que tu continuera à apprécier :)
- Chapitre 7 -
Même endormie, Claire possédait cette expression faciale propre à elle-même. Glaçante et encore moins agréable qu'une perfusion répétée dans une seule et unique veine. C'était ce que je ressentais à travers ses yeux dont le bleu pâle et presque ciel se posait sur ma personne comme une douce lame d'argent. Une lame qui de nombreuses fois aurait pu m'égorger vive, mais étrangement ne l'avait pas fait, comme trop honteuse de se poser sur une condamnée.
Les yeux en question étaient pour le moment clos, et la figure presque sage de l'ancienne militaire reposait tranquillement près de moi, sa cage thoracique se soulevant sous de douces nuances de battements. Ses cernes étaient posées sur son visage, indélébiles et marquant la trace profonde de la fatigue qui se développait en elle. Cela faisait environ un mois que nous nous côtoyions toutes deux dans cette chambre dont les murs blancs me donnait de plus en plus la nausée.
A chaque jour passant, Claire se révélait différente des idées que je m'étais fixées. Elle était certes, peu sociable, et avait un caractère fort, aussi poli qu'une roche dont les bouts ne sont qu'éraflés. Au fur et à mesure, je voyais cependant que tout cela n'était qu'une facette qu'elle se donnait mais qu'elle n'arrivait pas à appliquer me concernant. Peut-être était-ce ma maladie qui l'en empêchait, ou simplement moi ? Dans tout les cas, Claire était devenu l'une des personnes constamment présente dans ma vie et dont je ne regrettais pas la présence. Elle me soutenait, et malgré son caractère irrémédiablement complexe, il me semblait que ma présence lui était également nécessaire.
Nous nous battions à armes égales, contre un ennemi que nous ne pouvions réellement stopper d'un coup de poing. Et bien que nous ne l'aurions pas voulu, une entraide nous apparaissait nécessaire. Il n'y avait aucune amélioration, ni chez l'une, ni chez l'autre au point où nous nous demandions si nos traitements était finalement efficaces.
« -Claire.. » l'appelais-je en murmurant.
Je frôlais sa main de la mienne, suivant ses phalanges avec douceur pour ne pas la surprendre. Ses paupières se mirent en mouvement, et elle cligna des yeux, grimaçant et éblouie par les premiers rayons du soleil. Elle soupira, comme exaspérée d'être près de moi.
« -Ça fait cinq fois en deux semaines. Si tu tiens tant que ça à moi, tu devrais peut-être rapprocher ton lit » lui dis-je en plaisantant.
Elle me fusilla du regard, ses joues se tintant pourtant d'un doux rose, s'harmonisant à ses cheveux légèrement en bataille.
« -Si tu ne me réveillait pas chaque nuits en marmonnant, j'éviterais peut-être de m'endormir dans ton lit. »
Elle traînassa jusqu'à son matelas, l'œil ouvert péniblement et ses pieds ne la suivant que de peu, s'effondrant sur ce dernier. La blonde se positionna sur le dos, inspirant avec douceur l'air rempli de ce que j'appelais des pesticides médicaux.
« -Parfois je me demande d'où te viens cette idée qui te mène à penser que je voudrais m'endormir près de toi. »
Je mordais mes lèvres, sur lesquelles s'exposaient finalement un sourire mesquin. Provoquant et teinté de moquerie. Un de ses sourires qu'elle détestait mais dont j'abusais avidement, pour son plus grand malheur d'ailleurs.
« -Et bien, je pense que de t'entendre prononcer mon nom durant ton sommeil doit y être pour quelque chose... » lui répondis-je.
J'attendais une quelconque réaction mais rien ne vint. Quelques secondes passèrent mais la voix de Claire s'était décidée à se muer dans sa gorge et à ne pas en sortir. Observant ma camarade de chambre, je remarquais enfin ses lèvres joliment humectées et entrouvertes. De celles-ci, s'échappaient un court et discret soupir. Si j'avais été capable de me déplacer, pour sûr je l'aurais secouée comme un prunier pour cet affront que de m'ignorer de la sorte. Mais..merde, elle était vraiment belle ainsi. Un vrai rayon de soleil dans ma petite vie misérablement morte. Bien que n'ayant pas goûté à sa chaleur bienfaitrice, elle restait un formidable soutien pour moi.
Je me laissais tomber à mon tour, appréciant quelques minutes de repos supplémentaire avant l'arrivée de nos déjeuners respectifs.
Claire était vraiment une drôle de personne. Le givre et le feu à la fois, elle ne baissait que très rarement sa garde. Quelques fois, je n'avais pas l'impression d'être en mesure de l'atteindre. Ni même digne de l'aborder tant elle se détachait de tout. Si cet endroit était peuplé de médecin à l'allure robotique et inhumaine, elle était sans doute encore une nouvelle espèce. Elle était une catégorie à elle seule. Elle possédait cette aura différente de toutes les personnes que j'avais rencontrées ici. Puissante, menaçante mais autour d'elle, je me sentais exclusivement vivante. Là n'était pas simple à expliquer ce qui m'attirait chez l'ancienne militaire.
Indéniablement, il y avait son physique de rêve. Mais cela au delà de toute attirance et dans la bulle qu'elle s'était forgée, dans l'immensité de sa carapace, j'avais trouvé un réconfort que je n'avais pu comparer ni aux visites régulières de Vanille, ni à celle de qui que ce soit d'autre. C'était autre chose, c'était différent. C'était comme s'attacher à un électron libre qui tentait de s'adapter à la vie en communauté, ce qui était chose plutôt compliqué et même quasi-impossible. Mais ayant été placé ici de force, l'électron en question s'adaptait et semblait se métamorphoser de jours en jours. J'arrivais même à l'attirer dans mon lit...enfin, tout n'était que question de point de vue.
Avais-je des ressentis concernant Claire, me demanderiez-vous ? Je vous répondrais là qu'il y avait bien longtemps que je n'avais pas goûté la peau de quelqu'un et que la sienne me semblait tout bonnement délicieuse. Correction. Le peu d'accès que j'avais eu sur son cou m'avait donné un appétit immédiat pour sa peau d'albâtre à la senteur florale, mêlée à la douceur d'une poignée de fruits rouges. Très certainement les composants de ses shampoings, nulle personne n'avait la peau parfumée à la mûre au naturel. Et pourtant, je savais que cette fille n'avait rien d'ordinaire et...ses cheveux ! Cette couleur ne pouvait pas être naturelle et pourtant, Claire s'acharnait à me dire que c'était le cas à un point où j'avais failli lui accorder le bénéfice du doute.
« -Mademoiselle Yun, dormez-vous encore ? »
Je reconnu la voix de mon infirmière, discrètement entrant dans la chambre pour ne pas réveiller la belle endormie sur le lit d'à côté.
« -Non, je suis réveillée. »
Elle déposa mon plateau près de moi, me chargeant de remettre l'autre à ma partenaire encore profondément enlacée à Morphée.
Je me contentais d'acquiescer et comme si elle n'avait jamais été là, elle disparue. Je commençais mon déjeuner sans réelle envie, lorsqu'une idée germa dans mon esprit. Saisissant mon carnet à dessin, gentiment offert par Serah lors de sa dernière visite, j'alternais entre gribouillage et grignotage.
Claire avait raison, je n'étais pas particulièrement douée en dessin. Mais je savais que le premier que je lui avais fais ne lui avait pas déplu. La raison était simple : il se trouvait encore dans mon carnet et la page était restée intacte. Même Claire n'y avait pas touché. Aucune retouches et juste un dessin simple et un peu idiot qui avait su la faire sourire.
J'achevais mon déjeuner et traçais les traits insignifiants de ma prochaine illustration. « Dernières œuvres d'une artiste cancéreuse », ça sonnait plutôt bien comme nom de série.
« -Tu me prends encore pour modèle ? Tu n'en as donc jamais assez de me regarder ? Demanda Claire, les yeux fermés mais apparemment réveillée.
-Pas le moins du monde Sunshine, lui répondis-je.» ajoutais-je en la taquinant un peu.
Elle soupira, passant sa main sur ses yeux qui se rouvraient difficilement.
« -Parfois, je me demande vraiment si tu plaisante ou si tu essais vainement de me draguer.
-Qui sait ? »
Elle se leva, tout juste somnolente et s'empara de son plateau déjeuner, dont j'étais, soit dit en passant, secrètement mais horriblement jalouse. Merde, c'était comme si tout ses plats avaient cet aspect succulent et attirant qui n'était destiné qu'à moi.
« -Cela sera toujours non Fang.
-Je ne t'ai rien demandé aujourd'hui ! » Protestais-je.
Il était vrai que je lui avais souvent demandé de faire preuve de bonne foi envers moi, la pauvre malade. Mais Claire ne pouvait pas ignorer mon état et savait, malgré mes supplications, que cela serait pire si je ne respectais pas le régime strict que l'on m'avait infligé.
« -Le programme de la journée ?
-Pas la moindre idée. A quelle heure ta chimio ?
-Quinze heures. Il me laissent un temps de digestion, ajoutais-je en ricanant. Et toi, que dit ton planning ? »
Étudiant la feuille, cryptée d'information déposée contre son lit, elle haussa un sourcil.
« -Rendez-vous avec le médecin traitant
-Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Comme si j'en savais plus que toi. »
Je m'interrogeais à mon tour. Cela ne devait pas être très grave et Claire serait revenue aussitôt.
Tandis que cette dernière prenait la direction de la salle de bain, je tentais de me lever par mes propres moyens. A l'aide de mes béquilles, je poussais sur mes jambes, forçant un maximum afin de me mettre debout, encore tremblante. Mon corps arrivait à ses derniers retranchements mais je ne me décidais pas à l'abandonner. Pas avant d'avoir tout tenté pour survivre.
La journée allait, comme d'habitude, être longue, mais quelque chose me disait qu'elle n'allait pas être si mauvaise que cela. L'instinct féminin peut-être ?
Le clapotis de l'eau sur le carrelage de la pièce voisine me parvenant, je ne pouvais m'empêcher de fantasmer sur mon imagination, je l'avouais, quelque peu perverse. J'étais trop curieuse, je le savais mais ce genre d'envie n'était que trop dure à refréner. J'approchais aussi silencieusement que possible de la porte tout juste entrouverte.
Observant l'intérieur, je remarquais vivement la présence d'une buée opaque sur les parois de la douche. La stature de Claire était immobile, placée sous le jet d'eau probablement brûlant, et je me délectais des courbes gracieuses que je pouvais ainsi percevoir.
Si j'avais été capable de me déplacer sans mon équipement infernal, j'aurais été en mesure de me glisser près d'elle sans bruit. J'aurais pu à nouveau sentir son corps se coller contre le mien. Mais l'excuse qu'avait utilisé mon infirmière ne marcherait pas plus d'une fois, et je devais dire que je lui avait été très reconnaissante.
« -Encore à reluquer des jeunes filles sous la douche ? Tu ne changeras jamais, Fang ! »
La voix de Vanille me fit presque sursauter et posant mon index sur mes lèvres, je lui intimait le silence. Je me recouchais au plus vite sur mon lit priant pour que l'ancienne militaire n'ait rien entendu de notre conversation.
« -Tu en pince pour elle, c'est évident.
-Ah oui ? Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
-Tes yeux. Ils sont rivés sur elle comme si allait la dévorer. Et l'expression sur ton visage qui est plus adorable que... »
Je lui lançait un regard dissuasif et elle levait les mains en l'air, comme plaidant son innocence.
« -On se soutient. C'est normal que je l'apprécie.
-Oh oui, je vois de quel genre de soutien tu veux parler., me répondit-elle en m'adressant un clin d'œil.
-Au lieu de dire des âneries, pourquoi ne viendrait-tu pas m'aider à me doucher ?
-Ton infirmière Farron m'en voudrais à coup sûr. »
Je soupirais tandis qu'elle appuyait sur le bouton rouge de la télécommande déposée sur ma table de nuit, appelant ainsi une jeune femme en blouse blanche. Elle arriva suivit d'un jeune homme que j'eus du mal à reconnaître. Ma mémoire me faisait encore défaut, mais à la façon dont il jaugeait Vanille, ils devaient être très proches. Il portait un simple t-shirt, s'accordant à la couleur grisonnante de ses cheveux, et un jean usé. Il était jeune et aucune marques sur son visage n'annonçait qu'il eut plus de vingt cinq ans.
« -Bonjour Fang » me salua t-il, entrant timidement et s'approchant de mon amie rouquine.
A la vue de son attitude envers elle, et prenant en compte le léger rougissement sur leurs joues respectives, je me doutais que ces deux là s'étaient entichés l'un de l'autre. Vanille regardait son ami, d'une tête plus grande qu'elle, et c'était comme si détacher ses yeux des siens allait l'achever.
« -Salut Hope », lui répondis-je, son prénom s'imposant dans mon esprit.
Le garçon se dirigea vers moi, le regard baissé. Non pas honteux, je dirais même plutôt intimidé, le regard de mon jeune ami se posa sur moi et je le vis détailler mon visage avec lenteur. Je le rassurais, souriant franchement pour qu'il ne s'inquiète pas de mon cas Je lui adressais un rapidement clin d'œil, dirigeant mon regard vers la rouquine. Ils avaient l'air heureux ensembles, et j'étais heureuse pour Vanille. Elle m'était une amie chère, aussi chère qu'une sœur.
L'infirmière nous coupa, dépliant mon fauteuil roulant avec vivacité de sorte à ce que les cliquetis couvrent nos voix et nous détournent les uns des autres. Elle s'avançait et comme un éternel rituel, m'aidait à m'installer dans mon siège, soutenant mon corps de poupée. Ses muscles aussi développés qu'à l'état larvaire, je me doutais qu'elle était nouvelle dans le système. J'étais prête à lui demander où se trouvait mon infirmière habituelle, mais elle répondit à ma question avant même que je prononce un mot. Elle m'annonça qu'elle remplaçait celle qui s'occupait de moi, et je me raidis à cette annonce. Elle ? S'occuper de moi ? Je sentais l'accident arriver tellement vite...
« -Hope ?
-Lightning ? C'est vraiment toi ? Balbutia le garçon, regardant incrédule ma camarade de chambre sortir de la salle de bain. »
Lightning ? Qu'est-ce que c'était que ce surnom à deux francs ? Et puis pourquoi ne l'appelait-il pas Claire ? Et comment cela se faisait-il qu'ils aient l'air de se connaître !? Je tournais la tête vers Vanille qui semblait aussi surprise que je l'étais, les bras presque ballants comme si elle venait de découvrir une des faces cachés de son petit ami. Elle l'appela une fois, puis deux, mais à voix basse, et le garçon n'aillant pas une ouïe supérieure à la normale, demeura sourd et muet. Claire répondait gentiment à ses questions, et comme si elle toisait Serah, riait doucement face à l'enthousiasme et l'inquiétude dont Hope faisait preuve. En effet, ils avaient l'air de bien se connaître.
Après de courtes présentations, nous avions finalement appris que Hope et Claire se connaissait depuis quelques années déjà. Hope avait pris des cours de peinture auprès de la famille Farron, et il avait rencontré Claire, ou plutôt Lightning, de cette manière. Je n'avais pas encore osé demander à ma camarade pourquoi elle s'était affublée d'un tel surnom mais ça ne saurait tarder. Les deux vieux amis étaient sortis à l'extérieur tandis que moi et Vanille les regardions depuis le balcon de ma chambre.
« -Et c'est sensé être moi cette horreur ?! » s'écria ma jeune amie, regardant à la va-vite les croquis de mon carnet à dessin.
Je le lui arrachait des mains, prétextant que son côté égocentrique lui faisait défaut. Elle n'en fit évidemment qu'à sa tête et se mit à croiser les bras, l'allure boudeuse. Je caressais la tignasse rousse qui lui servait de cheveux, tandis qu'elle ne quittait pas des yeux le couple d'amis récemment réunis et riant simplement. Bon dieu, mais c'est qu'elle était jalouse !
M'accoudant sur le balcon fait de bois, je me détendais sans vraiment accorder attention à ma camarade de chambre qui conversait pourtant plus qu'à l'accoutumé. Il était rare que plus de trois mots sortent de sa bouche quand elle s'adressait à moi, mais avec Hope, c'était une autre affaire. Enfin, je n'allais pas m'attarder là dessus. Pour quelle raison de toute façon ?
J'échangeais brièvement quelques mots avec mon amie rousse. Que faisait-elle de ses journées ? Où en était ses études, en voyait-elle le bout ? Avait-elle des nouvelles de mon ancien camarade de chambre ? Je savais qu'en dépit de l'immense sourire qu'elle m'adressait sans cesse, Vanille était profondément attristée. Elle essayait de jouer la forte, de prétendre que tout allait bien mais sous la joyeuse expression de son visage, je voyais les traits de tristesse qui l'empoisonnait doucement, silencieusement. Sans qu'elle ne veuille le reconnaître, Vanille portait le fardeau de ma maladie.
Elle me fit un signe de la main alors que l'heure fatidique de ma chimiothérapie était arrivée, et qu'une infirmière m'emportait sur mon fauteuil roulant. Je passais mes doigts contre ma nuque, m'excusant du peu de temps passé avec ma jeune amie. Elle me suivit jusqu'à la salle remplie d'autres patients, chacun le regard vide et inexpressif qui regardaient perfusions et matériel médical.
Je me relevais, m'asseyant promptement sur mon siège et prenait une dernière fois la rouquine dans mes bras. Notre accolade se fit longue, discrète et lorsque je sentis ses lèvres embrasser ma joue, je me mis à sourire. Je la serrais une dernière fois contre mon corps endoloris et dont les muscles n'étaient plus que semi-actifs – et encore cela dépendait des jours – puis la laissait se faire raccompagner par un membre du personnel qui l'escorta jusqu'à l'autre bout du couloir. Elle me lança un dernier regard et sur ses lèvres, je déchiffrais un rapide « -A bientôt ». Les médecins présents dans la salle refermèrent la porte principale et je retournais à ma chimio. Je ne sentais plus les aiguilles qui avaient maintes et maintes fois traversées ma peau, seul un pic de douleur qui me surprenait de temps à autre. Je fermais les yeux, aidant mon esprit à s'échapper de ma prison pour de courtes secondes.
Parfois, il m'arrivait de repenser à ma mère. Je pensais à tout les souvenirs que j'avais de la femme qui m'avait élevée, me demandait ce qu'elle devenait après tout ce temps passé sans que je ne lui donne de nouvelles. Sans doute serait-elle en colère de voir que mes idées ne changeaient pas. Qu'en serait-il si elle me savait malade et victime d'un vicieux cancer ? M'apporterait t-elle joie et réconfort comme Vanille ? Du soutien comme le faisait Claire à chaque jours que nous passions ensemble ? Vanille aurait pu la contacter, mais je lui avait demandé de garder le silence, la décision me revenant. Mais cette décision, je ne parvenait pas à la prendre. Je ne savais pas si mon choix aujourd'hui de cacher la vérité à ma mère était une bonne ou une mauvaise chose. Et mon cerveau embrumé décida, une nouvelle fois, de ne pas me souffler la réponse à l'interrogation qui me taraudait tant. Je sombrais sous les effets toxiques de mon traitement, et alors que l'on me ramenait à ma chambre, je croisais le regard bleuté de ma camarade de chambre avant qu'elle ne franchisse une porte dont je ne connaissais rien.
« -Vous semblez fatiguée ? Dois-je vous déposer sur votre lit ? »
J'acquiesçais et suivant mes dires, la jeune femme s'exécuta brièvement. Elle s'en alla aussitôt, son biper sonnant comme un criquet pendant la saison des amours. De mon côté, je soupirais, toujours étonnée que de simples prescriptions puissent me fatiguer à ce point. Ce qui était sensé me soigner ne m'en donnais pas l'impression. J'agrippais ma perruque d'une main, la déposant sur mon crâne et m'appliquant à la placer de façon à ce que le résultat me paraisse acceptable. Sans miroir, ni Claire pour me juger, cela devenait compliqué. Je reprenais ma place habituelle, couchée sur mon lit et les yeux clos.
Quelques minutes passèrent, peut-être même plusieurs heures mais je n'avais que peu conscience du temps de cette manière. Mes doigts s'enroulaient autour des mèches brunes qui n'étaient pas miennes. J'étais reconnaissante à Claire pour cela. C'était comme un retour aux sources, une sorte de renaissance sans le côté sacré, mais seulement symbolique. Je ressemblais à celle que j'étais il y avait des mois, celle qui ne passait pas une de ces soirées à penser mais plutôt à agir. Une fêtarde aguerrie et une avide consommatrice de chair féminine. Une étudiante comme on en côtoyait beaucoup. Pouvais-je encore dire cela aujourd'hui ?
Mon matelas s'enfonça soudain, et sentant mon corps se lever sous l'effet d'un contrepoids, je posais mon regard sur Claire, assise près de moi, son dos me faisant face. Ses mains crispées sur mon matelas, j'effleurais son coude d'une caresse dont la lenteur me prouva que j'étais encore sous l'effet comateux de ma chimio.
« -Que t'as t-on dit ? »
Claire resta muette, comme à son habitude, mais je vis ses doigts se resserrer davantage autour du matelas. Ce n'était pas bon signe. Je me relevais doucement, m'approchant d'elle et posant une main amicale sur son épaule. Elle me jugea, durement d'abord, puis elle sembla se détendre un peu. La tension qui vivait en elle était plus que palpable, elle était vivante. Elle n'était pas en colère, mais elle avait cette expression sur son visage dont je ne connaissais le véritable ressenti. Même si elle l'avait voulu, ses dents demeuraient serrées, et sa bouche close ne laisserait rien passer.
Elle ne dit rien, ne prononça pas un seul mot, ni ne réagit alors que mes mains glissaient longuement sur la base de son cou, pour finir de tracer un chemin sur le haut de son dos. Elle me laissa faire, pour finalement changer d'avis quelques minutes plus tard, se levant et atteignant les poignées de mon fauteuil qu'elle vint apporter près du lit. Je ne l'interrogeais pas, curieuse mais étrangement respectueuse vis à vis de son silence intégral.
Me hissant sur le fauteuil, nous prîmes la direction du jardin extérieur, longeant le même couloir que Vanille et tant d'autres avaient empruntés. Nous débouchions sur les amas de fleurs qui, au soleil, semblaient supplier la pluie, et suivions comme à notre habitude, le chemin qui menait jusqu'au banc où nous nous arrêtions toujours. Cette fois pourtant, Claire qui à l'usure s'essayait la première ne le fit pas immédiatement. Non, Claire me fixait, sans que je ne comprenne la véritable raison du pourquoi. Elle vint s'accroupir à ma hauteur et ses yeux glaciaux me visèrent, m'envoyant une décharge que je fus la seule à ressentir.
« -Accroche toi. »
Intriguée, je suivais ses ordres. Elle amena ses doigts sur ma taille, les miens accrochant son dos, et m'aida à me relever. Mes mollets toujours tremblants sous l'effort, je regardais pourtant avec amusement la petite différence de taille que j'avais avec ma camarade. Quelques centimètres tout au plus. Elle ne me laissa pas le temps de tergiverser sur ce fait, qu'elle m'escortait jusqu'au banc où elle était la seule à s'asseoir usuellement. Je m'adossais, lui adressant un regard suspicieux mais déjà, elle s'était détournée. Elle fixait la luminosité du soleil avec une facilité que je jugeais déconcertante, les yeux semi-clos et le visage inexpressif.
Je ne savais quoi faire de mon côté. La regarder ainsi n'allait pas l'aider, mais essayer de lui parler entraînerait peut-être ma mort plus que soudaine. Claire était déstabilisante, je l'admettais même en l'appréciant. Et ce caractère lui appartenait totalement et n'était propre qu'à elle-même. Elle savait sourire, et je me doutais cependant que même si elle n'était pas du genre à exposer ses sentiments aux yeux de tous, elle aimait sa sœur plus qu'aucune autre personne. Et puis, il y avait de ses jours où son attitude était semblable à un être lunatique. Sa rare bonne humeur était remplacé par de l'indifférence, de la froideur et ses lèvres demeuraient close jusqu'à ce que son intérieur décide de se calmer.
Je tentais un mouvement vain, glissant vers elle pour venir poser ma main sur la sienne. Je la sentis frissonner à mon contact, sa mâchoire se serrant davantage si bien que j'eus l'impression qu'elle allait se jeter sur moi et m'assommer. Elle n'en fit rien, malgré la tension qui régnait chez elle, elle se retint. Sa poitrine se soulevait frénétiquement, comme si elle était inquiète, prise d'anxiété. Elle tentait de rester calme, de conserver l'air fort et puissant qu'elle arborait. Indestructible. Mais sa maladie détruisait son bouclier, cette carapace qu'elle s'était construite volait en éclats. Elle l'abîmait, y creusait des failles et laissait ses cicatrices. Et Claire ne voulait pas craquer.
Je me rapprochait d'elle, attrapant sa main et entrelaçant mes doigts aux siens. Elle me répondit, aussi curieux que cela puisse me paraître, son pouce caressant ma peau avec légèreté, sans insistance. Une caresse qui avait cet aspect fantomatique que je ne saurais vraiment décrire avec précision. Sa peau était froide mais la chaleur de ma poigne la contaminait bientôt. Sa paume se pressa contre la mienne, ses tremblements me devenant encore plus perceptibles.
« -Claire ? Est-ce que tout va bien ? » Demandais-je, un peu sans idées.
Elle secoua la tête et je remarquais que son visage changeait bientôt d'expression. J'y voyais maintenant une crainte certaine, et cela ne fit que renforcer mon interrogation. Ma main se déplaça alors naturellement sur son épaule dont je sentais les nerfs se tendre. Claire se laissa aller, ce qui m'étonna assez, et vint apposer sa tête sur mon épaule. Je ne savais pas vraiment pourquoi, mais mon cœur rata un battement. J'inspirais brièvement, l'odeur de rose s'insinuant près de mes narines et me contaminant lentement. Mes paupières se fermèrent, ne se rouvrant qu'après plusieurs secondes. Mon regard ne pouvais pas affronter sa personne, tandis que près de moi je la sentais s'agiter.
Ma main droite se dirigea dans son dos comme sa jumelle et mes bras vinrent immédiatement accueillir Claire, dont l'attitude fébrile et le comportement n'était que trop étrange. Je la sentis frissonner, sans doute un peu réticente comme à son habitude. Mais je n'avais aucune envie de la relâcher. Non, véritablement aucune.
« -Qu'est-ce qui se passe ? » Demandais-je une fois de plus, toisant le bleu de ses yeux avec compassion.
Elle me regarda longuement dès lors et durant plusieurs secondes, mon visage fut sujet à sa contemplation. Je ne disais rien. C'était à elle de parler. Mais au lieu de ça, je la sentais se refermer davantage encore, et sa carapace s'alourdir d'une seconde armure. Il ne souriait pas, même pas un semblant de bonheur sur ses lèvres. Elle semblait vide, comme presque inhabitée. Je me rapprochais encore, jusqu'à ce que je sente le début d'un souffle sur ma mâchoire.
« -Qui y a t-il ? » Murmurais-je.
Sa réponse s'installa et autour de nous se fit un grand silence que rien n'osa troubler. Ce fut comme si l'espace-temps se stoppait pour que cette phrase, seule et unique phrase se répète dans mon esprit.
« -Je vais mourir. »
Mes mains s'étaient alors crispées à son haut, et ma bouche semi-ouverte comme une carpe coï, je restais sans voix. Comment n'avais-je pas compris cela plus tôt ? Bordel, ce que j'étais stupide. Je la regardais à mon tour, ne pouvant véritablement pas me libérer d'elle, tourner la tête ou ne serait-ce que diriger mon regard ailleurs que sur sa personne.
Elle allait mourir. Claire allait mourir. Je me mis à trembler et ne pu résister à l'envie de la prendre contre moi. Nos deux corps s'entrechoquèrent et je sentis sa respiration se couper sous la surprise. J'enfouissais mon visage dans le creux de son épaule, fermant mes yeux intensément comme pour éviter cette vérité qu'il me faisait si mal d'entendre.
Je balbutiais, tentais de la rassurer mais moi-même, je paniquais et était démunie face à la situation et à cette révélation dont je ne me rendais toujours pas compte. Ce même mot résonna encore. Longtemps et plusieurs heures durant, je ne pensais plus qu'à cela. Claire vint me rejoindre cette soirée là et sur mon lit, elle resta assise tout en me toisant avec difficulté.
Dans la pénombre de notre chambre, nous tremblâmes toutes les deux, tandis que nous partagions un confort irréel dans les bras l'une de l'autre. Nous redoutions le futur et l'amertume des jours suivants serait sans doute la plus difficile à surmonter.
« -Je serais là. Je te le promets. »
La jolie blonde leva les yeux vers moi mais elle savait que ma bouche ne répéterait pas deux fois cette annonce. Si elle devait sans aller, alors je resterais près d'elle jusqu'à ses derniers jours. A condition de survivre moi aussi, je me chargeais dès lors de veiller sur ma camarade comme elle s'appliquait à le faire me concernant depuis son arrivée.
Sa tête dans le creux de mon cou, je sentais la jeune femme qui reposait contre moi. Sa respiration et chacun que ses simples mouvements. Sa main qui frôlait ma manche et remontais le long de mon bras, mais surtout les battements de son cœur qui s'emballait contre ma poitrine. Je serrais Claire contre moi, ma main sur sa taille accentuant légèrement sa pression. Le silence de la pièce nous rendaient presque muettes. Il n'y avait là que le court écho de nos respirations.
Je sentis ses doigts frôler mes joues, et ma mâchoire fut soudain entraînée. Sa bouche s'accrocha à la mienne et Claire m'échangea un premier baiser. Doucement, presque imperceptible mais pourtant bien là. Je lui répondais, à la fois surprise et intriguée, mes doigts se frayant un passage dans ses mèches blondes-rosées. Mais elle se retira à cet instant, revenant se poser contre moi tandis que ma bouche s'ouvrait et se fermait sans que mot ne sorte.
Un trait humide vint parcourir mon cou, tandis que son corps entier se retrouvait pris de spasmes. Elle se raccrocha à moi, et alors qu'elle sanglotait, j'essayais en vint de trouver le sommeil. Je n'y parvenait pas. Pas ce soir là.
